40 signes pour détecter d’avance une personne conflictuodépendante

On m’a fait constater qu’il y a une faille dans la conclusion d’un de mes billet au sujet de la conflictuodépendance. Dans celui-ci, je dis qu’il faut se tenir loin de ces gens.  Or, dès qu’ils nous font passer à travers les dix étapes démontrant qu’ils le sont, ça nous amène à ça de toute façon. Et rendu-là, il est trop tard, le dommage est fait. La question est donc : Comment les reconnaître afin de pouvoir s’en éloigner avant que ça en arrive là? Je vous ai préparé une liste des comportements les plus communs que j’ai pu observer chez les six personnes conflictuodépendantes que j’ai eu le malheur de côtoyer dans ma vie.

L’an dernier, j’ai posté ici ce que j’appelle Le Questionnaire Landru, qui est une liste de comportements servant à déterminer si vous êtes en couple avec une personne vous faisant subir manipulation et violence domestique.  La personne n’a pas besoin de poser tous les gestes listés pour en être coupable.  Mais plus grand est le nombre de situations où on la reconnait, et plus grande est la preuve qu’elle l’est.  C’est pareil ici.

D’abord, petit rappel. Une personne conflictuodépendante manifeste cette personnalité lorsqu’elle passe à travers les dix étapes suivantes:

  • ÉTAPE 1: Cherche la querelle à une personne calme et sans histoire.
  • ÉTAPE 2: Le motif utilisé pour démarrer les hostilités est tellement anodin qu’il en est insignifiant.
  • ÉTAPE 3: Devant le refus de l’autre à entrer dans le conflit, insiste.
  • ÉTAPE 4: Envoie des accusations farfelues en prétendant connaître les motivations cachées de l’autre.
  • ÉTAPE 5: Accuse mensongèrement l’autre de quelque chose dont il est lui-même coupable et/ou honteux.
  • ÉTAPE 6: Manipule l’autre à l’attaquer sur ce point faible et/ou honteux.
  • ÉTAPE 7: Se victimise en se plaignant comme quoi l’autre l’a l’attaqué sur ce point faible et/ou honteux.
  • ÉTAPE 8: Fuit le conflit qu’il a lui-même créé.
  • ÉTAPE 9: Cherche à rallier leur entourage commun contre l’autre.
  • ÉTAPE 10: Cherche à rendre l’autre coupable de s’être défendu, et (s’il le peut) le punit pour l’avoir fait.

Et c’est pour détecter ce genre de personne, afin de mieux s’en tenir éloigné, que je vous donne aujourd’hui 40 signes qui ne trompent pas.

Tout d’abord, le plus important lorsque vous commencez à lier une nouvelle amitié, c’est de garder votre relation entre vous.  En ne l’amenant pas tout de suite dans votre cercle social, ça vous permettra de prendre le temps de la connaitre.  Il ne faut jamais oublier qu’au début de la relation, une personne va faire l’effort de se montrer sous son meilleur jour.  Avec les semaines et les mois, elle se sentira de plus en plus à l’aise et se montrera ainsi sous son visage véritable.  Et ce qu’il y a de bien de nos jours, c’est qu’avec Facebook, il est très facile de voir comment elle se comporte autant avec les autres qu’avec vous.  Voici donc les signes desquels il faut être à l’affut afin de déterminer si la personne est ou non conflictuodépendante.

1) À l’entendre, sa vie est une longue suite d’expériences négatives causées par des imbéciles et des abuseurs.
Si elle est introvertie, on peut comprendre que les gens prennent sa timidité pour de la soumission, ce qui attire en effet les abuseurs.  Mais si elle se montre au contraire extravertie et dynamique, méfiance. 

2) Tout est prétexte à comparaison en sa faveur.
Pour elle, il n’existe que deux manière de faire les choses: De sa façon, ou bien de la mauvaise façon.

3) Tout est prétexte à compétition en sa faveur.
Tout ce que tu as, elle a mieux.
Tout ce que tu fais, elle le fait mieux.
Tout ce que tu sais, elle le sait mieux.
Tout ce que tu dis, elle trouve à redire.

4) A très peu, sinon pas du tout, de tolérance pour les goûts différents des siens.
Tu aimes une série télé qu’elle n’aime pas? Alors tu as mauvais goût.
Tu n’aimes pas une série qu’elle aime? Tu n’as pas de goût.
Tu n’aimes pas quelque chose qu’elle et 98% de la population aiment? Tu es snob.
Elle n’aime pas quelque chose que toi et 98% de la population aiment? Tu es un mouton.
S’applique également au cinéma, aux arts, à la musique, la nourriture, les vêtements, les passe-temps, etc.

4) Et inversement, va te rabaisser sur les goûts que vous avez en commun.
Lorsqu’elle aime quelque chose, son esprit de compétition fait qu’elle pousse la chose à la limite du fanatisme.  Ainsi, ne va surtout pas lui dire que tu aimes une série télé qu’elle apprécie également.  Elle va alors te poser 8624 questions-tests, pour en arriver à un jugement sans appel: Comment peux-tu prétendre être une fan d’une série télé si tu ne connais pas la biographie exhaustive des 27 acteurs de la série ainsi que de leurs 27 personnages, des auteurs de la série, de la maison de production, ni être abonnée à chacune de leurs pages officielles?  ARRÊTE DE FARE SEMBLANT QUE TU ES UNE
VRAIE FAN, ESPÈCE DE POSEUSE. S’applique également au cinéma, aux arts, à la musique, la nourriture, les vêtements, les passe-temps, etc.

6) A une curieuse tendance à prendre personnel toute opinion différente de la sienne. 
Même si l’autre la respecte dans ses opinions, elle prend la divergence de celle de l’autre comme une attaque contre la sienne, et n’aura de cesse d’essayer de le convaincre qu’il a tort.  S’il reste sur ses positions, il doit s’attendre à des remarques condescendantes et/ou des insultes, si ce n’est pas de l’auto-victimisation en passant des commentaires du style de: « Ok, j’ai compris ton point de vue: C’est moi qui est conne de penser ça.  Merci bien! »

7) Elle est prudente.  Tu es parano.
C’est comme ça qu’elle voit la chose: Si elle se méfie de toi, elle est prudente.  Mais si tu te méfies d’elle, alors tu es parano.

8) Utilise beaucoup plus le moi que le je lorsqu’elle se compare avantageusement.
Moi, j’aime mieux…  Moi, je sais que…  Moi, j’ai…  Tandis que Moi…  Heureusement que Moi… Selon Moi… Parce que Moi… Je ne suis pas comme ça, Moi!

9) S’exprime de façon vague, pour pouvoir ensuite accuser l’autre de n’avoir rien compris.
Ce qui lui permet d’établir que l’autre n’est pas très intelligent et/ou qu’il est susceptible. 

10) Prend très mal le rejet.
Elle va quotidiennement casser les oreilles de tout son entourage comme quoi le gars sur qui elle a l’oeil depuis les 97 dernières semaine est le plus parfait spécimen d’être humain au monde, doux, gentil, intelligent, sans le moindre défaut.  Mais dès qu’il se montrera clairement non-intéréssé à elle, soudainement il sera con, superficiel, imbécile, rabaissant, hypocrite, immature, agressif, violent, pédosadozoophile…  Elle a également tendance à inverser les rôles au sujet de qui rejette qui.  Par exemple, il n’est pas rare qu’elle passe des années, voire des décennies, à suivre sur le net les moindres mouvements d’une personne qui a rejeté ses avances, tout en disant à tous que c’est lui qui la harcèle, qu’il est obsédé par elle, et qu’il a mal pris qu’elle lui ait dit non.  Ou quand elle tente d’avoir un boulot mais ne l’obtient pas, elle dira plutôt qu’ils ont tenté de la recruter mais qu’elle a refusé car cette compagnie n’est qu’une bande de [insérer défauts fantaisistes quelconques]

11) Trouve toujours à redire contre tes possessions.
Automobile, télévision, ordinateur, cellulaire, peu importe, elle se fera grand plaisir de te donner un commentaire aussi négatif que non-sollicité.  Ou bien tu l’as payé trop cher, ou bien c’est de la merde, ou bien c’est une vieillerie préhistorique, quand ce n’est pas carrément affirmer que « T’as pas besoin de ça! »

12) Se répète dans ses affronts.
L’exemple précédent n’arrivera pas qu’une fois.  Dès qu’elle aura décidé de te faire des remarques négative sur une de tes possessions, elle te les répètera à chaque fois qu’elle verra cet objet.

13) Insulte sans retenue en appelant la chose humour et sarcasme.
Si on lui fait remarquer que ses paroles sont blessantes, elle s’en défendra comme quoi ce n’était qu’une blague et que vous êtes décidément susceptibles.  Mais voilà, en disant ceci, elle ne fait que confirmer que ce qui la fait rire, c’est de blesser les autres.

14) Se vante que son usage constant d’ironie et de sarcasme est un signe d’intelligence supérieure.
Comme le démontrent certaines études sur le sujet, ce n’est pas faux. L’ironie et le sarcasme sont des exercices intellectuels.  Plus on pratique son intellect, plus il se développe.  Or, considérez ceci: De tous les sujets possibles sur lesquels faire travailler son cerveau pour l’amener à des niveaux supérieurs, elle a choisi de mettre ses efforts dans l’art d’insulter autrui.  Voilà qui en dit long sur sa personnalité, surtout si elle trouve qu’il y a de quoi s’en vanter.

– Au téléphone avec la seule personne capable de l’endurer à long terme: sa mère.

15) Jamais repentante, toujours furieuse.
Si tu oses lui dire qu’elle t’a blessé, insulté ou causé du tort, jamais elle ne va s’excuser ni être compréhensive.  Au contraire, ça va la plonger dans une grosse colère.  Et ça c’est parce que…:

16) C’est toujours la faute des autres.
Tu es insultée de sa remarque? Ce n’est pas elle qui est insultante, mais toi qui est susceptible.
Tu ne comprends pas ses sous-entendus?  Ce n’est pas elle qui manque de clarté, mais toi qui manque d’intelligence.
Elle a brisé une de tes possession?  Ce n’est pas elle qui est maladroite, mais toi qui a acheté de la mauvaise qualité.
Elle te fais la leçon? Ce n’est pas elle qui est condescendante, mais toi qui est stupide.
Elle te gifle? Ce n’est pas elle qui est violente, mais toi qui l’a provoquée.

17) Intervient souvent de façon à ternir publiquement l’image d’autrui.
Soit en démontrant (de façon pertinente ou non) qu’il est dans l’erreur, soit en comparant ce qu’il vient de dire/faire à quelque chose qu’il a dit/fait par le passé, afin de démontrer qu’il se contredit, est menteur, malhonnête, a mauvaise mémoire, etc. Non pas lors d’une dispute, non pas contre un ennemi, mais bien à son entourage, gratuitement, comme ça, pour le plaisir de leur faire perdre la face.

18) Attaque ceux à qui elle demande de l’aide.
Exemple vécu: Une amie vient chez moi chercher un peu de réconfort moral car rien ne va plus dans sa vie amoureuse. On en discute au salon. Au milieu de ses confidences, elle prend une pause pour me dire que mon divan est laid.  Puis elle reprend son récit en s’attendant toujours à de la compassion de ma part.

19) Attaque ceux qui lui demandent de l’aide.
Posez-lui une question, demandez-lui un renseignement. Son premier réflexe ne sera pas d’y répondre.  Elle va plutôt se montrer très intéressée du fait que vous l’ignorez.  Elle vous servira alors du:

  • Hein?  Tu l’sais pas?
  • Comment ça s’fait / en quel honneur que tu ne le sais pas? 
  • C’est toi qui [insérer activité quelconque] pis tu sais même pas ça?
  • Même [insérer le nom d’une personnes non-impliquée et/ou non-qualifiée] le sait, franchement! » 
  • Ben là, c’est évident!
  • Ça se dit tout seul!
  • T’as pas appris ça? / On te l’as pourtant appris / On te l’a pourtant dit.
  • Quoi, tu sais pas utiliser Google?

Pour elle, montrer qu’elle sait, c’est important.  Mais montrer que vous ne savez pas, ÇA, c’est mille fois plus important.  D’ailleurs…

20) les seules connaissance importantes et acceptables sont les siennes.
Tu ne sais pas quelque chose qu’elle sait?  Alors tu es ignorante et inculte.
Tu sais quelque chose qu’elle ne sait pas?  Alors tu perds ton temps à t’intéresser à des niaiseries sans importances.

21) Utilise La Vérité comme excuse pour manquer de délicatesse et de respect.
Elle ne se gênera pas pour pointer tous les travers d’autrui, en rajoutant que « Ben là, c’est la vérité, c’est pas de ma faute à moi si elle n’est pas capable de l’assumer. » 

22) Elle fait dans le deux poids deux mesures.
Par contre, si toi tu oses lui dire une vérité négative, alors là, tu l’attaques sur ses points faibles par pure méchanceté, par frustration, par susceptibilité…

23) A beaucoup de difficulté à décrocher lorsqu’elle (croit qu’elle) a une bonne raison pour blâmer autrui.
Tu reconnais tes torts?  Ça ne lui suffit pas, tu dois t’excuser.
Tu lui fais tes excuses?  Ça ne lui suffit pas, tu dois ne jamais recommencer.
Tu lui dis que tu ne le feras plus?  Ça ne lui suffit pas, tu l’as déjà fait.
Tu la rassures que tu feras attention désormais?  Ça ne lui suffit pas, c’était avant qu’il fallait faire attention.

24) Souffre du syndrome de la pédanterie grammaticale. (VF de Grammar Nazi)
Enfin, souffre, c’est vite dit.  En fait souffrir les autres serait plus exact. Lorsque cette personne ressent le besoin de se montrer supérieure aux autres / de descendre les autres plus bas qu’elle, elle ne peut s’empêcher de sauter furieusement sur cette occasion légitime de démontrer à tous que c’est elle qui a raison. 


25) S’exaspère exagérément afin de démontrer que la stupidité d’autrui est pour elle un très lourd fardeau moral à supporter.
Voir l’exemple précédent.

26) Utilise très souvent les qualificatifs frustré et susceptible pour désigner autrui.
Vous constaterez assez rapidement qu’elle fait ça dix fois plus que n’importe qui, alors qu’elle n’est pourtant entourée que de gens doux et passifs. 

27) Accuse autrui de défauts que, étrangement, elle est la seule à voir en eux.
Demandez à ceux qu’elle traite régulièrement de susceptibles et de frustrés, ils vous confirmeront que personne à part elle ne dit ceci à leur sujet.

28) Fait dans la prophétie auto-réalisatrice.
 Souvent par combinaison des deux points précédents:  Commence par sous-entendre que c’est dans votre nature d’être un susceptible et un frustré.  Puis, vous envoie à répétition des accusations farfelues et des remarques rabaissantes, dans le but de vous piquer au vif, afin de vous fâcher, ce qui a pour but de prouver qu’elle avait raison de vous qualifier d’être un susceptible frustré.

29) Mord la main qui la nourrit.
Parents, professeurs, patrons, on pourrait croire qu’une personne de qui elle dépend puisse être à l’abri de ses attaques.  Au contraire, elle ne manque jamais une occasion de leur démontrer qu’elle vaut mieux qu’eux, ou du moins qu’ils ne valent pas mieux qu’elle.  Et si l’opportunité ne se présente pas, elle la créera elle-même.

30) A déjà perdu son emploi pour des motifs ridicules.
Lorsque l’on a le malheur d’avoir une personne conflictuodépendante en milieu de travail, nous sommes coincés avec elle huit heures par jour, cinq jours par semaine.  Éventuellement, à force de faire chier ses collègues et patrons avec ses remarques condescendantes, elle rend l’atmosphère de travail tellement désagréable que la direction saute sur la première excuse, aussi ridicule soit-elle, pour s’en débarrasser.  Ainsi, j’en ai déjà connu une qui s’est fait renvoyer pour « avoir volé des dépliants publicitaires. »

31) Possède une mentalité Celui qui le dit c’est lui qui l’est et pire que moi d’abord alors ta gueule.
On le voit rapidement dès qu’elle reçoit la moindre critique.

