Être mis au congélateur

Laissez-moi vous parler un peu de Rock. Non pas le genre de musique, mais plutôt un gars qui porte ce prénom.

Rock pouvait être chiant des fois. Ah, c’est sûr, c’était un bien bon gars, gentil, jovial et tout. Je m’entendais très bien avec et jamais il n’y a eu le moindre accrochage entre nous. Mais voilà : Quand on sortait dans un bar en groupe et qu’il y avait une table de billard dans la place, on y jouait. Et quand on y jouait, Rock nous massacrait tous.

C’est que Rock était un champion du billard. Aussi champion qu’on puisse l’être sans être un joueur professionnel. Le truc qui était chiant n’était pas le fait qu’il gagnait tout le temps. Son talent, il l’avait mérité à force de pratique. Il n’y avait donc aucun sens d’injustice ni de jalousie d’impliqué. Non, le problème, c’était une technique qu’il utilisait. Chaque fois qu’il avait une boule à lui arrêtée devant un trou, il la laissait là et portait son attention sur ses autres boules. Lors d’une partie que je disputais contre lui, trois des six trous étaient ainsi bloquées par ses boules.

MOI : Ben là, fuck, come on, t’en a trois faciles. Qu’est-ce t’attends pour les rentrer?
LUI : Stratégie, mon chum! Ces trois boules-là, c’est des choses sures. Je l’sais que je peux les rentrer quand je veux. Alors, en attendant, je les met au congélateur pis je m’essaye avec les autres. Quand j’aurai pu l’choix parce que j’en aurai pu d’autres à jouer, alors m’as les sortir du congélateur pis les jouer.

Puis, avec un petit sourire, il conclut avec le côté chiant de sa stratégie :

LUI : Sans compter que ça t’empêche à toi de jouer ces trous-là. Ça te cause un handicap supplémentaire.

Ça m’a pris quelques années avant de faire le lien entre cette stratégie et une situation que vivent beaucoup de gens, peu importe leur sexe ou leur orientation sexuelle : Être mis au congélateur. Ça ne m’est personnellement jamais arrivé, mais j’ai vu ça assez souvent chez d’autres personnes pour savoir que la situation existe. Pour vous expliquer, je vais prendre comme exemple une relation entre un gars et une fille. Et puis tiens, histoire de faire changement un peu, c’est au gars que je vais donner le mauvais rôle cette fois-ci.

Il existe trois situations dans laquelle on peut se faire mettre au congélateur:

SITUATION 1 : La fille est amoureuse du gars. Elle est plus ou moins timide. Pas trop, ce qui lui permet de lui faire savoir clairement qu’elle le veut. Mais juste assez pour ne pas lui mettre de pression avec ça. Parce que la dernière chose qu’elle veut, c’est de faire en sorte de lui tomber sur les nerfs, ce qui réduirait ses chance d’être un jour avec lui.

Le gars, de son côté, est flatté de savoir qu’il plaît à la fille. La fille lui plaît aussi, mais quand même moins que plusieurs autres. Alors en sachant d’avance que cette fille est une chose sure, il la met au congélateur.

Pendant des mois, sinon des années, la fille voit le gars passer d’une relation à l’autre. À chaque fois qu’il est célibataire, elle voit sa chance arriver. Elle se prépare mentalement, repasse mille fois les détails de sa stratégie de peur de rater son coup, et quand elle se décide enfin à foncer: Trop tard, il a déjà commencé une nouvelle relation. La fille attend donc patiemment la prochaine période de célibat du gars pour s’essayer de nouveau.

De son côté, le gars se permet de s’essayer sur le genre de filles qui l’intéressent vraiment. Il ne craint pas l’échec, puisque la fille qu’il garde au congélateur lui garantit qu’elle sera toujours là en cas de besoin. Il ne se retrouvera donc jamais seul à 100%, même en cas d’échec. C’est le principe de la chasse : Le chasseur ne se garde de la viande au congélateur que pour le jour où il n’arrivera plus à en ramener à la maison. Il ne la consommera alors que parce qu’il n’a plus le choix. Parce que c’est mieux que rien.

Cette première situation peut se conclure de l’une ou l’autre de ces façons :

  • Il finit par sortir la fille du congélateur et accepte enfin d’être en couple avec elle lorsqu’il a fini par épuiser toutes ses ressources et que plus personne d’autre ne veut de lui.
  • Il laissera la fille dans le congélateur pour toujours, puisqu’il a réussi à trouver l’amour véritable et la relation à long terme avec une fille qui lui plaît vraiment.
  • Ou pire encore : Il sort la fille du congélateur après avoir passé toutes les autres, sort avec elle, constate que finalement il aurait encore une chance ailleurs, casse avec, et la remet au congélateur.

SITUATION 2 : Même chose que la précédente, sauf qu’ici la fille ne l’intéresse vraiment pas. Au lieu de lui dire franchement et clairement, il la laisse se faire des espoirs. Lorsqu’il est célibataire, il lui donne des excuses comme quoi il n’est pas prêt pour l’instant à se lancer dans une nouvelle relation. Sauf que, quel hasard incroyable, à chaque fois qu’il devient soudainement prêt, c’est toujours une autre qui se trouve au bon endroit au bon moment pour en profiter.

Le gars peut avoir plusieurs raisons pour agir ainsi envers la fille, et aucune n’est vraiment gratifiante. Ça peut être parce que son Ego a besoin de se sentir désiré, même quand c’est par quelqu’un qui ne lui plaît pas. Ça peut être parce qu’il considère que cette fille-là pourrait encore être acceptable en dernier recours. Mais voilà : Il n’est pas encore à son dernier recours. Ça peut être parce qu’il sait que la fille le veut tellement qu’elle va sauter sur chaque opportunité qu’elle aura d’essayer de l’avoir, ne serait-ce qu’en lui montrant quelle bonne baise elle peut être. La fille peut donc l’attendre ainsi pendant des mois, des années, voire des décennies.

Cette seconde situation peut se conclure de l’une ou l’autre de ces façons:

  • Il ne sortira jamais la fille du congélateur.
  • Il ne la sortira qu’à certaines conditions, l’une d’elle étant que leur relation doit rester secrète. Et ce ne sera jamais une relation sérieuse. Tout au plus sexuelle.

SITUATION 3 : Ici, la relation a commencé sans d’abord passer par l’étape de la congélation. Sauf que, après avoir commencé à sortir avec elle, le gars constate qu’il pourrait avoir des chances avec une autre qui correspond mieux avec ses désirs. Il casse donc avec la fille en prétendant l’excuse bullshit classique comme quoi il a besoin de réfléchir à leur relation, ainsi que une séparation momentanée ne peut que leur faire du bien. Il la met donc au congélateur, histoire de pouvoir profiter de sa liberté sans qu’elle puisse faire pareil de son bord.

Cette troisième situation peut se conclure de l’une ou l’autre de ces façons :

  • Il ne sortira jamais la fille du congélateur parce qu’il aura trouvé mieux ailleurs en permanence.
  • Il va la ressortir car ça n’a pas marché avec l’autre. Ça fait qu’en un sens, il n’a pas menti : S’il dit avoir besoin de réfléchir, c’est afin de savoir s’il doit se résigner à se contenter de la fille ou bien s’il est capable d’avoir celle qu’il désire vraiment. Et là où la séparation momentanée ne peut que leur faire du bien, c’est que s’il voit par expérience qu’aucune autre ne veut de lui, alors il va se résigner à la fille et ne perdra plus de temps à espérer trouver mieux ailleurs.

Ce que les gens mis au congélateur oublient trop souvent, c’est qu’ils ne sont pas obligés de laisser l’autre mettre leurs vies en suspens. Ils ont tous la capacité d’en sortir afin d’aller chercher ailleurs la chaleur que jamais ne leur donnera celui ou celle qui les y a enfermés.

Hélas, les gens qui acceptent de se laisser mettre au congélateur en toute connaissance de cause se justifient souvent en disant qu’ils n’ont pas à avoir honte de la situation. En fait, ils en sont même fiers. Parce qu’en agissant ainsi, ils ne font que prouver que leur amour pour l’autre est véritable et à l’épreuve de tout. Ils vivent dans l’espoir que l’autre finisse par s’en rendre compte. Ils récolteront alors enfin l’amour et le respect auquel ils ont droit.

Le problème, c’est que tu passes ta vie à vouer un amour véritable à une personne qui se fout de toi, ou bien qui te fais passer en dernier parce qu’elle considère que tu es tout juste mieux que rien. Et ça, tu le sais très bien.

Comment peux-tu espérer quand tu es aussi désespéré?
Comment peux-tu être aimé quand tu n’as aucun amour-propre?
Comment peux-tu être respecté si tu a zéro respect pour toi-même?
Comment peux-tu être fier de n’avoir aucune fierté?

Sans compter qu’être au congélateur, ça t’empêche d’avoir des relations avec les autres. Ce qui, comme disait Rock, te cause un handicap supplémentaire.

La Fille en Détresse Éternelle

Avez-vous remarqué que les bons gars, ou du moins ceux qui prétendent l’être, se retrouvent toujours avec des filles à problèmes qui sont sans cesse dans des situations de détresse? Je suppose que les sexes peuvent être inversés dans certains cas. Mais puisque je suis un gars hétéro qui parle d’après expérience personnelle, et pour faciliter la lecture, je vais m’en tenir au style gars qui parle de femmes.

Il y a deux raisons qui font qu’un gars se retrouve avec ce genre de filles. La première, c’est quand il va volontairement vers elles. J’en ai déjà parlé dans un autre billet intitulé La malédiction du bon gars gentil et sauveteur.  La seconde, c’est l’inverse: C’est quand le gars attire involontairement ce genre de filles. Il est gentil, courtois, amical, toujours prêt à aider. Bref, le genre de gars toujours prêt à voler au secours d’une demoiselle en détresse. Alors quand la fille veut attirer son attention, quoi de mieux que de jouer sur son sens de la solidarité et de son humanisme!?

Utiliser la détresse afin d’attirer mon attention, on m’a fait le coup trop souvent. Selon le cas, ça pouvait impliquer l’un des quatre genres de détresse qui existent. Ils sont:

La détresse inévitable: La fille est toujours dans la merde à cause qu’elle est coincée dans une situation dont il est impossible pour elle de se tirer. Je ne peux donc rien faire pour elle. Elle passe alors notre relation à se plaindre à moi de quelque chose pour laquelle je ne peux rien. C’est plate, ça pompe l’énergie morale, et c’est une perte de temps.

La détresse optionnelle: Même chose que la précédente, sauf que la différence est qu’elle pourrait s’en sortir si elle allait chercher de l’aide là où elle est supposée, car il existe des moyens mis en place pour venir en aide aux femmes prises dans le même genre de situation qu’elle. Elle choisis plutôt l’option de ne rien faire et de se contenter de se plaindre. Non seulement c’est plate, ça pompe l’énergie morale et c’est une perte de temps comme dans le cas précédent, c’est enrageant.

La détresse provoquée: Ici, La fille fait exprès de se mettre dans des situations pénibles, juste parce qu’elle veut que je lui donne de l’attention en venant à son secours. Si je le fais, elle comprends que ça marche, alors elle s’arrange pour rester dans la merde le plus longtemps possible, afin de prolonger l’attention que je lui porte. J’en ai amèrement eu la preuve des dizaines de fois: Quand j’en ai assez et que je pars, la situation à problème qui était pourtant sans issue se règle automatiquement d’elle-même.

La détresse simulée: Contrairement à l’exemple précédent, elle n’est jamais en détresse ni en danger de quelconque façon que ce soit. Elle fait juste semblant. Elle invente. Elle ment. Vous ne le croirez probablement pas, mais tout le long de ma vie, il y a eu très exactement huit filles qui m’ont fait accroire qu’elles avaient été agressées sexuellement. C’est seulement après que j’ai agi comme tout bon citoyen normal, soit en insistant pour qu’il y ait démarches de thérapie, dénonciations et procédures légales, que ça s’était avéré avoir été inventé de A à Z.

Vous vous rendez compte? HUIT FILLES QUI ONT FAIT SEMBLANT D’AVOIR VÉCU UN VIOL! Il me semble que quand ton but est quelque chose d’aussi banal que de vouloir l’attention d’un gars, tu ne va pas inventer une accusation ayant des implications sociales et légales aussi grave. Et pourtant…

Donc, en résumé:

  • Problème qui ne peut pas se régler
  • Problème qu’elle refuse de régler
  • Problème qu’elle se créé volontairement
  • Et problème qui n’existe pas.

