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A propos Steve Requin

Auteur, blogueur, illustrateur, philosophe amateur et obsédé textuel.

Duplessis, ze musical.

Maurice Duplessis fut premier ministre du Québec de 1936 à 1939, et de 1944 à 1959. Il fut et demeure encore aujourd’hui l’un de nos politiciens les plus détestés de l’histoire du Québec.

Jetons un oeil au personnage, à sa carrière et à ce qu’il nous inspire encore, dans la plus pure tradition des opéras modernes, sur l’air de cette petite chanson qui ne semblait que demander à être parodiée de cette façon.

Moi je veux rire de ceux
Qui s’sont fait connaître dans l’Histoire
L’artiste talentueux
Ou ceux qui étaient au pouvoir
Cobain ou bien Hitler
Tous ces grands noms qui ne sont plus
Je veux être moqueur
De ces grands disparus

Mais voilà que les gens
Me disent que ça ne se fait pas
Dire du mal des morts
Il parait que c’est vraiment très bas
Ça nous est interdit
Personne ne va trouver ça bon
Mais si t’en as envie
Il y a une exception :

Duplessis
Lui, c’est autant que l’on veut
Duplessis
Il n’y a rien de trop baveux
Lui, on a le droit d’en rire
On a l’droit de le salir

Il contrôlait le Québec
Par la force et par la peur
C’est à lui que l’on doit
La période de la grand noirceur
Il vendait not’ minerai
Aux États, une cenne la tonne
On le réélisait
La population était conne

Duplessis
Combattait les syndicats
Duplessis
Avec la Loi du Cadenas
Toute l’aide gouvernementale
À la partie patronale

Duplessis
Donnait tout aux anglophones
Duplessis
Laissait rien aux francophones
Les anglais purent s’enrichir
Et les Français s’appauvrir

Duplessis
Lui, son règne était sinistre
Duplessis
Fut notre pire Premier Ministre
Il combattait les grévistes
En les traitant d’communistes

Duplessis
Donnait l’pouvoir au clergé
Duplessis
Partout dans la société
Pour l’argent, ses orphelins
Reçurent de très mauvais soins

Duplessis
Du film aux séries télé
Duplessis
On fait juste le maganer
Lui, on a le droit d’en rire
On a l’droit de le salir

Duplessis

La vertu par comparaison

La petite BD qui suit raconte une anecdote vécue en décembre 2006.  Ça s’est passé dans un genre de soirée de gala où il y avait étrangement plus de bouteilles de champagne que d’invités.



Ce n’est pas une faute de frappe, elle disait vraiment miaise au lieu de niaise.

Je ne me souviens plus du tout du nom de cette fille-là. Par contre, je me rappelle très bien que son passe-temps favori était de toujours faire en sorte, de façon subtile, de démontrer qu’elle valait mieux que tout le monde, généralement en démontrant que les autres valaient moins qu’elle. Comme quoi il y a des gens qui ne sont capable de faire preuve de vertus que lorsqu’ils ont une tête de turc avec qui se comparer et un public pour se faire valoir.

Celle à qui j’ai dit oui.

C’est mon amoureuse qui, la première, a parlé de mariage.  C’était l’an dernier.  Elle m’a dit, comme ça, que lorsque ça fera deux ans que l’on sera ensemble, que tout va bien, que l’on s’aime, et que l’on est certain d’avoir trouvé en l’autre la personne faite pour nous, alors on pourrait se fiancer.

Cette année, le jour de notre second anniversaire de couple, on s’aime toujours autant sinon plus.  Alors je lui ai dit oui sans hésitation.

Ce n’est pas la première fois qu’une fille avec qui je sors me propose fiançailles et mariage.  En fait, c’est la troisième.   Alors pourquoi est-ce que j’ai dit oui à elle et non aux autres?  Parce que les deux premières ne m’ont jamais dit autre chose que: « Il faut officialiser notre relation parce que mes parents et/ou ma famille ne voient pas d’un bon oeil qu’une de leurs filles sorte/couche/habite avec un gars sans qu’ils soient mariés. »  La troisième, elle, n’a pas essayé de me manipuler en prétextant une obligation.  Elle m’a dit qu’elle m’aimait et voulait passer sa vie avec moi.

Quand la personne qui te propose les fiançailles ne te donne que des obligations comme arguments, plutôt que l’amour comme raison, ça en dit long sur sa personnalité et sur la façon dont elle considère votre relation.  Et ça n’en dit rien de bon.

Et voilà pourquoi je lui ai dit oui, alors que j’ai refusé aux deux précédentes.  Parce que quand l’autre n’a aucune hésitation à te dire qu’elle veut te marier par amour, c’est là que tu sais que tu as trouvé la bonne.

20 raisons pourquoi je ne publierai jamais de livres

(AVIS.  Cet article ayant été écrit en juin 2015, certains détails, comme les montants d’argents évoqués ici, sont sujets à changements.)

Lorsque les gens voient le lien vers Mes romans juste sous ma bannière ci-haut, ils s’interrogent.  Pourquoi est-ce que je laisse mes écrits en ligne, comme ça, gratuitement?  L’auteure et historienne Catherine Ferland elle-même m’a un jour écrit un commentaire sous ce billet pour me demander si j’ai déjà envisagé publier sous forme de livre.  La réponse est oui, j’y ai déjà songé. Mais voilà bien longtemps que j’y ai renoncé. L’aventure coûte juste beaucoup trop de temps et d’argent, et ce pour trop peu de bénéfices au bout du compte. Surtout lorsque tu cherches à te faire publier pour la première fois.

Au début, on s’imagine que c’est facile: On écrit un livre, on l’envoie à une maison d’édition de notre choix, ils le reçoivent, le lisent, et une semaine ou deux plus tard ils t’appellent pour signer un contrat. Tu reviens riche et célèbre et tu passes ta vie entouré de chicks dans une piscine remplie de Baby Duck.

Or, lorsque l’on est un auteur encore inconnu, les choses ne se passent pas de cette façon. J’en ai fait amèrement l’expérience pendant plus d’une décennie, soit de l’an 2000 jusqu’en 2010. C’est là que j’ai constaté plusieurs choses qui ont fini par m’enlever l’envie d’essayer de me faire publier.

RAISON 1: L’octroi des bourses est une loterie.
À moins d’être un passionné de l’écriture qui trouve toujours le temps d’écrire à chaque fois qu’il a une minute de libre malgré le fait qu’il travaille à temps plein et plus (C’est mon cas, ce blog le prouve), la majorité des gens auraient besoin d’un bon six mois de congé payé pour s’y mettre. Voilà pourquoi existent les bourses du Conseil des Arts et Lettres du Québec et celles du Conseil des Arts du Canada. Il y a les bourses classiques et les bourses de carrière. Les règles et les montants varient quelque peu d’une demi-année à l’autre, mais quand je cherchais à en avoir une, la bourse classique était entre $25 000.00 et $35 000.00, et était divisée entre les artistes dont les projets se sont montrés les plus intéressants. (Traduction: Avec le plus grand potentiel vendeur).

Par exemple, l’année où j’ai été membre du jury au Conseil pour les projets de bandes dessinés, parmi les douze candidats qui demandaient des bourses, trois d’entre eux étaient des grosses pointures: Delaf et Dubuc de la série Les Nombrils, Michel Rabagliati de la série Paul, ainsi que Guy Delisle pour ses souvenirs de voyages sous forme de BD. Ces trois-là étaient des professionnels reconnus qui avaient déjà publiés des albums, ET qui avaient prouvés être de bons vendeurs. La bourse a donc été divisée entre eux. Les neuf autres n’ont rien eu.

Conclusion: Il est normal et même souhaitable qu’un auteur qui a fait ses preuves reçoive la subvention lui permettant de continuer dans la voie du succès. Mais ça signifie que si tu es un auteur de la relève (Traduction: Un inconnu qui n’a pas encore fait ses preuves), ta seule chance d’avoir une bourse est d’espérer qu’aucun professionnel reconnu n’en fasse une demande en même temps que toi.

RAISON 2: Le jury qui octroie les bourses est composé de tes pairs, ce qui n’est pas toujours une bonne chose.
Comme je le dis dans le point précédent, j’ai déjà été appelé à faire partie d’un jury pour des bourses demandées par des auteurs de BD. C’est normal, puisque j’ai fondé et publié le fanzine de BD MensuHell, et que j’ai travaillé pendant sept ans au magazine de BD Safarir.

Or, au Québec, le milieu est petit et les mesquineries entre bédéistes ne manquent pas. Qu’est-ce qui se passe quand une personne qui a décidé de te prendre en grippe devient membre du jury juste au moment où toi tu demandes une bourse? J’ai vécu ça!  Inutile de dire que ma demande de bourse, c’était perdu d’avance.

