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A propos Steve Requin

Auteur, blogueur, illustrateur, philosophe amateur et obsédé textuel.

Camping Chez Roger (1 de 5)

Été 1995. J’ai 26 ans. J’habite avec Kim.  21 ans, 5’2″ (158 cm), blonde, obèse, menton fuyant et dents croches. Nous avons deux enfants, William, 20 mois, et Alexandre, 5 mois. Ni Kim ni moi ne travaillons. Nous sommes sur le BS, ce qui me laisse pas mal de temps pour dessiner. Je viens d’ailleurs de terminer Requin Roll no.4, Spécial Été ‘95, un fanzine de bandes dessinées dont je suis très fier car j’en ai réalisé les 44 pages à moi tout seul, en l’espace de trois mois.

La meilleure amie de Kim se nomme Linda. Elle a 24 ans, mesure 5’7″ (173 cm). Blonde, mince, fumeuse et amatrice de bière tablette. Elle a une fille de 7 ans nommée Sara, dont le père officiel n’est pas le vrai père, ce que tout l’monde sait sauf le pauvre gars en question qui se ruine en pension alimentaire sans avoir le droit de voir celle qu’il croit être sa fille. Linda est célibataire, ou du moins n’a pas de chum officiel. Elle a la réputation bien méritée de coucher avec n’importe qui, et elle incite ses amies à en faire autant, surtout celles qui sont déjà en couple. Je crois comprendre qu’elle essaye souvent de convaincre Kim qu’il est anormal de passer sa vie avec le premier homme avec qui on a couché, donc qu’elle pourrait trouver bien mieux que moi. Puisque Linda est, pour ainsi dire, la seule amie de Kim, je laisse passer sans rien dire ses tentatives de nous séparer. De toute façon, sans vouloir être gratuitement mesquin, je pense bien que Kim se doute qu’avec son physique et sa personnalité, elle aurait bien de la difficulté à trouver un autre gars qui voudrait d’elle. Quand on cesse de prendre la pilule en secret pour tomber enceinte dans le but de coincer un gars dans une relation, ce n’est pas parce qu’on est populaire auprès des hommes. Aussi, je suis confiant que Linda perd son temps.

Un beau jour, Linda vient nous inviter à passer une semaine au terrain de camping avec elle et son Mononc’ Roger. Le titre d’oncle de cet homme est purement symbolique. 45 ans, mince sauf à la taille où il arbore une bedaine de bière, moustache, le haut du crâne dégarni, il est toujours habillé d’un vieux jeans sale et d’un débardeur, il boit de la O’Keefe et fume des Du Maurier en chaîne. Jusqu’au printemps dernier, il était l’amant de la mère de Linda. Maintenant, il est toujours rendu chez Linda.  On se doute bien pourquoi même si on hésite à croire que Linda puisse tomber si bas dans son choix d’amants. 

On a beau dire que les gens qui vivent de prestations de Bien-Être Social sont des paresseux, être parents d’enfants en bas âges tout en tenant maison, c’est du boulot. Aussi, l’idée de passer quelques jours de vacances, strictement entre adultes, n’est pas pour nous déplaire. Nous sommes donc allés déposer les enfants chez leurs grands-parents dans l’avant-midi, nous sommes rentrés, nous avons dinés, nous avons préparés des lunchs pour le souper, nous avons préparés nos bagages, et nous sommes embarqués dans le Station Wagon de Roger que je surnommais à juste titre La RouilleMobile.

Alors que l’on prend la route, je constate un truc qui m’avait échappé jusque-là. Quelques années plus tôt, à l’époque où je travaillais comme pâtissier au Dunkin Donuts, incluant la courte période où j’ai travaillé à deux de leurs succursales simultanément, l’un de jour et l’autre de nuit, jamais je n’aurais eu le temps et encore moins l’argent de me payer ne serait-ce qu’une fin de semaine de vacances dans un terrain de camping. Je me souviens très bien qu’au bout du mois, dès que mes obligations étaient payées, c’est-à-dire le loyer, l’électricité, le chauffage au gaz, le téléphone et la nourriture, il ne me restait que $9.00.  Même pas de quoi se payer un repas pour deux au McDo.

En tombant enceinte, Kim a eu automatiquement le droit de lâcher son travail, puis de demander et obtenir des prestations mensuelles de BS. J’avais donc deux choix :

  • Continuer de travailler comme un malade, donc continuer à ne pas avoir de vie tout en réussissant à tout juste survivre en couvrant mes besoins de base.
  • Ou aller aménager avec Kim en tant que conjoint officiel.  Étant déjà officiellement le père de son enfant, je serais automatiquement accepté dans son dossier et son chèque, et on vivrait sur des prestations gouvernementales. Prestations qui non seulement nous rapportent plus que deux salaires, et plusieurs soins médicaux importants, comme nos traitements dentaires, sont gratuits.

Un gars a beau être vaillant et avoir de l’orgueil, il vient un temps où il n’a pas le choix de constater que la société ne fait rien pour l’encourager à travailler, s’il n’a pas les diplômes requis pour pouvoir occuper un poste qui paie plus que le salaire minimum. J’en arrive donc à l’aberrante-quoique-réaliste conclusion comme quoi dans notre société, si tu veux jouir de ta liberté tout en étant à l’abri du besoin, il faut être ou bien très riche ou bien très pauvre. Ce sont ceux qui sont entre les deux, les gens [tra]vaillants, qui se retrouvent perdants dans ce système. (Ça a probablement changé depuis, mais c’était comme ça en 1995.) 

Après une heure et demie de route, nous sommes arrivés au Camping Chez Roger. Aucun rapport avec l’autre Roger, ce n’était qu’une coïncidence. Il s’agit d’un terrain de camping où l’on retrouve à la fois des gens installés en permanence pour la saison, et des terrains vides pour location. Ils sont répartis tout autour d’un lac artificiel.

On nous loue un terrain de l’autre côté du lac. On s’y rend et on s’y stationne. Le terrain comporte deux arbres, un cercle de pierres pour feu de camp, une table de pique-nique, un robinet d’eau potable et deux prises de courant. On sort nos affaires et on installe nos deux tentes.

Tandis que Roger s’en va sur les terrains voisins afin de renouer avec de vieilles connaissances, Linda, Kim et moi partons explorer l’endroit. Il y a le quartier des tentes où nous sommes installés, suivi du quartier des tentes-roulottes, tous deux réservés pour les vacanciers de passage. Puis il y a le quartier des résidents permanents pour la saison, où s’enlignent bungalows, petits chalets et maisons mobiles. On débouche sur un terrain de jeux avec balançoires, carrés de sable, glissades, cages et autres trucs propres à amuser les enfants et les inciter à s’y casser la gueule par accident. Puis il y a un mini-putt. Deux, en fait : Un pour les touristes et les jeunes, et l’autre pour les vieux et les permanents qui prennent leur jeu au sérieux et ont zéro tolérance pour la présence des touristes et des jeunes.

Puis arrive la partie boisée, qui finit par nous amener de l’autre côté du lac, là où il y a la plage de terre jaune sablonneuse, plusieurs tables de pique-nique, la longue bâtisse qui sert à la fois de douches, toilettes publiques, cantine-resto, salle de danse, magasin général et bureaux de l’administration. Nous y entrons. Linda achète une bière tablette, tout en devant expliquer à la caissière qu’il s’agit tout simplement d’une bière laissée à température pièce. Kim s’en prend une au frigo. Quant à moi, je choisis une canette de Coke Classique. Avec un petit sourire moqueur, Linda me dit :

« Un Coke? Wow! T’as-tu douze ans? Quand-est-ce que tu vas faire un homme de toi? »

Bien que dite sur le ton de la blague, cette remarque n’en exprime pas moins le mépris que Linda porte contre tous ceux qui ne partagent pas ses goûts et son style de vie. Aussi, sur le même ton blagueur, je lui réplique moi-même ma façon de penser :

« Ben, étant donné que je suis père deux fois, et que je n’ai jamais abandonné la mère de mes enfants, je pense que ça fait au moins deux ans que je prouve que j’en suis un. »

J’ai songé à rajouter « Contrairement à la majorité des gars que tu fréquentes, incluant le vrai père de ta fille, qui, EUX, boivent de l’alcool. », mais je crois que ce serait superflu.  Mon message est passé.  Subtilement, en sous-entendu, mais il est passé.  La raison pourquoi je ne réponds pas directement à ses affronts, c’est que notre séjour commence à peine. Il serait donc assez malvenu de ma part de foutre une mauvaise ambiance entre nous dès le départ.  Sans oublier que, techniquement, nous sommes ses invités.  Je me satisfais donc de ma première réplique.

C’est sûr que j’aurais pu lui dire la vérité, c’est-à-dire lui expliquer que non seulement n’ai-je jamais aimé le goût de la bière, ça coûte de deux à trois fois plus cher que toute autre boisson sans alcool. Pourquoi est-ce que je ferais exprès de payer plus cher une consommation qui me serait désagréable au goût? Et puisque je suis ici pour m’amuser, je préfère le stimulant que me procure le sucre du Coke, au relaxant que me procurerait l’alcool. Mais bon, pourquoi est-ce que je devrais me justifier de mon choix de rafraîchissement, surtout s’il n’est ni illégal ni immoral, et surtout à elle?

Nous allons nous installer sur une table de pique-nique près de la plage.  Tandis que Kim et Linda jasent, je regarde les gens autour.  Je constate que les vacanciers, aussi bien permanents que de passage, sont de fiers représentants du Québécois pure-laine dans son terroir: Rien que des blancs.  Presque tous les adultes boivent de la bière et/ou fument, et pas toujours du tabac.  Seuls les moins de 25 ans sont minces, les autres ont un physique qui va de légèrement ventru à obèse morbide.  Beaucoup de gens qui sont dans mon groupe d’âge portent encore la moustache et la coupe Longueuil, comme s’ils ne s’étaient pas rendus compte que la mode avait évoluée ces dix dernières années.   Se berçant plus loin, il y a plusieurs vieilles et grosses madames qui, cigarette à la gueule et bière à la main, se font bronzer dans leurs maillots d’où débordent leurs chairs flasques et tachetées par des années d’exposition au soleil.  

« C’est quelle p’tite salope, que tu regardes fixement d’même? »

Cette question que m’adresse Kim ne me surprends pas.  Elle s’est toujours montrée aussi possessive que soupçonneuse.  De la main, je lui montre la grappe de grands-mères huilées qui bronzent en lui donnant une réponse en mesure de la satisfaire.

« À l’âge qu’elles sont rendues, ça fait ben longtemps qu’elles ne sont plus ni petites ni salopes. »
« Fais attention! »
Dit Linda en s’adressant à Kim. « Ton chum commence à reluquer les p’tites vieilles. »
« Ça m’surprends pas!  Y’é tellement obsédé sexuel que pour lui, un trou, c’t’un trou! »

Commentaire totalement gratuit qui ne reflète en rien mon comportement et encore moins ma personnalité.  Mais s’il fallait que je réplique à chaque fois que Kim dit une vacherie injustifiée à mon sujet en ma présence, on passerait nos journées entières à s’engueuler.  Voilà pourquoi j’endure et me tais.  Il faut dire que l’endroit est joli, les gens ont l’air sympathique, les champs et les bois m’enchantent en me rappelant mon enfance à Saint-Hilaire, loin de la grande ville. Alors si je continue ainsi à contourner les remarques désobligeantes de Kim et Linda, et que je ne fais rien pour provoquer les crises de jalousies possessives de Kim, je sens que je vais passer un séjour agréable.

Alors que le soleil se couche, nous rentrons au terrain.  Roger y est déjà, avec une caisse de 24 bières.  Il nous en offre, je décline poliment.  J’allume un feu tandis que Linda branche sa radio et l’accroche à une branche d’arbre.  Nous nous assoyons autour du feu et commençons à jaser.  Je donne mes impressions sur l’endroit, qui sont toutes positives.  Nous sommes interrompus par la mégère du terrain voisin qui se plaint que notre feu l’enfume.  

« J’ai pas payé pour me faire gâcher ma semaine à devoir endurer la boucane des autres. »

Linda, ne manquant jamais une opportunité de me faire mal paraître, me pointe du doigt en disant:

« Ben là, c’pas d’notre faute.  C’est lui qui tenait à faire du feu. »

Puisque techniquement c’est vrai, j’encaisse l’humiliation en silence. Sans avoir de contenant afin d’amener l’eau du robinet jusqu’au feu, me voilà obligé de devoir l’éteindre en sacrifiant ma réserve de quatre litres d’eau.  J’en serai quitte pour boire au robinet pendant notre séjour.  Sans feu ni distractions ni rien d’autre à faire, on entre chacun dans nos tentes et on se couche.