Dans les quatre cas, je devais subir inutilement une détresse pour laquelle je perdais mon temps à angoisser et à me casser la tête, tout en me soumettant à un sentiment d’impuissance qui me mettait moralement à terre.

Et puis, un jour, j’en suis arrivé à prendre la décision suivante: Quand j’aide une personne, c’est pour la sortir de la merde, et non pour me faire entrainer dans la sienne. Parce que, jusqu’à maintenant, j’ai vécu ce genre de situation de mes 18 à mes 40 ans. Quand ça fait 22 ans qu’un gars se dit qu’il ne doit pas prendre le risque de négliger ce qui pourrait s’avérer être un vrai problème, au cas où il pourrait vraiment aider la fille à s’en sortir, et à toujours réaliser en fin de compte qu’il a  perdu son temps à chaque estie de fois, il finit par se dire FUCK IT! J’ai assez de problèmes dans ma propre vie sans avoir en plus à me mettre ceux des autres sur le dos. Surtout si ces problèmes sont toujours impossible à régler.

Et c’est là que j’ai créé une façon de faire que je décris dans ce billet de blog intitulé « Ma Philosophie » et que je vous reproduit ici:

Lorsque les gens demandent ton aide pour se sortir d’une vie malheureuse, contente-toi de les renseigner sur ce qu’ils peuvent faire afin de s’en tirer eux-mêmes. À partir de là, ceux qui veulent vraiment s’en sortir vont y arriver tout seul, et ceux qui se complaisent dans leur malheur vont y rester. Dans un cas comme dans l’autre, en les aidant plus que ça, tu perdrais ton temps.

Et c’est pour ça que, dès que je constate plusieurs signes comme quoi la fille  est du genre à être en situation de détresse éternelle, je coupe tout contact. Les filles de ce genre-là, on ne peut être que deux choses avec elles:  Ou bien abusés, ou bien abuseurs.  Après mon ex, je me suis juré que je ne serai plus jamais le premier. Et a force d’exaspération envers ce genre d’agissements, elles me donnent envie de devenir le 2e. Et ça non plus, je me suis juré que je ne le serai jamais.

(Voir une précision importante dans la section des commentaires)

L’altruisme égocentrique

Altruisme: Qui se consacre aux autres.
Égocentrisme: Qui se consacre à soi-même.
Altruisme égocentrique: Prétendre se consacrer autres, mais en réalité ne se consacrer qu’à soi-même.

Je ne parle pas des gens qui, malgré des motifs d’orgueil, rendent quand même véritablement service aux autres. Non, je parle plutôt de… Comment dirais-je?  Tenez, voici trois anecdotes réelles qui vont mieux montrer de quoi je parle :

ANECDOTE 1 : Le graphiste trop bien pour son client
Il y a quelques années, un ancien collègue de travail avait été engagé pour compléter un storyboard pour une agence de pub. Son travail consistait à continuer et terminer les illustrations en reproduisant le style du dessinateur précédent. Boulot simple, classique, typique de ce milieu de travail.

Mais voilà, en voyant les dessins de son prédécesseur, il a refusé de continuer un tel travail de marde qui ne lui permettrait pas de montrer à l’agence de pub ce qu’il était capable de faire, disait-il.  Alors, afin de leur donner la meilleure qualité de travail possible, il a complété la chose dans son style à lui.

Il a été remercié de ses services (se faire renvoyer, belle façon de dire merci) et a passé les semaines suivantes à se plaindre comme quoi les dirigeants de l’agence de pub n’étaient que des cons incapable d’apprécier l’effort et le talent.

ANECDOTE 2: La programmeuse qui sait mieux que le prof
Celle-là date de quand j’étais étudiant à l’École Nationale de l’Humour, programme Auteur. Pour notre cours Humour et Nouveaux Médias, il fallait créer une page web humoristique. Mon plan avait été lu, corrigé et approuvé par notre professeur. Il ne me restait plus qu’à faire la chose pour pouvoir la présenter comme travail de fin de session. En l’apprenant, une de mes amies insiste pour s’occuper de programmer la page web.  Cette reproduction de mémoire de notre conversation MSN résume bien le reste:

ELLE: Tu as choisi exactement les couleurs que je n’utiliserais jamais. Quant aux photos de la bannière, c’est vraiment à chier.
MOI: C’est pour une page d’humour.
ELLE: On s’en fiche. Personne ne va vouloir aller sur une page aussi laide.
MOI: Mais il faut qu’elle ait l’air de ça. Ça fitte avec le thème.
ELLE: Il y a moyen de faire une page d’humour sans qu’elle ait l’air aussi scrap.
MOI: C’est ce que le prof veut.
ELLE: T’auras vraiment pas une bonne note si tu lui remets cette merde.
MOI: Regarde: Notre prof nous a expliqué que la page web doit être un reflet de son sujet. Il nous a montré comme exemple la page promotionnelle du film de Borat. Puisque Borat est un crétin et un ignorant, le site du film ressemble aux pages personnelles de débutants que les gens faisaient sur Geocities et Angelfire à la fin des années 90: Mauvais montage, fond blanc, lettrage en couleurs fluos agressantes pour l’oeil, gifs animés cheap… Tu penses bien que Hollywood possède la technologie et le budget pour lui faire une page full high-tech. Sauf que c’est pas une question de technologie ni de budget. C’en est une de respecter le thème de ton sujet.

Devant une explication aussi complète, elle ne peut que comprendre pourquoi la page doit être faite selon mon plan, plan qui a été approuvé par le prof. Sa réponse:

ELLE: T’es pas Borat!

J’en fus quitte pour m’arranger tout seul en créant sur Photoshop de fausses captures d’écran de page web que j’ai présenté en classe, et endurer une coupl’ de semaines de bouderies de mon amie qui prenait mal le fait que je l’avais empêché de montrer ce qu’elle était capable de faire.

ANECDOTE 3 : Les Dents de l’Amère
Petit trip nostalgique (?) vers mes dernières années de célibat. J’étais au lit avec cette fille rencontrée le jour-même après quelques semaines de jasette sur le net. Elle utilisait ses dents pendant la fellation. Bon, chacun ses trips, c’est juste pas le mien, voilà tout. En plus, elle insistait pour me mettre une forte pression sous le scrotum avec ses doigts, ce qui était franchement inconfortable.  Je lui suggère donc de rétracter la dentition un ti-peu et de cesser de me presser le sous-sac, ça ne me fera que mieux apprécier sa job de siphonnage phallique.

Elle se retourne, insultée, et me dit:  « Heille! Je l’sais, moé, c’est quoi que les gars aiment qu’on leur fassent! » … Et elle se remet aussitôt à l’ouvrage en ne changeant pas sa technique le moins du monde.

Sous le choc, il a bien fallu que je me rende à l’évidence: Elle est tellement convaincue de savoir mieux que moi ce que j’aime que toute suggestion qui en déroge va m’exposer à sa rage. Il a donc fallu que je me ferme les yeux et que je fantasme très fort sur des scènes imaginaires particulièrement full-cochonne pour pouvoir conclure.

Dans les trois cas, ces personnes avaient toutes un point en commun : Elles tenaient mordicus à montrer ce qu’elles étaient capable de faire. Le graphiste voulait montrer qu’il était capable de faire bien mieux que des dessins simplets. La programmeuse  voulait montrer qu’elle était capable de faire une page web ultra-technique en alliant 1000 options sophistiquées à un graphisme full design. La partenaire sexuelle tenait à démontrer qu’elle valait mieux que la moyenne des femmes au lit.

Malheureusement, dans les trois cas, la seule chose que ces personnes ont réussi à montrer, c’est qu’elles n’étaient pas capable de faire ce qu’on leur demande.

Être à l’écoute des gens, ça ne signifie pas se taire quand on voit que l’autre a pris une décision idiote.  Ça ne signifie pas non plus lui imposer son point de vue. C’est l’écouter, dans le doute lui poser des questions et/ou offrir autre chose, et ensuite respecter sa décision finale. Et ça, ça vaut autant au travail que dans les relations interpersonnelles.


Et maintenant, quelques remerciements pour VRAIS services rendus:
Avec mon amie Stéphanie qui a décidé de tagger mes articles sur Digg et avec l’article à mon sujet sur The Guy Whisperer, j’me tape maintenant aux alentours de 100 visites uniques par jour. Ça bat les 4-à-17 que j’avais avant.. Merci à vous deux, ça me crinque pour de nouveaux articles, d’où celui d’aujourd’hui. Ça m’a aussi influencé à soigner ma présentation, ce qui fait que désormais (depuis hier, en fait) mes articles seront illustrés.

 

Un rendez-vous traumatisant

1998. J’avais 30 ans. Je me tenais sur un site appelé La Jasette, sur la page web de l’émission Pignon sur Rue, le premier show réalité du Québec, mais qui avait passé à peu près inaperçu parce que diffusé sur Télé Québec, donc non-promotionné par l’empire Québécor.

Sur ce site de jasette, une fille de 28 ans du nom de Dominique me drague. On se jase une coupl’ de semaines. Elle est sympathique et on s’entend bien. On finit par se suggérer une rencontre.

À l’époque, à part pour les sites de rencontres, peu d’endroits demandaient une photo ou un avatar dans ton profil. Je ne savais donc pas de quoi elle avait l’air, et elle non plus à mon sujet. Encore peu de gens avaient un scanner ou un moyen de se prendre digitalement en photo. On s’était cependant décrits pour s’assurer qu’on se reconnaisse.

Je propose un plan de match pour la mettre à l’aise: On se rencontre au métro, on va souper au resto, on parle, puis on rentre chacun chez soi. Si on s’est plu, tant mieux, on se le dira sur MSN et on va plus loin dans notre relation. Sinon, y’a pas de malaise ni obligations et on reste amis.  Je n’ai pas précisé que si on se plaisait ce soir-là qu’on pouvait très bien passer au lit après le souper, mais ça me semblait aller de soi que si on est victime d’un coup de foudre réciproque drette-là, ce serait idiot de remettre ça à plus tard.

Le jour de la rencontre, je me pointe à la station de métro choisie. Elle y est déjà. C’est elle qui me reconnaît en premier. C’est là que j’ai mon premier turn-off.  Elle m’avait bien dit qu’elle était un ti-peu ronde. J’étais bien ok avec ça. Par contre, elle aurait pu me préciser que c’était une géante de plus de six pieds avec des épaules comme un joueur de football. Je ne fais que 5’7″ et j’étais loin d’être un athlète. Et bien qu’elle était quand même trop petite pour souffrir de gigantisme, elle en avait quand même quelques caractéristiques physiques, comme le front large, le menton surdéveloppé et un sourire qui montre deux fois plus de gencives que de dents. Je sais bien que c’est pas de sa faute et qu’on est comme on est, je ne peux m’empêcher d’avoir un mouvement de recul, mental tout le moins. À ce moment là, bien que je n’ai pas baisé depuis un bon moment, je réalise que finalement je pourrais très bien attendre encore un peu.

Tandis que l’on marche vers le resto en jasant, j’ai l’impression d’être un hypocrite.  Je sais bien ce que c’est, que de me faire mettre de côté pour mon apparence.  J’ai assez souffert de ça avant mes 25 ans, à l’époque où j’étais si maigre qu’on disait que j’avais l’air d’un sidéen en phase avancée. Et aujourd’hui, en la trouvant physiquement repoussante, je lui fais à elle ce que j’ai toujours reproché aux autres de me faire.  Moi, le gars qui a toujours dit que la vraie beauté est intérieure.  Je me ressaisis donc, en me disant que je devrais plutôt mettre en pratique ce que je prêche.

On entre au resto et on s’assoit à une banquette, face à face. À l’heure qu’il est, il n’y a que trois autres tables d’occupées. En attendant la serveuse, elle commence à me jaser au sujet des études.

ELLE: T’as étudié dans quoi?
MOI: Lettres, pour me diriger dans…
ELLE: BON! Un autre loser qui savait tellement pas quoi faire de sa vie qui s’est allé en Arts et Lettres.

Qu’est-ce que c’est que cette attaque gratuite ?

MOI: Euh… Mais non, je sais ce que je veux faire.
ELLE: Ben oui: Être su’l’BS comme tous les autres diplômés du Cégep du Vieux Montréal.
MOI: Je ne suis pas allé au Cégep du Vieux.
ELLE: Attend… T’as même pas été capable de te faire accepter au Cégep du Vieux? LE cégep qui prennent tout l’monde, même les plus losers!? Même eux-autres, y’ont pas voulu de toi!?
MOI: J’ai jamais appliqué là, chus allé à André Laurendeau.
ELLE: Pourquoi t’es allé là?
MOI: C’était celui l’plus proche de chez moi.
ELLE: Attend… T’as choisi ton cégep non pas en fonction de leur spécialité, mais bien pour marcher moins loin? Tu joues ton avenir complet pour une raison aussi épaisse? C’est donc ben cave!