32) Son temps libre pour argumenter en ligne dépend de qui est cible de reproches.
Si elle a quelque chose à te reprocher, une remarque négative à t’envoyer, un procès moral à te faire subir, elle peut y consacrer des heures. Par contre, cite la moindre de ses failles, elle mettra aussitôt fin à la conversation avec un Bye!  Fin de conversation, du reste, qu’elle ne respectera pas plus de trente secondes, avant d’en rajouter une couche (ou douze) de répliques sur la défensive-offensive.

33) Passe beaucoup de temps à tenter de te convaincre de l’appuyer dans ses guerres contre autrui. 
Ai-je dit appuyer?  En fait, attends-toi plutôt à ce qu’elle te demande de te battre à sa place et en son nom, puisqu’elle est trop lâche pour prendre part aux conflits qu’elle provoque elle-même.  Elle ira même jusqu’à te dicter quoi dire à sa cible.  Et elle n’hésitera pas à exprimer que ton hésitation fait qu’elle met ton amitié en doute, histoire te mettre de la pression à prendre son parti.  D’ailleurs… :

34) Ou bien tu es avec elle, ou bien tu es contre elle.
Puisqu’elle croit qu’il est impossible qu’elle puisse avoir tort, elle considère que ceux qui veulent rester neutre le font par refus de reconnaître qu’elle a raison. Donc, à ses yeux, rester neutre est une manière passive de l’accuser d’avoir tort.  Et ça, c’est un affront qu’elle n’encaisse pas.  D’ailleurs…

35) Elle prévient/menace son entourage qu’elle peut être leur amie ou leur ennemie. 
Que ce soit sur Facebook, son blog ou bien sa fiche de présentation sur un site quelconque, elle ne manque pas de décrire la chose en ces termes:

  • « Je peux être ta meilleure amie ou bien ta pire ennemie. »
  • « Mon comportement avec toi dépendra de ton comportement avec moi. »
  • « Je serai ton rêve le plus doux ou ton pire cauchemar. »
  • Et toute autre variante voulant dire la même chose.
  • …En rajoutant parfois des « Il n’en tient qu’à toi. ». « C’est toi qui choisis. » « Ça va dépendre entièrement de toi. », « C’est toi qui vois. », etc.

36) Évidemment, on la voit souvent passer avec autrui les trois premières (au moins) des dix étapes de la conflictuodépendance:

  • ÉTAPE 1: Cherche la querelle à une personne calme et sans histoire.
  • ÉTAPE 2: Le motif utilisé pour démarrer les hostilités est tellement anodin qu’il en est insignifiant.
  • ÉTAPE 3: Devant le refus de l’autre à entrer dans le conflit, insiste.

Et à cause de ceci…

37) Ou bien elle agit en agresseur arrogant envers sa cible, ou bien elle essaye très fort de se faire passer comme étant victime de cette même cible. 
Si elle n’arrive pas détruire sa vie sociale, amoureuse et professionnelle, alors elle inversera les rôles en prétendant mensongèrement que l’inverse est arrivé.  Comme ça, elle pourra au moins détruire sa réputation.  Mais ne lui demandez surtout pas des preuves de ce qu’elle avance, elle vous fera une grosse colère parce que vous avez osé commettre l’affront de mettre sa parole en doute.  À ce moment-là, attendez-vous à devenir une cible de plus pour elle.
  

38) C’est une ArguMenteuse.
Quand elle veut rabaisser quelqu’un, elle ne se laisse pas arrêter par des concepts ridicules tels l’honnêteté, la logique ou bien la vérité.   Elle fait plutôt dans l’interprétation biaisée des gestes et paroles de sa cible, exagérations, fabulations, déformation des faits, et autres mensonges. Autant il est facile de démontrer que ses attaques ont zéro pertinence, autant c’est une perte de temps pour sa cible de le faire plus d’une fois. Parce que peu importe quelle preuve l’autre amènera pour se disculper, elle répliquera toujours avec d’autres interprétations biaisées de gestes et paroles de sa cible, exagérations, fabulations, déformation des faits, et autres mensonges.  Et malheur à vous si vous le lui faites remarquer, elle vous accusera en braillant de la rabaisser.

39) Elle trouve un côté négatif à tout ce qui te procure de la joie. 
Peu importe ce que tu as à annoncer, elle a toujours la question ou la remarque pour te faire redescendre de ton nuage.

40) Elle va toujours te faire une comparaison tordue pour te faire passer pour un/e imbécile. 
Même si ton erreur est aussi anodine que d’arroser deux fois une plante qui ne demandait qu’un arrosage, elle te sortira des sophismes du genre de « Ça, c’est aussi intelligent que de rajouter de l’essence dans le réservoir d’huile te ton auto parce que ton réservoir d’essence est plein! »  

Si vous avez gardé cette personne à l’écart de votre cercle social pour vos premiers six à douze mois de contacts et que durant ce laps de temps elle n’a eu occasionnellement qu’entre zéro et trois de ces quarante comportements (parce que personne n’est parfait, quand même), vous pouvez la garder près de vous et la mêler à vos autres amis sans craindre quoi que ce soit.   Mais plus elle accumule de ces comportements, et mieux vaut accumuler la distance avec cette personne.

L’inutilité de laisser sa chance à une conflictuodépendante

Sérieusement, si vous avez une personne conflictuodépendante dans votre vie, éloignez vous-en au plus vite.  Ne croyez pas que vous êtes à l’abri de ses attaques.  Tôt ou tard, elle vous prendra pour cible.  Vous y laisserez votre amour-propre, votre respect de soi, et fort probablement votre vie sociale.  Depuis Geneviève la coloc de l’enfer, j’ai stupidement cru qu’une telle personne ne pouvait nous affecter que si on avait commis l’erreur de s’être mis en couple avec.  J’ai hélas appris à la dure que même une relation d’amitié pouvait nous exposer aux conséquences désagréables de ceux qui ont une telle personnalité.

D’actualité? Depuis quand est-ce que les gens se limitent à ne se déguiser qu’en ce qui est actuel? Dracula est-il actuel? Un clown est-il actuel? Pourtant il y a toujours plein de gens déguisés en Dracula et en clown à chaque année. Je ne vois pas la pertinence de son commentaire.

Pourtant, d’habitude, Maryse utilise des arguments logiques. En fait, les seuls moments où elle dit n’importe quoi publiquement sur le mur de Facebook de quelqu’un, c’est lorsque son besoin de se prouver supérieure à autrui est si grand qu’elle se fout de la logique de ses arguments, pourvu que ça puisse l’amener à descendre son interlocuteur. C’est ce qu’elle avait fait avec son neveu, si vous vous rappelez.

Est-ce qu’elle aurait décidé ce jour-là de me prendre pour cible dans ce but?  J’espère sincèrement que non.

Vous qui lisez ceci en ce moment, Je pense ne pas me tromper en affirmant que si quelqu’un vous dit « Visage de cadavre à la Tim Burton », à moins que vous proveniez d’une culture très différente de la mienne, les deux premières images qui vont vous venir en tête seront Monsieur Jack de L’Étrange Noël de Monsieur Jack et la mariée cadavérique du film du même nom au Québec, connu en Europe sous Les Noces Funèbres.

Euh… Une fille comme elle, grande fan de tout ce qui est Tim Burton, prétendre ne pas comprendre ce que je veux dire? C’est impossible! Je ne veux pas sauter aux conclusions mais je pense qu’elle cherche vraiment à m’humilier publiquement. C’est la seule raison logique pourquoi elle ferait semblant de ne pas comprendre. Je vais essayer de lui dire un truc démontrant qu’il m’est impossible de répondre à sa question. Avec un peu de chance, ça finira sur cette impasse et on pourra passer à autre chose.

Oh shit! Elle veut comprendre MA définition de Tim Burton. Voilà une phrase qui ressemble beaucoup trop à « Je cherche à t’amener à me donner une opportunité de démontrer publiquement que tu dis n’importe quoi. »  C’est le genre de piège grossier que les gens réservent pour ceux qu’ils méprisent.

Et elle insiste. 😦 Très bien alors!  Une seule façon de connaître ses intentions véritables : Étirer la sauce en faisant semblant moi aussi de ne pas comprendre. Si elle s’explique clairement, alors je me trompe sur son compte et c’est tant mieux. Mais si j’ai raison, alors elle va insister pour rester vague jusqu’à ce que je lui donne ce qu’elle veut de moi, c’est à dire une excuse pour me descendre publiquement. Passons-lui le test : Je vais lui demander pourquoi elle me pose cette question.

Bon! Ça ne peut pas être plus clair. Si ses intentions étaient de me rendre service en me renseignant, elle le ferait. Mais là, de son propre aveu, elle cherche à me faire passer un test, pour ensuite me juger sur ma réponse. Et puisqu’elle garde le silence sur ce qu’elle considère être la bonne réponse, ça signifie qu’elle attend de savoir ce que je vais dire pour être sûre de pouvoir trouver à contredire. D’un côté je veux éviter la confrontation. Mais d’un autre, je ne veux pas non plus accepter passivement de me faire humilier publiquement, surtout par quelqu’un qui se prétend mon amie.

Si je garde le silence, elle va revenir me harceler pour celui-ci. Si je lui réponds que je vois clair dans son jeu, elle va me traiter de susceptible. Et quoi que je réponde, elle aura une réplique qui aura comme but de démontrer que je suis dans l’erreur. Ce n’est pas de la parano, je l’ai vu faire ça tellement souvent par le passé avec d’autres. C’est la raison pour laquelle ça fait plus d’un an que je me suis désabonné de son fil de nouvelles et que je ne commente plus rien de ce qu’elle écrit. J’en avais marre de la voir sans cesse provoquer la dispute avec tout le monde, incluant d’autres membres de sa propre famille.

Je suppose que je n’ai pas le choix. Histoire de ne pas avoir à lui donner « MA définition de Tim Burton », je vais aller chercher patiemment les images requises sur les albums photos de l’année dernière de mes amies FB qui arboraient de tels maquillages, et en faire un montage.

Alors c’est ça, son argument? Que le seul moment où on a le droit d’utiliser « face de cadavre à la Tim Burton » pour décrire un maquillage, c’est lorsque la personne investit un nombre incalculable de temps et d’argent dans un cosplay? Mais à part les fanatiques qui se transforment ainsi lors de conventions, qui donc, parmi le commun des mortels avec un horaire chargé, un travail, de l’école, des enfants, et surtout qui n’a pas toujours le physique approprié pour être le sosie parfait d’un personnage fictif, va vouloir/pouvoir y consacrer le temps que ça prendrait?  Et tout ça pourquoi, pour accompagner ses enfants pendant deux heures pendant leur tournée de bonbons, ou pour passer quatre heures maximum dans un party entre amis?  Personne ne s’investirait à ce point pour si peu.

Je pourrais lui faire part de cet argument, mais à quoi bon!?  Elle a eu de moi ce qu’elle voulait.  Elle s’est prouvé ce qu’elle avait à se prouver.  Elle est satisfaite.  Il ne me reste plus qu’à y mettre de la bonne volonté et de conclure avec grâce.

Et voilà, c’est terminé. Nous pouvons maintenant passer à autre cho-

Elle insiste!

Ok, là, je craque!  Cette manifestation supplémentaire de son mépris dépasse les bornes.

Pour mes lecteurs qui ne sont pas calés en culture américaine, ceci est le logo de The More You Know, une série éducative destinée aux enfants.  Voilà donc une superbement condescendante claque sur ma gueule de sa part malgré tous les efforts que j’ai mis pour l’éviter.  J’ai essayé de détourner le sujet! J’ai été patient! J’ai été raisonnable! J’ai collaboré! Je me suis plié de bonne grâce! Mais là, il y a des limites à se faire chier dessus.

Et voilà! C’était inévitable. Bon ben maintenant qu’elle a officiellement établi que je ne sais pas de quoi je parle, que j’ai l’âge mental d’un enfant et que je suis un susceptible, est-ce qu’il me reste encore quelque chose à perdre?


Ok, wow! Ou bien j’accepte ses insultes, ou bien je suis misogyne. Je sais qu’il y a des gens qui ont une haute estime de leurs propres opinions. Et moi le premier. Par contre, qu’une fille se croit tellement dans son droit de rabaisser un autre qu’elle considère que la seule raison pourquoi il se défend, c’est parce qu’il a des préjugés contre le sexe opposé? Je n’avais encore jamais vu ça.

Euh… En fait, je me trompe. J’ai déjà vécu ça avant, de la part de Geneviève la coloc de l’enfer. Je suis renversé de voir que deux personnes qui ne se sont jamais rencontrées ont pu, à quinze ans d’intervalle, me servir la même réplique sans pertinence.  À personnalités semblables, arguments sophistes semblables, faut croire. (C’est cet élément qui m’amènera à me pencher sur les raisons de ce comportement, ce qui m’amènera une semaine plus tard à découvrir le phénomène que je baptiserai conflictuodépendance.)

Et encore un argument accusateur à base de n’importe quoi. Elle sait parfaitement que tout ce qui est envoyé via Facebook reste archivé par Facebook. Je n’ai donc pas d’obsession à tout garder, contrairement à ce qu’elle prétend.  En tout cas, on reconnait bien là l’hypocrisie propre aux trolls: Faire tout pour frustrer autrui, pour ensuite le blâmer d’être frustré.

Mon premier réflexe en lisant ceci fut de vouloir lui demander pourquoi, lorsqu’elle attaque autrui, personne ne lui dit rien. Mais dès que l’une de ses victimes ose exposer son comportement désagréable, alors là, scandale! Puis je me suis ravisé. C’est que j’ai réalisé qu’avec ce commentaire qu’il m’a écrit, Dérek m’offrait l’opportunité de décrire le problème tel qu’il est :

« Et le combat cessa, faute de combattants. » (Pierre Corneille, Le Cid, Acte IV, Scène 3, Rodrigue.)  Je n’ai cependant pas pu résister à l’envie de conclure comme il se doit, en lui rendant son…:

J’avais à peine posté ce dernier commentaire qu’un message apparut dans ma boite, de la part d’une amie commune.  Je me serais attendu à des réprimandes.  Mais non:

S’en suivirent deux autres messages en provenance d’autres amis communs:

Cette dernière phrase me fait réfléchir.  Je me demande en quoi est-ce que ce serait une bonne chose qu’elle me pardonne?  Elle provoque le conflit, elle est condescendante, elle cherche toujours à descendre tout le monde. Il y a un an et demi, j’ai tenté d’en discuter avec elle en privé, sans succès. Elle ne peut donc pas se cacher derrière l’excuse comme quoi elle ignorait que ce comportement de sa part me déplait. Pourtant, elle vient de récidiver.  En quoi est-ce que quelqu’un qui agit de la sorte puisse être digne du titre d’ami?  C’est cette question qui m’a décidé, deux jours plus tard, à faire cette petite (?) modification à mon dernier commentaire:


Deux mois s’écoulent.  Ma conjointe décide de profiter de ses semaines de congé de l’université pour planifier la pendaison de crémaillère de notre condo à l’Ile-des-Soeurs.  On se choisit une date entre Noël et le jour de l’an, histoire de ne pas entrer en conflit d’horaire avec ceux qui fêtent en famille.  Je me charge de créer l’événement sur Facebook.  Notre dispute étant déjà de l’histoire ancienne dans ma tête, je cherche Maryse dans ma liste d’amis pour l’inviter.

… Pour réaliser qu’elle n’y est plus.  Elle m’a enlevé de ses contacts.

