10 choses que j’ai apprises en tant que gars hétéro qui a couché avec une lesbienne (2 de 3)

Ceci est la suite du billet précédent.

Quatre jours plus tard.  Ma blonde est revenue de Suisse.  Elle termine de vider et ranger le contenu de ses bagages tout en me racontant ses anecdotes de voyage.  Ça cogne à la porte de balcon.  C’est Vanessa, tenant mon oreiller et ma douillette.  Je lui ouvre.  Voyant ma blonde, elle lui dit:.

VANESSA: Hey! Hello! T’es revenue d’Europe.
MA BLONDE: Oui, je suis arrivée ce matin.  Chuis encore sous le décalage.  Sept heures de différence.
VANESSA: Fa que ouais, je reviens porter la douillette et l’oreiller de ton chum.
MA BLONDE: Oui, il m’a dit ça tantôt, que t’avais dormi ici parce que t’avais trop bu pour conduire.
VANESSA: Oui oui, mais rassure-toi, j’ai dormi dans ma van. On n’a pas couché ensemble!
MA BLONDE: Ben là, j’pense pas que t’étais saoule au point de le prendre pour une fille. Ha! Ha! Ha!

Je ris aussi, mais jaune.  Je ne peux pas croire que Vanessa vient vraiment de lui dire ça.  C’est une chose de garder le secret sur notre séance de sexe illicite, c’en est une autre de délibérément amener le sujet à ma blonde dans le but unique de lui mentir en face.

Tard en soirée, tandis que ma blonde dort afin de se remettre au fuseau horaire du Québec, je parcours le net.  J’ai essayé de ne pas trop y penser ces derniers jours, mais depuis la visite surprise de Vanessa cet après-midi, je dois reconnaître que je suis un peu troublé par le souvenir de notre expérience intime.  Je ne saurais cependant dire pourquoi.  Aussi, un peu par réflexe inconscient, je google à la recherche de témoignages d’autres personnes ayant vécu une histoire d’un soir gars hétéro / fille lesbo. 

Je finis par trouver un forum dans lequel il y a justement un tel sujet.  Je lis l’histoire du gars qui l’a démarré.  Je trouve que son récit tient un peu de la romance fantaisiste, surtout le bout où il écrit que la fille l’a remerciée de l’avoir aidée à découvrir son propre corps.  Parce qu’il me semble que s’il y a un genre de fille qui connait bien tous les recoins et fonctions de son corps, c’est bien une lesbienne.  Mais qu’importe!  Je  m’y inscris.  Puis, je passe l’heure suivante à écrire ce que vous avez lu dans le billet précédent.  J’attends ensuite les réactions.  Pour le moment, il n’y en a pas.  Je décide donc d’aller me coucher.

Le lendemain et les semaines suivantes, par contre, les réactions se succèdent.  Bientôt, il y a plusieurs pages de commentaires à la suite de mon histoire.  Et c’est en les lisant que je constate quelques points troublants sur la façon dont les gens perçoivent les histoires comme la mienne.  J’en ai tiré dix leçons:

LEÇON 1:  Pour plusieurs raisons, personne ne trouve la chose crédible.
Une grande partie des répondants qualifient mon histoire de fantaisie de loser puceau qui prend des rêves pour des réalités.  Quelques raisons:

  • Une lesbienne, désirer un gars?  Déjà là, c’est peu crédible.  Alors une butch en plus…
  • Une lesbienne, désirer un gars, alors que sa seule expérience avec des gars était un viol? À d’autres!
  • Pour qu’une lesbienne ait envie d’un gars, il faudrait que ce dernier soit exceptionnellement beau. On parle, mannequin Hollywood-style beau.  J’ai beau m’être amélioré physiquement depuis mon adolescence, je suis loin d’avoir leur look.
  • De toute façon, l’alcool ne change pas la personnalité et encore moins l’orientation sexuelle.  Au contraire, en enlevant les inhibitions, elle ne fait que la raffirmer.
  • Et même si on admet qu’un jour, une lesbienne puisse avoir envie de sortir de sa routine sexuelle afin d’expérimenter la baise avec un gars.  Eh bien, comme elle le dit, c’est le fantasme de tous les gars.  Elle aurait donc l’embarras du choix, les candidats se bousculeraient au portillon.  Elle en choisirait donc un beaucoup mieux foutu que moi. 
  • Certains vont tout de même me qualifier de rafraîchissant, d’avoir utilisé une butch dans mon récit plutôt que la classique belle & jeune lipstick lesbian.  Ce qui fait que certains autres en arrivent à la conclusion que, si j’ai choisi comme personnage une fille avec des traits plus masculins, alors mon récit serait la manifestation d’une homosexualité refoulée que je cherche à nier.
  • Autre chose que les gens trouvent peu crédible: Mon manque d’enthousiasme. Un gars hétéro, hésiter quand une lesbienne lui propose du sexe? Lui refuser? Ne pas avoir envie de jouir?  Dis-donc, nous ne sommes pas nés de la dernière mouille, hein!
  • Et puis d’abord, tout le monde a menti au moins une fois dans sa vie.  Si, à l’âge de huit ans, j’ai menti en disant à mes parents que ce n’est pas moi qui a vidé le pot de beurre d’arachide dans le grille-pain, voici donc la preuve comme quoi je suis un menteur. Et si j’ai menti pour ça, alors il y a un doute raisonnable comme quoi je mens certainement, trente-cinq ans plus tard, en disant m’être tapé une lesbo.  