C’est moi ou elle se contredit ?

MOI: Y’ m’semblait que l’Cégep du Vieux, c’tait pour les losers, que tu disais.
ELLE: J’ai dit que s’en aller en Arts et Lettres c’était loser, mais tant qu’à faire un choix de vie loser, c’est déjà moins loser quand tu vas à l’école qui se spécialise dans ce que tu veux faire.

J’ai le sens de l’humour et de l’autodérision et je sais que pour certaines personnes, insulter les gens est une forme maladroite d’humour utilisée, disent-ils, pour détendre l’atmosphère. N’empêche que je me demande bien ce qu’elle essaye d’accomplir en insistant pour prouver que mon choix d’études et de carrière fait de moi un loser su’l’BS. Surtout que je travaillais à l’époque au centre d’appel de la page web d’Air Canada, avec un très bon salaire, et elle le savait.

La serveuse arrive. Elle prend d’abord la commande de Mam’zelle, puis se tourne vers moi. Je lui dis:

MOI: Je vais prendre un club sandwich avec frites, avec un Diet Pepsi, s’il vous plaît.

Dominique fait alors quelque chose à laquelle je ne me serais jamais attendu de la part d’une adulte: Elle répète ce que je viens de dire, avec une voix niaiseusement nasillarde:

ELLE: « Ne vas pnende un cnub sanwitss avec fnites, avec un Diet Pepsi, s’in vous pnaît. »... Quétaine jusque dans son choix de bouffe.
MOI: Euh… C’est parce que, me semble que le but premier quand on est dans un resto, c’est de manger quèqu’chose qu’on aime, et non essayer d’impressionner l’autre.
ELLE: Pfff… T’as rien pour impressionner personne, mon pauvre p’tit gars.

La serveuse finit de prendre ses notes, me dit « Ok! » et repart en faisant semblant de rien. Mais dans un métier où il est de bon ton de sourire aux clients et d’être un peu plus jasante que ça, c’est justement le fait qu’elle faisait semblant de rien qui démontrait le malaise. Je me doute bien qu’elle est allé raconter ça aux autres employés, parce que pour le reste de la soirée, à chaque fois que je levais la tête pour regarder autour, il y en avait toujours un ou deux, au loin, en retrait, debout, immobiles, qui regardaient dans notre direction. Ils n’ont pas dû être déçus de la suite.

J’ai fait quelques tentatives de détourner la conversation vers elle, histoire qu’elle me lâche un peu. Voici les deux exemples dont je me souviens du foirage que ça a donné:

MOI: Tu travailles dans quoi?
ELLE: En quoi ça te regarde?

MOI: Tu restes dans quel coin?
ELLE: Pas d’tes calice d’affaires. C’est notre première rencontre, j’te connais pas, je l’sais pas quel genre de gars que t’es.  M’as pas donner mon adresse à un violeur potentiel.

Et ça continue comme ça, jusqu’au moment où elle décide de donner un virage sexuel à la conversation. Elle le fait avec cette question:

ELLE: T’as-tu déjà baisé avec des gars?

Et voilà! LA conversation classique que j’ai eu à subir des dizaines de fois par le passé. Je la connais tellement que je peux la réciter par coeur.  Et c’est parti pour un autre tour:

MOI: Non, je ne suis pas gai.
ELLE: Comment tu le sais?
MOI: J’ai couché avec 20 filles, zéro gars, et j’ai 4 enfants
ELLE: Avoir des enfants, c’est pas une preuve. Tu peux être bisexuel.
MOI: Non, chu hétéro.
ELLE: Tu peux pas en être sûr à 100%.
MOI: Ben oui j’peux. Je sais que j’aime les femmes, et je sais ce que je n’aime pas les hommes. Par conséquent, je sais que chu hétéro.
ELLE: Comment tu peux savoir que t’aimes pas ça si tu l’a jamais fait?
MOI: Je le sais parce que les hommes ne m’attirent pas.
ELLE: Ça veut pas dire que t’aimerais pas ça.
MOI: J’aimerais pas ça parce que l’idée de me faire toucher par un homme dans un but sexuel, c’est suffisant pour me faire perdre ma libido. Je me souviens de la première fois où je me suis retrouvé dans une soirée orgiaque. Pour la première fois de ma vie, ce soir là, j’ai eu des problèmes d’érection. La présence d’autres gars tout nus me dérangeait.
ELLE: Je trouve que tu te défend beaucoup. Qui c’est que t’essayes de convaincre ici? Moi, ou bien toi-même?

Vous voyez le genre de mentalité?  Peu importe ce que tu leur dis, à ces filles-là, rien ne leur fera changer d’idée à ton sujet. Si tu ne nies pas, c’est parce que tu l’es. Si tu nies, c’est parce que tu essaye de cacher que tu l’es.

L’expérience m’a appris une chose importante dans ce genre de situation: Quand une fille insiste à mort comme quoi tu es bi, si tu ne veux pas gâcher la soirée, alors dis-lui ce qu’elle veut entendre. La date ayant déjà assez mal commencé comme ça à mon goût, ça ne me tente pas d’en rajouter en la contrariant. J’improvise alors ce qui suit.

MOI: En fait, oui, maintenant que j’y pense, c’est arrivé une fois, quand j’habit…

Elle fait immédiatement une moue de dégoût et m’interrompt en disant:

ELLE: YARK! T’es ben dégueulasse!

Tu me fucking niaise ?

Contrairement à toutes celles avec qui j’ai eu cette conversation par le passé, l’insistance de Dominique à me faire avouer une relation gaie n’était pas pour tester mon ouverture d’esprit. C’était juste dans le but de pouvoir me descendre verbalement encore une fois.  J’ai déjà subi des attaques totalement gratuites par le passé, mais c’était la première fois qu’on prenait la peine de mettre autant d’effort pour me tendre un tel piège. 

Rendu à ce point de la soirée, « je veux baiser cette fille » était la dernière chose que j’avais en tête, tout de suite en dessous de « je me frictionnerait volontiers au tabasco les hémorroïdes avec du papier sablé à gros grains. »  Ça serait probablement moins pénible.

J’ai enduré le reste du souper tout en restant poli et amical parce que ma maman m’a appris qu’en public vaut mieux agir en être civilisé que de faire scandale.  Ça a l’avantage de démontrer, ne serait-ce que passivement, lequel de nous deux est irréprochable, et lequel est un total trou de cul. Malheureusement, beaucoup de gens abusifs confondent ma patience pour de la soumission, d’où gros scandale inévitable lors de ma défense et/ou contre-attaque et/ou retraite.

Lorsque finalement nous sortons du resto, elle me dit la dernière chose à laquelle je m’attendais :

ELLE: J’reste à côté.  Tu viens-tu?

Pardon !? 

La fille a passé l’heure et demie de notre rencontre à rire de moi, me rabaisser, m’insulter, me tendre des pièges pour m’humilier… Et elle s’attend ensuite à ce que j’aille la récompenser en lui donnant du sexe?

Fuck that!  Ou plutôt: DON’T fuck that !  EVER ! 

Je n’ai jamais compris la logique derrière la mentalité « Puisque tu m’agresses, je te respecte et te désire », alors je ne vais certainement pas y adhérer. Le faire confirmerait hors de tout doute que je suis vraiment le cave qu’elle n’a pas arrêté de chercher à prouver que je suis. 

De toute façon, le plan de la soirée que j’avais proposé, et qu’elle avait accepté, était que l’on se rencontre, qu’on jase, qu’on se quitte, et qu’on se dise ensuite, VIA INTERNET, si on s’est plu ou non. C’est à ça que je m’accroche pour décliner son offre.

MOI: Euh… Merci, mais je vais m’en tenir au plan.
ELLE: Ben là…!?  C’est quoi la joke?  C’est-tu à cause de c’que j’t’ai dit au resto?  T’es donc ben fif, estie.

Heille, c’est bandant, ça, encore!

Je lui réponds que comme, suivant le plan original, je ne m’attendais pas à ce que l’on passe la soirée ensemble. J’ai donc prévu d’autres trucs pour la soirée avec des amis qui m’attendent. C’était faux, bien sûr. Revenu chez moi, je me suis logué et je l’ai bloquée là où je le pouvais, et ignorée partout ailleurs.

Et c’est ainsi que j’ai appris que si la beauté véritable est à l’intérieur, alors il y a des gens qui sont beaucoup plus laids qu’ils en ont l’air. C’est sûr que j’aurais pu essayer de comprendre pourquoi elle agissait ainsi. Mais voilà, j’étais sa date et non son psy.  Et franchement, ça ne me tentais pas de le devenir.

Et c’est pour toutes ces raisons que cette soirée qui s’enlignait pour se conclure sexuellement fut la rencontre la plus turn-off de toute ma vie de célibataire de moins en moins endurci.

Pourquoi agissait-elle ainsi? Selon le cliché, on aurait pu s’attendre à ce qu’une grosse laide soit gentille. Or, que les choses se passent ainsi en général ne signifie pas qu’elles se passent ainsi tout le temps.   Qui sait, peut-être que, consciemment ou non, elle se disait: « Chus grosse, chus lette, fa que si en plus chus chiante pis que le gars y survit, c’est probablement l’homme de ma vie. » Ça expliquerait son offre pour passer ensuite chez elle.

Ou peut-être que, s’étant fait niaiser toute sa vie par les gars pour son physique, elle a développé le réflexe d’attaquer en premier en s’attendant à ce que le gars la repousse juste à la voir. Ça expliquerait son invitation de l’après-repas. Elle a vu qu’elle m’avait mal jugé et elle a essayé de rattraper le coup.

Ou peut-être que, incapable d’assumer son physique, elle avait besoin d’une meilleure excuse pour s’expliquer ses rejets. Comme ça, au lieu de se dire « Il ne m’aime pas car je suis grosse et laide », elle peut prétendre qu’ « Il ne m’aime pas car c’est un p’tit crisse de susceptible frustré. »  Il est vrai que, lorsqu’ils sont souvent mis à l’écart, certaines personnes ont besoin de faire semblant que c’est délibéré de leur part.  Ça leur donne l’illusion qu’ils sont en contrôle sur la situation.

Ou peut-être que je perds mon temps à essayer de lui trouver des excuses, et qu’elle était juste vraiment bitch dans sa nature profonde. Ce qui signifie que j’ai eu d’autant plus raison de décliner son offre. Quand une personne cherche juste à rire de toi en t’attaquant sur tous tes aspects possibles, c’est vraiment courir après l’humiliation que d’aller ensuite se mettre délibérément tout-nu devant elle.

Enfin, pour répondre à la question que vous vous posez tous:

Pourquoi ai-je choisi d’endurer ça?  J’avais deux raisons.  Quand je me suis rendu compte qu’elle tournait au négatif tout ce que je dis, j’ai compris qu’elle faisait exprès. Je me demandais quel était son but. Et surtout, j’étais curieux de voir jusqu’où elle pouvait aller si je restais impassible, sans frustrer ni me plaindre.

Et la seconde raison, c’est que dans ce genre de situation, il est impossible pour un gars de s’en tirer sans taches. Si tu es patient, alors tu es un loser désespéré mou pas d’couilles pas d’colonne.  Mais si tu perds patience en l’engueulant et/ou en partant, alors voilà, t’es un gros frustré qui fait sa crise de beubélala parce que la fille n’a pas l’air de s’enligner pour coucher avec toi.  Alors tant qu’à mal paraître, peu importe ce que je fasse, aussi bien profiter du repas.  C’est une maigre compensation, mais c’est déjà ça.

Méfiez-vous des prophètes auto-réalisateurs

– Je l’sais qu’tu m’trouves fatiquant.
– Moi? Ben non! En voilà une idée!
– Essayes pas! Je l’sais qu’tu m’trouves fatiquant.
– J’viens d’te dire que non.
– Tu m’trouves fatiquant.
– D’où ça sort c’t’accusation là?
– Tu m’trouves fatiquant.
– J’ai-tu dit de quoi pour te faire penser ça?
– Tu m’trouves fatiquant.
– Franchement, là…
– Tu m’trouves fatiquant.
– Je…
– Tu m’trouves fatiquant. Tu m’trouves fatiquant. Tu m’trouves fatiquant. Tu m’trouves fatiquant.
– HOSTIE QU’T’ES FATIQUANT!
– Tu vois? Je l’savais!

