Pourquoi aller vers l’incompatibilité?

Je parle souvent de gens qui ont de la difficulté dans leurs relations interpersonnelles. Plusieurs facteurs peuvent causer ces problèmes. L’un d’eux est trop souvent le fait qu’ils insistent pour entretenir des relations amicales et amoureuses avec des gens avec qui ils sont très clairement incompatibles. Laissez-moi vous raconter une expérience personnelle qui remonte à l’automne 2003, et dont le dénouement va probablement vous surprendre.

J’avais alors 35 ans. J’étais allé à un petit party entre amis. Par petit, je parle ici d’environs dix personnes. Parmi les invités, il y avait cette fille de 19 ans. Elle venait de terminer le cégep et commençait l’université. Ses sujets favoris étaient le cinéma classique, la littérature et la philosophie. Elle était belle, grande, mince, portait plusieurs couches de vêtements longs et ajustés avec un foulard au cou.  Elle avait de beaux grands yeux bleus et de courts cheveux blonds avec une longue mèche rose qui lui passait en diagonale sur le front. Juste par son regard et sa façon de se tenir, elle dégageait une aura qui exprimait un aplomb, une certaine classe et un inébranlable sentiment de confiance en soi. On voyait que c’était le genre de fille qui a une personnalité forte, qui sait s’exprimer et qui n’hésite jamais à le faire. Le genre que, quand tu la regardes, il te vient généralement un mot en tête: Snob!

Sur ce dernier point, je faisais probablement erreur. La preuve : C’est elle qui est venue me parler. Quoique… c’est peut-être justement le fait qu’elle est venue me parler à moi plutôt qu’aux gars de son âge présent au party qui démontrait son snobisme. Après tout, j’étais de 16 ans son ainé, cinéaste amateur, dessinateur et auteur régulièrement publié. Et même si ce n’était que dans Summum et Safarir, j’étais quelqu’un qui vit de son art. Chez les étudiants-artistes, ça inspire une certaine crédibilité. Mais bon, là n’est pas le sujet du billet.

Elle vient donc briser la glace en me demandant depuis combien de temps je connaissais les hôtes du party et dans quelles circonstances je les avait rencontrés. Je lui raconte que c’était à la première d’un film au Cinéma du Parc, lors de la réception post-projection. Je lui parle de mes propres expériences dans ces domaines: Films underground au New Jersey, acting et scénarisation, et le fait que j’étais moi-même auteur. Elle me dit qu’elle sait que je travaille pour Safarir. Je suppose que ce sont nos amis communs qui le lui ont dit. Et c’est là qu’elle commence à me donner son avis au sujet du Safarir d’octobre 2002, un spécial Halloween avec Ozzy Osbourne en couverture, qui se trouve à être le numéro dans lequel j’ai écrit et/ou réalisé le plus de pages durant mes sept ans à leur emploi.

Depuis le temps, je ne me souviens plus trop en détail de ce qu’elle m’a dit ce soir-là. Ce dont je me rappelle cependant, c’est que tous ses commentaires avaient une chose en commun : Aucun n’était positif. Et chaque commentaire venait avec une longue explication du comment et du pourquoi que mes écrits suçaient des bites de cheval. J’étais malgré tout très ouvert à ses commentaires. Mes réponses le montraient bien. Elles étaient toutes dites avec calme et politesse, et allaient dans le style de :

  • Vraiment ?
  • Hum, c’est possible.
  • Tiens!? C’est pourtant vrai!
  • Ah, ben tu vois, au départ, la seule vision que j’avais de la chose, c’était que…
  • Je n’avais pas vu ça sous cet angle-là. Ça se tient!

Je ne faisais pas que répondre. J’alimentais la conversation. Au bout d’une heure à discuter ainsi, son visage originalement sévère se détend et elle me sourit de plus en plus. Elle me confesse qu’elle me trouve désarmant. En fait, elle est agréablement surprise. Elle se serait attendue à l’une de ces trois réactions de ma part :

  1. Que je sois sur la défensive en me sentant personnellement attaqué.
  2. Que je sois renfermé en disant Ben oui, ben oui!, sans pour autant lui accorder de la crédibilité.
  3. Que je sois sur la justificative, c’est à dire me justifier contre tous les points qu’elle apportait au lieu d’y voir de la pertinence.

Je lui explique donc que j’ai réalisé il y a longtemps que quand j’ai une idée très claire en tête et que je la traduis en texte, il m’est difficile de voir si cette idée est aussi claire pour ceux qui en prennent connaissance pour la première fois en le lisant. Et c’est la raison pour laquelle je suis ouvert aux commentaires, quels qu’ils soient. Parce que si le lecteur n’a pas compris mon message, je considère que ce n’est pas le lecteur qui est cave, mais plutôt que c’est moi qui n’a pas été capable de m’exprimer clairement. Ça signifie que je n’ai pas fait mon travail correctement. Et ça, je n’arriverai jamais à l’améliorer si je n’écoute pas ce que les autres ont à en dire. Elle m’a trouvé admirable d’être aussi ouvert d’esprit.

Au fil de la soirée, nous avons été quelquefois interrompus et séparés lorsque d’autres personnes sont venues nous faire la conversation. Puis, quand vint le temps pour elle de partir, l’un des gars présent lui a demandé son adresse courriel Hotmail / MSN. (En 2003 il n’y avait ni Facebook ni Skype ni texto via cellulaire.) Elle le lui a écrit sur un bout de papier. Puis, se tournant vers moi, papier et crayon à la main, elle me demande :

« Le veux-tu? »
« Non! »

À ma réponse, elle a littéralement figé sous la surprise. Que dis-je ; sous le choc! Je suppose que jamais un gars ne lui avait dit non avant. Et elle devait s’en attendre encore moins de la part d’un homme qui a passé la soirée à se montrer ouvert à sa vision des choses.

Or, l’ouverture d’esprit n’exclut pas la capacité de faire la différence entre un commentaire constructif et une critique sans pertinence. D’accord, ses arguments ne manquaient pas d’une certaine logique qui apportait une justification à ses points. Le problème, c’est que cette justification se basait sur la conviction que son opinion personnelle était le reflet de l’opinion de la population universelle. Ou plus clairement : Il ne lui est jamais venu en tête que des textes et des bandes dessinées traitant de sujets actuels et populaires chez les adolescents ne s’adressaient pas nécessairement à une universitaire de 19 ans fervente de cinéma vintage, de littérature classique et de philosophie. Elle n’a jamais compris que Safarir s’adressait à ses lecteurs et non à ses propres auteurs, donc que ce serait idiot que moi, un homme cultivé dans la mi-trentaine, j’aille y traiter de sujets ne pouvant plaire qu’aux hommes cultivés dans la mi-trentaine. Elle avait pourtant l’intelligence et la logique requise pour s’en rendre compte. Hélas, son premier réflexe a plutôt été d’utiliser son intelligence et sa logique afin de déprécier mon travail plutôt que de le mettre en contexte. Juste sur ce point, ça en dit long sur sa personnalité. Et ça n’en dit rien de bon.

J’ai appris il y a longtemps que des personnes de ce genre-là, tu ne peux rien leur apprendre. Autant ils prétendent que tous ceux qui refusent de les écouter font preuve de mauvaise foi, autant ils refusent de reconnaître qu’ils puissent être eux-mêmes dans l’erreur. Ça fait ses premiers pas dans l’âge adulte et ça croit avoir tout vu, tout vécu, et ça se pense imprégné de sagesse infaillible. Voilà pourquoi, au lieu de perdre mon temps à lui expliquer les points du paragraphe précédent, points qui auraient dû lui être évidents si elle avait eu la sagesse qu’elle prétendait détenir, j’ai préféré ne pas m’obstiner, ne pas la frustrer, et ainsi ne pas apporter une mauvaise ambiance dans le party. Mais de là à vouloir garder le contact au-delà de cette soirée, la marge est large. Voilà pourquoi j’ai décliné son offre.

Après 2-3 secondes de silence dans lequel elle me regarde avec de grands yeux incrédules démontrant qu’elle n’arrive pas à comprendre ce qui se passe, elle me dit :

« Sérieux? »
« Ben là, r’garde… T’as passé la soirée à m’expliquer pourquoi tu n’aimes rien de ce que je fais. Pourquoi est-ce que tu voudrais garder le contact avec un gars comme ça? »
« J’t’ai-tu frustré? »
« Non! Chuis pas fâché, j’t’haïs pas, j’ai rien contre toi. C’est juste qu’on ne vit pas dans le même monde, toi et moi. Je ne dis pas que l’un de nos monde est meilleur ou pire que l’autre. Je dis juste qu’on n’a rien en commun, voilà tout. »

Plus haut dans ce texte, je disais que vous alliez être surpris du dénouement de cette anecdote. Vous vous attendiez probablement à ce que je vous raconte que j’avais dit oui, et que j’avais ensuite vécu une relation misérable avec elle par la suite. Eh bien non! Parce que je n’ai pas eu besoin de la vivre, cette relation, pour savoir que ça allait s’enligner dans cette voie. C’était l’évidence-même. Parlant d’évidence: Sérieux là, tu ne peux pas passer la soirée à démolir tout ce que fait un gars et t’attendre ensuite à ce qu’il en redemande. À moins que le gars soit désespéré. Dans ce temps là, il peut être motivé à garder le contact parce que…

A) Il n’a pas d’amis. C’est pas mon cas, j’en ai. Ce sont ou bien des amis avec qui j’ai plein de points en commun, ou bien des amis totalement différents de moi mais avec qui il y a un respect mutuel, et ce même si nos points de vues divergent sur certains sujets.
B) Il n’a pas de blonde. J’ai ai déjà une. Et même si j’étais célibataire, jamais je n’irais vers le genre de fille qui passe sa première rencontre avec moi à se donner comme mission de prouver systématiquement mon inaptitude.
C) Il n’a pas de vie sexuelle. J’ai ai une. Et même si elle s’était limités à des séances de pilotage manuel, une fille qui exprime clairement qu’elle n’aime rien de ce que je fais, personnellement je ne vois rien de bandant là-dedans.

Alors pourquoi est-ce que j’irais m’accrocher à quelqu’un avec qui je suis clairement incompatible? Pourquoi est-ce que je voudrais me soumettre à une relation qui ne s’enlignait à n’être rien d’autre qu’abusive. Une relation dans laquelle elle n’aurait jamais été satisfaite. Une relation dans lequel elle aurait sans cesse tenté de détruire tout ce qui me constituait afin de le remplacer par des choses qui n’auraient pas été moi.

Il n’y a pas qu’en amour que s’applique le proverbe mieux vaut être seul que mal accompagné.  Personne n’a besoin d’une relation de ce genre-là dans sa vie. Ni en amitié, ni en amour.

Le potentiel de violence domestique des conflictuodépendants

L’an dernier, j’ai posté ici ce que j’appelle Le Questionnaire Landru, qui est une liste de trente comportements servant à déterminer si vous êtes en couple avec une personne vous faisant subir manipulation et violence domestique.  C’est en allant le relire aujourd’hui que j’ai constaté quelque chose qui m’avait d’abord échappé:  Plus de la moitié des situations de ce questionnaire décrivent avec précision ce que j’ai déjà observé/vécu/subi de la part des gens conflictuodépendants que j’ai connu. 

Voici donc ces seize comportements, qui les a eu, à quelle occasion, exemples et liens à l’appui si ça s’applique.

Votre conjoint(e) vous discrédite-t-il/elle au sujet de questions qui vous sont chères ou qui touchent votre identité? (travail, enfants, habillement, loisirs, etc.)
Mon père s’en prend sans cesse à mon choix de carrière, affirmant que ça prouve que je ne suis qu’un paresseux qui ne fera jamais rien de sa vie.
Geneviève, dès notre premier jour en couple: Mes verres de contacts prouvent que je n’ai pas de cerveau, mon resto favori que je n’ai pas de goût, ma cuisine que je suis sans talent…

Dominique affirme que mon choix de repas au resto fait de moi un quétaine, mes études un loser, mon choix de cégep un cave, mon sexe un violeur potentiel...
Tamara me discrédite pour mon identité sexuelle, comme quoi mon hétérosexualité fais de moi un être à l’esprit fermé plein de préjugés.
Maryse, pour le nombre incalculable de fois en quatre ans où elle a sous-entendu sinon carrément affirmé que ma tendance à me sentir blessé de ses insultes fait de moi un susceptible, un frustré, un misogyne…

Votre conjoint(e) vous a-t-il/elle déjà frappé, tenté ou menacé de le faire avec ou sans objet contondant?
Mon père et Geneviève m’en ont menacés, et l’ont fait.

Vos conversations avec votre conjoint(e) sont-elles laborieuses, insatisfaisantes et stériles?
Si c’est dans le sens où on perd son temps à discuter avec quelqu’un qui a décidé de rester fermement sur ses positions négatives, alors:
Mon père: Lui dire que je travaille et gagne de l’argent n’a servi à rien. Il a continué de m’accuser d’être un paresseux sans emploi qui se fait vivre par les autres.
Geneviève: Tenter de lui demander pourquoi elle agissait ainsi n’a mené à rien.  Elle a continué de me descendre sans jamais s’expliquer autrement qu’en disant que je le méritais.
Dominique: Peu importe ce que je lui explique au sujet de mes études, elle trouve toujours le moyen de tordre la chose pour en faire une preuve de mon loserisme.
Tamara: Peu importe comment je lui expliquais en quoi j’étais sécure et affirmatif de mon hétérosexualité, elle continuait d’affirmer que j’étais un bisexuel en déni pour cause d’esprit fermé.
Maryse: Tenter de discuter avec elle de son comportement désagréable n’a mené à rien.  Elle l’a nié, m’en a responsabilisé et l’a continué.

Votre conjoint(e) vous pose-t-il/elle des questions sans vous laisser le loisir d’y répondre, sans s’intéresser à votre réponse, ou sans en tenir compte?
Il n’y a qu’à voir l’exemple précédent pour comprendre qu’en effet ils refusaient de tenir compte de ce que je disais.

Avez-vous l’impression qu’avec votre conjoint(e), vous n’avez jamais raison?
Ce n’est pas qu’une impression.
Mon père a démontré que j’ai tort de laisser la télé allumée sans lui demander, que j’ai tort de l’éteindre sans lui demander, et que j’ai tort de lui demander si je dois la laisser allumée ou bien l’éteindre.
Geneviève a passé l’heure de notre diner à me multiplier les raisons pourquoi j’avais tort d’aimer ce resto.
Dominique a démontré que j’avais tort d’être allé au Cégep du Vieux Montréal, pour ensuite dire que j’avais tort de ne pas y être allé.
Tamara a passé une partie du voyage en auto à enligner les raisons comme quoi j’avais tort de m’affirmer hétéro.
Maryse s’est acharné pendant une heure et douze minutes à tenter de prouver que j’avais tort d’utiliser « Face de cadavre à la Tim Burton » pour décrire le maquillage d’Halloween de quelques amies.

Votre conjoint(e) vous reproche-t-il/elle de vous plaindre de lui auprès de tiers? Vous rapporte-t-il/elle des propos défavorables d’autrui à votre endroit?
Mon père nous faisait subir une colère noire dès qu’il apprenait que ma mère ou moi avions parlé à quiconque de ce qu’il nous faisait subir.
Geneviève a fait les deux.  Et elle m’a rapporté des propos défavorables et surtout faux de la part de Kathleen à mon endroit.
 Puis, l
ors de la soirée retrouvailles des anciens du cégep, elle s’est plaint à Lucien que j’avais écrit sur ma première page web un texte décrivant ses agissements datant de lorsque nous étions colocs.
Maryse
dénonce actuellement que je reproduis nos disputes ici malgré le fait que je lui donne l’anonymat et que je change les situations assez pour qu’elle ne puisse être reconnue.  Ironie; ce sont ces mêmes disputes qu’elle n’avait pourtant aucun problème à déclencher elle-même publiquement sur Facebook sous nos vrais noms.  Et que dire de nos conversations privées, qu’elle allait ensuite étaler elle-même auprès de nos amis.

Votre conjoint(e) entretient-il/elle directement ou indirectement des menaces […] qu’il/elle pourrait vous discréditer auprès de votre famille, vos enfants, votre employeur, vos amis, votre thérapeute?
Ils ne l’ont pas formulé sous forme de menaces, ils l’ont fait.
Mon père, en me discréditant auprès de ma mère.
Geneviève,
en me discréditant auprès de nos amis communs.
Tamara, en me discréditant auprès de mon amante.
Maryse
, en me discréditant auprès de nos amis communs.

Avez-vous l’impression qu’une crise menace d’éclater, que vous pourriez, sans le savoir, dire ou faire quelque-chose qui pourrait provoquer une crise, ou que votre vie est une suite de crises?
Ce n’est pas qu’une impression.  Ce fut le cas maintes fois.
Mon père, alors que je lui demande s’il veut ou non que je laisse la télé allumée, afin d’éviter de faire une erreur sans le savoir.  Peine perdue, le simple fait de le lui demander a provoqué une crise.
Geneviève: Notre première journée en tant que couple était en elle-même une suite de crises.
Dominique: Il est arrivé un moment où je ne savais plus quoi dire.  J’ai donc passé le reste du repas à juste acquiescer poliment.
Tamara: Au milieu de ce chapitre, je décris la longue suite de crises qui se sont succedées par effet domino durant les trois jours de ce weekend, gâchant celui-ci du début à la fin.
Maryse, alors que j’ai passé une heure et douze minutes à choisir précautionneusement mes mots afin d’éviter qu’elle m’insulte de ses commentaires rabaissants.  Peine perdue, elle a quand même trouvé le moyen de le faire.