LEÇON 2: Techniquement, il est impossible pour un homme de coucher avec une lesbienne. 
C’est exactement ce que plusieurs personnes répondent: « Il est impossible pour un homme de coucher avec une lesbienne, car à partir du moment où elle couche avec un gars, elle n’est plus lesbienne mais bien bisexuelle. »   Mais d’autres démentent cette théorie en disant qu’en fait, il existe un moyen pour une lesbienne de baiser avec un gars tout en restant lesbienne: Subir un viol!  Et justement…  

LEÇON 3:  Selon l’opinion générale, je serais coupable d’avoir commis un viol.
Je suis un homme. C’est une femme.  Elle était saoule.  Donc, en couchant avec elle, j’ai profité du fait qu’elle n’avait pas toute sa tête.  Parce que sinon, si elle avait vraiment voulu de moi, disent-ils, elle n’aurait pas hésité à me le dire lorsque à-jeun.  La preuve: Après le sexe, elle m’a fui pour aller se verrouiller dans sa minivan.  Et au matin, réalisant toute l’horreur de ce que je lui ai fait subir la veille, elle a fui sans revenir me donner signe de vie.  TOUTES LES PREUVES SONT LÀ! 

LEÇON 4: Au nom de « Faire ce qui est Juste », tout le monde s’attend à ce que tu n’hésites pas à mettre toutes tes relations en jeu.
Et c’est quoi, faire ce qui est juste, selon eux? C’eut été lui servir un NON! catégorique, et ne jamais céder.  Et si c’eut été la plonger dans une déprime?  Et si ça l’aurait mené à une dépression, vu son très bas état moral?  Et si, comme il m’est arrivé maintes fois par le passé, elle aurait frustré et tenté de se venger en détruisant ma vie sociale et professionnelle en racontant notre soirée, mais en inversant les rôles?  DES EXCUSES QUE TOUT CELA!  Je ne cherche qu’à me justifier d’avoir commis un adultère, voilà tout!

LEÇON 5: Pour deux raisons, ce n’est vu que comme étant de la vantardise.
Raison 1: Ben oui! Relisez le texte, vous verrez:

  • Je dis qu’elle me trouve beau.
  • Je confirme qu’en effet, je suis un ex-laideron devenu beau.
  • Je raconte que la fille insiste pour coucher avec moi, et insiste, et insiste, et insiste.
  • Je rajoute même que j’ai tellement eu d’offres de sexe par le passé que j’ai eu, à maintes reprises, à leur dire non.
  • ET ÇA LES AVAIS TELLEMENT FRUSTRÉES!!!!!!!11!!!!!

Si ce n’est pas de la vantardise, c’est quoi?

Et la raison 2; Ça part du point comme quoi le lesbianisme de Vanessa n’avait aucune importance dans mon récit.  La preuve: Enlevez-en toute mention et l’histoire ne change pas d’un poil.  Ça reste l’histoire d’un gars qui se fait proposer du sexe, refuse pour ne pas tromper sa blonde, puis finit par céder.  Donc, si je prends la peine de préciser son orientation sexuelle, c’est juste par envie de me vanter au monde entier comme quoi j’ai eu l’extrêmement rare honneur d’avoir pu faire du pine-gouine.

LEÇON 6:  Certaines personnes cherchent tellement à nuire à autrui, qu’ils mettent un temps fou et des efforts inouïs à ce but, même s’ils ne connaissent même pas leur cible.
Une semaine après avoir publié mon article sur le forum, ma blonde revient de travailler, toute hilare.