J’en parle à ma conjointe, et nous arrivons à la conclusion que nous voilà dans un vilain dilemme.  Si nous invitons tous nos amis communs incluant son Jules, il est évident qu’elle va le prendre furieusement personnel.  Quant à nos amis, à qui elle s’est tous plaint de notre dispute, ça va les mettre dans la très inconfortable position de devoir choisir entre accepter notre invitation à un party où elle ne sera pas, ou s’en abstenir pour ne pas la choquer.  Ce n’est pas ce que nous souhaitons leur faire.  Il a donc fallu se résigner à n’inviter que la poignée d’amis non-communs que nous avions.  Ce qui devait être une fête de vingt à trente personnes est devenu un simple souper à cinq.   Sa conflictuodépendance avait gâché notre soirée en particulier, et notre vie sociale en général.  Elle s’en lavera les mains, disant que c’était de notre responsabilité de se faire de nouveaux amis durant les deux mois dans lesquels nous ignorions qu’elle m’avait banni.

Les dix étapes de la conflictuodépendance.  Encore une fois, tout comme les autres personnes dont il a été question jusqu’ici dans cette série de billets, elle les a, elle aussi, toutes franchies:

ÉTAPE 1: Cherche la querelle à une personne calme et sans histoire.
Je ne fais qu’écrire un statut anodin sans rapport à elle.

ÉTAPE 2: Le motif utilisé pour démarrer les hostilités est tellement anodin qu’il en est insignifiant.
La définition de ce que devrait être « visage de cadavre à la Tim Burton ».

ÉTAPE 3: Devant le refus de l’autre à entrer dans le conflit, insiste.
Mon refus de m’y prêter et son insistance sont ici très clairs.

ÉTAPE 4: Envoie des accusations farfelues en prétendant connaître les motivations cachées de l’autre.
Selon elle, si je n’aime pas me faire humilier publiquement, c’est parce que je suis un misogyne.

ÉTAPE 5, et celui-ci est non seulement le plus illogique de tous, c’est à partir de ce point que l’on voit qu’il s’agit de conflictuodépendance et non d’une simple querelle banale: Accuse mensongèrement l’autre de quelque chose dont il est lui-même coupable et/ou honteux.
Elle dit que j’attaque les autres dans le but de me donner une impression de supériorité, alors que c’est elle seule qui venait de passer une heure et douze minutes sur mon statut à ne faire que ça.

ÉTAPE 6: … et ainsi, consciemment ou non, manipule l’autre à l’attaquer sur ce point faible et/ou honteux.
Ce que je fis, deux fois: D’abord en exposant la fois où elle avait eu un comportement semblable avec son neveu.  Et ensuite dans la révision de mon dernier commentaire.

ÉTAPE 7: Se victimise en se plaignant comme quoi l’autre l’a l’attaqué sur ce point faible et/ou honteux.
Elle se présente en victime de ma susceptibilité, de ma frustration, de ma misogynie, du fait que je garde tout en archives pour faire des hosties de comeback…  Car en effet, puisqu’elle ne peut nier l’évidence publique de ses comportements désagréables, alors elle se plaint que je les expose.

ÉTAPE 8: Fuit le conflit qu’il/elle a lui/elle-même créé.
« Ok, ça suffit, j’me casse! »

ÉTAPE 9: Cherche à rallier leur entourage commun contre l’autre.
Encore une fois, quelques uns de nos amis communs nous ont en effet rapportés des plaintes qu’elle  leur faisait à mon sujet.

ÉTAPE 10: Cherche à rendre l’autre coupable de s’être défendu, et (s’il le peut) le punit pour l’avoir fait.
Les problèmes que ça cause au niveau de notre vie sociale, comme le démontre le gâchis de notre soirée planifiée.

Je conclus donc en vous rappelant de vous tenir aussi loin que possible de ces gens.  Parce qu’une fois que cette personne sentira qu’elle s’est incrustée assez dans votre vie pour vous laisser le choix entre accepter ses insultes ou bien ruiner votre réputation et votre vie sociale, elle le fera.  C’était vrai avec Geneviève la Coloc de l’Enfer il y a seize ans, et c’était encore vrai avec Maryse l’an dernier. 

Il n’y a pas que la charité bien ordonnée qui commence par soi-même. Le respect aussi.  Vous vous devez bien ça.

L’inutilité du dialogue avec une personne conflictuodépendante.

Il arrive parfois que les gens me disent « Si une personne X a un comportement aussi désagréable que tu le décris, pourquoi est-ce que tu ne lui en parles pas en privé, au lieu d’étaler ça sur ton blog? » Il est vrai que le dialogue est l’option la plus logique afin de régler un conflit. La preuve: Voici une capture d’écran non-retouchée d’un tel échange dans une situation où c’était moi le fautif.

Le contexte : Je fais partie d’un groupe privé facebookien nommé The Incorrect Humour Group, dans lequel on se permet de rire de sujets de mauvais goût. J’y ai posté une image dont l’humour douteux est à base de redhead shaming (humiliation des rouquins), une pratique popularisée par l’épisode 11 de la 9e saison de South Park. Une minute plus tard, je reçois un message privé de l’un des autres membres :


À quelques fautes de frappe près, vous venez d’assister à un excellent exemple de résolution de conflit tel que c’est supposé se passer :

  • Il me dit que j’ai fait un truc avec lequel il n’est pas à l’aise.
  • Je comprends son point.
  • Je vois que j’ai fait une erreur.
  • Je lui fais mes excuses.
  • Je me rétracte.
  • Il voit ma bonne foi et en est satisfait.
  • J’en tire une leçon grâce à laquelle je ne referai pas cette erreur dans l’avenir.

Et voilà! Tout le monde est poli, tout le monde comprends le point de vue de l’autre, tout le monde collabore, le tout se fait en privé, et le problème est réglé maintenant et jusqu’à l’heure de notre mort, amen!   Et regardez l’heure de nos échanges.  De 21:55 à 22:03.  Le tout a été résolu en huit minutes.

Si la situation s’est réglée aussi facilement, c’est que ni lui ni moi ne sommes des personnes conflictuodépendantes. Parce qu’à partir du moment où l’un des deux l’est, c’est plus long, c’est plus pénible, et ça ne résout rien. Ce qui suit se base sur une discussion réelle dans laquelle j’ai tenté d’ouvrir le dialogue avec une conflictuodépendante au sujet de son comportement pénible.  Pour l’afficher ici, j’ai non seulement changé l’identité de la personne, j’ai dû fortement tronquer le texte sinon on y passait la journée.




M’ouais…

  • Je lui dis qu’elle fait un truc avec lequel je ne suis pas à l’aise.
  • Elle nie, me blâme et se victimise.
  • J’explique plus clairement.
  • Elle nie et me blâme.
  • Voyant que ça ne mène à rien, je lui fais mes excuses et termine la conversation.
  • Elle me blâme.
  • Je lui fais mes excuses et termine la conversation.
  • Elle insiste pour continuer à me blâmer.
  • Je me réexplique.
  • Elle me blâme, se victimise et ment.
  • Je lui pointe comme quoi elle ment.
  • Elle me blâme d’en rajouter alors que c’est elle qui ne cesse d’insister après que je lui ai dit par deux fois que c’était terminé, se victimise, et fuit.

Ainsi, le problème reste non-réglé et se reproduira dans l’avenir. Et ça ne parait pas ici puisque c’est une reproduction et qu’elle est très abrégée, mais cet échange a commencé un peu avant minuit et s’est terminé à 7:22 le matin suivant.  On est loin du huit minutes de mon premier exemple.  Et dans les quarante-huit heures qui suivirent, quatre personnes m’ont fait savoir qu’elle avait partagé notre échange avec eux.  Voilà pour le côté « on règle ça en privé ».  Mais bon, ce n’est pas pour rien que la 9e des dix étape de la conflictuodépendance est: Cherche à rallier leur entourage commun contre l’autre.

Une conflictuodépendante n’agit pas comme telle qu’avec une seule personne.  Tôt ou tard, tous les gens constituant son entourage font les frais de sa personnalité.  Aussi, il est inévitable qu’avec le temps, elle reçoive de plus en plus de commentaires au sujet de son comportement désagréable et/ou que le nombre de gens avec qui elle se met en froid augmente.   Éventuellement, même si elle continue d’essayer de se le nier à elle-même, il est impossible qu’elle ne s’en rende pas compte. Dans ce temps-là, il se produit parfois un miracle: Elle donne l’impression qu’elle puisse être prête à avoir l’esprit ouvert sur le sujet :


Et voilà pourquoi je dis qu’elle ne fait que donner l’impression d’avoir l’esprit ouvert.  Ce que la personne conflictuodépendante cherche vraiment à faire, ce n’est pas d’apprendre si son comportement est fautif. Et c’est encore moins de le corriger puisque le faire équivaudrait à s’admettre qu’il l’est, chose qu’elle refuse de s’avouer. Non, son but est plutôt de le nier car la réalité lui est trop difficile à accepter. C’est de blâmer la victime afin de s’innocenter elle-même.  C’est d’inverser les rôles agresseur/victime afin de s’approprier elle-même le statut de victime.  Tel que j’en ai déjà parlé dans le billet au sujet de sa tentative d’humilier son neveu, mettre la chose publique comme elle le fait, c’est chercher l’approbation des autres.  C’est désirer recevoir la confirmation comme quoi elle a raison. Bref, c’est avoir besoin d’être rassurée comme quoi elle est dans son droit de se croire supérieure. Ainsi, même si dix, cent ou mille personnes lui disent qu’elle est dans le tort, elle va les ignorer, en ne portant son attention que sur la seule et unique qui ne lui dira que ce qu’elle désire entendre.

Voilà pourquoi on peut classer les gens de son entourage en quatre catégories :

  1. Ceux qui la connaissent depuis peu et qui sont patient, croyant qu’elle ne fait que traverser une phase, en espérant qu’elle finisse par se calmer.
  2. Les victimes consentantes qui savent qu’elle est comme ça et qui acceptent son manque de respect et ses abus.
  3. Les lèche-cul qui ne sont là que pour lui dire qu’elle est belle, gentille et parfaite et que ce sont tous les autres qui sont dans le tort.
  4. Les membres de sa famille qui, à cause du statut familial, ont une obligation de l’endurer.

La conflictuodépendante bannira promptement de son cercle de fréquentations tous ceux qui n’entrent pas dans ces catégories.  Et ça, c’est s’ils ne s’en sont pas déjà éloignés de leur propre chef par écoeurement.

Je reviens à mon premier exemple, tout en haut de cet article, lorsque Louis-Sébastien m’a expliqué pourquoi il ne se sentait pas à l’aise avec mon gag de mauvais goût.  Je ne me suis pas caché derrière l’excuse comme quoi il est normal que ce genre de choses soit posté dans un groupe nommé Incorrect Humour, Je ne lui ai pas fait remarquer que si ça le dérange, personne ne l’oblige à rester.  Je ne l’ai pas attaqué en le qualifiant de susceptible. Et ne n’ai pas non plus été moi-même un susceptible insulté que l’on ose trouver à redire contre l’un de mes gestes. Quant à lui, après ma rétraction et mes excuses, il n’a pas non plus insisté comme quoi j’étais une personne irréfléchie.  Il s’est encore moins acharné à utiliser des arguments mensongers, et a encore moins conclus en se faisant passer pour pauvre victime de mon épouvantable méchanceté, contrairement à « Maryse Aubry ».

Essayer d’engager le dialogue avec une personne conflictuodépendante dans le but de régler un conflit, c’est une perte de temps. Parce que, comme le dit le mot, sa basse estime d’elle-même fait qu’elle est dépendante des conflits. Le conflit lui permet de rabaisser les autres plus bas qu’elle, ce qui est le seul moyen que son subconscient a trouvé pour lui procurer temporairement le sentiment de supériorité dont elle a tant besoin moralement pour (sur)vivre.  Dans de telles conditions, la dernière chose qu’elle veut entendre et surtout reconnaitre, c’est qu’en faisant ceci, elle a un comportement fautif.

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La capture d’écran du neveu humilié.
Wikipedia: Denialism.
Wikipedia: Blâmer la victime.
Journal du Net: Stop au processus d’auto-victimisation.
Les autres articles classés sous « La Conflictuodépendance ».

Se souvenir afin de pouvoir oublier

Lorsqu’il est question de consulter un psychologue, voici la première chose qui nous vient en tête :  Un vieux barbu binoclard et chauve dans son complet trois pièces de couleur brune, assis sur une chaise, les yeux vers le calepin sur lequel il prend des notes.  Un patient couché sur le dos sur un divan de cuir redressé à la tête, fixant vaguement le plafond.  Des bibliothèques pleines d’épais bouquins.  Les murs où sont encadrés des diplômes.  Une fenêtre, les rideaux tirés.  Et, pour compléter le tout, la phrase « Parlez-moi de votre enfance. »  

C’est à l’âge de vingt-trois ans, sans connaitre rien d’autre de la profession que ce cliché, que je m’y suis attaqué.  Je ne me souviens plus quel était le contexte au juste (c’était tout de même en 1991) mais mon amie, amante et collègue Christine m’avait suggéré de consulter un psy.  Ça m’avait profondément insulté. Non pas qu’elle insinue que je puisse avoir des trouble de personnalité, chose que je reconnaissais déjà volontiers depuis 1987.  Mais plutôt qu’elle s’imagine que je suis con au point de me laisser frauder de la sorte. Je lui ai donc expliqué les cinq arnaques que je percevais dans la pratique de cette profession:

  1. L’arnaque derrière la mise en scène: Le divan confortable, la lumière tamisée, regarder en l’air, c’est juste pour recréer la sensation de détente et de confort similaire à être seul au lit dans sa chambre, afin de t’amener à baisser ta garde, à te croire en situation de confiance.
  2. L’arnaque derrière la règle de regarder dans le vide: C’est pour ne pas regarder le psy en face, et ainsi être moins intimidé, et ainsi être plus facilement porté à se confier.  Comme si on se parlait tout haut en étant seul.
  3. L’arnaque derrière la demande de raconter l’enfance: Peu importe ton problème, le psy va toujours aller vers la solution facile, affirmant que tes problèmes viennent de ta jeunesse.  Eh bien moi j’ai connu des jumeaux identiques qui ont vécu la même enfance.  Or, l’un était un fonceur winner intéressant, et l’autre un timide loser ennuyant.  Bref, ce n’est pas l’enfance, le problème.  C’est la personnalité.
  4. L’arnaque derrière la prise de notes: Le psy n’en a rien à chier de toi.  Il n’a pas que toi comme client.  S’il prend des notes, ce n’est pas pour faire, plus tard, des recherches sur ton problème.  C’est pour les relire avant chaque rendez-vous, pour se souvenir de quoi tu lui as parlé.  Ainsi, il peut commencer chaque séance en te rappelant les sujets de la dernière fois, afin te donner l’impression erronée qu’il est à ton écoute. Oui, tu es cher à ses yeux, mais c’est uniquement parce que tu représentes un revenu de $100.00 à $400.00 de l’heure.
  5. L’arnaque derrière les psychologues eux-mêmes: Tu payes pour rien! Ces gens sont incapables de t’aider.  La preuve, c’est que si tu leur demande la solution, ils vont répondre que leur but n’est pas de te la donner mais bien te permettre de la trouver toi-même car [cliché insignifiant] « La réponse est en toi! » [/cliché insignifiant]  Bref, c’est toi qui paye, et c’est toi qui fait tout le travail.