De l’anglais self-fulfilling prophecy, la prophétie auto-réalisatrice est une méthode de manipulation qui consiste à lancer une accusation d’avance dans le but d’influencer autrui à adopter le comportement dont on l’accusait, jusque-là, à tort. La cible de cette provocation se retrouve donc dans une situation dans laquelle elle n’a que deux choix: Subir éternellement cette accusation mensongère, ou bien l’accomplir ce qui en fait automatiquement une prophétie. Donc, quoi qu’il fasse, il perd.

EXEMPLE 1: Le gars qui accuse à tort sa blonde de vouloir le quitter, et qui lui fait des histoires à cause de ça. Si la fille tient à lui montrer qu’il a tort, alors elle est manipulée à rester dans cette relation abusive dans laquelle elle subit ces accusations à répétitions. Si elle finit par en avoir assez de ces soupçons non-mérités et qu’elle le quitte, il peut alors crier haut et fort qu’il avait raison à son sujet tout ce temps-là.

Voilà pourquoi on parle de prophétie auto-réalisatrice: Cette prophétie ne se serait pas accomplie si elle n’avait pas d’abord existé.

Et là où c’est parfois de la manipulation, c’est que pendant que la fille est occupée à tout faire pour ne pas donner à son conjoint l’impression qu’elle veut le quitter, elle n’a pas le temps de remarquer les défauts qu’il a. Des défauts qui pourraient vraiment lui donner de vraies bonnes raisons de le quitter.  Des défauts qu’il sait trop bien qu’il possède. Des défauts qu’il préfère camoufler en accusant sa blonde de ce qu’elle ferait si elle les remarquait, et ce avant même qu’elle les remarque.

EXEMPLE 2: Celle qui accuse son chum de vouloir la frapper, et qui fera tout pour l’exaspérer, poussant même la provocation en allant jusqu’à l’agresser physiquement elle-même. Le gars se retrouve dans le même dilemme que dans mon exemple précédent : Céder à la provocation et ainsi devenir ce dont il a été si longtemps accusé à tort d’être, ou endurer des abus qui n’en finiront jamais.

Heureusement, dans ce cas-ci, il a aussi le 3e choix de la quitter pour de bon. Elle peut alors se plaindre à raison que seuls les hommes violents s’intéressent à elle, les autres la laissent tomber. Normal: Avec son attitude, ou bien elle attire les hommes violents, ou bien elle transforme l’homme doux en homme violent, ou bien elle repousse les hommes qui sont trop doux pour pouvoir virer violents. Elle est donc elle-même la seule et unique cause de la situation dont elle se plaint.

Il n’y a pas que dans les relations de couple que les prophètes autoréalisateurs font des ravages. J’ai quelquefois eu à subir les accusations non-fondées d’une amie qui m’accusait de vouloir qu’elle s’en aille, me laisse tranquille, disparaisse de ma vie. Je vivais la chose comme du harcèlement et de la manipulation. Harcèlement parce que je me faisais sans cesse accuser faussement, et toujours de la même chose. Manipulation parce qu’elle me forçait à lui dire que j’appréciais sa présence, et ce tout juste après m’avoir frustré contre elle avec ses accusations mensongères, donc juste au moment ou je l’appréciais le moins, celui où j’avais le moins envie de sa présence.

De par son attitude, elle avait transformé nos fréquentations. Ce qui était un plaisir au départ était devenu une obligation. Ce qui était positif était devenu négatif.

Les prophètes autoréalisateurs de relations souffrent de trois choses

  • Un grand manque de confiance en soi. Ces gens ne croient pas être capable d’obtenir ce qu’ils veulent autrement que dans une situation dans laquelle l’autre n’a nul autre choix que de la lui donner. L’amitié, l’amour, la fidélité, la douceur, etc.
  • Une très basse estime d’eux-mêmes. Quand tu crois que la seule façon pour toi d’obtenir amitié, amour et respect c’est en forçant l’autre à t’en donner, c’est parce que tu ne crois pas être capable de le mériter.
  • Un complexe de persécution. Ça se voit dans ses accusations non-fondées : On veut la quitter, on veut la frapper, on veut la tromper, etc. Bref, à l’entendre, on ne lui veux que du mal et/ou la rejeter.

Les prophètes autoréalisateurs se retrouvent aussi chez les provocateurs qui cherchent à ternir l’image des autres. Cette méthode est alors appliquée afin de les insulter à loisir sans leur laisser le droit de réplique.

Exemple vécu : Un voisin que j’ai eu il y a deux ans. Jeune noir full arrogant qui se la joue avec un petit sourire insolent permanent. Dès qu’il a aménagé au 3e étage d’un bloc voisin ce juillet-là, et ce jusqu’à ce qu’il fasse trop froid pour sortir, son fun était de se poster au balcon, seul ou avec ses ami, et d’insulter les gens qu’il voyait dans les cours arrières de la ruelle, en ne manquant pas de les accuser d’être des racistes qui cherchent juste à se plaindre contre les noirs.

Les forums et autres lieux d’échanges publics sur le net sont aussi riches en provocateurs qui, après avoir lancés insultes et accusations fantaisistes, vont vite s’empresser d’accuser d’avance les gens de ne pas aimer ce qu’il disent, ou les modérateurs de vouloir le bannir. J’en parlais déjà dans mon billet Devenez Membre de la CIA.

« Tu vois bien? Je te l’avais dit que ça ne marcherait pas. »
Comme on a pu le voir dans mon autre billet Autopsie du Loser, on retrouve beaucoup de prophètes autoréalisateurs chez les gens négatifs. Peu habitué à réussir dans la vie, il finit par adopter la personnalité hautaine du gars capable de prévoir qu’il ne réussira pas parce que telle ou telle personne ne voudra pas lui laisser sa chance. Il aura ensuite face à cette personne une attitude qui va lui garantir cet insuccès qu’il avait prédit. Par exemple en draguant une fille ou en faisant application pour un travail tout en accusant l’autre de façon sous-entendue de ne pas être intéressé par un gars comme lui. Cette attitude est aussi connue sous un autre terme: Créer soi-même ses propres malheurs.

Rajoutons à ça les gens rabaissants qui utilisent la prophétie autoréalisatrices afin de te manipuler car ils ont une mentalité qui se traduit par « je vais toujours penser le pire de toi, c’est à toi de me prouver sans cesse le contraire », et vous comprendrez pourquoi il faut se tenir loin des prophètes autoréalisateurs.

La malédiction du bon gars gentil et sauveteur

Vous les connaissez, les bons gars ?
Vous savez, ces bons amis de gars que les filles apprécient tant, mais jamais au point de sortir avec? Ces gars qui comprennent si bien les filles mais qui se retrouvent toujours célibataires?  Peut-être en êtes-vous un vous-mêmes.  Si c’est le cas, vous vous reconnaitrez dans cet exemple typique: Un gars va commencer à fréquenter une fille qui est tombée très bas émotivement et psychologiquement suite à une rupture avec un ex abusif. Le bon gars va l’aider, la remonter, lui faire prendre plus de confiance en elle, bref il va lui permettre de s’épanouir comme jamais personne d’autre n’a pu (ou voulu) le faire avant.

Sa récompense: Dans une période allant de quelques mois à 2 ans plus tard, la fille se met à le bitcher et à l’haïr, avant de souvent retourner avec son ex, ou du moins commencer une relation avec le même genre de gars.

Pourquoi agit-elle ainsi après tout ce que tu as fait pour elle?
Inutile de lui poser la question. Elle ne saura pas quoi répondre, car elle-même ne le sait pas. Tout cela se déroule au niveau de l’inconscient. Elle ne fait qu’obéir à son instinct et à ses tripes.

Mais de quoi est constitué ces instinct et ces tripes, et qu’est-ce qu’ils lui dictent? Tout cela se déroule en 5 étapes successives:

ÉTAPE 1: La dualité sentiments VS logique

Ses sentiments font qu’elle n’aime que lui, d’instinct. Sa logique lui dit que dans le fond, c’est un gars dans ton genre qui lui faudrait. En prenant le temps d’accepter sa logique, en se forçant elle-même, en se disant que c’est pour le mieux, elle peut se conditionner à avoir des sentiments pour toi. Mais l’attirance, ce n’est pas quelque chose qui se contrôle par la logique. Aussi, dès que l’ex revient dans le décor et qu’elle est remise sur pied, donc prête à l’ affronter, la logique prend le bord, ainsi que ses sentiments pour toi qui en sont nés.

ÉTAPE 2: L’orgueil:

Sans savoir pourquoi, une fille va se sentir de plus en plus mal à l’aise, et avoir de plus en plus de ressentiments envers celui qui l’a aidé. Plus tu l’as ramassée à la petite cuillère et l’a remontée, et plus ses sentiments envers toi vont se gâter. Pourquoi? Parce que tu l’as vu/connu, au moment où elle était le plus vulnérable, le plus bas, celle où elle était le plus démolie. Or, personne n’aime montrer ses faiblesses, et personne ne connait autant ses faiblesses que toi. Cette situation finit par faire naître le point suivant:

ÉTAPE 3: La haine:
Son orgueil va finir par faire escalader le sentiment de malaise face à toi, son sauveur, au point où ça deviendra insupportable pour elle. Elle aura cette sensation, cette impression, que, comme tu l’as connu dans un moment faible, tu penses qu’elle est faible, chétive, instable, incapable de faire quoi que ce soit par elle-même, et surtout incapable de survivre aux mauvais côtés de la vie. Coincée avec la reconnaissance qu’elle te doit, mais ne veut pas te devoir à cause de l’humiliation de s’être montrée en tant que lavette à tes yeux, son psyché déploie le seul mécanisme de défense qu’il peut trouver pour régler son angoisse due à ce conflit: Te haïr pour mieux te fuir, et ainsi fuir ce sentiment d’humiliation insupportable. Puisqu’elle n’a pas de raisons véritables de te haïr, elle tentera sans cesse de te prendre en défaut, et réagira 100 fois plus négativement au moindre soupçons non-fondé qu’elle peut avoir à ton sujet, qu’à une vraie vacherie claire, nette et directe de son ex. Ce qui en vient à l’étape suivante:

ÉTAPE 4: La rébellion:

Non seulement elle cesse d’écouter tes conseils, elle commence à faire le contraire, juste pour te prouver qu’elle est maintenant une grande fille capable de prendre ses propres décisions. Hélas, la seule façon de te montrer qu’elle peut prendre SES décisions, c’est en ne prenant pas les tiennes. À cause de ça, elle en prendra des mauvaises, ce qui renforcera son humiliation et son ressentiment face à toi qui lui avait pourtant dit de ne pas faire ça. Elle n’arrêtera pas pour autant: Plus tu la préviendras contre son ex, plus tu lui remettra en face tout ce qu’il lui a fait, et plus elle va avoir envie de te montrer que tu te trompes. Elle enfile les sophismes en chaîne pour te comparer défavorablement à son ex, afin d’essayer à se prouver à elle-même qu’elle a raison d’agir ainsi avec toi. En manque de bonnes raisons, elle devient sournoise, menteuse, traître, bitch. Puisque, en guise de réponse, tu ne peux que lui montrer, preuve à l’appui, que c’est elle l’hypocrite qu’elle t’accuse d’être, la situation atteint son point culminant: Elle coupe tout contact avec toi. Ainsi, elle enlève de ses épaules la tâche impossible de se justifier auprès de toi, et également se justifier auprès d’elle-même, pour ses agissements illogiques, immoraux et ingrats envers celui qui ne lui a jamais rien fait que du bien. Cette étape est connue aussi sous un autre nom:

ÉTAPE 5: Le meurtre:

Elle ne te voit pas comme son sauveur, elle te voit comme le gars de la période où elle était rendue très bas. Et personne n’aime quoi que ce soit qui leur rappelle leur période très basse. Comme le veut le cliché: Elle doit t’éliminer car tu en sais trop ! Je n’ai pas étudié Freud, mais j’ai entendu parler de sa théorie, celle qu’il appelle le meurtre du père : Éliminer de sa vie celui qui l’a mis au monde et l’a soutenu dans les moments les plus faibles. L’éliminer afin de se débarrasser de l’impression qu’il nous empêche de grandir. Tu as vu cette fille dans son côté le plus bas et le plus humiliant? Alors que tu le veuille ou non, elle associe maintenant ton image à cet état dans lequel elle était. Elle doit se prouver à elle-même qu’elle n’est plus la petite fille sans défense que tu as connu, et c’est la seule façon par lequel elle est capable de le faire.

Voilà pourquoi celui qui aime jouer au sauveur de filles en détresse ne se ramasse jamais qu’avec ça: des filles en détresse, qui cessent de vouloir de lui lorsque le moment de détresse est passé.

