Ces Red Flags vivants : La mystique qui rejette la réalité (1)

Chacun de nous avons au moins un problème insolvable qui revient périodiquement casser les couilles de notre existence. Dans mon cas personnel, c’est le fait que je semble attirer majoritairement des… Hum… Comment dirais-je?

Avec des amies comme ça…

Depuis le temps, j’ai fini par trouver la solution à ce problème : Choisir plutôt que me laisser choisir. Karine et Flavie, de qui j’ai parlé à de multiples reprises dans ce blog, sont de bons exemples de cette pratique. Dans les deux cas, c’est moi qui leur ai montré de l’intérêt en premier. Dans les deux cas, ce qui nous a séparé, c’était nos évolutions personnelles qui prennaient des chemins différents. Et dans les deux cas, nous sommes restés bons amis.

Mais là, je vais vous parler de la dernière à m’avoir approché d’elle-même, en l’ayant fait non pas sur le net mais en personne. Je vous en ai déjà parlé un peu ici et là dans quelques billets ces trois dernières années, mais seulement de manière anecdotique et en tordant un peu la vérité pour éviter que l’on pose trop de questions. Cette fois, on y va à fond.

Tout d’abord, mise en contexte.  Il y a cinq ans, j’ai suivi une formation afin de devenir préposé aux bénéficiaires.  À ma grande surprise, bien qu’étant âgé de 51 ans, j’étais le second plus jeune homme de ma classe.  Et aussi le plus beau, mes 40 jours d’itinérance ayant fait de moi un athlète.  À ma connaissance, au moins cinq femmes de cette classe se sont intéressées sérieusement à moi. Mais la majorité avaient une personnalité et/ou un physique que je ne trouvais pas attrayant.  Et puis, j’ai toujours évité comme la peste les relations au travail.  Car si ça tourne au vinaigre, il n’y a rien de pire que de d’être obligé de côtoyer son ex cinq jours par semaine.

Cependant, j’ai dû faire exception pour Mégane.  Non seulement était-elle la plus directe et la plus insistante, son langage corporel et ses réactions physiques face à moi démontraient une attirance profonde et un instinct de désir quasi-animal qui allait bien au-delà du simple caprice. En plus d’avoir cinq ans de moins que moi, et de tout de même bien paraître pour ses 46 ans, ce qui ne gâchait rien. 

Simple représentation par I.A, pour donner une idée.

Mégane était un cas classique que l’on retrouve assez souvent. En couple avec le même homme depuis vingt ans, mère depuis dix ans. Elle le décrivait comme un gars sans passion, sans drive, sans grands buts dans la vie. Ça faisait une éternité et demie que la passion et la complicité entre eux était disparue. Même que côté sexe, le gars était le poster-boy du classique et routinier entre-vient-retire-s’endort qui néglige sa partenaire.

Le gars gagnait bien sa vie, avec un revenu équivalent à quatre fois le salaire minimum. Et son père était un riche homme d’affaire qui lui lèguera un jour quelques millions. Pour reprendre ses mots à elle, il est né avec une cuiller en argent dans la bouche et une fourchette en or dans l’cul. Et à cause de ça, depuis son plus jeune âge, il avait entendu son père lui répéter que la fortune familiale faisait de lui une proie de choix pour toutes les profiteuses qui n’en voudraient qu’à son argent. Voilà pourquoi ça a pris dix ans de vie commune avec Mégane avant qu’elle réussisse à le convaincre de fonder une famille.

Et lors de leur vingtième anniversaire de couple, elle lui a sorti le grand jeu. Hôtel de luxe en montagne. Spa. Repas 47 étoiles. Champagne. Chambre nuptiale. Les pétales de roses et les chandelles. La panoplie complète. Et au moment de passer au lit, elle lui sort les alliances et la Grande Demande sur un genou.

… Demande à laquelle il a réagi en lui faisant une crise de panique. Et bien que la soirée se termina au lit, elle le fut avec lui qui sanglottait en demandant à Mégane de comprendre qu’il ne se sent pas prêt pour un tel changement dans leur vie. D’ailleurs, n’a-t-elle pas déjà la vie d’une femme mariée et mère de famille ? Ne manque-t-elle déjà de rien ? Qu’est-ce qu’elle veut de plus ?

C’est là que Mégane a compris que jamais leur relation ne sera officielle, ni entre eux, ni pour la famille, et surtout pas devant la Loi. Ce revers, elle l’a pris comme la pire des claques sur la gueule. Malgré vingt ans à être la femme parfaite et dix à être une mère exemplaire, il n’avait jamais cessé de se méfier d’elle. Les sentiments qu’elle nourissait envers lui avaient beau être sincères, il vient un temps où le manque de réponse positive de son partenaire finit par les éroder. Si vingt ans ensemble n’ont pas suffi pour qu’il lui accorde sa confiance, on ne peut la blâmer si cette distance qu’il persiste à garder entre eux a fini par en venir à bout.

Et voilà comment Mégane s’est retrouvée dans la situation classique de ces femmes que l’on entend souvent dire « Je ne ressens plus rien pour lui, mais je suis obligé de rester pour les enfants et parce que je n’ai pas l’argent pour partir. »

Lorsque la réalité devient trop difficile à vivre, beaucoup de gens ont le réflêxe de la fuir. Voilà comment Mégane a commencé à se tourner vers le mysticisme. Le tarot. Les cartes. Les runes. Les divinités paiennes. Les cristaux. La pensée magique. Tout comme la religion et l’horoscope le font pour certaines personnes, ces pratiques lui apportaient l’espoir que les choses allaient éventuellement s’améliorer pour elle. Ça l’a même guidé vers le chemin de son émancipation en lui montrant la voie à suivre : Débuter une nouvelle carrière. Et puisque nous étions au printemps de 2020, lors du début de la pandémie, et que le Gouvernement a annoncé leur programme gratuit et accéléré pour former 10 000 préposés aux bénéficiaires, elle y a vu un signe du destin.

Lorsqu’elle m’a vu en classe, tout de suite elle y a vu un autre signe. Signe qu’elle a vérifié avec le tarot. Et ce dernier lui a non seulement confirmé que oui, j’étais l’homme que le destin avait mis sur son chemin. Mais il lui annonça aussi un événement prochain qui saura lui démontrer hors de tout doute que dans le cas de son conjoint, c’était définitivement devenu l’inverse. Cet événement arriva vingt-quatre heures plus tard.

Les cartes de Monopoly, ça vaut bien celles du Tarot. Just sayin’.

S’étant abimé la cheville droite, elle ne pouvait plus conduire. Et bien que son conjoint était lui-même en congé forcé à cause de la pandémie, il rechignait à aller la porter à l’école, et encore plus à devoir s’arracher de ses jeux en ligne pour retourner la chercher. Et il lui jetait de nombreux blâmes, comme si cette situation était de sa faute à elle.

Il faut dire que jusque-là, elle avait passé la majorité de leur relation à être femme au foyer. C’était surtout lui qui voulait ça. Je suppose qu’il tenait à la rendre dépendante de lui et s’assurer qu’elle ne la quitte pas. Ce qui expliquerait pourquoi il voyait sa formation d’un mauvais oeil, et ne voulait pas l’aider. Ce qui obligea Mégane à faire un choix : Ou bien elle se paie elle-même le transport, ou bien elle devra renoncer à ses études.

S’il restait à Mégane le moindre doute comme quoi elle n’avait plus rien à faire avec lui, ce comportement les lui a définitivement enlevés.

Quant à moi, je n’avais pas remarqué Mégane plus qu’il le faut. Je croyais qu’elle était mariée car je la savais mère et en couple. Et il y avait deux autres étudiants qui ne la quittaient pas d’une semelle pour l’aider à se déplacer. Enfin, le hasard voulut que pour les travaux d’équipe, nous n’avions jamais été mis ensemble. Ce n’est qu’après la fin de nos deux premier mois de formation, à la veille de notre troisième et dernier qui serait un stage en milieu hospitalier, que son problème de pied se régla. Et qu’elle vint me faire connaître son intérêt pour moi.

Vingt-trois ans plus tôt, lors de mon retour aux études au cégep, j’avais vécu une situation similaire. Ma camarade de classe Océane était une belle jeune femme qui s’intéressait à moi, mais qui était en couple. À l’époque, j’étais un Nice Guy qui tenait mordicus à avoir un comportement parfait et irréprochable. À cause de ça, je me suis montré plus vertueux qu’elle, en la mettant à la porte, en lui précisant bien que si elle n’avait été ni saoule ni en couple, les choses se seraient passées autrement. Par ce geste je croyais avoir sauvé notre amitié d’une possible catastrophe. Je l’ai plutôt gâchée pour de bon. En plus d’avoir détruit ce qui avait le potentiel de devenir l’une des plus belle relation de couple de ma vie jusque-là, avec l’une des plus compatibles filles que la vie avait mis sur mon chemin. Ayant appris ma leçon à la dure, je ne comptais pas refaire cette erreur. D’où mon changement d’attitude face à cette situation. Car comme on dit par chez nous, faut quand même pas être plus catholique que le Pape.

Savoir être un (saint) esprit ouvert.

Dès le départ, Mégane a été très claire avec moi. Je ne suis que son amant, rien de plus. Même si elle ne ressent plus que du mépris pour son conjoint, pour le bien de son fils de dix ans, pas question pour elle de briser ménage. Si nous sommes vraiment les âmes soeurs destinées à passer le reste de notre vie ensemble, telles que les runes et le tarot nous décrivent, on saura bien attendre la majorité de son fils pour qu’elle puisse se séparer d’avec son père. Ça me va !

Bon, en vérité, ça ne me convenait pas vraiment. Quel homme accepterait l’idée d’être cocu volontaire en partageant sa copine avec un autre homme, même si ce dernier est son conjoint des vingt dernières années ? Il est vrai que techniquement, c’était lui qu’elle allait cocufier avec moi. N’empêche que comme situation, ce n’était pas l’idéal. Cependant, l’une des leçon que j’ai apprise avec le temps, c’est qu’il y a des choses qu’il ne faut pas nécéssairement planifier d’avance en se basant sur la situation actuelle. Tout évolue, tout change. Et surtout, la réalité n’a que faire de la rectitude morale. Mon ami André a lui-même été l’amant d’une femme mariée il y a vingt-cinq ans. Elle a divorcé. Ils se sont mariés. Aujourd’hui, ils sont toujours ensemble, heureux en couple et fiers parents de deux grands adolescents. Beaucoup de choses qui débutent dans le vice évoluent vers la vertu. C’est comme ça !

Dès nos premiers instants intimes, ce fut volcaniquement explosif. Rarement ai-je eu une si grande compatibilité sexuelle avec une partenaire, et ce dès la toute première fois.  Malgré ma libido qui avait diminué à cause que ma production de testo avait commencé à baisser, elle a su me la remonter comme dans ma jeunesse. Chacun de nous était convaincu avoir trouvé son match parfait. Elle commençait déjà des plans d’avenir pour nous deux, et parlait même de mariage.

Une chose causait de la friction entre nous : nos situations financières opposées. J’avais passé quarante jours de cet été-là en tant qu’itinérant. Et dès que j’ai appris à quel endroit nous allions faire le stage de notre troisième mois de formation, je suis allé prendre la meilleure option de logis qui s’offrait à moi, c’est à dire habiter une chambre dans une maison privée assez près de mon travail pour me permettre de faire le trajet à pied, même dans les grands froids d’hiver. C’était plus cher que le loyer de ce 3½ que j’occupe aujourd’hui cinq ans plus tard, au moment où j’écris ces lignes. Mais puisqu’il n’y avait rien de plus près, et que je n’avais pas de véhicule, je n’avais pas le choix.

Mégane ne voyait pas la chose du même oeil. Elle avait passé la majorité de sa vie adulte à être une femme au foyer, donc à se faire vivre par son conjoint dans une environnement confortable où elle n’a jamais manqué de rien. Elle ne connaissait donc rien aux réalités économiques. Elle me disait que, maintenant que nous allions gagner le double du salaire minimum, je n’avais qu’à me payer un condo et une auto.

MOI: « Je vais d’abord payer mes dettes. Je n’y arriverai pas si mon argent part à mesure dans mes paiements de condos et d’auto. »
ELLE: « Mais qu’est-ce que tu t’imagines? Tout le monde a des dettes, mon pauvre Stéphane. Quand on est adulte, c’est normal d’être endetté. »
MOI: « Oui, mais les dettes dont tu parles sont contractées pour l’achat d’une maison, d’une auto. En échange de ces dettes, les gens ont des possessions. Moi, je n’ai rien ! Mes dettes, je me les suis fait en perdant mon travail avec la pandémie, à déménager de Sherbrooke à Saint-Hilaire, en devant vivre sans revenus. Et ensuite, pour survivre à mon itinérance. »
ELLE: « Tu n’as qu’à emprunter à la banque. T’as jamais entendu parler des prêts auto et des hypothèques? »
MOI: « Je répète : Je n’ai rien ! Les banques ne prêtent pas d’argent à ceux qui n’ont rien. Et encore moins ceux qui ont plusieurs milliers de dollars de dettes. Ils ont besoin d’une garantie comme quoi je serai en mesure de rembourser. »
ELLE: « T’as une job pis un bon salaire. C’est une garantie, ça. »
MOI: « Une garantie? On commence à peine notre stage d’un mois. On n’est même pas encore salariés, on vit sur nos bourses. Et on a eu juste une formation accélérée de deux mois. Je ne sais même pas encore si j’ai ce qu’il faut pour être embauché à la fin du stage. Mes dettes actuelles peuvent attendre. Mais un prêt auto et une hypothèque, ce sont des dépenses que l’on s’engage par contrat légal à payer à tous les mois. Après le stage, si je ne fais pas l’affaire, on me mettra à la porte et je ne pourrai plus payer. La seule façon de casser ces contrats sera de déclarer faillite. Entretemps, j’aurai multiplié ma dette par dix. Dette que je devrai tout de même rembourser. »

Et c’est là que, pour la première fois, elle me démontre avoir tendance à rejeter la réalité.

ELLE: « Bon ! Ok ! Si tu veux passer ta vie dans une chambre trop chère où t’as pas le droit de recevoir de la visite, c’est ton choix. »
MOI: « HEY! Ça ne me prendra pas toute ma vie pour rembourser mes dettes. Mais si je fais ce que tu dis, même si je garde mon emploi, alors là, oui, assurément, je ne me sortirai jamais de la misère. Laisse-moi le temps de solidifier ma position dans mon travail en prenant de l’expérience. Puis de clairer mes dettes. Après ça, je pourrai épargner. Et un jour, dès que j’aurai en banque la moitié de la valeur d’une maison, la banque m’en prêtera l’autre moitié sans soucis. Parce qu’entretemps, en remboursant mes dettes et en ayant accumulé de l’argent, je leur aurai prouvé que je ne suis pas un risque pour eux. Fais-moi confiance, je sais ce que je fais. Rien ne presse. On a huit ans devant nous. »

Céder à la gratification instantanée, il n’y a pas de meilleure formule pour s’assurer de rester dans la misère toute sa vie. Je le sais ! Je l’ai vécu en étant dépendant de parents qui vivaient au-dessus de leurs moyens. Je l’ai vécu de nouveau avec des conjointes dépensières compulsives. Et surtout, je l’ai vécu quand la mère de mes enfants et ma belle-mère ont tout perdu au Casino, tout en refusant d’ajuster leurs manières de vivre. C’est une erreur que je ne ferai jamais. Je veux bien céder à certains caprices des autres, si ces décisions n’ont pas le potentiel de me causer des ennuis. Mais lorsque je sais que j’ai raison et que d’écouter les autres va me causer des problèmes, personne ne peut me faire céder. Si Mégane n’est pas en mesure de comprendre ça, alors qu’elle reste avec son conjoint riche.