Kim, qui n’a pas une once de subtilité, m’empoigne aussitôt l’entre-jambe afin de me passer le message comme quoi elle a envie de sexe. On commence donc à se cajoler.  Mais au bout de quelques minutes, en provenance de l’autre tente, on entend des cris et gémissements que l’on pourrait croire être tirés de la trame sonore de films pornos. Sauf que l’on reconnait clairement les voix de Linda et Roger. Voilà qui confirme ce que l’on croyait à leur sujet.  L’image mentale que je me fais de ces deux-là en pleine séance de awignahan me dégoûte un peu, je dois dire. Mais je n’ai pas le temps d’exprimer la chose à Kim qu’elle me lâche et me tourne le dos.

« Euh… Y’a un problème? »
« J’ai pas envie que tu me fourres juste pass’que tu tu bandes à cause des cris de salope à Linda. »

Et voilà! Même sans avoir fait quoi que ce soit pour provoquer la jalousie de Kim, je n’y ai pas échappé. Je pousse un soupir, me retourne et m’endors sous le tap-tap des gouttes de pluies qui commencent à tomber sur la tente.

FIN DE LA PREMIÈRE JOURNÉE
La suite demain.

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Se remettre en question n’est pas toujours la solution.

Comme dans la majorité de mes textes, les citations sont en rouge vin, le reste est noir.

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Été 1988. J’ai 20 ans. Je commence à être publié dans un magazine de musique-jeunesse nommé Wow! à raison d’une page de BD par mois. Je ne porte plus sur terre, je considère que mon talent exceptionnel va faire de moi un millionnaire avant mes 25 ans. En attendant, je ne manque aucune occasion de faire valoir mon talent et ma tête enflée.

Les villes de St-Hilaire, Beloeil, Otterburn Park et McMasterville sont toutes couvertes par le même journal : L’Oeil Régional qui parait une fois par semaine et est distribué gratuitement à toutes les portes.  En le feuilletant, j’y trouve une capsule annonçant un concours organisé par le Comité de Protection du Voisinage de Beloeil. 

Créer quelque chose qui sera officiellement utilisé dans la région?  Par la Ville de Beloeil?  Pendant des années?  En plus du boulot que j’ai déjà à Wow!?  Voilà qui ne peut qu’enrichir mon CV de manière à démontrer à quel point je suis talentueux et professionnel.  Je décide de participer.  

Je n’ai peut-être que vingt-ans-dans-trois-semaines-moins-deux-jours, je suis familier avec le concept du lieu commun.  Puisque les cambriolages et le vandalisme se font surtout la nuit, je devine que la plupart des participants vont leur suggérer un hibou comme mascotte.  Normal; cet animal est nocturne et possède une vision et une ouïe qui sont ultra-performantes.  Et son nom sera probablement un jeu de mots qui ressemble à hibou, dans le style de Hiédebou. (« Il est debout » avec accent québécois.) Bref, il s’agit d’un cliché, d’une réponse commune que vont donner les gens sans imagination.

Généralement, dans un concours ou bien un tirage, il y a une grande part de chance qui influence la victoire.  Dans ce cas-ci, si plusieurs personnes suggèrent un hibou, et que le comité n’a rien reçu de mieux comme concept, alors ils vont faire un tirage au sort entre ceux-là.  À partir de là, le gagnant ne sera pas celui qui aura pondu le meilleur concept, mais bien celui qui aura le plus de chance. Or, j’ai passé ma vie à entendre les gens dire que « La chance, c’est quelque chose que l’on se fait soi-même! »   Aussi, histoire de faire en sorte de mettre toutes les chances de mon côté, je cherche une idée qui va se démarquer par son originalité, tout en étant malgré tout étroitement liée au thème du concours et de l’organisme.  

Au bout d’une heure, je trouve le concept le plus songé et le plus pertinent qui soit : Un castor nommé Jéloeil.  Je prends une feuille blanche et je le dessine.

J’écris ensuite une lettre de présentation dans laquelle j’explique, en trois points, pourquoi mon concept est le meilleur :

  • Son nom est un jeu de mot. Non seulement c’est Beloeil avec un J à la place du B, ça ce prononce «J’ai l’oeil», ce qui signifie qu’il surveille, ce qui cadre très bien avec le programme du Comité de Protection du Voisinage de Beloeil. 
  • Comme les beloeillois, les castors habitent près d’un cours d’eau.  Dans ce cas-ci, la rivière Richelieu. 
  • Les castors comptent toujours au moins un surveillant dans leur communauté. À l’approche d’un danger, le castor martèle le sol de sa queue afin de donner l’alerte aux autres. Là encore, cette attitude correspond avec le programme du Comité de Protection du Voisinage.

Je me retiens très fort de faire un commentaire comme quoi ça pourrait être amusant de voir un résident de Beloeil donner l’alerte en martelant le sol de sa queue.  Je signe ma lettre, j’y joins le dessin, et je poste le tout à l’adresse fournie dans le journal.  Il ne me reste plus qu’à attendre patiemment des nouvelles de ce qui ne peut être que ma victoire.

Trois semaines plus tard, le téléphone sonne. Je réponds. C’est un membre du Comité de Protection du Voisinage de Beloeil, qui me dit:

« Monsieur Johnson?  Nous avons bien reçu votre soumission, et de toutes celles que nous avons eues, elle nous a semblé être la plus intéressante. »
« Euh… Vous voulez-tu dire que j’ai gagné ? C’est moi qui a gagné le concours de mascotte ? »
« Exactement ! Toutes mes félicitations. »

Et voilà!  Je le savais bien qu’aucun autre participant ne pouvait faire compétition contre un concept aussi génial que le mien.  Je manque peut-être de modestie, il reste que c’est ça quand même.

« Avec votre soumission, vous avez juste mis votre nom et votre numéro de téléphone.  J’aurais besoin de votre adresse.  C’est pour vous envoyer les documents officiels concernant votre victoire, ainsi que le contrat au sujet des droits pour le nom et l’image de la mascotte, sans oublier bien sûr votre prix d’une valeur de cinq-cent dollars. »

En 1988, le salaire minimum est de $4.75 de l’heure.  En argent d’aujourd’hui, où il est rendu à $10.75, ce premier prix équivaut à $1 131.58.  Ça vous donne une idée de ce que ça représente comme somme, lorsque l’on a vingt ans et que l’on vit gratuitement chez nos parents.

« WOW!  Je ne me souviens pas qu’il y avait mention de ça dans l’article de l’Oeil Régional. »
« Un oubli!  Ça arrive!  Alors, votre adresse? »
« Bien sûr ! C’est : 14 rue St-Charles, St-Hilaire, J3H 2Z8. »
« D’accord!  Euh… Un instant s’il vous plait, je dois vérifier quelque chose. »

Et il me met en attente.  J’en profite pour aller m’asseoir à ma table de travail.  J’ouvre le premier tiroir et j’en tire la découpure de journal annonçant le concours.  Je la relis, tout fier de moi.  Je rêvasse déjà sur ce que je vais faire de cet argent.   Les possibilités semblent infinies. Ça fait cinq ans que je rêve de me payer un vrai bon système de son pour remplacer le vieux meuble pick-up des années 60 qui prend tant de place dans ma chambre. Ou peut-être pourrais-je me payer des cours de conduite? Il y a justement un voisin qui vend son vieux bazou pour $300.00, il m’en resterait assez pour me payer mon permis de conduire.  Le monsieur du comité revient en ligne.

« Monsieur Johnson? »
« Oui ? »
« Bon, euh… Je suis allé vérifier, et c’est comme je le pensais…  Le concours s’adressait seulement aux résidents de Beloeil. »

Je sens comme un gouffre immense qui s’ouvre sous mes pieds. Je tente de m’accrocher à quelque chose.

« Mais… Mais c’était pas précisé dans l’Oeil Régional, ça. »
« C’est possible, mais je ne pourrais pas le dire. »
« Ben MOI je peux vous le dire, j’ai la découpure de l’article drette sous mes yeux en ce moment-même.  Ça dit que LA POPULATION est invitée à participer.   Nulle-part c’est précisé la population de quelle ville. »
« Un oubli!  Ça arrive!  Je suis désolé. »
« Mais… Mais vous l’avez dit vous-même, que c’est mon concept qui est le meilleur.  Vous ne voulez pas que votre comité soit représenté par le meilleur concept? »
« Ben, comprenez… Le prix est offert par la Ville de Beloeil pour un organisme censé protéger les résidents de Beloeil. On peut pas faire gagner quelqu’un qui n’habite pas à Beloeil. »

En désespoir de cause, je pense vite en cherchant quelqu’un dans mon entourage qui habite Beloeil.  Je songe aussitôt à Gina, la blonde de mon bon copain Carl.  Je propose donc à mon interlocuteur le premier truc qui me passe en tête.

« Écoutez! Si c’est ça le problème, j’ai une solution: J’ai une amie, Gina Desbiens, qui habite Beloeil.  Je peux m’arranger avec elle pour faire passer que c’est son concept, comme ça je… »
« Gina Desbiens?  Vous parlez de la fille de Jacques Desbiens? »
« Euh, oui!  Vous la connaissez? »
« C’est la fille de mon boss!  Jacques Desbiens, c’est le président du Comité de Protection du Voisinage de Beloeil. »   

La mâchoire m’en tombe. Je savais déjà que le père de Gina travaillait pour la Ville de Beloeil.  N’empêche, quelle coïncidence extraordinaire, pour ne pas dire extraordinairement chiante, qu’il dirige justement le comité qui organise ce concours.  Et comme dans tous les concours, la Loi interdit aux employés  de ceux qui l’organisent, ainsi que les membres de leurs familles, d’y participer.  Alors la fille du président du comité, pensez-donc.  

Me voilà donc à court d’options.  Impossible pour moi de rattraper le coup.  Le monsieur me salue et raccroche. Après m’être fait miroiter gloire et richesse, je n’aurai pas de mascotte à mon nom, rien à ajouter à mon CV.  Quant au chèque de $500.00, il m’est passé sous le nez tellement vite que je n’ai même pas eu le temps de le voir, encore moins de le toucher.

Je songe un instant à avoir recours aux services d’un avocat.  Techniquement, puisqu’il n’était fait mention nulle-part que le concours était fermé pour les non-résidents de Beloeil, ils n’avaient aucune raison légale de revenir sur leur décision et me refuser mon prix.  Aussi, il y a de grandes chances que la Cour les force à se rétracter, afin qu’ils me redonnent la victoire et les prix qui me reviennent de droit.  

Mais voilà, est-ce que je veux me brouiller avec mes amis?  Parce que ça m’étonnerait que Carl, Gina et le reste de la gang approuvent que je poursuive en Justice le père de Gina.  Et puisque, pour se défendre, le père de Gina va évoquer que la faute est à l’Oeil Régional pour avoir négligé de préciser cette information, alors les dirigeants de ce journal vont évidemment être contacté.  Ils vont certainement prendre en ombrage le fait que, à cause de moi, ils passent comme étant responsables de cette poursuite.  Je vais donc me mettre ce journal à dos.  Ils ne manqueront certainement pas d’en parler dans leurs pages en me donnant le mauvais rôle.  Est-ce que je veux vraiment prendre le risque qu’ils gâchent ma réputation dans ma propre ville ainsi que dans toutes les villes de la région?  Que je gagne ou que je perds, ce sont eux qui en contrôleront l’information.  Alors aux yeux du public, je resterai un loser.  

Et surtout:  Pour qu’un juge me donne raison, encore faut-il que je puisse prouver que je suis bien le gagnant original.  Elle est où, ma preuve?  Ce n’est pas comme si j’avais enregistré la conversation téléphonique.  S’ils nient, ça finit là, j’ai zéro recours.

Et puis d’abord, où est-ce que je vais le prendre, l’argent pour me le payer, l’avocat?  Il va certainement me coûter les $500.00 que je cherche à récupérer, sinon plus.  Bon, si je gagne, je suppose que la partie perdante va payer mes frais de cour.  Mais sans preuve, comment puis-je gagner?

Là encore, me voilà à court d’options.  Là encore, impossible pour moi de rattraper le coup.  Aussi injuste que soit la situation, je n’ai pas le choix.  Je suis obligé de l’accepter et de fermer ma gueule.