Aussi, ai-je conclu mon massacre de la profession en disant: « Ben dans ce cas, si la solution est en moi, je peux la trouver tout seul sans être obligé de payer de $100.00 à $400.00 de l’heure à une personne qui va m’avouer elle-même être complètement inutile dans mon processus de guérison.  De toutes façons, on l’sait bien: Pour eux-autres, peu importe ton problème, c’est toujours relié aux mères et aux gros totons! »  Une conclusion qui m’inspira plus tard à créer cette charte:


Aujourd’hui, avec deux décennies supplémentaire de vie adulte derrière moi, ma mentalité n’a presque pas changé à leur sujet.  Je n’ai toujours pas consulté de psy, par contre j’ai eu à faire avec ceux de mes enfants pendant de nombreuses années.  Ça a confirmé beaucoup de mes théories, ce qui m’a permis de mieux comprendre et d’expliquer l’incompétence des travailleurs sociaux

Par contre, je dois admettre qu’il y a un point sur lequel je me suis trompé en beauté, et c’est en sous-estimant le bien fondé de repasser en profondeur à travers une expérience traumatisante du passée afin d’en guérir.  Ou, comme le dit le titre de ce blog, de se souvenir afin de pouvoir oublier.  Pour ma défense, il faut reconnaitre que la chose a vraiment l’air illogique.  Comment peut-on oublier quelque chose si on se force à y repenser?  Ça n’a pas de sens.  Et pourtant, ça marche.  Je peux le confirmer.  C’est quelque chose que j’ai découvert par accident.

Mise en contexte: Il y a quelques années, je rencontre une jeune femme qui, bien que majeure, n’a tout de même que la moitié de mon âge.  C’est le coup de foudre mutuel d’une intensité que je n’avais encore jamais vécue jusque-là.  On passe l’été à se rencontrer à la dérobée car nous vivons le genre de situation pour laquelle « C’est compliqué » existe en tant que statut Facebook.  À chaque fois, c’est un trois jours de bonheur moral doublé du meilleur sexe au monde dont nous sommes tous les deux, contre toute logique, aussi satisfaits et comblés qu’insatiables et affamés.

Or, toute bonne chose a une fin, surtout lorsque tant d’obstacles nous séparent.  Il a bien fallu se faire une raison. L’automne arrivé, nous avons cessé de nous revoir et avons passé à autre chose.  Je savais que je n’oublierai jamais cet été qu’on a passé.  C’est le genre de moments qui inspire les plus belles chansons d’amour.

Mais pas nécessairement celle-là.

Pendant trois ans, il n’y a pas eu un jour sans que je ne pense à nos moments ensemble.  Et pas un jour n’a passé sans que je regrette que ça ce soit terminé.  Elle me hantait, mais puisqu’elle était maintenant en couple, elle était hors d’accès.  Réalisant que j’étais aux prises avec le genre d’obsession qui devient trop souvent malsain et destructeur, j’ai décidé d’utiliser la chose de façon positive afin d’avancer dans la vie.  J’étais plus vieux qu’elle, alors je me suis rajeuni en m’alimentant mieux et en m’exerçant.  À un âge où les hommes commencent à décliner en look, en santé, en force et en résistance, je ne faisais au contraire que m’améliorer dans tous ces domaines.  Dans mes notes de l’époque, j’ai décrit la chose en ces termes:

Lorsque les gens ressentent un amour non-partagé par l’objet de leur désir, ils se morfondent et posent des gestes négatifs. Moi, au contraire, je fais travailler cette obsession pour mon plus grand bien. Elle est ce qui me donne la volonté de me pousser toujours plus loin, pour évoluer, pour aller chercher le meilleur de moi-même. Parce que, même si je n’ai aucune chance pour que ça arrive, ça me plait de vivre dans l’espoir que nous puissions être un jour de nouveau possible. Ça me plaît de croire tous ces efforts que je fais dans le but de devenir digne d’elle, de la mériter, puissent un jour porter fruit.

Je croyais qu’utiliser ainsi mon obsession comme fuel allait finir par la consumer.  Hélas, à l’instar de l’énergie atomique, mon obsession s’est avérée inépuisable.  Et tout comme l’énergie atomique lorsque l’on n’arrive pas à la contrôler, elle était en train de m’empoisonner.  C’est ainsi que, en allant à l’encontre de mes propres conseils, je lui ai écrit une déclaration d’amour.  Celle-ci ayant trois ans de retard, elle ne fut pas reçue positivement.  Je m’en doutais bien.  Mais peu m’importais, rendu à ce point-ci.  Je n’en pouvais juste plus de vivre dans un espoir quotidien qui ne menait à rien. D‘une façon comme d’une autre, il fallait que ça prenne fin.  En ceci au moins, mon geste pathétiquement retardé a eu du bon.

« Très bien, me voilà fixé! »  Me suis-je alors dit.  « Puisque je me vois obligé de mettre tout ça derrière moi, aussi bien le faire de la façon qui m’est propre: En écrivant notre histoire dans tous les détails. »  Et j’ai en effet tout écrit: Ce que j’étais à l’époque, ce que j’ai vécu, comment je l’ai vécu, quels étaient mes sentiments, quelles furent mes décisions, ce que j’ai dit, ce que j’ai fait et pourquoi…  La totale! 

Au début, j’écrivais sous un grand sentiment de nostalgie.  Peu à peu, au fil des jours, plus j’écrivais et plus ça m’apportait des révélations.  Je comprenais des choses, non seulement sur cette relation, mais également à mon propre sujet.  J’ai surtout constaté que les choses n’étaient pas toujours aussi parfaites que dans mes souvenirs.  Enfin, en écrivant tout, mes souvenirs objectifs ont peu à peu remplacé les souvenirs émotifs.  Ça m’a permis de voir les raisons véritables de mon attachement envers notre relation.  Il y avait sa jeunesse, ce qui était flatteur pour mon orgueil de gars du double de son âge.  Le fait qu’elle me traitait comme un dieu, ce qui était flatteur pour mon orgueil d’ex-loser.  Tout ce sexe qu’elle m’offrait, ce ce qui était flatteur pour mon orgueil d’ex-désespéré incapable de se trouver une partenaire.  Son excitant niveau de désir qui me redonnait une performance sexuelle que je n’avais pas eu depuis mon adolescence, ce qui était flatteur pour mon orgueil de mâle qui prenait de l’âge.  … Et c’est là que j’ai vu qu’il y avait un pattern dans tout ceci.

« Alors au final, si j’étais si bien avec elle, c’est parce qu’à ses yeux, j’étais beau, j’étais désirable, j’étais un dieu du sexe, j’étais un winner.  Et être tout ça aux yeux d’une si belle et jeune fille, surtout à mon âge, c’était extrêmement gratifiant.  Bref, je n’ai jamais été en amour avec elle.  J’étais juste en amour avec ce que j’étais pour elle.  Donc… J’étais juste en amour avec moi. »

Autant cette révélation m’a donné un choc, autant je me devais d’admettre que c’était vrai.  Nous n’avions absolument rien en commun. Il n’y avait qu’au lit que nous avions passion et harmonie.  Et encore, elle suggérait parfois certaines pratiques avec lesquelles je n’étais pas à 100% à l’aise, alors pour ce qui est de l’harmonie…  Ce qui signifie qu’il nous aurait été impossible d’avoir une relation de couple, même à court terme.  Ça n’a jamais été une histoire d’amour.  Ce n’était qu’une histoire de cul!  Non pas une histoire vulgaire et sordide puisque nous avions tout de même chacun envers l’autre une amitié et un respect mutuel qui perdure jusqu’à ce jour.  N’empêche, ce n’était quand même qu’une histoire de cul, rien de plus.

Suite à cette ultime révélation, j’ai tout simplement cessé d’écrire notre histoire.  Non seulement n’en avais-je plus envie, je n’en ressentais plus le besoin.  Cet exercice, qui avait d’abord comme but de commémorer une relation que je croyais la plus extraordinaire de ma vie, a plutôt réussi ce que j’ai tenté en vain de faire pendant trois ans: Elle a exorcisé mon obsession pour cette fille, et ce pour de bon.

Aujourd’hui, plusieurs années plus tard, ce texte est toujours inachevé, et je ne vois même pas intérêt à le relire.  C’est ce que j’ai constaté en retombant dessus par hasard ce matin.  Et c’est là que j’ai compris que dans le fond, les psychologues ne sont pas aussi bullshitteurs que je l’ai toujours cru avec leurs histoires de « Parlez-moi de votre enfance. »  Beaucoup de gens vont dire que, lorsque l’on est obsédé par quelque chose au point où ça dérange notre vie, la meilleure solution est d’oublier ça.  Y repenser n’est rien de moins que malsain.  Et bien en réalité, c’est tout le contraire.  C’est en y repensant, du début à la fin, dans les moindres détails, en repassant à travers les faits, les émotions, les décisions, les actions et les réactions, que vient la compréhension.  De la compréhension vient l’acceptation, et de l’acceptation vient la conclusion, et de la conclusion vient l’oubli.

Et voilà pourquoi la meilleure façon d’oublier, c’est d’abord en mettant de l’effort à se souvenir.

La Conflictuodépendance: Le réflexe compensatoire

Comme j’en ai déjà parlé dans le billet Les Raisons de la Colère, la fonction de base du cerveau est de produire l’instinct de survie. Ce n’est pas exclusif à l’être humain. Tous les animaux l’ont: Le lion qui court après la gazelle afin de manger.  La gazelle qui fuit pour ne pas l’être.  Le chaton naissant qui, malgré un cerveau totalement vierge d’expérience de vie, sait qu’il lui faut trouver la mamelle et téter   Chez l’être humain moderne, la civilisation s’occupe déjà de nous fournir tout ce dont on a besoin pour la survie de base, et ce dès la naissance : Nourriture, chaleur, logis. Ainsi, une personne peut passer sa vie entière sans que son instinct de survie ne soit sollicité. Or, sollicité ou non, cet instinct fait partie de nous. Et puisque nous n’en avons pas besoin pour survivre au niveau physique, il se manifeste alors au niveau psychologique.

Tout le monde connait le principe de la survie du plus fort. À notre époque, la survie a été remplacée par un autre concept: Le succès.  C’est sur cette base que l’on jauge la force ou la faiblesse de l’individu.  La preuve, c’est que depuis les trente dernières années, il n’est pire tare sociale que d’être étiqueté comme étant un perdant, un loser.  Pour cette raison, ce qualificatif est devenu l’insulte de choix pour rabaisser les autres.  C’est ainsi que la peur du loserisme porte certaines personnes à vivre sous la crainte des conséquences de leurs propres faiblesses.  C’est ce que l’on appelle le sentiment d’infériorité. Et puisque c’est pour eux un sentiment trop difficile à assumer, leur instinct de survie se manifeste sous une forme que j’ai nommé le réflexe compensatoire.  C’est quelque chose que le psychothérapeute Alfred Adler, père de la psychologie individuelle, avait déjà découvert.  Mais lui, il l’a tout simplement appelée la compensation.

Les hommes de cinéma Arnold Schwarzenegger et Woody Allen sont deux excellents exemples de ce phénomène. Arnold, était un adolescent chétif.  Il a compensé en devenant, à une époque, l’homme au physique le mieux développé de l’univers.  Woody y est allé autrement.  Petit, moche, maigre, faible, n’ayant rien pour séduire selon les standards de beauté, il a passé sa vie à compenser de trois façons.  La première, en se mettant en scène dans des comédies où ses carences physiques l’amènent à vivre toutes sortes de déboires qui ont pour but de lui gagner la sympathie du public, donc d’être aimé malgré son apparence.  La seconde, en se mettant en scène dans des films où il finit au lit avec une ou plusieurs belles jeunes filles.  Et dans les deux cas, il ne manque pas de passer le message comme quoi il est un excellent baiseur, ce qui est le réflexe compensatoire classique de l’homme complexé.  La troisième façon, c’est dans la vraie vie, en ayant des relations avec le genre de femmes que l’homme moyen considèrerait hors d’atteinte, comme les actrices Diane Keaton et Mia Farrow.  Dans cette optique, son ultime tour de force compensatoire fut de séduire, à 56 ans, une jeunette de 19,  Soon-Yi Previn, qui est aujourd’hui son épouse.

Le réflexe compensatoire pour une basse estime de soi est également à la base de la personnalité conflictuodépendante.

D’abord, petit rappel. Une personne conflictuodépendante manifeste cette personnalité lorsqu’elle passe à travers les dix étapes suivantes:

  • ÉTAPE 1: Cherche la querelle à une personne calme et sans histoire.
  • ÉTAPE 2: Le motif utilisé pour démarrer les hostilités est tellement anodin qu’il en est insignifiant.
  • ÉTAPE 3: Devant le refus de l’autre à entrer dans le conflit, insiste.
  • ÉTAPE 4: Envoie des accusations farfelues en prétendant connaître les motivations cachées de l’autre.
  • ÉTAPE 5: Accuse mensongèrement l’autre de quelque chose dont il est lui-même coupable et/ou honteux.
  • ÉTAPE 6: Manipule l’autre à l’attaquer sur ce point faible et/ou honteux.
  • ÉTAPE 7: Se victimise en se plaignant comme quoi l’autre l’a l’attaqué sur ce point faible et/ou honteux.
  • ÉTAPE 8: Fuit le conflit qu’il a lui-même créé.
  • ÉTAPE 9: Cherche à rallier leur entourage commun contre l’autre.
  • ÉTAPE 10: Cherche à rendre l’autre coupable de s’être défendu, et (s’il le peut) le punit pour l’avoir fait.

Et pourquoi cette personne entre-t-elle dans l’étape 1 pour commencer?  C’est le sujet de ce billet.

Lorsque l’on souffre d’un complexe d’infériorité, notre réflexe compensatoire consiste à convaincre les autres, à commencer par se convaincre soi-même, que l’on est au contraire leur supérieur.  Tout dépendant de la façon dont on s’y prend pour atteindre ce but, on peut être classés dans l’un de ces trois différents types:

  1. Le complexé de type 1:  Il reconnait qu’il est inférieur.  Il accepte le fait qu’il doit mettre de l’effort pour devenir supérieur.  Il y travaille sérieusement. Il réussit.  Exemple: Arnold Schwarzenegger qui a passé d’adolescent chétif à Monsieur Univers.
  2. Le complexé de type 2: Il reconnait son infériorité mais refuse de la laisser l’arrêter. Il veut avoir les mêmes avantages que ceux qui lui sont supérieurs, mais sans y mettre les mêmes efforts.  Il trouve donc des moyens détournés pour y arriver. Exemple: Woody Allen qui a obtenu pouvoir de séduction, non par son physique mais via notoriété cinématographique.
  3. Le complexé de type 3: Refuse d’accepter son complexe d’infériorité, ou bien ne possède pas la force morale pour être capable de reconnaitre en avoir un.  Compense en se prétendant supérieur.  A besoin de se le prouver pour se rassurer.  Tente sans cesse de descendre les autres plus bas que lui, histoire d’être leur supérieur par défaut.  Exemple: Les conflictuodépendants.

Pour le complexé de type 3, le sentiment de supériorité est un réflexe de survie.  Voilà pourquoi son bien-être moral et mental dépend du conflit car il n’y a que ça qui puisse lui donner l’opportunité de se prouver supérieur sur une autre personne.  Dans l’ouvrage Relation of threatened egotism to violence and aggression: the dark side of high self-esteem, les auteurs décrivent la chose en ces termes (que je traduis): L’individu qui souffre de mauvaise estime de soi va avoir le réflexe de vouloir démarrer des conflits dans des situations où il croit pouvoir triompher.   Un peu plus loin, on explique le choix de sa cible en ces mots: S’en prendre à une cible puissante demanderait une grande confiance en soi.  Mais lorsque la cible est faible, les chances de succès lui semblent meilleures.  […]  Ainsi, c’est celle-ci qu’il ira attaquer.  Non pas parce que la faible estime de soi cause la violence, mais bien parce qu’elle les pousse à se chercher le genre de victime qui lui semble peu portée à se défendre.