C’est sûr que ça ne veut pas dire que j’aurais automatiquement reçu une bourse si cette personne n’avait pas fait partie du jury. N’empêche que le fait qu’elle y était, ça garantissait qu’on ne me l’accorderait pas.

RAISON 3: Avant de recevoir une bourse de carrière pour écrire un livre, tu dois d’abord avoir publié cinq livres.
Jusqu’en 2008, tout ce que tu avais besoin pour recevoir une bourse de carrière, c’était d’avoir été publié régulièrement sur une période de vingt ans. À ce moment là, puisque mes débuts étaient dans le magazine Wow en 1988, je l’avais. Enfin, presque! La demande de bourse devait être déposée en avril 2008, et mes débuts à Wow étaient en juin 1988. Il me manquait donc deux mois pour les avoir, mes vingt ans. Et puisque la bourse de carrière ne peut être demandée qu’une fois par année, j’en fus quitte pour attendre un an de plus.

Rendu en 2009, les règles avaient changé. Il ne suffisait plus d’avoir été publié pendant vingt ans. Il fallait également, pour y avoir droit, avoir publié au moins cinq livres.

Traduction:  Si je veux avoir une bourse pour écrire un livre, il faut d’abord que je prouve que je suis capable d’écrire et me faire publier cinq livres. …Sans bourse.

RAISON 4: attendre après une bourse pour écrire un livre, c’est une perte de temps.
On ne peut faire une demande de bourse normale que deux fois par année. Si tu rates la date de tombée, alors sucks to be you. Tu en as encore pour six mois d’attente. Ensuite, c’est six autres mois avant qu’ils rendent la décision. Puis, six autres mois avant que tu reçoives le chèque. Et de là, tu as six mois pour écrire ton livre. Bref, de un an et demi à deux ans entre le jour où te vient l’idée d’écrire un livre, et le produit final. C’est une sacrée perte de temps, quand je pense qu’à la fin de l’été dernier, ça ne m’a pris que trois semaines, sans bourse et en travaillant à temps plein, pour écrire mon roman Sept Semaines en Appartement.

Mais dans le fond, bourse ou pas, ça ne change pas grand chose au bout du compte, parce que…

RAISON 5: Obtenir une bourse ne garantit en rien la publication.
Si vous croyez que je parle contre le système boursier par frustration de ne jamais en avoir reçu une, détrompez-vous : En janvier 2007, j’en ai eu une de $9 300.00. Six mois plus tard, Riverstock était prêt. Il a passé le premier triage et la première lecture aux éditions Québec-Amérique, mais pas la seconde.

Vous allez dire Oui, mais le fait qu’il avait été accepté à la première lecture, ça démontrait qu’il avait le potentiel d’être accepté et publié dans une autre maison d’édition, non? Possible, mais c’est une théorie que l’état de mes finances ne m’a pas permis de vérifier car…

RAISON 6: Envoyer des manuscrits, ça coûte cher.
Le prix pour faire des copies d’un manuscrit de 250 pages varie d’un centre de photocopies à l’autre et dépend du nombre que tu en prends. Mais disons pour l’exemple que chaque copie te revient à $5. Au poids du papier, ça coûte environs $10 pour l’envoyer par la poste. Et si tu veux que les maisons d’éditions te renvoient ton manuscrit en cas de refus, il faut leur fournir une enveloppe de retour pré-affranchie, donc un autre $10.  Au total, chaque manuscrit envoyé par la poste te coûtera $25. À partir d’ici, tu as le choix entre…:

  • Sauver du temps: Tu veux l’envoyer à 10 maisons d’éditions en même temps? Ça va te coûter $250. As-tu $1000 à perdre pour l’envoyer à 40 maisons d’éditions?
  • Sauver de l’argent: Si tu peux juste te permettre $75 dans ton budget, il ne te reste plus qu’à envoyer ton manuscrit à 3 maisons d’éditions, attendre de 2 à 10 mois leur réponse (probablement négative), recevoir ton manuscrit par la poste, et réinvestir 20$ pour le renvoyer ailleurs. À ce rythme, tu devrais bien finir par trouver une maison d’édition qui acceptera de te publier dans, disons, six ou sept ans, à condition que le sujet de ton récit ne soit pas rendu dépassé à ce moment-là.

RAISON 7: Car oui, les éditeurs prennent une éternité à répondre.
En 2001, un de mes manuscrit m’a été retourné avec une lettre disant ceci:

     Monsieur
     Nous avons le regret de vous informer que depuis le début de l’année, la direction de notre collection jeunesse n’accepte que les manuscrits sollicités.
     En vous remerciant de l’intérêt que vous portez à notre maison d’édition, veuillez bla bla bla etc.

Je comprends et accepte leur refus. Mais ce qui me dérange, c’est qu’il se se soit écoulé quatorze semaines entre le moment où je leur ai posté mon manuscrit, et le moment où j’ai reçu cette lettre. Je veux bien croire que les maisons d’édition sont submergées car tout le monde se prend pour un écrivain depuis qu’internet existe. Mais come on, ça ne devrait quand même pas prendre trois mois et demi avant de se rendre compte qu’un manuscrit qu’ils ont reçu n’a pas été sollicité.

N’empêche, Ça vaut encore mieux que de se faire servir…

RAISON 8: Les excuses bidon pour ne pas te publier.
Si vous me dites que je suis ennuyeux, que le sujet de mon récit n’a pas le potentiel de bien se vendre, que les gens n’en ont rien à diarrher des anecdotes autobiographiques d’un inconnu, d’accord, je peux comprendre et accepter le refus. Je vais même en tirer une leçon.

Mais quelle leçon voulez-vous que je tire à part cet éditeur est le pape de la bullshit quand les raisons que l’on me donne ne tiennent pas la route?  Par exemple, en 2010, j’ai reçu un refus pour mon roman Miki face aux Forces Occultes. Voici un extrait de la lettre:

La raison de [notre refus] concerne principalement vos références sociales qui sont quelques peu dépassées si on considère l’âge de vos lecteurs. Citons entre autres The Matrix, Star Trek et le magazine Mad.

The Matrix est un classique que tout le monde connait, il y a eu deux films de Star Trek récent, l’un en 2009 et l’autre en 2012, et le magazine Mad existe toujours aujourd’hui, cinq ans après qu’ils m’aient écrit cette lettre. En quoi est-ce que ces références sont dépassées?

Et je suis supposé croire que c’est ça, la raison pourquoi ils rejettent le roman? Je dois trouver crédible qu’ils préfèrent rejeter le texte dans son entier, plutôt que de me demander d’enlever trois petits détails anodins qui ne changent rien au récit?

En 2003, histoire de sauver temps et argent, j’ai eu l’idée d’écrire un courriel à une maison d’éditions dans lequel je donne une courte description de mon roman, en leur demandant si la maison publie ce genre de truc. Si oui, je leur enverrai par la poste et ils jugeront après lecture s’ils en veulent ou non. Sinon, je m’abstiendrai et m’essaierai ailleurs, voilà tout. Leur réponse:

     Monsieur.
     Nous avons bien lu et relu votre manuscrit. Malgré ses indéniables qualités et son bon potentiel, il a été décidé au final de ne pas le publier.

Comment est-ce qu’ils ont donc bien pu lire et relire un manuscrit que je ne leur ai jamais envoyé?

RAISON 9: En échange de publication, l’éditeur peut dénaturer ton travail.
En 2010, je me suis trouvé un éditeur qui a adoré Miki face aux Forces Occultes. Nous avons signé un contrat, et là ce fut l’étape de la correction par son comité de lecture, constitué en fait de six de leurs auteurs-fondateurs.

L’un d’eux a réécrit 60% de mon texte dans son style à lui, a enlevé plusieurs gags, a introduit quelques erreurs de continuité, et a changé les dialogues des adolescents en quelque chose que l’on s’attendrait à entendre de la bouche de professeurs d’université. Lorsque j’ai protesté en disant que les adolescents ne parlent pas comme ça, l’éditeur m’a répondu: « Non, mais les critiques oui. C’est à eux qu’il faut plaire. »

Ben oui, tsé, parce que tout le monde sait bien que les adolescents ne lisent que les livres qui sont d’abord approuvés par Nathalie Petrowski.  C’t’évident !

Bien que contrarié, je sais rester réaliste.  Je sais également mettre mon Ego de côté pour la bonne cause.  Logiquement, un éditeur est supposé savoir de quoi il parle.  S’il dit que ses modifications améliorent la narration, c’est peut-être vrai.  Aussi, pour en avoir le coeur net, j’ai fait un test sur Facebook.  J’ai mis vingt phrases tirées de mon roman, dix étant ma version, dix étant les versions « corrigées » de ces mêmes phrases par l’éditeur.  Pour m’assurer de l’impartialité des participants, je n’ai pas précisé lesquelles étaient lesquelles.  Parfois ma version était la première des deux, parfois c’était l’autre.  Et j’ai demandé aux gens de chosir leur préférées.  Sur 16 personnes qui se sont prêtées à ce jeu, une seule a préféré la version de l’éditeur.