Un mois et demi plus tard, en lisant l’Oeil Régional, j’y vois un article au sujet du Comité de Protection du Voisinage de la Ville de Beloeil.   Le gagnant du concours, un résident de Beloeil, y pose fièrement auprès d’un poster de sa mascotte… Un hibou nommé Yvoitou.

Hum!?  Aucune mention d’un chèque de $500.00?  Et c’est quoi, ce premier prix sous forme d’un système d’alarme?  Je réalise que ça voudrait dire qu’il n’avait jamais été question d’un prix en argent.  Lorsque le monsieur m’a dit que j’avais remporté le premier prix d’une valeur de $500.00, il voulait dire que le système d’alarme coûtait $500.00.  Raison de plus de ne pas insister pour faire valoir mes droits.  N’empêche, c’est chiant quand même. 

Le lendemain, un lundi, tel qu’annoncé dans cet article, je reçois une lettre me disant que pour ma participation au concours, je me suis mérité un T-Shirt Yvoitou, ainsi qu’une promenade dans les rues de Beloeil en tant que passager dans une auto de police. (Faut pas s’étonner de ce prix de rednecks.  C’était Beloeil dans les années 80.)  Je ne pense pas surprendre grand’ monde en disant que je ne suis jamais allé réclamer mes prix.  C’est déjà bien assez frustrant de m’être fait enlever ma victoire, je ne vais certainement pas m’humilier davantage en arborant ce T-shirt qui ne serait pour moi que le symbole de mon loserisme.

J’ai mis vingt ans à tirer une leçon profitable de cette mésaventure.  Et cette leçon,  je la disais déjà en 2010 dans mon billet Les Trois Raisons Possibles de l’Échec:

Désolé pour tous les bien-pensants qui nous font la morale avec leur réponse universelle comme quoi tout est de notre responsabilité.  Mais non, les échecs ne s’expliquent pas tous par une seule et unique raison. La réalité, c’est que l’échec peut être dû à une, deux ou bien les trois raisons suivantes.

  • Ta propre faute: Un abandon, de mauvaise décisions, de la négligence, une gaffe, créer des tensions, avoir choisi un projet irréaliste ou hors de sa portée, etc. Consciemment ou non, beaucoup de gens se sabotent eux-mêmes.
  • La faute des autres: Il est très rare que l’on n’ait à compter sur personne d’autre que nous-mêmes pour réussir. Et quand celui qui a le pouvoir d’en faire une réussite ou un échec décide que ce sera un échec, alors rien à faire, ce sera un échec. Et ça, c’est sans compter ceux qui vont délibérément te saboter.
  • Le hasard. Il arrive que des hasards malheureux et imprévus se produisent et ont comme conséquence de saboter ton projet. Une panne. Un problème de santé. Un accident. Ce sont des choses qui arrivent sans que rien ni personne ne puissent les prévenir, les contrôler ou les contourner.

Parce que quand on commence à croire que tout ce qui nous arrive, sans aucune exception, est toujours de notre faute, on finit par perdre contact avec la réalité.

Lorsque c’est le hasard qui te sabote, comme ce fut le cas avec mon concours de mascotte, ça ne sert à rien d’essayer de se remettre en question.  J’avais tout ce qu’il fallait pour gagner.  La preuve, j’avais gagné.  Le fait que je n’habitais pas la bonne ville, et le fait que ma seule amie de Beloeil était la fille de l’organisateur du concours, ça n’avait rien à voir avec mes faits, gestes, talents, décisions ou autre.  C’était juste le hasard.  Ce qui démontre que ceux qui affirment que « La chance, c’est quelque chose que l’on se fait soi-même! » ne savent pas, et n’ont jamais su, de quoi ils parlent.

La seule leçon que l’on puisse tirer d’un fait du hasard, c’est qu’il n’y a aucune leçon à tirer d’un fait du hasard.  

6 raisons pourquoi je ne suis pas nostalgique de mes 18 ans.

Cette année, le 21 juillet, j’aurai quarante-huit ans.  Puisque c’est à dix-huit ans que l’on devient légalement adulte, je fêterai cette année le trentième anniversaire de ma majorité.

En général, lorsque l’on est adolescent, on a très hâte d’arriver à dix-huit ans pour être enfin un homme et avoir droit à tout ce qui nous était interdit jusque-là, soit la liberté, l’argent, le respect, et tout ce qui est relié au sexe, sans que l’on puisse nous réprimander.  L’anecdote que je vous offre aujourd’hui raconte la façon dont j’ai passé cette journée.  C’est une fidèle reproduction d’un texte que j’ai écrit dans un cahier Canada le jour suivant, puisque j’ai toujours eu comme habitude d’écrire ce qui m’arrivait.  Le texte original est rouge vin italique, mes commentaires sont en texte noir normal. C’est parti:

22 JUILLET 1986

Hier comme cadeau de fête, je me suis offert une sortie à l’Expo Agricole de St-Hyacinthe. Pour l’occasion, une grande partie du terrain du centre culturel est transformée en parc d’attraction genre La Ronde, en plus cheap côté manèges et en plus cher côté prix d’entrée. Je suis seul car Carl et le reste de mes amis sont trop snobs pour s’abaisser à une sortie aussi quétaine, comme il dit.

Il fait chaud. Le soleil tape fort. J’ai soif. J’ai envie d’aller me prendre un coke à 2$ (le double du prix hors-expo), mais mon attention est attirée par un stand en forme de citron géant où il est écrit: « Limonade à l’ancienne: $4.00 » ($4.00, c’était également le salaire minimum de l’heure à ce moment-là, ce qui vous donne une idée du prix aujourd’hui.) C’est cher, mais à force d’entendre dire que les choses étaient tellement mieux faites dans l’ancien temps, on finit par y croire. Je me dis donc que cette limonade vaut probablement un tel prix.

Je me rend au stand, et demande une limonade à la madame.  La madame prend un citron, le coupe en 2, dépose une moitié de ce citron dans un gros verre en carton, y met une cuillerée de sucre, remplis le reste du verre à ras bord de glace, puis remplis le peu d’espace vide qui reste avec de l’eau. Elle y sacre une paille et me tend le tout en réclamant mon argent.  J’étais atterré par la cheap-esse de la chose.  Comme je me l’imaginais, ça ne m’a pas pris plus que 4 gorgées pour le finir. Et peu importe la température, plus tu as soif, moins les glaçons fondent vite. J’abandonnais mon verre glace/citron dans la première poubelle, une poubelle remplie à déborder de verres de limonade à l’ancienne achetés par d’autres qui se sont faits avoir avant moi. Je me sens humilié de ne pas avoir remarqué ce détail plus tôt. Si j’avais été plus attentif, j’aurais compris l’arnaque et je n’y aurais pas laissé mon cash. Je me jure que désormais, lorsque j’aurai vraiment soif, je vais m’en tenir aux choses que je connais. (Une leçon que je pratique encore aujourd’hui, incluant avec la nourriture.)

Tout en déambulant entre les allées, mon oeil est attiré par un manège nommé Le Zipper. J’sais pas trop comment le décrire… L’important c’est de savoir que chaque cabine est une sorte de siège-cage dans lequel on se fait enfermer deux par deux.

Je regarde la courte file d’attente. Il y a un groupe de 4 gars, suivi d’un groupe de 3 filles. Je vois bien qu’ils ne se connaissent pas car les gars parlent ensemble, les filles parlent ensemble, et il y a une distance entre les deux groupes. J’ai soudain une idée géniale. Je cours me mettre en file derrière elles, en me disant que puisqu’il faut embarquer deux par deux, il y en a forcément une des trois qui sera avec moi. Je suis arrivé juste à temps d’ailleurs, une dizaine de personnes arrivent derrière moi et attendent leur tour.

Puis arrive le moment tant attendu: Le manège s’arrête et l’employé de l’expo en fait descendre les gens pour les remplacer par ceux de la file d’attente.

À ce moment là, surgi de nulle part, arrive un ti-cul de 10-11 ans qui court vers moi. Il s’arrête et me demande:

– T’es-tu tout seul ?

Fuck ! Qu’est-ce que vous vouliez que je réponde à ça ? Je ne pouvais tout de même pas répondre « Non, je suis avec elles ! », je ne voulais pas prendre le risque que ces filles se retournent vers moi et me démentent ou pire encore: Qu’elles rajoutent: « Toi ? avec nu-z’autres ? Ah ouache! Ça va pas? » C’est que les filles entre 15 et 20 ans peuvent être très cruelles, vous savez. J’ai donc pas le choix de lui dire que oui, chus tout seul. Il me dit:

– Cool! J’monte avec toi!

Tabarnak! Un si bon plan, si génial, si parfait, que j’ai réussi à monter en quelques secondes, démoli par ce jeune crétin qui voulait juste s’éviter de faire la file. Je vois les 2 premières filles monter ensemble, la 3e monter seule, et je me suis retrouvé enfermé dans la cage avec ce p’tit casseux d’party. Pour la première fois de ma vie, j’avais hâte de débarquer d’un manège avant même d’avoir embarqué dedans.

Et on se retrouve à monter, à tournoyer, à tourbillonner durant quelques minutes. Et puis, ça s’arrête tandis que nous sommes tout en haut. On s’imagine qu’en bas l’employé est en train de changer les clients. J’ai très hâte que ce soit mon tour, parce que cette petite merde assise a mes côtés n’arrête pas de me parler. Et malgré le fait que je ne lui répond qu’à peine, il me parle comme si nous étions en grande conversation.

Les minutes s’étirent et on ne bouge toujours pas. Nous sommes mal situé pour voir ce qui se passe en bas, mais j’entend ce que dis l’un des occupants d’une nacelle voisine, qui eux peuvent voir tout:

– Oops… Quelqu’un a été malade, en bas. Va faloir attendre qu’ils nettoyent !

FUCK!!! On a été pogné en haut comme ça pendant vingt minutes. Et tout ce temps là, je n’avais qu’une envie et c’était d’étrangler le sale trouble-fête à mes côtés. S’il n’était pas venu me gâcher mon plan, c’est avec une jolie fille que j’aurais été enfermé ici, 25-30 minutes en tout.

Le pire là dedans, c’est qu’après avoir débarqué, le p’tit sacrament avait décidé de me coller au cul. Il m’a demandé quel manège ON allait faire ensuite. Je n’avais certainement pas envie de passer la journée en compagnie d’un enfant, et encore moins de ce p’tit crisse qui m’a cassé mes plans de drague. J’ai essayé de m’en débarrasser en allant aux toilettes et de m’enfuir lorsqu’il entrerait dans un cabinet, mais rien à faire. Il n’est pas entré, il m’a juste attendu devant la seule porte d’entrée.

Histoire de m’en débarrasser, j’ai voulu lui faire accroire que je m’en allais. Je n’ai pas eu d’autre choix que de le faire pour de vrai, car il m’a raccompagné jusqu’à la sortie.

Ma sortie snobbée par mes chums, mon argent arnaqué, ma soif non-épanchée, mon plan de drague ruiné, ma paix troublée, mon séjour écourté… Joyeux dix-huitiemme anniversaire, kâlisse!

FIN

À l’époque, mon but en écrivant ce texte était de démontrer à quel point j’ai été malchanceux ce jour-là.  Mais en le relisant aujourd’hui, je vois bien que ce n’était pas la malchance, mon problème.  J’avais beau être devenu légalement un homme, dans les faits j’étais loin d’en être un.  C’était ça, mon vrai problème.  Un manque de couilles total!  Et c’est à cause de ça, que…

RAISON 1)  J’étais infidèle par frustration, et fidèle par désespoir.  
Car oui, je me suis bien gardé de l’écrire dans mon texte original, mais ça faisait trois mois que je sortais avec Julie, âgée de quinze ans, habitant chez ses parents à Saint-Hyacinthe, d’où ma présence en cette ville ce jour-là. J’avais planifié que l’on se voit et que l’on passe la journée à l’expo agricole ensemble.  Mais voilà, deux obstacle se dressaient entre mes plans et moi.  Le premier: Julie travaillait à temps plein chez un opticien aux Galeries Saint-Hyacinthe.  Elle ne peut donc pas faire cette sortie avec moi le jour.  Quant au soir, impossible également.  Le temps qu’elle finisse de travailler, se rendre chez elle, soupe en famille et finisse d’aider à la vaisselle, il sera déjà 19:00. Et là se dresse le second obstacle: Ses parents.  Ceux-ci n’ont aucune confiance de laisser leur fille de quinze ans avec un gars de dix-sept ans, maintenant dis-huit, seuls, le soir, à l’extérieur.  Tous mes amis avaient le droit d’avoir une blonde qu’ils peuvent voir quand ils veulent, de faire ce qu’ils veulent.  Mais moi? Non! Interdit! 