Goût pour l’exotisme OU besoin de justifier une situation difficile?

C’est à 17 ans que j’ai eu ma 3e relation de couple.  Celle-ci a durée un an. C’est avec cette fille que j’ai eu mes premières relations sexuelles. Elle était d’origine Haïtienne. Je l’ai rencontré grâce à une petite annonce dans un magazine pour ados, dans laquelle je disais être à la recherche d’une petite amie et que j’avais un faible pour les asiatiques et les noires.

Voyez-vous, de 15 à 30 ans, j’ai eu un gros trip Black & Asian. À part l’ex sus-mentionnée, je n’en ai jamais eu aucune autre. Ça ne m’empêchait pas de les désirer à fond. Je ne me suis jamais demandé pourquoi j’étais attiré vers l’exotisme. Je croyais juste que ça faisait partie de mes goûts, voilà tout.

Prise de conscience.
J’ai quand même fini par me la poser, cette question. C’était lors d’une sortie au cinéma, en 1997. Ce soir-là, j’étais accompagné de Fatima, une amie iranienne qui était également mon amante. Elle n’était au Québec que depuis deux ans, après avoir passé la première moitié de sa vie en Iran et la seconde en France.  cette double nationalité lui donnait un accent assez unique dans la voix.  Nous étions allés voir Boogie Nights, dont l’action se passe à l’époque Disco, fin années 70, début années 80. Plusieurs fois dans le film, j’ai été amusé de voir des références à des choses auquel j’ai assisté ou entendu parler de, puisque ce sont les années de mon enfance et de mon adolescence. Quand je lui en faisais la remarque, elle me répondait toujours la même chose: Que ça ne lui disait rien.

Je me souviens clairement qu’à ce moment là, je l’ai regardé du coin de l’oeil et je ne suis posé cette question: Qu’est-ce que je fous avec elle?

Non mais c’est vrai.  On n’avait tellement rien en commun. Pourquoi est-ce que j’avais cette fille-là comme amante alors qu’il y avait autant d’obstacles pour nous séparer?

Obstacle 1: Elle a 19 ans. J’en ai 29. Nous n’avons pas vécu aux mêmes époques.

Obstacle 2: Elle a vécu sa jeunesse en Iran sous le régime dictatorial guerrier de Khomeini. J’ai vécu au Québec dans l’ère post Révolution Tranquille sous le régime libéral du parti du même nom, suivi de celui de René Lévesque.

Obstacle 3: Elle a une culture, voire deux dans son cas, complètement différentes de la mienne. Impossible pour nous de parler de télé, musique, cinéma, mode, etc.

Obstacle 4: Pour sa famille, je suis un étranger que l’on traite avec méfiance. Pour ma famille, elle est une étrangère que l’on traite avec condescendance.

Obstacle 5: Sexuellement, elle trippait domination/soumission, me voyant maître, se voulant esclave. Ma personnalité et mon éducation m’interdit toute violence envers la femme. Le fait de savoir qu’elle le désire ne change rien au malaise que je ressens à la soumettre et la dominer.

En ressortant du cinéma ce soir là, je n’étais plus le même homme qui y était entré deux heures plus tôt. C’est que je venais de me rendre compte que dans le fond, ce n’était pas l’exotisme qui me faisait aller vers ces filles-là. C’était la difficulté. Les obstacles. Ça m’a pris un grand travail d’introspection, mais j’ai fini par comprendre que la raison pourquoi j’allais vers elles, c’est à cause que j’avais un complexe d’infériorité.

Avant de sauter au plafond et me traiter de raciste, lisez ce qui suit.
Comme je l’ai souvent raconté, le moi adolescent et jeune adulte était pauvre, maigre, laid. La majorité des filles, même les plus laides, préféraient le célibat plutôt que de m’avoir pour chum. C’est une réalité qui est très difficile à encaisser car elle blesse fortement l’estime de soi. Dans ce temps-là, pour survivre aux situations trop pénibles, le cerveau réagit en nous poussant à rechercher des situations plus acceptables. Puisqu’on ne s’en rend pas compte, ça se passe au niveau de l’inconscient. Du subconscient, si vous préférez le terme anglo plus populaire.

C’est ainsi que, de façon inconsciente, j’ai commencé à jeter mon dévolu sur des filles de races différentes, de cultures différentes, d’un grande différence d’âge. Ainsi, si ça ne marchait pas entre nous, je pouvais toujours me dire que c’était à cause de la différence d’âge, de race ou de culture. Puisque la raison principale de mon rejet pouvait désormais s’expliquer par autre chose que ma maigreur, ma laideur ou ma pauvreté, alors mon estime de soi n’était plus atteint. Ok, un rejet reste un rejet. Ça reste une expérience plate à vivre. Mais au moins, maintenant que je pouvais l’expliquer sans me remettre en cause, alors c’était supportable.

Et voilà pourquoi je dis que mon attirance pour l’exotisme venait de mon complexe d’infériorité: Parce que je n’aimais pas ces filles pour les bonnes raisons. Ce qui m’attirait en elles, ce n’était pas nos compatibilité ni leurs personnalités. C’était le fait que, si la relation ne marcherait pas, nos différences pouvaient expliquer pourquoi, de façon plus acceptable pour mon estime de soi.

Et pourquoi est-ce que je partais à la base avec l’idée que ma relation avec une fille ne pourrait pas marcher? EXACTEMENT! S’attendre d’avance à ce que notre relation avec la fille ne marche pas, et ce avant même d’avoir une fille en vue, ÇA, c’est un signe flagrant qu’on a un complexe d’infériorité.

Éventuellement, à force de travail constant sur ce qui me faisait défaut, j’ai fini par perdre ces derniers. Les filles de ma race, de ma culture et de mon âge ont commencé à me trouver intéressant, et même à faire les premiers pas. J’ai pris de la confiance en moi. J’ai cessé de rechercher les difficultés.

Aujourd’hui, j’ai quelques amies noires et asian. Elles sont aussi québécoises que moi dans la naissance, la culture et l’accent parlé. La femme de ma vie des onze dernières années est blanche, mais elle aurait tout aussi bien pu être noire ou asian, puisque ce n’est plus la race qui importe pour moi, mais bien la compatibilité des personnalités et nos points communs.

Quand tu vis une relation difficile, c’est probablement de la faute de l’autre. Quand tu vis plusieurs relations difficiles de suite, il y a de grandes chances que ce soit toi qui recherche les obstacles. Réfléchis et essaye de trouver pourquoi. C’est seulement lorsque tu auras trouvé la source du problème que tu pourras y travailler, cesser de vivre des relations cul-de-sac, et enfin connaître le bonheur auquel tu as droit. Parce que LÀ, tu sortiras avec l’autre pour les vraies bonnes raisons.

Découragement –ou- Gros Bon Sens?

À l’époque où je faisais partie de Défi Diète 2008, le motivateur professionnel Guy Bourgeois nous montrait la différence entre ce qui nous fait réussir ou bien échouer. Loin de moi l’idée de contester ses enseignements, mais il y a un truc qu’il nous a dit qui m’a fait tiquer. Dans la liste des comportements qui mènent à l’échec, il a mis un mot que j’ai en horreur. Ce mot, c’est découragement.

Pourquoi est-ce que j’ai ce mot en horreur? Parce que c’est un mot que l’on a trop souvent utilisé contre moi à tort et à travers tout le long de ma vie, de la part de gens qui ne savaient pas faire la différence entre le découragement et le gros bon sens.

D’abord, Analysons un brin les deux comportements:

  • Découragement: Dé-courage-ment… Cesser d’avoir du courage. Abandonner, par manque de volonté, un projet qui pourrait réussir sinon.
  • Gros bon sens: Capacité d’analyse logique. C’est avoir la volonté de continuer, tout en étant capable de reconnaître si une option est vouée à la réussite ou à l’échec. Attention: Je dis bien une option, et pas nécessairement le projet complet.

Vous saisissez la différence?

Voici l’exemple le plus fragrant de la mauvaise utilisation du mot découragement contre moi, de la mauvaise influence que ça a eu dans ma vie, et des conséquences que ça m’a fait subir:

Déjà enfant, j’ai su que je voulais faire carrière dans l’humour. Rendu adolescent, j’ai tout fait, tout essayé en ce sens: Théâtre, improvisation, stand-up, textes, bandes dessinées… Les deux derniers étaient fort appréciées par les gens, adultes comme ados. Par contre, côté interprétation, quoi que je faisais, je foirais lamentablement. Et puis, un jour, je me suis dit: « Ce n’est pas parce que Plamondon écrit les meilleures chansons que ça fait de lui un chanteur. » Malheureusement, j’étais entouré de gens bien-pensants qui me condamnaient pour ce qu’ils jugeaient comme étant du découragement. J’ai eu droit au grands slogans classiques du genre de Quand on veut, on peut. Un gagnant ne lâche jamais, un lâcheur ne gagne jamais. À coeur vaillant, rien d’impossible, et plusieurs autres du même genre.

Lâcheur, découragé, non-vaillant… Qui veut être vu comme tel? J’ai donc pris mon courage à deux mains et j’ai insisté, et j’ai continué, et je n’ai pas lâché. J’ai persévéré.  De 1985 à 2005. Oui, pendant 20 ans, je me suis essayé à être humoriste, malgré le fait que je suis sujet au trac, que je n’ai pas assez de mémoire pour retenir mes textes, que je ne sais pas jouer naturel, que je n’ai aucun sens du timing, et que j’ai une voix trop basse et monotone. Plusieurs fois, j’ai passé des auditions pour des shows d’humour amateur. Je n’ai jamais été pris. Plusieurs fois, j’ai passé des auditions pour des activités qui m’auraient mis en avant scène. Je n’ai jamais été pris. Plusieurs fois, je suis allé passé une audition comme humoriste à l’école Nationale de l’humour. Je n’ai jamais été pris.

Quand tu essuies un échec et que tu continues, on peut parler de courage. Mais quand ça fait vingt ans que tu accumules les échecs dans un domaine, est-ce qu’on peut encore parler de courage, ou bien il faut se rendre à l’évidence que ça fait longtemps que c’est rendu de la stupidité?

En 2005, je décide de faire les choses à ma façon. Je passe une audition à l’École Nationale de l’Humour. Je ne le fais pas en tant qu’humoriste. Je le fais en tant qu’auteur. Je suis pris immédiatement.

Lorsqu’une personne de ton entourage t’encourage dans la voie de l’échec, alors ça me peut dire que trois choses:

  1. C’est un con, car il n’a pas assez de jugeote pour être capable de faire la différence entre le découragement et le gros bon sens.
  2. C’est un salopard, car au lieu de t’aider à régler ton problème, il veut te forcer à rester dans une situation d’échec.
  3. C’est un manipulateur, car il essaye de jouer sur ton orgueil de façon à te forcer à faire des choses à l’encontre de ton bon jugement.

Personne n’a besoin d’un con salopard manipulateur dans son entourage. Débarrassez-vous de ça au plus vite, votre vie ne s’en portera que mieux.

Échanger une prison contre une autre

Le gars veut sortir avec une fille, mais ne se sent pas prêt à planifier sa vie avec elle. La fille, elle, a d’autres plans. Alors ils habitent ensemble et/ou se marient et/ou elle tombe enceinte. Éventuellement, l’un et/ou l’autre se rend(ent) compte qu’ils ne sont vraiment pas prêts à se ranger. Chacun accuse l’autre d’avoir gâché sa vie, ça fait du ressentiment, des divorces, des séparations, des familles éclatées et des enfants qui souffrent. Et ensuite on crie haut et fort : « Où sont rendues les bonnes vieilles valeurs familiales d’antan ? »

Les bonnes vieilles valeurs familiales existent toujours… C’est juste qu’elles ont décalé de quelques décennies. Ce sont qui de nos jours, la majorité des gens qui se marient pour la vie et se sentent prêt à fonder une famille, à part les gais bien entendu? Ce sont les gens dans la quarantaine ou cinquantaine. Pourquoi? Parce que rendu à 40-50 ans, on se calme. Maintenant qu’on a vécu tout ce qu’on voulait vivre, et/ou que l’âge et la santé fait qu’on n’est plus capable de vivre notre jeunesse, on se dit qu’on pourrait bien songer à se ranger.

Et c’est ainsi que du monde de 20-30 ans voient un de leurs parents, sinon les deux, se remarier avec d’autres, fonder de nouvelles familles, et être présent, attentif et affectueux avec leurs nouveaux enfants, chose qu’ils n’ont jamais su faire avec leur première famille.