Autres éditeurs, autre livre: Il y en a deux qui se sont montrés intéressés à publier Le Terrorisme Féminin au Québec, histoire dans laquelle je raconte ma relation avec mon ex, la mère de mes enfants, qui se permet de commettre tous les abus contre moi, avec la complicité de la loi. Non seulement ils m’ont tous deux demandé de retirer chaque scène dans laquelle je décris mes propres torts, l’un d’eux a voulu m’imposer, comme couverture, une main de femme faisant un doigt d’honneur, main couverte de bijoux et entourée d’argent et de papiers légaux. Bref, pour être publié, je devais accepter que l’on transforme mon histoire autobiographique en manifeste haineux antiféministe et misogyne.

Vous n’avez jamais entendu parler de ces deux livres? Normal, j’ai préféré rester non-publié et inconnu plutôt que d’accepter que de me faire connaitre en tant qu’auteur des merdes que ces éditeurs voulaient en faire.  

RAISON 10: La population du Québec n’est pas suffisante pour publier tous les sujets.
Comparons:

  • Population des États-Unis: 316 millions. Tu vends ton livre à 0,1% de la population, ça fait 316 000 copies de vendues, ce qui te rapporte $790 000.00.
  • Population de la France: 66 millions. Tu vends ton livre à 0,1% de la population, ça fait 66 000 copies de vendues, ce qui te rapporte $165 000.00.
  • Population du Québec: 8 millions. Tu vends ton livre à 0,1% de la population, ça fait 8 000 vendus, ça te rapporte $20 000 dollars. Soit $2 720 en dessous du seuil de la pauvreté.

Avec notre faible population, si on veut se faire publier, on ne peut pas écrire sur n’importe quel sujet. Au moment où j’écris ce billet, le palmarès des meilleurs vendeurs au Québec démontre que les sujets qui intéressent le plus les québécois sont: Histoire, politique, santé, nutrition, biographies et études sur la sexualité. Vous écrivez autre chose? Bonne chance pour trouver un éditeur!

RAISON 11: L’immigration peut être une solution, mais…
Tandis que l’on n’arrive pas à se faire publier si on fait de la science fiction, du fantastique ou de la bande dessinés, nous sommes envahis de science-fiction, de fantastique et de bandes dessinées en provenance d’Europe et des États-Unis. La solution peut paraître simple: Déménage en Europe ou aux États-Unis et fais-toi publier là-bas. Oh, mais trouve-toi d’abord une machine à remonter dans le temps qui te ramènera dans les années 70-80. Non seulement il est de plus en plus difficile de changer de pays, certains comme les États-Unis ne t’accepteront que si tu arrives à prouver que tu sais faire un travail qu’un natif américain ne peut pas faire. Et des gens qui ne sont pas capables de se faire publier dans leur pays d’origine, il en ont déjà par millions aux USA.

Ceci dit, puisque deux référendums plus tard, le Québec fait encore partie du Canada, tu peux déménager en Ontario sans que personne ne trouve à redire. Selon Christ Oliver qui a publié quelques livres pour enfants avec mon ex Karine depuis 2004, alors qu’ici on se bat pour avoir des bourses et trouver une maison qui daignera nous publier, là-bas le Gouvernement encourage à coup de subventions la création de maisons d’éditions francophones, et ceux-ci cherchent sans cesse des auteurs francophones ontariens à publier. Évidemment, pour devenir ontarien et y avoir droit, il faut juste que tu quittes le Québec, abandonne ton travail, ta famille et tes amis. Tu as une conjointe qui travaille? Des enfants d’âge scolaire?  Alors tu as trois choix.

  • Ou bien tu les amène et les déracine de force, chamboulant leurs vies de façon radicale, afin que tu puisse réaliser ton rêve.
  • Ou bien tu les abandonne eux aussi, contre l’opportunité de voir ton nom imprimé sur un paquet de papier relié.
  • Ou bien tu abandonnes ton rêve, faisant d’eux les symboles de ce qui t’a empêché de réussir dans la vie.

Mais que ce soit au Québec ou en Ontario, même si tu trouves à te faire publier…

RAISON 12: Il faut être un BS, un chômeur, un retraité, un riche, ou bien déjà auteur à succès pour promouvoir le livre.
Les meilleures ventes d’un livre se font lorsqu’il y a une séance de rencontre et signatures avec l’auteur. Ça signifie devoir faire la tournée des libraires à travers la province, sans oublier les salons du livre. Et même si tu as la chance d’avoir un éditeur assez fortuné et généreux pour payer ton transport, ta nourriture et ta chambre d’hôtel, ça ne change rien au fait que pendant que tu es en tournée, tu ne travailles pas, donc ne gagnes pas d’argent. Comment peux-tu payer ton loyer, l’électricité, le téléphone? Sans compter que pendant que tu te ballades on ze road, tu ne vois plus ni ami ni conjoint ni famille. À moins, bien sûr, de ne te limiter qu’à faire la tournée des librairies de ta ville.

RAISON 13: Tout le monde s’enrichit sur le travail de l’auteur… Sauf l’auteur.
Admettons que tu as écrit un livre, que tu as trouvé un éditeur, qu’il a reçu du cash pour le publier (comme en témoigne la page de garde sur laquelle il remercie le Conseil des Arts et Lettres du Québec et/ou du Canada pour la bourse obtenue dans ce but) et que celui-ci se vend $20.00. Crois-tu que cet argent-là ira dans ta poche? Ha! En réalité, sur chaque copie vendue…

  • $10.00 va au distributeur.  Parce qu’il faut bien faire vivre ses employés salariés.
  • $5.00 va au libraire.  Parce qu’il faut bien faire vivre ses employés salariés.
  • $2.50 s’en vont à l’éditeur.  Parce qu’il faut bien faire vivre ses employés salariés.
  • Et le $2.50 restant, c’est toi, l’auteur non-salarié (sauf si tu as eu la chance d’avoir une bourse) qui le reçoit.
  • … à condition que ce soit un travail solo. Parce que dans le cas d’un livre pour enfants, tu dois partager ton gain avec l’illustrateur que l’on t’a imposé, ce qui te laisse $1.25.

Mieux encore: Si on tient compte de la taxe de 14% qui rajoute $2.80 sur le prix de vente, ça signifie que celui qui achète ton livre donne plus d’argent au gouvernement qu’il ne t’en donne à toi.

Sans auteur, il n’y aurait pas de livres, donc pas d’imprimeries, pas de maison d’éditions, pas de distributeurs et pas de librairies. Pourtant, de tous ces gens, celui qui reçoit le moins d’argent, c’est l’auteur.  Pourquoi?  Parce que c’est ça qui est ça. Parce que c’est comme ça et pas autrement. Because fuck you, that’s why! 

Et  pire encore:

RAISON 14: Il faut payer pour être peut-être publié.
Vous le savez, je suis dessinateur et scénariste. En 2008, j’avais un projet de livre pour enfant. S’il n’a jamais vu le jour, c’est parce que l’auteur n’a pas le droit d’illustrer son propre texte. Eh non, à cause de certaines lois, il doit être dessiné par un illustrateur à l’emploi de l’éditeur. Or, pour être illustrateur, il faut être membre de
Illustrations Québec, ce qui coûte, au moment où j’écris ces lignes, de $183.96 à $344.93. Et payer ces frais qui dépassent largement tout profit que je ferais dans les ventes ne garantit en rien que je serai embauché par l’éditeur, et encore moins que je sois assigné à illustrer mon propre livre.

RAISON 15:  Certains éditeurs facturent les auteurs au lieu de les payer, ou bien les payent en copies de leurs livres plutôt qu’en argent.
Et on ne parle pas ici de petites maison d’éditions louches et inconnues.  On parle, entre autres, des Éditions de Trois Pistoles de l’auteur à succès Victor-Lévy Beaulieu.  Et s’ils font ça aux auteurs professionnels établis depuis longtemps, quelle chance avons-nous, auteurs inconnus?

Il y en a qui vont dire: « Bon ben tant qu’à payer pour publier, alors qu’est-ce qui t’empêche de publier toi-même tes romans à compte d’auteur? »  Simple: Je ne suis pas un éditeur, je suis un auteur. Je n’ai pas l’argent requis pour imprimer ces copies, je n’ai aucune formation ni connaissances ni contacts pour vendre et distribuer, et j’ai encore moins ce qu’il faut pour faire la comptabilité.  Et de toute façon…:

RAISON 16: Personne ne respecte l’auto-publication.
J’ai fondé MensuHell et publié ses 33 premiers numéros. L’une des fois où j’ai demandé une bourse pour un projet d’album de BD, il fallait nommer les magazines et journaux dans lesquels nous avons été publiés. Or, l’auto-publication, ça ne compte pas.