Votre conjoint(e) a-t-il/elle l’habitude de quitter ou de menacer de quitter la pièce au moment où vous tentez d’avoir une conversation avec lui?
Mon père, alors que j’étais en train de lui étaler l’injustice et l’hypocrisie de son comportement au sujet de la télé, est sorti de la maison.
Geneviève
, dès qu’elle n’avait plus le choix de reconnaitre que c’était elle et non moi qui était coupable de ce dont elle m’accusait, a couru s’enfermer dans sa chambre en hurlant.
Tamara
, qui conduisait l’auto en pleine autoroute, ne pouvait pas fuir physiquement lorsque je lui ai fait comprendre que contrairement à ce qu’elle affirmait, c’était elle et non moi qui faisait preuve d’étroitesse d’esprit.  Elle a donc mis la musique à tue-tête afin d’empêcher la discussion de continuer.
Maryse, a quitté la conversation plutôt que de reconnaitre ses mensonges dans la conversation privée, et a fui la discussion publique plutôt que de reconnaitre ses torts.
Bref, ils ont tous appliqué la 8e des dix étapes de la conflictuodépendanse: Fuir le conflit qu’ils ont eux-même causé.

Est-ce que vos conversations aboutissent souvent en dispute?
Ça dépend.  Avec Tamara et Maryse, j’avais le choix entre me laisser rabaisser sans rien dire afin de garder la paix, ou bien me défendre et ainsi créer la dispute.   Avec mon père et Geneviève, par contre, ça aboutissait en dispute même quand je ne répliquais pas.  Quant à Dominique, de la façon aussi insultante que brusque qu’elle me répondait, si j’avais répliqué au lieu de garder le silence, ça aurait viré en dispute.

Est-ce que votre conjoint(e) vous « fait la leçon? »
Mon père me faisait la leçon comme quoi j’étais un futur assisté social.
Geneviève me faisait la leçon comme quoi j’avais mauvais goût.
Dominique m’a fait la leçon comme quoi je n’ai rien pour impressionner personne
Tamara me faisait la leçon comme quoi je n’avais pas le droit de m’affirmer hétéro.
Maryse m’a fait la leçon sur la définition de visage de cadavre a la Tim Burton.

Est-ce que votre conjoint(e) vous insulte?
Mon père me qualifie de BS, de paresseux.
Geneviève:
Pas de tête, pas de goût, frustré, misogyne, attardé, malade mental…
Dominique
dit que je suis quétaine, loser, fif, cave, idiot, BS,  violeur potentiel…
Tamara
dit que j’ai l’esprit fermé.
Maryse
me qualifie aussi bien directement qu’en sous-entendus de susceptible, frustré, méchant, pas bien dans sa tête, misogyne…

Avez-vous l’impression qu’avec votre conjoint(e), il y a de nombreux sujets qu’il vaut mieux ne pas aborder?
De nombreux sujets?  Je dirais plutôt TOUS les sujets.  Dans leur désir de rabaisser autrui, n’importe quel sujet était prétexte à la médisance, l’insulte et à la dispute:
Mon père: Que la télé soit allumée ou éteinte.
Geneviève: Porter des verres de contact, acheter des tomates,

Dominique: Manger un club sandwich, avoir étudié en Lettres, être allé au Cégep du Vieux Montréal, NE PAS être allé au Cégep du Vieux Montréal…
Tamara:
Être hétérosexuel.
Maryse: Dire « Tim Burton ».

Votre conjoint(e) refuse-t-il/t-elle de respecter votre volonté quand vous demandez de mettre fin à une conversation qui ne mène nulle-part?
Mon père: Je n’avais pas encore la cran de lui demander clairement de cesser.  Cependant, les réponses que je donnais à chacune de ses questions auraient dû terminer la conversation là.
Geneviève: Si on remplace conversation par harcèlement et voies de faits non-stop qui durent plus d’un quart d’heure afin de s’emparer de mon courrier personnel qui ne la concernait en rien malgré toutes mes demandes pour qu’elle arrête.
Dominique: J’ai fait quelques tentatives de détourner la conversation vers elle, histoire qu’elle me lâche un peu.  Rien à faire.
Tamara:  Tout comme avec mon père, je ne lui ai pas demandé directement de cesser.  Mais chaque réponse que je lui donnait au sujet de mes raisons d’affirmer mon hétérosexualité aurait dû être suffisante pour régler la question.
Maryse relance sans cesse la conversation privée à chaque fois que je tente d’en finir. (Pour ensuite m’accuser d’être celui qui en rajoute, of course.)

Votre conjoint(e) vous accuse-t-il/elle injustement d’avoir des comportements que vous n’avez pas, d’avoir des défauts que vous ne reconnaissez pas, d’avoir des intentions que vous n’avez pas?
Mon père m’accuse d’être un BS, ce qui est faux dans mon cas et vrai dans le sien.
Geneviève m’accuse d’avoir des troubles mentaux, ce qui est faux dans mon cas et vrai dans le sien.
Tamara m’accuse d’avoir l’esprit fermé, ce qui est faux dans mon cas et vrai dans le sien.
Dominique: M’accuse de vouloir la baiser, ce qui est faux dans mon cas et vrai dans le sien.
Maryse: M’accuse de chercher à la descendre pour me sentir supérieur, ce qui est faux dans mon cas et vrai dans le sien.

Avez-vous l’impression qu’au moment de prendre une décision (le choix des activités de vacances, l’aménagement de la maison, le menu d’un repas,) votre suggestion ne vaut que si elle convient à votre conjoint(e) et que la réciproque ne vaut pas?
Je n’en avais jamais parlé en ligne avant de celle-là, mais lors de mon anniversaire en juillet 2013 alors que j’exposais à mes invités les activités que je nous avais planifiées pour la journée, Maryse m’a fait tout annuler afin que nous puissions tous aller à un concert qu’elle voulait assister.

Si vous avez coché quatre situations ou plus, alors vous êtes victime de violence domestique. Vous devriez considérer la possibilité d’obtenir de l’aide, ou du moins de quitter cette personne abusive.
Quatre, vous dites?
Mon père: 15 situations.
Geneviève: 15 situations.
Dominique: 11 situations.  En une seule rencontre.
Tamara:
13 situations. 
Maryse:
15 situations.

Même si on en enlève la moitié en prétendant que j’exagère, ça dépasse tout de même largement la limite de quatre.  Ça démontre de manière incontestable qu’il y a un lien étroit entre la personnalité conflictuodépendante et le tempérament abusif.  Que cette personne soit notre conjointe ou non, ça ne change rien au fait qu’il vaut mieux s’en tenir très loin. 

J’ai déjà entendu un argument comme quoi il est possible que ce genre de personne n’agirait pas ainsi avec celui/celle qu’elle aime.  À ça je répond: Attendez seulement qu’arrivent les premières disputes inévitables dans le couple.  Vous verrez que dans une situation de conflits, il n’y a pas de naturel qui revient plus vite au galop que celui des gens conflictuodépendants.

La conflictuodépendance se voit dès l’enfance

À chaque fois que je pense avoir fait le tour du sujet, il me revient en tête un autre aspect négligé jusqu’ici.

Il n’y a que deux moments dans lesquels nous sommes assurés que quelqu’un montre sa véritable personnalité.   Lorsqu’il est ivre puisque l’alcool lui a enlevé ses inhibitions.  Et lorsqu’il est enfant, avant qu’il ait appris à se restreindre selon les règles sociales de la politesse et de la retenue.

Jusqu’au tout dernier billet sur le sujet, j’ai affirmé avoir eu à faire avec six personnes conflictuodépendantes dans ma vie.  Je faisais erreur.  Je viens de me rendre compte que c’était plutôt sept.  Et que ce dernier, c’est mon propre fils.  Cette anecdote remonte à il y a environs une décennie et demie.

Je suis père de quatre enfants.  Par un bel avant-midi de juillet, j’attends au coin de la rue à un arrêt de bus.  Je suis avec l’un de mes fils, qui a sept ans.  Aujourd’hui, je l’amène à La Ronde, un parc d’attractions de 591 000 m2 (146 acres) situé sur l’île Sainte-Hélène, à Montréal.  C’est une activité fort coûteuse, ce qui fait que je ne peux pas me permettre de les y amener tous en même temps, alors leur mère et moi nous divisons la tâche en deux visites chacun réparties durant l’été.  Les minutes passent et d’autres gens viennent se mettre derrière nous à la queue.  Comme tout petit garçon normal, il a hâte d’arriver alors attendre le bus l’impatiente.  En regardant une auto passer, il me dit:

« Pourquoi t’as pas d’auto? »
« Parce que ça coûte trop cher. »
« Papi et Mamie y’en ont, une auto. »
« Oui! C’est parce qu’ils ont plus d’argent que moi. »
« Pourquoi y’ont plus d’argent que toi? »

Oh boy!

« Parce que moi je paye une pension alimentaire à ta mère pour quatre enfants. »
« Qu’est-ce que ça change? »
« Chacun de tes grands-parents gagne deux fois plus d’argent que moi. À eux deux, ils gagnent donc quatre fois mon revenu.  Puisqu’ils habitent ensemble, ils payent chacun la moitié des coûts reliés à un appartement, contrairement à moi qui paye le plein prix en vivant tout seul.  Donc, une fois tout payé, ils leur reste huit fois plus que moi.  Enfin, puisque je donne la moitié de mes avoirs à ta mère en guise de pension alimentaire, j’ai donc seize fois moins d’argent qu’eux autres.  Et c’est pour ça qu’ils peuvent se permettre d’avoir une auto, et pas moi. »

Je n’aime pas tellement devoir parler de l’état de mes finances alors que je fais la queue entouré d’étrangers.  Mais je ne tiens pas non plus à me faire juger publiquement comme étant mauvais père si je lui dis de cesser de poser des questions sur des sujets qui ne le concernent pas.  J’espère que ma réponse lui suffira et qu’il n’insistera pas.

« T’as-tu un permis de conduire? »

Pourquoi est-ce qu’il me pose cette question?  Au nombre de fois où il a été passager lorsque j’ai conduit l’auto de mes parents, de ma belle-mère ou d’un véhicule loué, il sait très bien que j’en ai un. 

« Oui, tu le sais! »
« Pourquoi t’as un permis de conduire si t’as pas d’auto? »

Oh boy!

« Parce que quand on est adulte, c’est important d’en avoir un. »
« Pourquoi? »
« Pour les fois quand j’emprunte l’auto de mes parents ou de ceux des parents de ta mère.  Et parce que des fois, avoir un travail demande de conduire un des véhicules de la compagnie.  En plus, quand il faut donner notre identité et notre adresse, c’est toujours ça qu’on nous demande comme preuve. »

Voilà qui devrait répondre à sa question.  Du moins, le crois-je.  Je me trompe.

« Tu peux pas montrer ta carte d’assurance maladie? »
« Non, c’est juste sur le permis de conduire qu’il y a l’adresse. »
« Ben oui mais c’est con. »

Je garde le silence malgré cette marque d’impolitesse.  Il rajoute: 

« Quand t’as pas d’auto, c’est pas un permis de conduire, que t’as.  C’est un permis de rien. »

Il commence à pousser le bouchon un peu loin à mon goût.  Devant mon silence, il insiste.

« Hein papa? Tu trouves pas ça con, toi, d’avoir un permis pour conduire une auto quand t’as pas d’auto? »

Je suis patient. Je suis conciliant.  Je ne cherche pas la confrontation et encore moins faire une scène.  Mais là, il est carrément en train d’essayer de m’humilier publiquement.  Et il n’arrête pas:

« Tu trouves pas que ce serait moins con de ne pas payer de permis si t’es pas capable de te payer une auto? »

Très bien!  Tu me cherches? Tu viens de me trouver!  D’une voix calme, néanmoins assez forte pour que tous ceux qui l’ont entendu me lancer ces affronts répétitifs entendent également ma réplique, je dis:

« Non! Moi, ce que je trouve con, c’est de dépenser une fortune pour t’amener passer une journée à La Ronde, alors que tu trouves rien de mieux à faire que d’essayer de m’insulter en public.  Ben tu sais quoi?  T’as raison, j’vais arrêter de faire le con.  Y’en n’auras pas de La Ronde pour toi cette année.  Je te ramène chez ta mère. »

Sur ce, je lui prends la main et on quitte la queue.  Sous le choc, réalisant ce qu’il vient de perdre, il crie, il hurle, il résiste.  Rien à faire, je tiens bon et continue de l’amener d’un pas calme mais ferme.  C’est en hurlant et en se lançant lui-même par terre qu’il entre chez sa mère, qui me demande aussitôt ce qui se passe.  Je lui explique.  Nous avons beau être ex, il y a des points sur lesquels nous nous entendons parfaitement.  La discipline, le respect et les conséquences en font partie.  En le relevant, elle lui dit:

« Tu trouves pas ça con, d’insulter ton père alors qu’il allait t’amener à La Ronde? Hein?  Tu trouves pas que c’est con, ce que t’as fait, de faire exprès pour perdre ta chance d’aller à La Ronde cette année? »

Pour toute réponse, il hurle deux fois plus et court s’enfermer dans sa chambre où il passera sa rage sur ses jouets en criant que je suis un menteur qui ne tient pas ses promesses.  Elle devra le mettre en punition alors qu’il pètera ses tiroirs de commode dans sa rage, punition, du reste, qu’il passera à crier à l’injustice, en disant que c’est de ma faute s’il a vandalisé ses meubles, j’avais juste à l’amener à La Ronde.

Et one more time, Les dix étapes de la conflictuodépendance.  

ÉTAPE 1: Cherche la querelle à une personne calme et sans histoire.
Je ne fais qu’attendre le bus avec lui.

ÉTAPE 2: Le motif utilisé pour démarrer les hostilités est tellement anodin qu’il en est insignifiant.
La possession d’une auto.

ÉTAPE 3: Devant le refus de l’autre à entrer dans le conflit, insiste.
Mon refus de répondre à son premier commentaire comme quoi c’est con l’a fait insister sur le sujet trois autres fois.

ÉTAPE 4: Envoie des accusations farfelues en prétendant connaître les motivations cachées de l’autre.
Si j’ai un permis mais pas d’auto, ce n’est pas à cause de mes finances et de la pension alimentaire.  C’est à cause que je suis con.

ÉTAPE 5, et celui-ci est non seulement le plus illogique de tous, c’est à partir de ce point que l’on voit qu’il s’agit de conflictuodépendance et non d’une simple querelle banale: Accuse mensongèrement l’autre de quelque chose dont il est lui-même coupable et/ou honteux.
C’est plutôt lui qui n’est pas tellement brillant d’insister pour me faire perdre la face en public alors que je m’apprête à lui faire une coûteuse faveur.

ÉTAPE 6: … et ainsi, consciemment ou non, manipule l’autre à l’attaquer sur ce point faible et/ou honteux.
En lui expliquant, devant ce même public, pourquoi c’est plutôt lui le con dans cette histoire.

ÉTAPE 7: Se victimise en se plaignant comme quoi l’autre l’a l’attaqué sur ce point faible et/ou honteux.
Se victimise, oui, en hurlant, pleurant, disant que c’est pas juste.  Le reste n’est pas vraiment applicable ici.

ÉTAPE 8: Fuit le conflit qu’il/elle a lui/elle-même créé.
Dès que sa mère se montre d’accord avec moi, il part s’enfermer dans sa chambre.

ÉTAPE 9: Cherche à rallier leur entourage commun contre l’autre.
En hurlant à qui veut l’entendre que je suis un menteur qui ne tient pas ses promesses.  A tenté auprès de sa mère de me faire porter la responsabilité pour avoir lui-même brisé les tiroirs de ses meubles.

ÉTAPE 10: Cherche à rendre l’autre coupable de s’être défendu, et (s’il le peut) le punit pour l’avoir fait.
A tenté auprès de sa mère de me faire porter la responsabilité pour avoir lui-même brisé les tiroirs de ses meubles.

Et aujourd’hui encore, à l’âge adulte, il n’a pas changé.  Je l’ai vu plusieurs fois chercher ainsi querelle à d’autres, arrangeant ses tournures de phrases de façon à ce que l’autre ait le choix entre reconnaître être con, ou bien passer comme étant de mauvaise foi.  Pas étonnant qu’avec une personnalité aussi toxique, il soit rejeté et abandonné de tous.

Et il n’est pas le seul.  Vous vous rappelez Geneviève la coloc de l’enfer?  Vingt ans après notre première rencontre, elle non plus n’a pas changé.  Voici les dernières nouvelles que j’avais eu à son sujet, telles que relatées dans un billet précédent:

Une heure plus tôt, pendant le repas, en discussion avec le gars à côté d’elle, elle a dit quelque chose que j’ai trouvé plutôt aberrant:

« Oui, mon bébé, c’est mon 3e enfant.  Ce qui me fait chier, c’est que j’ai toujours voulu avoir un garçon, pis que j’ai eu rien que des filles. Mais là, mon chum, y trouve que trois, c’est ben suffisant, y’en veut pu d’autres. »
« Fa que tu va y renoncer. »

« Ben là, j’va pas me sacrifier pour lui.  Non, je vais m’essayer une dernière fois. »
« Pis ton chum? Comment tu vas le convaincre d’en avoir un autre? »
« Y’é pas obligé de l’savoir.  J’va juste lâcher la pilule sans lui dire. »

Je viens d’aller jeter un oeil à son Facebook, auquel j’ai accès même si nous n’y sommes pas amis car il est ouvert à tous.  Ça m’a permis de voir qu’elle a vraiment mis son plan à exécution.  Elle l’a eu, son 4e enfant.  Pas de chance, elle qui voulait tant avoir un garçon, c’est encore une fille.  Je ne sais pas si ça l’a déçu ni à quel point.  Tout ce que je sais, c’est que l’on peut voir ceci sur son mur:



Avec les déboires que j’ai eu avec la mère de mes enfants lors de notre séparation, je suis très bien placé pour savoir que peu importe les agissements de la mère, la loi lui accorde toujours la garde des enfants.  Dans de telles conditions, je n’ose imaginer ce que Geneviève a bien pu faire pour perdre la garde de sa cadette.  Mais bon, comme toute bonne conflictuodépendante qui se respecte à défaut de respecter autrui, elle ne supporte aucune critique au sujet de ses agissements

Qui sommes-nous pour vous juger, chers conflictuodépendants? Vos victimes! Voilà qui nous sommes.  Ça fait de nous, en quelque sorte, des experts en ce qui vous concerne.