Facebook étant le terrain de choix dans lequel les conflictuodépendants se manifestent, c’est de là que viennent les exemples qui vont suivre.  Bien que ceux-ci soient fictifs, incluant les noms et photos, ils se basent sur des faits bien réels. Voici donc l’exemple d’une complexée de type 3 qui applique ici les étapes 1 (initie le conflit avec une personne calme sans histoires) et 2 (sur un sujet anodin) :

Son statut d’adulte et son titre et de matante lui donne naturellement un sentiment  d’autorité sur le jeune homme.  Et le statut de neveu de ce dernier l’oblige à garder envers elle un certain respect.  Pour toutes ces raisons, il est donc pour elle, tel que cité plus haut, le genre de victime qui lui semble peu portée à se défendre. Voilà pourquoi elle l’a instinctivement choisi.

Il aurait pu s’agir d’une simple boutade entre membres d’une même famille, une plaisanterie entre gens proches.  Alors qu’est-ce qui  permet d’affirmer que c’est plutôt un cas de conflictuodépendante qui rabaisse les autres pour se sentir supérieure afin de compenser pour un sentiment de basse estime de soi?  Simple: Le fait qu’elle en a pris une capture d’écran afin de montrer fièrement la chose à ses amis.

Agir ainsi, c’est chercher l’approbation des autres.  C’est désirer recevoir la confirmation comme quoi elle a raison. Bref, c’est avoir besoin d’être rassurée comme quoi elle est dans son droit de se croire supérieure.  Malheureusement, lorsque notre complexe d’infériorité nous pousse à sauter sur chaque opportunité de prouver le contraire, on ne prend pas toujours la peine de vérifier la pertinence de nos arguments.  La preuve, c’est que l’argument de Maryse repose sur deux points qui ne tiennent pas la route.  Le premier est erroné, car la citation bouddhiste ne parle pas de simplicité volontaire,  Elle dit d’accepter le fait que certaines choses ne nous sont pas destinées.  Par exemple, l’amour d’une personne qui nous intéresse sans que ce soit réciproque.  Et son second point est illogique, car elle compare une chose qui ne lui serait pas destinée avec un iPhone qu’il possède.

J’ai songé à lui pointer ces deux failles dans son raisonnement.  Mais sachant à quel point elle était susceptible, j’ai plutôt choisi de lui répondre un commentaire neutre, qui ne faisait que de décrire ce qu’elle venait de faire.

… Ce qui l’a quand même mise en colère.

Là encore, j’aurais pu lui pointer les deux erreurs qu’elle faisait à comparer ses commentaires à mes billets de blog.  Mes lecteurs savent le genre de textes qu’ils vont trouver ici, alors ils me visitent volontairement, en toute connaissance de cause.  Tandis qu’elle, elle va envahir le mur Facebook des autres pour leur rentrer ses opinions négatives de force dans la gorge en public.  Et lorsque j’expose des captures d’écran, je change le nom et les photos, chose qu’elle n’avait pas fait en distribuant sa capture d’écran originale.  Mais là encore j’ai préféré m’abstenir de le lui dire.  Parce que soyons francs, pour écrire ce qu’elle a répondu à mon commentaire qui était pourtant objectif, il faut être extrêmement susceptible. 

Et justement, Alfred Adler voit dans l’extrême susceptibilité le signe révélateur d’un sentiment d’infériorité, en ce qu’elle surgit chaque fois que la personne a le vague sentiment qu’on a mis le doigt sur le défaut de sa cuirasse On ne peut pas nier que c’est exactement ce qui s’est passé ici. Cette théorie se retrouve également dans l’ouvrage The dark side of high self-esteem: Ces gens deviennent agressifs lorsqu’ils reçoivent des commentaires qui vont à l’encontre de l’image favorable qu’ils ont d’eux-mêmes.  Bref, ils deviennent frustrés dès que l’on insinue qu’ils ne sont peut-être pas aussi supérieurs qu’ils le prétendent

Ce comportement est également décrit ici en ces termes:  La peur de se trouver en état d’infériorité vis-à-vis d’autrui s’est ainsi enracinée dans le cœur des hommes et a créé le sentiment de l’amour-propre (autre nom de l’orgueil). Une offense à l’amour-propre se traduit quelquefois par la pâleur, le plus souvent par la rougeur émotive (honte dans le cas d’acceptation de l’infériorité, colère dans le cas de révolte).  […] Conserver la face vis-à-vis de l’opinion publique est donc le fondement de l’amour-propre et, par conséquent, le fondement de la morale.

Ce qui en revient à ce que je disais dans mon billet Les Raisons de la Colère: Celui que l’on empêche d’agir selon son instinct de survie réagit avec violence.  Puisque c’est son instinct de survie morale qui l’a poussé à tenter de démontrer publiquement son neveu inférieur à elle, la contrarier sur ce point, ou même refuser de prendre son parti par désir de rester neutre, ce fut instinctivement pris comme étant une menace pour sa survie. D’où sa réaction de colère.

La personnalité narcissique n’est pas toujours source de conflits.  Beaucoup de gens ont une haute estime d’eux-mêmes sans pour autant ressentir le besoin de rabaisser les autres.  Alors pourquoi certains narcisses sont-ils incapables de vivre en harmonie avec les autres, ce qui les rends conflictuodépendants? L’une des raisons est bien expliquée au point #5 de cet article de Cracked: Lorsqu’il s’agit de succès et d’estime de soi, les gens ont la fâcheuse tendance à prendre le problème à l’envers:  Au lieu de reconnaitre que c’est le succès qui apporte l’estime, la fierté et la confiance, on nous bourre le crane dès notre enfance que nous devons d’abord ressentir de l’estime de soi, de la fierté et de la confiance en nos capacités, et que c’est ça qui va nous apporter le succès.  Tu grandis donc avec l’idée erronée que même sans avoir accompli quoi que ce soit, tu vaux autant que ceux qui ont accompli quelque chose. Hélas, ça a eu comme conséquence fâcheuse de t’apporter instinctivement le sentiment que tu veux mieux que ceux qui ont été obligés de travailler fort pour atteindre la même valeur que tu crois avoir. 

Et voilà comment nous avons créé une superbe génération de douchebags auto-suffisants qui croient que tout leur est dû. Alors quand leur sentiment de supériorité se bute au fait qu’ils n’ont rien pouvant le justifier, c’est là que se manifeste leur réflexe compensatoire.

Tant qu’ils s’agit de complexés de type 1 et 2, ça va.  Mais si vous avez le malheur d’avoir un complexé du type 3 dans votre entourage, alors attendez-vous à une relation abusive.  Normal: Abuser des autres en les rabaissant sans cesse, c’est le propre des conflictuodépendants.

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Les liens internes cités dans ce texte:
Mes Prétentions de Sagesse: Les Raisons de la Colère.
Mes Prétentions de Sagesse: Autopsie du Loser.
Mes Prétentions de Sagesse: SÉRIE: La conflictuodépendance

Liens externes.  Parce que des fois, il est bon de démontrer que mes  théories sont confirmées par des recherches reconnues.
Wikipedia: Alfred Adler.
Wikipedia: La Psychologie Individuelle.
Psychologie.com: La psychologie adlérienne.
Psychologie.com: La compensation (avec l’exemple d’Arnold Schwarzenegger)
Relation of threatened egotism to violence and agression: The dark side of self-esteem  (PDF)
Encyclopédie anarchiste: L’infériorité
Cracked: 6 bullshit facts about psychology that everyone believes.
Santé Psy: Qu’est-ce que la compensation.
Psychoweb: Narcissisme et culte de la consommation.

Comment j’ai appris que je n’étais pas un humoriste

Le texte qui suit est écrit sous la forme d’un court sketch théâtral.  Il s’inspire cependant d’une anecdote réelle vécue en 1995.

TITRE: L’audition.

PERSONNAGES:

  • LE CANDIDAT. Homme, 26 ans. Candidat à l’audition.
  • LISE RITCHIE: Femme. 40 ans. Directrice du Collège de Comédie du Québec.  Juge de l’audition.
  • DANNY LEMAIRE.  Homme, 45 ans.  Humoriste avec 15 ans de carrière. Juge de l’audition.
  • LE PSYCHOLOGUE. Homme. 50 ans. Psychologue.  Juge de l’audition.

MISE EN SCÈNE:  Sur scène, LE CANDIDAT se tient debout.  À quelques mètres devant lui, il y a une longue table.  Derrière celle-ci sont assis les trois juges, LISE RITCHIE, DANNY LEMAIRE et LE PSYCHOLOGUE.  En arrière plan, il y a le logo et le nom de l’école, COLLÈGE DE COMÉDIE DU QUÉBEC.

La lumière s’allume.  Nous assistons à la fin de l’audition.

LISE RITCHIE
(fade in) … Et dans l’ensemble il y avait effectivement quelques bon punchs.  Mais malheureusement, ce n’est pas le genre de sujet qui est apprécié du public.  Donc, désolé mais on ne peut pas accepter ta candidature pour cette année.

LE CANDIDAT
Je vois!

Le candidat garde le silence quelques secondes.  Il reste là, debout, sans bouger.

LISE RITCHIE
Voilà, c’est tout!  Merci!

LE CANDIDAT
Excusez-moi, mais…  Ben, tant qu’à avoir payé trente dollars pour passer une audition, et l’avoir coulée, j’aurais quelques question, si ça ne vous dérange pas.

LISE RITCHIE
Vas-y!  Mais prends pas trop de temps, t’es pas le seul qu’on doit passer en audition aujourd’hui.

LE CANDIDAT
Ce n’est pas la première fois que je passe une audition. En fait, depuis novembre dernier, celle-ci est la 5e.

DANNY LEMAIRE
Ça fait pas cinq fois que tu passes devant nous autres?

LE CANDIDAT
Non, les fois d’avant, c’était pour des shows amateurs, pour des émissions de télé ou des shows dans des bars-spectacles.

DANNY LEMAIRE
Ah, ok!

LE CANDIDAT
À chaque fois, quand je récite mon monologue, les juges rient, comme vous l’avez fait deux-trois fois tantôt.  Et à chaque fois, comme vous venez de le faire, ma candidature est quand même rejetée. Des fois, on prend le temps de me dire ce que je ne devrais pas faire. Comme vous, qui venez de me dire que mon sujet n’était pas approprié. Sauf que, est-ce que ce ne serait pas beaucoup plus logique, et surtout plus productif, de me dire quoi faire, au lieu de juste vous contenter de me dire quoi ne pas faire? De me dire quel sujet est approprié, ou lieu de juste me dire que mon sujet de l’est pas?

LISE RITCHIE
C’est parce que, ce que tu nous demandes-là, c’est des choses que l’on enseigne à notre école. Pourquoi est-ce que le monde paierait $5 500.00 pour suivre nos cours si on donne tous les trucs gratuitement à ceux qui viennent passer une audition?

DANNY LEMAIRE
Oui, surtout s’ils la coulent. Tsé, on peut pas apprendre à quelqu’un à être drôle. Il l’est ou il l’est pas, point!

LE PSYCHOLOGUE
Notre école a été créée pour aider ceux qui ont le potentiel pour réussir dans ce métier.  Mais si t’en a pas…

LE CANDIDAT
Justement! Je vous ai fait rire, tantôt, oui ou non? Donc en quelque part, je dois bien avoir du potentiel, non? Et si j’en ai, est-ce que c’est pas stupide de le laisser se gâcher, juste parce que j’ignore un truc ou deux?  Par contre, si vous me dites quoi faire, alors je vais m’écrire un numéro convenable, je vais revenir passer une audition, je vais être accepté à votre école.  Et je vais pouvoir vous le donner, votre $5 500.00.  Comme ça, tout le monde y gagnerait. Vous trouvez pas que ce serait plus logique?

Les trois juges restent silencieux.  Ils se regardent durant quelques secondes.  Après un moment de réflexions où elle regarde tour à tour le candidat et ses deux collègues, Lise Ritchie, finit par leur montrer qu’elle approuve, d’un signe de tête.

LISE RITCHIE
Bon! Qu’est-ce que tu veux savoir?

LE CANDIDAT
Pourquoi est-ce qu’on m’interdit, à moi, de parler d’un sujet que plusieurs humoristes abordent sans problème?

LISE RITCHIE
Précise ta pensée.

LE CANDIDAT
Il y a huit ans, en 1987, avant qu’existe votre école, j’ai passé en entrevue au Club Soda devant Madame Ritchie ici présente, avec un autre monologue au sujet des condoms. Elle m’a dit que le public n’était pas très intéressé par ce sujet, donc qu’il fallait l’éviter.

LISE RITCHIE
En effet!

LE CANDIDAT
Pourtant, à chaque année, je vois toujours au moins un humoriste faire un numéro là-dessus : Claude Meunier, Michel Barrette, Jean-Marc Parent… Même Yvon Deschamps.

LISE RITCHIE
Et c’est pour ça que, huit ans plus tard, tu reviens me présenter un autre monologue qui parle de condoms? Pour venir insinuer que je dis n’importe quoi?

LE CANDIDAT
Euh… Mais non, voyons. C’est juste que, puisque tous les autres humoristes déjà établis en parlent, ça m’a donné l’impression que c’était devenu un sujet acceptable.

LISE RITCHIE
Vraiment!?

LE CANDIDAT
Come on, chus su’l’BS. J’ai pas payé trente dollars l’audition juste pour le fun de venir vous confronter là-dessus. J’essaye juste de comprendre.

LISE RICHIE
Tu l’as dit toi-même : « Humoristes déjà établis ». Quand les gens vont voir un show d’Yvon Deschamps, ils ne vont pas là pour le texte. Ils vont là pour voir Yvon Deschamps, point.

DANNY LEMAIRE
C’est ça! Ils veulent pas le savoir, ils veulent le voir.  Yvon Deschamps, c’est une vedette! Il pourrait passer deux heures à lire sa liste d’épicerie que le monde paierait quand même pour aller à ses shows.  Et justement, il a deux heures à remplir, lui. Il peut se permettre de parler de plusieurs sujets, dont celui-là.

LE PSYCHOLOGUE :
Toi, par contre, personne ne te connait, donc personne n’est intéressé à te voir. Voilà pourquoi, dans ton cas, ce qui est important, c’est de savoir quel public cibler, quels sujets aborder. En arrivant ici tantôt, t’avais pas deux heures à remplir pour un public qui te connais et que t’as déjà conquis. T’avais dix minutes pour te faire valoir à trois personnes qui ne te connaissaient pas. C’était pas le moment de faire un monologue sur ce sujet-là.

LISE RITCHIE
Surtout que toi en plus, ça fait huit ans que tu le sais, que c’est pas un bon sujet pour une audition.

LE PSYCHOLOGUE
Oui, d’ailleurs j’aurais une question.  Deux, en fait.  Parce que ça m’intrigue, cette insistance que tu as à parler des condoms. À qui est-ce que tes numéros s’adressent?

LE CANDIDAT
Mes numéros s’adressent à ceux qui sont intéressés par le genre de sujets dont je parle.

DANNY LEMAIRE
… Ok, wow!

LE PSYCHOLOGUE
En terme de public cible, ça veut dire quoi?  Les retraités? les femmes? Les immigrants?

LE CANDIDAT
Les jeunes.

LE PSYCHOLOGUE
Définis « jeunes ».

LE CANDIDAT
Les adolescents, 14-18 ans.

LE PSYCHOLOGUE
Pourquoi as-tu choisi ce public-là?