Apparemment, l’idée de me perdre lui était plus insupportable que celle de sortir avec un gars temporairement pauvre. Devant ma détermination, elle a cessé de me mettre de la pression à ce sujet.

Pour l’année et demie qui allait suivre, nous allions vivre notre relation en cachette. Malheureusement, à cause de nos horaires et de sa vie de conjointe et mère, nous n’avions que peu d’opportunités de se voir. On l’avait mis sur l’horaire de nuit, et moi de jour. Aussi, deux ou trois jours par semaine, pendant sa pause d’une heure, je me levais au milieu de la nuit pour aller la rejoindre dans le parking du CHSLD. Et là, dans son auto, on laissait libre cours à notre passion. Je retournais ensuite dormir avant de me relever pour aller travailler.

Tel que déjà abordé dans un billet de 2021 intitulé Préposé aux Maléficiaires, au bout de trois mois, des seize étudiants de ma classe qui furent embauchés, j’ai été le huitième à être congédié de manière abusive. Je me suis félicité d’être resté sur mes positions au sujet de l’auto et du condo.

Mon congédiement ne changeait rien au fait que le milieu de la santé manque cruellement de travailleurs. Aussi, me suis-je rapidement trouvé une place dans une maison de retraite au privé, dans la ville de Saint-Jean-Baptiste. Et c’est Mégane qui m’y a trouvé le petit logis pas cher que je loue toujours aujourd’hui. Mais cinq mois plus tard, à la fin de mai 2021, pour des raisons obscures, ma patronne perdait sa licence et a été obligée de fermer. J’étais de nouveau sans emploi. Mais cette fois avec un bail qui ne prendrait fin que dans quatorze mois. Et ceci m’empêchait de déménager vers là où il y a de l’emploi dans mon domaine.

C’est là qu’il m’est venue une idée. Et si je prennais des vacances d’étudiant ? Deux ou trois mois de vacances d’été. Non seulement n’avais-je plus de dette, j’avais réussi à me mettre un peu d’argent de côté. Avec ça et mon bon crédit, je pourrais me le permettre. Et puis… Pendant les neuf dernières années, je n’ai pas arrêté. J’ai commencé par être gars de ménage dans un garage de bus. J’ai enchainé en tant que concierge dans un édifice d’une vingtaine d’étages. Puis comme chef-concierge dans une tour à condos de luxe de 33 étages. Puis surintendant dans une usine de portes et fenêtres. Technicien aux données pour la BAnQ. Technicien en sécurité et accès aux données pour BMO. Enfin, étudiant puis préposé aux bénéficiaires dans un CHSLD, puis pour une résidence. J’ai eu à déménager dans plusieurs quartiers de Montréal, puis à Sherbrooke, Mont-Saint-Hilaire, Beloeil, Saint-Jean-Baptiste… Sans compter tous les problèmes que mes parents m’ont causés en venant se mêler de ma vie privée et professionnelle, qui furent en partie responsables de certaines de mes obligations de déménager, de changer d’emploi, de conjointes, et même de mon itinérance de l’été 2020. À mes yeux, je méritais bien un repos.

Et surtout, être libre de tout horaire de travail m’a permis de voir Mégane bien plus souvent. Elle avait ajusté son horaire comme suit :

  • La nuit, elle travaille.
  • Au matin, elle dort pendant quatre heures.
  • Elle vient me voir de jour, tandis que son conjoint est au travail et son fils à l’école. Ou au camp de jour pendant l’été.
  • Elle repart chez elle pour leur retour.
  • Elle dort quatre autres heures en soirée.
  • Puis elle repart travailler.

Ma situation de vacancier allait vraiment améliorer notre relation. On se voyait de deux à cinq fois par semaine. Elle venait chez moi. On faisait l’amour jusqu’à épuisement. Puis, on partait explorer les villes avoisinantes, faire du shopping, aller en ballade à pied, s’arrêter à des restos, partir en road trip. Pas trop loin puisque son temps était compté, mais assez pour ne pas craindre d’être vus par des gens qui la connaissent. Le bonheur presque parfait. Et pendant les weekends qu’elle était bien obligée de consacrer à sa famille, je travaillais sur mes projets de BD et d’écriture. Entre autres, un projet d’album de Lucky Luke, sur un scénario que j’avais en tête depuis plusieurs années.

Faut reconnaître que c’est bien imité, quand même.

Au bout de trois mois, j’étais de nouveau légèrement endetté. Il était donc temps de redevenir travailleur salarié. Je n’avais pas de regrets. Je m’étais offert de longues vacances reposantes pour le corps et l’esprit, sans le moindre soucis, dans un très bel été, et j’avais passé celui-ci en compagnie de la femme que j’aime et qui m’adore. Je ne demandais rien d’autre de la vie.

Dans un village agricole comme Saint-Jean-Baptiste, les opportunités de travail sont peu nombreuses, surtout à la fin de la saison des récoltes. Ma meilleure option était de joindre l’abattoir de dindes pas loin de chez moi, à travailler sur une chaîne de production.  Et ceci me pose deux problèmes. 

Premier problème : Un calcul rapide me démontre qu’une fois les déductions salariales retirées, travailler à l’abattoir me rapportera bien en dessous du salaire d’un préposé aux bénéficiaire. Ce n’est pas avec ce revenu que je pourrai me payer un véhicule qui me permettra d’aller chercher un meilleur travail ailleurs.  Je me vois donc condamné à passer le reste de ma vie pauvre.  Pauvre et seul.  Car, second problème, l’abattoir n’a qu’un seul quart de travail, et c’est de jour, du lundi au vendredi. C’est-à-dire les seuls moments où Mégane et moi pouvons nous voir.

À tout hasard, puisque j’ai un projet de livre en chantier, je fais une demande de bourse auprès du Conseil des Arts et Lettres du Québec. Mais celle-ci est rejetée.

Sans autre choix, je postule à l’abattoir. Je suis aussitôt embauché. Malheureusement, les bottes qu’ils fournissent pour le travail me sont inconfortables, même avec mes orthèses. La douleur me force à arrêter au bout de quatre heures. Je recevrai tout de même une paie d’un jour complet de travail, étrangement.

Sans trop y croire, mais ne voyant pas d’autres options, je dépose une demande au chômage. À ma grande surprise, non seulement celle-ci fut acceptée, j’ai droit à cinquante semaines, à $2 200 par mois. Avec un loyer de $500 pour un 3½ un peu délabré mais propre, et mon train de vie modeste, ça m’est plus que suffisant pour vivre. Et ça va me permettre de consacrer tout mon temps libre à terminer mon projet de livre Le Sucre Rouge de Duplessis sur lequel je travaille depuis déjà deux ans. Et qui sait, peut-être que dans cette année-là, d’autres opportunités se présenteront, ou bien je verrai d’autres options que je n’ai pas maintenant. L’avenir s’annonce donc plutôt bien.

Bien que je devais notre relation aux croyances mystiques de Mégane, celles-ci n’avaient pas vraiment eu l’occasion de s’infiltter dans notre couple. Ça allait changer. Et pas de manière positive.

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À CONCLURE.

L’intimidation légitimisée, 1 de 4.

Toute notre vie, on nous a bourré le crâne avec le concept de la personne bienveillante qui fait dans le « Je suis dur avec toi mais c’est pour ton bien. »
Il est vrai que sur papier, le concept de la personne sévère mais juste, ça semble légitime.

Malheureusement, la majorité des gens qui clâment haut et fort en faire partie ne sont, au final, que des intimidateurs. Ils se dissimulent derrière une façade altruiste dans une tentative de justifier leur besoin de rabaisser les autres.

La preuve qu’il ne s’agit que d’une facade. À chaque fois que je démontre à quelqu’un que je suis ouvert à ses critiques constructives, qu’il s’agisse d’un homme ou d’une femme, c’est toujours pareil. Sur une période allant de quelques semaines à quelques années, j’écoute ce que l’autre a à dire à mon sujet, démontrant ainsi un esprit ouvert et désireux d’apprendre. Mais il arrive toujours un moment où il me lance une critique impertinente et abusive. À ce moment-là, je lui explique où se situe son erreur de jugement, en lui précisant les faits.

À tout coup, ça ne rate pas. La personne en prend ombrage. Elle préfère désormais en rester là et limiter les contacts. Et ça, c’est quand la personne ne fait pas un volte-face pour devenir brusquement un(e) ennemi(e) acharné(e).

Ce qui démontre à chaque fois, et à ma grande déception, qu’aucun apôtre de la critique constructive ne semble être capable de pratiquer ce qu’il prêche.

Avec les années, j’ai constaté que nous pouvons séparer ces gens en quatre catégories distinctes. La première est le sujet du billet d’aujourd’hui.

CATÉGORIE 1) La personne qui cherche à s’approprier le crédit des réussites des autres.
Mise en contexte : Ça remonte à l’époque où Quebecor tentait de s’approprier une part du marché de l’internet avec son Portail Canoë. En décembre 2006, ils estimaient rejoindre 84,1 % des internautes Québécois.

En janvier 2007, ils ont lancé Espace Canoë, une plateforme permettant aux Québécois de partager des vidéos, des photos, des opinions, avec leurs familles, leurs amis, leurs collègues de travail et les gens qui ont les mêmes passions.

Traduction: ils offraient des équivalents québécois de MSN, Google, Messenger, MySpace et YouTube. (Twitter et Facebook existaient, mais étaient encore largement inconnus du grand public francophone.)

En janvier 2008, Portail Canoë lança le concours Défi Diète. Ils recherchaient dix candidats désireux de perdre du poids et de le stabiliser. Il fallait s’ouvrir un blog sur Espace Canoë pour y soumettre nos candidatures. Les lauréats iraient se réunir une fois par mois dans le même gym. Les caméras allaient les filmer tandis qu’ils feraient des exercices coachés par Josée Lavigueur, qu’ils recevraient des conseils en nutrition par Isabelle Huot, et qu’ils seraient motivés par les speechs de Guy JsaisPlusQui. Puis, entre les réunions, les lauréats auront droit à un entraineur privé au Énergie Cardio le plus près de chez eux, où ils s’engageront à aller trois fois par semaine. Enfin, ils devront utiliser leur espace blog pour y chroniquer leurs progrès avec textes et photos.

Ayant de la difficulté à maintenir un poids stable depuis que j’ai atteint mes trente ans, j’ai tenté le coup. J’ai ouvert un blog…

… et j’ai été le premier choisi sur les dix, grâce à mon vidéo de candidature qu’ils ont trouvé désopilant.

Le défi qui dure pendant trois mois était en partenariat avec la chaine de gym Énergie Cardio, et publicisé à la télé dans l’émission matinale Salut Bonjour sur TVA, ainsi que dans le magazine Dernière Heure et le Journal de Montréal. Là encore, grâce à mon humour, je fus celui que l’on a mis en avant.

Et bien sûr, c’était aussi chroniqué sur Portail Canoë, avec des articles comme celui-ci.

C’est dans cette période que je tire l’exemple de la personne négative qui cherche à s’approprier le crédit des réussites des autres. Il s’agit de l’un des candidats, qui s’était donné le nom de SebXtremVision. Et qui aurait plutôt dû s’appeler SebVisionXtrèmementÉtroite. Depuis le temps, j’ai perdu la majorité des captures d’écran qui le concernent, sauf les trois que vous verrez plus bas.

Au meilleur de mes souvenirs, dans son blog de candidature, il disait qu’il était pompier à Montréal et que dans sa jeunesse il arrivait à garder la forme. Mais voilà, ajouta-t-il comme exemple, avec les sacs de chips qui affichent sur la section des valeurs nutritives « 120 calories pour trois croustilles », il posait la question bien légitime : « Mais QUI va se limiter à trois chips par jour ? »

Il parlait également de son fils de huit ans qui se nourrissait mal, et dont l’exemple l’influençait lui-même à malbouffer. Car quand on réchauffe une Pizza Pochette™ pour son fils, comment résister à la tentation de s’en ajouter une autre pour soi-même ?

Puis, son texte prennait un virage égocentrique et prétentieux. Il affirmait être un bon candidat car il se donnerait comme mission d’encourager les autres, de les aider, de faire en sorte qu’ils n’y renoncent pas en cours de route. Jamais il ne laissera quelqu’un abandonner, et toujours il saura les conseiller pour les aider à atteindre leur but de santé, force et bonne forme.

Dose de réalité : Le gars n’est même pas capable d’atteindre la bonne forme par lui-même… Hey, il laisse son fils de huit ans l’influencer à se nourrir mal. Et il prétend avoir ce qu’il faut pour aider les autres à réussir ? Wow !

Malgré ses lacunes évidentes, il ne se voit pas au même niveau que les autres candidats. Il se voit au-dessus d’eux. À ses propres yeux, sa place est parmi les entraineurs et des nutritionnistes. Il n’est pas là pour apprendre. Il est là pour nous apprendre. Et ce, je le répète, pour quelque chose dans lequel il échoue lui-même.

Puisque j’ai été le premier à être choisi (mais pas encore annoncé publiquement), je suivais l’affaire de près pour le choix des candidats suivants. La veille du jour où ils devaient annoncer les lauréats, j’ai été surpris de voir son nom sur la liste. Et ceci m’a fortement déplu. Il se trouve que quelques jours plus tôt, il avait posté un billet de blog qui disait à peu près ceci:

Espace sebXtremvision
Mes prédictions pour Défi Diète 2008.
Parmi les neuf autres candidats choisis (le premier étant moi hi hi), voici mon prognostic:
– Deux candidats vont abandonner en cours de route.
– Trois réussiront à perdre beaucoup de poids, mais vont tout le reprendre à la fin des trois mois.
– Trois vont perdre très peu de poids, car ils n’en feront qu’à leur tête
– Un, peut-être deux, vont en perdre un bon montant et arriveront à rester stable.
– Il y en aura peut-être même un qui va continuer de s’améliorer seul, après la fin des trois mois. Je n’y crois pas. Mais on ne sait jamais, un miracle pourrait arriver.

Les lauréats n’étaient pas encore annoncés –ils n’étaient même pas encore tous choisis pour commencer– qu’il se permettait déjà de porter des jugements négatifs contre eux.