ELLE: Hey, tu devineras jamais quoi?  Y’a un gars tantôt qui m’a envoyé un message sur Facebook comme quoi tu me trompais avec Vanessa.
MOI: Hein? Qui ça? 
MA BLONDE: Je sais pas! Dès que le gars m’a envoyé son message, son nom a changé pour « Utilisateur Facebook », et je ne pouvais même pas lui répondre.  Dommage! J’ai pas eu la chance de lui dire: « Heille, Chose, ton récit serait déjà plus crédible si t’avais pas choisi notre seule amie lesbienne butch. Ha! Ha! Ha! »

Finalement, je me ravise: Ça m’arrange beaucoup, que cette histoire ne soit pas vraiment crédible.  Soulagé, je me penche sur la question suivante: Qui a donc bien pu me dénoncer? 

Premièrement, je ne crois pas que Vanessa se serait vantée de ça auprès de nos amis.  Ensuite, si elle s’était confiée, ça aurait été à son meilleur ami, soit Daniel.  Et agir de cette façon, ce n’est pas son genre.  Il tient trop à notre amitié et à nos projets pour tenter de saboter mon couple. Il ne reste donc que trois suspects possibles: L’un des trois administrateurs du forum.  Pour s’inscrire à un forum, il faut entrer une adresse de courriel.  L’administrateur du forum, après avoir lu mon récit, serait donc allé voir mon profil.  En tant qu’admin, il aurait eu accès à mon adresse de courriel.  Il serait ensuite allé sur Facebook et l’aurait entré dans l’engin de recherche, ce qui l’aurait amené à mon compte.  À l’époque, il y avait moins d’options de sécurité.  Il y aurait donc vu que j’étais en couple, et avec qui.  Enfin, il aurait parcouru la liste de mes amis, aurait visité les profils de toutes les filles, et y aurait trouvé la seule lesbienne célibataire que j’y avais dans le lot. À partir de là, il aurait pris le temps de se créer un faux compte Facebook, juste pour le temps de me dénoncer à ma blonde, avant de le fermer.

Je n’ose même pas imaginer le temps que ça a dû lui prendre.

Eh oui!  Il existe des gens, comme ça, qui sont prêts à tout pour tenter de nuire à autrui, sans même les connaître.  Ça ne devrait pas me surprendre.  Quelques années plus tard, après avoir lu mon très fameux article 30 comportements qu’il faudrait cesser d’avoir sur Facebook, un lecteur anonyme a cru que les fausses captures d’écran que j’y expose étaient vraies.  Ainsi, il a écrit au « mari » (homosexuel dans la vraie vie) de cette fille pour l’avertir qu’elle le faisait cocu avec moi:

… Et là encore, le délateur a détruit son compte une fois son message envoyé.

LEÇON 7: On est confus!  On se demande si nos sentiments, suite à une telle expérience, sont bien normaux, ou bien si c’est nous qui sonnes anormaux. 
Parce que, autant de la part de Vanessa que de la part ce la majorité des répondants sur le forum, parce que c’est une lesbienne et parce que je suis un gars hétéro, j’aurais dû aimer ça.  J’aurais dû être super excité.  J’aurais dû profiter de la chose en venant 7-8 fois en ligne. Ce n’était pas mon cas.  Suis-je normal, docteur?

LEÇON 8: Entendre ce genre d’expérience ne suscite en général que des sentiments négatifs. 
J’ai pu le voir de la part de tous les répondants: Incrédulité, envie, mépris, jalousie, colère, condescendance, désir de me nuire et ruiner mon couple, et j’en passe.  

Alors pourquoi est-ce que je décide d’en parler de nouveau?  C’est à cause des deux dernières leçons, les plus importantes de toutes.

____
La suite: Les deux dernières leçons, les plus importantes de toutes.

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A propos Steve Requin

Auteur, blogueur, illustrateur, philosophe amateur et concierge de profession.
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3 commentaires pour 10 choses que j’ai apprises en tant que gars hétéro qui a couché avec une lesbienne (2 de 3)

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  3. Scare Crow dit :

    Moi je trouve ça hyper riche de voir que les gens sont si enclin à croire leurs petites vérités toutes crues… comme si l’humain moyen avait raison, quant au fond il déraisonne. Moi je trouve que c’est une histoire véridique dans toute sa forme. Les gens s’acharnent souvent par jalousie, par manque de piquant dans leur vie et oui je crois aussi par méchanceté/vengeance. Je ferais plus un bouquin policier avec la recherche de MAIS QUI M’A DÉNONCÉ? Ça serait beaucoup plus interressant/drôle que de finir par croire que les autres savent mieux que nous qui on est… Mais bon, ca reste juste moi qui écrit un commentaire, comme tout le monde, avec une photo d’oiseau et un nom qui représente son contraire! 😉

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