Vous n’en avez pas ras le bol, vous, de voir des filles à peine majeures gâcher leur jeunesse et celles de leur chums en ayant des enfants trop tôt, puis gâcher la vie de ces enfants, pour ensuite la re-gâcher de nouveau en fondant une 2e famille à qui ils vont donner ce qu’ils ne pouvaient pas à la première ?

Il y a beaucoup de filles pour qui tout n’est pas rose dans la vie de couple, et qui se disent stupidement « Me semble qu’avoir un enfant ne peut que consolider notre couple ». Vraiment? Voyons voir : Les nuits blanches, le braillage, le harcèlement constant dont on est victime de la part de famille, parents, amis, voisins et autres bien pensants qui ont tous leur petite idée de comment s’occuper d’un enfant et une liste longue comme le bras de reproches à vous faire rapport à ce que ce qu’à leurs yeux vous faites de pas correct à ce pauvre petit, le manque de sommeil, la fatigue physique et mentale, et j’en passe, eh bien tout ça arrive à mettre de la tension dans le plus amoureux et le plus uni des couples. Dans ce temps là, qu’est-ce que vous pensez qui arrive quand vous n’êtes PAS le plus amoureux et le plus uni des couples pour commencer? Quand vous n’avez PAS fini vos études? Quand vous n’avez PAS un assez bon salaire pour vous faire survivre? Quand vous n’êtes PAS prêt à fonder une famille?

Pourquoi est-ce qu’une fille qui arrive enfin à sortir de chez ses parents, endroit qu’elle comparait à une prison car elle n’y avait pas assez de liberté à son goût, s’arrange pour tomber enceinte presque immédiatement? Si elle pensait qu’elle manquait de liberté avant, elle n’a pas fini. En tombant enceinte, elle vient d’échanger une prison d’où elle pouvait encore s’enfuir contre une dont telle ne pourra jamais s’évader. Essayez de faire de quoi de votre vie maintenant que vos temps libres vont se calculer au compte-gouttes.

Il faut toujours attendre donc d’être prêt mentalement, émotionnellement et monétairement avant de faire une famille. Et c’est quand, au juste, être prêt ?

• Quand tu es dans un couple stable.
• Quand tu as une bonne job, ou de bonnes perspectives d’avenir.
• Quand les deux dans le couple ont fini leurs trips de jeunesse d’alcool, de drogues et de couchette.
• Quand les deux dans le couple veulent un enfant, et pas juste un des deux.

Ça me rappelle une des premières fois où je suis parti en appartement, quand j’ai eu une job. Comment est-ce que j’ai pu imaginer que je pourrais m’acheter des meubles alors que le loyer, le téléphone, l’électricité et la bouffe me mangeait mon salaire à mesure ? De retour chez mes parents, cette fois je me suis préparé : J’ai acheté tous les meubles, électroménagers et accessoires dont j’avais besoin pour remplir mon appartement. Quand je suis reparti, là j’étais prêt.

C’est pareil pour fonder une famille. Comment est-ce que tu peux trouver le temps, l’argent et l’énergie de créer un bon environnement pour ton flo PENDANT que ton temps, ton argent et ton énergie est consacré à s’en occuper?

Comment est-ce que tu peux lui faire une bonne vie quand tu n’arrives même pas à organiser correctement ta propre vie? Comment est-ce que tu peux lui fournir une vie familiale stable si ton couple n’est même pas stable pour commencer? Comment est-ce que tu peux lui donner de l’amour et de l’attention si la raison pour laquelle tu veux tomber enceinte est par manque d’amour et d’attention, et qu’on ne peut pas donner ce qu’on n’a jamais reçu?

Une de mes ex belle-sœur a fait exprès pour tomber enceinte de son premier chum juste pour le piéger à rester avec elle, un gars pourtant violent et un peu détraqué sexuel. Le petit a été abusé et battu par lui, avant d’être abandonné émotivement par sa mère qui n’avait que faire de lui maintenant puisque sa naissance n’a pas suffi pour faire rester son mec. Il a donc passé sa jeunesse dans les centres, foyers, DPJ et tout ça. Aujourd’hui, rendu majeur, il a des problèmes avec la loi, mais pour une autre raison. Voir sa mère maintenant assagie donner amour, attention et vie stable à ses nouveaux enfants, choses auquel lui n’a jamais eu droit de la part de la même mère, ça l’a rempli de rancœur et l’a poussé à abuser et violenter ses demi-frères et sœurs.

C’est bien beau dire qu’on s’assagit avec l’âge, mais partir en famille quand ce n’est pas le temps, ça fait des conséquences qui te suivent toute ta vie, comme mon ex belle-sœur a appris amèrement. À cause d’un geste égoïste et irréfléchi qu’elle a posé il y a 20 ans, elle a gâché 5 vies : Celle de son premier enfant, celles de ses deux autres enfants, la sienne, et celle de son mari actuel. Tout ça parce qu’elle n’a pas compris dans le temps qu’un enfant n’est pas un objet, un animal de compagnie, ou une monnaie d’échange contre une vie de couple.

Mettre ses priorités dans le fait de vouloir un enfant à tout prix en négligeant tous les autres aspects de sa vie, c’est un signe de déficit au niveau de l’affection. La fille va donc avant tout rechercher un gars qui va accepter de devenir le père de son enfant. Elle commence donc par en discuter avec lui. C’est seulement après qu’il aura refusé qu’elle décidera de tomber enceinte sans son consentement. Le père, c’est souvent secondaire, elle veut juste l’enfant. Alors si vous sortez avec une fille qui parle d’avoir un enfant avant d’être prêt, un seul conseil : Fuyez !

… Sans la mettre enceinte au préalable, si possible.

Salomé: Portrait d’une sociopathe

     C’est au cégep en 1996 que j’ai rencontré Salomé, alors qu’elle était venue porter un article au Vox Populi, le journal étudiant du cégep André Laurendeau.

Salomé, c’était une personnalité chaleureuse, la beauté de Britney Spears à ses débuts, le look neo-gothique de Morticia Addams, et le côté candide de Nathalie Simard à l’époque où elle chantait pour les enfants.  Bref, une irrésistible combinaison de charme mystérieux et de simplicité qui fait que l’on recherche sa présence.  Elle avait ce don de pouvoir donner à chacun de nous l’impression que l’on est quelqu’un de spécial pour elle.

Comme ce fut le cas pour la majorité de mes relations, ce n’est qu’à partir du moment où je me suis rendu compte que cette fille s’intéressait à moi que je me suis dit pourquoi pas?, et que j’ai commencé à sortir avec.  Je venais de  terminer une série de relations assez éprouvantes, et bien que je commençais à être blasé du couple, Salomé semblait être une amélioration sur mes ex sur tous les points.  Malheureusement, j’ai appris à la dure que ce n’est pas parce qu’elle n’a pas les mêmes défauts que les autres que ça signifie pour autant qu’elle n’en a aucun.

    Les deux premières semaines de notre relation de couple, elle était câline et affectueuse.  Puis, du jour au lendemain, au début de la 3e semaine, elle devient soudainement froide et distante.  Elle qui insistait pour m’accompagner jusqu’à la porte de ma classe, même quand mon cour était au 6e étage, voila qu’elle ne me suivait plus nulle part.  Elle qui était toujours en contact physique avec moi d’une façon ou d’une autre, voila qu’elle prenait maintenant ses distances lorsque l’on était dans la même pièce, en se tenant juste assez loin pour être hors de ma portée, mais pas assez loin pour être obligée de regarder en ma direction.  Pour ce qui est des baisers, le visage de porcelaine qu’elle m’offrait quand je l’approchais était loin des gros french-kiss passionnés qu’elle me donnait la veille.

À la fin du 2e jour de froideur, je me suis rendu à l’évidence.  Je suis peut-être naïf mais je ne suis pas idiot.  Je sais reconnaître les signes quand quelqu’un se désintéresse de moi.

Je me considère comme étant une personne réfléchie et raisonnable.  Aussi ais-je décidé que ça ne valait pas la peine de faire un drame avec ça.  Je suis donc allé la voir et lui ai dit que j’avais remarqué le changement dans son comportement.  Je lui ai dit que j’étais compréhensif.  Si, pour des raisons personnelles, elle n’avait plus envie que l’on continue à sortir ensemble, elle n’avait qu’à me le dire.  Même pas besoin de se justifier.  Elle a juste à dire qu’on peut en rester là, je serais ok avec ça, et la relation va juste redevenir amicale, comme avant.  Elle me rassure que tout va bien entre nous, c’est juste qu’elle est peut-être un peu fatiguée et stressée en rapport à ses travaux de mi-session.  Pour le reste, elle me dit que c’est juste dans ma tête. D’accord!  Me voilà rassuré.

Cependant, plus les jours passent et plus elle s’éloigne de moi.  Alors qu’avant elle me disait que nous irions à un party, une sortie en groupe au bar ou au cinéma, voilà qu’elle me disait qu’elle irait à un party, qu‘elle sortira au bar, qu’elle ira au cinéma.  Je lui ai de nouveau offert une porte de sortie, mais elle m’a dit de nouveau que j’avais pas à m’inquiéter, qu’elle était bien avec moi.

N’empêche que ses paroles ne cessaient de contredire ses actes.  Plus jamais elle ne venait vers moi, ne m’appelait, ne me parlait, si je n’étais pas celui qui initiait le contact. Cette situation me torturait.  Je me demandais comment faire pour améliorer les choses entre elle et moi.  Puisqu’elle disait encore m’aimer, je me devais de faire quelque chose pour sauver notre couple.  Or, quand j’essayais,. je voyais bien que ça l’irritait, ce qui ne pouvait que l’inciter à s’éloigner.  Et quand je ne faisais rien, je la voyais s’éloigner et je craignais qu’elle s’imagine que je me fous d’elle et de notre relation.  Quoi que je fasse, j’empirais notre cas.  Cette situation sans issue me hantait l’esprit à toute heure du jour, du soir et de la nuit.  Vivre sous le stress constant d’être dans une situation qui s’acharnait à vouloir rester nébuleuse, c’était rendu invivable.

C’est sûr que je pouvais mettre fin à mes tourments en mettant fin à notre relation.  Mais elle disait m’aimer encore.  Je ne pouvais donc pas prendre le risque de ruiner notre bonheur si, comme elle disait, tout ça n’était que le fruit de mon imagination..  La 3e semaine de ma relation avec elle en fut donc une de souffrance morale, affective et psychologique.

Ce que je ne savais pas, c’est que je me torturais l’esprit absolument pour rien.  En vérité, elle n’avait plus aucun amour pour moi.  Notre couple n’existait plus.  Elle avait juste choisi de ne pas me le dire.  Je me cassais donc la tête jour et nuit en pure perte à vouloir tout faire pour arranger un problème qui n’existait même pas, tout ça parce qu’elle m’induisait en erreur en me faisant croire que nous étions toujours un couple amoureux.

Vous savez comment j’ai appris que je ne sortais plus avec Salomé, malgré ce qu’elle me disait pour me rassurer du contraire?  Une amie commune qui me voyait souffrir et désespérer de trouver une solution a eu pitié de moi.  Elle m’a révélé que Salomé sortait avec un gars nommé Jacob depuis une semaine.  Elle avait rencontré ce gars là à un party où je n’avais pas pu aller à cause de la présence de Geneviève, ex blonde à moi, et future coloc de l’enfer. Et c’est en effet le lendemain de cette soirée que l’attitude de Salomé envers moi a passé d’un extrême à l’autre.

J’en suis tombé sur le cul.  Bouche bée.  Atterré. Aberré.

Que Salomé ne veuille plus sortir avec moi, je pouvais vivre avec cette idée sans problème.  Qu’elle m’ait quitté pour un autre qui lui convenait mieux, passe encore.  Mais là, pouvez-vous seulement vous imaginer la frustration que je ressentais?  Il y a tellement de gars qui sont jaloux, qui réagissent avec violence, qui s’arrangent pour que la fille se sente mal à l’aise, qu’elle culpabilise, lorsqu’elle veut mettre fin à la relation…  Moi, je prends la peine d’être ouvert d’esprit, d’être cool et compréhensif, et même de lui offrir une porte de sortie afin de lui éviter ça, non pas une mais bien deux fois.  Et qu’est-ce que ça m’a donné?  RIEN !  Mon ouverture d’esprit ne me rapporte que mensonges.  Comprenez-moi, je ne prétends pas être un saint.  Comme tout le monde, je n’aime pas le feeling d’être mis de côté.  Alors si en plus je fais l’effort d’être raisonnable et compréhensif, c’est extrêmement frustrant de me faire traiter comme si ce n’était pas le cas.