J’ai aussitôt écrit aux organisateurs afin d’attirer leur attention sur ce billet. Je leur ai exprimé qu’à mon humble avis, une personne qui fait preuve d’une personnalité aussi condescendante et qui se permet de porter de tels préjugés négatifs sur les lauréats potentiels de Défi Diète, et ce sans même les connaître, n’a certainement pas sa place parmi eux. On m’a entendu. Quinze minutes plus tard, son nom disparaissait de la liste des finalistes et était remplacé par celui d’une femme.

Je suppose que SebXtremementChiant n’a jamais su qu’il avait été sélectionné puis rejeté. Il en aurait certainement parlé sur son blog.

Jeudi le 24 janvier. Les dix lauréats de Défi Diète 2008 sont annoncés. En constatant qu’il n’en faisait pas partie, SebXtremLoser nous annonce qu’il va poursuivre dans sa voie du jugement négatif. Cette fois, je lui répond dans les commentaires.

Il me répond par message privé. D’abord, il tente d’anoblir sa négativité, en disant (si on arrive à déchiffrer son français de maternelle) que grâce à son jugement négatif, les candidats vont se motiver à aller jusqu’au bout afin de lui prouver qu’il se trompe. Voilà qui donne une petite idée du niveau de l’importance qu’il se donne.

Et ensuite, pour m’amadouer, malgré le fait qu’il n’en sait pas plus sur moi que sur les autres candidats, il me porte un jugement positif, dans lequel il exprime n’avoir aucun doute sur ma réussite.

Entretemps, sur son blog, j’ai attiré l’attention des lauréats, ainsi que de plusieurs autres candidats non-choisis mais sympathiques. Il s’est pris plusieurs commentaires pas cool sur la gueule. Tellement qu’il a réécrit le billet et son titre, pour nous répondre à tous en même temps.

Je me souviens très bien que sa dernière réponse dans la section des commentaires disait un truc du genre de « Mais oui, justement ! Prouvez-moi que je suis un con en me faisant mentir, en mettant l’effort requis pour réussir le défi.» À ça, ma réponse était « Je n’ai jamais vu quelqu’un qui ressent à ce point-là le besoin de s’approprier le crédit pour la réussite des autres. C’est vraiment malsain.»

Avec sa déclarations comme quoi il allait tout faire pour nous assurer notre réussite, il se plaçait au-dessus de nous. Et avec ses préjugés comme quoi nous allions majoritairement échouer, il nous rabaissait plus bas que lui. Il avait beau tenter de se légitimiser en prétendant que ce n’était que dans l’esprit du « Je suis dur avec toi mais c’est pour ton bien » , il n’était en réalité rien de plus qu’un intimidateur qui se défoulait sur des inconnus de la frustration que lui apportait sa propre lâcheté, son manque de volonté, et sa force de caractère d’une nouille trop cuite. Choses qu’il démontrait, entre autres, en responsabilisant son fils de huit ans pour justifier ses propres mauvais choix alimentaires.

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À SUIVRE

L’âgisme réel et imaginaire

À mon travail, à chaque fois que je dis mon âge, mes collègues sont toujours étonnés d’apprendre que j’ai 56 ans.  Il est vrai que j’ai eu de la chance.  Ma peau ne ride presque pas et n’a pas encore perdu son éclat.  Et à ça je combine l’exercice cardio et musculaire.  Ajoutons la teinture pour dissimuler mes poils blancs, et tout cela ensemble me donne une apparence rajeunie.  Voilà pourquoi on me répond toujours que l’on me donnait entre 35 et 45 ans, ce qui est très satisfaisant pour mon orgueil. 

Sourire? Ça donne des rides.

Il arrive cependant des moments où je ressens une certaine hésitation à avouer mon âge.  Et c’est lorsqu’une intéressante jeune femme me le demande.  Si vous êtes un homme, ça vous est probablement déjà arrivé.  Sinon, ça ne saurait tarder. 

Que faire à ce moment-là ?  Avant toute chose, sachez qu’il y a cinq mauvaises réponses à ne pas donner, et une bonne.  Commençons avec : 

MAUVAISE RÉPONSE no.1 : Mentir. 
S’il est vrai que j’ai l’air d’avoir entre 35 et 45, je pourrais certainement dire à cette jeune femme que j’ai 39, tiens.  Et elle le croirait.   

Et c’est une mauvaise idée, parce que ? 
Plus longtemps je vais lui cacher mon âge véritable, et plus il me sera difficile d’oser le lui avouer.  Alors si on se retrouve en relation de couple, et que le temps passe au point où ça devient vraiment sérieux, je devrai passer le reste de notre relation, peut-être le reste de notre vie, à le lui cacher. Et à vivre dans l’angoisse qu’elle découvre un jour la vérité. Or, ce genre de chose ne peut se cacher éternellement. Lorsqu’elle le découvrira, le choc de constater que je lui aurai menti pendant tout ce temps sera suffisant pour qu’elle se pose la question « S’il m’a caché quelque chose d’aussi anodin tout ce temps-là, quoi d’autre de bien pire est-ce qu’il me cache? » Ce qui mettra automatiquement fin à la relation, et ce dans une atmosphère extrêmement négative, dans laquelle je subirai tous les soupçons imaginables, allant de la polygamie jusqu’au passé criminel.   

MAUVAISE RÉPONSE no.2 : Répondre par une question. 
En particulier « Pourquoi tu veux savoir ça? » 

Et c’est une mauvaise idée, parce que ? 
Si c’était une question vraiment personnelle du genre de « Quel est ton numéro de carte de crédit? » ou bien « Quel sont tes légumes préférés pour le massage des hémorroïdes? », là, d’accord, c’est normal de demander pourquoi elle te la pose. Mais quelque chose d’aussi anodin que ton âge? Les seules personnes qui répondent « Pourquoi veux-tu le savoir? » sont ceux qui tiennent à le cacher.

MAUVAISE RÉPONSE no.3 : Refuser de répondre et/ou détourner le sujet. 
Il m’est arrivé, sur le ton de la blague, de répondre « Assez vieux pour savoir qu’il vaut mieux pour moi de ne pas répondre pas à ça. ».  Ou bien plus sincèrement « Assez vieux pour que ça me dérange de le dire. » 

Et c’est une mauvaise idée, parce que ? 
Alors que la réponse précédente, « Pourquoi tu veux savoir ça? » , donne l’impression que l’on n’assume pas son âge, refuser de répondre et/ou détourner le sujet confirme qu’on ne l’assume pas.  Ce qui démontre un grand manque de confiance en soi.  C’est également perçu comme mettre de l’importance dans les apparences, dans les choses frivoles, non-importantes. 

MAUVAISE RÉPONSE no.4 : Donner une réponse compensatoire. 
Par exemple, cette réponse typique des hommes dans la quarantaine : « 45, mais j’ai l’énergie et/ou la libido d’un gars de 25. »

Et c’est une mauvaise idée, parce que ? 
Lorsque tu ressens le besoin de compenser pour ton âge, c’est signe que tu ne te sens pas en sécurité avec celui-ci. De plus, tu exprimes que tu crois qu’avoir 45 ans, c’est être inférieur à ceux qui sont dans leur prime jeunesse. Ça exprime donc tes complexes, voire même ton auto-âgisme.

MAUVAISE RÉPONSE no.5 : Décider à sa place que ton âge est quelque chose de négatif pour elle.  
C’est quelque chose que je faisais encore au printemps dernier, comme on a pu le voir dans mon premier billet de la série Noémie, ou le rêve devenu réalité

Elle a mis son profil accessible aux gars de mon âge. Mais JE SAIS que je suis trop vieux.

Et c’est une mauvaise idée, parce que ? 
Si une femme constate qu’un homme s’intéresse à elle, mais qu’elle ne ressent rien pour lui, elle tentera de le décourager.  Pour ce faire, elle glissera sans cesse dans leurs conversations des indices comme quoi ils sont incompatibles.  Alors si tu lui énumère toutes les raisons pourquoi votre différence d’âge pourrait se mettre entre vous deux, c’est exactement ce que tu as l’air toi-même de faire : vouloir la décourager de se rapprocher de toi.  Ce genre de comportement a le don de se transformer en prophétie autoréalisatrice.

Laisse-moi t’apprendre quelque chose qui est pourtant logique quand on y pense : Si la femme te demande quel est ton âge, c’est parce qu’elle est déjà intéressée à toi.  La preuve : as-tu déjà été curieux de savoir l’âge de quelqu’un qui ne t’intéressait pas ?  Ben non, hein !?  Alors si elle te pose cette question, ce n‘est pas dans le but de voir si tu es trop vieux pour elle.  C’est tout simplement pour en savoir plus sur toi.  Parce que tu l’intéresses.  

Mauvaise réponse no.5 : Ne dire que le chiffre. 
« C’est quoi ton âge ? »
« 56 ! »

Bon, oui, techniquement, c’est une réponse franche, claire, précise, droit au but.  Maaaaaaais… 

… C’est une mauvaise idée, parce que ? 
Nous avons déterminé que si une femme te demande ton âge, c’est parce qu’elle a de l’intérêt pour toi.  Est-ce que tu en as pour elle en retour?  Oui ? Alors montre-le lui mieux que ça.  Parce qu’une réponse comme celle-là peut donner l’impression que tu espères que la conversation se termine là. 

Alors quelle est la bonne manière de répondre ? 
Une variante de ma propre réponse. Avant mon anniversaire, je disais : « J’aurai 56 ans le 21 juillet.  Et toi? »  Et depuis, je dis : « J’ai eu 56 ans le 21 juillet.  Et toi? » 

Et ça, c’est une bonne idée, parce que ? 
Tout d’abord, en répondant ceci, tu cesses d’être la personne qui subit un interrogatoire.  Tu es maintenant celui qui prends le contrôle de la conversation.  En répondant une phrase détaillée, tu prolonges la conversation.  Ceci est un signe d’intérêt.  Et tu lui renvoie sa question.  Ceci est un autre signe d’intérêt.  Et cette information supplémentaire qu’est ta date de naissance lui donne l’opportunité d’apporter du neuf sur le sujet.  Car si je me fie à mes expériences personnelles, 75% des femmes s’intéressent à l’astrologie.  Elle ne manquera donc pas cette opportunité de comparer vos signes, et d’y voir de la compatibilité.  Et si elle s’intéresse à vous, croyez-moi qu’elle saura les trouver, ces compatibilités.  La preuve : une de mes ex, Mégane.  Lorsque l’on a commencé à se fréquenter, elle nous avait tiré aux cartes, au tarot, aux runes, etc.  Et toutes ses lectures étaient claires sur le fait que j’étais l’homme de sa vie, son âme sœur, la seule, l’unique.  Deux ans plus tard, ces mêmes cartes, tarots et runes lui disaient exactement la même chose au sujet de celui pour qui elle m’a quitté. 

Et si, au contraire, après avoir appris ton âge, elle exprime que votre différence d’âge la répulse? Ça veut tout simplement dire que cette fille ne cherche qu’à te passer le message comme quoi elle n’est absolument pas intéressé à toi. Ce qui signifie que si elle n’avait pas utilisé la différence d’âge pour le faire, elle aurait trouvé autre chose pour bien te faire comprendre qu’entre elle et toi, il ne se passera jamais rien.

De toute façon, que ce soit au sujet de l’âge ou de toute autre différence entre vous deux, les anglophones ont un dicton qui résume très bien la situation : « Those who matter don’t mind. Those who mind don’t matter. » Ceux qui comptent n’y attachent pas d’importance. Ceux qui y attachent de l’importance ne comptent pas.

Ariane, 2 de 2 : Road Trip vers l’irréconciliable

Nous sommes dimanche matin, le lendemain de mon arrivée chez Ariane. Elle habite Laval, tout juste après Montréal. J’ai dormi dans la chambre du rez-de-chaussée, et elle dans la chambre du sous-sol. Au matin, on fait le plan de la journée.

Elle me dit qu’elle a plusieurs achats à faire aujourd’hui. Entre autres, passer à la boutique Ardène pour des bottes d’hiver. Et puisque nous sommes dimanche, les commerces ferment à 17h00. Quant à moi, je dois aller à Beloeil récupérer mes pneus pour mon rendez-vous au concessionnaire demain matin, 07h15. J’irai donc les chercher en soirée, après son shopping. Avec la distance Laval-Beloeil, et en tenant compte de la circulation et des travaux routiers, je devrais en avoir pour deux heures à faire l’aller-retour.

Ariane considère que c’est idiot de perdre la soirée à faire ça. Elle me fait une suggestion qui démontre clairement qu’elle ne comprend rien aux réalités des embouteillages des heures de pointe, car elle s’imagine qu’en partant à 06h00 demain matin, j’aurai le temps de traverser Montréal, d’aller chercher mes pneus, puis d’arriver au concessionnaire, tout ça en une heure et quart. Je sais que c’est impossible. Surtout au matin, alors que cinq voies doivent se combiner pour n’en faire qu’une seule pour passer par le tunnel Louis-Hyppolite Lafontaine.

Si je rate mon rendez-vous pour l’auto, et je vais certainement le rater si je fais comme elle dit, la prochaine date disponible ne sera pas avant la mi-janvier, dans deux mois. Et puisqu’au Québec la loi exige les pneus d’hiver pour le 1er décembre, ce qui est dans deux semaines, ça va me mettre dans la merde.

Elle insiste tout de même comme quoi j’aurai bien le temps de tout faire ça le lendemain matin. D’accord, je cède. On passera la soirée ensemble. Mais alors, il faudra que je me lève à 04h00 du matin pour partir aussi sec afin d’éviter l’heure de pointe. J’irai récupérer mes pneus, je petit-déjeunerai dans un Tim Hortons, puis j’irai au rendez-vous, voilà tout.

Elle n’aime pas mon plan. Elle dit que ça ne tient pas debout, que c’est stupide de couper sur mon temps de sommeil. Mais je n’en démords pas. J’ai habité à Montréal pendant 28 ans. Je connais les conditions de route montréalaise le matin. Je dois récupérer mes pneus, et ce sera ou bien ce soir, ou bien demain avant l’aube. C’est l’un ou c’est l’autre. Pas d’autre choix.

Elle me demande pourquoi je n’ai pas pensé à aller les reprendre hier, en arrivant, puisque Beloeil est sur le chemin de Montréal. Je lui rappelle qu’hier, mon auto était encombrée de ses machines de gym, et qu’il n’y a pas assez de place dans mon auto pour ça et mes pneus.

En soupirant, elle me propose une 3e option. On va tout de suite les chercher, et on ira ensuite au centre d’achats. Je lui dis qu’il y a plusieurs centres d’achats près de mon entrepôt, et dans les villes avoisinantes. Mais non, elle refuse. Il n’y a qu’un seul centre qui lui convient, et celui-ci est à Laval. Très bien, j’accepte. Mais alors, il faudra partir immédiatement car il est déjà 11h00.

Je prends la route vers le tunnel Louis-Hippolyte Lafontaine. Elle me dit de plutôt prendre le pont Jacques-Cartier. Je lui explique que le tunnel Lafontaine, c’est l’autoroute 20, et que mon entrepôt longe l’autoroute 20. Je ne vois donc pas la logique de faire un détour. Elle insiste comme quoi ça irait beaucoup plus vite. Je soupire.