Ça signifie qu’un auteur de BD peut dire qu’il a été publié dans MensuHell, et ça compte pour lui. Mais puisque c’est moi qui faisais MensuHell, alors dans mon cas, c’était de l’auto-publication. Donc, même si j’y travaillais plus que tous ceux que j’y ai publié, ça ne compte pas.

De plus, lorsque quelqu’un choisit de s’éditer lui-même, la première chose qui vient en tête des gens, c’est que s’il est obligé de s’auto-publier, c’est qu’il n’a pas réussi à trouver un éditeur voulant de lui, ce qui est signe qu’il est un sans-talent. Je dois donc me rendre à l’évidence: Même si j’ai été publié dans des journaux et magazines de 1988 à 2008…:

RAISON 17: Je manque de talent.
Soyons réalistes! Depuis le temps que j’écris, si j’étais vraiment talentueux, ça ferait longtemps que j’aurais trouvé un éditeur pour publier mes livres, peu importe les obstacles. Parce que malgré tout ce que je trouve à dire contre le domaine de l’édition, de nouveaux auteurs apparaissent sur les tablettes à chaque année sans que ça ne ruine leurs vies personnelles ou financières. Ça ne peut donc pas être toujours de la faute des éditeurs ou de ma situation géographique.

Ou alors, c’est peut -être tout simplement parce que…

RAISON 18: Je m’obstine à n’écrire que sur des sujets tabous et/ou mal vus et/ou trop négatifs.
Les éditeurs refusent tout ce qui puisse être vu comme étant la justification d’un acte criminel, ou toute littérature qui puisse engendrer de la haine contre un groupe.  Or, puisque la plupart de mes récits s’inspirent de faits réels, c’est le thème central de la majorité de mes ouvrages. Par exemple:

Seize Ans d’Abus, aussi connu sous le titre alternatif de Le Terrorisme Féminin au Québec, ne faisait que raconter, et ce de manière totalement objective, la manière  dont une de mes ex se servait de la Loi afin de me faire subir les pires abus, à répétition, et ce impunément.  La moitié des commentaires que j’ai reçu, alors que le texte était en ligne, disaient « Fuck, t’es patient, à ta place j’te l’aurais massacrée, c’te bitch-là! » ou bien « Moi j’aurais payé une coupl’ de gars pour lui faire casser les deux jambes. »  Et la majorité de ces commentaires me venaient de lectrices. Oui, des femmes!  Bref, même si je ne racontais que la vérité, sans jamais y poser moi-même des jugements de valeur contre cette ex, il reste que sa lecture incitait les gens à en arriver à la conclusion que non seulement la violence contre une femme est parfois justifiée, dans certains cas isolés ça reste la seule solution.  Et ça, en effet, ce n’est pas un sentiment qu’il faut transmettre à la population.

Dans Surveiller Nathalie, voyage dans la tête d’un harceleur, je raconte exactement ce que dit le titre.  J’y raconte les deux seuls mois de ma vie, en été 1989, où j’ai harcelé une ex.  Je me disais que ça pourrait intéresser les gens si, pour une fois, le harcèlement était raconté à partir du point de vue du harceleur, et non de sa victime ou des psychologues.  Malheureusement, en expliquant les raisons qui m’ont poussées à poser ces gestes, c’est comme si je les justifiais.  Or, tout comme dans l’exemple précédent, il ne faut pas donner à la population l’idée qu’un geste négatif contre autrui, surtout s’il est immoral et illégal, surtout contre une femme, puisse être justifiable.  Donc, dommage pour le côté éducatif de la chose, mais non, impubliable.

Dans 52 jours à Montréal, aussi connu sous le titre original de Sept Semaines en Appartement, je raconte comment, à 19 ans, je tente de tromper ma blonde, je vole de l’argent et de la nourriture à ma colocataire, je fais un trou dans le mur afin de la voir dans sa chambre en train de baiser, je mens, je suis méprisant, haineux, homophobe, et même si je ne le fais jamais, j’avoue néanmoins être tenté de céder aux avances sexuelles de ma cousine (par alliance) de 14 ans. Et non seulement je me donne l’air noble en décidant d’avouer mes vols à ma coloc, je rabaisse le fait qu’elle entre dans une colère pourtant justifiée. Je vis des déboires, mais aucun n’est en conséquence des gestes immoraux et illégaux que je pose.  En fait, c’est le contraire: Mes pires déboires sont les conséquences de quand je fais ce que j’ai à faire, quand je suis honnête et quand je dis la vérité.  Est-ce de ma faute si c’est ça, la vraie vie?

Le roman Un Été à Saint-Ignace-de-Montrouge a beau être une oeuvre de fiction, le personnage principal est porté disparu car il a fui une conjointe qui n’est qu’une pâle copie de mon ex, celle de Seize Ans d’Abus. Là encore, ça dépeint la femme sous un mauvais jour.  Et là encore, d’ici à ce que la population en vienne à la conclusion comme quoi le message de mon livre est que les femmes sont toutes pareilles, il n’y a qu’un pas.

Et dans mes deux autres romans fictifs, Riverstock et Miki face aux Forces Occultes, les gens se divisent en trois catégories: Les abuseurs, les losers, et les adultes qui exploitent enfants et ados.  Et puisque dans les deux cas, les personnages sont mineurs, les éditeurs envoient ça directement dans leurs collection jeunesse.  Mais voilà, les publications destinées aux jeunes ne veulent pas d’histoires dans lesquelles tous les adultes sont dépeints comme étant des pourris qui ne sont qu’hostiles envers les jeunes.

RAISON 19:  Les histoires autobiographiques d’auteurs inconnus, ça n’intéresse que ceux qui les écrivent.
C’est du moins l’opinion de trois grands éditeurs au Québec.  Une opinion qui rend doublement impubliable la majorité de mes récits.    

Alors pourquoi est-ce que je continue d’écrire malgré le fait que je suis impubliable? Parce que mon but premier n’a jamais été d’être publié. Mon but premier, c’est d’écrire. C’est ça ma passion. Le papier, ce n’est rien d’autre qu’un véhicule qui sert transporter l’oeuvre d’un auteur vers son public. En ce sens, Internet est beaucoup plus efficace.

C’est la raison pourquoi j’ai cessé de faire du fanzinat en 2003 pour mettre tous mes textes et dessins sur le net. Sur mon blog, mes écrits sont envoyés instantanément à mes lecteurs, je n’ai aucune restrictions de temps ou de censure, j’ai régulièrement de 350 à 500 visites par jour. Et bien que je n’en retire pas un sou, ce n’est pas non plus comme si je ferais grand argent à être publié, de la façon que ça marche dans le monde de l’édition au Québec.

Et puis, côté talent, il ne faut pas oublier qu’il y a 20 ans cette année j’ai écrit une liste de noms de famille composés qui est devenu le premier texte viral québécois, et celui-ci continue encore aujourd’hui d’être envoyé et reproduit partout sur le net, dans les journaux, les magazines, cité à la télé et à la radio, et ce dans tous les pays francophones de la planète. Quant à mon premier billet sur les comportements sur Facebook, il a reçu 108 733 visites en une seule journée. Alors après 35 ans d’écriture non-stop, il y a peut-être de l’espoir pour moi.

Ou du moins, il y en avait jusqu’à aujourd’hui. Car, voyez-vous, les médias nous ont annoncé hier que…

RAISON 20: Le budget du Conseil des Arts et Lettres du Québec vient de se faire amputer de 2,5 millions.
Ils ont beau dire que les créateurs ne devraient pas subir les effets de cette réduction de budget, ça n’améliorera certainement pas les choses. Ce qui est désolant de constater, c’est que si les réalités de l’édition au Québec étaient universelles, bon nombre de grands classiques contemporains n’auraient jamais pu voir le jour, et la culture s’en serait retrouvée fort appauvrie.

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Y’A LIENS LÀ:

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Radio Canada: Le côté sombre du livre québécois.

Les résolutions masculines de l’été.

C’est le printemps. Le beau temps arrive et vous voulez séduire cet été. Sauf qu’en vous regardant dans le miroir, vous comprenez pourquoi qu’à part le rhume, vous n’avez pas attiré grand chose depuis le début de l’année. Le bel Adonis de 18 ans que vous étiez jadis a aujourd’hui le double de son âge, mais aussi de son poids. Vous décidez alors de changer radicalement votre style de vie. Ça suffit, le niaisage! On se reprend en main.

Vous achetez un kit d’entraînement maison, vous vous inscrivez à un gym, vous suivez un régime végétarien, vous commencez à vous mettre au jogging, vous vous inscrivez à un salon de bronzage, vous achetez tout plein de supplément alimentaires en poudre pour smooties qu’utilisent les athlètes, vous achetez des rollerblades, toute une garde robe de sportif incluant short de cycliste, casque, protège coudes, protège genoux, gants, camisole Nike, et vous vous vantez d’avance à tous vos amis comment vous deviendrez une masse de muscles digne d’un dieu de l’Olympe en un rien de temps.