40 signes pour détecter d’avance une personne conflictuodépendante

On m’a fait constater qu’il y a une faille dans la conclusion d’un de mes billet au sujet de la conflictuodépendance. Dans celui-ci, je dis qu’il faut se tenir loin de ces gens.  Or, dès qu’ils nous font passer à travers les dix étapes démontrant qu’ils le sont, ça nous amène à ça de toute façon. Et rendu-là, il est trop tard, le dommage est fait. La question est donc : Comment les reconnaître afin de pouvoir s’en éloigner avant que ça en arrive là? Je vous ai préparé une liste des comportements les plus communs que j’ai pu observer chez les six personnes conflictuodépendantes que j’ai eu le malheur de côtoyer dans ma vie.

L’an dernier, j’ai posté ici ce que j’appelle Le Questionnaire Landru, qui est une liste de comportements servant à déterminer si vous êtes en couple avec une personne vous faisant subir manipulation et violence domestique.  La personne n’a pas besoin de poser tous les gestes listés pour en être coupable.  Mais plus grand est le nombre de situations où on la reconnait, et plus grande est la preuve qu’elle l’est.  C’est pareil ici.

D’abord, petit rappel. Une personne conflictuodépendante manifeste cette personnalité lorsqu’elle passe à travers les dix étapes suivantes:

  • ÉTAPE 1: Cherche la querelle à une personne calme et sans histoire.
  • ÉTAPE 2: Le motif utilisé pour démarrer les hostilités est tellement anodin qu’il en est insignifiant.
  • ÉTAPE 3: Devant le refus de l’autre à entrer dans le conflit, insiste.
  • ÉTAPE 4: Envoie des accusations farfelues en prétendant connaître les motivations cachées de l’autre.
  • ÉTAPE 5: Accuse mensongèrement l’autre de quelque chose dont il est lui-même coupable et/ou honteux.
  • ÉTAPE 6: Manipule l’autre à l’attaquer sur ce point faible et/ou honteux.
  • ÉTAPE 7: Se victimise en se plaignant comme quoi l’autre l’a l’attaqué sur ce point faible et/ou honteux.
  • ÉTAPE 8: Fuit le conflit qu’il a lui-même créé.
  • ÉTAPE 9: Cherche à rallier leur entourage commun contre l’autre.
  • ÉTAPE 10: Cherche à rendre l’autre coupable de s’être défendu, et (s’il le peut) le punit pour l’avoir fait.

Et c’est pour détecter ce genre de personne, afin de mieux s’en tenir éloigné, que je vous donne aujourd’hui 40 signes qui ne trompent pas.

Tout d’abord, le plus important lorsque vous commencez à lier une nouvelle amitié, c’est de garder votre relation entre vous.  En ne l’amenant pas tout de suite dans votre cercle social, ça vous permettra de prendre le temps de la connaitre.  Il ne faut jamais oublier qu’au début de la relation, une personne va faire l’effort de se montrer sous son meilleur jour.  Avec les semaines et les mois, elle se sentira de plus en plus à l’aise et se montrera ainsi sous son visage véritable.  Et ce qu’il y a de bien de nos jours, c’est qu’avec Facebook, il est très facile de voir comment elle se comporte autant avec les autres qu’avec vous.  Voici donc les signes desquels il faut être à l’affut afin de déterminer si la personne est ou non conflictuodépendante.

1) À l’entendre, sa vie est une longue suite d’expériences négatives causées par des imbéciles et des abuseurs.
Si elle est introvertie, on peut comprendre que les gens prennent sa timidité pour de la soumission, ce qui attire en effet les abuseurs.  Mais si elle se montre au contraire extravertie et dynamique, méfiance. 

2) Tout est prétexte à comparaison en sa faveur.
Pour elle, il n’existe que deux manière de faire les choses: De sa façon, ou bien de la mauvaise façon.

3) Tout est prétexte à compétition en sa faveur.
Tout ce que tu as, elle a mieux.
Tout ce que tu fais, elle le fait mieux.
Tout ce que tu sais, elle le sait mieux.
Tout ce que tu dis, elle trouve à redire.

4) A très peu, sinon pas du tout, de tolérance pour les goûts différents des siens.
Tu aimes une série télé qu’elle n’aime pas? Alors tu as mauvais goût.
Tu n’aimes pas une série qu’elle aime? Tu n’as pas de goût.
Tu n’aimes pas quelque chose qu’elle et 98% de la population aiment? Tu es snob.
Elle n’aime pas quelque chose que toi et 98% de la population aiment? Tu es un mouton.
S’applique également au cinéma, aux arts, à la musique, la nourriture, les vêtements, les passe-temps, etc.

4) Et inversement, va te rabaisser sur les goûts que vous avez en commun.
Lorsqu’elle aime quelque chose, son esprit de compétition fait qu’elle pousse la chose à la limite du fanatisme.  Ainsi, ne va surtout pas lui dire que tu aimes une série télé qu’elle apprécie également.  Elle va alors te poser 8624 questions-tests, pour en arriver à un jugement sans appel: Comment peux-tu prétendre être une fan d’une série télé si tu ne connais pas la biographie exhaustive des 27 acteurs de la série ainsi que de leurs 27 personnages, des auteurs de la série, de la maison de production, ni être abonnée à chacune de leurs pages officielles?  ARRÊTE DE FARE SEMBLANT QUE TU ES UNE
VRAIE FAN, ESPÈCE DE POSEUSE. S’applique également au cinéma, aux arts, à la musique, la nourriture, les vêtements, les passe-temps, etc.

6) A une curieuse tendance à prendre personnel toute opinion différente de la sienne. 
Même si l’autre la respecte dans ses opinions, elle prend la divergence de celle de l’autre comme une attaque contre la sienne, et n’aura de cesse d’essayer de le convaincre qu’il a tort.  S’il reste sur ses positions, il doit s’attendre à des remarques condescendantes et/ou des insultes, si ce n’est pas de l’auto-victimisation en passant des commentaires du style de: « Ok, j’ai compris ton point de vue: C’est moi qui est conne de penser ça.  Merci bien! »

7) Elle est prudente.  Tu es parano.
C’est comme ça qu’elle voit la chose: Si elle se méfie de toi, elle est prudente.  Mais si tu te méfies d’elle, alors tu es parano.

8) Utilise beaucoup plus le moi que le je lorsqu’elle se compare avantageusement.
Moi, j’aime mieux…  Moi, je sais que…  Moi, j’ai…  Tandis que Moi…  Heureusement que Moi… Selon Moi… Parce que Moi… Je ne suis pas comme ça, Moi!

9) S’exprime de façon vague, pour pouvoir ensuite accuser l’autre de n’avoir rien compris.
Ce qui lui permet d’établir que l’autre n’est pas très intelligent et/ou qu’il est susceptible. 

10) Prend très mal le rejet.
Elle va quotidiennement casser les oreilles de tout son entourage comme quoi le gars sur qui elle a l’oeil depuis les 97 dernières semaine est le plus parfait spécimen d’être humain au monde, doux, gentil, intelligent, sans le moindre défaut.  Mais dès qu’il se montrera clairement non-intéréssé à elle, soudainement il sera con, superficiel, imbécile, rabaissant, hypocrite, immature, agressif, violent, pédosadozoophile…  Elle a également tendance à inverser les rôles au sujet de qui rejette qui.  Par exemple, il n’est pas rare qu’elle passe des années, voire des décennies, à suivre sur le net les moindres mouvements d’une personne qui a rejeté ses avances, tout en disant à tous que c’est lui qui la harcèle, qu’il est obsédé par elle, et qu’il a mal pris qu’elle lui ait dit non.  Ou quand elle tente d’avoir un boulot mais ne l’obtient pas, elle dira plutôt qu’ils ont tenté de la recruter mais qu’elle a refusé car cette compagnie n’est qu’une bande de [insérer défauts fantaisistes quelconques]

11) Trouve toujours à redire contre tes possessions.
Automobile, télévision, ordinateur, cellulaire, peu importe, elle se fera grand plaisir de te donner un commentaire aussi négatif que non-sollicité.  Ou bien tu l’as payé trop cher, ou bien c’est de la merde, ou bien c’est une vieillerie préhistorique, quand ce n’est pas carrément affirmer que « T’as pas besoin de ça! »

12) Se répète dans ses affronts.
L’exemple précédent n’arrivera pas qu’une fois.  Dès qu’elle aura décidé de te faire des remarques négative sur une de tes possessions, elle te les répètera à chaque fois qu’elle verra cet objet.

13) Insulte sans retenue en appelant la chose humour et sarcasme.
Si on lui fait remarquer que ses paroles sont blessantes, elle s’en défendra comme quoi ce n’était qu’une blague et que vous êtes décidément susceptibles.  Mais voilà, en disant ceci, elle ne fait que confirmer que ce qui la fait rire, c’est de blesser les autres.

14) Se vante que son usage constant d’ironie et de sarcasme est un signe d’intelligence supérieure.
Comme le démontrent certaines études sur le sujet, ce n’est pas faux. L’ironie et le sarcasme sont des exercices intellectuels.  Plus on pratique son intellect, plus il se développe.  Or, considérez ceci: De tous les sujets possibles sur lesquels faire travailler son cerveau pour l’amener à des niveaux supérieurs, elle a choisi de mettre ses efforts dans l’art d’insulter autrui.  Voilà qui en dit long sur sa personnalité, surtout si elle trouve qu’il y a de quoi s’en vanter.

– Au téléphone avec la seule personne capable de l’endurer à long terme: sa mère.

15) Jamais repentante, toujours furieuse.
Si tu oses lui dire qu’elle t’a blessé, insulté ou causé du tort, jamais elle ne va s’excuser ni être compréhensive.  Au contraire, ça va la plonger dans une grosse colère.  Et ça c’est parce que…:

16) C’est toujours la faute des autres.
Tu es insultée de sa remarque? Ce n’est pas elle qui est insultante, mais toi qui est susceptible.
Tu ne comprends pas ses sous-entendus?  Ce n’est pas elle qui manque de clarté, mais toi qui manque d’intelligence.
Elle a brisé une de tes possession?  Ce n’est pas elle qui est maladroite, mais toi qui a acheté de la mauvaise qualité.
Elle te fais la leçon? Ce n’est pas elle qui est condescendante, mais toi qui est stupide.
Elle te gifle? Ce n’est pas elle qui est violente, mais toi qui l’a provoquée.

17) Intervient souvent de façon à ternir publiquement l’image d’autrui.
Soit en démontrant (de façon pertinente ou non) qu’il est dans l’erreur, soit en comparant ce qu’il vient de dire/faire à quelque chose qu’il a dit/fait par le passé, afin de démontrer qu’il se contredit, est menteur, malhonnête, a mauvaise mémoire, etc. Non pas lors d’une dispute, non pas contre un ennemi, mais bien à son entourage, gratuitement, comme ça, pour le plaisir de leur faire perdre la face.

18) Attaque ceux à qui elle demande de l’aide.
Exemple vécu: Une amie vient chez moi chercher un peu de réconfort moral car rien ne va plus dans sa vie amoureuse. On en discute au salon. Au milieu de ses confidences, elle prend une pause pour me dire que mon divan est laid.  Puis elle reprend son récit en s’attendant toujours à de la compassion de ma part.

19) Attaque ceux qui lui demandent de l’aide.
Posez-lui une question, demandez-lui un renseignement. Son premier réflexe ne sera pas d’y répondre.  Elle va plutôt se montrer très intéressée du fait que vous l’ignorez.  Elle vous servira alors du:

  • Hein?  Tu l’sais pas?
  • Comment ça s’fait / en quel honneur que tu ne le sais pas? 
  • C’est toi qui [insérer activité quelconque] pis tu sais même pas ça?
  • Même [insérer le nom d’une personnes non-impliquée et/ou non-qualifiée] le sait, franchement! » 
  • Ben là, c’est évident!
  • Ça se dit tout seul!
  • T’as pas appris ça? / On te l’as pourtant appris / On te l’a pourtant dit.
  • Quoi, tu sais pas utiliser Google?

Pour elle, montrer qu’elle sait, c’est important.  Mais montrer que vous ne savez pas, ÇA, c’est mille fois plus important.  D’ailleurs…

20) les seules connaissance importantes et acceptables sont les siennes.
Tu ne sais pas quelque chose qu’elle sait?  Alors tu es ignorante et inculte.
Tu sais quelque chose qu’elle ne sait pas?  Alors tu perds ton temps à t’intéresser à des niaiseries sans importances.

21) Utilise La Vérité comme excuse pour manquer de délicatesse et de respect.
Elle ne se gênera pas pour pointer tous les travers d’autrui, en rajoutant que « Ben là, c’est la vérité, c’est pas de ma faute à moi si elle n’est pas capable de l’assumer. » 

22) Elle fait dans le deux poids deux mesures.
Par contre, si toi tu oses lui dire une vérité négative, alors là, tu l’attaques sur ses points faibles par pure méchanceté, par frustration, par susceptibilité…

23) A beaucoup de difficulté à décrocher lorsqu’elle (croit qu’elle) a une bonne raison pour blâmer autrui.
Tu reconnais tes torts?  Ça ne lui suffit pas, tu dois t’excuser.
Tu lui fais tes excuses?  Ça ne lui suffit pas, tu dois ne jamais recommencer.
Tu lui dis que tu ne le feras plus?  Ça ne lui suffit pas, tu l’as déjà fait.
Tu la rassures que tu feras attention désormais?  Ça ne lui suffit pas, c’était avant qu’il fallait faire attention.

24) Souffre du syndrome de la pédanterie grammaticale. (VF de Grammar Nazi)
Enfin, souffre, c’est vite dit.  En fait souffrir les autres serait plus exact. Lorsque cette personne ressent le besoin de se montrer supérieure aux autres / de descendre les autres plus bas qu’elle, elle ne peut s’empêcher de sauter furieusement sur cette occasion légitime de démontrer à tous que c’est elle qui a raison. 


25) S’exaspère exagérément afin de démontrer que la stupidité d’autrui est pour elle un très lourd fardeau moral à supporter.
Voir l’exemple précédent.

26) Utilise très souvent les qualificatifs frustré et susceptible pour désigner autrui.
Vous constaterez assez rapidement qu’elle fait ça dix fois plus que n’importe qui, alors qu’elle n’est pourtant entourée que de gens doux et passifs. 

27) Accuse autrui de défauts que, étrangement, elle est la seule à voir en eux.
Demandez à ceux qu’elle traite régulièrement de susceptibles et de frustrés, ils vous confirmeront que personne à part elle ne dit ceci à leur sujet.

28) Fait dans la prophétie auto-réalisatrice.
 Souvent par combinaison des deux points précédents:  Commence par sous-entendre que c’est dans votre nature d’être un susceptible et un frustré.  Puis, vous envoie à répétition des accusations farfelues et des remarques rabaissantes, dans le but de vous piquer au vif, afin de vous fâcher, ce qui a pour but de prouver qu’elle avait raison de vous qualifier d’être un susceptible frustré.

29) Mord la main qui la nourrit.
Parents, professeurs, patrons, on pourrait croire qu’une personne de qui elle dépend puisse être à l’abri de ses attaques.  Au contraire, elle ne manque jamais une occasion de leur démontrer qu’elle vaut mieux qu’eux, ou du moins qu’ils ne valent pas mieux qu’elle.  Et si l’opportunité ne se présente pas, elle la créera elle-même.

30) A déjà perdu son emploi pour des motifs ridicules.
Lorsque l’on a le malheur d’avoir une personne conflictuodépendante en milieu de travail, nous sommes coincés avec elle huit heures par jour, cinq jours par semaine.  Éventuellement, à force de faire chier ses collègues et patrons avec ses remarques condescendantes, elle rend l’atmosphère de travail tellement désagréable que la direction saute sur la première excuse, aussi ridicule soit-elle, pour s’en débarrasser.  Ainsi, j’en ai déjà connu une qui s’est fait renvoyer pour « avoir volé des dépliants publicitaires. »

31) Possède une mentalité Celui qui le dit c’est lui qui l’est et pire que moi d’abord alors ta gueule.
On le voit rapidement dès qu’elle reçoit la moindre critique.

32) Son temps libre pour argumenter en ligne dépend de qui est cible de reproches.
Si elle a quelque chose à te reprocher, une remarque négative à t’envoyer, un procès moral à te faire subir, elle peut y consacrer des heures. Par contre, cite la moindre de ses failles, elle mettra aussitôt fin à la conversation avec un Bye!  Fin de conversation, du reste, qu’elle ne respectera pas plus de trente secondes, avant d’en rajouter une couche (ou douze) de répliques sur la défensive-offensive.