Et ce qui ajoutait à ma frustration, c’est qu’avant Julie, j’ai eu une relation d’un an avec une fille de Montréal-Nord dans lequel j’étais sexuellement actif, et ce dès la première semaine.  Julie, par contre, n’avait pas l’air de vouloir amener la relation à l’étape sexuelle.  Et en effet, lorsqu’elle cassera avec moi, ce sera au bout d’un an et demi d’une relation platonique.  Et voilà ce qui me frustrait: Ne pas avoir le droit de faire des activités normales, et même d’avoir une une relation normale. Mettre de la pression sur l’autre pour la forcer à avoir du sexe, ça n’a jamais été dans ma nature.  Alors de telles conditions, on peut comprendre pourquoi je cherchais mieux ailleurs.  On peut désapprouver, mais au moins on peut comprendre. 

Aussi, à l’époque, je n’avais pas ce qu’il faut pour que la majorité des employeurs veulent de moi.  Alors ou bien on ne m’embauchait pas, ou alors on me casait dans des horaires de merde, de soir, de nuit, majoritairement seul, avec des jours de congés qui ne tombaient jamais les fins de semaines.  Comme cet été-là, où je travaille à laver de la vaisselle le soir, cinq jours semaine, avec congé lundi et mardi, soirs où personne avec horaire de travail normal n’a envie de sortir.  Mon horaire ne correspondant pas avec ceux de ma blonde ni de mes amis, ça mettait obstacle à ma vie sociale.  

Et voilà ce que je veux dire par infidèle par frustration, fidèle par désespoir: Infidèle par frustration, parce que tout le long où j’étais avec elle, je cherchais mieux.  Et fidèle par désespoir, parce que si j’ai continué de sortir avec elle tout ce temps, c’est parce que j’étais incapable de trouver mieux.  Et c’est un comportement que j’avais aussi avec mon employeur.

Ce qui a changé: Avec les années, en devenant plus vaillant et plus athlétique, j’ai commencé à être intéressant, autant pour les employeurs que pour les filles.  Alors depuis que j’ai vingt-sept ans, il arrive que l’un ou l’autre s’offre sans que j’aille à le demander.  Et dans les deux cas, je ne suis plus désespéré au point de rester dans une relation de travail ou de couple si celle-ci ne me convient pas, puisque je suis maintenant capable de trouver mieux.  

RAISON 2)  J’étais un Fedora-Neckbeard.
Bon, je ne portais pas la barbe en collier. N’empêche que j’étais un loser, et que  j’en portais fièrement l’uniforme officiel. Il est vrai que la nature ne m’a pas gâté.  Je suis frêle, peu attrayant, rien pour attirer les regards admiratifs. J’aurais pu faire des efforts; aller au gym, faire du sport, avoir un travail physique afin de me renforcer.  Mais non; j’essayais plutôt de camoufler mon physique non-remarquable sous des vêtements qui l’étaient.  J‘essayais de compenser par mon look, en cherchant à montrer que j’avais de la classe, moi! 

Habillé de la sorte un 21 juillet, j’avais chaud.  J’endurais parce que j’étais convaincu que j’avais une classe folle.  Et soyons franc, en 1986, oui, ce look faisait à la fois artiste et classe.  Mais il l’aurait fait dans une soirée de gala en automne.  Par contre, de jour, à l’extérieur, par un bel après-midi chaud et ensoleillé du milieu de l’été, à l’expo agricole de Saint-Hyacinthe, j’avais l’air d’un clown.  Pas surprenant que la seule personne qui s’est trouvée attirée par mon allure, c’était un enfant. 

Ce qui a changé: C’est à l’automne de l’année suivante, en 1987, à dix-neuf ans, lors de ma rupture avec Julie, toujours ma blonde et toujours platonique, quelle me fera comprendre que mon look était ridicule, en plus de me révéler ce que les gens pensaient de moi dès qu’ils me voyaient. Je considère que j’ai eu de la chance de l’avoir appris à ce moment-là, donc assez tôt pour que ça ne puisse avoir le temps de ruiner ma vie davantage. J’ai alors commencé à m’habiller de façon plus masculine, et surtout plus normale. 

RAISON 3: J’étais désespéré.
À cette époque et jusqu’à mes 25 ans, mon ambition première était d’être en couple. N’importe qui, pourvu que ce soit une fille. Et puisque j’étais timide, je saisissais chaque opportunité dans laquelle il y en ait une qui n’ait pas le choix de me parler, faisant ainsi les premiers pas. Tel que je l’ai déjà mentionné dans mon roman autobio Surveiller Nathalie, voici ce qu’était ma mentalité à ce sujet:   « Oui, j’ai de la misère à me trouver une blonde.  Oui, je m’essaye après toutes les filles célibataires que je peux trouver.  Et à cause de ça, on pense que je suis un fou des filles, un maniaque de la conquête, un obsédé sexuel.  Mais dans les faits, tout ce que je cherche vraiment, c’est avoir une relation amoureuse et sexuelle normale, sérieuse, saine et monogame. Je ne veux pas toutes les filles.  J’en veux une!  Je cherche la bonne, celle avec qui je serai compatible sur tous les points.  Sauf que, si je veux la trouver un jour, je n’ai pas le choix d’être constamment en chasse aux filles célibataires, au cas où l’une d’elle soit celle-là. »   C’est bien plus tard que j’ai réalisé que courir après toutes les filles en étant célibataire, et rechercher mieux lorsque j’étais en couple, c’était exactement l’attitude d’un gars désespéré.

Ce qui a changé: Mon physique. Je suis allé au gym, j’ai fait du sport, j’ai choisi du travail physique afin de me renforcer. Je sais bien que le message que je passe en disant ceci n’est pas politically correct en cette époque où le body shaming est tabou. N’empêche que c’est un fait: En développant mes muscles et en prenant juste assez de gras pour transformer mon visage de laideron squelettique en quelque chose que les filles sont capables de regarder sans avoir de nausées, je suis devenu attrayant. 

Et à partir du moment où je suis devenu attrayant, j’ai commencé à attirer beaucoup plus d’amoureuses potentielles, et ainsi je n’avais plus besoin de désespérément m’accrocher à toute fille célibataire qui passait.

RAISON 4:  J’étais un nice guy, donc un passif.
Comme la majorité des soi-disant bons gars, je considérais que ne rien faire du tout, c’était la meilleure façon de ne rien faire de reprochable. Les filles se plaignent souvent de s’être fait approcher et/ou draguer par des inconnus.  Aussi, histoire d’éviter de mal paraître, le nice guy ne draguera jamais.  Oh, il veut séduire, mais sans prendre le risque de faire les premiers pas. Il a tellement peur du rejet qu’au lieu d’approcher les filles en tant qu’amoureux potentiel, il espère que les circonstances vont les rapprocher. Voilà pourquoi je me suis précipité dans la queue en voyant qu’il y avait un nombre impair de filles qui attendaient leur tour. Quand on est verrouillés dans une cage métallique et isolés à plusieurs mètres d’altitude, quoi de plus normal d’échanger quelques mots avec la personne qui partage notre nacelle?  Je pourrais donc lui parler sans qu’elle pense que c’est pour la draguer.  Ça me laisserait le temps de me montrer intéressant, d’abord via mon look démontrant que j’avais de la classe, et ensuite en lui démontrant mon intelligence par mes paroles.  Il ne me resterait plus qu’à espérer qu’elle m’invite ensuite à les accompagner.

Ce qui a changé: D’abord, tel qu’expliqué au point précédent, j’ai commencé à plaire vers 1995.  Donc, je savais que je pouvais aisément me mettre en couple si je voulais.  Donc, être rejeté n’était plus pour moi un signe que je passerais ma vie célibataire.  Donc, j’ai cessé d’avoir peur du rejet.  Donc, j’ai commencé à choisir celles qui me convenaient le mieux. Et donc, je me suis permis de leur exprimer mon intérêt pour elles.  Ma relation à long terme actuelle, ainsi que la précédente qui a duré 12½ ans, c’est moi qui les ai draguées.  Le simple fait que ce furent mes plus sérieuses relations démontre qu’en effet, choisir activement vaut bien mieux que se laisser choisir passivement.

RAISON 5: J’étais une victime volontaire.
J’ai préféré écourter ma journée et ainsi la laisser se gâcher, plutôt que de dire à ce petit garçon d’arrêter de me suivre. 

Ce qui a changé: J’ai cessé d’être un lâche. Car en effet:

RAISON 6:  J’étais un lâche.
Sérieux, là! Je venais d’avoir 18 ans, et j’ai fui devant un enfant de 10 ou 11 ans, comme une jeune fille qui fuit devant un potentiel agresseur sexuel.

Ce qui a changé:  Ça a pris du temps, mais j’ai fini par apprendre à m’affirmer. Depuis l’âge de 30 ans, je n’ai aucun scrupule à exprimer mon désaccord si une situation me dérange.  Bon, j’avoue que j’ai eu une période dans laquelle j’ai perdu le contrôle de mon franc-parler, et que certaines personnes que j’ai humiliées de cette façon sont devenues de rancuniers ennemis.  Ça m’a pris un autre 10 ans afin d’apprendre à faire la différence entre un désaccord contre lequel il est important de protester, et un que l’on peut très bien laisser passer.

N’empêche que si aujourd’hui je verrais par sa préparation à quel point un verre de limonade est cheap, je n’hésiterais pas à annuler ma commande et épargner $10.75. (Le salaire minimum au moment où j’écrit cet article.) Et si un inconnu venait me demander si je suis seul dans un file d’attente, je lui pointerais la fin de la file en répondant calmement mais fermement: « Tu ne m’utiliseras pas pour passer avant tout l’monde. »

Beaucoup d’hommes prennent de l’âge en regrettant leurs 18 ans.  Je ne serai jamais de ceux-là.  Car comme je le fais depuis plus de vingt-cinq ans, je continue à travailler sur moi-même, aussi bien de corps et d’esprit, pour toujours évoluer positivement en améliorant ce que je suis.

Parce que notre passé ne devrait jamais être meilleur que notre présent, et encore moins notre avenir.

Comment la vaseline a sauvé mon couple.

Ou : Survivre intelligemment aux punaises de lit.

Février 2015.  Tu parles d’un mois pour déménager.  Il fallait en plus que ça tombe dans l’hiver le plus froid de ce siècle.  Mais voilà, c’est le mauvais côté d’être concierge résident : Quand tu perds ta job, tu perds ton logement.  Mon contrat est arrivé à termes et n’a juste pas été renouvelé. 

C’est que l’année précédente, j’avais quitté l’édifice à logements construit en 1964 à Notre-Dame-de-Grâces pour m’en aller dans une  tour à condos de luxe de 32 étages, construite en 2012 sur l’Île-des-Soeurs.  Mon expérience m’a donnée dès le départ le poste de surintendant.  J’étais le chef d’une équipe de quatre concierges, et le seul à résider sur place. M’être hissé d’artiste sans le sou d’un sous-sol à Ville-Émard à résident d’un condo à l’Île-des-Sœurs en à peine plus de deux ans, inutile de dire que j’en pétais d’la broue par hectolitres.

Trois mois plus tard, la direction a congédié la moitié de mon équipe, transformant mon statut de surintendant résident à esclave disponible 24/7.  Non pas que ça changeait tellement les choses.  Je n’étais libre que les mardis et mercredis de 8:00 à 17:00, et mon seul jour de congé fut Noël.

Trois autres mois après, ils ont calculé que finalement, en faisant affaire avec une firme extérieure pour le ménage, et en louant à plein prix le condo dans lequel ils me logeaient, ça leur reviendrait encore moins cher.  On m’a donc remercié de mes services. Au moins, être congédié m’a donné droit au chômage, ce qui m’a permis d’embarquer immédiatement dans un programme de démarrage d’entreprise, mais ceci est une autre histoire.

Et voilà comment je suis redescendu de ma tour d’ivoire (littéralement) pour le premier étage d’un immeuble de huit logements pas chers dans Hochelaga-Maisonneuve.  Étant originaire d’un milieu pauvre, le changement ne m’affecte nullement le moral.  De toute façon, ce n’est que le temps de retomber sur mes pieds.