Premier mai
Vous vous exercez à fond. La vie est belle, la perspective de devenir Mr Univers est attirante, le moral est bon, rien ne vous semble impossible. Vous y allez fort.

2, 3 et 4 mai
Vous ne pouvez faire aucun exercice tellement vos muscles sont endoloris par les exercices du 1er mai.

5 mai
En attendant que vos muscles finissent de récupérer, vous décidez de vous mettre à la course à pieds. Vous sortez de la maison, vous virez à gauche au trottoir, vous allez droit devant vous et vous courez allègrement. Quatre minutes et deux rues plus loin, vous êtes obligé d’arrêter tellement vous n’en pouvez plus. Vous revenez à la maison en marchant tout en restant essoufflé tout le long du trajet.

Une fois reposé, vous décidez de ne pas rester sur cet échec et vous repartez de plus belle, cette fois en rollerblades. Vous partez, et revenez à la maison au bout de deux heures après avoir successivement failli tomber dans les escaliers en sortant, vous être accroché à presque tous les murs, piquets et poteaux de chez vous jusqu’à la rue, avoir foncé sur quatre personnes, deux autos stationnées et un mur parce que vous n’avez pas la moindre idée de comment est-ce qu’on freine sur ces engins de mort, être tombé sept fois dont quatre en essayant de tourner un coin de rue et enfin vous vous êtes étendu de tous votre long dans les escaliers alors que vous les escaladiez pour rentrer chez vous lorsque les roues se sont traîtreusement dérobées sous vos pieds. En plus de vous être meurtri et égratigné sur toutes les parties de votre corps non protégées, vous aurez mal au mollet pour les deux prochains jours.

7 mai
Vous allez à votre première séance de gym et vous vous sentez déjà humilié d’être le plus maigre de la place. Des bras, en tout cas, parce qu’au niveau du ventre, c’est l’inverse. Les appareils que vous voulez utiliser sont toujours pris et vous n’osez pas demander à ceux qui les utilisent de vous céder la place. Par contre, les autres ne se gênent pas pour vous dire que vous occupez un appareil qu’ils doivent utiliser maintenant. Vous sentant complètement hors de votre élément, vous ramassez vos affaires et quittez le gym sans même prendre de douche pour ne plus jamais y revenir. Dommage pour votre abonnement d’un an payé d’avance et non remboursable dans le cadre de leur spécial Abonnez-vous-pour-six-mois-et-obtenez-six-autres-mois-pour-la-moitié-du-prix-d’un-abonnement-d’un-an.

8 mai
Vous faites des exercices à la maison mais le cœur n’y est pas. De plus, votre régime végétarien vous laisse sur votre faim, ce qui joue sur votre humeur. Le soir venu, vous trichez pour la première fois votre régime végétarien.

9 mai
Quel régime végétarien?

10 mai
Ça y est, vous avez recommencé à manger comme avant. La seule chose qui change, c’est votre milk-shake aux suppléments alimentaire que vous continuez de vous faire 5 jours par semaine. Au prix que ça coûte, ce serait bête de gaspiller ça.

12 mai
Vous décidez de ne plus vous exercer avec votre gym maison que deux fois par semaines. Ayant l’habitude de charger vos haltères à la limite de ce que vous pouvez soulever, vous ne pouvez faire que des séances de 5 à 10 minutes avant épuisement total. Vous pourriez réduire le poids de vos appareils afin de vous exercer plus longuement mais votre orgueil vous l’interdit. Vous faites plutôt des efforts supplémentaires pour les soulever, en vous disant que vous finirez bien par vous adapter.

13 mai
Vos maux de dos, dus aux trop grands efforts de la veille que vous avez mis pour soulever vos haltères, vous forcent à cesser vos exercices pour les dix prochains jours.

23 mai
Vous constatez avec déception que douze séances de salon de bronzage plus tard, votre teint n’est toujours pas plus brun. Juste un peu plus rouge.

30 mai
Laitue, tofu, soja et autres légumes achetés en grande quantité au début du mois se retrouvent à la poubelle après avoir pourris dans votre frigo parce que intouchés durant les trois dernières semaines.

7 juin
Vous terminez vos vingt séances initiales de bronzage sans avoir bruni d’un poil, si ce n’est ce curieux hâle légèrement orangé que vous semblez avoir autour des yeux. L’employée du salon vous encourage à renouveler votre abonnement car, dit-elle, maintenant que votre épiderme s’est habitué aux rayons UV, vous devriez commencer à bronzer sous peu. Avec la désagréable impression que vous vous êtes fait arnaquer solide, vous lui répondez gentiment que vous repasserez vous réabonner dans la semaine. Vous ne le ferez jamais.

9 juin
Vous vous regardez dans le miroir de la salle de bain. Vous n’avez pas bronzé. Vos muscles n’ont pas grossis. Par contre les milk-shakes aux suppléments alimentaire combinés à votre régime normal vous ont fait prendre du ventre.

10 juin
Vous faites vos exercices pour la dernière fois ce mois-ci.

1er juillet
Votre déménagement vous montre une chose: Ces trois dernières semaines de paresse vous ont remis au niveau complètement-pas-en-forme dans lequel vous étiez avant le premier mai.

17 juillet
Maintenant que vous avez enfin fini de vous installer dans votre nouveau logis, vous vous accordez une pause en vous jurant de recommencer les exercices dès le premier aout.

Du 1er aout de cette année jusqu’au 1er juin de l’année prochaine
Vous refaites trois ou quatre tentatives de reprise des exercices dont la plus longue ne dépasse pas deux semaines.

14 juin l’an prochain
Vous faites une vente de garage où vous tentez de vendre votre kit d’entraînement maison, vos rollerblades, et votre garde robe de sportif incluant short de cycliste, casque, protège coudes et genoux, gants et camisole Nike. Vous arrivez à vendre le quart de votre matériel et vous récupérez ainsi le 3/100e de l’argent que vous avez investi dans votre forme il y a un an. Vous êtes obligé d’emporter ce qui reste de votre équipement lors de votre déménagement. Ça ira encombrer vos placards pour les années à venir, ce qui vous rappellera votre échec à faire de l’exercice à chaque fois que vous mettrez les yeux dessus

La logique amoureuse des Nice Guys.

Je vous ai déjà fait quelques billets sous forme de bande dessinées par le passé (Voir le tag « BD Blog« ) mais ceci est la première page de BD que je dessine depuis 2009.  Inutile de dire que ces six ans sans jouer du crayon ont quelque peu rouillé mon art. Après un mois de pratique, le verdict: Je dessine moins bien qu’il y a vingt ans, mais je dessine déjà mieux qu’il y a un mois. C’est encourageant.

Cette histoire met en scène un personnage nommé Daniel Comte, dit Comte Dany Hell, un pur Nice Guy doublé d’un Fedora Neckbeard










Je ne me souviens plus si je vous l’ai déjà dit, mais il ne faut pas s’étonner que beaucoup de soi-disant bons gars deviennent dessinateurs.  Le dessin est un art qui se pratique dans la solitude.  Et lorsque l’on manque de popularité et de vie sociale, en revanche on ne manque pas de temps libre.

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Si l’homme est un loup pour l’homme, la femme est une chienne pour la femme.

Laissez-moi vous parler de American Reflexxx, un petit film de 14 minutes. Un soir de 2013, une femme du nom de Alli Coates exécute une performance artistique publique dans laquelle elle se promène dehors un soir pendant une heure, vêtue d’une robe bleue, de souliers plateforme et d’un masque miroir qui lui couvre le visage en entier.

Les premières minutes, ça attire la curiosité des passants qui font des commentaires étonnés. Dès le départ, on se questionne sur son sexe. Est-ce une femme? Un homme? Un travesti? Un transsexuel?

Évidemment, à peine l’expérience est-elle en court qu’un homme se baladant torse nu y va d’un commentaire sexuel.

Sinon, les mots qui lui sont adressés restent courtois.

À mesure que le temps passe, les commentaires deviennent moqueurs, puis haineux.

À 06:10, une femme l’approche de dos en courant, lui lance de l’eau et poursuit sa course.

Moins de vingt secondes plus tard, une autre fille, probablement influencée par l’exemple de la première, l’arrose également.

De 07:28 à 07:32, un jeune homme, lui aussi torse nu, tente de voir sous sa robe, mais ses amis sont là pour l’en dissuader.

Il revient quelques secondes plus tard pour lui lancer quelque chose de dos, mais il se contente de faire semblant, pour rigoler, avant de repartir pour de bon.