33) Passe beaucoup de temps à tenter de te convaincre de l’appuyer dans ses guerres contre autrui. 
Ai-je dit appuyer?  En fait, attends-toi plutôt à ce qu’elle te demande de te battre à sa place et en son nom, puisqu’elle est trop lâche pour prendre part aux conflits qu’elle provoque elle-même.  Elle ira même jusqu’à te dicter quoi dire à sa cible.  Et elle n’hésitera pas à exprimer que ton hésitation fait qu’elle met ton amitié en doute, histoire te mettre de la pression à prendre son parti.  D’ailleurs… :

34) Ou bien tu es avec elle, ou bien tu es contre elle.
Puisqu’elle croit qu’il est impossible qu’elle puisse avoir tort, elle considère que ceux qui veulent rester neutre le font par refus de reconnaître qu’elle a raison. Donc, à ses yeux, rester neutre est une manière passive de l’accuser d’avoir tort.  Et ça, c’est un affront qu’elle n’encaisse pas.  D’ailleurs…

35) Elle prévient/menace son entourage qu’elle peut être leur amie ou leur ennemie. 
Que ce soit sur Facebook, son blog ou bien sa fiche de présentation sur un site quelconque, elle ne manque pas de décrire la chose en ces termes:

  • « Je peux être ta meilleure amie ou bien ta pire ennemie. »
  • « Mon comportement avec toi dépendra de ton comportement avec moi. »
  • « Je serai ton rêve le plus doux ou ton pire cauchemar. »
  • Et toute autre variante voulant dire la même chose.
  • …En rajoutant parfois des « Il n’en tient qu’à toi. ». « C’est toi qui choisis. » « Ça va dépendre entièrement de toi. », « C’est toi qui vois. », etc.

36) Évidemment, on la voit souvent passer avec autrui les trois premières (au moins) des dix étapes de la conflictuodépendance:

  • ÉTAPE 1: Cherche la querelle à une personne calme et sans histoire.
  • ÉTAPE 2: Le motif utilisé pour démarrer les hostilités est tellement anodin qu’il en est insignifiant.
  • ÉTAPE 3: Devant le refus de l’autre à entrer dans le conflit, insiste.

Et à cause de ceci…

37) Ou bien elle agit en agresseur arrogant envers sa cible, ou bien elle essaye très fort de se faire passer comme étant victime de cette même cible. 
Si elle n’arrive pas détruire sa vie sociale, amoureuse et professionnelle, alors elle inversera les rôles en prétendant mensongèrement que l’inverse est arrivé.  Comme ça, elle pourra au moins détruire sa réputation.  Mais ne lui demandez surtout pas des preuves de ce qu’elle avance, elle vous fera une grosse colère parce que vous avez osé commettre l’affront de mettre sa parole en doute.  À ce moment-là, attendez-vous à devenir une cible de plus pour elle.
  

38) C’est une ArguMenteuse.
Quand elle veut rabaisser quelqu’un, elle ne se laisse pas arrêter par des concepts ridicules tels l’honnêteté, la logique ou bien la vérité.   Elle fait plutôt dans l’interprétation biaisée des gestes et paroles de sa cible, exagérations, fabulations, déformation des faits, et autres mensonges. Autant il est facile de démontrer que ses attaques ont zéro pertinence, autant c’est une perte de temps pour sa cible de le faire plus d’une fois. Parce que peu importe quelle preuve l’autre amènera pour se disculper, elle répliquera toujours avec d’autres interprétations biaisées de gestes et paroles de sa cible, exagérations, fabulations, déformation des faits, et autres mensonges.  Et malheur à vous si vous le lui faites remarquer, elle vous accusera en braillant de la rabaisser.

39) Elle trouve un côté négatif à tout ce qui te procure de la joie. 
Peu importe ce que tu as à annoncer, elle a toujours la question ou la remarque pour te faire redescendre de ton nuage.

40) Elle va toujours te faire une comparaison tordue pour te faire passer pour un/e imbécile. 
Même si ton erreur est aussi anodine que d’arroser deux fois une plante qui ne demandait qu’un arrosage, elle te sortira des sophismes du genre de « Ça, c’est aussi intelligent que de rajouter de l’essence dans le réservoir d’huile te ton auto parce que ton réservoir d’essence est plein! »  

Si vous avez gardé cette personne à l’écart de votre cercle social pour vos premiers six à douze mois de contacts et que durant ce laps de temps elle n’a eu occasionnellement qu’entre zéro et trois de ces quarante comportements (parce que personne n’est parfait, quand même), vous pouvez la garder près de vous et la mêler à vos autres amis sans craindre quoi que ce soit.   Mais plus elle accumule de ces comportements, et mieux vaut accumuler la distance avec cette personne.

L’inutilité de laisser sa chance à une conflictuodépendante

Sérieusement, si vous avez une personne conflictuodépendante dans votre vie, éloignez vous-en au plus vite.  Ne croyez pas que vous êtes à l’abri de ses attaques.  Tôt ou tard, elle vous prendra pour cible.  Vous y laisserez votre amour-propre, votre respect de soi, et fort probablement votre vie sociale.  Depuis Geneviève la coloc de l’enfer, j’ai stupidement cru qu’une telle personne ne pouvait nous affecter que si on avait commis l’erreur de s’être mis en couple avec.  J’ai hélas appris à la dure que même une relation d’amitié pouvait nous exposer aux conséquences désagréables de ceux qui ont une telle personnalité.

D’actualité? Depuis quand est-ce que les gens se limitent à ne se déguiser qu’en ce qui est actuel? Dracula est-il actuel? Un clown est-il actuel? Pourtant il y a toujours plein de gens déguisés en Dracula et en clown à chaque année. Je ne vois pas la pertinence de son commentaire.

Pourtant, d’habitude, Maryse utilise des arguments logiques. En fait, les seuls moments où elle dit n’importe quoi publiquement sur le mur de Facebook de quelqu’un, c’est lorsque son besoin de se prouver supérieure à autrui est si grand qu’elle se fout de la logique de ses arguments, pourvu que ça puisse l’amener à descendre son interlocuteur. C’est ce qu’elle avait fait avec son neveu, si vous vous rappelez.

Est-ce qu’elle aurait décidé ce jour-là de me prendre pour cible dans ce but?  J’espère sincèrement que non.

Vous qui lisez ceci en ce moment, Je pense ne pas me tromper en affirmant que si quelqu’un vous dit « Visage de cadavre à la Tim Burton », à moins que vous proveniez d’une culture très différente de la mienne, les deux premières images qui vont vous venir en tête seront Monsieur Jack de L’Étrange Noël de Monsieur Jack et la mariée cadavérique du film du même nom au Québec, connu en Europe sous Les Noces Funèbres.

Euh… Une fille comme elle, grande fan de tout ce qui est Tim Burton, prétendre ne pas comprendre ce que je veux dire? C’est impossible! Je ne veux pas sauter aux conclusions mais je pense qu’elle cherche vraiment à m’humilier publiquement. C’est la seule raison logique pourquoi elle ferait semblant de ne pas comprendre. Je vais essayer de lui dire un truc démontrant qu’il m’est impossible de répondre à sa question. Avec un peu de chance, ça finira sur cette impasse et on pourra passer à autre chose.

Oh shit! Elle veut comprendre MA définition de Tim Burton. Voilà une phrase qui ressemble beaucoup trop à « Je cherche à t’amener à me donner une opportunité de démontrer publiquement que tu dis n’importe quoi. »  C’est le genre de piège grossier que les gens réservent pour ceux qu’ils méprisent.

Et elle insiste. 😦 Très bien alors!  Une seule façon de connaître ses intentions véritables : Étirer la sauce en faisant semblant moi aussi de ne pas comprendre. Si elle s’explique clairement, alors je me trompe sur son compte et c’est tant mieux. Mais si j’ai raison, alors elle va insister pour rester vague jusqu’à ce que je lui donne ce qu’elle veut de moi, c’est à dire une excuse pour me descendre publiquement. Passons-lui le test : Je vais lui demander pourquoi elle me pose cette question.

Bon! Ça ne peut pas être plus clair. Si ses intentions étaient de me rendre service en me renseignant, elle le ferait. Mais là, de son propre aveu, elle cherche à me faire passer un test, pour ensuite me juger sur ma réponse. Et puisqu’elle garde le silence sur ce qu’elle considère être la bonne réponse, ça signifie qu’elle attend de savoir ce que je vais dire pour être sûre de pouvoir trouver à contredire. D’un côté je veux éviter la confrontation. Mais d’un autre, je ne veux pas non plus accepter passivement de me faire humilier publiquement, surtout par quelqu’un qui se prétend mon amie.

Si je garde le silence, elle va revenir me harceler pour celui-ci. Si je lui réponds que je vois clair dans son jeu, elle va me traiter de susceptible. Et quoi que je réponde, elle aura une réplique qui aura comme but de démontrer que je suis dans l’erreur. Ce n’est pas de la parano, je l’ai vu faire ça tellement souvent par le passé avec d’autres. C’est la raison pour laquelle ça fait plus d’un an que je me suis désabonné de son fil de nouvelles et que je ne commente plus rien de ce qu’elle écrit. J’en avais marre de la voir sans cesse provoquer la dispute avec tout le monde, incluant d’autres membres de sa propre famille.

Je suppose que je n’ai pas le choix. Histoire de ne pas avoir à lui donner « MA définition de Tim Burton », je vais aller chercher patiemment les images requises sur les albums photos de l’année dernière de mes amies FB qui arboraient de tels maquillages, et en faire un montage.

Alors c’est ça, son argument? Que le seul moment où on a le droit d’utiliser « face de cadavre à la Tim Burton » pour décrire un maquillage, c’est lorsque la personne investit un nombre incalculable de temps et d’argent dans un cosplay? Mais à part les fanatiques qui se transforment ainsi lors de conventions, qui donc, parmi le commun des mortels avec un horaire chargé, un travail, de l’école, des enfants, et surtout qui n’a pas toujours le physique approprié pour être le sosie parfait d’un personnage fictif, va vouloir/pouvoir y consacrer le temps que ça prendrait?  Et tout ça pourquoi, pour accompagner ses enfants pendant deux heures pendant leur tournée de bonbons, ou pour passer quatre heures maximum dans un party entre amis?  Personne ne s’investirait à ce point pour si peu.

Je pourrais lui faire part de cet argument, mais à quoi bon!?  Elle a eu de moi ce qu’elle voulait.  Elle s’est prouvé ce qu’elle avait à se prouver.  Elle est satisfaite.  Il ne me reste plus qu’à y mettre de la bonne volonté et de conclure avec grâce.

Et voilà, c’est terminé. Nous pouvons maintenant passer à autre cho-

Elle insiste!

Ok, là, je craque!  Cette manifestation supplémentaire de son mépris dépasse les bornes.

Pour mes lecteurs qui ne sont pas calés en culture américaine, ceci est le logo de The More You Know, une série éducative destinée aux enfants.  Voilà donc une superbement condescendante claque sur ma gueule de sa part malgré tous les efforts que j’ai mis pour l’éviter.  J’ai essayé de détourner le sujet! J’ai été patient! J’ai été raisonnable! J’ai collaboré! Je me suis plié de bonne grâce! Mais là, il y a des limites à se faire chier dessus.

Et voilà! C’était inévitable. Bon ben maintenant qu’elle a officiellement établi que je ne sais pas de quoi je parle, que j’ai l’âge mental d’un enfant et que je suis un susceptible, est-ce qu’il me reste encore quelque chose à perdre?


Ok, wow! Ou bien j’accepte ses insultes, ou bien je suis misogyne. Je sais qu’il y a des gens qui ont une haute estime de leurs propres opinions. Et moi le premier. Par contre, qu’une fille se croit tellement dans son droit de rabaisser un autre qu’elle considère que la seule raison pourquoi il se défend, c’est parce qu’il a des préjugés contre le sexe opposé? Je n’avais encore jamais vu ça.

Euh… En fait, je me trompe. J’ai déjà vécu ça avant, de la part de Geneviève la coloc de l’enfer. Je suis renversé de voir que deux personnes qui ne se sont jamais rencontrées ont pu, à quinze ans d’intervalle, me servir la même réplique sans pertinence.  À personnalités semblables, arguments sophistes semblables, faut croire. (C’est cet élément qui m’amènera à me pencher sur les raisons de ce comportement, ce qui m’amènera une semaine plus tard à découvrir le phénomène que je baptiserai conflictuodépendance.)

Et encore un argument accusateur à base de n’importe quoi. Elle sait parfaitement que tout ce qui est envoyé via Facebook reste archivé par Facebook. Je n’ai donc pas d’obsession à tout garder, contrairement à ce qu’elle prétend.  En tout cas, on reconnait bien là l’hypocrisie propre aux trolls: Faire tout pour frustrer autrui, pour ensuite le blâmer d’être frustré.

Mon premier réflexe en lisant ceci fut de vouloir lui demander pourquoi, lorsqu’elle attaque autrui, personne ne lui dit rien. Mais dès que l’une de ses victimes ose exposer son comportement désagréable, alors là, scandale! Puis je me suis ravisé. C’est que j’ai réalisé qu’avec ce commentaire qu’il m’a écrit, Dérek m’offrait l’opportunité de décrire le problème tel qu’il est :

« Et le combat cessa, faute de combattants. » (Pierre Corneille, Le Cid, Acte IV, Scène 3, Rodrigue.)  Je n’ai cependant pas pu résister à l’envie de conclure comme il se doit, en lui rendant son…:

J’avais à peine posté ce dernier commentaire qu’un message apparut dans ma boite, de la part d’une amie commune.  Je me serais attendu à des réprimandes.  Mais non:

S’en suivirent deux autres messages en provenance d’autres amis communs:

Cette dernière phrase me fait réfléchir.  Je me demande en quoi est-ce que ce serait une bonne chose qu’elle me pardonne?  Elle provoque le conflit, elle est condescendante, elle cherche toujours à descendre tout le monde. Il y a un an et demi, j’ai tenté d’en discuter avec elle en privé, sans succès. Elle ne peut donc pas se cacher derrière l’excuse comme quoi elle ignorait que ce comportement de sa part me déplait. Pourtant, elle vient de récidiver.  En quoi est-ce que quelqu’un qui agit de la sorte puisse être digne du titre d’ami?  C’est cette question qui m’a décidé, deux jours plus tard, à faire cette petite (?) modification à mon dernier commentaire:


Deux mois s’écoulent.  Ma conjointe décide de profiter de ses semaines de congé de l’université pour planifier la pendaison de crémaillère de notre condo à l’Ile-des-Soeurs.  On se choisit une date entre Noël et le jour de l’an, histoire de ne pas entrer en conflit d’horaire avec ceux qui fêtent en famille.  Je me charge de créer l’événement sur Facebook.  Notre dispute étant déjà de l’histoire ancienne dans ma tête, je cherche Maryse dans ma liste d’amis pour l’inviter.

… Pour réaliser qu’elle n’y est plus.  Elle m’a enlevé de ses contacts.

J’en parle à ma conjointe, et nous arrivons à la conclusion que nous voilà dans un vilain dilemme.  Si nous invitons tous nos amis communs incluant son Jules, il est évident qu’elle va le prendre furieusement personnel.  Quant à nos amis, à qui elle s’est tous plaint de notre dispute, ça va les mettre dans la très inconfortable position de devoir choisir entre accepter notre invitation à un party où elle ne sera pas, ou s’en abstenir pour ne pas la choquer.  Ce n’est pas ce que nous souhaitons leur faire.  Il a donc fallu se résigner à n’inviter que la poignée d’amis non-communs que nous avions.  Ce qui devait être une fête de vingt à trente personnes est devenu un simple souper à cinq.   Sa conflictuodépendance avait gâché notre soirée en particulier, et notre vie sociale en général.  Elle s’en lavera les mains, disant que c’était de notre responsabilité de se faire de nouveaux amis durant les deux mois dans lesquels nous ignorions qu’elle m’avait banni.

Les dix étapes de la conflictuodépendance.  Encore une fois, tout comme les autres personnes dont il a été question jusqu’ici dans cette série de billets, elle les a, elle aussi, toutes franchies:

ÉTAPE 1: Cherche la querelle à une personne calme et sans histoire.
Je ne fais qu’écrire un statut anodin sans rapport à elle.

ÉTAPE 2: Le motif utilisé pour démarrer les hostilités est tellement anodin qu’il en est insignifiant.
La définition de ce que devrait être « visage de cadavre à la Tim Burton ».

ÉTAPE 3: Devant le refus de l’autre à entrer dans le conflit, insiste.
Mon refus de m’y prêter et son insistance sont ici très clairs.

ÉTAPE 4: Envoie des accusations farfelues en prétendant connaître les motivations cachées de l’autre.
Selon elle, si je n’aime pas me faire humilier publiquement, c’est parce que je suis un misogyne.

ÉTAPE 5, et celui-ci est non seulement le plus illogique de tous, c’est à partir de ce point que l’on voit qu’il s’agit de conflictuodépendance et non d’une simple querelle banale: Accuse mensongèrement l’autre de quelque chose dont il est lui-même coupable et/ou honteux.
Elle dit que j’attaque les autres dans le but de me donner une impression de supériorité, alors que c’est elle seule qui venait de passer une heure et douze minutes sur mon statut à ne faire que ça.