Les Anglais ont un terme pour ce genre de personnes : Back-Seat Driver. C’est lorsqu’un passager tente de s’approprier le contrôle du véhicule en adressant au chauffeur des suggestions aussi répétitives que non-sollicités et des commentaires majoritairement négatifs sur sa manière de conduire, mais surtout sur sa connaissance de la route.

En 1997, j’ai subi ça de la part de Geneviève la Coloc de l’Enfer. Je n’ai pas envie de revivre cette merde avec Ariane vingt-sept ans plus tard. Aussi, j’utilise une option qui n’était pas disponible à l’époque : j’allume Google Map. Je dis au micro le nom de mon entrepôt. Et aussitôt, Google Map nous donne le chemin le plus rapide pour y arriver. Et ce n’est pas par le pont Jacques-Cartier. Mais bien, comme je le disais, le tunnel Lafontaine. Devant cette preuve, elle répond :

« En tout cas, moi, quand mon amie Joanne me reconduit de Longueuil à Laval, elle prend Jacques-Cartier et ça lui prend juste vingt minutes. »

Ah ? Je suppose que son amie Joanne a son brevet de pilote et son propre avion.

Je ne comprends pas pourquoi Ariane insiste de si mauvaise foi. Mais bon, puisque j’utilise Google Map, elle ne peut pas balayer mes dires comme étant la simple opinion d’un ignorant. Comme je l’espérais, voilà qui met fin cet irritant sujet de conversation.

Il est midi lorsque nous sortons du tunnel Lafontaine. Ariane s’en plaint.

« Au temps que ça prend, le centre d’achats va être fermé à notre retour. »
« Ah oui? Tu dis que ça va nous prendre quatre heures pour faire l’aller-retour ? Pourtant, ce matin, tu disais que le chemin pouvait se faire en une heure et quart. »
« Oui, si tu passes par le pont Jacques-Cartier. »

Je ne peux pas croire qu’elle insiste encore là-dessus. J’essaye d’acheter la paix, ne serait-ce que d’esprit.

« Alors écoute : je vais prendre la prochaine sortie, me rendre à Jacques-Cartier, et on va faire ton magasinage tout de suite. D’accord? Ensuite, je vais suivre mon plan original, qui est de passer prendre mes pneus tôt demain matin. »
« Ben là ! Non ! Laisse faire ! On est déjà sorti de Montréal, là. On va les chercher, tes pneus, ce sera fait. »
« Comme tu voudras. »

On arrive à Beloeil. On se rend à mon entrepôt. Je récupère mes pneus. Puis, d’un ton condescendant, elle me dit :

« Est-ce que tu sais comment te rendre au pont Jacques-Cartier à partir d’ici ? Ou bien est-ce t’as absolument besoin de ta petite machine pour être capable de le faire ? »

Je ne la savais pas si orgueilleuse. Elle n’a vraiment pas digéré que Google Map me donne raison.

« D’habitude pour aller à Jacques-Cartier, je prends la route 116. »
« La 20 est plus rapide. On n’a pas de temps à perdre. »

Il est vrai que juste avant de prendre le tunnel Lafontaine, la dernière sortie permet de rejoindre le pont Jacques-Cartier. Je ferai ça. On reprend donc la 20, direction Montréal.

Arrivés à la hauteur de Boucherville, on passe sous le viaduc de l’autoroute 30. Elle me dit :

« Pourquoi t’as pas pris la sortie qu’on vient de passer ? »
« Pourquoi est-ce que j’aurais sorti là ? »
« Pour se rendre au pont Jacques-Cartier. »
« Ah bon? Pourquoi est-ce que tu l’as pas dit ? »
« T’as dit que tu savais comment te rendre à Jacques-Cartier en passant par la 20. »
« Ben oui : en prenant la dernière sortie avant le tunnel. Ça aussi, ça mène à Jacques-Cartier. »
« Ouais, sauf que ça va nous rallonger de vingt minutes. »

Vraiment ? Voyons ce qu’en dit Google Map.

Je ne sais pas à quelle école elle a étudié. Mais apparemment, elle y a appris que soixante secondes, ça équivaut à vingt minutes. Je lui demande :

« Ça s’appelle comment, au juste, là où on va? »
« Le Méga Centre Notre-Dame, à Laval. »

Je répète aussitôt « Méga Centre Notre-Dame, Laval » au micro de Google Map. Et ceci semble contrarier Madame.

« Ferme ça ! Je l’sais par où passer pour s’y rendre. Je vais te le dire. »
« Ah oui ? Comme tu m’as dit de prendre la sortie pour l’autoroute 30, tantôt ? »

Elle ne répond pas. Mais sa mine renfrognée en dit long sur le frustration que mes paroles lui causent. Aussi, pour qu’elle le prenne moins personnel, je rajoute :

« Désolé si je préfère me fier à Google Map. Mais ni toi ni moi ne savons s’il y a des détours, des accidents et des travaux. Il le sait, lui. »

On traverse le pont Jacques-Cartier et on prends l’autoroute Ville-Marie. Après une quinzaine de minutes, comme de fait, voilà que Google Map annonce :

« Il y a un ralentissement pour cause d’accident sur la route. Prévoyez un retard de vingt minutes. »

Ariane soupire d’exaspération.

« Calice ! Il est déjà 14h00. Ça va être fermé quand on va arriver. »
« Regarde en bas de l’écran. Ça dit qu’on n’est qu’à 11 km de notre destination. Même si on y allait à pied, ça ne prendrait pas trois heures pour s’y rendre. »
« Pourquoi t’es pas parti plus tôt ? »

Sa mauvaise foi me hérisse.

« Pardon? À midi, quand on est sorti du tunnel, est-ce que oui ou non, je t’ai proposé d’y aller immédiatement ? »
« Qu’est-ce que ça aurait changé ? »

C’est quoi, cette question stupide ?

« Premièrement, on aurait pris Jacques-Cartier une heure et demie plus tôt. Et deuxièmement, grâce à ça, l’accident qui cause l’embouteillage ne serait pas encore arrivé. Voilà, ce que ça aurait changé. Si t’avais accepté. »

Sur ce, Google Map dit :

« Il y a un chemin plus rapide qui peut vous sauver quinze minutes. Pour le prendre, appuyer sur ACCEPTER. »

Cinq minutes de retard plutôt que vingt ? Très acceptable. Tandis que j’appuie sur ACCEPTER, Ariane prend son téléphone et elle appelle sa fille. Après les salutations d’usage, elle passe aussitôt à ce qui semble être le but réel de cet appel : me faire des reproches sans s’adresser directement à moi.

« Non, on n’est pas encorre arrivé. À cause qu’il voulait aller prendre ses pneus à Beloeil, on a perdu toute la journée. Là, on est pogné dans le trafic. Ça m’a complètement turnée off pour mon magasinage. J’ai juste envie de laisser faire pis de retourner à la maison. »

Je songe aussitôt à remplacer l’adresse du centre d’achats par celle de l’appartement d’Ariane sur Google Map. Mais je me doute bien que c’est le genre de réaction qu’elle cherche à provoquer en moi, dans le but d’ajouter inutilement du conflit. Aussi, je n’en fais rien, me contentant de prendre la route alternative que Google Map me propose pour éviter la scène de l’accident.

Nous arrivons enfin au Méga Centre Notre-Dame à 14h20. Il lui reste deux heures et quarante pour faire ses emplettes. Ça devrait lui suffire.

« Tourne à gauche. »
« Google Map
me dit de tourner à droite. »
« J’ai habité dans le quartier pendant vingt ans. Si tu penses que je suis trop cruche pour savoir où je m’en va, ok, continue de te fier sur ta p’tite machine plutôt qu’à ma parole. »

Ce que je fais : je tourne à droite. Et ce que je vois droit devant me donne raison.

« Tiens ! Regarde la boutique en face de nous. Ardène. Tu m’as bien dit que tu devais aller y acheter des bottes d’hiver, non ? »

Elle ne répond pas. Je stationne devant l’entrée principale. Elle débarque en me disant de l’attendre ici. Aussi bien !

Sérieusement, c’est quoi son problème aujourd’hui ? J’avais le plan parfait : On serait parti de chez elle à 11h00. On serait arrivé au centre d’achats à 11h30. On aurait fait tout le shopping qu’elle désire. On aurait ensuite passé la soirée ensemble, à faire ce tout ce dont elle aurait eu envie, ciné, resto, bar, etc. On se serait couchés. Je me serais levé à 04h00. Et puisque nous ne dormons pas dans la même chambre, ni au même étage, ça ne la réveillerait même pas. Je serais allé récupérer mes pneus, je serais allé au concessionnaire, et je serais revenu ensuite. Pourquoi tenait-elle à ce point-là à dérailler cet horaire impeccable ? Pour ensuite se plaindre non-stop des problèmes qu’elle a causé elle-même, tout en refusant les solutions que je proposais. Sans oublier cette manie qu’elle a, d’exagérer sans cesse sur le temps qu’il nous reste ou pas. C’est comme si son objectif, depuis son réveil, était de chercher à tout prix des raisons pour me faire des reproches. Mais dans quel but ? Pourquoi gâcher ce qui est l’un des rares moments que l’on pourra passer ensemble, maintenant que 800 kilomètres nous séparent ?

Même pas dix minutes plus tard, elle ressort du Ardène avec ses bottes. Impressionnant ! Je me dis qu’à ce rythme, grandes sont les chances qu’elle aura terminé tous ses achats bien avant la fermeture. En bon chauffeur, je lui demande :

« C’est quoi la suite du programme ? »
« On retourne à la maison. »
« Déjà ? T’avais pas d’autres achats à faire ? »
« Tant qu’à subir ton air bête, j’aime mieux rentrer. »

Mon air bête? C’est elle qui a passé les trois dernières heures à me faire la gueule non-stop et à chialer à cause de ses propres décisions… Mais c’est moi qui fais l’air bête ? La meilleure, c’est qu’avec tout ce qu’elle m’a fait endurer depuis notre départ, j’aurais été en droit d’être bougon. Mais je suis juste las. Si elle veut mettre fin à son shopping, ainsi soit-il. Le temps de mettre son adresse sur Google Map et on repart.

Il est vrai que je suis fatigué. Et depuis que je connais Ariane, je sais que lors de ses journées de congé, elle fait habituellement une sieste l’après-midi. Je crois bien qu’un petit repos nous ferait du bien à tous les deux. Aussi, je dis :

« Aussi bien ! J’ai un coup de fatigue. »
« Ben dans ce cas-là, t’appelleras ton amie Flavie, pis tu iras t’installer chez elle. Si tu penses que je vais te regarder dormir deux heures pendant que j’ai des achats urgents à faire… »

Pardon ?

Lorsque je l’amène faire ses achats, elle veut rentrer chez elle. Et lorsque je l’amène chez elle, elle veut faire ses achats ?

« J’ai seulement évoqué l’idée d’une sieste parce que tu as mis fin à tes achats. Mais si tu en as d’autre à faire, allons-y. »
« Laisse donc faire ! Si tu penses que ça me tente de magasiner avec quelqu’un qui n’a pas l’air de vouloir être là. »

Je vois !

Et c’est à cet instant précis qu’une chose devient claire dans ma tête. Entre nous, c’est terminé. Je ne veux plus jamais revoir cette femme. Elle demande :

« Combien de temps ça va te prendre pour rapatrier dans ton char toutes tes affaires qui trainent chez moi? »
« Pas longtemps. »

On arrive chez elle. On entre. Puis, je commence à ramasser mes affaires, que je ramène dans mon auto. Tandis que je remets dans ma glacière portable tout ce que j’avais mis dans son frigo, elle fait de la projection en me disant que je n’ai aucune raison de faire mon frustré, juste parce qu’elle a autre chose à faire que me regarder dormir. Elle me répète ses accusations, comme quoi on voit bien que je n’ai nullement envie de magasiner avec elle.

Je pourrais me défendre. Dieu sait que je ne manque pas d’arguments logiques et de preuves comme quoi elle interprète, exagère, déforme les faits, ment. Mais mon but premier dans une relation, ce n’est pas de gagner la guerre des arguments. C’est de vivre en harmonie. Si elle refuse de me donner ça, alors je n’ai aucune raison de discuter, et encore moins de rester.

Sans mot dire, je rentre mes derniers bagages dans mon auto. Puis, je la bloque sur mon téléphone, mes textos, Messenger, Facebook, Tik Tok, Hotmail, Gmail, Instagram, et partout où elle pourrait me communiquer. Puis, sans aller la saluer, je m’installe au volant. Je démarre. Je sors de son stationnement et de sa vie pour toujours.

Pourquoi est-ce que je préfère mettre fin à notre amitié plutôt que d’en discuter ? Simple : Ariane a 48 ans. À son âge, voilà bien longtemps qu’elle est adulte. Une adulte est supposée avoir la capacité de raisonner, ainsi que de savoir gérer ses émotions. Surtout lorsqu’elle n’a jamais été provoquées de la moindre façon que ce soit. Alors c’est de deux choses l’une. Ou bien elle ne se rend pas compte que son comportement est déraisonnable. Ce qui signifie qu’elle n’a pas la capacité de raisonner. Ce qui fait que je perdrais mon temps à tenter de le lui expliquer. Ou bien elle sait très bien ce qu’elle fait. Ce qui en fait une obstinée de mauvaise foi. Là encore, il ne servirait rien à tenter de lui expliquer quoi que ce soit. D’une manière comme de l’autre, rien ne pourra l’empêcher de me faire subir ses abus. Rien, sauf m’en éloigner pour de bon.

D’habitude, lorsque j’écris une anecdote, c’est pour raconter quelle leçon de vie j’en ai tiré. Mais aujourd’hui, je fais l’inverse. Je n’ai pas tiré de leçon de cette histoire. J’y ai plutôt appliqué des leçons que j’ai apprises à la dure tout le long de ma vie.

LEÇON 1: Une personne qui cherche à te prendre en défaut va toujours te prendre en défaut, quitte à créer elle-même le problème pour le faire.
Elle ne me dit pas de prendre la sortie pour l’autoroute 30, pour ensuite me blâmer de ne pas l’avoir fait. Elle m’insulte si je n’utilise pas Google Map, et m’insulte lorsque je le fais. Si je l’amène faire son shopping, je suis dans l’erreur car elle veut rentrer. Et si on rentre, je suis dans l’erreur car elle doit faire son shopping. Elle fait tout pour m’enlever l’envie de passer du temps avec elle, pour ensuite me reprocher de perdre l’envie de passer du temps avec elle.

LEÇON 2 : Un(e) ami(e) qui cesse d’agir en ami(e) n’est plus un(e) ami(e).
En fait, elle ne l’a jamais été. C’est sûr qu’il y a quelque chose qui attirait Ariane vers moi, puisque nous nous sommes fréquentés pendant quatre mois. Mais peu importe la raison, ce n’était certainement pas de l’amitié. Une amie n’agit pas comme elle l’a fait avec moi. Ce comportement, c’est celui d’une ennemie.