LE CANDIDAT
Parce que quand j’étais ado, j’ai toujours déploré le fait que nous étions un public totalement ignoré des humoristes.  Enfin, quand je dis ignorés, c’est relatif.  On nous ignorais, sauf quand c’était le temps de nous insulter.  Je pense, par exemple, à Lise Dion et son monologue dans lequel elle fait passer son chum pour un cave et son fils pour un primate. Et aussi Yvon Deschamps, qui utilise les termes mon tarla ou mon grand cave pour parler de son fils.  Aucun humoriste ne s’adresse aux ados.  Pourtant, les ados s’intéressent beaucoup aux humoristes, et ce beaucoup plus que les adultes. C’était peut-être pas l’cas dans votre temps, mais ça l’est maintenant. Je le sais parce que j’en étais un moi-même y’a pas si longtemps.  C’est un public qui a énormément de potentiel, et je trouve ça bête de ne pas l’exploiter. C’est pour ça que je vous ai présenté un numéro sur les angoisses d’aller se procurer des condoms pour la première fois.  Même les adultes peuvent apprécier, puisque l’on est tous un peu nostalgique de nos expériences de jeunesse.

DANNY LEMAIRE
Ah!  Ça explique tout!  Eh bien bravo! Je constate que tu fais exactement tout ce que tu as à faire. … Si ton but est d’être sûr de ne jamais réussir dans le métier.

LE CANDIDAT
Huh?

LISE RITCHIE
Non, ce n’est pas d’hier que les ados s’intéressent au shows d’humour, tu sauras. Ils ont toujours aimé ça et on l’a toujours su.

LE CANDIDAT
Mais alors, pourquoi négliger un si grand public?

DANNY LEMAIRE
Dans la vie, on est ado de 12 à 18 ans.  Sept ans seulement. Avec une population qui meurt en moyenne vers l’âge de 78, ça fait qu’on est adulte pendant cinquante ans. Cinquante divisé par sept, ça donne quelque chose comme sept point un.  Ça veut dire que dans la population, il y a sept fois plus d’adultes que d’ados. Alors même si le pourcentage des ados qui aiment l’humour est plus grand que le pourcentage des adultes, ça ne change rien au fait que dans les chiffres réels, il y a trois ou quatre fois plus de fans chez les adultes que chez les ados.

LISE RITCHIE
Ensuite, c’est qui, d’après toi, ceux qui payent des billets pour aller à un show d’humour? Les ados qui n’ont jamais d’argent?  Ou les adultes qui ont un revenu?

DANNY LEMAIRE
Un petit public sans le sou qui se contente de regarder les shows gratis à la télé, c’est ça que t’appelles « un potentiel à exploiter »?

LE CANDIDAT
Euh…

LISE RITCHIE
Désolé mais c’est pas avec eux autres qu’on va générer des profits. L’humour au Québec, c’est sérieux.  C’est une business de près d’un milliard de dollars. Y’a une raison pour ça! On sait à quel public s’adresser, et on sait ce qui l’intéresse.

DANNY LEMAIRE
R’garde, m’as te proposer un truc: Tu dois te dire que c’est facile pour nous autres de sortir des chiffres que tu ne peux pas vérifier. Alors oublie ce que Lise vient de te dire et regardons ensemble la chose sous un autre angle : Admettons, un instant que nous n’y connaissons rien. Admettons que c’est toi qui a raison, et que oui, les ados sont un public rentable. Et admettons que tu fais une carrière à être leurs voix…

LE CANDIDAT
Oui?

DANNY LEMAIRE
Ton public de 14-18, tu vas l’avoir pendant cinq ans.  Tandis que l’humoriste qui  s’adresse aux adultes, son public va le suivre fidèlement pendant cinquante ans.

LE CANDIDAT
Qu’est-ce que ça change, que les ados vieillissent et deviennent adultes? Les enfants aussi vieillissent, et ils deviennent des ados.  Comme ça, ils prennent la place de la portion du public que je perds.  J’veux dire, à la TV, l’émission Passe-Partout existe depuis 1977, et ça a toujours été une émission pour enfants.  Ils sont pas devenus une émission pour ado puis pour adultes à mesure que leur public vieillissait.

LE PSYCHOLOGUE
Ton argument a une logique fallacieuse. Tu n’es pas une émission de télé subventionnée par le ministère de l’éducation du Québec.  Tu es un aspirant humoriste.

LISE RITCHIE
L’affaire, c’est qu’il n’y a pas que le public qui vieillit. T’as quel âge en ce moment?

LE CANDIDAT
26 ans, 27 dans deux semaines!

DANNY LEMAIRE
27…  Ça prend en moyenne trois ou quatre ans à un humoriste talentueux pour se faire remarquer du grand public. À ce moment-là, tu vas être rendu dans la trentaine. Penses-tu vraiment que les ados vont encore se reconnaître en toi?

LE CANDIDAT
Euh…

LE PSYCHOLOGUE
Petite questions comme ça…  Tu disais tantôt que c’était ta  5e entrevue depuis novembre… C’était où et quand, la dernière?

LE CANDIDAT
En avril dernier, au Café Noir, dans le cadre des MardHilarants.

LE PSYCHOLOGUE
Est-ce que c’était le même monologue?

LE CANDIDAT
Non, c’était au sujet des choses que l’on remarque quand on va faire l’épicerie.

LE PSYCHOLOGUE
Rien sur les condoms?

LE CANDIDAT
Non!

LE PSYCHOLOGUE
Et c’était un monologue juste pour les ados?

LE CANDIDAT
Non, c’était grand public.

LE PSYCHOLOGUE
Sans me le réciter, donne-moi donc une idée des sujets que tu y abordais.

LE CANDIDAT
Ben…  Le fait que quand on prends un panier d’épicerie, on pogne toujours celui avec la roue qui tourne mal. La vieille mémère devant toi à la caisse qui insiste pour payer $97.00 d’épicerie avec sa petite monnaie.  La caissière qui pose des questions niaiseuses comme « C’tu pour emporter? »  Les nouveaux sacs d’épicerie plus minces qui pètent dès qu’on met deux boites de conserves dedans.

LE PSYCHOLOGUE
Et ils ne t’ont pas pris?

LE CANDIDAT
Non!

LE PSYCHOLOGUE
Est-ce qu’ils t’ont dit pourquoi?

LE CANDIDAT
Non, il ne m’ont juste pas rappelé.

LISE RITCHIE
Si, à tes autres auditions, tu leurs a servis un monologue grand-public, non-sexuel, sans parler de condoms, et qu’ils ne t’ont quand même pas pris, je pense que ça démontre que ton problème, ça ne se limite pas aux sujet de ton monologue.  Tantôt quand tu nous nous le récitais, on a pu voir que tes problèmes se situaient sur trois niveaux.  Le premier niveau, c’est dans ta présence. T’as pas l’air à l’aise sur scène. Tu es nerveux, tu ne sais pas si tu dois bouger ou rester planté là.  T’as vraiment pas l’air d’être à ta place.  Le second problème est au niveau de ta voix. Tu as un ton de voix qui est bas, monotone.

LE PSYCHOLOGUE
Mais attention; quand on dit « Monotone », c’est dans le sens anglais, mono tone : un seul ton.

LE CANDIDAT
Ah! Je vois!

DANNY LEMAIRE
Est-ce que tu es immigrant, ou est-ce que tes parents le sont?

LE CANDIDAT
Hein? Ben non!

DANNY LEMAIRE
Ok, c’est parce que des fois, on dirait que tu as un accent. T’as pas l’air naturel quand tu parles. Et pas juste quand tu récites ton monologue.  Quand on te pose une question, tes réponses ont l’air d’être des textes récités.  Ou tiens, ton « Ah! Je vois! », que tu viens de me répondre. N’importe qui d’autre aurait juste dit « Ok! » … Toi, je sais pas…  On dirait que tu cherches à faire littéraire

LISE RITCHIE
C’est vrai!  Tu parles comme un livre.

LE PSYCHOLOGUE
Autrement dit, ça parait que dans ta vie, t’as passé plus de temps seul avec des livres qu’avec les autres à faire du social.  Et ça, ça veut dire que tu cherches à devenir humoriste par compensation, parce que tu cherches à avoir l’attention que t’as pas eu plus jeune, et non parce que t’es fait pour ce métier.  La preuve, c’est justement le malaise que tu as à être sur scène. 

LISE RITCHIE
Et le 3e problème, c’est au niveau du contenu de ton texte. Tout ce que ton monologue colporte, ce sont des sentiments négatifs.  Je veux bien croire que, comme tu disais, les gens sont portés à être nostalgiques de leur jeunesse. Sauf que j’ai jamais vu quelqu’un être nostalgique des moments comme ceux que tu décris dans ton monologue.  Sortir avec une blonde qui a des intentions pas claire.  Se faire menacer par un gardien de sécurité.  Accidenter son vélo à en faire une perte totale.  Abimer le char de son beau-père.

DANNY LEMAIRE
Et surtout, tu décris avec tellement de détails l’épreuve angoissante d’aller acheter des condoms pour la première fois. Y’a personne qui aime se rappeler de ça. À la limite, tout ce que ce bout-là de ton monologue apporte, c’est un sentiment de malaise.

LE PSYCHOLOGUE
D’ailleurs, si Lise le permet, moi je vois un 4e problème, celui-là au niveau de ton attitude et de ta personnalité. Non seulement tu te montres négatif dans ton texte, tu as un côté manipulateur et passif-agressif en personne.

LE CANDIDAT
Hein?  Moi, ça?  Voyons donc!

LE PSYCHOLOGUE
D’abord, tu veux qu’on te dise quoi faire, en nous demandant « Vous ne trouvez pas que ce serait plus logique et plus productif? »  En nous posant cette question-là, tu nous laisses deux choix : Ou bien on est d’accord avec toi, ou bien on est illogiques et improductifs.

DANNY LEMAIRE
Exactement! Ou bien on te donne ce que tu veux, même si on t’a dit pourquoi ça nous posait un problème. Ou bien on est des caves incompétents.

LE CANDIDAT
Mais… Mais je faisais juste démontrer la logique de mon argument.

LE PSYCHOLOGUE
Non! Si tu avais dit « Je pense que ce serait plus logique et plus productif», tu nous aurais donné un argument en nous laissant libre d’y réfléchir, puis d’être d’accord ou non. Mais en nous demandant « Vous ne pensez pas que ce serait plus logique et plus productif? », tu nous force à être d’accord tout de suite sans nous laisser le temps de réfléchir.

LISE RITCHIE
C’est de la manipulation, ça!

LE PSYCHOLOGUE
Enfin, tu prétends que tu veux qu’on te dise la marche à suivre pour faire un numéro convenable. Pourtant, c’est quoi la toute première question que tu nous as posée? Est-ce que c’était « Qu’est-ce que je peux faire pour écrire un numéro convenable? » Non, c’était : « Pourquoi est-ce que vous prétendez que mon numéro n’est pas convenable? » Ce n’est pas l’attitude de quelqu’un qui veut s’améliorer. C’est plutôt celle de quelqu’un qui se croit déjà parfait, et qui a du mal à endurer que les autres ne pensent pas la même chose à son sujet.  Tu n’es pas un humoriste. Tu es juste quelqu’un rempli de frustrations contre la société, et qui cherche rien qu’à lui jeter des blâmes. Tu déguises ça en humour, mais ce n’est pas de l’humour, c’est juste de la moquerie. Du sarcasme. Ton but c’est juste de démolir les autres avec l’approbation et l’appui du public. Tu ne veux pas faire rire ton auditoire. Tu veux qu’il t’appuie, qu’il te dise « Ouais, t’as raison, le monde que tu dénonces, c’est rien que des caves pis des incompétents. » Bref, tu prends ta revanche.

DANNY LEMAIRE
À la limite, ça pourrait passer. Il y en a qui sont capables de faire ça avec adresse. Mais toi…  Prends juste ta réponse passive-agressive de tantôt, quand on t’a demandé à qui s’adressaient tes monologues: « Mes numéros s’adressent à ceux qui sont intéressés par le genre de sujets dont je parle. »  Belle façon de sous-entendre que tu trouves qu’on pose des questions niaiseuses.

LE PSYCHOLOGUE
Exactement! En passant devant nous-autres, tu le sais, que ton avenir en tant qu’humoriste dépend de l’impression que l’on va avoir de toi.  Mais malgré ça, ton désir de confrontation est tellement grand qu’au lieu de t’arranger pour mettre ton public de ton bord, tu le prends pour cible. Prends juste tantôt : Au lieu de dire à Lise que tu as passé devant elle avec un autre monologue sur les condoms il y a huit ans, tu t’es adressé à Danny et moi en disant « J’ai passé en entrevue au Club Soda devant Madame Richie ici présente. »  Tu essayais de nous prendre à témoin contre elle. 

DANNY LEMAIRE
C’est vrai que ça sonnait comme: « La madame a’ m’a dit y’a huit ans que ça s’faisait pas, de parler de condoms, mais des vrais grands professionnels de l’humour le font, fa que n’est-ce pas, messieurs, qu’elle ne connait rien au métier? »

LISE RITCHIE
« Pour qui qu’à s’prend, elle, d’occuper le poste de directrice d’une école d’humour quand à’ sait même pas ce qui se fait en humour!? »

LE CANDIDAT
Mais je… Ça… Jamais je n’ai…

LE PSYCHOLOGUE
Tu aurais pu nous présenter un numéro sur mille autres sujets. Tu l’as dit toi-même: À ton audition au Café Noir, tu avais un sujet grand public.  Mais quand tu as su qu’ici, tu allais repasser devant celle qui t’a refusé un monologue sur les condoms il y a huit ans, quel sujet est-ce que tu as choisi de lui présenter?  Le seul que tu savais, par expérience, qui n’allait pas lui plaire.

DANNY LEMAIRE
C’était le seul sujet qui te donnait l’opportunité de pouvoir prendre ta revanche, en lui donnant une leçon, comme quoi c’était toi et non elle qui avait raison ces huit dernières années.

LISE RITCHIE
Voilà!

LE CANDIDAT
Mais voyons, je… Mes intentions n’étaient pas de… Bon, écoutez… Je comprends bien ce que vous me dites, et je comprends pourquoi ça peut avoir l’air de ça.  Mais c’est un hasard.  C’est pas quelque chose que j’ai fait délibérément.

LE PSYCHOLOGUE
Il est tout à fait possible que tu ne te rendes pas compte que tu agis ainsi. Sauf que, tu agis ainsi quand même.  ça veut dire que ça se passe dans ton subconscient. Donc, que ça fait partie de ta personnalité.  Et si c’est ça, ta personnalité naturelle, alors tu perds ton temps à passer des auditions en humour.

DANNY LEMAIRE
Que ce soit acheter des condoms ou faire l’épicerie, tu mets le focus sur tout ce qui peut y avoir de négatif là-dedans.  J’ai l’impression que si on te demandais d’écrire un monologue sur le Jardin Botanique de Montréal, au lieu de trouver un angle comique sur les couleurs des fleurs, leurs formes ou leur noms, tu parlerais de l’odeur du fumier.  C’est pas de l’humour, ça! C’est du chialage. Le public va voir des shows d’humour pour oublier leur tracas quotidien.  Pas pour se faire rappeler avec insistance que chaque facette de la vie possède un côté merdique. 

LE PSYCHOLOGUE
Ce que tu es, ce n’est pas un humoriste. C’est un revanchard.  Ça fait dix ans que t’es pu un ado que t’es encore obsédé par l’idée de dénoncer le fait que deux humoristes se sont déjà moqués des jeunes.  Ça fait huit ans que Lise a osé te dire que tu faisais erreur en parlant de condoms, que t’es encore obsédé par l’idée de lui prouver qu’elle a tort. Alors quand tu dis « Pensez-vous que j’irais payer trente dollars pour vous confronter alors que je suis sur le BS? », eh bien…

LISE RITCHIE
Oui!

DANNY LEMAIRE
Oui!

LE PSYCHOLOGUE
Oui!  Définitivement!  Tout, dans ton attitude, le démontre. 

LISE RITCHIE
Non mais sérieusement, là… Est-ce qu’un gars qui aurait vraiment ce qu’il faut pour devenir humoriste passerait huit ans à couler ses auditions, peu importe devant qui il se présente, et peu importe le sujet de son monologue? 