ÉTAPE 6: … et ainsi, consciemment ou non, manipule l’autre à l’attaquer sur ce point faible et/ou honteux.
Ce que je fis, deux fois: D’abord en exposant la fois où elle avait eu un comportement semblable avec son neveu.  Et ensuite dans la révision de mon dernier commentaire.

ÉTAPE 7: Se victimise en se plaignant comme quoi l’autre l’a l’attaqué sur ce point faible et/ou honteux.
Elle se présente en victime de ma susceptibilité, de ma frustration, de ma misogynie, du fait que je garde tout en archives pour faire des hosties de comeback…  Car en effet, puisqu’elle ne peut nier l’évidence publique de ses comportements désagréables, alors elle se plaint que je les expose.

ÉTAPE 8: Fuit le conflit qu’il/elle a lui/elle-même créé.
« Ok, ça suffit, j’me casse! »

ÉTAPE 9: Cherche à rallier leur entourage commun contre l’autre.
Encore une fois, quelques uns de nos amis communs nous ont en effet rapportés des plaintes qu’elle  leur faisait à mon sujet.

ÉTAPE 10: Cherche à rendre l’autre coupable de s’être défendu, et (s’il le peut) le punit pour l’avoir fait.
Les problèmes que ça cause au niveau de notre vie sociale, comme le démontre le gâchis de notre soirée planifiée.

Je conclus donc en vous rappelant de vous tenir aussi loin que possible de ces gens.  Parce qu’une fois que cette personne sentira qu’elle s’est incrustée assez dans votre vie pour vous laisser le choix entre accepter ses insultes ou bien ruiner votre réputation et votre vie sociale, elle le fera.  C’était vrai avec Geneviève la Coloc de l’Enfer il y a seize ans, et c’était encore vrai avec Maryse l’an dernier. 

Il n’y a pas que la charité bien ordonnée qui commence par soi-même. Le respect aussi.  Vous vous devez bien ça.

L’inutilité du dialogue avec une personne conflictuodépendante.

Il arrive parfois que les gens me disent « Si une personne X a un comportement aussi désagréable que tu le décris, pourquoi est-ce que tu ne lui en parles pas en privé, au lieu d’étaler ça sur ton blog? » Il est vrai que le dialogue est l’option la plus logique afin de régler un conflit. La preuve: Voici une capture d’écran non-retouchée d’un tel échange dans une situation où c’était moi le fautif.

Le contexte : Je fais partie d’un groupe privé facebookien nommé The Incorrect Humour Group, dans lequel on se permet de rire de sujets de mauvais goût. J’y ai posté une image dont l’humour douteux est à base de redhead shaming (humiliation des rouquins), une pratique popularisée par l’épisode 11 de la 9e saison de South Park. Une minute plus tard, je reçois un message privé de l’un des autres membres :


À quelques fautes de frappe près, vous venez d’assister à un excellent exemple de résolution de conflit tel que c’est supposé se passer :

  • Il me dit que j’ai fait un truc avec lequel il n’est pas à l’aise.
  • Je comprends son point.
  • Je vois que j’ai fait une erreur.
  • Je lui fais mes excuses.
  • Je me rétracte.
  • Il voit ma bonne foi et en est satisfait.
  • J’en tire une leçon grâce à laquelle je ne referai pas cette erreur dans l’avenir.

Et voilà! Tout le monde est poli, tout le monde comprends le point de vue de l’autre, tout le monde collabore, le tout se fait en privé, et le problème est réglé maintenant et jusqu’à l’heure de notre mort, amen!   Et regardez l’heure de nos échanges.  De 21:55 à 22:03.  Le tout a été résolu en huit minutes.

Si la situation s’est réglée aussi facilement, c’est que ni lui ni moi ne sommes des personnes conflictuodépendantes. Parce qu’à partir du moment où l’un des deux l’est, c’est plus long, c’est plus pénible, et ça ne résout rien. Ce qui suit se base sur une discussion réelle dans laquelle j’ai tenté d’ouvrir le dialogue avec une conflictuodépendante au sujet de son comportement pénible.  Pour l’afficher ici, j’ai non seulement changé l’identité de la personne, j’ai dû fortement tronquer le texte sinon on y passait la journée.




M’ouais…

  • Je lui dis qu’elle fait un truc avec lequel je ne suis pas à l’aise.
  • Elle nie, me blâme et se victimise.
  • J’explique plus clairement.
  • Elle nie et me blâme.
  • Voyant que ça ne mène à rien, je lui fais mes excuses et termine la conversation.
  • Elle me blâme.
  • Je lui fais mes excuses et termine la conversation.
  • Elle insiste pour continuer à me blâmer.
  • Je me réexplique.
  • Elle me blâme, se victimise et ment.
  • Je lui pointe comme quoi elle ment.
  • Elle me blâme d’en rajouter alors que c’est elle qui ne cesse d’insister après que je lui ai dit par deux fois que c’était terminé, se victimise, et fuit.

Ainsi, le problème reste non-réglé et se reproduira dans l’avenir. Et ça ne parait pas ici puisque c’est une reproduction et qu’elle est très abrégée, mais cet échange a commencé un peu avant minuit et s’est terminé à 7:22 le matin suivant.  On est loin du huit minutes de mon premier exemple.  Et dans les quarante-huit heures qui suivirent, quatre personnes m’ont fait savoir qu’elle avait partagé notre échange avec eux.  Voilà pour le côté « on règle ça en privé ».  Mais bon, ce n’est pas pour rien que la 9e des dix étape de la conflictuodépendance est: Cherche à rallier leur entourage commun contre l’autre.

Une conflictuodépendante n’agit pas comme telle qu’avec une seule personne.  Tôt ou tard, tous les gens constituant son entourage font les frais de sa personnalité.  Aussi, il est inévitable qu’avec le temps, elle reçoive de plus en plus de commentaires au sujet de son comportement désagréable et/ou que le nombre de gens avec qui elle se met en froid augmente.   Éventuellement, même si elle continue d’essayer de se le nier à elle-même, il est impossible qu’elle ne s’en rende pas compte. Dans ce temps-là, il se produit parfois un miracle: Elle donne l’impression qu’elle puisse être prête à avoir l’esprit ouvert sur le sujet :


Et voilà pourquoi je dis qu’elle ne fait que donner l’impression d’avoir l’esprit ouvert.  Ce que la personne conflictuodépendante cherche vraiment à faire, ce n’est pas d’apprendre si son comportement est fautif. Et c’est encore moins de le corriger puisque le faire équivaudrait à s’admettre qu’il l’est, chose qu’elle refuse de s’avouer. Non, son but est plutôt de le nier car la réalité lui est trop difficile à accepter. C’est de blâmer la victime afin de s’innocenter elle-même.  C’est d’inverser les rôles agresseur/victime afin de s’approprier elle-même le statut de victime.  Tel que j’en ai déjà parlé dans le billet au sujet de sa tentative d’humilier son neveu, mettre la chose publique comme elle le fait, c’est chercher l’approbation des autres.  C’est désirer recevoir la confirmation comme quoi elle a raison. Bref, c’est avoir besoin d’être rassurée comme quoi elle est dans son droit de se croire supérieure. Ainsi, même si dix, cent ou mille personnes lui disent qu’elle est dans le tort, elle va les ignorer, en ne portant son attention que sur la seule et unique qui ne lui dira que ce qu’elle désire entendre.

Voilà pourquoi on peut classer les gens de son entourage en quatre catégories :

  1. Ceux qui la connaissent depuis peu et qui sont patient, croyant qu’elle ne fait que traverser une phase, en espérant qu’elle finisse par se calmer.
  2. Les victimes consentantes qui savent qu’elle est comme ça et qui acceptent son manque de respect et ses abus.
  3. Les lèche-cul qui ne sont là que pour lui dire qu’elle est belle, gentille et parfaite et que ce sont tous les autres qui sont dans le tort.
  4. Les membres de sa famille qui, à cause du statut familial, ont une obligation de l’endurer.

La conflictuodépendante bannira promptement de son cercle de fréquentations tous ceux qui n’entrent pas dans ces catégories.  Et ça, c’est s’ils ne s’en sont pas déjà éloignés de leur propre chef par écoeurement.

Je reviens à mon premier exemple, tout en haut de cet article, lorsque Louis-Sébastien m’a expliqué pourquoi il ne se sentait pas à l’aise avec mon gag de mauvais goût.  Je ne me suis pas caché derrière l’excuse comme quoi il est normal que ce genre de choses soit posté dans un groupe nommé Incorrect Humour, Je ne lui ai pas fait remarquer que si ça le dérange, personne ne l’oblige à rester.  Je ne l’ai pas attaqué en le qualifiant de susceptible. Et ne n’ai pas non plus été moi-même un susceptible insulté que l’on ose trouver à redire contre l’un de mes gestes. Quant à lui, après ma rétraction et mes excuses, il n’a pas non plus insisté comme quoi j’étais une personne irréfléchie.  Il s’est encore moins acharné à utiliser des arguments mensongers, et a encore moins conclus en se faisant passer pour pauvre victime de mon épouvantable méchanceté, contrairement à « Maryse Aubry ».

Essayer d’engager le dialogue avec une personne conflictuodépendante dans le but de régler un conflit, c’est une perte de temps. Parce que, comme le dit le mot, sa basse estime d’elle-même fait qu’elle est dépendante des conflits. Le conflit lui permet de rabaisser les autres plus bas qu’elle, ce qui est le seul moyen que son subconscient a trouvé pour lui procurer temporairement le sentiment de supériorité dont elle a tant besoin moralement pour (sur)vivre.  Dans de telles conditions, la dernière chose qu’elle veut entendre et surtout reconnaitre, c’est qu’en faisant ceci, elle a un comportement fautif.

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La capture d’écran du neveu humilié.
Wikipedia: Denialism.
Wikipedia: Blâmer la victime.
Journal du Net: Stop au processus d’auto-victimisation.
Les autres articles classés sous « La Conflictuodépendance ».

Se souvenir afin de pouvoir oublier

Lorsqu’il est question de consulter un psychologue, voici la première chose qui nous vient en tête :  Un vieux barbu binoclard et chauve dans son complet trois pièces de couleur brune, assis sur une chaise, les yeux vers le calepin sur lequel il prend des notes.  Un patient couché sur le dos sur un divan de cuir redressé à la tête, fixant vaguement le plafond.  Des bibliothèques pleines d’épais bouquins.  Les murs où sont encadrés des diplômes.  Une fenêtre, les rideaux tirés.  Et, pour compléter le tout, la phrase « Parlez-moi de votre enfance. »  

C’est à l’âge de vingt-trois ans, sans connaitre rien d’autre de la profession que ce cliché, que je m’y suis attaqué.  Je ne me souviens plus quel était le contexte au juste (c’était tout de même en 1991) mais mon amie, amante et collègue Christine m’avait suggéré de consulter un psy.  Ça m’avait profondément insulté. Non pas qu’elle insinue que je puisse avoir des trouble de personnalité, chose que je reconnaissais déjà volontiers depuis 1987.  Mais plutôt qu’elle s’imagine que je suis con au point de me laisser frauder de la sorte. Je lui ai donc expliqué les cinq arnaques que je percevais dans la pratique de cette profession:

  1. L’arnaque derrière la mise en scène: Le divan confortable, la lumière tamisée, regarder en l’air, c’est juste pour recréer la sensation de détente et de confort similaire à être seul au lit dans sa chambre, afin de t’amener à baisser ta garde, à te croire en situation de confiance.
  2. L’arnaque derrière la règle de regarder dans le vide: C’est pour ne pas regarder le psy en face, et ainsi être moins intimidé, et ainsi être plus facilement porté à se confier.  Comme si on se parlait tout haut en étant seul.
  3. L’arnaque derrière la demande de raconter l’enfance: Peu importe ton problème, le psy va toujours aller vers la solution facile, affirmant que tes problèmes viennent de ta jeunesse.  Eh bien moi j’ai connu des jumeaux identiques qui ont vécu la même enfance.  Or, l’un était un fonceur winner intéressant, et l’autre un timide loser ennuyant.  Bref, ce n’est pas l’enfance, le problème.  C’est la personnalité.
  4. L’arnaque derrière la prise de notes: Le psy n’en a rien à chier de toi.  Il n’a pas que toi comme client.  S’il prend des notes, ce n’est pas pour faire, plus tard, des recherches sur ton problème.  C’est pour les relire avant chaque rendez-vous, pour se souvenir de quoi tu lui as parlé.  Ainsi, il peut commencer chaque séance en te rappelant les sujets de la dernière fois, afin te donner l’impression erronée qu’il est à ton écoute. Oui, tu es cher à ses yeux, mais c’est uniquement parce que tu représentes un revenu de $100.00 à $400.00 de l’heure.
  5. L’arnaque derrière les psychologues eux-mêmes: Tu payes pour rien! Ces gens sont incapables de t’aider.  La preuve, c’est que si tu leur demande la solution, ils vont répondre que leur but n’est pas de te la donner mais bien te permettre de la trouver toi-même car [cliché insignifiant] « La réponse est en toi! » [/cliché insignifiant]  Bref, c’est toi qui paye, et c’est toi qui fait tout le travail.

Aussi, ai-je conclu mon massacre de la profession en disant: « Ben dans ce cas, si la solution est en moi, je peux la trouver tout seul sans être obligé de payer de $100.00 à $400.00 de l’heure à une personne qui va m’avouer elle-même être complètement inutile dans mon processus de guérison.  De toutes façons, on l’sait bien: Pour eux-autres, peu importe ton problème, c’est toujours relié aux mères et aux gros totons! »  Une conclusion qui m’inspira plus tard à créer cette charte:


Aujourd’hui, avec deux décennies supplémentaire de vie adulte derrière moi, ma mentalité n’a presque pas changé à leur sujet.  Je n’ai toujours pas consulté de psy, par contre j’ai eu à faire avec ceux de mes enfants pendant de nombreuses années.  Ça a confirmé beaucoup de mes théories, ce qui m’a permis de mieux comprendre et d’expliquer l’incompétence des travailleurs sociaux

Par contre, je dois admettre qu’il y a un point sur lequel je me suis trompé en beauté, et c’est en sous-estimant le bien fondé de repasser en profondeur à travers une expérience traumatisante du passée afin d’en guérir.  Ou, comme le dit le titre de ce blog, de se souvenir afin de pouvoir oublier.  Pour ma défense, il faut reconnaitre que la chose a vraiment l’air illogique.  Comment peut-on oublier quelque chose si on se force à y repenser?  Ça n’a pas de sens.  Et pourtant, ça marche.  Je peux le confirmer.  C’est quelque chose que j’ai découvert par accident.

Mise en contexte: Il y a quelques années, je rencontre une jeune femme qui, bien que majeure, n’a tout de même que la moitié de mon âge.  C’est le coup de foudre mutuel d’une intensité que je n’avais encore jamais vécue jusque-là.  On passe l’été à se rencontrer à la dérobée car nous vivons le genre de situation pour laquelle « C’est compliqué » existe en tant que statut Facebook.  À chaque fois, c’est un trois jours de bonheur moral doublé du meilleur sexe au monde dont nous sommes tous les deux, contre toute logique, aussi satisfaits et comblés qu’insatiables et affamés.

Or, toute bonne chose a une fin, surtout lorsque tant d’obstacles nous séparent.  Il a bien fallu se faire une raison. L’automne arrivé, nous avons cessé de nous revoir et avons passé à autre chose.  Je savais que je n’oublierai jamais cet été qu’on a passé.  C’est le genre de moments qui inspire les plus belles chansons d’amour.

Mais pas nécessairement celle-là.

Pendant trois ans, il n’y a pas eu un jour sans que je ne pense à nos moments ensemble.  Et pas un jour n’a passé sans que je regrette que ça ce soit terminé.  Elle me hantait, mais puisqu’elle était maintenant en couple, elle était hors d’accès.  Réalisant que j’étais aux prises avec le genre d’obsession qui devient trop souvent malsain et destructeur, j’ai décidé d’utiliser la chose de façon positive afin d’avancer dans la vie.  J’étais plus vieux qu’elle, alors je me suis rajeuni en m’alimentant mieux et en m’exerçant.  À un âge où les hommes commencent à décliner en look, en santé, en force et en résistance, je ne faisais au contraire que m’améliorer dans tous ces domaines.  Dans mes notes de l’époque, j’ai décrit la chose en ces termes:

Lorsque les gens ressentent un amour non-partagé par l’objet de leur désir, ils se morfondent et posent des gestes négatifs. Moi, au contraire, je fais travailler cette obsession pour mon plus grand bien. Elle est ce qui me donne la volonté de me pousser toujours plus loin, pour évoluer, pour aller chercher le meilleur de moi-même. Parce que, même si je n’ai aucune chance pour que ça arrive, ça me plait de vivre dans l’espoir que nous puissions être un jour de nouveau possible. Ça me plaît de croire tous ces efforts que je fais dans le but de devenir digne d’elle, de la mériter, puissent un jour porter fruit.

Je croyais qu’utiliser ainsi mon obsession comme fuel allait finir par la consumer.  Hélas, à l’instar de l’énergie atomique, mon obsession s’est avérée inépuisable.  Et tout comme l’énergie atomique lorsque l’on n’arrive pas à la contrôler, elle était en train de m’empoisonner.  C’est ainsi que, en allant à l’encontre de mes propres conseils, je lui ai écrit une déclaration d’amour.  Celle-ci ayant trois ans de retard, elle ne fut pas reçue positivement.  Je m’en doutais bien.  Mais peu m’importais, rendu à ce point-ci.  Je n’en pouvais juste plus de vivre dans un espoir quotidien qui ne menait à rien. D‘une façon comme d’une autre, il fallait que ça prenne fin.  En ceci au moins, mon geste pathétiquement retardé a eu du bon.