Nous nous installons donc, ma blonde et moi, en ce mois de février, et c’est joyeusement que je retape l’endroit.  L’avantage de savoir tout faire, c’est que l’on peut se loger pour pas cher dans un taudis et transformer la place en palace.  J’ai tué les souris, colmaté les brèches des murs par où elles s’introduisaient, calfeutré adéquatement les rebords de fenêtres, réparé la toilette, changé les robinets, arrangé la tuyauterie, réparé les renvois, et surtout décondamné la porte arrière, avant de lui installer une poignée et un verrou.

Les pièces fermées de cet appartement ont des portes coulissantes qui entrent dans le mur, une option que je n’avais encore jamais vue à part dans les mangas.  Ça rajoute un cachet original.  Bref, si taudis, sitôt fait, l’endroit devient rapidement notre petit nid, étroit mais confortable.

Mars 2015 : Un fracas provenant de mon balcon avant me tire de Facebook.  J’ouvre le store.  Il pleut des meubles, en provenance de mon voisin du dessus.  Le bruit, c’était une lampe à pied qui s’est brisée sur mon garde-fou.  Je ne sais pas s’il a décidé de faire le ménage de printemps ou si c’est signe qu’il déménage bientôt, mais je constate qu’il tire ainsi en bas de son balcon un divan, un futon et de la literie.   

Avril 2015 :  Lorsque j’étais jeune célibataire, j’ai vite trouvé stupide de perdre de l’espace et de l’argent en ayant une pièce consacrée uniquement à dormir.  Aussi, j’ai toujours préféré me passer de lit et de chambre et plutôt dormir sur le fauteuil, une habitude que je conserve encore aujourd’hui.  J’ai deux autres raisons de faire lit à part avec ma blonde : Nous ne vivons pas sur le même horaire, et je ronfle.

Vers la fin du mois, je commence à me réveiller la nuit avec une sensation de démangeaisons entre les doigts et les orteils.  Je me demande si je n’ai pas développé une allergie à quelque chose, ou bien si je commence à avoir la peau sèche en prenant de l’âge.

Mai 2015 :  Nouvelle pluie de mobilier de la part du voisin d’en haut.  Je ne suis pas sûr de bien saisir le but de cet exercice.  Ça arrive tellement souvent que Google Map immortalise la chose, du moins jusqu’à leur prochain passage.

Juin 2015 : On fait le ménage.  Alors que ma blonde commence à passer le tuyau de l’aspirateur sur le fauteuil, elle voit, sur le bord d’une couture, une grappe de punaises de lit. On enlève les coussins.  On en trouve une autre.  Et une autre. Et une autre! Et une autre!  Je comprends alors que mon problème de démangeaisons ne se résoudra pas en me couvrant les pieds et les mains de Gold Bond.  Je m’explique également les périodiques pluies de mobilier en tissus du voisin.

De juillet à septembre 2015 : Nous nous sommes adressés au propriétaire et à la régie du logement.  Nous avons eu droit à un traitement au poison de la part du beau-frère du propriétaire, deux autres de la Ville, et deux d’un exterminateur que nous avons personnellement payés.  Rien à faire.  Malgré ces cinq traitements, non seulement le problème persiste, il empire.  Le propriétaire refuse de payer pour faire traiter le reste de l’édifice, et le voisin d’en haut préfère changer de mobilier à tous les deux mois.  Par conséquent, lui continue d’en faire l’élevage, et elles viennent chez nous en passant par les murs.  Plus précisément, par ces si jolies petites portes coulissantes japonaises que j’appréciais jusque-là.

Ma blonde et moi parcourons Google à la recherche d’une solution.  Ses recherches lui apprennent plusieurs caractéristiques de ces charmantes bestioles.  Du côté positif, il y a le fait qu’elles ne volent pas, que les femelles ne pondent que de trois à six œufs, et que leurs pattes ne collent pas sur les surfaces lisses comme le verre, le métal, le vernis et la peinture.  Ça explique pourquoi on n’en a jamais vu sur les murs et aux fenêtres.  Du côté négatif, elles sont extrêmement résistantes au poison.  Seul le DDT peut en venir à bout efficacement, mais c’est maintenant interdit à cause que ça pollue l’environnement.  Pire encore : Elles peuvent survivre jusqu’à trois mois sans être nourries.

De mon côté, je lis des histoires d’horreur de gens qui ont perdu la bataille et toutes leurs possessions contre les punaises.  J’y trouve des témoignages de gens poussés à la dépression par le manque de sommeil, et d’autres tellement désespérés qu’ils en viennent, avant de se coucher, à s’enduire le corps d’acide borique pour les empoisonner. J’en trouve même un qui se couvrait de vaseline le soir dans le but de les engluer, pour ensuite se les scraper du corps avec un couteau à beurre au matin.

Et c’est là que la solution m’a frappée : La vaseline!  Le gars a eu une bonne idée.  Il ne l’a juste pas appliquée adéquatement.

Je monte un plan.  J’en parle à ma blonde.  Elle accepte, mais me prévient que si ça ne donne rien, alors non seulement elle me quitte en n’emportant que les vêtements qu’elle porte, elle ne remettra jamais les pieds ici.  Et peu importe où elle ira habiter, j’en serai persona non grata afin que je ne puisse pas la contaminer.  Je comprends donc que notre avenir en tant que couple va se jouer dans les jours qui s’en viennent.

Première étape : Le grand ménage de l’appartement.  Puis, mettre tout notre linge dans des sacs poubelle, direction la buanderie du coin pour une heure de traitement de chaleur intense.  On jette les sacs, on ramène le linge dans des sacs neufs.  Nous nettoyons précautionneusement le matelas, le sommier et la base de lit.  Nous achetons des housses en vinyle pour le matelas et le sommier.  Ainsi, les punaises ne pourront pas les envahir.  Quant à celles qui sont déjà dedans le sommier, et bien elles finiront par y crever de faim, tout simplement.  Enfin, j’applique la solution qui m’est venue en tête : J’enduis les pattes de lit de vaseline, créant ainsi une barrière entre elles et nous.  Je me procure moi-même un petit lit à pattes, que je graisse aussi.  Puis, je tartine les pattes de chaises, de table, de tables de travail, de meubles.  Enfin, j’en applique à l’intérieur des plaques de prises de courant, et le bas de l’ouverture des portes coulissantes.  Et voilà!  Comme je disais, le gars a eu une bonne idée, avec sa vaseline.  Il n’a juste pas pensé qu’il pouvait plutôt l’utiliser pour empêcher les punaises de se rendre jusqu’à lui.

Automne-hiver 2015 : Le changement est immédiat.  Nous ne nous faisons presque plus piquer pendant notre sommeil.  Je dis bien presque, car les œufs qui ont survécu au blitz ménage et à la sécheuse ont fini par éclore.  Mais dès que la démangeaison caractéristique de ces attaques nous réveille, on se lève immédiatement, on fouille le lit, on la trouve et on l’écrase.

Au bout de trois semaines, après avoir exterminées le peu qui était déjà dans nos draps, et avec la barrière de vaseline qui empêche les autres de grimper jusqu’à nous, nous ne nous faisons plus piquer du tout. Parallèlement, nous en voyons de moins en moins se promener dans l’appartement.

De janvier à mars 2016 : Pas de récidive de piqure, et nous n’en voyons presque plus se promener.  Avec ce que nous avons appris sur les habitudes de ces sales bêtes, nous savons qu’elles continuent de venir la nuit, à la recherche de sang.  Mais puisque nous ne les nourrissons pas, elles n’ont aucune raison de s’installer ici, et ainsi passent leur chemin.  Quant à celles qui avaient nidifiées, elles ont eu amplement le temps de crever de faim.

Avril 2016 : J’ai trouvé un appartement plus grand pour ma blonde et moi pour le mois suivant.  Nous passons avril à appliquer la seconde partie de mon plan : Nous avons vidé une pièce et l’avons lavée avec soin.  Puis, nous avons enduit les coins de bas de murs de vaseline, avant d’en tracer une ligne en bas de l’entrée de porte.  La pièce est donc notre safe place hors d’accès pour les punaises.  Puis, nous inspectons avec soin chaque item avant de l’emboiter et le ranger dans la pièce.  On trouve dans nos affaires plusieurs cadavres de punaises qui n’ont pas pu prospérer après s’être installées.  Dans la boite où je rangeais mes vieux 45 tours, j’en trouve une qui bouge encore, mais à peine.  Je l’écrase.  Ça l’a réduite en poudre, tellement elle était rendue sèche.  Sa résistance exceptionnelle ne lui aura pas servie. 

Cette semaine, nous déménageons.  Nos boites inspectées contenant nos items inspectés sortent de notre pièce inspectée pour le nouvel appartement, inspecté lui aussi. Les vêtements qui sortent d’ici ne nous suivent qu’après avoir fait un nouvel escale à la chaleur intense des sécheuses de la buanderie.  Enfin, nous abandonnons ici divan et lits.  Nous en avons des neufs, déjà livrés et installés là-bas.  Inutile de prendre de risques.  Ce n’est qu’un faible prix à payer pour vivre l’esprit tranquille.

Avoir déménagé l’été dernier, au plus fort de l’invasion, nous aurions été obligés de tout abandonner, tellement elles étaient partout.  Mais avec de la logique, du temps de la patience, et de la simple et bête vaseline, nous avons sauvé la majorité de nos possessions, et surtout nous avons sauvé notre couple.

Quant à nos voisins, eh bien ils continuent de traiter leur problème de punaises à leur façon.

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Y’A LIENS LÀ:

Lisez mes trois articles précédents qui racontent mon désopilant parcours en matière boulot/logis:
Mon article Mon Paradis du Concierge sur Urbania.
12 choses que j’ai apprises à la dure en devenant concierge résident
10 trucs que j’ai appris au sujet des riches en emménageant dans un édifice à condos de luxe

Et s’il vous plaît, joignez la page Facebook de Mes Prétentions de Sagesse, mon Ego l’exige. (Mais moi je demande poliment, hein!?)

Le premier texte viral québécois d’internet

Vous avez certainement déjà vu ceci.  Mais il y a deux choses que vous ignorez à ce sujet.  De un : Il s’agit du premier texte viral québécois sur internet.

Et de deux : C’est de moi ! 

Février 1996, Saint-Hyacinthe.  Dans ma chambre, chez mes parents, je me creuse la tête sur un travail d’école.  Pas une étude ni un devoir.  Non, je parle d’un truc vraiment  important pour le jeune wannabe-riche-et-célèbre prétentieux que je suis : Ma chronique humoristique dans le journal étudiant Vox Populi du Cégep André-Laurendeau.  

Mes trois premiers textes n’avaient récolté qu’indifférence des lecteurs.  Le 4e et dernier, par contre, intitulé « 20 éléments sans lesquels Noël ne serait pas ce qu’il est » ne cesse de me rapporter des félicitations.  Je comprends alors qu’un texte humoristique sous la forme d’une courte liste est une formule gagnante.  Je rebaptise ma chronique Le Décompte Requin Roll.  Il ne me reste plus qu’à en trouver le prochain sujet. 

Presque un an plus tôt, j’avais commencé une liste de sept noms de famille composés qui forment d’amusants jeux de mots.  Je prends le bottin téléphonique local et note les patronymes francophones qui me semblent avoir du potentiel pour en faire d’autres.  En quelques heures, ma liste passe de sept à vingt.  Je rajoute un petit commentaire amusant après chaque nom composé, et je soumet ce texte au Vox le lendemain.  Un mois plus tard, mon décompte est publié. 

1997: Je fais mes débuts sur le net en construisant ma première page web personnelle sur la plateforme Geocities.  J’y expose mes meilleurs textes et dessins, incluant les sept Décomptes Requin Roll que j’ai écrit. 

1998: On me signale que trois de mes noms composés ont déjà été faits dans les années 70  par l’humoriste Yvon Deschamps.  Je demande plus de détails à ce sujet à mes lecteurs et lectrices.  L’une d’elle me répond qu’à l’époque où les enfants ont commencé à porter les noms de famille de leurs deux parents, Yvon s’était amusé à imaginer ce que ça donnerait au bout de quelques générations, si les noms s’accumulaient :  « Moreau Bordeleau Lemoine Allaire Durant Lacasse Dubois Léger Auger Gagné Legros Montant Moran Voyer Leboeuf Haché ».  La coïncidence m’a amusé et j’ai rajouté ce fait en bas de la page de ce décompte.