À 09:19, on commence à lui envoyer des projectiles, des bouteilles d’eau. la foule réagit en huant le-la-les auteur(s) de ce geste.

À 10:10, une fille essaye de lui faire perdre l’équilibre avec un croche-pied, sans toutefois réussir.

17 secondes plus tard, une femme bouscule le caméraman et fonce de dos sur Alli, la poussant sauvagement, la faisant percuter le trottoir avec violence.

La réaction des gens?

Un seul lui vient en aide.

Puis, elle se relève et repart. Et c’est là que la caméra montre que le nombre de gens qui la suit est devenue assez impressionnant. Ceci, en plus de l’agression sauvage dont elle a été victime, l’a probablement poussé à mettre fin à l’expérience.

… Non sans se retourner une dernière fois sur la foule qui s’enfuit aussitôt en hurlant, manifestant automatiquement le sentiment de base profond qu’ils partagent maintenant à son sujet: LA PEUR!

The End!

Toute ma vie, j’ai vu des féministes enragées (à ne pas confondre avec les féministes tout court) mettre beaucoup d’effort à me démontrer à quel point, en tant qu’homme, je représente tout ce qu’il y a de plus mauvais, de plus agressif, de plus dangereux pour la femme.  Oui, elle a reçu quelques commentaires sexuels de la part d’hommes.  Mais qui sont les personnes qui sont allées l’agresser physiquement?  Des femmes.  Quatre femmes.  En une heure.  Et qui est la seule personne à lui être venue en aide?  Un homme!

Je suppose que l’on peut se dire, pour expliquer et/ou excuser les comportements agressifs de ces femmes, qu’Alli « l’a bien cherché, de la façon qu’elle s’était habillée / arrangée / comportée. »  Pourtant, quand un homme dit ça pour expliquer son comportement négatif auprès d’une femme, c’est inacceptable et inexcusable.  Étrange, non?

Peut-être qu’il faudrait juste cesser de faire semblant que le monde se divise en hommes et en femmes lorsqu’il s’agit d’agression dans la rue, et que l’on voit la chose pour ce que c’est vraiment: Des agresseurs et des victimes.

Ce n’est pas parce que l’on dit UN agresseur et UNE victime que ça signifie automatiquement que l’un est toujours masculin et l’autre toujours féminin.


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Le vidéo American Reflexxx complet

Astérix et la relâche temporaire de sagesse

Dû à un manque d’inspiration que je crois temporaire, je suis allé me rendre actif sur mon autre blog, celui-là consacré à la bande dessinée. Ces jours-ci, j’y expose une petite curiosité peu connue, une version British d’Astérix le Gaulois (le personnage et l’album) qui date de 1963.

Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4

Quand la basse estime de soi rend aveugle à la réalité.

Je pourrais vous offrir un autre blog long d’un kilomètre, mais j’ai mieux: Cette petite BD est une version franco-québécoise d’un strip tiré de mon ancien webcomic anglophone  Artiztech College.

MORALE: S’il est exagéré de croire qu’il suffit de penser positif pour que tout aille bien dans notre vie, il est par contre très vrai que la pensée négative a le pouvoir de tout faire foirer. C’est que la mauvaise estime de soi, ça nous aveugle face à notre potentiel de réussite, et nous fait choisir délibérément la voie de l’échec.

Surtout si tu prétends savoir mieux que l’autre personne si elle te veux ou non, et que tu choisis de décider à sa place que c’est non!

La poupée qui dit non mais qui fait oui.

Cette fois-ci, je vais vous ramener  dans la première moitié des années 80 avec une tranche de vie d’adolescents du Québec. Le texte contient des liens pour nos amis d’Europe qui auraient de la difficulté avec certaines références locales et/ou de l’époque, ainsi que divers lexiques du Français québécois pour les dialogues en joual.

Printemps 1984.  J’ai 15 ans.  J’habite Mont-Saint-Hilaire et je suis en secondaire IV. J’ai un camarade de classe nommé Bruno avec qui je n’ai rien en commun. Il a les cheveux longs, boit de la bière, fume, s’habille en jeans, T-shirts noir à motif Iron Maiden, veston de jeans, n’écoute que du rock, heavy metal, Plume Latraverse, et utilise le terme ma plotte pour parler de ses petites amies, quand il en a.

Moi, j’ai les cheveux frisés, court, ou du moins ce qui passe pour court à l’époque. Je ne fume pas et ne bois pas d’alcool car je suis sage et réfléchi.  Je m’habille comme dans la page 257 du Catalogue Eaton, j’écoute la musique de CKOI 97 Le Son de Montréal ainsi que CKBS 1240 AM, Radio Saint-Hyacinthe, et j’utilise le terme la folle pour parler de l’unique blonde que j’ai eu à date. À part ça, je suis galant et romantique, je suis un bon gars, un vrai nice guy, donc évidemment célibataire.

Bruno et moi avons commencé à nous fréquenter dans notre cours de français lors d’un travail d’équipe, alors que le prof nous avais tous amené à la bibliothèque. Nous étions les deux seuls gars de cette classe, il était donc tout naturel que nous fassions équipe malgré nos différences de style et de personnalité.  Parmi mon stock qui traîne pêle-mêle sur la table où nous faisons notre travail de recherche, il voit une photo qui dépasse des pages de mon agenda scolaire. Il s’en empare et dit:

« Ayoye, Man! C’est qui c’te fille-là? »
« Elle? C’est Nancy, la soeur de mon ami Yan. Elle m’a demandé de lui dessiner son portrait.  C’est pour ça, la photo. »
« C’t’une calice de belle plotte, ça!  Faut qu’tu m’la présente au plus christ. »

Pourquoi pas!? J’accepte!  Ceci dit, ce n’est pas comme si j’avais le choix.  C’était ça où bien il ne me rendrait jamais la photo.

La fin de semaine suivante, je vais chez mon ami Yan avec qui je fais souvent de la bande dessinée en amateur. J’amène Bruno avec moi. Coup de chance, Nancy y est aussi. Il y a une raison pourquoi Bruno a si vite accroché à elle via sa photo, et c’est qu’ils sont du même style. Elle fume, boit, s’habille en jeans et T-shirts, n’écoute que du Kiss, Mötley Crüe et autres trucs qui nous semblaient si hard à l’époque. 

Je les présente.  Malgré mon jeune âge et mon peu d’expérience, je vois tout de suite dans le regard de Nancy son intérêt pour Bruno.  Nous descendons tous les quatre au sous-sol, dans la grande chambre de Yan.  On y jase de choses et d’autres pendant une bonne heure.  Il me semble évident qu’il y a une certaine attirance entre  Nancy et Bruno.  Petit malin que je suis, je décide de prendre le contrôle de la situation.  Je me lève et fais signe à Yan de me suivre, et je dis à la blague aux deux autres :

« Bon ben, Yan pis moi on s’en va faire du dessin, fa que vous pouvez toujours frencher en attendant. »

C’était comme si je leur avait fourni l’excuse qu’ils attendaient. Ils se sont aussitôt enlacés et ont commencés à s’embrasser passionnément. Bien que je m’y attendais, je suis tout de même un peu surpris que ça se produise de manière aussi instantanée.

Bruno ne fréquentera Nancy que les deux dernières semaines du mois de mars.  Il me fut cependant très reconnaissant de lui avoir présenté, et surtout d’avoir brisé la glace avec ma suggestion.

« Heille, toé t’es un vrai tchum, man! J’m’as te revaudrer ça. »
« Bonne idée!  Après un an de célibat, chus pas mal en manque, là! »

Ce n’était rien de sexuel. J’étais juste dépendant affectif.  Quoi qu’à quinze ans, nous l’étions pas mal tous un peu.

Vendredi le 13 avril 1984. Voilà deux semaines que la neige a totalement disparue et que nous avons droit à de confortables températures printanières qui sentent l’été qui s’approche.  Peu après 17:00, Bruno me téléphone de chez lui.  

« Hey, salut man! Ça te tentes-tu de v’nir à un party chez nous à’ soir à sept heures? On va être en sérieux en manque de gars icitte. »
« QUOI? Un party plein de filles pis tu me demandes si j’veux y aller? Que c’est qu’t’attends pour me donner ton adresse? »

Bruno habite à Sainte-Madeleine, de l’autre côté du Mont Saint-Hilaire.  Ça prend environs un quart d’heure en auto pour s’y rendre à partir de la maison de mes parents.  Je convainc sans mal ces derniers d’aller m’y reconduire.  Tel que prévu, je descends de l’auto à 19:00 devant la maison des parents de Bruno, tandis que le soleil couchant nous colore l’horizon en orange de ses derniers rayons.  Ma mère me demande:

« À quelle heure tu veux qu’on revienne te chercher? »
« Pas besoin!  Un des gars va venir me reconduire en char.  Bonne soirée! »

En réalité, je n’avais pas la moindre idée si l’un des invités avait son permis de conduire, et encore moins s’il avait un véhicule à sa disposition.  Il y a que ceci était le second party d’ados où j’ai eu la chance d’être invité et que je ne tenais pas à ce que ça se termine comme le premier, c’est à dire avec mes parents qui viennent m’y chercher à 22:00 juste au moment où ça commence à devenir vraiment trippant.  Alors pour revenir, si personne ne peut me ramener, je n’aurai qu’à prendre le bus 200 Rive Sud qui passe aux heures jusqu’à 01:00, voilà tout.  Au pire, si je la rate, marcher deux heures, ça ne me fait pas peur.