« Très bien, me voilà fixé! »  Me suis-je alors dit.  « Puisque je me vois obligé de mettre tout ça derrière moi, aussi bien le faire de la façon qui m’est propre: En écrivant notre histoire dans tous les détails. »  Et j’ai en effet tout écrit: Ce que j’étais à l’époque, ce que j’ai vécu, comment je l’ai vécu, quels étaient mes sentiments, quelles furent mes décisions, ce que j’ai dit, ce que j’ai fait et pourquoi…  La totale! 

Au début, j’écrivais sous un grand sentiment de nostalgie.  Peu à peu, au fil des jours, plus j’écrivais et plus ça m’apportait des révélations.  Je comprenais des choses, non seulement sur cette relation, mais également à mon propre sujet.  J’ai surtout constaté que les choses n’étaient pas toujours aussi parfaites que dans mes souvenirs.  Enfin, en écrivant tout, mes souvenirs objectifs ont peu à peu remplacé les souvenirs émotifs.  Ça m’a permis de voir les raisons véritables de mon attachement envers notre relation.  Il y avait sa jeunesse, ce qui était flatteur pour mon orgueil de gars du double de son âge.  Le fait qu’elle me traitait comme un dieu, ce qui était flatteur pour mon orgueil d’ex-loser.  Tout ce sexe qu’elle m’offrait, ce ce qui était flatteur pour mon orgueil d’ex-désespéré incapable de se trouver une partenaire.  Son excitant niveau de désir qui me redonnait une performance sexuelle que je n’avais pas eu depuis mon adolescence, ce qui était flatteur pour mon orgueil de mâle qui prenait de l’âge.  … Et c’est là que j’ai vu qu’il y avait un pattern dans tout ceci.

« Alors au final, si j’étais si bien avec elle, c’est parce qu’à ses yeux, j’étais beau, j’étais désirable, j’étais un dieu du sexe, j’étais un winner.  Et être tout ça aux yeux d’une si belle et jeune fille, surtout à mon âge, c’était extrêmement gratifiant.  Bref, je n’ai jamais été en amour avec elle.  J’étais juste en amour avec ce que j’étais pour elle.  Donc… J’étais juste en amour avec moi. »

Autant cette révélation m’a donné un choc, autant je me devais d’admettre que c’était vrai.  Nous n’avions absolument rien en commun. Il n’y avait qu’au lit que nous avions passion et harmonie.  Et encore, elle suggérait parfois certaines pratiques avec lesquelles je n’étais pas à 100% à l’aise, alors pour ce qui est de l’harmonie…  Ce qui signifie qu’il nous aurait été impossible d’avoir une relation de couple, même à court terme.  Ça n’a jamais été une histoire d’amour.  Ce n’était qu’une histoire de cul!  Non pas une histoire vulgaire et sordide puisque nous avions tout de même chacun envers l’autre une amitié et un respect mutuel qui perdure jusqu’à ce jour.  N’empêche, ce n’était quand même qu’une histoire de cul, rien de plus.

Suite à cette ultime révélation, j’ai tout simplement cessé d’écrire notre histoire.  Non seulement n’en avais-je plus envie, je n’en ressentais plus le besoin.  Cet exercice, qui avait d’abord comme but de commémorer une relation que je croyais la plus extraordinaire de ma vie, a plutôt réussi ce que j’ai tenté en vain de faire pendant trois ans: Elle a exorcisé mon obsession pour cette fille, et ce pour de bon.

Aujourd’hui, plusieurs années plus tard, ce texte est toujours inachevé, et je ne vois même pas intérêt à le relire.  C’est ce que j’ai constaté en retombant dessus par hasard ce matin.  Et c’est là que j’ai compris que dans le fond, les psychologues ne sont pas aussi bullshitteurs que je l’ai toujours cru avec leurs histoires de « Parlez-moi de votre enfance. »  Beaucoup de gens vont dire que, lorsque l’on est obsédé par quelque chose au point où ça dérange notre vie, la meilleure solution est d’oublier ça.  Y repenser n’est rien de moins que malsain.  Et bien en réalité, c’est tout le contraire.  C’est en y repensant, du début à la fin, dans les moindres détails, en repassant à travers les faits, les émotions, les décisions, les actions et les réactions, que vient la compréhension.  De la compréhension vient l’acceptation, et de l’acceptation vient la conclusion, et de la conclusion vient l’oubli.

Et voilà pourquoi la meilleure façon d’oublier, c’est d’abord en mettant de l’effort à se souvenir.

Comment j’ai appris que je n’étais pas un humoriste

Le texte qui suit est écrit sous la forme d’un court sketch théâtral.  Il s’inspire cependant d’une anecdote réelle vécue en 1995.

TITRE: L’audition.

PERSONNAGES:

  • LE CANDIDAT. Homme, 26 ans. Candidat à l’audition.
  • LISE RITCHIE: Femme. 40 ans. Directrice du Collège de Comédie du Québec.  Juge de l’audition.
  • DANNY LEMAIRE.  Homme, 45 ans.  Humoriste avec 15 ans de carrière. Juge de l’audition.
  • LE PSYCHOLOGUE. Homme. 50 ans. Psychologue.  Juge de l’audition.

MISE EN SCÈNE:  Sur scène, LE CANDIDAT se tient debout.  À quelques mètres devant lui, il y a une longue table.  Derrière celle-ci sont assis les trois juges, LISE RITCHIE, DANNY LEMAIRE et LE PSYCHOLOGUE.  En arrière plan, il y a le logo et le nom de l’école, COLLÈGE DE COMÉDIE DU QUÉBEC.

La lumière s’allume.  Nous assistons à la fin de l’audition.

LISE RITCHIE
(fade in) … Et dans l’ensemble il y avait effectivement quelques bon punchs.  Mais malheureusement, ce n’est pas le genre de sujet qui est apprécié du public.  Donc, désolé mais on ne peut pas accepter ta candidature pour cette année.

LE CANDIDAT
Je vois!

Le candidat garde le silence quelques secondes.  Il reste là, debout, sans bouger.

LISE RITCHIE
Voilà, c’est tout!  Merci!

LE CANDIDAT
Excusez-moi, mais…  Ben, tant qu’à avoir payé trente dollars pour passer une audition, et l’avoir coulée, j’aurais quelques question, si ça ne vous dérange pas.

LISE RITCHIE
Vas-y!  Mais prends pas trop de temps, t’es pas le seul qu’on doit passer en audition aujourd’hui.

LE CANDIDAT
Ce n’est pas la première fois que je passe une audition. En fait, depuis novembre dernier, celle-ci est la 5e.

DANNY LEMAIRE
Ça fait pas cinq fois que tu passes devant nous autres?

LE CANDIDAT
Non, les fois d’avant, c’était pour des shows amateurs, pour des émissions de télé ou des shows dans des bars-spectacles.

DANNY LEMAIRE
Ah, ok!

LE CANDIDAT
À chaque fois, quand je récite mon monologue, les juges rient, comme vous l’avez fait deux-trois fois tantôt.  Et à chaque fois, comme vous venez de le faire, ma candidature est quand même rejetée. Des fois, on prend le temps de me dire ce que je ne devrais pas faire. Comme vous, qui venez de me dire que mon sujet n’était pas approprié. Sauf que, est-ce que ce ne serait pas beaucoup plus logique, et surtout plus productif, de me dire quoi faire, au lieu de juste vous contenter de me dire quoi ne pas faire? De me dire quel sujet est approprié, ou lieu de juste me dire que mon sujet de l’est pas?

LISE RITCHIE
C’est parce que, ce que tu nous demandes-là, c’est des choses que l’on enseigne à notre école. Pourquoi est-ce que le monde paierait $5 500.00 pour suivre nos cours si on donne tous les trucs gratuitement à ceux qui viennent passer une audition?

DANNY LEMAIRE
Oui, surtout s’ils la coulent. Tsé, on peut pas apprendre à quelqu’un à être drôle. Il l’est ou il l’est pas, point!

LE PSYCHOLOGUE
Notre école a été créée pour aider ceux qui ont le potentiel pour réussir dans ce métier.  Mais si t’en a pas…

LE CANDIDAT
Justement! Je vous ai fait rire, tantôt, oui ou non? Donc en quelque part, je dois bien avoir du potentiel, non? Et si j’en ai, est-ce que c’est pas stupide de le laisser se gâcher, juste parce que j’ignore un truc ou deux?  Par contre, si vous me dites quoi faire, alors je vais m’écrire un numéro convenable, je vais revenir passer une audition, je vais être accepté à votre école.  Et je vais pouvoir vous le donner, votre $5 500.00.  Comme ça, tout le monde y gagnerait. Vous trouvez pas que ce serait plus logique?

Les trois juges restent silencieux.  Ils se regardent durant quelques secondes.  Après un moment de réflexions où elle regarde tour à tour le candidat et ses deux collègues, Lise Ritchie, finit par leur montrer qu’elle approuve, d’un signe de tête.

LISE RITCHIE
Bon! Qu’est-ce que tu veux savoir?

LE CANDIDAT
Pourquoi est-ce qu’on m’interdit, à moi, de parler d’un sujet que plusieurs humoristes abordent sans problème?

LISE RITCHIE
Précise ta pensée.

LE CANDIDAT
Il y a huit ans, en 1987, avant qu’existe votre école, j’ai passé en entrevue au Club Soda devant Madame Ritchie ici présente, avec un autre monologue au sujet des condoms. Elle m’a dit que le public n’était pas très intéressé par ce sujet, donc qu’il fallait l’éviter.

LISE RITCHIE
En effet!

LE CANDIDAT
Pourtant, à chaque année, je vois toujours au moins un humoriste faire un numéro là-dessus : Claude Meunier, Michel Barrette, Jean-Marc Parent… Même Yvon Deschamps.

LISE RITCHIE
Et c’est pour ça que, huit ans plus tard, tu reviens me présenter un autre monologue qui parle de condoms? Pour venir insinuer que je dis n’importe quoi?

LE CANDIDAT
Euh… Mais non, voyons. C’est juste que, puisque tous les autres humoristes déjà établis en parlent, ça m’a donné l’impression que c’était devenu un sujet acceptable.

LISE RITCHIE
Vraiment!?

LE CANDIDAT
Come on, chus su’l’BS. J’ai pas payé trente dollars l’audition juste pour le fun de venir vous confronter là-dessus. J’essaye juste de comprendre.

LISE RICHIE
Tu l’as dit toi-même : « Humoristes déjà établis ». Quand les gens vont voir un show d’Yvon Deschamps, ils ne vont pas là pour le texte. Ils vont là pour voir Yvon Deschamps, point.

DANNY LEMAIRE
C’est ça! Ils veulent pas le savoir, ils veulent le voir.  Yvon Deschamps, c’est une vedette! Il pourrait passer deux heures à lire sa liste d’épicerie que le monde paierait quand même pour aller à ses shows.  Et justement, il a deux heures à remplir, lui. Il peut se permettre de parler de plusieurs sujets, dont celui-là.

LE PSYCHOLOGUE :
Toi, par contre, personne ne te connait, donc personne n’est intéressé à te voir. Voilà pourquoi, dans ton cas, ce qui est important, c’est de savoir quel public cibler, quels sujets aborder. En arrivant ici tantôt, t’avais pas deux heures à remplir pour un public qui te connais et que t’as déjà conquis. T’avais dix minutes pour te faire valoir à trois personnes qui ne te connaissaient pas. C’était pas le moment de faire un monologue sur ce sujet-là.

LISE RITCHIE
Surtout que toi en plus, ça fait huit ans que tu le sais, que c’est pas un bon sujet pour une audition.

LE PSYCHOLOGUE
Oui, d’ailleurs j’aurais une question.  Deux, en fait.  Parce que ça m’intrigue, cette insistance que tu as à parler des condoms. À qui est-ce que tes numéros s’adressent?

LE CANDIDAT
Mes numéros s’adressent à ceux qui sont intéressés par le genre de sujets dont je parle.

DANNY LEMAIRE
… Ok, wow!

LE PSYCHOLOGUE
En terme de public cible, ça veut dire quoi?  Les retraités? les femmes? Les immigrants?

LE CANDIDAT
Les jeunes.

LE PSYCHOLOGUE
Définis « jeunes ».

LE CANDIDAT
Les adolescents, 14-18 ans.

LE PSYCHOLOGUE
Pourquoi as-tu choisi ce public-là?

LE CANDIDAT
Parce que quand j’étais ado, j’ai toujours déploré le fait que nous étions un public totalement ignoré des humoristes.  Enfin, quand je dis ignorés, c’est relatif.  On nous ignorais, sauf quand c’était le temps de nous insulter.  Je pense, par exemple, à Lise Dion et son monologue dans lequel elle fait passer son chum pour un cave et son fils pour un primate. Et aussi Yvon Deschamps, qui utilise les termes mon tarla ou mon grand cave pour parler de son fils.  Aucun humoriste ne s’adresse aux ados.  Pourtant, les ados s’intéressent beaucoup aux humoristes, et ce beaucoup plus que les adultes. C’était peut-être pas l’cas dans votre temps, mais ça l’est maintenant. Je le sais parce que j’en étais un moi-même y’a pas si longtemps.  C’est un public qui a énormément de potentiel, et je trouve ça bête de ne pas l’exploiter. C’est pour ça que je vous ai présenté un numéro sur les angoisses d’aller se procurer des condoms pour la première fois.  Même les adultes peuvent apprécier, puisque l’on est tous un peu nostalgique de nos expériences de jeunesse.

DANNY LEMAIRE
Ah!  Ça explique tout!  Eh bien bravo! Je constate que tu fais exactement tout ce que tu as à faire. … Si ton but est d’être sûr de ne jamais réussir dans le métier.

LE CANDIDAT
Huh?

LISE RITCHIE
Non, ce n’est pas d’hier que les ados s’intéressent au shows d’humour, tu sauras. Ils ont toujours aimé ça et on l’a toujours su.

LE CANDIDAT
Mais alors, pourquoi négliger un si grand public?

DANNY LEMAIRE
Dans la vie, on est ado de 12 à 18 ans.  Sept ans seulement. Avec une population qui meurt en moyenne vers l’âge de 78, ça fait qu’on est adulte pendant cinquante ans. Cinquante divisé par sept, ça donne quelque chose comme sept point un.  Ça veut dire que dans la population, il y a sept fois plus d’adultes que d’ados. Alors même si le pourcentage des ados qui aiment l’humour est plus grand que le pourcentage des adultes, ça ne change rien au fait que dans les chiffres réels, il y a trois ou quatre fois plus de fans chez les adultes que chez les ados.

LISE RITCHIE
Ensuite, c’est qui, d’après toi, ceux qui payent des billets pour aller à un show d’humour? Les ados qui n’ont jamais d’argent?  Ou les adultes qui ont un revenu?

DANNY LEMAIRE
Un petit public sans le sou qui se contente de regarder les shows gratis à la télé, c’est ça que t’appelles « un potentiel à exploiter »?

LE CANDIDAT
Euh…

LISE RITCHIE
Désolé mais c’est pas avec eux autres qu’on va générer des profits. L’humour au Québec, c’est sérieux.  C’est une business de près d’un milliard de dollars. Y’a une raison pour ça! On sait à quel public s’adresser, et on sait ce qui l’intéresse.

DANNY LEMAIRE
R’garde, m’as te proposer un truc: Tu dois te dire que c’est facile pour nous autres de sortir des chiffres que tu ne peux pas vérifier. Alors oublie ce que Lise vient de te dire et regardons ensemble la chose sous un autre angle : Admettons, un instant que nous n’y connaissons rien. Admettons que c’est toi qui a raison, et que oui, les ados sont un public rentable. Et admettons que tu fais une carrière à être leurs voix…

LE CANDIDAT
Oui?

DANNY LEMAIRE
Ton public de 14-18, tu vas l’avoir pendant cinq ans.  Tandis que l’humoriste qui  s’adresse aux adultes, son public va le suivre fidèlement pendant cinquante ans.

LE CANDIDAT
Qu’est-ce que ça change, que les ados vieillissent et deviennent adultes? Les enfants aussi vieillissent, et ils deviennent des ados.  Comme ça, ils prennent la place de la portion du public que je perds.  J’veux dire, à la TV, l’émission Passe-Partout existe depuis 1977, et ça a toujours été une émission pour enfants.  Ils sont pas devenus une émission pour ado puis pour adultes à mesure que leur public vieillissait.

LE PSYCHOLOGUE
Ton argument a une logique fallacieuse. Tu n’es pas une émission de télé subventionnée par le ministère de l’éducation du Québec.  Tu es un aspirant humoriste.

LISE RITCHIE
L’affaire, c’est qu’il n’y a pas que le public qui vieillit. T’as quel âge en ce moment?

LE CANDIDAT
26 ans, 27 dans deux semaines!

DANNY LEMAIRE
27…  Ça prend en moyenne trois ou quatre ans à un humoriste talentueux pour se faire remarquer du grand public. À ce moment-là, tu vas être rendu dans la trentaine. Penses-tu vraiment que les ados vont encore se reconnaître en toi?

LE CANDIDAT
Euh…

LE PSYCHOLOGUE
Petite questions comme ça…  Tu disais tantôt que c’était ta  5e entrevue depuis novembre… C’était où et quand, la dernière?

LE CANDIDAT
En avril dernier, au Café Noir, dans le cadre des MardHilarants.