Geocities et ses couleurs pétantes.

1999: Avant l’existence de Facebook, c’est via courriel que l’on ennuyait nos contacts avec des pensées du jour, des légendes urbaines, des textes drôles, ainsi que des chaines de lettres promettant que Bill Gates et Walt Disney Jr nous récompenseraient de les rediffuser.  C’est ainsi que j’ai eu la surprise de recevoir un jour mon propre texte de noms de familles.  Un visiteur anonyme de ma page l’avait copié-collé et envoyé à tous ses contacts, dont certains l’ont à leur tour envoyé à tous leurs contacts, et ainsi de suite.  Éventuellement, une de mes amies a fini par le recevoir, et me l’a envoyée. 

À l’an 2000, plusieurs connaissances me disent avoir reçu mon texte.  Sur AltaVista, le plus populaire engin de recherche pré-Google, je trouve une cinquantaine de pages web et forums qui l’affichent.  En les parcourant, je constate qu’il en existe maintenant différentes versions :

  • La version originale, avec en-tête expliquant sa provenance.
  • Une version avec un en-tête affirmant « Ce sont de vrais noms de québécois. »
  • Une version avec les noms seulement, sans les commentaires.
  • Des versions censurées, sans les combinaisons vulgaires.
  • Des versions retravaillées, sans vulgarités et en bon français.
  • Des versions allongées, qui y ont rajouté les classiques « Marin-Gouin » et « Yoland-Gingras » bien que Yoland soit un prénom.
  • Et des versions dans lesquelles d’autres s’approprient la paternité de mon texte.  

Ces dernières m’amusent moins.  Aussi, puisque de toute façon aucun de ces posts n’inclut mon nom, je commencé à écrire à chaque webmaster pour lui signaler que j’en suis l’auteur, avec lien vers l’original sur ma page.  Certains me créditent, d’autre non, alors que d’autres encore effacent le texte.   

En 2005, l’Université du Québec à Trois-Rivières publie sur son site une étude sur les aptonymes (nom de famille d’une personne qui est étroitement lié à son métier ou à ses occupations).  Elle y présente ma liste de nom comme étant le fruit d’une recherche sérieuse.  Je leur écris et rétablis les faits.  Le lendemain, leur texte est modifié.  Ils qualifient maintenant ma liste de canular d’étudiant.  Ou bien ils n’ont rien compris, ou alors mes révélations ont froissé quelqu’un.

Le début des années 2000 m’a permis de voir mon texte déborder des frontières du net et envahir d’autres médias, alors que le magazine Délire le publie dans son courrier des lecteurs.

En 2003, l’animateur Marc-André Labrosse la cite dans son émission du soir sur CKMF / Radio Énergie / NRJ. En 2005, c’est Patrice Lécuyer dans son émission du midi à CKOILa même année, ma mère m’appelle pour me dire qu’elle l’a entendue à la télé, au matin, à l’émission Salut Bonjour.

En octobre 2003, un chroniqueur du journal l’Œil Régional la publie

En septembre 2004, le même chroniqueur la publie une seconde fois, mais en version extrêmement écourtée. 

Un lecteur anonyme découpera du journal cette version, la prendra en photo et mettra l’image résultante sur le net. Tout comme ce fut le cas avec les versions précédentes, elle a fait plusieurs fois le tour de la planète.  C’est cette version qui est la plus connue aujourd’hui.

En 2012, cette image permettra à un autre chroniqueur de se faire lui aussi une poignée de change sur mon talent.

Comment est-ce qu’on se sent d’avoir créé un texte viral partagé des millions de fois dans toute la francophonie de la planète?
Tout d’abord, étonné.  Je l’ai seulement écrit, jamais distribué.  Alors qu’il ait ainsi pris vie par lui-même, ça a de quoi surprendre. 

Ensuite, je dois avouer que me suis toujours senti un peu floué.  C’est quand même chiant de voir qu’après avoir envoyé en vain mes CV à la radio, la télé et autres médias, ce sont ceux qui occupent déjà ces postes qui s’y font de l’argent avec mes écrits.   

Et malgré tout, il reste le sentiment de fierté.  Ma création est quand même active non-stop dans médias sous toutes leurs formes depuis sa création en 1996, ce qui en fait l’un des plus viraux des textes viraux, l’un des premiers à être francophones, et le tout premier d’origine québécoise. 

Et puis, ce n’est pas comme si j’avais à me plaindre.  J’ai quand même écrit régulièrement de 1988 à 2008 dans des publications telles que Wow!Safarir, Le Journal de Montréal et Summum, pour ne nommer que les plus connus.  Et mes talents d’auteur furent reconnus au point de me mériter ma propre page sur Wikipedia, ce qui est toujours bon à glisser dans une conversation quand on essaye d’impressionner quelqu’un. 

Opportunité d’insulter, ou opportunité d’affaires.

Il y a quelques jours, j’ai reçu sur Facebook la proposition suivante:

Cette proposition me rappelait de bien mauvais souvenirs, comme le démontre cet extrait de mon billet Les 12 malédictions de l’Halloween, alors que j’étais le sujet d’un reportage.

L’émission est tournée dans un bar sur St-Denis. En attendant que tout soit prêt, je jase avec quelques personnes présentes. C’est là que j’en apprends une bonne: À cause de la loi qui interdit de filmer les gens sans leur accord, tous les clients du bar sont des figurants fournis par une agence de casting. Et non seulement ils mangent et boivent gratos, ils sont payés pour être là. Alors entre les figurants payés à ne rien foutre, et l’équipe de Canal D qui sont évidemment tous salariés, je suis le seul à recevoir zéro dollar et zéro sou pour ma participation, malgré le fait que sans moi il n’y aurait pas de reportage, donc aucune raison pour eux d’être ici, et encore moins d’être payés.

Je pense inutile de préciser que je ne voulais pas revivre cette injuste situation.

L’an dernier, j’ai écrit un billet intitulé Être artiste professionnel, sauf en attitude.  Dans celui-ci, je raconte qu’il n’est pas rare que l’on se fasse proposer de travailler gratuitement, ce qui est d’autant plus désagréable, quand on sait que le fruit de notre travail est destiné à amener des revenus à notre employeur potentiel.  Je déplorais également que la première option qui vient en tête à beaucoup de mes collègues, c’est de répondre avec sarcasme, mépris, insulte, pour conclure avec un refus catégorique. 

Surtout que beaucoup d’entre eux mettent ensuite en ligne une reproduction de la discussion, histoire de bien salir publiquement la réputation de l’employeur potentiel.  Aussi, j’avais conclu ce billet en disant ceci:  

Mais quand on est un artiste qui vit d’accumulations de ce genre de petits contrats, on ne peut pas se permettre d’agir de façon à se fermer des portes.  Si, comme lui, le Huffington Post m’avait proposé de reproduire un de mes billets de blog, je leur aurais envoyé mes tarifs. Comme ça, plus tard, s’ils avaient vraiment voulu de mes textes, ils m’auraient recontactés pour négocier une entente de paiement.  Pareil pour le restaurateur qui se cherche un photographe.   Normal, puisqu’à leurs yeux je serais « celui qui accepte sous certaines conditions » et non pas « celui qui lui a dit NON, qui l’a insulté et qui tente de l’humilier publiquement en salissant sa réputation. »

Pratiquant ce que je prêche, voici quelle fut ma réponse à Urbania :

C’est normal d’être à l’affût de toute arnaque et de se méfier au début.  Cependant, on ne peut pas mettre tout le monde dans le même panier.  La personne d’Urbania qui m’a fait cette proposition ne me connait pas.  Elle m’a donc proposée une entrevue, comme si j’étais un citoyen non-auteur.  Elle ne sait pas que je suis capable d’écrire moi-même ce texte.  Elle n’a aucune idée que je charge pour mes textes, mes dessins, mes photos.  Comment aurait-elle pu le savoir avant que je lui dise?  

Ils m’ont fait une proposition.  Je leur ai fait une contre-proposition.  L’Échange fut professionnel et courtois.  Après trente minutes, voici quelle fut leur réponse:

Et voilà!  Plutôt que d’accepter la première proposition pour ensuite chialer que tout le monde a été payé sauf moi alors que sans moi il n’y aurait pas eu d’article, plutôt que de les insulter et m’assurer de me fermer des portes, j’ai transformé cette proposition inacceptable en opportunité d’être publié, d’être payé, et de me faire un bon nom dans le milieu.

Dans le milieu du journalisme, je parle.  Parce que dans le milieu de la conciergerie, je ne suis pas sûr si ça aura le même effet, avec le gif animé qu’ils ont choisi pour me représenter:

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Y’A LIENS LÀ:

Urbania.ca
Mon article sur Urbania.  Puisqu’il s’agit d’un article sponsorisé, le défi était de terminer mon texte de façon à le mettre en rapport avec une publicité pour un site de recherche de logements.  Je pense m’en être bien tiré.

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Premier article pour Urbania.

Devinez qui vient de rejoindre le magazine Urbania?
Indice subtil: C’est moi! 😀

C’est un texte sponsorisé. Le défi était de réserver mes 2 derniers paragraphes pour une pub. Je crois que je m’en tire pas si mal.

Cliquez sur l’image pour lire l’article, ou allez sur http://urbania.ca/222051/mon-paradis-du-concierge/.

Ingrid; Cinq jours parmi les loups.

J’ai beau être un gars, je ne comprendrai jamais comment certain d’entre nous sont capables de ressentir un coup de foudre pour une fille juste en la regardant pour la première fois.  Jamais ne me suis-je dit « Woah! Qu’elle est belle! » en croisant une passante.  Jamais ne me suis-je retourné sur son sillage pour l’admirer.  Bref, jamais n’ai-je ressenti de crush pour une inconnue.  

J’ai beau être un homme hétéro, la beauté féminine n’a jamais eu ce genre d’emprise sur moi. Par conséquent, les inconnues m’ont toujours laissé indifférent.  C’est ce qui m’a permis d’observer, non sans un certain sentiment d’aberration, l’anecdote qui va suivre.  Elle se passe à l’époque où je travaillais au centre d’appel d’une compagnie que je suis probablement mieux de ne pas nommer, histoire que leur réputation ne se fasse pas entacher par le comportement des employés que je vais décrire.

Nous sommes une vingtaine de techniciens dans le bureau où je travaille.  Tous sont propres et bien mis, chemise, cravate, coiffure soignée.  Ils sont programmeurs, analystes, répartiteurs, et démontrent en général avoir du sérieux et une certaine classe.  Parmi nous, il n’y a que trois femmes. Elles sont jeunes, jolies, charmantes. Deux d’entre elles sont célibataires, mais aucune des trois n’a jamais subi le moindre harcèlement à notre bureau.  Ceci est mon premier travail, disons, haut de gamme, si on le compare à mes anciens emplois de pâtisserie au Dunkin Donuts ou dans la plonge de resto.  Aussi, à voir combien ces hommes-ci sont bien éduqués, il me semble normal qu’ils sachent se tenir.

Du moins, c’était le cas, jusqu’à cette étrange semaine-là.

LUNDI.
Je suis à ma table de travail, à entrer des données dans l’ordinateur.  Arrive notre patronne avec une nouvelle employée.  Appelons-là Ingrid.  Mon regard se pose machinalement dessus, avant de retourner sur mon travail.  La patronne lui fait faire le tour du bureau, lui expliquant chaque fonction de chaque section, la présentant à chaque chef de département.  Je remarque tout à coup que le volume ambiant des voix diminue rapidement alors qu’une bonne partie de celles-ci se taisent.  Je lève les yeux et constate que plusieurs de nos collègues regardent silencieusement dans la direction de la patronne et de la nouvelle venue.  Histoire de comprendre leur réaction, je l’observe plus attentivement.

Ingrid doit bien être dans le début de la vingtaine.  Elle est grande, mince, blonde, a de courts cheveux bouclés coiffés à la perfection, retenus de chaque côtés de son visage par des barrettes.  Elle se déplace avec la délicatesse du chat.  Elle a une expression au visage qui, aujourd’hui, me fait penser à Bella de la série Twilight, avec la bouche et les yeux mi-clos en permanence.  Elle porte une chemise blanche à manches courtes qui, comme le veut la mode à ce moment-là, s’arrête entre les seins et le nombril, lui dénudant le ventre et la taille.  Elle porte un jeans impeccable et bien ajusté de taille basse.  Ce qui fait que, lorsqu’elle nous tourne le dos, on peut voir le tatouage de papillon entouré de deux roses sur sa chute de reins, chose que l’on n’appelait pas encore un tramp stamp à l’époque.  Et bien que maquillée sobrement, il reste que son visage est couvert d’une base qui en cache la moindre imperfection, si elle en a.  Bref, elle a le physique et le look de ces jeunes femmes que l’on retrouve dans les magazines, dans les films, à la télé.  Le genre que l’on ne croise presque jamais au quotidien, et qu’on s’attend encore moins à voir comme téléphoniste en centre d’appel.