C’est la sœur de Bruno, Julie, 13 ans, qui m’ouvre.  Longs cheveux en bataille, jeans, veston jeans, T-shirt noir à l’effigie de Metallica, bouteille de bière à la main et cigarette au bec.  C’est fou comme elle a un style semblable à celui de Bruno. Elle m’entraîne au sous-sol où attendent les autres. À mesure que je descends les marches, j’entends la voix de Phil Collins qui chante Mama (Cliquez pour l’ambiance)

Je m’attendais à quelque chose de très gros, mais en fait ils ne sont que neuf, assis en cercle sur des chaises, par terre ou sur un vieux divan, à jaser, fumer et boire. Bruno me les présente.

« Steve, j’te présente Gaëtan qui vient à notre polyvalente, pis sa soeur Claudia. Elles, c’est les jumelles Caroline pis Sylvie. Pis en passant, Caroline c’est ma blonde, fa que essaye pas de la crouzer à soir, mon estie. Ha! ha! . »
« Me v’là prévenu! »
« Elle c’est Valérie la cousine des jumelles.  Pis v’là Sophie, pis Pierre, pis c’est toute. »

Je salue tout ce beau monde. La place est typique des sous-sols non-finis des vieilles maisons. Le plancher en béton gris et rugueux est partiellement recouvert de vieux tapis. Il y a un divan à trois places où sont assises quatre personnes, mais bon, on est minces à cet âge-là. Le plafond est composé de vieux bois et de poutres poussiéreuse ornées de vestiges de plusieurs générations de toiles d’araignées. L’éclairage tamisé est fourni par une vieille lampe style bouteille de Chianti ornée de faux rubis en verre et d’un énorme abat-jour rouge vin. L’air est imprégné de boucane de cigarette qui se mêle à celle de l’humidité des sous-sols. Les hauts-parleurs de 3e ordre du vieux radio-cassettes continuent de diffuser du Genesis.  Je me joins aux gens et aux conversations, pigeant comme tout le monde dans les sacs de chips BBQ, nature et sel & vinaigre.

Après une vingtaine de minutes, Bruno décide qu’il est temps de sérieusement commencer le party. Il change la cassette de Genesis pour une autre où il n’a enregistré que des slows, et aussitôt commence Stairway to Heaven de Led Zeppelin. Je suis d’abord amusé par le manque total de subtilité de Bruno.  D’habitude, dans les partys, les slows ne viennent que dispersés ici et là entre les hits rock et dance, ou bien vers la fin de la soirée.  Mais bon, nous savons tous que nous faisons ces soirées surtout dans le but de se rapprocher des membres du sexe opposé, alors pourquoi perdre son temps à faire semblant? Bruno semble désireux de repayer sa dette envers moi car me prend par le bras et m’envoie quasiment voler dans les bras de Sophie, une mignonne petite rouquine (teinte) de 14 ans.  Sans pour autant que ce soit de l’embonpoint, son corps a déjà de superbes courbes.  Son visage ressemble à une version plus jeune de celui de l’actrice porno italienne Ilona Staller alias La Cicciolona.

« Tiens, danses donc avec elle. »

Pris par surprise et au dépourvu puisque je n’ai pas encore adressé un mot à cette fille jusque-là, je lui demande:

« Euh… Tu veux-tu? »
« Oui! »

Sur ce, elle passe ses bras autour de mon cou et se colle à moi.  Bientôt, la chanson fait place à Hotel California des Eagles, suivi par Babe de Styx. Durant tous ces slows, Sophie se colle à moi très serré, ce qui, dans mon cas, est une toute nouvelle expérience. Je sens ses seins fermes et déjà très volumineux pour une fille de son âge qui s’écrasent contre ma poitrine. Bruno qui danse avec sa Caroline, me lance:

« Que c’est qu’t’attends pour y mettre les mains su’é fesses? »

Je suis surpris, presque scandalisé par cette suggestion.  Jamais je n’aurais osé faire un truc pareil.  D’ailleurs, j’imaginais mal que des jeunes de notre âge puissent déjà aller aussi loin avec quelqu’un que l’on ne connait qu’à peine.  Aussi, j’ai vite pris ses paroles pour des blagues.  D’une voix démontrant aplomb et assurance, je profite de la situation pour me donner des airs de bon gars respectueux de la gent féminine:

« Voyons, mon cher Bruno! Tu sais ben que c’est pas mon genre d’aller si vite en affaires. »

En entendant ça, Sophie se détache sa tête de moi afin de me regarder dans les yeux.  L’air ravie, elle me dit:

« Tant mieux! Moi, les gars trop vite en affaire, je leur pète la yeule. »

Puis, elle revient se coller à moi encore plus fort. La joie m’inonde. Elle n’aime pas les gars vite en affaire, et je lui ai montré que je n’en suis pas un. Je lui ai fait bonne impression. C’est génial.

Un peu plus d’une heure plus tard, constatant que nous manquons de chips, boissons gazeuses, bières et cigarettes, on décide d’aller s’en racheter au dépanneur du quartier. Car oui, dans le Québec de 1984, il n’y a encore aucune loi qui interdit aux mineurs d’acheter bière et cigarette, et encore moins d’en consommer. C’était le bon temps! 

Et nous voilà tous dehors dans les sombres rues de ce village.  Nous sommes un vendredi 13, c’est un soir de pleine lune, et je marche à côté d’une belle fille qui vient de danser une dizaine de slows en ligne avec moi. Tous ces détails font que dans mon âme d’adolescent, cette nuit a quelque chose de magique.

« Ben, qu’est-ce t’attends? Donnes-y la main! »

Cette suggestion que me fait Bruno arrive à point. Ce n’est pas que je n’y avais pas pensé.  C’est juste que j’étais trop timide pour oser le faire. Je donne donc la main à Sophie. Elle me la prend, tire mon bras et me le passe autour de sa taille. En même temps, elle met son bras autour de mon cou.  Sophie étant plus petite que moi, il aurait été plus logique que nous inversions la position de nos bras parce que là, j’avance tout droit, tout en étant penché sur le côté.  Bien que cette pose de tour de Pise est inconfortable pour moi, j’aime tellement le fait que cette fille me tient serré contre elle que je n’ose pas lui suggérer de changer quoi que ce soit.

De retour au sous-sol avec les intoxiquants requis, on mange, on bois, on parle, on rit, bref on s’amuse de la façon typique des jeunes de notre région, de notre époque et de notre âge.  Profitant qu’aucune musique ne joue en ce moment, Sophie tire de sa sacoche une cassette du groupe Culture Club.  Bruno réagit aussitôt en disant:

« Heille! Que c’est ça? J’veux pas de tounes de tapettes icite. »

Restant sourd aux protestations de Bruno, je bondis à côté de Sophie et lui demande:

« Comment? T’aimes Culture Club toi aussi? »
« Ben oui! Toi avec? »
« Mets-en! J’ai leurs deux albums pis je découpe tous les articles de journaux à leur sujet.« 
« C’est comme moi! Tu devrais voir ma chambre, je collectionne tout sur eux-autres. »

Puisque nous sommes deux à manifester vouloir de cette musique, Bruno consent à ce qu’on en joue, mais une seule.  Sophie accepte.  Elle appuie sur Play, et aussitôt commence Time, Clock of the Heart. Avec un sourire béat aux lèvres et la tête sur un nuage, je contemple cette si jolie Sophie. Le fait que nous avons des goûts en commun et qu’elle semble s’intéresser à moi me met en extase. J’écoute Boy George qui dit And time makes the lovers feel like they’ve got something real, et je réalise que c’est fou comme les chansons ont le don d’être souvent appropriées au moment présent.

La chanson se termine, Bruno change de cassette. Envahi par une irrésistible envie de démontrer mon attirance à Sophie, je m’approche derrière elle. Je me colle à son dos et l’enlace. Mes mains se rejoignent sur son ventre. Je lui demande:

« Dis-moi… Si je te fais ceci… »

Et je lui donne un p’tit bisou sur la joue.