Ayant pris quelques heures pour décompresser, je ne suis souvenu que ce n’est pas la première fois qu’un truc pareil m’arrive.  Car en effet,  j’ai déjà vécu quelque chose de très semblable avec Nathalie en 1989.  Elle aussi a passé des semaines à me mentir de la sorte afin d’éviter de m’avouer qu’elle m’avait laissé pour un autre.

Fort de cette expérience et ne voulant pas répéter les mêmes erreurs qu’à l’époque, j’ai pris le temps de réfléchir.  J’en suis venu à la conclusion que si Salomé n’a jamais cessé de nier son détachement jusqu’à maintenant, alors même si je lui apporte la preuve de son infidélité, ça ne serait pas suffisant pour le lui faire admettre.

Je lui ai donc donné ce qu’elle espérait de moi: Une rupture où elle s’en sort clean.  Je lui ai écrit une lettre dans lequel j’explique que je ne me sens pas trop bien dans cette relation, probablement parce que je ne me suis pas laissé le temps de récupérer de celle d’avec mon ex, et que j’aimerais mieux en rester là.  Elle s’est montrée très compréhensive, me disant que si c’est ce que je veux vraiment, alors elle ne peut pas me forcer à rester en couple avec elle.  Trop aimable!

Elle m’a aussi confié qu’avant moi, elle aussi sortait d’une longue relation qui a duré quatre ans avec son premier copain, que les dernières années furent pénibles, et qu’elle aurait aussi besoin de se retrouver seule sans relations pour un bout de temps.  Cette séparation ne pourrait donc que nous faire du bien à tous les deux.  J’ai passé à deux doigts de lui dire de cesser ses menteries parce que je savais au sujet de Jacob.  Mais bon, puisqu’on est obligé de se revoir à l’école et au journal, inutile d’envenimer la situation.  J’avais déjà bien assez de Geneviève qui s’était approprié mes amis du Vox et qui s’arrangeait pour m’en isoler en leur disant que comme je suis son ex, elle se sent mal à l’aise en ma présence.  Voilà pourquoi je ne suis plus invité dans les partys et autres activités en amis.  La dernière chose dont j’ai besoin, c’est d’une ex de plus pour se mettre entre moi et ma vie sociale.

Après deux semaines, j’ai fini par révéler à Salomé que je savais tout. Jacob, le party où elle l’a rencontré, le fait qu’elle soetait avec lui pendant notre 3e semaine, et que là était la raison véritable de ma demande de rupture.  Je tenais à lui démontrer que quand je lui ai dit que je serais cool et compréhensif advenant une rupture, c’était sincère.  Elle n’avait donc pas à continuer de bluffer de la sorte avec moi.  Et justement, c’est ça que je ne comprends pas.  Pourquoi n’a t’elle pas pris les portes de sortie que je lui donnais pour rompre avec moi à ce moment là?  Sa réponse:

ELLE: Ben là!  Tu présentais ça comme si je voulais casser avec toi.
MOI: Euh…  C’était pourtant le cas, non?
ELLE: C’est parce que je ne peux pas supporter d’être celle qui repousse l’autre.  Ça me donne le rôle de la méchante.  C’est pour ça que je préfère que ce soit le gars qui casse de lui-même.

Incroyable !  Ça valait bien la peine d’être patient et compréhensif envers elle.  C’est justement à cause de ça que j’endurais de terribles souffrances, au lieu de l’envoyer promener dès le début comme l’aurait fait n’importe quel gars normalement impatient et incompréhensif.  Je suppose que des fois ça ne sert à rien d’aller à l’encontre de l’image masculine que les gens décident d’avoir de toi.  Quoi que tu fasses, il y a des filles ne verront jamais autre chose de toi que ce dont elles s’attendent d’un gars.  Mon père s’est toujours attendu à ce que je devienne un délinquant comme tous les adolescents, j’ai donc été traité comme tel même si ça n’a jamais été le cas.  Mon ex et mère de mes enfants s’attendait à ce que je la trompe comme tous les gars qu’elle avait connu, j’ai donc eu à subir ses crises de jalousie et ses soupçons non-mérités pendant cinq ans.  Dois-je être surpris que Salomé ait essayé de prévoir ma réaction en tenant compte du fait que je suis un gars, et non du fait que j’étais moi?

Toujours est-il que, puisque nous nous avions la même bande d’amis au cégep, et qu’elle était redevenue avec moi aussi amicale qu’avant notre courte histoire de couple, je n’ai eu aucun problème à devenir bon ami proche avec elle.  C’est justement le fait que je connaissais maintenant cette facette de sa personnalité qui l’a influencé à faire de moi son confident.  J’étais probablement le seul avec qui elle pouvait parler de sa vraie nature.  Ça m’a permis de voir un côté d’elle qui était à des millions de kilomètres de l’image qu’elle projette.

Ma courte relation de deux semaines avec Salomé avait été platonique.  Elle m’avait confié à ce moment là avoir le sexe en horreur, sous toutes ses formes.  Et la seule chose qui pourrait peut-être l’allumer, ce serait de faire ça sur l’autel d’une église, ou alors dans un cimetière, sur une tombe fraîchement creusée, à minuit.  Encore faudrait-il qu’elle sorte avec un gars pendant quelques années avant de se sentir assez à l’aise pour passer à l’étape sexuelle avec lui.  Et encore, pas question de sexe oral ou autres pratiques perverses qui ne seraient pas l’acte en lui-même.  Ayant tout de même du respect pour les lieux de culte, j’ai vite mis une croix sur l’église.   Quant au cimetière, on était rendu vers la fin de novembre, alors de ce côté là aussi ça semblait mort.  Étrangement, malgré tout ça, durant les six mois qui ont suivi notre rupture, elle a sorti et/ou couché avec sept gars sans qu’église ou cimetière n’y soit mêlé, et ne se gênait pas pour m’en parler.  Normal: Puisque j’étais le seul de ses ex à lui parler encore, et puisque le côté amour et sexe n’avait rien donné entre nous, j’avais tout ce qu’il faut pour devenir son meilleur ami de gars.  Mieux encore: son complice.  C’est en tant que tel que j’ai commis l’erreur de l’introduire dans mon univers, celui hors du cégep, en avril 1997.

À l’époque, j’étais auteur de bande dessinée underground, et bien que ma production avait beaucoup ralenti depuis mon retour aux études, j’avais encore de bon contacts avec le milieu.  Un de mes amis, Paul, réalisait des vidéoclips pour des bands de musique amateurs en plus d’être auteur de bandes dessinées.  Il déplorait le fait qu’il lui était toujours difficile de trouver des filles au look intéréssant, qui seraient à la fois naturelles, sexy, sauraient bien danser, ne seraient pas dérangées par l’idée d’embrasser une autre fille devant la caméra, et accepteraient de faire ça gratuitement.  Il se trouve que Salomé possédait toutes ces caractéristiques.  J’introduis donc Salomé à Paul.

Puisque Paul avait des connections avec plusieurs bands amateurs montréalais, Salomé y a vu une opportunité à exploiter.  Elle a fait son numéro de charme à Paul, et moins de quarante-huit heures plus tard, ils sortaient tous les deux ensemble.  Le pauvre gars vivait sur un nuage.  Jamais, de toute sa vie, il n’aurait pu imaginer qu’une telle fille puisse s’intéresser à un gars comme lui.  Leur relation a également duré trois semaines.  Durant cette période, tout en restant platonique avec Paul, Salomé à fréquenté et baisé deux autres gars, des musiciens pour lequel Paul travaillait bénévolement à leurs clips.  J’étais scandalisé par son attitude, surtout qu’elle me mettait moralement dans une impasse.  Devrais-je laisser Paul vivre un mensonge, ce qui équivalait à me rendre complice par mon silence?  Ou bien risquer mon amitié avec Salomé et ainsi risquer ma vie sociale puisqu’elle en faisait partie?  Je n’allais pas devoir vivre avec ce dilemme longtemps.

Mai 97.  L’anniversaire de Salomé approchait à grand pas, et Paul n’était que trop heureux de pouvoir démontrer à Salomé combien il l’appréciait, en lui organisant une super soirée d’anniversaire.  D’abord, il l’inviterait au resto.  Ensuite ils se rendraient au bar Les Deux Pierrots dans le vieux Montréal, où les attendraient une grosse gang composée d’amis musiciens de Paul, de gens du cégep, du monde de la BD underground, ainsi que quelques amis de Salomé.  Dès qu’ils furent arrivés, on a tous passé à table et Salomé a reçu ses cadeaux.  Paul est celui qui lui en a le plus donné, d’ailleurs.

C’est là que Salomé m’a démontré à quel point elle pouvait être égoïste, ne ressentant pas la moindre décence ni empathie.

Dès que la distribution de cadeaux fut terminée, Salomé, qui était assise à côté de Paul, a complètement ignoré ce dernier.  Elle n’a plus fait la conversation qu’à Simon, un bédéiste qui se trouvait assis en face d’elle.

Au fil des heures, je ressentais un malaise moral.  Je voyais la détresse de Paul qui augmentait à mesure qu’il se rendait compte de l’attitude de Salomé envers lui.  Tout le long de la soirée, elle n’a pas lâché Simon, ne parlant qu’avec lui, l’accompagnant partout où il allait, que ce soit à la table de pool, jusque devant la porte des toilettes pour hommes, le temps qu’il en ressorte.  En étant témoin de tout celà, ce pauvre Paul ressentait une angoisse qui se traduisait par un malaise physique au niveau de la poitrine, comme si une main géante lui compressait la cage thoracique.  Je connaissais trop bien cette douleur morale et physique pour l’avoir moi-même ressentie lors de ma 3e semaine avec Salomé.

Qu’elle ne s’intéresse plus à Paul, passe toujours.  Mais lui faire ce coup-là, en public, le soir même où il avait tant fait pour elle, ça me dégoûtait.  Mais voilà, ayant déjà appris à la dure ce qui arrivait lorsque l’on signifiait notre désapprobation sur le comportement immoral d’une fille, je ne voulais pas mettre en jeu le peu de vie sociale que j’avais encore.  Je me suis donc mêlé de mes affaires.

Le lendemain, un dimanche, j’ai accepté d’héberger Salomé et Simon chez moi dans mon 1½, aux résidences étudiante.  Ils ont passé la soirée ensemble au centre-ville et ils ont tous les deux raté le dernier bus vers chez leurs parents respectifs sur la Rive Nord.  De plus, elle avait un cour au cégep le lendemain matin.  Le fait que j’habite aux résidences étudiantes était donc très pratique pour elle.

Puisqu’ils étaient maintenant un couple, il me semblait normal de leur laisser mon lit et de m’installer par terre.  J’éprouve quelques difficultés à m’endormir rapport à la dureté du plancher.  Au bout d’un quart d’heure, à la recherche d’une position confortable, je me retourne, visage face à mon lit. C’est là que j’ai droit à une sacrée surprise: Malgré la pénombre et le fait que j’aie enlevé mes verres de contact, je distingue parfaitement Salomé, à quatre pattes, en train de tailler une pipe à un Simon couché sur le dos.  Au bout de quelques minutes, cette chère Salomé qui était tellement dégoûtée à l’idée du sexe oral lorsqu’elle sortait avec moi, n’a pas hésité à le faire jouir dans sa bouche en avalant.

À peine plus de vingt-quatre heures après avoir commencé leur relation.
Dans mon lit.
Avec moi à côté.

Incroyable!

Je referme les yeux, en constatant que c’est une bonne chose que je n’ai jamais eu le temps de vraiment tomber en amour avec cette fille, parce que je crois pas qu’il pourrait exister une situation plus choquante, frustrante et humiliante pour un ex.  Au moins, en tant que complice, je pouvais me dire que j’étais à l’abri de ses magouilles.  De toutes façons, Salomé allait m’avouer candidement les jours suivants qu’elle avait réalisé qu’elle avait peut-être un peu perdu le contrôle de ses relations ces derniers temps, mais que dès qu’elle avait rencontré Simon, elle avait su à ce moment là qu’il était le gars pour lui.  L’unique.  Le vrai.  De son côté, Simon me confia que jamais de toute sa vie il n’aurait pu imaginer qu’une telle fille puisse s’intéresser à un gars comme lui.  Avoir su, il ne se serait pas payé une pute pour se débarrasser de sa virginité il y a moins d’un an de ça.