LEÇON 3 : On ne peut raisonner qu’avec des gens raisonnables.
C’est la raison pour laquelle je n’ai pas discuté, ni ne me suis-je défendu de ses accusations farfelues. Il était impossible qu’elle voyait pas qu’elle causait elle-même les problèmes pour lesquels elle me blâmait. Elle savait parfaitement ce qu’elle faisait. Alors non seulement je ne lui apprendrais rien en le lui disant, je perdrais mon temps. Une personne déraisonnable ne va jamais reconnaître ses torts. Je n’obtiendrais d’elle que déni et gaslighting.

LEÇON 4 : Le negging est une méthode de manipulation.
Personne n’aime faire mauvaise impression. Voilà pourquoi beaucoup de manipulateurs utilisent la méthode du « Je vais penser le pire de toi sans raison pertinente, c’est à toi de faire l’effort constant de me prouver le contraire. » L’idée est de contrôler sa cible en menaçant l’orgueil de ce dernier.

Comme si l’opinion d’une personne manipulatrice avait la moindre valeur.

 Face à une personne qui ne cherche qu’à dire / penser / prouver du mal d’autrui, on n’a pas à ressentir le besoin de se justifier. Surtout lorsque l’on sait que, même si j’avais tout fait pour lui enlever ses idées erronées à mon sujet, ça n’aurait pas marché. Je serais juste devenu son esclave volontaire. Lorsque la personne manipulatrice voit que sa méthode marche, pourquoi abandonnerait-elle une formule gagnante ? Elle aurait donc continué de me mépriser. Et ça, c’est à cause que…

LEÇON 5 : Aucune femme ne respecte une lavette.
À ma place, plusieurs hommes lui aurait demandé pourquoi elle agissait ainsi. Et ils le feraient avec une voix et une attitude démontrant un mélange d’incompréhension et de désespoir. Ou pire encore, ils insisteraient pour aller faire son shopping, l’accompagner avec le sourire, affirmer que oui, ils ont envie d’être avec elle. Ces réactions ne sont rien de plus qu’une déclaration d’impuissance et de soumission. Aucune femme ne respecte un impuissant soumis. Surtout si, pour le réduire à cet état, elle n’a eu qu’à se montrer illogique et déraisonnable. L’homme qui (ré)agit ainsi donne à la femme tout le pouvoir, et par le fait même ne fait que l’encourager à continuer ses abus.

LEÇON 6 : Les gens ne changent jamais, surtout dans leurs défauts.
À 18 ans, elle portait des accusations mensongères contre son conjoint. Trente ans plus tard, à 48, elle portait des accusations mensongères contre moi. Oh, c’est sûr que ce n’est pas du même niveau, puisque lui a été faussement accusé de violence conjugale, tandis que moi c’était d’être frustré, de ne pas savoir s’orienter en auto, de l’avoir mise en retard, d’être grognon. N’empêche que dans un cas comme dans l’autre, à la base, ça reste des accusations mensongères. Si elle a fait ça toute sa vie, ce n’est pas rendue à 48 ans qu’elle va pouvoir changer.

LEÇON 7 : C’est en regardant le passé que l’on peut apercevoir l’avenir.
Son passé à démontré qu’elle portait des accusations mensongères, au point où ça a causé des problèmes légaux et sociaux pendant des années à (au moins) un de ses ex. Il démontre également qu’elle a fait (au moins) un séjour en prison. Qu’elle a eu des accusations de menaces de voies de fait portées contre elle. Qu’elle a été également poursuivie pour harcèlement par un autre de ses ex. Si je combine tout ça avec les six autres Red Flags que j’ai aperçu en elle depuis que je l’ai rencontré il y a cinq mois, alors il n’y a qu’une seule conclusion logique : Cette femme est dangereuse. Si on se fie à son histoire personnelle, ce qu’elle m’a fait vivre ce jour-là dans l’auto, ce n’est que la pointe de l’iceberg. Pas question que je fasse un Titanic de moi.

LEÇON 8 : Personne n’est irremplaçable.
Il y a huit milliards d’humains sur terre. Elle saura bien se trouver une autre victime. Une qui, contrairement à moi, acceptera son statut de victime. Et je saurai bien me trouver une autre amie. Une qui, contrairement à elle, saura conserver son attitude d’amie.

Trop souvent, au nom de l’amitié, on est portés à fermer les yeux sur les abus que l’autre nous fait subir. C’est parce que trop souvent, on oublie que « mieux vaut être seul que mal accompagné », ça s’applique également dans les relations d’amitié.

Ariane, 1 de 2 : une amitié parsemée de Red Flags

À notre époque, les gens voient des Red Flags partout.  En fait, c’est rendu tellement normal d’avoir des Red Flags que le fait de ne pas en avoir est considéré comme étant louche, ce qui soulève un Red Flag.  C’est que puisque personne n’est parfait, chacun de nous va forcément évoquer des Red Flags aux yeux de quelqu’un.  Voilà pourquoi on a appris à les tolérer.  Parce que si on se coupait de tous ceux en qui on voit des Red Flags, on ne fréquenterait plus jamais personne. 

Ariane est devenue ma collègue en juin dernier.  48 ans, belle grande femme, en forme, énergique, elle travaillait toujours avec sourire et enthousiasme.  

Représentation aproximative d’Ariane via I.A.

Peu après son arrivée, elle a commencé à se plaindre comme quoi elle était la cible de harcèlement constant de la part de notre collègue Kevin.  Ariane m’a montré des textos qu’il lui envoyait.  Le gars ne faisait pas dans la subtilité.  Déclarations d’amour, propositions sexuelles…  Et, voyant qu’elle ne lui répondait plus, il lui a même écrit : « Réponds-moi sinon je t’embrasse passionnément au poste des infirmières devant tout le monde lol. »  Elle a fini par porter plainte à la direction, textos comme preuves, et il a été immédiatement congédié.

J’ai déjà parlé ici, il y a quelques années, de l’importance de la première impression que l’on fait sur les autres.  Par exemple, lorsqu’un conjoint devient abusif, sa femme va continuer de s’accrocher à l’image de l’homme bon, respectueux et romantique qu’il était au début.  C’est comme ça qu’elle l’a connu, alors c’est comme ça qu’est « le vrai lui » à ses yeux.  Ainsi, à cause du harcèlement qu’Ariane a subi dès son entrée en poste, elle a obtenu dès le départ une image de victime pure et innocente, s’attirant la sympathie et la solidarité de tous.

Et voilà pourquoi je serai porté à fermer les yeux devant les Red Flags que soulèveront les comportements d’Ariane dans les semaines qui allaient venir. 

1er RED FLAG : La vérité au sujet de sa relation avec Kevin.
Elle a fini par m’avouer certains trucs qui remettent les choses en perspective. Quelques semaines plus tôt, le 24 juin, jour de la Saint-Jean-Baptiste, elle était allé sur la plage pour voir les feux d’artifices. Elle y a croisé Kevin par hasard. Ils ont passé la soirée sur la plage, ensemble, à boire et s’amuser. Puis, il l’a reconduit chez elle. Et là, au moment où elle allait entrer, elle cède à une impulsion. Elle l’agrippe, l’embrasse, lui dit bonne nuit, entre chez elle et ferme la porte.

Le reste de leur courte relation diverge selon qui me la racontait. Mais une chose concorde, et c’est qu’elle avait un comportement envers lui qui changeait sans cesse, passant d’amicale à froide et inversement. Disons que je comprennais un peu mieux pourquoi il lui envoyait des textos comme s’ils étaient en couple. Le gars ne savait plus sur quel pied danser.

Tout Red Flag que c’était, je me disais que, bof, la personnalité de cette fille ne m’attire pas. Alors si elle tente ce genre de repprochement avec moi, je lui ferai comprendre immédiatement que non, désolé, je ne le sens pas. Donc, pas de risque pour moi.

2e RED FLAG : Les conflits de plus en plus nombreux avec les collègues.
Un jour, alors qu’il y avait une section isolée pour cause de covid, il fallait bien évidemment porter l’uniforme de sécurité, incluant gants, masque et visière.  Lors d’une conversation sur Messenger avec notre collègue Francine, cette dernière avait écrit à Ariane qu’elle détestait porter le masque et qu’il n’était pas question qu’elle le mette.  Elle ajouta même que, devant les patrons, elle le mettra.  Mais dès qu’elle sera dans la section isolée, là où les patrons ne vont pas, elle le retirera.

Ariane considérait que l’attitude de Francine représentait un danger de contamination pour les résidents sains.  À juste titre, je dois dire.  Elle a donc envoyé des captures d’écran de cette conversation aux patrons.  Et ceux-ci ont tôt fait de renvoyer Francine. 

Mais bientôt, pour diverses raisons, elle déposait des plaintes au sujet d’un autre collègue.  Et d’un autre.  Et d’un autre.  Rendu à sa sixième plainte en deux mois, c’en était rendu un peu n’importe quoi: Une collègue avait demandé congé pour deuil. Il se trouve que la collègue était sa voisine d’en face, leurs deux portes étant opposées. Ariane ayant entendu la collègue rire et recevoir des amis, elle l’a dénoncé au directeur, comme quoi elle n’avait vraiment pas l’attitude d’une personne en deuil. Donc qu’elle avait demandé congé pour des raisons bidon.

À partir de ce point, le directeur lui a carrément dit que là, puisque ça sortait du cadre du lieu de travail, c’était une atteinte à la vie privée. Et qu’à partir de maintenant, il ne voulait plus l’entendre se plaindre de qui que ce soit.  Il est vrai que si on l’écoutait, il faudrait mettre tout le monde dehors, alors que nous sommes déjà en manque de personnel

De plus, elle me parlait souvent des conflits qu’elle avait eu avec les différents propriétaires des logis successifs qu’elle a occupé.  Dont le proprio actuel et les deux précédents, et ce simultanément.  Elle leur adressait des plaintes, des menaces d’appels à la police, ils ont eu droit à des mises en demeure et à des poursuites à la Régie du Logement, et aux tribunaux légaux, au civil et au criminel.

Tout Red Flag que c’était, je me disais que, bof, personnellement, je ne risquais rien.  Je n’avais aucun comportement répréhensible, ni dans mon travail, ni envers elle.  Elle n’avait donc aucune raison de me causer des problèmes avec mon travail et/ou avec la loi. 

Puisqu’elle habitait sur mon chemin, que nos horaires correspondaient et qu’elle n’avait pas de véhicule, elle a commencé à me demander de passer la prendre.  Ce que j’ai accepté.  Et c’est comme ça qu’on a commencé peu à peu à se voir en dehors des heures de boulot.

Au travail, notre complicité était évidente.  Ce qui fait que la moitié de nos collègues croyaient que nous formions un couple.  Et l’autre moitié, qui savaient que ce n’était pas le cas, trouvaient néanmoins que l’on irait bien ensemble. Je n’étais pas de cet avis.  Premièrement, tel que je l’explique dans ce billet, pour douze raisons, je suis radicalement opposé aux relations amoureuses et/ou sexuelles avec une collègue de travail.  Surtout qu’à partir du moment où tu es en couple, l’autre se croit en droit de t’imposer des exigences de toutes sortes.  Je connais assez Ariane pour savoir qu’elle est facile à contrarier.  Être avec elle deviendrait pénible assez vite.

3e RED FLAG : Son alcoolisme.  
Un jour, elle me demande s’il y a de bons restos et bars dans le coin.  Il y en a près de chez moi.  Puisqu’elle n’a pas de transport et moi oui, c’est ainsi qu’on a commencé à faire des sorties ensemble.  Elle ne buvait jamais de bière, mais se rattrapait amplement dans les cocktails.  Elle en buvait d’ailleurs beaucoup lors de ces sorties.

Au fil des semaines, je constate que lors de nos pauses de diner au travail, elle boit du vin rouge, du rosé, du mousseux.  Un matin alors que je vais la chercher avant le travail, je la réveille.  Elle se lève, va à la cuisine, ouvre le frigo, prend une bouteille de vodka, en boit deux ou trois gorgées.  Puis, elle remet la bouteille au frigo et se prépare un café. 

Tout Red Flag que c’était, je me disais que, bof, qu’est-ce que ça donnerait que je lui en parle?  Elle a 48 ans.  Elle doit bien le savoir, qu’elle est alcoolique.  Tout commentaire de ma part à ce sujet serait considéré comme étant jugemental. 

Un soir, au travail, alors que nous mangions à une table à l’extérieur, elle a bu la moitié d’un carton d’un litre de vin pendant son repas, et elle a vidé le reste dans sa gourde pour pouvoir continuer de boire pendant le reste de son quart de travail.  Le lendemain, elle était congédiée.

4e RED FLAG : Son côté revanchard, impulsif et irréfléchi.  
Dès qu’elle a appris qu’elle était renvoyée pour consommation d’alcool sur les lieux de travail, j’ai été le premier qu’elle a soupçonné de l’avoir dénoncé.  Par écrit et par message vocaux, j’ai eu droit à ses menaces, comme quoi elle avait contacté plusieurs de nos anciens collègues de travail, afin de déposer des plaintes contre moi à la direction, également pour consommation d’alcool au travail.   Qu’importe que ce soit faux, l’important était que je ne me tire pas impunément de cette trahison. 

Tout Red Flag que c’était, je me disais que, bof, il est vrai que de son point de vue, j’étais effectivement la seule personne qui savait qu’elle buvait au travail.  Il était donc normal que je sois le premier suspect de cette délation.  Et qu’avec sa promptitude explosive à réagir face aux comportements négatifs des autres, il fallait que je m’attende à ses plans de vengeance. 

Le lendemain, elle m’appelle en larmes et implore mon pardon. Elle a appris qu’en fait, c’était un collègue dans une auto, dans le parking, qui l’avait vu faire, et qui l’a dénoncé à la direction.  On a donc pu faire la paix. Puisqu’en perdant son emploi elle perdait automatiquement son logis, elle a eu à retourner à Laval. Je l’ai amené prendre le bus à Rimouski, à trois de route heures d’ici, ce qui a grandement diminué son temps de voyagement.  Elle n’a pas pu emporter son encombrant équipement de gym.  Je l’ai laissé dans mon auto, en lui promettant que je le lui apporterais lors de ma prochaine semaine de congé dans trois semaines.

On a continué de se texter à tous les jours.  Et c’est là, à l’avant-veille de mon départ, que j’ai eu mon…

5e RED FLAG : Son passé criminel. 
Déjà qu’il est difficile de se retrouver un emploi si on s’est fait renvoyer pour consommation d’alcool au travail, voilà qu’elle se plaint que les enquêtes des employeurs où elle a soumis sa candidature ont révélés la présence de plumitifs à son nom. Les plumitifs, ce sont les registres publics informatisés qui contiennent l’historique des dossiers judiciaires des gens et des entreprises au Québec.  Elle en aurait trois en tout. Un datant de 1995, dont elle ne se souvient plus la raison. Un de 2005, pour violence conjugale. Et le dernier, pour harcèlement, pas plus tard qu’il y a trois ans, en 2021.