« Coudonc!  Y’ont jamais rien vu! », me dis-je en roulant des yeux, en remettant mon attention à mon travail.  Elle est belle, d’accord!  Mais je ne vois pas en quoi ça mérite la paralysie spontanée de la moitié de nos effectifs.

Quelques minutes plus tard, après avoir fait le tour, la patronne et Ingrid quittent la pièce.  Vincent, programmeur-analyste dans le début de la trentaine, toujours le regard fixé vers la porte où Ingrid a disparu depuis quelques secondes, fait une confidence à mon voisin de bureau :

« Hostie que j’la mettrais dans l’cul, elle! »

Je suis sous le choc.  Jamais je n’aurais imaginé qu’un gars qui s’est toujours montré classy à la limite du snob puisse dire pareille énormité.

MARDI.
Ingrid commence son travail.  Aujourd’hui et les jours qui vont suivre, elle est habillée plus sobrement, comme il sied à une employée de bureau.  N’empêche que son tatouage est resté dans la mémoire et l’imaginaire de nos collègues masculins.  Dans le cours de la journée, j’entendrai trois différents gars en parler.  Et deux d’entre eux ne se gênent pas pour dire qu’ils aimeraient bien le revoir, ce tatoo, mais dans un contexte bien plus intime.  Genre, en levrette.

Dans l’avant-midi, c’est la patronne qui se charge de la formation d’Ingrid.  Et au retour de la pause de midi, elle en sait assez pour travailler seule.  Elle n’en a cependant pas tellement l’occasion alors qu’à plusieurs reprises, l’un ou l’autre de nos collègues vont la voir pour lui offrir leur aide, au cas où il y aurait quelque aspect de son travail avec lequel elle aurait de la difficulté.

MERCREDI.
L’Ingrid-fest bat son plein alors que toute la journée, elle a du mal à faire son travail, tellement elle est interrompue souvent par des collègues qui vont lui jaser.  Collègues qui, par conséquent, ne travaillent pas non plus.  Ayant pris soin de mettre leur téléphone sur la touche occupé, leurs appels sont tous détournés vers mon poste, et j’ai bien du mal à fournir.  

Au milieu de l’après-midi, la patronne vient me demander des comptes sur le fait que mon téléphone ne dérougit pas.  Beaucoup d’appelants abandonnent car l’attente est trop longue, ce qui nuit à la performance du service.  Loin de moi le désir de créer le conflit au bureau, il reste que je suis bien obligé de lui expliquer la situation.  Au début, elle me regarde avec un mélange de choc et d’incrédulité.  Elle va même me demander si je la niaise, tellement mon explication lui semble farfelue.  Surtout qu’en voyant la patronne entrer, mes collègues sont soudainement tous bien à leur affaire.  Après être allé vérifier mes dires sur l’ordinateur qui enregistre le volume d’appels et leur répartition, elle a bien vu que je disais vrai.  Un par un, elle a invité mes cinq collègues fautifs dans son bureau afin de leur faire la leçon comme quoi ils ont été embauchés pour travailler et non pour se mettre en pause prolongée, et encore moins pour draguer.

JEUDI.
Aujourd’hui, Ingrid a pu travailler sans être interrompue.  N’empêche que tout le long de la journée, les commentaires à son sujet parviennent à mes oreilles.  Le plus aberrant fut le collègue qui a carrément raconté à son voisin de table qu’il fantasmait à l’idée de sa femme et d’Ingrid qui s’embrasseraient, et qu’il aimerait se branler pour leur venir simultanément au visage, alors qu’elles continueraient de se frencher dans sa décharge.  Je ne pouvais sérieusement pas croire que j’entendais des trucs pareils.  Ça faisait près d’un an que je travaillais là, et jamais je n’y ai entendu autant de vulgarités que lors de ces quatre derniers jours.

À 17h00, alors que tous quittent le bureau et qu’arrive la squelettique équipe de soir pour le service d’appel 24h, George se terre dans la salle de bain.  Il en ressort à 18h00, rassuré qu’à cette heure-ci, tous les patrons et chefs d’équipe ont quitté l’endroit.  Il s’installe alors au bureau de la secrétaire-réceptionniste.  Après un quart d’heure, il trouve ce qu’il cherchait.

21 :30, chez Ingrid.  Ça cogne à la porte.  Elle ouvre.  La surprise qu’elle ressent en voyant George est sincère.  Celle de George, par contre, est totalement feinte.

« Hein?  Ingrid?  Tu restes ici?  Wow!  Tu parles d’une coïncidence!  Chus allé cogner à une porte au hasard pass’que mon char vient de tomber en panne.  Est-ce que je pourrais utiliser ton téléphone pour appeler mon… »

Ingrid l’interrompt et pointe du doigt vers la petite épicerie au coin de la rue.

« Non! Il y a un téléphone public au dépanneur, juste là. »

Sur ce, elle lui ferme la porte au nez et la verrouille.

VENDREDI.
Pendant les deux premières heures, mes collègues s’interrogent de l’absence d’Ingrid.  Puis, la patronne entre dans la salle, suivie par un homme, puis par Ingrid, et enfin autre homme, qui tient une boite de carton vide.  Il s’agit du père et de l’oncle d’Ingrid.  Ils sont grands, ils sont gros, ils sont imposants, et ils nous balayent d’un regard meurtrier qui démontre clairement qu’il vaut mieux se tenir à distance.  Ils escortent Ingrid jusqu’à son poste de travail.  Elle ramasse ses affaires, les met dans la boite, et ils ressortent tous les quatre sous nos regards médusés et silencieux. 

On ne la reverra plus jamais.

Ce n’est que la semaine suivante, au fil des dires et rumeurs, que j’ai fini par apprendre toute l’histoire: Jeudi soir, immédiatement après la visite de George, Ingrid a téléphoné à la patronne pour expliquer ce qui venait de se passer.  Ce qui fait que vendredi matin, la patronne a consulté les caméras de surveillances de la veille, ainsi que le log des activités du poste de la secrétaire-réceptionniste, pour voir comment George s’y était pris.  Voilà pourquoi Ingrid a remis sa démission, et voilà pourquoi elle était accompagnée de gardes du corps.  Les loups se ruent toujours sur une proie qui s’enfuit.  Il fallait la protéger, le temps qu’elle récupère ses affaires.

À l’époque, il n’y avait pas d’atelier préventifs au sujet du comportement acceptable ou non au bureau, ni de mesures disciplinaires au sujet du harcèlement, qu’il soit moral, sexuel ou autre.  Ainsi, George a juste passé devant la patronne et une représentante des ressources humaines.  Pour avoir utilisé un ordinateur qui n’était pas celui qui lui était assigné, et pour avoir cherché des informations qui n’avaient rien à voir avec son travail, il s’est fait taper sur les doigts pour usage abusif du matériel corporatif.  Mais il a pu conserver son emploi et son poste.

J’ai beau être un gars, je ne comprendrai jamais comment certain d’entre nous sont capable de désirer une fille sans rien connaitre d’elle que son allure.  Ni comment ce désir est capable de transformer un gars pourtant brillant en con, au point qu’il puisse s’imaginer que son histoire de « quelle coïncidence totale que je tombe en panne devant chez toi » puisse être crédible.  Et je m’explique encore moins comment les autres ont pu  régresser mentalement à l’état d’animal, laissant leur libido contrôler leurs gestes et paroles, les poussant à dire les pires vulgarités, les faisant totalement oublier l’environnement dans lequel ils se trouvent.  Je veux dire, avoir des fantasmes sexuels sur une collègue de travail, passe encore.  Mais les exprimer de vive voix, sans retenue, aux autres collègues, sur le lieu de travail, pendant que la fille est dans la même pièce à quelques mètres de là?  Voyons donc!

Et pourtant, aux dires de plusieurs, ce comportement masculin est supposé être typique et normal.  Je ne sais pas si ça signifie que mon ADN manque de testostérone, ou s’il y a une connexion dans mon cerveau qui ne se fait pas.  Qui sait, ça vient peut-être du fait que j’ai été élevé dans un environnement presque exclusivement féminin.  Par conséquent, même si je suis un homme hétéro, j’ai toujours vu les filles comme des égales et non des proies.

Loin de moi l’idée de blâmer la victime, puisque jamais Ingrid n’a posé le moindre geste ou langage provocateur.  N’empêche qu’il y avait quelque chose en elle qui réveillait l’animal chez ces hommes.  Une chose que l’on ne retrouvait pas chez nos trois autres collègues féminines, qui étaient pourtant très jolies.  Puisque le charme d’Ingrid ne fonctionnait pas sur moi, je ne sais pas trop quoi en dire.  En repensant à son allure, ses gestes, ses paroles, je peux juste émettre la théorie comme quoi la chose se passait en deux temps: Dans un premier temps, son look de déesse de magazines attirait l’attention de ces hommes.  Et dans un second temps, son langage corporel timide et délicat lançait probablement un message dans l’inconscient de mes collègues comme quoi elle se comportais en proie, réveillant ainsi en eux le côté prédateur que, dit-on, tout homme possède.

Je suis bien placé pour savoir que non, nous ne sommes pas tous comme ça.   N’empêche que, sur les dix-sept hommes de ce bureau, il y en a six qui se sont comportés comme des chiens en chaleur, n’ayant plus aucune retenue, oubliant où ils étaient, ce qu’ils faisaient, ce qu’ils étaient.  Ça représente plus d’un tiers de la masse masculine présente.

J’espère que notre bureau n’était qu’un cas isolé qui ne représente en rien le reste de la population. Parce que j’ai beau ne pas être une fille, je trouve ça inquiétant.

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Harceler le harcèlement.

Lorsque je manque d’inspiration, il arrive que je pige dans de vieux textes qui, de toute façon, se seraient retrouvés sur ce blog, s’il avait existé.  Celui-ci date d’ailleurs de mars 2009, soit d’un mois avant la création de Mes Prétentions de Sagesse.
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Ce qui suit est un courriel que j’ai envoyé à l’administrateur d’une mailing liste créée pour l’équipe de soccer de la prestigieuse University of Cambridge, England. Je l’ai traduite en français pour votre convenance.

Bonsoir.

Depuis les six dernières années, je reçois régulièrement les courriels de la mailing list de l’équipe de soccer de l’Université de Cambridge.  Le problème, c’est que je suis de Montréal.  Je ne suis jamais allé à Cambridge, ni n’y ai-je joué au soccer.

Depuis les six dernières années, j’ai essayé de m’y désabonner en vous écrivant.  Et à chaque fois, j’ai reçu ce qui, apparemment, passe chez vous comme étant du service à la clientèle, soit une note disant: « Pour vous désabonner, veuillez aller sur (adresse) et annulez votre abonnement. »

Depuis les six dernières années, j’ai essayé de m’y désabonner de la façon dont vous me suggérez, et j’ai échoué.  Normal; je ne connais pas le mot de passe utilisé par celui qui m’y a abonné. 

Depuis les six dernières années, j’ai essayé de récupérer le mot de passe, en suivant précautionneusement les instructions données sur votre page dans ce but.  Là aussi j’ai échoué, je ne l’ai jamais reçu.

Depuis les six dernières années, j’ai essayé la solution alternative qui est de cliquer sur « Marquer comme courriel indésirable » lorsque je recevais vos messages.   Ça a filtré peut-être le 1/3 des envois.  Je continue de recevoir les autres.   

Et oui, par la suite, à chaque fois que j’ai demandé en vain de recevoir le mot de passe pour me désabonner, j’ai aussi vérifié mon dossier « Courriel indésirable ».  Je ne suis pas idiot, malgré le fait que je ne suis jamais allé à Cambridge.

Depuis les six dernières années, j’ai été patient.  Mais puisque je vous ai demandé une bonne dizaine de fois de me désabonner et que vous ne l’avez toujours pas fait, ça commence sérieusement à devenir du harcèlement

Aussi, je vous demande encore une fois, s’il vous plaît, veuillez trouver le temps d’enlever mon nom de votre liste d’envoi.  Je suis sûr que ça vous prendra beaucoup moins d’efforts que j’ai eu à y mettre, en vain, depuis les six dernières années.