LE PSYCHOLOGUE
Est-ce que c’était le même monologue?

LE CANDIDAT
Non, c’était au sujet des choses que l’on remarque quand on va faire l’épicerie.

LE PSYCHOLOGUE
Rien sur les condoms?

LE CANDIDAT
Non!

LE PSYCHOLOGUE
Et c’était un monologue juste pour les ados?

LE CANDIDAT
Non, c’était grand public.

LE PSYCHOLOGUE
Sans me le réciter, donne-moi donc une idée des sujets que tu y abordais.

LE CANDIDAT
Ben…  Le fait que quand on prends un panier d’épicerie, on pogne toujours celui avec la roue qui tourne mal. La vieille mémère devant toi à la caisse qui insiste pour payer $97.00 d’épicerie avec sa petite monnaie.  La caissière qui pose des questions niaiseuses comme « C’tu pour emporter? »  Les nouveaux sacs d’épicerie plus minces qui pètent dès qu’on met deux boites de conserves dedans.

LE PSYCHOLOGUE
Et ils ne t’ont pas pris?

LE CANDIDAT
Non!

LE PSYCHOLOGUE
Est-ce qu’ils t’ont dit pourquoi?

LE CANDIDAT
Non, il ne m’ont juste pas rappelé.

LISE RITCHIE
Si, à tes autres auditions, tu leurs a servis un monologue grand-public, non-sexuel, sans parler de condoms, et qu’ils ne t’ont quand même pas pris, je pense que ça démontre que ton problème, ça ne se limite pas aux sujet de ton monologue.  Tantôt quand tu nous nous le récitais, on a pu voir que tes problèmes se situaient sur trois niveaux.  Le premier niveau, c’est dans ta présence. T’as pas l’air à l’aise sur scène. Tu es nerveux, tu ne sais pas si tu dois bouger ou rester planté là.  T’as vraiment pas l’air d’être à ta place.  Le second problème est au niveau de ta voix. Tu as un ton de voix qui est bas, monotone.

LE PSYCHOLOGUE
Mais attention; quand on dit « Monotone », c’est dans le sens anglais, mono tone : un seul ton.

LE CANDIDAT
Ah! Je vois!

DANNY LEMAIRE
Est-ce que tu es immigrant, ou est-ce que tes parents le sont?

LE CANDIDAT
Hein? Ben non!

DANNY LEMAIRE
Ok, c’est parce que des fois, on dirait que tu as un accent. T’as pas l’air naturel quand tu parles. Et pas juste quand tu récites ton monologue.  Quand on te pose une question, tes réponses ont l’air d’être des textes récités.  Ou tiens, ton « Ah! Je vois! », que tu viens de me répondre. N’importe qui d’autre aurait juste dit « Ok! » … Toi, je sais pas…  On dirait que tu cherches à faire littéraire

LISE RITCHIE
C’est vrai!  Tu parles comme un livre.

LE PSYCHOLOGUE
Autrement dit, ça parait que dans ta vie, t’as passé plus de temps seul avec des livres qu’avec les autres à faire du social.  Et ça, ça veut dire que tu cherches à devenir humoriste par compensation, parce que tu cherches à avoir l’attention que t’as pas eu plus jeune, et non parce que t’es fait pour ce métier.  La preuve, c’est justement le malaise que tu as à être sur scène. 

LISE RITCHIE
Et le 3e problème, c’est au niveau du contenu de ton texte. Tout ce que ton monologue colporte, ce sont des sentiments négatifs.  Je veux bien croire que, comme tu disais, les gens sont portés à être nostalgiques de leur jeunesse. Sauf que j’ai jamais vu quelqu’un être nostalgique des moments comme ceux que tu décris dans ton monologue.  Sortir avec une blonde qui a des intentions pas claire.  Se faire menacer par un gardien de sécurité.  Accidenter son vélo à en faire une perte totale.  Abimer le char de son beau-père.

DANNY LEMAIRE
Et surtout, tu décris avec tellement de détails l’épreuve angoissante d’aller acheter des condoms pour la première fois. Y’a personne qui aime se rappeler de ça. À la limite, tout ce que ce bout-là de ton monologue apporte, c’est un sentiment de malaise.

LE PSYCHOLOGUE
D’ailleurs, si Lise le permet, moi je vois un 4e problème, celui-là au niveau de ton attitude et de ta personnalité. Non seulement tu te montres négatif dans ton texte, tu as un côté manipulateur et passif-agressif en personne.

LE CANDIDAT
Hein?  Moi, ça?  Voyons donc!

LE PSYCHOLOGUE
D’abord, tu veux qu’on te dise quoi faire, en nous demandant « Vous ne trouvez pas que ce serait plus logique et plus productif? »  En nous posant cette question-là, tu nous laisses deux choix : Ou bien on est d’accord avec toi, ou bien on est illogiques et improductifs.

DANNY LEMAIRE
Exactement! Ou bien on te donne ce que tu veux, même si on t’a dit pourquoi ça nous posait un problème. Ou bien on est des caves incompétents.

LE CANDIDAT
Mais… Mais je faisais juste démontrer la logique de mon argument.

LE PSYCHOLOGUE
Non! Si tu avais dit « Je pense que ce serait plus logique et plus productif», tu nous aurais donné un argument en nous laissant libre d’y réfléchir, puis d’être d’accord ou non. Mais en nous demandant « Vous ne pensez pas que ce serait plus logique et plus productif? », tu nous force à être d’accord tout de suite sans nous laisser le temps de réfléchir.

LISE RITCHIE
C’est de la manipulation, ça!

LE PSYCHOLOGUE
Enfin, tu prétends que tu veux qu’on te dise la marche à suivre pour faire un numéro convenable. Pourtant, c’est quoi la toute première question que tu nous as posée? Est-ce que c’était « Qu’est-ce que je peux faire pour écrire un numéro convenable? » Non, c’était : « Pourquoi est-ce que vous prétendez que mon numéro n’est pas convenable? » Ce n’est pas l’attitude de quelqu’un qui veut s’améliorer. C’est plutôt celle de quelqu’un qui se croit déjà parfait, et qui a du mal à endurer que les autres ne pensent pas la même chose à son sujet.  Tu n’es pas un humoriste. Tu es juste quelqu’un rempli de frustrations contre la société, et qui cherche rien qu’à lui jeter des blâmes. Tu déguises ça en humour, mais ce n’est pas de l’humour, c’est juste de la moquerie. Du sarcasme. Ton but c’est juste de démolir les autres avec l’approbation et l’appui du public. Tu ne veux pas faire rire ton auditoire. Tu veux qu’il t’appuie, qu’il te dise « Ouais, t’as raison, le monde que tu dénonces, c’est rien que des caves pis des incompétents. » Bref, tu prends ta revanche.

DANNY LEMAIRE
À la limite, ça pourrait passer. Il y en a qui sont capables de faire ça avec adresse. Mais toi…  Prends juste ta réponse passive-agressive de tantôt, quand on t’a demandé à qui s’adressaient tes monologues: « Mes numéros s’adressent à ceux qui sont intéressés par le genre de sujets dont je parle. »  Belle façon de sous-entendre que tu trouves qu’on pose des questions niaiseuses.

LE PSYCHOLOGUE
Exactement! En passant devant nous-autres, tu le sais, que ton avenir en tant qu’humoriste dépend de l’impression que l’on va avoir de toi.  Mais malgré ça, ton désir de confrontation est tellement grand qu’au lieu de t’arranger pour mettre ton public de ton bord, tu le prends pour cible. Prends juste tantôt : Au lieu de dire à Lise que tu as passé devant elle avec un autre monologue sur les condoms il y a huit ans, tu t’es adressé à Danny et moi en disant « J’ai passé en entrevue au Club Soda devant Madame Richie ici présente. »  Tu essayais de nous prendre à témoin contre elle. 

DANNY LEMAIRE
C’est vrai que ça sonnait comme: « La madame a’ m’a dit y’a huit ans que ça s’faisait pas, de parler de condoms, mais des vrais grands professionnels de l’humour le font, fa que n’est-ce pas, messieurs, qu’elle ne connait rien au métier? »

LISE RITCHIE
« Pour qui qu’à s’prend, elle, d’occuper le poste de directrice d’une école d’humour quand à’ sait même pas ce qui se fait en humour!? »

LE CANDIDAT
Mais je… Ça… Jamais je n’ai…

LE PSYCHOLOGUE
Tu aurais pu nous présenter un numéro sur mille autres sujets. Tu l’as dit toi-même: À ton audition au Café Noir, tu avais un sujet grand public.  Mais quand tu as su qu’ici, tu allais repasser devant celle qui t’a refusé un monologue sur les condoms il y a huit ans, quel sujet est-ce que tu as choisi de lui présenter?  Le seul que tu savais, par expérience, qui n’allait pas lui plaire.

DANNY LEMAIRE
C’était le seul sujet qui te donnait l’opportunité de pouvoir prendre ta revanche, en lui donnant une leçon, comme quoi c’était toi et non elle qui avait raison ces huit dernières années.

LISE RITCHIE
Voilà!

LE CANDIDAT
Mais voyons, je… Mes intentions n’étaient pas de… Bon, écoutez… Je comprends bien ce que vous me dites, et je comprends pourquoi ça peut avoir l’air de ça.  Mais c’est un hasard.  C’est pas quelque chose que j’ai fait délibérément.

LE PSYCHOLOGUE
Il est tout à fait possible que tu ne te rendes pas compte que tu agis ainsi. Sauf que, tu agis ainsi quand même.  ça veut dire que ça se passe dans ton subconscient. Donc, que ça fait partie de ta personnalité.  Et si c’est ça, ta personnalité naturelle, alors tu perds ton temps à passer des auditions en humour.

DANNY LEMAIRE
Que ce soit acheter des condoms ou faire l’épicerie, tu mets le focus sur tout ce qui peut y avoir de négatif là-dedans.  J’ai l’impression que si on te demandais d’écrire un monologue sur le Jardin Botanique de Montréal, au lieu de trouver un angle comique sur les couleurs des fleurs, leurs formes ou leur noms, tu parlerais de l’odeur du fumier.  C’est pas de l’humour, ça! C’est du chialage. Le public va voir des shows d’humour pour oublier leur tracas quotidien.  Pas pour se faire rappeler avec insistance que chaque facette de la vie possède un côté merdique. 

LE PSYCHOLOGUE
Ce que tu es, ce n’est pas un humoriste. C’est un revanchard.  Ça fait dix ans que t’es pu un ado que t’es encore obsédé par l’idée de dénoncer le fait que deux humoristes se sont déjà moqués des jeunes.  Ça fait huit ans que Lise a osé te dire que tu faisais erreur en parlant de condoms, que t’es encore obsédé par l’idée de lui prouver qu’elle a tort. Alors quand tu dis « Pensez-vous que j’irais payer trente dollars pour vous confronter alors que je suis sur le BS? », eh bien…

LISE RITCHIE
Oui!

DANNY LEMAIRE
Oui!

LE PSYCHOLOGUE
Oui!  Définitivement!  Tout, dans ton attitude, le démontre. 

LISE RITCHIE
Non mais sérieusement, là… Est-ce qu’un gars qui aurait vraiment ce qu’il faut pour devenir humoriste passerait huit ans à couler ses auditions, peu importe devant qui il se présente, et peu importe le sujet de son monologue? 

LE PSYCHOLOGUE
Et ça, tu le sais très bien au fond.  C’est probablement pour ça que, inconsciemment, tu es porté à choisir les ados comme public, même si plus le temps passe et moins c’est logique pour toi de le faire.  Puisque aucun autre humoriste ne va s’adresser à eux, tu le sais bien que tu n’aurais pas de compétition.  Mais voilà, à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.

LISE RITCHIE
Autrement dit, tu deviendrais leur idole non pas par mérite, mais bien par facilité.  

DANNY LEMAIRE
Par monopole.  Parce qu’ils n’auraient aucun autre choix.

LE PSYCHOLOGUE
Et c’est ça qui te rassure.  Mais voilà, puisque nous autres, les gros méchants qui contrôlent la business de l’humour, on ne veut pas te permettre de t’adresser à un public qui représente un cul-de-sac financier, tu te mets en position de jouer au Messie: Tu es venu ici pour sauver les ados.  On ne te le permet pas.  On te crucifie.  Et on va même le faire, non pas en payant trente deniers, mais en te les chargeant alors que tu ne travaille même pas.  Ça te donne le statut de martyr.  Ça te rend noble. 

LISE RITCHIE
Mais surtout, ça te permet de nous blâmer pour tes huit ans d’échecs.  Ça te permet de te faire accroire que si tu n’as pas encore percé dans le milieu, c’est à cause qu’on a mauvaise foi.  Et par conséquent, ça te permet de pouvoir te nier à toi-même le fait que tu n’as pas ce qu’il faut pour devenir un humoriste.  Et que, franchement, tu ne l’as jamais eu.

Pendant quelques secondes, tout le monde est silencieux.  Puis, la mine basse, le candidat soupire.  Il tourne doucement les talons et se dirige vers la porte de sortie.  Il s’arrête en entendant les juges s’adresser à lui.

LISE RITCHIE
Excuse notre franchise. Mais comme comme tu l’as dit si bien, tu as payé trente dollars pour avoir des réponses. Et bien voilà!  J’espère que t’en as eu pour ton argent.

LE PSYCHOLOGUE
Écoute… Rentre chez toi, fais le ménage dans ta vie, règle tes problèmes.  Après ça, tu verras si tu as vraiment le goût de la scène et de l’humour.

LISE RITCHIE
Si c’est oui, écris un autre monologue et reviens nous voir aux prochaines auditions dans un an.

DANNY LEMAIRE
Sinon, si c’était vraiment rien qu’une façon pour toi de tenter de prendre ta revanche sur les injustices que tu as vécues, ou que ton ego te fais croire que tu as vécues…

LE PSYCHOLOGUE
Ou si c’est juste une tentative pour devenir riche et célèbre et adulé sans y mettre d’efforts et sans l’avoir mérité…

DANNY LEMAIRE
Alors cesse de perdre ton argent.  Et cesse de nous faire perdre notre temps.

Le candidat reste silencieux.  Puis, il hoche la tête, semblant démontrer qu’il a compris.  Puis il quitte la pièce.

LISE RITCHIE
Suivant!

Lumière fade-out.

RIDEAU!

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Et voilà comment une simple audition à trente dollars a su m’en apprendre plus sur moi-même que n’aurait pu le faire une série de rencontres thérapeutiques.  Ne serait-ce que pour la simple et bonne raison que pour aller suivre une thérapie, il aurait d’abord fallu que je sache que j’avais un problème de personnalité et de comportement.  Et avant cette rencontre, je l’ignorais.  Bref, cette expérience est l’une des nombreuses raisons pourquoi je considère que 1995 fut l’année de ma seconde naissance.  Ce qui me donnerait vingt ans d’âge cette année, chose qui n’est pas pour me déplaire.

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Post Scrotum: Non pas que ça ait une importance dans l’histoire que vous venez de lire, mais si vous êtes curieux, voici mon monologue au sujet des condoms, ou du moins une version réécrite en récit.

Christine, 7e partie: La résignation.

Le vent frais du matin me caresse le visage et agite mes cheveux.  Comme cinq fois semaine, c’est sous le soleil levant que je parcours la distance qui sépare le Dunkin Donuts du condo de ma belle-mère.  D’habitude, j’apprécie ce moment entre la fin de mon quart de travail et mon retour à la maison, ne serait-ce que parce l’air sent encore bon en ces heures pré-circulation automobile.  Mais ce matin, je suis morose.  Christine et moi ne nous sommes pas adressés la parole de la nuit. Dire que tout allait si bien entre nous, avant qu’elle décide de me faire cette offre.  Une offre qui n’a jamais vu le jour.  Mais bon, c’est loin d’être la première fois que je suis victime de promesses non-tenues.

« Mon père qui me promet des cours de conduite et me fait attendre pendant deux ans, pour ensuite revenir sur sa parole.  Julie qui sort avec moi pendant deux ans et demi sans que ça vire sexuel.  La boutique Shoe-Claques qui me fait déménager de Saint-Hilaire à Montréal en me promettant un poste qu’ils n’avaient même pas.  Normand, le boss du Laboratoire Prothèses Nobel, qui m’engage en me disant qu’il va m’entrainer pour devenir patron à sa place, qui me renvoie après trois semaines. Wow! qui était en train de faire de moi un journaliste, qui ferme pour une raison complètement absurde. Nathalie qui dit qu’elle sera à moi jusqu’à la fin de l’été mais qui me laisse tomber une semaine plus tard, le jour de mon anniversaire. Dany, BD Pubs et mes dessins qui disparaissent dans la brume.  Les deux seules BD de mon projet d’album de Sonic Steve qui se font perdre.  Les Films Chouinard qui ferment au moment où ils devaient me rendre riche et célèbre. Enfin, Christine, qui m’offre une relation amitié + sexe, dans lequel l’amitié s’est terminée avant même que le sexe ait commencé. Et pourquoi?  Parce que la vieille Christ qui m’a offert la chambre de son appartement a changé d’idée et m’a empêché de l’avoir.  Ouais!  Depuis les sept dernières années, soit depuis que j’ai seize ans, ma vie n’a jamais été rien d’autre que ça: Une longue série de promesses non-respectées.  Chus un gars patient, mais là je commence à en avoir plein le cul en tabarnak de ces situations-là. »

Lorsque je parle de promesse non-tenue par Christine, je ne me limite pas que sur le plan sexuel.  C’est juste que, de la façon dont notre relation évoluait, il me semble que j’étais en droit de m’attendre à vivre certaines choses avec elle à partir du moment où nous sommes devenus amants. Comme être complices, aller au cinéma, assister à des spectacles, sortir dans les bars…  Bref, avoir une relation intéressante et excitante.  À date, notre seule sortie, si on ne compte pas notre visite fiasco-esque au motel hier, c’est la fois de mon changement de look.  Deux heures dans lesquelles j’ai eu à dépenser le deux-tiers de ma paye tout en devant subir des remarques rabaissantes quasiment non-stop, avant, pendant et après mes achats.