Elle m’explique l’accusation de 2005. Alors qu’elle était enceinte, le (futur) père de sa fille aurait appelé la police afin de la faire sortir du logis commun, après qu’elle l’aurait menacé de l’agresser avec un pic à glace pendant son sommeil.  C’est ainsi qu’elle a passé quelques temps à Tanguay, la prison pour femmes.

Bien sûr, elle nie tout.  Elle affirme que, suite à une violente dispute, il voulait la jeter dehors.  Puisqu’elle refusait de partir, il aurait appelé la police et l’a fait sortir en portant de fausses allégations contre elle.

Je dois avouer que je ne suis pas prêt à 100% à croire qu’il mentait.  Lorsque je repense aux menaces qu’elle m’a écrit alors qu’elle croyait à tort que j’avais dénoncé son alcoolisme au travail, je l’imagine aisément être capable de dire n’importe quoi dans le cadre d’une violente dispute de couple.

Tout Red Flag que c’était, je me disais que, bof, je ne suis pas en couple avec elle et je ne le serai jamais. Elle n’a donc aucune raison d’avoir la moindre exigence à mon égard. Cela me met à l’abri de ses menaces de voies de fait.

Et c’est là qu’elle me sert le…

6e RED FLAG : Ses propres allégations mensongères.
Elle me dit que dans le fond, avoir été la cible de plaintes mensongères à la police, c’était un simple retour de karma. Car c’est quelque chose qu’elle faisait déjà elle-même lorsqu’elle avait 18 ans, alors qu’elle était en appartement avec son conjoint de l’époque.  Un soir où elle s’était disputée avec lui, elle l’a fait arrêter en mentant aux policiers, en l’accusant de violence conjugale.  Le pauvre gars a passé la nuit au poste de police.  Mais elle me conclut son anecdote en me disant que le lendemain, elle retirait sa plainte, donc que tout était OK.

Le problème, c’est que non, je sais très bien qu’avec ce genre d’accusations, tout n’est pas OK.  Lorsque la femme retire sa plainte, la loi applique une mesure préventive, au cas où elle ne la retirerait que par peur des représailles de la part de l’homme.  L’homme se voit donc être mis sous probation pendant deux ans.  Deux ans pendant lesquels il lui est interdit d’avoir le moindre démêlé avec la Justice, sinon c’est la prison directe.  Ce qui signifie qu’elle l’a mis en position pour pouvoir abuser de lui à loisir pendant deux ans, à obéir à ses moindres caprices, sinon elle avait le pouvoir de ruiner sa vie, en faisant de lui un criminel.  Et après la fin de la probation, c’est trois ans d’attente avant d’avoir le droit de demander un pardon judiciaire qui effacerait son dossier.  Et c’est un procédé qui prend aisément un an, sinon deux. Ce qui signifie de six à sept ans à avoir un dossier judiciaire.  J’espère qu’il avait déjà un emploi.  Parce qu’il est difficile de touver un employeur qui ne fera pas d’enquête avant l’embauche.  Comme le constate actuellement Ariane avec son plumitif, puisqu’elle ne s’est jamais donné la peine de faire effacer son propre dossier.

À ce Red Flag-là, par contre, je n’ai pas dit bof ! Ses méthodes d’attaques en situation de conflit me rappellent inconfortablement ce que je subissais moi-même de la part de la mère de mes enfants. J’ai toujours trouvé étrange que les femmes victimes de violence conjugale ou d’agressions sexuelles affirment ça ne sert à rien de porter plainte car la loi ne fait rien contre les hommes. Par contre, chaque fois qu’une femme dépose une plainte mensongère à la police contre un homme, ce dernier se retrouve avec des problèmes judiciaires et sociaux pendant de nombreuses années. Il y a quelque chose qui m’échappe dans tout ça.

Mais bon, là encore, puisque je ne serai jamais son conjoint, son amoureux, son amant, ni même son colocataire, et que jamais je n’ai mal agi envers elle, je suis à l’abri de son attitude revancharde. Je suppose que je peux me permettre de fermer les yeux encore une fois sur son comportement.

Pour ma semaine de congé qui approche, Ariane m’invite chez elle, m’offrant l’hébergement pour toute sa durée. Je vais accepter pour le premier soir, puisqu’il est prévu que je passe une partie de mon séjour chez Flavie. (Une ex avec qui j’ai toujours été en bons termes, et avec qui on se partage parfois la garde de nos deux chats.) L’une des raisons pour laquelle je reviens dans la région, c’est que nous voilà au temps de la révision annuelle de mon véhicule, ainsi que la pose des pneus d’hiver. Mes pneus sont dans mon entrepôt à Beloeil, ville située peu avant Montréal. Mais je ne peux pas les embarquer puisque mon auto est encombrée avec les machines de gym d’Ariane. Je dois d’abord aller déposer ces dernières chez elle samedi. J’irai récupérer mes pneus à Beloeil dimanche. Et j’irai à mon rendez-vous au concessionnaire lundi.

Alors que je parcours les 800 km qui nous séparent, je ne me doute nullement que dans 24h, tout va s’écrouler entre nous.

À CONCLURE. Suite et fin juste ici.

L’approche négative et la manipulation (2 de 2)

Tout d’abord, rappel important. Le but premier de ce billet n’est pas de vénérer la manipulation. C’est d’en dénoncer les techniques.

Le lendemain, je reçois une réponse. Et celle-ci est tout ce que j’espérais. Tout d’abord, elle admet ses torts et me présente ses excuses.

Ensuite, comme je m’en doutais, lui dire que FB Rencontre ne me propose que des gens peu éduqués dans le coin, ça résonne avec sa propre expérience.

Je comprends que la précision qu’elle me fait entre parenthèse est née de sa peur de passer pour étant prétentieuse. Je ne crois pas qu’elle l’est. Elle ne fait que dire les choses telles qu’elles le sont. Mais le fait qu’elle me fasse cette précision, ça démontre qu’elle veut éviter de mal paraître à mes yeux. Ce qui augure bien pour notre potentielle relation future.

Ho! Ho! Je vois dans cette dernière phrase la manifestation de son orgueil. Puisque je lui ai dit que j’en étais arrivé à la conclusion que nous sommes incompatibles, il faut qu’elle sauve la face en me disant un truc semblable. Mais attention, elle ne nous ferme pas la porte. Elle n’a pas confirmé que nous sommes incompatibles. Elle dit juste que l’on ne communique pas si bien ensemble. Ça laisse la porte ouverte à quelque chose, si on arrive à mieux communiquer.

Pardon?

J’éclate de rire. Incroyable ! Elle m’a fait la leçon, défendant la valeur de cette oeuvre littéraire… alors qu’elle ne l’a même pas lue. Je ne peux qu’apprécier son humilité et son honnêteté, de me l’avoir avoué.

Alors voilà, ça y est. Le dialogue est établi entre nous. Et c’est un beau dialogue. Amusant. Honnête. Positif. Qui nous permet de voir nos points en commun. Bref, mon but recherché depuis la toute première fois où je suis tombé sur sa fiche au printemps dernier. C’est quand même dommage de constater que pour avoir enfin obtenu ce résultat, il m’a fallu opter pour l’approche négative, puisque mes deux premières tentatives de rapprochement, qui étaient positives n’avaient rien donné. Mais maintenant que j’ai obtenu le résultat escompté, je n’ai plus besoin d’user de négativité ni de negging.

En un paragraphe, j’arrive simultanément a me vanter et à la complimenter.

Vingt-quatre heures passent. Aucune réponse de sa part. Voilà qui me déçoit quelque peu. Je ne dois pas oublier que nous sommes sur une app de rencontre. Et puisque Lyne est une belle femme, j’ai certainement pas mal de compétition. Aussi, je décide de passser à l’étape suivante : la proposition de rencontre.

Pour ce faire, je commence par appliquer un petit gaslighting de rien du tout : je fais de la projection en inversant nos rôles. Afin de cacher le fait que je l’ai mise dans une position où elle a eu à se défendre, je vais prétendre que c’est le contraire qui est arrivé. Et de la manière dont j’en parle, ça se tient.

J’enchaine avec le parfait argument pour l’influenser à accepter l’invitation qui suivra.

Enfin, il est toujours de bon ton de montrer à une femme que l’on écoute ce qu’elle dit. Chose que je fais en concluant avec :

La seule raison pour laquelle j’ai utilisé l’approche négative, le negging, le gaslighting, c’était uniquement dans le but de la rencontrer. Tout ce que je veux depuis le début, c’est une chance de voir si nous pouvons être compatibles. Et pour ça, ça prend au moins une rencontre en personne. Maintenant que ce but est pratiquement atteint, je n’aurai plus jamais besoin d’utiliser ces méthodes. Elles ont beau fonctionner mieux que l’approche positive et sincère, il reste que je n’ai pas vraiment apprécié de devoir m’y abaisser.

Sa réponse m’arrive quelques heures plus tard.

Oui, bon, elle a une vie en dehors des réseaux sociaux. Je m’y attendais. C’est nornal, et même très sain.

Oh?

Bon ! Eh bien… Il n’y a qu’une chose que je puisse répondre à ça.

Bon ben voilà. C’est terminé. Il n’y aura jamais rien entre elle et moi. Les deux premières fois que j’ai tenté de la contacter, je pouvais encore espérer. Mais cette fois, c’est officiel.

Cette expérience m’a donnée une bonne leçon. En fait, elle a surtout confirmé ce qui était pour moi une théorie à laquelle je souscris depuis mon adolescence : en amour, la manipulation, ça ne sert à rien au bout du compte. Sûr, j’ai pu la manipuler à communiquer avec moi. J’ai pu la manipuler à m’attaquer. J’ai pu la manipuler à admettre ses torts. J’ai pu la manipuler à me faire ses excuses. Mais je ne pouvais pas la manipuler à ressentir de l’attrait pour moi. Elle n’en avait pas les deux premières fois. Elle ne pouvait donc pas en avoir à la troisième.

L’approche négative et la manipulation (1 de 2)

Intro 1 : Le but premier de ce billet n’est pas de vénérer la manipulation. C’est d’en dénoncer les techniques.

Intro 2: Il existe une organisation sportive américaine nommée Special Olympics réservée aux enfants et adultes ayant une déficience intellectuelle. En 2017, il y a eu cet échange sur le mur du Facebook d’Arnold Schwarzenegger. Je vous l’ai traduit.

Cette capture d’écran, ou du moins sa version originale Anglaise, se promène sur Internet depuis mars 2017. Et ceci démontre plusieurs choses, La première, c’est que contrairement à ce qu’affirme Arnold, grâce au contenu négatif de son message, personne ne l’oubliera jamais.

Et ceci m’a fait réaliser que c’est justement grâce au contenu négatif de son commentaire que ce type a su attirer sur lui l’attention d’Arnold Schwarzenegger. Il doit bien y avoir des centaines, des milliers de personnes qui lui ont écrit des commentaires positifs. Arnold n’a répondu à aucun d’entre eux. Par contre, il suffit qu’une personne lui écrive un commentaire teinté d’ignorance et de négativité, alors , il ne peut s’empêcher de répondre.

Ce qui signifie que si, quelques temps plus tard, ce même troll était revenu lui dire qu’il a réfléchi, qu’il a suivi sa suggestion, et qu’il avait réalisé ses torts, alors sûrement qu’Arnold lui répondrait quelque chose de positif, ce qui amorcerait le dialogue entre eux.

En conclusion, la négativité d’un troll est potentiellement plus efficace pour se rapprocher d’une vedette internationalle, que le positif de la part d’un fan. Mais bon, ce n’est pas d’hier que je connais ce navrant principe. J’en parle pratiquement depuis la création de ce blog. Un exemple au hasard: mon billet 40 gars typiques de sites de rencontres.

Intro 3 : Comme je crois l’avoir déjà écrit ici dans un billet précédent, depuis deux ans, je vais régulièrement me faire un compte sur Facebook rencontre. En général, au bout de quelques semaines à quelques mois, je perds intérêt et je le ferme. Par conséquent, à chaque fois que j’en ouvre un autre, je revois beaucoup des mêmes candidates que j’avais vu lors de mes tentatives précédentes.

Intro 4 : Tout le long de ma vie, j’ai souvent été exposé aux manigances de gens qui voulaient me contrôler et/ou tirer un quelconque profit à mes dépends. Par conséquent, je connais toutes les techniques de manipulation. C’est juste qu’avant cette semaine-là, il ne m’était jamais venu en tête de les utiliser moi-même dans un contexte de rencontres.

Ainsi, ai-je eu l’envie de me livrer à une petite expérience. Ce qui nous amène au sujet de ce billet : L’approche négative et la manipulation.

À chaque fois que je suis sur Facebook Rencontres, l’app me montre ce profil qui me plaît à tout coup.

Afin de protéger son identité, sa photo a été remplacée par une image créée par intelligence artificielle.

Cette femme me plait pour trois raisons. Les voici par ordre d’importance:

  1. Elle est professeure de littérature. On ne se mentira pas, en région éloignée, pour la majorité de la population, « culture » est un mot qui évoque surtout les champs de maïs et de patates. Aussi, l’idée de rencontrer une femme encore plus cultivée que moi n’est pas pour me déplaire.
  2. Elle a onze ans de moins que moi. J’ai 56 ans. Je ne les fais pas car je me tiens en forme et en santé. Ce n’est malheureusement pas le cas de la majorité des femmes célibataires de ma génération, qui ont passé leur jeunesse à se négliger et se soumettre à des abus de toutes sortes. En fait, même pour ses 45 ans, elle parait très bien.
  3. Elle habite dans la même ville que moi. Ma dernière relation sérieuse habitait à une heure trente de route. Je trouvais ça plutôt long. Et si j’avais sauté sur l’opportunité d’avoir une relation avec Noémie au printemps dernier, c’eut été deux heures quinze. Alors un aller-retour la même journée, c’est toute une perte de temps.

La première fois que j’ai vu son profil,je me suis contenté d’appuyer sur le coeur. Elle n’a pas répondu.

La seconde fois que je suis tombé sur son profil, je suis allé modifier la photo principale sur le mien. J’en ai mis une sur laquelle je tiens fièrement un exemplaire de mon livre, Le sucre rouge de Duplessis. Puis, je suis allé mettre un commentaire sur une de ses photos, ce qui déclanche un LIKE automatiquement. J’ai écrit « Tu es prof de littérature. Je suis auteur. Nous sommes faits pour nous entendre. » Mais là encore, aucune réponse de sa part.

La troisième fois que FB Rencontres m’a montré son profil, j’y étais revenu avec un nouveau compte avec de nouvelles photos. Cette fois, je décide d’y aller avec une stratégie totalement différente : l’approche négative. On verra bien si celle-la aura plus de succès que mes précédentes. Mais attention, je le fais dans la subtilité. J’écris ce commentaire sur sa photo principale.

Je m’arrange de façon à ce que l’intention de ce premier message ne soit pas clair. Ainsi, tout dépendant de son humeur, elle pourrait le prendre à la négative.

Comme de fait :

Et voilà ! Elle l’a pris comme une attaque personnelle. Elle ne pouvait pas laisser passer ça sans répliquer. Et elle le fait en beauté. Exactement comme Arnold avec son troll.