À la fin des années 90, je jouissais d’une bonne réputation en tant qu’un des auteurs les plus populaires de la BD underground montréalaise.   Un article nommé Le Phénomène de la BD Alternative publié dans La Presse du dimanche 23 mars 1997 le disait d’ailleurs en ces termes:  Les fanzines de BD les plus populaires sont Liliane, Dirty plotte Requin Roll et Longshot Comics […]  En février 98, après plus d’un an à travailler dessus sur mes temps libres, j’avais enfin terminé Requin Roll #7, une publication de cinquante-six pages de textes, articles et bandes dessinées de mon cru.  Et qu’est-ce que j’avais en photo de page couverture?  Salomé qui embrassait goulûment une autre fille.  Les deux tenaient dans leur main un vieux numéro de Requin Roll.  Salomé y disait: « Lire Requin Roll a fait de moi une vilaine fille. »  L’autre répondait: « Moi, j’en étais déjà une. »  Une photo qu’elle n’a été que trop heureuse de prendre en sachant quelle allait faire la couverture d’une publication.

Salomé pouvait se montrer très gentille, utile et dévouée.  Malheureusement, je me rendais toujours compte plus tard que ça cachait des intentions de gains personnels. Par exemple, pour la sortie de Requin Roll #7, elle m’a proposé d’organiser elle-même un lancement dans un bar, et elle allait s’occuper de tout.  J’ai accepté.  Une semaine plus tard, elle a le plaisir de m’annoncer qu’elle a contacté plein de médias à ce sujet, et que l’émission de télé La Fin du Monde est à 7 Heures veut en faire un reportage.

Le lendemain, elle me demande si ça me dérange si elle en profite pour lancer  son propre fanzine, Le Meurtrier aux Béquilles. Salomé ne sait pas dessiner, alors elle a tout simplement découpé des images d’un photo-roman italien dont elle a changé les paroles, et refait la mise en page.  Bah, après le service qu’elle venait de me rendre, je lui devais bien ça.  J’accepte.

Le lendemain, elle me demande si ce serait ok avec moi si Simon en profitait pour lancer Professeur Désastre, un petit recueil de vieilles BD à lui, rassemblées sous une nouvelle couverture.  Bon, puisque c’est son chum, j’imagine que ça pourrait aller.

Mais le lendemain encore, ce fut Jean, le meilleur ami de Simon qui avait aussi un truc à lancer.  Et avant que j’aie eu le temps de me rendre compte de ce qui se passait, nous étions rendus une dizaine à lancer nos fanzines. Mon lancement personnel était devenu un événement collectif où la seule raison pourquoi ma publication et moi étions en tête de l’affiche, c’est parce que j’étais le plus connu, tous les autres n’ayant jamais été publiés ailleurs que dans le journal étudiant du Cégep du Vieux Montréal.  … Ça, et le fait que c’est moi qui faisait les affiches.

Je me suis vraiment rendu compte que j’avais été écarté du spotlight lorsque Salomé m’appela pour m’inviter chez Simon, car le reportage se ferait chez lui.  Comme c’était elle qui assurait le contact avec le reporter Patrick Masbourian, je suppose que je pouvais me compter chanceux qu’elle daigne m’inclure dans le reportage.  Encore heureux que j’avais Salomé en page couverture de ma publication, c’est probablement ça qui m’a permis d’être l’une des trois vedettes du reportage.  C’est quand même Simon qui fut traité comme étant le représentant et le sujet principal du lancement.

En réalisant ce coup là, Salomé venait de se tailler une jolie place dans le monde de la BD underground en tant que celle qui les faisait sortir de l’ombre.  Plus rien ne lui serait refusé de leur part désormais, et elle pourrait jouir d’une grande notoriété parmi eux, en apparaissant dans plusieurs de leurs bandes dessinées pour les années à venir, incluant des apparitions en tant que modèle de personnages pour des comics de Marvel et DC, de la part de ces dessinateurs qui y ont plus tard travaillé.

Il y a cependant des limites à ce que l’on peut tirer d’un milieu de publications où l’impression se fait à la photocopieuse, où la distribution se fait à la main dans une poignée de librairies, et qui ne se rend que rarement au-delà des limites de Montréal.  En automne 1998, Salomé mit fin à sa relation avec Simon pour commencer à sortir avec un gars qu’il lui avait présenté.  Pierre était cofondateur et éditeur du magazine MangaFan, un trimestriel se spécialisant dans la BD et le dessin animé japonais, distribué partout au Canada, aux USA et même dans quelques pays d’Europe.  De grande fan et consommatrice de BD underground, Salomé était instantanément devenue grande fan et consommatrice de produits japonais: BD, animés, jouets…  Quant à Pierre, ayant trouvé la perle rare qu’il avait toujours espéré, il m’a confié que jamais de toute sa vie il n’aurait pu imaginer qu’une telle fille puisse s’intéresser à un gars comme lui.  J’avais comme une sensation de déjà vu.

Pierre n’était que trop heureux de publier des articles de Salomé dans les pages de MangaFan, et de la pavaner à son bras à toutes les conventions, les lancements, les premières, et tout ce que son statut d’éditeur peut rapporter.  Cependant, au bout d’un an, elle finit par se rendre compte que toutes les connections de Pierre ne pouvaient pas l’amener plus haut qu’elle était déjà en tant que journaliste pour un magazine diffusé à l’échelle internationale.  Malgré la grande popularité de la série Pokémon à ce moment là, le manga n’était encore apprécié que par une minorité de fans à travers le monde.  Rien qui puisse permettre à Salomé de sortir de l’ombre.  Elle n’avait donc plus aucune raison de rester avec Pierre, hormis le fait qu’elle ne voulait pas retourner habiter chez ses parents hors de Montréal, et que toutes les possessions qu’elle s’était accumulées en logeant chez lui gratos l’obligeraient à se louer un appartement au-dessus de ses moyens pour stocker tout ça.

Se considérant tout de même libre, elle a commencé à faire de l’œil à David.  Lui, il connaissait Salomé depuis que je l’avais introduite à la gang de bédéistes qui aidaient Paul à faire ses vidéoclips.  David était présent la plupart du temps où Salomé draguait un gars alors qu’elle sortait avec Paul.  Il était présent à son party d’anniversaire lorsqu’elle l’a laissé tomber publiquement en draguant Simon.  Il l’a vu aussi commencer sa relation avec Pierre, et attendre le moment où elle était sûre de pouvoir aller habiter chez lui avant de partir en coup de vent de chez Simon.  Même qu’il lui était arrivé de me dire que les gars sont donc bien naïfs, de se laisser prendre aux pièges de Salomé, surtout quand on l’a vu faire pendant toutes ces années.

… Pourtant, il n’a fallu à Salomé qu’une conversation, seule avec David chez lui, pour le convaincre qu’elle retrouvait en lui ce qu’elle a toujours recherché en vain chez les autres hommes.  Lorsque je me suis amusé à rappeler à David ce qu’il me disait de Salomé avant de sortir avec, il m’a répondu un peu gêné:

DAVID: Ben là… Quand j’ai dit ça, c’est parce que que jamais de toute ma vie je n’aurais pu imaginer qu’une telle fille puisse s’intéresser à un gars comme moi.

Ça semble être une constante chez elle.

J’avoue que j’admirais comment Salomé pouvait contrôler ses émotions à volonté, comme si son cœur avait un interrupteur on/off.  Tant qu’elle pouvait tirer profit d’une relation, elle aimait le gars sans retenue ni modération.  Dès qu’il ne pouvait plus rien lui rapporter, elle cessait automatiquement de l’aimer.   Avoir eu un tel contrôle sur mes émotions, j’aurais certainement moins souffert dans mes relations.

Étant totalement athée, donc libre de toutes craintes reliées à la punition éternelle, Salomé prenait plaisir à enfreindre toutes les lois de la Bible.  Des dix commandements, il n’y en avait qu’un seul qu’elle n’avait encore jamais violé. Tout ce qui lui fallait, c’était une bonne occasion de le faire sans se faire prendre.  Le destin allait bientôt lui offrir cette opportunité.

Cette anecdote, je la tiens de la bouche de Pierre lui-même peu de temps après sa rupture avec Salomé.  D’abord, il faut savoir que Pierre a un problème cardiaque, donc qu’il a peu d’énergie et s’essouffle rapidement, en plus de souffrir d’embonpoint.  Il leur était arrivé par le passé, quand les choses allaient mieux entre eux, de se faire des séances de chatouilles sur leur lit.  Salomé en sortait toujours en vainqueur étant donné la faible résistance de Pierre.

Vers la fin de leur relation, après deux semaines à lui faire subir le même genre de torture morale que j’ai eu à subir lors de ma 3e semaine avec elle, elle a décidé de passer à l’action.  Après avoir été particulièrement froide avec lui toute une journée, elle est allé le rejoindre au lit et a commencé à le chatouiller.  Cette fois, son visage n’était pas enjoué, il était impassible, neutre, sans la moindre émotion, même pas la colère.  Cette fois, elle jouait dur.  Il avait beau lui dire d’arrêter et d’essayer de la repousser, elle revenait toujours à la charge, jusqu’au moment où elle a réussi à le renverser sur le lit, embarquer sur lui, et lui immobiliser les bras avec ses jambes.  Elle a ensuite pris deux oreillers, les a mis sur le visage de Pierre, et a pressé dessus de tout son poids.  Malgré sa panique, Pierre était trop épuisé pour se dégager.  Il s’est donc forcé à se calmer, s’est ouvert la bouche bien grand et a commencé à respirer à travers les oreillers, le plus doucement possible.  Au bout d’une minute, il a même cessé de se débattre.  Se concentrant et faisant le vide dans son esprit, il a réussi à relaxer tous ses muscles.  Elle est resté comme ça, sur lui, une douzaine de minutes.  Puis elle a doucement retiré les oreillers.  Prenant une grande bouffée d’air, Pierre a trouvé l’énergie de la projeter en bas du lit.  Se levant du lit, il s’adressa à elle avec rage:

PIERRE: « T’as raté ta shot, ma maudite! »

Réalisant qu’il se trouvait dans une situation dangereuse, il a quitté la chambre et la maison.  Salomé avait raté l’occasion de vivre le thrill de commettre un meurtre parfait.  Les colocataires de Pierre savaient qu’il leur arrivait de faire des séance de lutte-chatouille amicale, et tout le monde connaissait les problèmes cardiaque de Pierre.  Elle n’aurait eu qu’à pleurer à chaudes larmes en disant qu’il s’était effondré alors qu’ils jouaient.  Qui aurait pu croire qu’elle aurait pu tuer à mains nues un homme qui faisait deux fois et demi son poids?  Sans compter que c’était la situation idéale pour elle: En le tuant, elle n’aurait pas eu à casser avec lui, et ainsi n’aurait pas eu le rôle de la méchante qu’elle craint tant d’avoir.

Elle n’a pas eu à s’en faire avec ça longtemps car le lendemain, Pierre envoya plusieurs de ses amis expulser Salomé et ses affaires hors de chez lui.   Lui était absent, il craignait de ne pas pouvoir se retenir de la frapper s’il s’en chargeait lui-même, et on sait tous ce qui attend légalement un homme qui oserait lever la main sur une fille, même en état de légitime défense.  Il fait dans les 250 lbs, et elle en fait à peine 100.  Toutes les apparences seraient contre lui.

Pour le reste, je crois que rien de ce que je puisse raconter entre son expulsion de chez Pierre en 1999, et le moment où je lui ai signifié que je ne la voulais plus dans ma vie et mon entourage en 2004, n’apporterait quelque chose de nouveau à ma description de sa personnalité.  Pour la petite histoire, je vous dirai qu’elle est restée deux ans avec David qui était éditeur indépendant.  Elle a mis sur pied un projet de livre d’art distribué au Canada et aux USA dont David a fait 60% de la job.  Le lendemain de la livraisons des mille exemplaires du bouquin, elle mettain fin à leur relation.  Ce livre alla engraisser le portfolio de Salomé pour se faire de nouveaux contacts dans différents niveaux des arts et…

Et aux dernières nouvelles, après quelques courtes relations en chaîne,  elle s’est trouvé le chum idéal: Un musicien, peintre, photographe et critique de cinéma pour un magazine populaire au Québec.  Grâce à lui et à son statut de journaliste, elle est de toutes les premières, profite de toutes les gratuités qui viennent avec la job de son chum, et rencontre tous les gens influents du cinéma et de la musique qui passent à Montréal.  Bref, il est l’homme idéal, celui qu’elle pourra aimer et chérir toute sa vie.

… Ou du moins, jusqu’à ce qu’il lui permette de rencontrer mieux que lui.

Et lui qui n’a jamais vraiment eu de chance dans ses expériences de couple avant, il bénit le jour où je lui ai présenté Salomé.  Car jamais de toute sa vie il n’aurait pu imaginer qu’une telle fille puisse s’intéresser à un gars comme lui.