Bien à vous.

Steve R.

Exactement quatre minutes plus tard, j’ai reçu cette réponse:
Bonjour Steve,

Je n’ai aucune idée comment votre adresse a pu se retrouver sur notre liste d’envoi.  Je ne comprends pas plus comment le procédé pour vous désabonner n’a pas fonctionné pour vous, puisque ça a bien marché pour les autres depuis le temps où j’occupe ce poste.  Je vais immédiatement vous en retirer moi-même.

Robin Brown,
Cambridge University

Quelques minutes plus tard, j’ai reçu un second courriel disant « Vous avez été désabonné de la mailing liste de l’équipe de soccer de l’University of Cambridge ».  J’ai émis un soupir de soulagement.  Enfin, après six ans, c’était terminé.  Et aujourd’hui, sept ans après ce désabonnement, je n’en ai plus jamais reçu un seul.

Il y en a qui vont dire que de nos jours, avec l’amélioration des systèmes de filtres de pourriels, le problème eut été réglé.  Possible, mais d’abord ce n’est pas garanti, et ensuite là n’est pas le sujet.  C’est plutôt ceci:

Lorsque confronté à des expériences négatives, les gens peuvent réagir de quatre façons:

  • Il y a ceux qui souffrent en silence.  ceux-là s’assurent que les abus n’arrêteront jamais
  • Il y a ceux qui vont se contenter de se plaindre, sans jamais rien faire d’autre pour que ça arrête.
  • Il y a ceux qui vont se contenter d’essayer UNE fois, de manière à pouvoir chialer avec conscience tranquille comme quoi ils ont essayé et ça n’a rien donné.
  • Et il y a ceux qui vont faire ce qu’il faut faire, qui vont prendre le temps que ça prend, pour s’assurer que la situation prenne fin.

Je suis fier de pouvoir affirmer que je fais partie de cette dernière catégorie.  Il ne s’agit pas d’acharnement aveugle dans lequel je me bats pour le plaisir de me battre.  J’ai la force de caractère d’accepter ce que je ne peux changer, le courage de changer les choses que je peux, et la sagesse d’en connaitre la différence.  Lorsque l’on vit une situation inacceptable, dès que l’on reconnaît qu’elle peut être changée, alors il ne faut jamais lâcher prise.  Travaille dessus!  Parles-en!  Dénonce-là! Bats-toi!  Parce que, comme le prouve mes échanges avec Cambridge, même si tu ne rencontres qu’indifférence au début, tu finiras bien à les avoir par l’usure.  Ironiquement, ça peut être vu comme du harcèlement.  Mais lorsque c’est toi qui a raison, lorsque c’est toi qui subit une situation inacceptable, ça ne pourra jamais être vu légalement comme tel. 

Ainsi, non seulement réussiras-tu à mettre fin à la situation, tu deviendras un exemple pour ceux qui ont maille à partir avec leurs propres situations inacceptables personnelles, que ce soit au niveau financier, légal, sexuel, ou même quelque chose d’aussi anodin que de se retrouver abonné contre son gré à une liste de courriel non-sollicitée.  Parce que peu importe sous quel angle on retourne la situation, il reste que si elle a cessée, c’est parce que je l’ai dénoncée.  

Parce que le plus grand complice de ce qui abuse de toi, c’est ton propre silence.

Les vieilles habitudes ont la vie dure, surtout lorsqu’elles sont mauvaises.

Ce qui suit est au sujet de l’entrainement, mais peut aussi s’appliquer à différents aspects de la vie quotidienne dans lesquels certaines gens ont plus de succès que d’autres.

Ça a commencé ce matin, lorsque j’ai vu cette BD sur la page Facebook des fans de John Burk, un ex-soldat devenu entraîneur et motivateur.

(Source véritable (en Anglais et Espagnol) : JagoDibuja.Com)

Étant moi-même en entrainement de façon plus ou moins régulière depuis 2008, j’ai vu tout de suite quatre choses qui démolissent la crédibilité de cette BD.  

  1. Alors comme ça, l’entrainement physique donne un nez plus petit, des yeux plus sensuels, un corps plus grand, de plus gros seins et des cheveux plus longs?  Bullshit!  Ce n’est pas comme ça que ça fonctionne.
  2. Nutritionnistes et entraîneurs m’ont toujours dit qu’il faut manger dans l’heure qui suit le lever, et qu’il ne faut jamais s’entraîner avec un estomac vide.  La fille athlétique, que l’on voit courir ici à 5:30 du matin n’est pas apparue spontanément sur la piste de course.  Elle est levée depuis au moins une demi-heure, à 5:00.  Alors lorsqu’elle a pris son petit (dans tous les sens du terme) déjeuner à 8:00, ça signifie qu’elle a eu son premier repas trois heures après s’être levée.  Et elle s’est entraînée à fond pendant au moins deux de ces trois heures.  Or, affamer le corps tout en brûlant des calories, ça pousse le corps à se croire en période de famine, ce qui lui fait stocker sous forme de graisse tout ce qu’il avale par la suite.  Voilà pourquoi les lutteurs sumo s’entraînent à-jeun dès le lever, et ne mangent que cinq heures plus tard.  
  3. Mieux encore: Elle fait des redressements-assis?  Non seulement ça ne fait rien du tout pour améliorer la forme, c’est même néfaste.
  4. Cette BD tente de nous manipuler en remplissant ses images de symboles subtils dans le but de lancer des messages à notre subconscient.  

« En conclusion, » me suis-je dit, « cette BD manipulatrice qui nous prend pour des imbéciles est une pure merde qui se base sur des arguments fallacieux et illogiques afin de nous faire croire à des résultats irréalistes et mensongers. »

… Mais voilà, je suis bien placé pour savoir que oui, avoir la discipline de se lever tôt, bien manger et s’exercer, ça rend en forme et donne un physique agréable.  Alors peu importe ce que j’ai à dire contre cette BD, il reste qu’elle dit vrai.

Et c’est là que je me suis souvenu d’un truc, en tant que moi-même bédéiste.  Tout d’abord, dans les bandes dessinées, nous ne disposons que d’un espace limité.  Il faut donc y passer notre message de la façon la plus directe, afin qu’elle soit la plus efficace possible.  Voilà pourquoi il faut utiliser des symboles.  Ce qui symbolise le mieux l’exercice extérieur, que tout le monde peut faire, sans matériel d’entrainement?  La course à pieds.  Et ce qui symbolise le mieux l’exercice intérieur, que tout le monde peut faire, sans matériel d’entrainement?  L’exercice qui travaille au niveau du ventre, donc qui symbolise la minceur?  Les redressements-assis.  

Dans le même ordre d’idées, au sujet de la nutrition, le but était de comparer la qualité et la quantité de leurs déjeuners respectifs.  Ceci s’obtient par effet de symétrie, en les mettant l’un à la suite de l’autre.  C’est sûr que la BD aurait pu montrer l’athlète déjeuner à 5:00 tandis que l’épicurienne dort, et ensuite montrer l’épicurienne qui déjeune tandis que l’athlète s’entraîne encore.  Hélas, montrer leurs deux routines dans l’ordre chronologique aurait saboté l’effet comparatif recherché.

Quant à ma réflexion au sujet des points de l’apparence physique qui ne peuvent pas être embellis par l’entrainement, tels les gros seins (qui, au contraire, rapetissent à l’entrainement), le nez, les yeux les cheveux et la grandeur, j’avais juste oublié une leçon que j’ai moi-même donné dans un billet précédent: À partir du moment où tu as un corps athlétique, les gens te trouvent attrayant.  Le jeune Arnold Schwarzenegger des années 70, 80 et 90 en était le parfait exemple.  Même avec sa tronche de gorille, des millions de femmes le trouvaient beau, le croiriez vous?  

Mais ici, il ne s’agit pas de photos.  Ce sont des dessins.  Et comme je le dis plus haut, dans un dessin, pour éviter la surcharge graphique, il faut rester clair, donc passer une idée en quelques lignes.  Utiliser des symboles. Ainsi, la meilleure façon de démontrer la perception de beauté d’un corps en forme, c’était effectivement de donner à son visage des symboles de traits considérés comme étant attrayants.

Et même si cette BD est pleine de messages subtils qui nous donnent l’impression que le style de vie de l’athlète est de meilleurs qualité que l’épicurienne… N’est-ce pas un fait reconnu, que se lever tôt, bien manger et s’exercer donne un physique agréable ?  Alors pourquoi condamner une BD qui nous dit la vérité?  

La réponse à cette question est simple: Parce que lorsqu’une personne voudrait avoir un tel physique mais ne s’exerce pas, par manque de discipline, de volonté et de débrouillardise, ça lui remet ses propres travers en face.  Alors s’il est le moindrement orgueilleux, au lieu d’écouter le message, il va s’attaquer à la façon dont passe ce message, point par point, afin d’en démolir la crédibilité.  Bref, démontrer de façon théorique qu’il est impossible que ces gens puissent réussir, alors que leurs résultats concrets prouvent le contraire.

Et ça, c’est exactement la première chose que j’ai eu le réflexe de faire ce matin en lisant cette BD.  Réaliser ceci m’a fait comprendre quelque chose à mon propre sujet.  À part la fois ou je me suis improvisé un régime à base de privations en 2002-2003 (et dont les résultats n’ont pas tenus) je ne m’entraîne sérieusement que depuis les huit dernières années, soit depuis que j’ai trente-neuf ans.  Avant ça, moi aussi je méprisais les gens qui avaient un physique fort, attrayant et travaillé.  Je blâmais la génétique ou la nature, comme dans la dernière image de cette BD.  Ou alors je méprisais ceux qui faisaient l’effort s’entraîner, en les accusant instantanément de passer tout leur temps au gym, d’être obsédé par leurs corps, de n’avoir qu’un intellect de primate. En plus, j’adhérais à la pensée comme quoi tout gars musclé n’y arrive que par consommation de stéroïdes, avec les fâcheuses conséquences que l’on sait au sujet de la dysfonction érectile.  Exactement comme le fit jadis l’humoriste François Morency dans un de ses spectacles.

Je parlais d’Arnold tout à l’heure…  Il fut jadis l’homme au physique le plus développé de l’univers, et probablement de toute l’Histoire de l’humanité.  Il parle anglais et allemand.  En partant de rien, il est devenu un homme d’affaire prospère, devenant millionnaire avant même de commencer sa carrière cinématographique. Il a assez d’éducation pour gouverner l’état de Californie.  Seul le fait qu’il soit né en dehors des USA l’empêche d’accéder à la présidence.  Et maintenant, on connait sa forte libido qui lui a donné un fils hors-mariage.  Est-il idiot?  Non!  Est-il impuissant? Non! N’empêche que l’on se plaît à le penser.  Ça nous aide à se sentir moins inférieur.

Le problème ne réside pas dans le fait d’être devenu aujourd’hui ce que je méprisais hier.  C’est plutôt le fait que j’ai passé trente ans de ma vie, soit de mes neuf à trente-neuf ans, à mépriser les athlètes, les gens attrayant, et à prendre l’habitude de me trouver toutes sortes d’excuses afin de justifier le faible physique qui fut le mien avant ma quarantaine.  C’est le fait que je n’avais aucune raison pertinente de ressentir ce mépris.  J’étais juste lâche, ce qui m’a rendu envieux, ce qui m’a rendu jaloux, ce qui m’a rendu méprisant.  C’est la raison pourquoi, au lieu de mettre de l’effort pour m’élever au niveau des gens qui m’étaient supérieur, je trouvais plus facile de mettre de l’effort afin de les rabaisser plus bas que moi.  Et après trois décennies à me ranger du côté des losers frustrés, c’est devenu un réflexe acquis, qui se manifeste encore une fois de temps en temps.  

Et voilà pourquoi il est vrai de dire que les vieilles habitudes ont la vie dure, surtout lorsqu’elles sont mauvaises.   Huit ans de bonnes habitudes ne peuvent pas en faire disparaître trente de mauvaises.  C’est sûr que de faire un constat aussi négatif au sujet de ma personnalité profonde, ça me frappe dans mon orgueil.  N’empêche que c’est une bonne chose que j’ai pris conscience que cette mauvaise habitude était toujours en moi.  Ça va me permettre de me tenir sur mes gardes, et ainsi m’assurer de ne plus jamais y retomber.