Maintenant que le dialogue est ouvert, il ne me reste plus qu’à jouer habilement de mes cartes. Pour ce faire, pas question pour moi d’être sur la défensive. Un homme qui se montre offensé est un faible et un irritant. Je ne dois pas non plus adopter une attitude condescendante. Ça dépeint comme étant un orgueilleux et un fake. Et je ne dois surtout pas me confondre en excuses et implorer son pardon. Ça ferait de moi un minable. La meilleure attitude à avoir face à son commentaire, c’est la compréhension et l’ouverture d’esprit.

Je n’essaye pas de l’éblouir en parlant comme un dictionnaire, mais le simple fait que j’utilise le terme question réthorique lui démontre que j’ai une certaine éducation. Je ne prétend pas être à son niveau littéraire, mais si j’ai eu à lire ce roman au cégep, ça signifie que j’ai moi-même étudié en Lettres, ce qui sera perçu par son inconscient comme un bon point en commun entre nous. Sinon, mes paroles sont celles d’un homme poli, raisonnable, qui reconnait ses torts. À côté de ça, elle fait piètre figure, avec sa réponse brusque dans laquelle elle démontre n’avoir rien compris de mon approche.

Ma conclusion à ce message, « Merci d’avoir répondu et bonne journée » , indique que je m’attends à ce que la discussion se termine là. Ce qui lui passe en sous-entendu l’idée que je suis prêt à mettre fin à nos communications avec cette image négative que j’ai à son sujet. Si elle a le moindre orgueil, elle ne voudra pas me laisser sur cette impression.

Et effectivement…

Voyez vous ça. Malgré le fait qu’elle reconnait ses torts, elle s’en justifie en étant vraiment bloquée sur l’idée que mon message était une attaque. Voilà qui va me servir au-delà de mes espérances.

Vous connaissez la technique du negging? C’est démontrer à l’autre qu’elle pourrait bien nous plaire, sauf qu’elle n’a pas tout à fait ce qu’il faut pour y arriver. Lorsque c’est fait de façon habile, le negging provoque chez l’autre le réflexe de vouloir nous prouver qu’au contraire, elle a ce qu’il faut. Autrement dit, c’est manipuler l’autre de manière à lui donner l’envie de vouloir nous plaire.

Avec son accusation d’avoir attaqué son travail et sa discipline (qui la passionne), elle me donne la plus pertinente des raisons de la soumettre au negging. Le défi ici est de faire ça sans lui donner l’impression que je lui porte un jugement.

Laisse-moi te traiter de bitch sans clairement te traiter de bitch.

Cette subtilité est atteinte ici juste en choisissant bien mes mots. Si j’avais écrit « Tu as perçu ça comme étant attaquer ton travail », ça aurait été un reproche. Mais en optant pour dire « C’est perçu comme étant attaquer ton travail », j’expose seulement un fait.

Et pour bien m’assurer qu’elle ne le prenne pas comme un reproche, j’ajoute ceci:

Le sentiment qui passe en douce dans ce message est « Tu ne mérites pas d’être en couple car tu es du genre à avoir des soupçons négatifs contre autrui sans raisons valables. » Et ça, c’est quelque chose qu’elle voudra certainement me prouver comme étant faux. Il n’en tient qu’à moi de lui en donner l’opportunité.

Une technique que maîtrisent les plus grands manipulateurs, c’est de reconstruire l’orgueil de la femme tout juste après l’avoir détruit. Ainsi, en ayant compris qu’elle tire fierté de son éducation et de sa culture, c’est sur ces points que je la valorise.

Les hommes ont tous cette réputation d’obsédés sexuels, surtout les célibataires d’apps de rencontres. Alors lorsqu’un homme fait comprendre à une femme que même sexuellement il n’en veut pas, elle a de quoi se taper une sérieuse remise en question. En lui laissant la porte ouverte avec mon offre d’amitié, je lui donne l’opportunité de se racheter. De plus, en tant que femme éduquée, il est évident qu’elle a eu droit à plus que sa part d’ignorants qui l’ont approchée. En lui disant que c’est moi-même ce que j’ai vécu ici, je lui démontre que nous avons ça en commun.

Enfin, je conclus humblement, sans lui mettre de pression, et en lui faisant même des excuses.

Comment réagira-t-elle ? Est-ce qu’elle verra clair dans mon jeu ? Ou bien se laissera-t-elle manipuler aussi docilement que je me l’imagine ?

À CONCLURE

Deux leçons tirées de la procrastination

Printemps 1997. Afin de fêter le 100e anniversaire de la sortie de Dracula par Bram Stoker, le bédéiste Marc Jetté avait comme projet de sortir une publication au sujet des vampires. André Poliquin devait faire la couverture avant. Et Marc m’a offert la couverture arrière. J’ai accepté.

À l’époque, j’étais encore plus procrastinateur qu’aujourd’hui. Aussi, à force de toujours remettre ça au lendemain, j’ai fini par arriver au matin de la date de tombée. Je devais rencontrer Marc et André le soir-même, vers 20h. Je m’installe donc à ma table à dessin au matin à 08:00, en me disant que je n’en aurais que pour trois heures, peut-être quatre, à faire ce dessin.

Pour faire original, je décide d’éviter le cliché de la vampiresse en robe de soirée gothique / médiévale / BDSM d’une famille noble et richissime habitant un château. Ma vampiresse sera une jeune fille moderne, style gang de rues, en jeans et en veste de cuir. D’ailleurs, pour gagner du temps, je vais calquer une version miroir d’un autre de mes dessins intitulé Catherine.

Celui-ci.

Quand à sa victime, comme modèle, je me prends en photo dans la pose requise. Je n’aurai qu’à m’y ajouter le genre de barbe qui était à la mode à ce moment-là pour dissimuler que c’est mon visage. (peine perdue, on me reconnaîtra à tout coup.)

Puisque c’était au début du digital et que je ne possédais pas encore d’appareil photo numérique, et que les téléphones de l’époque n’avaient pour toute fonction que de téléphoner, j’ai eu à me payer un petit aller-retour à la plus proche boite publique de photos.

Pour mon dessin, pas besoin de gribouiller un brouillon. J’ai confiance en mon talent, je suis convaincu que le premier jet sera parfait. Ça devrait donc se faire en un rien de temps.

J’avais surestimé mon talent et sousestimé ma vitesse. Ça m’a pris huit heures pour dessiner les personnages, le muret de briques, et les colorer. Au crayons Prismacolor et aux feutres Steadler. Parce que tout artiste que je prétendais être, je ne me suis jamais soucié de m’acheter de l’équipement de pros.

Je n’avais pas l’habitude de planifier d’avance mes mises en page. Ça se voit clairement ici, alors que ma signature, encrée dès le départ, m’empêche de placer la main droite de la fille là où elle aurait dû naturellement être. J’ai donc eu à « briser » le muret de briques pour l’y poser. Mais ce n’était rien à côté du problème suivant: C’est une vampiresse. Je dois donc faire un décor de nuit. Je réalise que de faire un ciel noir allait poser un problème avec le manteau de cuir qui allait se fondre dans le décor. Et je n’ai vraiment plus le temps de l’habiller autrement, ni de remplir le fond complet de briques pour en faire un mur. Je n’avais pas de scanner, pas d’ordi, et du reste je ne pense pas que Photoshop existait. Dommage, ça m’aurait permis de réduire sa main gauche qui est beaucoup trop grande.

La solution qui me vient en tête pour le décor, c’est de faire un collage sur une image déjà existante, et de bon format. Mais laquelle?

Je fouille fébrilement ma collection de vieilles BD, et je tombe sur cet album d’une série belge obscure des années 80: Serge Morand, détective. La page de garde est une peinture d’une scène de nuit d’extérieur. Exactement ce qu’il me faut. De plus, la série est si peu connue au Québec que le risque que l’on découvre mon repiquage est mince.

Je découpe donc la page et j’y colle mon dessin. Je n’aime pas être obligé d’avoir recours à cette technique. Mais pour cause de manque de temps, je n’ai aucun autre choix. Et puis, c’est juste pour la couverture arrière. Ce n’est pas comme si ça allait passer à la postérité.

Afin d’aider à dissimuler mon vol, je décide de donner à ce décor un cachet local. Avec mon crayon de liquid paper et une règle, j’y ajoute la croix du Mont Royal. Mais le seul endroit où je pouvais la dessiner donne l’impression que la croix surgit de la tête de la victime. Au moins, ça a l’air peint, comme le reste du décor.

Quant au lettrage, c’est du fait main, découpé, collé… et mal centré. Le mot porte trop vers la gauche. Pour éviter de devoir tout décoller et recentrer, je tente de camoufler la chose en y ajoutant trois petits points. Et voilà le résutat.

La colle n’est même pas encore sèche que c’est le temps de partir. J’apporte le tout à Marc et André. Et c’est là qu’ils ont une réaction à laquelle je ne m’attendais pas. Ils aiment tellement le résultat qu’ils décident d’en faire la couverture avant. André, à qui devait revenir cet honneur, ne fait pas que me céder sa place. Il me la donne volontairement.

Cette situation me cause un grand malaise. Mais surtout un grand étonnement. Ne voient-ils pas l’énorme différence de style entre mon dessin et le décor? Sont-ils incapable de voir que mon décor est une image imprimée, contrairement au reste de mon dessin?

Eh bien, apparemment, non, ils ne constatent rien de tout ça. Ma croix du Mont Royal y est peut-être pour quelque chose.

Refuser cet honneur m’aurait obligé de leur en expliquer les raisons. Et je ne voulais pas. J’avais commis un vol d’image, chose déjà réprimandable à mes propres yeux, je ne voulais certainement pas l’avouer à d’autres. J’ai donc accepté leur offre, signant ainsi la couverture avant de ce recueil de BD. Et pour les quelques années qui viendront, je vivrai dans l’angoisse que quelqu’un finisse par se rendre compte de mon vol.

… Ce qui n’est jamais arrivé. Serge Morand n’avait pas grands fans au Québec.

J’ai quand même tiré deux leçons profitables de cette expérience. la première, c’est de ne plus jamais procrastiner, surtout pour quelque chose qui doit être fait pour une date déterminée. Et la seconde, c’est de prendre d’abord le temps de bien planifier. Deux leçons que je continue d’appliquer à divers aspects de ma vie.

Il ne me reste plus qu’à avouer la chose à Marc et André, en espérant qu’ils me pardonnent 27 ans plus tard pour cette supercherie, la seule du genre de toute ma carrière d’artiste.

In Requiem, Steve Requin, 1994-2024

Il y a trente ans ce mois-ci, en octobre 1994, j’ai adopté Steve Requin comme nom de plume. Aujourd’hui, ce nom ne me sert plus que comme adresse pour mon blog, mon Twitter et mon Facebook. Voilà bien des années que je n’ai plus rien signé ainsi.

Il est vrai que je n’ai plus rien en commun avec celui que j’étais lorsque j’ai pris cette identité. À 26 ans, j’étais sans travail, sans salaire, sur l’assistance sociale (BS), sans diplôme d’école secondaire, pauvre, envieux, coincé dans une relation extrêmement toxique par paternité imposée, et convaincu que je n’avais aucun avenir. En typique homme faible de corps, d’esprit, de volonté et de personnalité, j’étais impuissant à y changer quoi que ce soit. J’étais cependant désireux de pouvoir exprimer mes revendications nées des frustrations quotidiennes qu’apportent une série de mauvaises décisions de vie de ce genre-là.

En 2013, j’avais chroniqué ma génèse requinesque sous forme de BD.

Afin d’alléger, je ne posterai pas ici les pages suivantes, qui racontent que pendant mon enfance, mon père avait mauvaise réputation dans mon village d’origine. Par conséquent, porter son nom m’a toujours porté préjudice. En plus d’être un nom de marque de commerce associé aux produits pour bébés, c’est à dire Johnson & Johnson.

En 1994, période pré-internet, la seule façon de pouvoir s’exprimer publiquement sans censure, c’est par auto-publication. Par textes, par bandes dessinées. Donc…

Quelques jours plus tard, j’en refis une version en couleur.

Pas mal, pour un truc fait avec de la mine de plomb, des feutres et des crayons Prismacolor.

À partir de ce jour, et pendant une quinzaine d’années, j’ai produit une grande quantité de textes et BD. À ceci s’est ajouté Internet, avec de nombreuses pages dans lesquelles j’étalais mes revendications sans la moindre retenue.

Aujourd’hui, lorsque je relis ma production requinesque, de mon premier fanzine Requin Roll de 1994 jusqu’à ma dernière BD dans Safarir en 2008… Ouf! Je constate que c’est du gros n’importe quoi, pourvu que ça choque et attire l’attention par la controverse. Le tout enrobé d’un humour forcé qui n’était qu’un réflexe de survie morale. La seule chose tirée de cette époque dont je suis vraiment fier, c’est d’avoir créé le premier texte viral québécois francophone d’internet.

… que vous connaissez probablement mieux sous cette forme:

Durant ma période Requin, j’ai également produit dix manuscrits. De la fiction, de l’autobiographie, des essais d’analyse de société. Mais ces textes étaient tous influencés par mes frustrations personnelles. Aucun éditeur n’en a voulu. Aujourd’hui, je suis soulagé que pas un de ces projets de livres n’ait vu le jour. Seul mon 11e manuscrit, Le Sucre Rouge de Duplessis, a trouvé preneur en 2023. Et avec raison : il s’agit d’une recherche historique sérieuse qui ajoute des pages inédites sur le règne de l’Union Nationale de 1936 à 1960. C’est le seul que j’ai signé sous mon vrai nom. Et je suis fier de savoir qu’on le lira encore dans 100 ans, ce qui est normal lorsqu’il s’agit d’une publication sur l’Histoire du Québec.

Sinon, de toutes les publications signées Steve Requin, il n’y a plus que mes quatres dernières années de production, de 2015 à 2018, que je revendique encore. C’est à dire :

  • Mes deux numéros de L’Héritage Comique.
  • Mes trois BD du recueil annuel Crémage.
  • Mon album de La Clique Vidéo.

Et ces publications ont été réalisées après que l’on m’ait tiré de sept ans de retraite, alors que je ne produisais plus rien depuis ma démission de Safarir en automne 2008. Autrement dit, j’avais déjà mis ma vie artistique et créative derrière moi. Ce n’était que par habitude que je continuais de signer Steve Requin.

Donc, après 30 ans, maintenant que ma vie et moi ne ressemblons plus en rien à ce que nous étions lorsque je me suis créé cette identité, il est temps pour moi de tourner pour de bon cette page personnelle. Désormais, ce nom ne me servira plus que comme adresse de blog, Twitter et Facebook.

R.I.P. Steve Requin, 1994-2024.

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Y’A LIENS LÀ


La génèse de ma liste de noms de famille composés.
Un autre texte à ce sujet, incluant d’autres listes de noms composés.
Au sujet de La Clique Vidéo
Quelques planches de La Clique Vidéo.
Au sujet de l’Héritage Comique.
Le recueil de BD Crémage.
Le fanzine MensuHell.
Reportage au sujet de mon livre, Le Sucre Rouge de Duplessis

8 inepties que tu entends lorsque tu commences à faire de l’argent.