LE PSYCHOLOGUE
Et ça, tu le sais très bien au fond.  C’est probablement pour ça que, inconsciemment, tu es porté à choisir les ados comme public, même si plus le temps passe et moins c’est logique pour toi de le faire.  Puisque aucun autre humoriste ne va s’adresser à eux, tu le sais bien que tu n’aurais pas de compétition.  Mais voilà, à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.

LISE RITCHIE
Autrement dit, tu deviendrais leur idole non pas par mérite, mais bien par facilité.  

DANNY LEMAIRE
Par monopole.  Parce qu’ils n’auraient aucun autre choix.

LE PSYCHOLOGUE
Et c’est ça qui te rassure.  Mais voilà, puisque nous autres, les gros méchants qui contrôlent la business de l’humour, on ne veut pas te permettre de t’adresser à un public qui représente un cul-de-sac financier, tu te mets en position de jouer au Messie: Tu es venu ici pour sauver les ados.  On ne te le permet pas.  On te crucifie.  Et on va même le faire, non pas en payant trente deniers, mais en te les chargeant alors que tu ne travaille même pas.  Ça te donne le statut de martyr.  Ça te rend noble. 

LISE RITCHIE
Mais surtout, ça te permet de nous blâmer pour tes huit ans d’échecs.  Ça te permet de te faire accroire que si tu n’as pas encore percé dans le milieu, c’est à cause qu’on a mauvaise foi.  Et par conséquent, ça te permet de pouvoir te nier à toi-même le fait que tu n’as pas ce qu’il faut pour devenir un humoriste.  Et que, franchement, tu ne l’as jamais eu.

Pendant quelques secondes, tout le monde est silencieux.  Puis, la mine basse, le candidat soupire.  Il tourne doucement les talons et se dirige vers la porte de sortie.  Il s’arrête en entendant les juges s’adresser à lui.

LISE RITCHIE
Excuse notre franchise. Mais comme comme tu l’as dit si bien, tu as payé trente dollars pour avoir des réponses. Et bien voilà!  J’espère que t’en as eu pour ton argent.

LE PSYCHOLOGUE
Écoute… Rentre chez toi, fais le ménage dans ta vie, règle tes problèmes.  Après ça, tu verras si tu as vraiment le goût de la scène et de l’humour.

LISE RITCHIE
Si c’est oui, écris un autre monologue et reviens nous voir aux prochaines auditions dans un an.

DANNY LEMAIRE
Sinon, si c’était vraiment rien qu’une façon pour toi de tenter de prendre ta revanche sur les injustices que tu as vécues, ou que ton ego te fais croire que tu as vécues…

LE PSYCHOLOGUE
Ou si c’est juste une tentative pour devenir riche et célèbre et adulé sans y mettre d’efforts et sans l’avoir mérité…

DANNY LEMAIRE
Alors cesse de perdre ton argent.  Et cesse de nous faire perdre notre temps.

Le candidat reste silencieux.  Puis, il hoche la tête, semblant démontrer qu’il a compris.  Puis il quitte la pièce.

LISE RITCHIE
Suivant!

Lumière fade-out.

RIDEAU!

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Et voilà comment une simple audition à trente dollars a su m’en apprendre plus sur moi-même que n’aurait pu le faire une série de rencontres thérapeutiques.  Ne serait-ce que pour la simple et bonne raison que pour aller suivre une thérapie, il aurait d’abord fallu que je sache que j’avais un problème de personnalité et de comportement.  Et avant cette rencontre, je l’ignorais.  Bref, cette expérience est l’une des nombreuses raisons pourquoi je considère que 1995 fut l’année de ma seconde naissance.  Ce qui me donnerait vingt ans d’âge cette année, chose qui n’est pas pour me déplaire.

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Post Scrotum: Non pas que ça ait une importance dans l’histoire que vous venez de lire, mais si vous êtes curieux, voici mon monologue au sujet des condoms, ou du moins une version réécrite en récit.

Témoignage d’un ex-harceleur obsessionnel

Aujourd’hui, une amie partagé son désarroi sur sa page de Facebook.  (Appelons-là Rose, puisque c’est la couleur de ses cheveux.)  Tous les matins, lorsque Rose se rend au travail via transports en commun, il y a un homme qui la suit. Il se place près d’elle, la regarde à la dérobée, se rapproche afin de se placer dans son champs de vision. Il est évident que cet homme a un horaire de travail semblable à Rose, d’où leur utilisation des mêmes transports publics aux mêmes heures. Dans de telles conditions, que la chose se produise à quelques reprises, c’est normal. Sauf que ce manège qu’il lui fait, c’est au quotidien. En fait, ça fait plusieurs mois que ça dure. On ne peut plus parler ici d’une coïncidence.

La réaction de Rose? Elle freake, évidemment. Qui est cet homme? Pourquoi agit-il ainsi? Qu’est-ce qu’il lui veut? Non seulement elle en a marre de cette situation, elle commence à en avoir peur. D’où son statut Facebook où elle en parle. Les réponses de ses contacts sont majoritairement du même avis, soit prendre les devants, aborder l’homme et lui dire de façon claire et précise de cesser d’agir ainsi avec elle, sinon elle devra porter plainte aux autorités pour harcèlement. Les suggestions de la procédure varient selon les personnes : L’un lui propose de l’aborder pour lui dire que quoi qu’il lui veuille, elle n’est pas intéressée.  Un autre dit que le mieux serait de le confronter avec amis témoins et caméra pour tout filmer.  Et un autre lui suggère de juste faire une scène publique en lui hurlant dessus sans ménagement de lui foutre la paix sinon police.  C’est bien joli, mais à quel genre de réaction s’expose t-elle?

J’ai voulu la rassurer en lui écrivant moi-même un commentaire. Or, celui-ci a vite viré en roman. C’est là que j’ai eu l’idée d’en faire ce billet de blog. Car après tout, Rose n’est pas la seule à qui ce genre de situation arrive. Aussi bien que ça serve à tous. Ça va comme suit :

Laisse-moi te rassurer : Il y a 95% de chances pour que ton gars ne soit rien d’autre qu’un grand malaisé. Il n’est probablement pas un maniaque, et encore moins un dangereux. Si je me permets de l’affirmer, c’est que je suis moi-même un ex-stalker dans ce genre-là. Je l’ai été jusqu’à ma mi-vingtaine. Et ce que tu racontes, comment ce gars agis, je l’ai déjà fait.

J’ai toujours été d’un naturel timide, mal à l’aise en société, ne se sentant pas vraiment à ma place, peu importe où j’étais. Et d’après ce que j’ai pu constater, autant par expérience personnelle que par observation chez mes collègues bédéistes, c’est que les gars dans ce genre-là sont tout naturellement attirés par les filles marginales. Voilà pourquoi les geek nerds blancs sont à ce point reconnus pour tripper surtout sur les filles asians, noires, punks, goths… Dans de telles conditions, une fille aux cheveux roses, ça les attire automatiquement.  Elle devient pour eux, comme j’en ai déjà parlé dans un autre billet, la mystérieuse charmeuse.

 Eh oui, ce genre de gars se retrouve beaucoup chez les artistes en général, et les dessinateurs en particulier. Normal! Le dessin est une activité solitaire. On ne devient pas bon là-dedans en étant populaire socialement. Et c’est justement pour pallier à ce manque de vie sociale que l’on se jette dans les arts : Pour se faire voir et admirer via nos oeuvres, pour que ce soit les autres qui viennent à nous.

 Si ce gars est le moindrement comme mes collègues et moi sommes et/ou étions, tu ne risques rien. Son insistance à être près de toi, c’est juste parce qu’il veut t’aborder mais n’osera jamais le faire. Alors il est porté d’instinct à aller se mettre sur ton chemin, dans ton champ de vision, en espérant que quelque chose arrive pour que ce soit toi qui l’aborde. C’est tout!

Tu trouves ça quand même creepy et malaisant? Ben t’es pas la seule, parce que lui aussi! Crois-moi, le gars est parfaitement conscient de son problème, et ça le fait chier. Il aimerait pouvoir aborder les autres comme le font les gens normaux, sans avoir à passer par mille ruses compliquées. Mais voilà, il n’y peut rien. Les gens normaux ne peuvent pas s’imaginer à quel point il est difficile d’être un timide malaisé. Et justement, essaye de te mettre à sa place. Tu passes des semaines, des mois, à espérer un simple échange de paroles banales, un petit quelque chose, n’importe quoi, histoire de voir si vous êtes compatibles. Et là, sans prévenir, brusquement, la personne de tes rêves se retourne et hurle dans ta face DÉCALISSE TABARNAK OU JE TE CRISSE LA POLICE AU CUL POUR HARCÈLEMENT, MAUDIT MALADE MENTAL DANGEREUX!!! Imagine le choc d’être non seulement rejeté sans avoir eu la chance de lui dire un mot ou de poser un geste, mais en plus tu te fais accuser d’avoir envers elle les intentions les plus dégueulasses, intentions que tu n’as en réalité jamais eues. Et comme si ça ne suffisait pas, tu vis ensuite l’injustice de ne pas avoir le droit de lui expliquer, de clairer ton nom et ta réputation, parce que maintenant toute tentative de la contacter sera reçue et traitée comme étant du harcèlement. Je l’ai vécu. Ces sentiments et émotions sont dévastateurs. Je ne souhaite ça à personne. Bon, à part peut-être à mon pire ennemi, mais c’est juste parce que je suis enfoiré et méchant.

Ce que je te conseille de faire? Ce qui aurait marché avec moi à l’époque : Aborde-le et fais-lui passer en douce le message comme quoi il perd son temps à t’espérer. Comment? De la façon la plus banale qui soit : Tu lui demande l’heure. Dès qu’il te la donne, tu le remercie, en expliquant ensuite que si tu n’as pas accès toi-même à l’heure, c’est parce que la pile de ton cellulaire / iPhone / Android / whatever est morte car tu as oublié ton fil chez les parents de ton amoureux après le souper de famille de la veille. Et voilà! Non seulement tu lui as dit ce que tu as à dire, tu épargnes son orgueil car tu lui as évité l’humiliation d’avoir été pris en flagrant délit de t’admirer, et d’avoir été repoussé pour ça.  Il considère alors s’en être tiré à bon compte, et ne nourrira ainsi aucun sentiment négatif envers toi.

À partir de là, c’est de deux choses l’une: Ou bien tu  auras maintenant quelqu’un avec qui faire de la conversation amicale le matin en route vers le boulot, ce qui n’est pas nécessairement une mauvaise chose. Ou bien, plus probable, il va désormais t’éviter et passer à autre chose.  En tout cas, c’est ce que mes collègues bédéistes et moi faisions, à chaque fois que l’on apprenait que la cible de notre attirance était hors de notre atteinte. Et quoi de plus hors d’atteinte qu’une fille qui est officiellement casée au vu et su de toute la famille?

Je ne dis pas que c’est la faute de Rose et qu’elle n’avait qu’à laisser ses cheveux naturels au lieu de les teindre de façon à attirer les harceleurs obsessionnels. Et je ne dis pas non plus que tous les harceleurs silencieux ne sont que des timides inoffensifs. Il y a l’autre 5% qui, en effet, est constitué de véritables dérangés capables d’assassiner l’objet de leur admiration. Je pense à Mark David Chapman au sujet de John Lennon, ou encore Robert J. Bardo envers la comédienne Rebecca Shaeffer. Mais ceux-ci ne représentent qu’un faible pourcentage, et ils n’en sont arrivés à cette extrémité qu’après de longues années d’admirations, dans lesquels ils ont eu le temps de passer de simples fans à carrément fanatiques. Raison de plus pour y couper court le plus tôt possible, et pour le faire de façon à lui faire croire que ce sont les circonstances et non toi qui vous séparent.

Quant à moi, il m’a fallu beaucoup d’introspection et un très long travail sur moi-même pour cesser d’agir comme l’admirateur de Rose. Mais sans vouloir me vanter, ce n’est pas donné à tout le monde car il faut d’abord reconnaître que l’on a ce problème, et ensuite il faut avoir la volonté d’y travailler. Mais bon, au moins, ça aura eu le mérite de me permettre de partager avec vous ce qui se passe dans la tête de la majorité des hommes qui agissent ainsi.

Pour terminer, je vous offre ce que l’on pourrait qualifier de chanson thème de la mentalité du harceleur obsessionnel, Voyeur, de mon  groupe favori des années 90, French B.

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Et, ma foi, si vous tenez absolument à aller dès le départ pour l’option policière et/ou légale, voici des adresses utiles au sujet de ce genre de harcèlement au Québec, en France et en Belgique.  Mais dans tous les cas, on va vous dire qu’avant de porter plainte, il faut d’abord lui faire savoir que son comportement vous dérange, car c’est seulement s’il continue ensuite que c’est considéré comme étant du harcèlement.  Donc, dans un cas comme dans l’autre, il vous faut lui parler.

Fuckfaces gonna hate

Je me moque souvent de Facebook, ou du moins du comportement cliché de certains de ses membres. Alors aujourd’hui pour contrebalancer je vais me moquer de ceux qui ont choisi délibérément de haïr Facebook, pour rien d’autre que la très pertinente raison que C’est populaire donc c’est d’la merde, gneu-heu!

Il était une fois une comédienne du nom de Jessica Barker.  En 2007, histoire d’essayer de se démarquer du reste de l’humanité, Jessica décida de ne pas s’inscrire sur Facebook, qui venait d’atteindre 50 millions d’abonnés. Jusque là, rien à redire. À chacun ses choix personnels.  Mais voilà, ne pas aimer Facebook ne lui suffisait pas.  Elle décida de haïr Facebook.  Et pour pouvoir bien rentrer de force sa haine dans la gorge de tous les passants, elle décida d’imprimer, arborer et vendre des T-shirts Fuck Facebook.  Un peu comme les homophobes américains qui, non satisfaits de vivre leurs vies d’hétéros, manifestent avec leurs pancartes GOD HATES FAGS.  Et pour se faire de la pub, elle demanda à l’auteure Raphaële Germain et aux comédiens Guillaume Lemay-Thivierge, Vincent Bolduc et Patricia Paquin de les porter fièrement avec elle pour un photoshoot. 

Quatre ans plus tard, en 2011.  Facebook a maintenant 500 millions d’abonnés.  Guillaume Lemay-Thivierge y a même sa page officielle.  Quant à Jessica, selon cet article signé Nathalie Petrowski, elle se tient toujours en marge du populaire réseau social et continue d’affirmer que Facebook n’est qu’une mode passagère qui disparaitra de la surface de la terre d’ici quelques années.

Quatre autre années plus tard, aujourd’hui, 2015.  Facebook compte 1,35 milliards d’abonnés.  Patricia Paquin y a elle aussi sa page officielle.  Et Guillaume Lemay-Thivierge, en plus de sa page officielle, y a maintenant sa page personnelle

Quant à Jessica Fuck Facebook Barker, devinez?

En conclusion, il est fascinant de voir comment une photo arrive parfois à capturer à la perfection la personnalité de ceux que l’on y retrouve, au moment où celle-ci a été prise.


Le harcèlement sexuel en milieu de travail… Au féminin! (5 de 5)

Pourquoi les hommes qui sont la cible de harcèlement sexuel féminin ne sont pas portés à en parler?
Les raisons sont multiples. Voici celles que j’ai personnellement vécues.