« Est-ce que c’est si difficile que ça pour les filles, de rester respectueuses avec un gars, à partir du moment où elles ont une relation plus qu’amicale avec lui?  Ou bien est-ce qu’elles considèrent toutes que c’est normal de le traiter comme de la merde dès qu’elles lui mettent le grappin dessus en lui promettant leur entrecuisse?  Parce qu’à date, c’est pas mal ça que j’ai subi de toutes mes blondes. »

Bon, j’exagère.  Marie-France n’est pas comme ça et ne l’a jamais été.  Le problème, c’est que vivre une relation avec elle, c’est aussi excitant que de regarder du gazon pousser.
Quant au sexe avec elle, c’est assez moyen.  De plus, on n’a tellement rien en commun que parfois je me demande ce que je fais avec elle.  Je ne me pose jamais la question bien longtemps.

« Tu le sais bien ce que tu fais avec elle, allez!  Tu es en couple avec elle parce que tu ne trouveras jamais mieux. C’est une bonne fille, avec une tête sur les épaules, promise à un avenir brillant et prospère.  Elle est gentille, compréhensive, respectueuse, et en plus elle est très jolie. Alors trouver mieux?  Fuck, ce serait déjà un miracle que t’arrives à retrouver aussi bien pour commencer. »

Je passe en revue tout ce qui ne va pas dans ma vie jusqu’à maintenant.  Et le bilan est loin d’être joyeux.

« L’échec d’avoir une vie de couple excitante avec une fille intéressante, les promesses non-tenues qui m’ont privées de ce que l’on me devait, les boulots bien payés d’où on m’a expulsé, mes carrières artistiques avec Wow!, Sonic Steve et Les Films Chouinard qui furent tuées dans l’oeuf à cause de hasards hors de mon contrôle…  Je suppose qu’on va me dire « Au lieu de perdre ton temps sur des projets extraordinaires, tiens-toi-z-en à des choses qui sont à ta portée. »  Mais même quand je fais quelque chose d’aussi simple et banal que de sauver mes payes, le destin vient me chier dessus en me cassant une dent, ce qui a mangé tout l’argent que je m’étais accumulé pendant les trois premiers mois où j’ai travaillé au Dunkin. Et d’habitude, quand un gars se fait casser une dent d’en avant, c’est à cause d’une bagarre, d’un accident de sport, d’auto, de moto, de vélo.  Mais juste parce que c’est moi, je me casse une dent comment?  En buvant un Sprite!  JE PERDS CONNAISSANCE PARCE QUE J’AI BU UN SPRITE, CALICE!  Ce qui fait que quand on me demande comment j’ai perdu ma dent et que je le dis, on ne me croit pas.  On pense que je niaise, que je mens, que je suis con.  Au lieu de sympathies, je m’attire les sarcasmes, les railleries.  Et quand on me croit, on prend ses distances avec moi.  Normal: Personne ne veut prendre le risque de garder près de lui un loser pareil.  Ou, comme on m’a déjà dit: « Si tu te casses une dent rien qu’à boire un Sprite, y’arrive quoi quand tu manges une sandwich? Tes cheveux prennent feu? »  

Je dois me rendre à l’évidence: Je suis né loser et je vais rester loser.  Toute tentative pour essayer d’améliorer mon sort, tous les efforts que je ferai dans le but d’y remédier, ne fera jamais rien d’autre que de rendre ma situation encore plus pénible.  Je dois me résigner au fait que ma vie professionnelle et monétaire ne sera jamais plus qu’une petite job minable au salaire minimum dont l’argent va s’évaporer, et ce que je le dépense moi-même ou non Et je dois également me résigner à devoir passer ma vie en couple avec une fille ennuyante, avec qui je serai coincé à vie lorsque je lui ferai 2,3 enfants.

« De la façon dont ma vie se déroule, je suppose que je devrais être reconnaissant d’avoir une job et une blonde pour commencer. »

Déprimé comme je ne crois pas l’avoir déjà été jusque là, je grimpe les cinq marches qui mènent à la porte avant.  Je sors ma clé, ouvre la porte et entre.

« Bonjour mon chéri! »

Ah, tiens?  D’habitude, Marie-France dort à cette heure-là.  Vêtue de son peignoir, elle s’approche et m’embrasse. Je dis:

« Tu es matinale aujourd’hui. »
« J’ai fait des rêves, hum… disons un peu spéciaux, ce matin.  Ça a contribué à me réveiller et à m’éveiller, si tu vois ce que je veux dire. »

Je comprends parfaitement.  Hélas, avec la tempête émotionnelle que je vis présentement, je n’ai pas vraiment la tête à ça.  Je me distance de ses câlins et avance vers l’escalier qui mène aux chambres à l’étage, là où dorment encore sa mère et son frère.

« Chuis désolé, Marie-France, mais je suis vraiment très fatigué en ce moment. »

Elle est déçue, mais surtout surprise.  Il y a de quoi.  Depuis qu’elle me connait, j’ai toujours eu une libido beaucoup plus forte que la sienne.  Si j’en crois ma propre mémoire, c’est bien la première fois que je refuse du sexe.

« Ben là!  Pour une fois que c’est moi qui en a envie. »

Je me suis peut-être résigné à passer ma vie avec elle, ça ne me plait pas pour autant.  Aussi, ma mauvaise humeur prend sa phrase comme une attaque personnelle qui m’insulte et me révolte. Je m’arrête, je me retourne vers elle, et je lui dis:

« Comment ça s’fait que quand une fille dit non, c’est normal et il faut respecter son refus sans protester…  Mais que quand c’est un gars qui dit non, c’est anormal et ça dérange? Hm? »

Sur ce, je monte les escaliers sans un regard vers Marie-France qui, sous le choc de ma cinglante réplique, garde le silence.  Je suppose que mes paroles démontrent que je suis plus frustré que je le croyais du comportement de Christine au motel la veille.  Je n’aurais pas dû lui répondre ça, et encore moins sur ce ton.  Mais tant pis!  Premièrement, il y a le fait qu’en principe, j’ai raison.  Et ensuite, je suis bien désolé mais j’ai juste envie d’aller me coucher, histoire que cette journée de merde finisse au plus sacrant.

Je me déshabille promptement et je me couche.  Quand je pense à Christine… Quelle amante elle fut. On ne s’est jamais touchés. On ne s’est même jamais embrassés. C’était vraiment n’importe quoi.  Avant de fermer les yeux, j’ai cette dernière pensée:

« Je dois bien être le seul gars au monde qui a réussi le tour de force d’avoir une amante pendant trois semaines, tout en restant fidèle à ma blonde. »

FIN

Christine, 6e partie: In rosam veritas

Au Dunkin où je travaille, une journée de vingt-quatre heures est divisée en trois quart de travail de huit heures pour les pâtissiers, et de quatre quarts de six heures pour les caissières.  Aussi, durant les deux premières heures de mon shift, c’est avec une certaine appréhension que je vois minuit arriver, ce qui est l’heure à laquelle Christine commence à travailler.  Avec ce que l’on a vécu au motel douze heures plus tôt, il faut s’attendre à ce que les choses soient, disons, gênantes entre nous.

« Remarque, ça doit être cent fois pire pour elle.  Car après tout, elle aurait beau faire semblant, elle ne peut pas nier que c’est elle et non moi qui suis dans le tort dans cette histoire-là.  Avec elle, j’ai toujours eu un comportement irréprochable, elle ne peut pas dire le contraire. »

C’est à ce moment que Christine fait son entrée dans la cuisine.  Elle est toute souriante et a à la main une rose blanche à laquelle est attachée une carte avec un petit ruban rouge.  En me voyant, elle dit:

« Bonjour, Monsieur. »

Je suis surpris et ravi de son attitude.  Je lui répond:

« Bonjour à toi aussi, et pour une fois ce n’est pas sarcastique. »
« Tiens, c’est pour toi, en toute sincérité. »

Elle me tend la rose tout en souriant.  Voilà un geste auquel je ne m’attendais pas.  Ça m’a tout l’air qu’elle cherche à se faire pardonner pour son comportement de ce matin.  J’apprécie!  Mais encore quelque peu frustré de son attitude au motel, j’aimerais quand même l’entendre de sa bouche.  Un caprice comme ça.

« Wow!  Une rose blanche, symbole de pureté.  Merci!  En c’est quel honneur, cette rose? »
« Lis la carte! »

Soit!  Elle y a mis du temps et de l’effort, jouons son jeu selon ses règles.  J’ouvre la carte. Je lis.

« En l’honneur de la plus belle menterie que l’on m’ait fait gober de toute ma vie.  Sincèrement! Christine. »

La face me tombe.  Je la redresse légèrement en regardant le visage souriant de Christine, sans être sûr de comprendre.  Elle dit:

« Durant l’après-midi, j’ai voulu t’appeler chez vous.  Sauf que tu m’as jamais donné ton numéro de téléphone.  Fa que j’ai appelé ici pour que Stéphane me le donne.  Il ne savait même pas que t’avais déménagé, mais il m’a donné le numéro de chez Marie-France.  Je l’ai appelé pour lui demander ton nouveau numéro. »

Oh shit!

« C’est un jeune gars qui m’a répondu qu’il ne comprenait pas ce que je voulais dire, parce que non seulement t’avais jamais déménagé, il m’a dit que t’étais là et que tu dormais. »

Oh shit!

« Alors, félicitations!  Tu m’as vraiment eue sur toute la ligne, avec ton histoire de p’tite madame brigadière.  T’es vraiment un maître dans l’art de savoir quoi dire pour rendre crédible les menteries les plus grossières. Moi qui suis la plus méfiante des filles, chus tombée dans le panneau à 100%.  Ça mérite mon plus sincère Bravo! »

Sur ce, elle me salue bien bas avec une courbette.  Puis, elle tourne les talons et part s’enfermer aux toilettes pour enfiler son uniforme de travail.  Dès que j’entends la poignée se verrouiller, je ne peux m’empêcher de murmurer:

« Bon eh bien voilà!  Si j’avais encore un doute sur la fin de notre statut d’amants, ceci vient de me les enlever pour de bon.  Maintenant, Christine sait que je sors encore avec Marie-France et que je n’ai jamais… »

Attend une minute!  Christine ne m’a jamais dit qu’elle savait que j’étais encore AVEC elle.  Elle a seulement dit qu’elle savait que j’étais encore CHEZ elle. Et à voir comment Christine réagit, si elle avait su que j’étais toujours en couple avec Marie-France, elle m’aurait certainement apostrophé sur le sujet. Voilà qui fait toute la différence.  Parce que s’il me serait impossible de justifier ma tentative de bigamie, je peux néanmoins me défendre de m’être abstenu de déménager.  Je retourne travailler à mes beignes tandis que mon cerveau travaille à toute vitesse à une défense contre l’attaque que Christine ne manquera certainement pas de me lancer à son retour.

Comme de fait, trois minutes plus tard, voilà une Christine dans son uniforme et son tablier à motifs d’arbres à beignes qui vient me rejoindre.  Penché comme je le suis à ma table de travail, je lui tourne le dos.  Elle s’approche de moi. Toujours aussi ironique et sarcastique, elle revient à la charge.

« Quand je pense à ton « J’aimerais ça que tu viennes visiter l’appartement avec moi! » pour endormir mes soupçons…  Méchant beau coup de bluff, ça!  Sinon, est-ce que t’as d’autres belles menteries de ce genre-là à me raconter? »
« Certainement! »
« Comme quoi, par exemple? »
« Vite de même, je dirais… « Oh, Steve, je manque tellement de sexe en ce moment, est-ce que tu voudrais être mon amant? »

Je me retourne lentement vers elle, en précisant:

« Oups, non, s’cuse!  Elle n’était pas de moi, celle-là! »
« Pense pas que tu peux détourner la conversation en… »
« Tout ce que je veux, c’est un gars avec qui avoir une relation d’amitié, avec du sexe à l’occasion. »… Ah non, s’cuse, celle-là aussi venait de toi. »
« Bon, t’as-tu fini, là? »
« Tu veux baiser? On va baiser … Tu peux me pénétrer! … MERCI POUR LA BAISE! »  Veux-tu que j’en cite d’autres, des menteries qui se sont dites entre nous deux depuis le tout premier jour? Ou bien est-ce que je peux m’arrêter là? »

Christine pousse un soupir, détournant légèrement la tête et le regard.  Je poursuis:

« Ouais! T’as raison! J’ai menti!  Mais moi, au moins, ma menterie, c’était pas dans le but de te niaiser en te faisant faussement accroire pendant trois semaines que j’avais envie de toi.  C’était pour me protéger. »
« Te protéger? »
« Y’a deux semaines, tu m’as fait dépenser deux-cent piasses de linge.  Je pensais que tu serais satisfaite.  Ben non, après ça tu disais que j’avais l’air d’un poseur.  Et tout de suite après ça, tu exiges que je parte en appartement, sous des promesses vides de relations sexuelles.  Heille, j’ai un salaire de Dunkin, moi.  Chus pas riche.  T’es bien placée pour le savoir, ce qu’on gagne.  Si t’étais même pas satisfaite après que j’ai dépensé pour toi deux cent piasses de linge, je ne voyais pas en quoi me ruiner à payer un appartement, l’électricité et le téléphone, ça allait améliorer les choses.  Et aujourd’hui, deux semaines après mon supposé déménagement, on n’a pas plus de sexe qu’avant que tu me demande d’être ton amant.  Alors, est-ce que j’ai eu raison, oui ou non, de penser que ce serait une dépense inutile, l’appartement, hm? »

Christine ne dit rien.  Je continue.

« Demander!  Exiger!  Depuis qu’on est supposément amant, c’est tout ce que tu sais faire: « Coupe-toi les cheveux!  Change de linge! Achète un sac à dos!  Ne le porte pas à ton dos! Écoute de la musique punk! Porte des bottes! Va friper ton linge! Va maganer tes bottes!  Déménage!  Paye ci! Paye ça! »  Pis moi là-dedans, depuis qu’on se connait, est-ce que je t’ai déjà demandé quoi que ce soit?  Est-ce que j’ai déjà eu la moindre exigence envers toi? Hm?  Au contraire, je n’en ai eu aucune.  Zéro!  Heille, je ne t’ai même pas demandé le sexe que tu me promets depuis trois semaines.  La preuve, c’est que c’est toi-même, hier, qui a amené le sujet, en me demandant si j’étais frustré de ne pas t’avoir baisé.  Si t’as été obligé de me poser la question pour le savoir, c’est bien la preuve que je ne t’ai jamais rien demandé, non? »

Son regard revient vers moi.  Je peux voir comme un air de regret sur son visage.  Calmement, elle me répond:

« Ben là, c’est parce que tout le monde sait qu’un gars ça frustre quand ça n’a pas son nanane… »
« JUSTEMENT!  T’avais la chance de fréquenter un gars qu’y’é pas d’même! Moi je prends ça avec calme, tout en étant patient et compréhensif.  ‘Me semble que tu devrais être reconnaissante que j’sois pas l’genre de gars à te mettre de la pression pour fourrer.  Mais non, tu fais quoi, toi, à la place?  Tu CHERCHES à me frustrer.  Tu M’ACCUSES d’être frustré.  Autrement dit, tu VEUX que je sois frustré.  Ben tu sais quoi?  T’as réussi!  Je SUIS frustré.  Pas à cause que j’ai jamais couché avec toi.  Mais bien parce que, peu importe ce que je te dis pour te rassurer comme quoi je suis tolérant et compréhensif, tu me crie FRUSTRE PAS, ESTIE!  Tu mets tellement d’efforts à décider toi-même de ce que je devrais être, que t’en a rien à chier de ce que je suis vraiment. »

Je me retourne vers ma table de travail en concluant:

« Je ne connais rien de tes relations avec les gars que tu as connu avant moi, mais de la façon dont tu te comportes en matière d’intimité, ça n’a pas dû être rose.  Sauf que t’as beau essayer de faire comme si j’étais comme eux-autres, je ne suis pas eux et je ne le serai jamais.  Je suis MOI!  Et MOI, je n’ai pas d’affaire à payer pour ce que EUX t’ont fait subir. »

À peine ais-je terminé ma harangue qu’une des filles à la caisse entre dans la cuisine et rappelle Christine à l’ordre.

« Christine? Tu viens-tu? »
« J’arrive! »

Et elle part à l’avant, rejoindre les autres caissières.  Aussi bien.  Je ne vois pas ce que l’on aurait pu se dire de plus après ça.  Pendant un instant, je regrette de l’avoir humilié ainsi, en lui remettant ses travers en pleine face.  Puis, je regarde la rose et la carte qui trainent sur ma table de travail.  Une rose et une carte achetées dans le but de m’humilier en me remettant mes travers en pleine face.  Ceci dissout instantanément tout sentiment de regret que j’ai pu avoir.

« Fuck it! Elle l’a bien cherché! »

Il n’y a rien comme trouver une bonne raison de remettre quelqu’un à sa place pour oublier nos propres travers.

À SUIVRE