Tel que j’en ai déjà parlé dans quelques billets passés, ce n’est que dans la mi-cinquantaine, que j’ai eu l’opportunité de pouvoir enfin vivre la vie normale d’un adulte normal.  Et ça inclut me décrocher un excellent travail avec un excellent salaire.  Le 1er septembre dernier, j’y ai d’ailleurs fêté mes deux ans.

Le problème, c’est qu’on dirait que les gens sont allergique avec l’idée de faire de l’argent.  Il y a un genre de tabou social qui nous impose cette mentalité comme quoi on doit se résigner à être pauvre.  Cette même mentalité porte les gens à croire qu’aucun de nos efforts pour s’en sortir ne peut réussir.  Voire même que personne n’a la volonté ni la retenue requise pour y arriver. J’ai cumulé ici pour vous les huit inepties que j’entends le plus souvent à ce sujet depuis ces deux dernières années.

À préciser que tout ce que je dis ici s’applique au Québec. Pour ailleurs, je ne sais pas.

INEPTIE 1 : « On perd la moitié de notre salaire en retenues à la source. »
LA RÉALITÉ.  
Lorsque je travaillais au salaire minimum, on ne m’amputait qu’un maximum de 20%.  Aujourd’hui, j’en gagne le triple.  Et je suis payé à taux-et-demi après 40h.  Et il n’est pas rare que je fasse 80h par semaine.  Ma plus grosse paie représentait 168 heures de travail pour deux semaines.  Elle avait été imposée de 33%.  On est encore bien loin du 50%.

Une simple recherche sur Google m’a amené sur cette page, qui démontre qu’il faut gagner entre $165 430 et $235 675 par année pour être imposé de 49.87% sur son revenu.   Même avec tout mon temps supplémentaire qui parfois double mes heures, je suis encore bien loin de ça.

INEPTIE 2 : « Tu vas devoir payer des milliers de dollars lors de ta déclaration d’impôts. »
LA RÉALITÉ.  Lors de ma dernière déclaration d’impôts, j’ai au contraire été remboursé de l’équivalent d’un mois de salaire. Il faut dire que je me paie un excellent comptable.

INEPTIE 3 : « Quand tu as une augmentation de salaire, ton pourcentage d’impôts augmente. Par conséquent, tu reçois encore moins d’argent sur ton chèque qu’avant ton augmentation. »
LA RÉALITÉ.  Je me suis attaqué à cette croyance particulière il y a quelques mois sur Facebook, avec le statut suivant :

Il y a un mythe qui m’intrigue depuis plusieurs années, celui de l’augmentation qui appauvrit. Le fameux « J’ai reçu une augmentation, je tombe maintenant dans un autre bracket d’impôts, donc je paye beaucoup plus d’impôts, donc je ramène moins d’argent clair. »

Je pense que l’on a tous déjà entendu parler de cette histoire. Mais est-ce que ça vous est déjà arrivé personnellement, d’avoir une augmentation qui diminue votre revenu ?

Je dis que c’est un mythe parce que c’est quelque chose que j’ai souvent entendu, mais je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui l’a vécu. De plus, il me semble que si cette situation existait vraiment, il y a longtemps que les travailleurs ce serait plaint et auraient renversé le gouvernement pour une telle injustice.

Pas un seul des répondant n’a pu confirmer la réalité de cette rumeur. Vrai, en gagnant plus d’argent, on paie plus d’impôts. Mais on reçoit également plus d’argent sur notre chèque de paie. Cette rumeur n’est donc qu’un mythe.

INEPTIE 4 : « Est-ce que tu peux sérieusement affirmer que tu es plus heureux avec de l’argent. »
LA RÉALITÉ.  Oui ! Je le suis.  Vraiment !

Beaucoup de gens vont nous servir la formule classique comme quoi l’argent ne fait pas le bonheur.  Car le bonheur se trouve dans tes relations avec les gens, la nature, la famille, l’amour, la vie. Eh bien justement, en ayant passé ma vie pauvre, ce ne sont que dans les choses gratuites que j’ai trouvé mon bonheur : Les arts, la nature, le vélo, les longues marches dans les vieux quartiers pré-huppés de Ville Émard et Verdun, mes retours aux études (Gratuits jusqu’à six mois après la fin de celles-ci alors qu’il faut rembourser, mais quand même.), l’exercice, le jogging, l’exploration urbaine de lieux abandonnés, ma passion pour l’histoire de ma région d’origine, etc.  Hey, je considère encore que mes 40 jours d’itinérance de l’été de 2020 ont été l’une des plus formidables expériences de ma vie.

Quant au côté amour et/ou sexe, ma pauvreté ne m’a jamais empêché d’obtenir l’un et/ou l’autre.  J’ai également eu quatre enfants, aujourd’hui tous adultes et partis fonder leurs propres familles.

Cependant, sans argent, je ne pouvais pas aller bien loin.  Le logis, l’électricité, la nourriture, le téléphone, les vêtements, les soins dentaires, le transport, les soins des yeux… Tout le long de ma vie, chacune de ces dépenses nécessaires m’ont été problématiques, venant ternir mon quotidien. Maintenant que je gagne bien ma vie, je n’ai plus ces soucis.

L’argent améliore même ma santé, puisqu’il me permet de recevoir promptement les soins qui me sont nécessaires.  Alors oui, maintenant que je n’ai plus de soucis d’argent, j’affirme sincèrement que suis beaucoup plus heureux que lorsque je n’en avais pas.

Comme si le fait d’avoir de l’argent équivalait à perdre tout le reste.  Ce qui est sérieusement l’une des façon de penser les plus stupides qui soient.

INEPTIE 5 : « Un plus gros salaire nous porte à faire de plus grosses dépenses.  Alors peu importe ce que l’on gagne, on finit quand même avec rien au bout du mois. »
LA RÉALITÉ.  Pour les dépensiers compulsifs, je suppose que c’est la réalité.  Mais contrairement à eux, recevoir de l’argent ne me donne pas le réflexe stupide d’aller visiter les boutiques réelles et/ou en ligne en me disant « Qu’est-ce que je pourrais bien m’acheter? »

Mais attention, je ne suis pas abstenu de faire de grosses dépenses. J’ai commencé par le remboursement de mes dettes.  Je n’en ai plus une seule depuis mai dernier.  Et aujourd’hui, quatre mois plus tard, j’ai $9 157 en banque, que je ne sais pas quoi faire avec. Et ça continue de monter, bien que je me sois payé optométriste, podiatre, orthésiste, dentiste, dermatologue, et autres cliniques, toutes privées, qui ont réglées tous mes problèmes de santé, vite fait, bien fait.

Dépenser intelligemment, c’est savoir mettre ses priorités à la bonne place.

INEPTIE 6 :  « Ça sert à rien de faire du temps supplémentaire parce que plus je travaille et plus on m’enlève d’argent sur ma paie. »   
LA RÉALITÉ.  Oui, ça sert à quelque chose, de faire du temps supplémentaire. Parce que plus je travaille et plus on m’ajoute de l’argent sur ma paie. Mais voilà, lorsqu’ils reçoivent leur paie, la majorité des gens vont immédiatement consulter leur relevé, afin de voir combien d’argent ils ont vraiment gagné, avant les retenues à la source.  Ils mettent donc leur focus sur l’argent imaginaire, celui qu’ils n’ont pas reçu.  Et ils se frustrent tellement sur ce 25% qu’ils n’ont pas, qu’ils s’empêchent d’apprécier le 75% qu’ils reçoivent.

Jusqu’au mois de juillet dernier, alors que ça faisait un an et dix mois que je travaillais au CHSLD, je n’avais encore jamais consulté mon relevé de paie.  Pourquoi l’aurais-je fait?  Je suis pleinement satisfait du montant qui est déposé dans mon compte de banque à toutes les deux semaines. Alors à quoi est-ce que ça me servirait, de savoir combien d’argent je ne recevrai jamais? À part frustrer, et ce inutilement puisque c’est un problème pour lequel il n’y a pas de solution.

Les inepties suivantes ont rapport au crédit. 
Les gens sont épouvantés lorsqu’ils apprennent que je possède une marge de crédit de $30 000 avec ma banque, ainsi que trois cartes de crédit actives, ce qui fait que je vaux au total $80 000 en crédit.  Ce qui nous amène à :

INEPTIE 6 : « Tu dois crouler sous les dettes. »
LA RÉALITÉ.  Du tout !  Tel que je l’ai déjà montré lors d’un précédent billet, voici ce que je dois sur chacune de ces marges.

Mon secret?  Je gère aussi mon crédit de manière intelligente.  C’est-à-dire que je paie tout avec mes cartes de crédit.  Puis, dans un laps de temps allant de 1h à 48h, je me branche sur le site de ma banque et je les rembourse au complet.  Par conséquent, je ne paie pas un sou d’intérêt lorsqu’arrive l’échéance mensuelle.

Vous vous demandez probablement pourquoi est-ce que je perd mon temps à tout payer à crédit si j’ai déjà cet argent en banque. Ce qui nous amène à … :

INEPTIE 7 : « C’est bien mieux de tout payer comptant (ou par interac). »
LA RÉALITÉ.  Au contraire ! Il y a deux raisons pour ça.

Raison 1: À chaque fois que tu utilises ta carte bancaire, tu paies des frais de service. La carte de crédit, par contre, ne charge rien si on la rembourse avant échéance.

Raison 2: Tout payer à crédit me rapporte gros.  Voici mes trois cartes de crédit et ce que j’en fais.

  • Visa Récompense, pour mes achats en ligne.  Chaque achat me rapporte des points récompense.  Ce qui me rapporte entre $100 et $200 par année, que je mets en remboursement de cette même carte.
  • Visa MOI, pour l’épicerie et la pharmacie.  Déjà que j’accumule des points MOI avec ma carte MOI, l’avoir liée à une carte de crédit MOI double mes points bonus.  Ce qui me rapporte en moyenne de $25 à $100 par mois d’épicerie gratuite.
  • Visa Élite Avion Récompenses.  Sur celle-ci, j’y ai souscrit une assurance voyage et une assurance invalidité.  Et puisqu’elle est liée à mes autres Visa, j’y ai accumulé tellement de points Avion que j’ai reçu le courriel suivant il y a quelques semaines.

Bon, pour l’instant, je ne sais pas où aller ni avec qui.  Mais lorsque le moment (et la personne) arrivera, on pourra aller encore plus loin.  Et ce gratuitement. 

Sans oublier que mes Visa sont également liées avec ma carte Pétro Canada, ce qui me rapporte encore plus de rabais à la pompe, et encore plus de Pétro Points.  Au bout de l’année, ça équivaut à trois ou quatre plein d’essence gratuit.  Avec l’économie actuelle, ça se prend bien.  Alors quand on additionne tout ce que le crédit me rapporte, et ce sans me coûter un sou en intérêts puisque je rembourse toujours avant échéance, je serais fou de m’en passer.

Par contre, savez-vous ce qui ne rapporte rien et coûte de l’argent ? Je vais vous le dire, moi : Un compte de banque. Eh oui ! À cause des frais de tenue de compte, la banque se sert directement dans vos économies sur une base mensuelle, diminuant ainsi le montant d’argent que vous possédez, et ce non-stop.

Ce qui fait que contrairement à la croyance populaire, les cartes de crédit rapportent des intérêts. Tandis que garder de l’argent en banque, c’est le gaspiller.

INEPTIE 8 : « Les cartes de crédit, ça sert à rien, à part de s’endetter.  Si tu peux pas payer tes achats cash, c’est parce que t’as pas à te le payer. »
LA RÉALITÉ.  Dites, vous en connaissez beaucoup, des gens qui ont payé leur automobile en un seul versement d’argent comptant ? Pas moi, en tout cas.  Et loin d’être un signe de prospérité, cette pratique déclenche aussitôt une enquête auprès des autorités.  Car en général, lorsqu’un achat aussi onéreux est payé en argent comptant, c’est qu’il s’agit d’argent non déclaré, trop souvent produit d’activités criminelles.   

La première fois que j’ai voulu acheter une automobile, celle-ci m’a été refusée.  Puisque je n’avais jamais payé quoi que ce soit à crédit, je n’avais aucun dossier de crédit à mon nom.  Par conséquent, je n’avais rien pour leur prouver que j’étais un bon payeur.

La solution pouvait sembler simple : faire la demande pour une carte de crédit.  Je l’ai fait.  Trois fois.  À Visa, Mastercard et American Express.  Elles m’ont toutes été refusées.  Puisque je n’avais jamais eu de carte de crédit, je n’avais aucune preuve comme quoi je pouvais payer une carte de crédit.  Donc, puisque ça prend du crédit pour avoir du crédit, sans avoir de crédit je ne pouvais pas avoir de crédit.

Ce n’est qu’en 2012 que j’ai vu, sur le site de ma banque, que celle-ci offrait une carte de crédit Visa liée aux comptes de ses clients.  J’ai sauté sur l’occasion et je me suis peu à peu construit un crédit, en la remboursant toujours avant échéance, et en acceptant toutes les offres d’en augmenter la limite. Ceci m’a été très utile quelques années plus tard, alors que je traversais un mauvais moment financier, dans lequel le coût de la vie dépassait de beaucoup mes revenus.  À ce moment-là, j’avais atteint $6 000 de dette sur ma Visa. 

Puisque ma Visa provenait de ma banque, la banque savait combien je devais sur ma Visa. Aussi, elle m’a fait une offre.  Elle me donne une marge de crédit de $10 000 à 3,9% d’intérêt, en me suggérant de l’utiliser pour payer ma Visa qui est à 21.9%. J’ai accepté.  Ainsi, tout le monde y a trouvé son compte : Ma banque a fait du profit avec les intérêts. Visa m’a vu comme étant un bon payeur à qui on peut faire confiance avec une plus grande limite de crédit.  Et j’ai épargné 18% sur ce $6 000, c’est à dire $1 080.

Au fil des années, tout comme je le fais avec mes cartes de crédit, j’ai accepté les offres d’augmentation de ma marge de crédit bancaire.  Ce qui fait que j’ai maintenant un excellent dossier de crédit.  Même si un incendie détruisait tout ce que je possède, je ne me retrouverai plus jamais dans la rue.  En moins de 24h, je peux me re-loger, me re-meubler et racheter tout ce que j’aurai perdu. Et si, pour une raison X, l’une de mes cartes cesse de fonctionner, j’en ai deux autres + une marge de crédit bancaire. Peu importe ce qui peut m’arriver, je suis couvert. Cette sécurité a fait disparaitre tous mes soucis face à l’avenir.

Tous ces exemples démontrent que non seulement le crédit est utile, il est nécéssaire.

La morale de cette histoire, c’est qu’il ne faut jamais écouter les conseils financiers de ceux qui ne savent pas gérer leur budget, qui n’ont jamais eu d’argent, et qui agissent de manière à ne jamais en avoir.