RAISON 1: Lorsqu’il y a dénonciation, la fille inverse toujours les rôles.
Dans le fond, je peux comprendre.  Il n’y a pas pire salisseur de réputation qu’une accusation de harcèlement sexuel.  Heureusement pour elles, nous vivons dans un monde où le harcèlement sexuel de l’homme envers la femme est beaucoup plus reconnu que l’inverse. Intervertir les rôles a donc le double effet de blanchir Madame et de lui permettre de se venger contre ce sale prétentieux qui se croit trop bien pour elle. Ainsi ..:

  • Dans le billet précédent, je raconte comment Manon me traite de menteur quand je dis à nos trois collègues que c’est elle qui a pris ma main pour lui mettre sur un sein.
  • Dans Sept Semaines en Appartement, je raconte à quelques reprises comment Cynthia, la blonde-par-moments d’un ami, m’a dragué. Elle a été tellement insultée de mon refus qu’elle est allé raconter que c’est moi qui l’a harcelé.
  • Dans le même roman autobio, ma nouvelle cousine par alliance m’a fait des propositions sexuelles crues et osées pendant quatre ans. Le jour où j’en ai eu assez et que je lui ai fait savoir clairement que ça n’arrivera jamais, elle est allé tout raconter à ma famille… Mais en inversant qui a harcelé qui.

RAISON 2: En matière de harcèlement sexuel, l’homme a zéro crédibilité.
La preuve, c’est que dans les exemples précédents deux choses se sont passées.  Certaines, comme ma cousine, ont été crues sur paroles.  Pour les autres, même s’il n’y avait pas de preuves, ou bien si leur histoire ne tenait pas debout, ou bien même si les gens qui me connaissaient trouvaient que ça ne semblait pas crédible étant donné ma personnalité, il vient un moment où, à force d’entendre les mêmes histoires, on finit par se dire qu’il n’y a pas de fumée sans feu. Donc, que si je suis aussi souvent accusé de harcèlement, c’est qu’il doit bien y avoir une raison.

RAISON 3: Les gens s’attendent à ce que l’on se comporte comme une victime.
J’ai été harcelé sexuellement, donc je devrais ressentir de la peur et du traumatisme.  Sinon, je ne suis pas crédible. 

RAISON 4: Les gens s’attendent à ce que l’on ne se comporte PAS comme une victime.
Je suis un homme, donc je ne devrais pas ressentir de la peur et ni traumatisme.  Si oui, je ne suis pas crédible.

RAISON 5: C’est traité comme étant une tentative d’invalider la souffrance de la femme.
Essaye de te plaindre contre le harcèlement sexuel féminin lorsque tu es un homme, et tu te feras vite répliquer « Oh, pitié, pooOOOooovres hommes et leurs Male Tears. Que les oppresseurs cessent de se plaindre, juste pour descendre les féministes.  Ce ne sont pas eux qui ont à subir l’objectivation des femmes, la culture du viol, le plafond de verre et à la différence de salaire à travail égal.  Un homme harcelé par une femme, c’est une exception.  Une femme harcelée par un homme, c’est la norme. »  Il semblerait donc que dans ce cas-ci en particulier, si tu ne vis pas pire qu’elles, tu dois te taire.

RAISON 6: Ça sonne comme de la vantardise.
Comparez un gars qui se vante que plein de filles lui courent après et lui font des propositions sexuelles, avec un gars qui se plaint que plein de filles lui courent après et lui font des propositions sexuelles.  Où est la différence? À part pour le fait que l’un aime ça et que l’autre prétend trouver ça malvenu, ça reste quand même deux gars qui racontent que plein de filles lui courent après et lui font des propositions sexuelles. Et puisque c’est quelque chose que beaucoup de gars souhaiteraient, ben voilà, on voit le plaintif comme un vantard qui essaye hypocritement de faire dans la victimisation. Et quoi de plus pathétique et enrageant que quelqu’un qui se plaint de quelque chose que tout le monde souhaiterait avoir et/ou être.

RAISON 7: En parler, ça fait de toi un misogyne.
Il y a quelques années, j’avais mis en ligne un roman autobiographique qui racontait les grandes lignes des abus que j’ai eu à subir pendant seize ans de la part d’une fille qui avait lâché la pilule en secret afin de me coincer dans une relation.  Bien que j’ai reçu quelques témoignages de sympathie (toutes de la part de femmes me rassurant qu’elles ne sont pas toutes comme ça), la majorité des autres commentaires (à 90% des hommes) ressemblaient à ceci:

 Et ça, c’est sans compter les fois où on a dit à mon sujet qu’il fallait se méfier de moi car ce livre, rempli de rancoeur et de frustration contre la femme, c’était du  Marc Lépine tout craché.  Je ne faisais pourtant que raconter des faits réels en toute objectivité.  Donc, selon cette logique, si une fille me fait subir du harcèlement sexuel, en parler signifie que je parle contre la fille, donc que j’ai un discours antiféministe, donc que je suis potentiellement un tueur en série misogyne. Eh oui!

RAISON 8: Pourquoi moi?  Ou : Une autre raison d’être non-crédible.
Ce ne sont pas tous les gars qui subissent le harcèlement sexuel féminin. Et comme je vous l’ai déjà montré en photo à la fin de la 1e partie, j’étais loin de ressembler au mannequin mâle de la photo ci-dessus. Alors pourquoi moi en particulier?  Juste poser cette question, c’est un argument valable pour enlever toute crédibilité à mon témoignage.

… Du moins à première vue car au contraire, c’est justement l’une des raisons expliquant pourquoi je fus la cible de ce harcèlement.  J’en suis arrivé à cette conclusion il y a quelques années grâce à ma bonne amie Stéphanie.  Un jour, je lui ai demandé pourquoi elle me faisait toutes ces confidences intimes qui, dans certains cas, pouvaient être interprétées comme de la drague sous-entendue.  Sa réponse:

« Tu n’as pas un comportement intimidant.  Tu es inoffensif.  Ça met une fille à l’aise. »

Puisque je suis passif, j’attire tout naturellement des gens actifs.  Puisque je ne suis ni manipulateur ni contrôlant, je donne l’impression que je peux être manipulé et contrôlé.  Puisque je suis inoffensif, j’attire tout naturellement des gens offensant.  Et puisque je ne représente aucun danger, j’encourage tout naturellement les autres à prendre des risques avec moi.

C’est le principe de l’anneau de Gygès. À partir du moment où les gens se rendent compte que leurs gestes n’auront pas de conséquences, il y en a qui se permettent alors les pires excès, incluant certains que l’on n’aurait jamais pu imaginer de leur part. En philosophie, l’anneau de Gygès dénonce le fait que des concepts moraux tels que le respect, l’honnêteté, la bonté et la retenue ne sont pas des traits de caractères naturels chez l’être humain mais bien des règles que l’on ne suit que par peur des conséquences sociales.  Voilà pourquoi plus une personne est riche et/ou puissante, plus on tolère ses gestes immoraux, moins elle craint les conséquences, moins elle a de retenue, et plus elle commet des excès et des abus.  Comme par exemple tous ces politiciens au Québec qui font impunément du harcèlement sexuel

Pourquoi certains sont harcelés et d’autre pas?
À l’école, lequel est toujours la cible des  intimidateurs les plus violents?  C’est le plus timide des non-violents.  Donc celui de qui on s’attend le moins à subir des conséquences.  C’est pareil ici.  Mon attitude calme, passive, sans histoire, lance autour de moi un message que les gens captent au niveau de l’inconscient comme quoi on peut tout me faire subir sans risques. Voilà pourquoi j’attire autant d’abuseurs et de conflictuodépendants: Ils font l’erreur de confondre mon respect et ma patience pour de la soumission.  D’où le gros scandale qu’ils font lorsque je me défends.

Hélas, dans le cas du harcèlement sexuel de la part de femmes envers les hommes, il est très difficile de s’en défendre.  Dès qu’on parle de harcèlement sexuel, l’opinion publique va toujours déclarer l’homme coupable, même sans savoir un seul mot de l’histoire. Raison de plus pour ces femmes de se savoir à l’abri des conséquences. 

Donc, en résumé: Ces femmes sont face à un garçon calme, sans histoires, qui n’est pas intimidant, même au niveau physique car il n’est ni fort ni beau.  Aucune conséquence à craindre de sa part, et aucune conséquence à craindre non plus de la part de l’opinion publique.  Alors dans de telles conditions, s’il leur prend l’envie de lui faire subir du harcèlement sexuel, pourquoi est-ce qu’elles s’en gêneraient?

Quel est le but de ce témoignage en cinq parties?
Mon but en écrivant ceci n’était ni de m’en plaindre, ni de faire pitié.  Je voulais juste démontrer trois choses:

  1. Que contrairement à ce que l’on essaye de nous faire croire, ce comportement n’est pas exclusivement quelque chose de masculin. 
  2. Qu’il y a plusieurs raisons pourquoi les hommes gardent le silence sur le harcèlement sexuel féminin dont ils sont victimes.
  3. Que même si les hommes ne vivent pas les mêmes conséquences que les femmes suite au harcèlement, ils en subissent quand même, des conséquences.  Elles n’en sont pas moins négatives, et peuvent parfois s’avérer dévastatrices.

Voila!

Le harcèlement sexuel en milieu de travail… Au féminin! (4 de 5)

Voici une anecdote qui m’est revenue en tête peu après avoir écrit le premier billet. Ça implique Manon, la jeune collègue de travail que j’avais au Dunkin Donuts, celle qui jouait à l’agace non-stop. Un soir, elle vient me rejoindre dans la cuisine. Elle me demande de me placer face à elle. Je le fais. Elle lève sa main et la met à plat, la paume face à moi, comme si elle me faisait stop. Elle me dit :

« Met ta main comme ça. »

Sans trop comprendre où elle veut en venir, je m’exécute : Je lève ma main et la met à plat, la paume face à elle, comme si je lui faisais stop. Aussitôt, elle m’agrippe le poignet et elle tire mon bras vers elle, envoyant ma main sur l’un de ses seins. Tout en maintenant ma main en place, elle crie aux deux caissières et à la pâtissière :

« HEILLE, REGARDEZ L’ESTIE D’COCHON QUI ME POGNE LES TOTONS!!! »

Les trois filles regardent dans notre direction, les yeux écarquillés et la bouche bée. Je tire mon bras mais elle le retient sur place à deux mains, en disant :

« Ne-non! Tu t’es fait prendre la main sans l’sac. Assume tes cochonneries! Ha! Ha! Ha! »

Les trois autres filles nous regardent sans trop y croire.  L’une rit aux éclats.  La seconde a l’air de se demander si c’est une farce ou bien si c’est vrai.  La 3e, amusée, joue le jeu en y rajoutant sa propre fausseté :

« Ça m’surprend pas de lui, l’maudit vicieux, y’é tout l’temps en train d’essayer de r’garder en d’sous d’nos jupes. »
« Pour vrai? »
demande la seconde, sérieusement surprise par cette affirmation.

En panique, j’arrive à arracher mon bras de l’étreinte de Manon.

« NON MAIS ÇA VA PAS!? C’est elle qui a pris ma main pis qui me l’a posée sur elle de force. »
« Hostie de menteur! », répond Manon, amusée.
« Ouain, prends pas tes fantasmes pour des réalités. »  dit la 3e, avant de conclure avec: « Heille, Manon, faudrait pas que ton chum apprenne ça, jaloux pis violent comme il est. »

Je retourne calmement à ma table de travail, en soupirant, disant à Manon avec un air abattu:

« T’as pas d’allure! »
« C’est toé qui m’pogne les boules pis c’est moé qui a pas d’allure? T’as du front en estie, toé. Ha! Ha! »

Je me remet au travail sous les derniers rires et commentaires des  filles, qui retournent elles aussi au boulot.  Bien que j’arrive aisément à afficher une attitude extérieure calme, je suis simultanément envahi depuis les vingt dernières secondes par plusieurs sentiments aussi négatifs que violents:

PANIQUE! je viens de me faire plonger de force dans une situation qui ne peut être que négative pour moi et mon seul réflexe est de désespérément essayer de fuir, de m’en sortir.  Mais je n’arrive pas à trouver la sortie.  

TRAHISON! J’ai fait ce que Manon m’a dit de faire, sans jamais penser qu’elle pouvait chercher à me faire du tort, lui faisant d’instinct confiance.  Elle en a profité pour me faire ce sale tour.

INJUSTICE!  C’est elle qui ne cesse de me harceler sexuellement, et c’est moi qui passe pour le harceleur. Moi qui me suis toujours fait un point d’honneur a respecter la femme, à ne jamais faire de remarques déplacées, à ne jamais poser le moindre geste malvenu.  En quelques secondes, Manon a su démolir une vie entière d’efforts à me forger une bonne réputation.  Elle a réussi à me faire passer pour ce que je ne suis pas, pour ce que je n’ai jamais été.

ANGOISSE!  Qu’est-ce qui va arriver, maintenant?  Quelles seront les conséquences de son geste?  Il est évident que nos trois collègues, amusées par la scène, vont raconter ça à d’autres.  Et si, même celles qui ont compris que c’était un piège orchestré par Manon, considèrent que ce serait plus amusant de dire que c’était vraiment moi qui lui a fait des attouchements de mon propre chef? Si ça vient aux oreilles du patron, je risque de perdre mon emploi.  Et si quelqu’un met de la pression à Manon pour qu’elle porte plainte à la police?  Si elle ne veut pas avouer avoir inventé, elle sera bien obligé de la déposer, cette plainte.

PEUR! Et même si ça ne se rend pas jusqu’à la police, il est évident que l’une de nos collègue connait assez bien le chum de Manon pour savoir qu’il est possessif et violent.  Qu’est-ce qui va m’arriver si elle lui dit?

ABERRATION!  Alors c’est ça, notre récompense, lorsque l’on respecte la femme? Se faire manquer de respect en retour?  Voir sa réputation se faire salir?  Se faire planer la menace d’un renvoi ou de voies de faits? Un prédateur avec une attitude irrespectueuse ne va jamais subir de telles choses de la part des femmes.  Normal, elles ont peur de lui alors elles n’iront surtout pas le provoquer.  Est-ce que ça signifie que pour ne pas se faire donner une réputation de salaud, il faut vraiment être un salaud?  La seule façon d’obtenir le respect des femmes, ce n’est pas en les respectant mais bien en les intimidant?  C’est aberrant!  Je ne peux pas y croire.  Pourtant, après ce que je viens de vivre…     

SESPOIR! Si je reste, je continue de subir le harcèlement de Manon, en plus de voir ma réputation se faire entacher. Si je fuis la situation en donnant ma démission, c’est comme si je donnais un aveu de culpabilité, sans compter que rien ne garantit que je me retrouverai du boulot de sitôt.   Si je tente de rétablir les faits, ce sera la parole d’une faible femme, et de trois témoins, contre un salopard d’homme. Qui va me croire?  Personne!  Qu’est-ce que je peux y faire?  Rien!

 Je disais, dans le billet précédent, que mon statut d’homme faisait que je ne ressentais pas la peur de me faire violer puisque je ne crois pas qu’il soit possible de me forcer à avoir des relations sexuelles contre mon gré.  Eh bien j’ai appris que ce n’est pas parce que seul l’homme est capable physiquement d’agression sexuelle que ça le met automatiquement à l’abri des problèmes moraux, légaux et même physiques reliées au harcèlement sexuel en milieu de travail.  Selon la réputation sociale acceptée par tous, l’homme est fort et la femme est faible.  À cause de la faiblesse de la femme, tout le monde va la croire si elle se plaint de harcèlement sexuel contre un homme.  Et parce que l’homme est trop fort pour elle, alors la loi, la police, et même d’autres hommes seront toujours là, derrière elle, prêts à l’écraser pour elle.  Ainsi, la faiblesse de la femme est sa force.  Et la force de l’homme est sa faiblesse.

Ah, mais j’oubliais: Penser ceci, même après ce que Manon m’a fait vivre, ça fait de moi… Un misogyne!  Chose de plus à rajouter à mon désespoir comme quoi dans une situation de harcèlement sexuel au travail de la part d’une femme, l’homme ne peut absolument pas s’en tirer.

À CONCLURE.