« …est-ce que tu vas me casser la gueule pour ça? »

Elle tourne sa tête en ma direction et me regarde du coin de l’oeil avec un petit sourire. Elle semble ravie. Elle me répond:

« Hmmm… Mais non! »

Sophie pose alors ses mains sur les miennes. Tout en tenant doucement mais fermement mes mains, elle les fait remonter… Remonter jusque sur ses seins. J’en reste figé de surprise.  Je ne me serais jamais attendu à ça.  Complètement pris au dépourvu, je ne sais absolument pas comment réagir. En fait, je n’arrive tout bonnement pas à croire que c’est en train de se produire.  Je n’ai que 15 ans après tout.  Jamais je n’étais allé aussi loin avec une fille. Tout en me tenant les mains bien en place, elle m’entraîne vers un fauteuil dans un coin sombre du sous-sol. Je n’ai d’autres choix que de la suivre.  Tout ce qui me vient en tête, c’est:

« Non? C’est pas possible? Je dois rêver!? »

Elle me lâche, me fait asseoir et s’assoit sur mes cuisses en me passant les bras autour du cou. Je lui tiens la taille, mais à part ça ne sais absolument pas comment réagir. Ce n’est pas par timidité ni par stupidité.  C’est juste que ses gestes entrent en contradiction flagrante avec ce qu’elle m’avait affirmé plus tôt: Ne pas aimer les gars trop vite en affaire. Or, autant j’avais envie de l’embrasser et la cajoler, autant je ne voulais pas commettre un geste déplacé qui pourrait tout gâcher. Aussi, je me hasarde à lui demander:

« Comme ça… Euh… T’aimes pas les gars vite en affaires, tu disais? »

J’espérais, par cette question, qu’elle me guide un peu, qu’elle me dise où se situent ses limites, si limites il y a.  Je ne voulais tellement pas prendre le risque de la choquer. 

« C’est vrai, j’haïs ça, les gars d’même.  Y’a deux mois, dans un autre party, je m’en allais aux bécosses, pis y’a un gars qui me crouzait qui est venu me rejoindre.  Y’insistait pour m’embrasser.  J’y ai remis les idées en place avec un bon coup de genoux dins schnolles. »

Je reste silencieux, mais dans ma tête, c’est la confusion la plus totale :

« Euh…  Elle a posé elle-même mes mains sur ses totons, mais en même temps elle trouve que quand un gars dans un party essaye de l’embrasser, c’est aller trop loin!? »

Pour les vingt minutes qui suivent, je reste là, sans bouger, mes bras autour de sa taille, à espérer  un nouveau signe de sa part, une parole, un geste, quelque chose qui puisse me guider. Hélas, ce geste ne viendra jamais. Il est vrai qu’elle en avait fait pas mal déjà.  Mais bon, quand on n’a pas l’habitude de ces choses là… La seule chose qui est arrivé fut Bruno pour me dire:

« Tes parents! »
« De quessé? »
« Tes parents sont là!  Ils sont venus te chercher. »

Mais qu’est-ce qu’ils foutent là, bout d’bonyeu? Je ne leur ai pourtant dit que je me débrouillerais pour revenir.  Sophie débarque de moi.  Je monte au rez-de-chaussée où m’attendent mes deux parents. 

« Quessé qu’vous faites là? »

Ma mère me répond:

« C’parce qu’on y a pensé, ton père pis moi, pis on s’est dit qu’il valait mieux venir te chercher plutôt que tu prennes le risque de te faire reconduire par un gars pendant qu’il est chaud. »
« Ben voyons! J’ai de l’argent pour prendre l’autobus. »
« Ben là, fallait le dire!  Ben coudonc, puisqu’on est déjà là, on se sera pas déplacés pour rien. Enwèye, déguidine!« 

Ils ne me laissent pas le choix.  Sur le chemin du retour, boudant sur le siège arrière du Buick Apollo 1974 de mon père, je suis frustré contre eux pour cette soirée qui se termine en queue de poisson.  Non mais c’est vrai, quoi, 21h50, c’est beaucoup trop tôt pour partir d’un party. Surtout que ça ne m’a jamais laissé le temps d’oser faire quoi que ce soit avec Sophie. En attendant, au sujet de cette dernière, je ne sais pas si j’ai bien agi, je ne sais pas si j’ai mal agi. Tout ce que je sais, c’est que je brûle d’envie de la revoir et ainsi de nous donner une seconde chance.

Je revois enfin Sophie lors d’un autre party de fin avril, celui-là donné à la résidence de la copine à Bruno et de sa jumelle. Cette fois-ci, je n’ai absolument pas besoin de mes parents pour y aller car elles habitent à Beloeil, pratiquement en face de chez moi, de l’autre côté de la rivière Richelieu.

Le père des jumelles est médecin, aussi il a une sacrément grosse maison avec piscine intérieure. Et contrairement à chez Bruno, le sous-sol est grand, haut et terminé, et le système de son quadraphonique rivalise avec la grosse TV moderne à écran géant. Une vingtaine de jeunes dansent et sautent en l’air tandis que sur l’écran y’a David Lee Roth de Van Halen qui gueule JUMP!

Je repère rapidement Sophie et vais lui faire la conversation. Mes yeux parcourent ses jambes durant Legs de ZZ Top. Lorsque commence à jouer Careless Whispers du duo Wham, je m’en empare et l’entraîne sur la piste de danse. Bien qu’elle reste amicale, je sens que quelque chose ne va plus. Elle semble un peu plus froide. Un peu plus distante. D’ailleurs, elle ne me serre pas contre elle comme l’autre fois. Au slow suivant, elle me quitte rapidement et va se jeter dans les bras de Pierre. La musique est trop forte pour que je puisse entendre ce qu’elle lui dit, mais Bruno me rapportera plus tard ses paroles qui furent:

« Danse avec moi! J’veux pas rester pris avec lui toute la soirée. »

Je passe le reste de la soirée à m’emmerder tout seul dans mon coin parce que d’autres gars arrivent mais aucune nouvelle fille. Même si j’essaye bien fort de me faire accroire le contraire, je sais trop bien qu’avec ce dont j’ai l’air, tant que les filles ne sont pas en avantage numérique, je n’ai aucune chance de m’en accrocher une autre.

Plus tard dans la soirée en remontant au rez-de-chaussée dans le but d’aller aux toilettes, je passe devant l’entrée du salon. J’ai la surprise d’y apercevoir Sophie et Pierre sur le fauteuil, en train de s’enlacer, s’embrasser et se faire des attouchements sous les vêtements. Extrêmement surpris de l’attitude de Sophie, je pense:

« Mais…!?  LA SALOPE! »

C’est la frustration qui m’étouffe, et ce beaucoup plus que la jalousie.  Si Sophie ne m’avait pas lancé des signaux contradictoires en me mettant les mains sur ses seins, tout en affirmant simultanément qu’elle n’aime pas les gars vite en affaire, alors ce qu’elle fait avec Pierre en ce moment, ça aurait pu être avec moi il y a deux semaines.  Cette constatation me fait l’effet d’un laxatif industriel concentré.

De toute façon, ça ne change rien au fait que mes parents ont décidé de ne pas tenir compte du fait que j’avais pris la peine de leur préciser que j’allais revenir à la maison par mes propres moyens.  Je n’aurais donc pas tellement eu le temps de me rendre jusque-là avec elle.  Je ne suis allé qu’à deux partys dans ma vie (trois si on compte celui-ci), et les deux fois ils sont venus me chercher contre mon gré, interrompant mon rapprochement avec une fille, me rendant ridicule aux yeux de mes amis.  À un âge où on commence à s’affirmer en tant qu’individu indépendant, ça faisait bien rire les autres, de me voir ainsi encore materné par pôpa-môman.  Et ce que je vois dans ce party, le 3e de ma vie, ne fait rien pour calmer mes frustrations.

Je n’ai plus eu l’occasion de revoir Sophie par la suite. Je ne le savais pas encore à l’époque, mais il n’y a rien de plus instable que les relations entre adolescents. Les amitiés, les couples, les bandes d’amis, tout ça évolue et change à une vitesse folle, et j’allais vivre bien d’autres émois avec bien d’autres gens avant que mon secondaire ne soit fini.  Et aussi d’autres frustrations nées de l’intervention de mes parents dans mes tentatives de vie sociale et amoureuses, mais ça sera un sujet pour une autre fois.

Ce qui est amusant lorsque j’y repense aujourd’hui, c’est de constater que cette expérience entre parfaitement dans ma série Comment le fait d’être un bon gars a ruiné ma vie amoureuse, sociale et sexuelle.  En fait, elle précède de quatre ans la première partie dans lequel j’explique le fait que les soi-disant bons gars ont tellement peur de mal paraitre en brusquant les filles qu’ils sont trop à leur écoute, trop respectueux du moindre signe de leurs limites.  J’avais hélas trop peu d’expérience à l’époque pour savoir que l’on n’a plus besoin de s’accrocher à un NON qu’elle aurait dit dans le passé, si maintenant ses gestes et paroles disaient maintenant clairement un OUI.