La meilleure raison pour accepter le rejet

Des fois, les gens n’ont aucune raison de refuser ce qu’on leur propose.  En fait, si. Ils en ont une, de raison: Ça ne les intéresse pas. Or, donner « ne pas être intéressé » comme raison, c’est immédiatement s’exposer à se faire demander pourquoi. Le problème, c’est que ne pas aimer quelque chose, c’est une question de goût. Et le goût, ben, ça ne s’explique pas. Ça se vit. Ça se ressent. Ça se limite à deux choses: Ou bien on aime, ou bien on n’aime pas. C’est tout!

Sauf que, en général, y’a pas grand monde qui considèrent que « ne pas être intéressé » est une raison acceptable. La personne qui rejette est alors obligée d’inventer des explications. Et quand une explication est inventée, elle sonne bidon.

La raison pour laquelle j’écris un billet sur le sujet, c’est qu’il y a quelques mois, j’ai écrit un roman: Miki Contre les Forces Occultes, tome 1. On peut le lire online en cliquant sur le titre. En mars 2010, après dernières vérifications et quelques minimes modifications, je l’ai imprimé et je l’ai envoyé à quelques éditeurs. L’un d’eux (appelons-le « l’éditeur de mars 2010 ») m’a envoyé une lettre de rejet par la poste que j’ai reçu vendredi dernier.

D’abord, je leur dois des remerciements pour ce geste. Oui, je suis sincère. C’est qu’il m’est déjà arrivé par le passé d’envoyer des manuscrits à des maisons d’éditions et de n’en avoir plus jamais entendu parler par la suite. Je me souviens également d’un éditeur qui m’a écrit au bout de 14 semaines pour me dire qu’ils ne l’ont pas lu et ne le liront pas car ils ne publient pas de manuscrits non-sollicités. J’ai également reçu une lettre d’un autre éditeur disant « nous avons lu et relu votre roman mais malgré ses indéniables qualités… » Le problème, c’est que je leur avais juste envoyé un courriel décrivant le roman en 3 ou 4 phrases, histoire de vérifier s’ils publiaient de ce genre d’histoire, afin de ne pas leur envoyer un manuscrit par la poste pour rien. Comme vous le voyez, beaucoup d’éditeurs sont assez étrangers à la notion de respect envers l’auteur.

Avec l’éditeur de mars 2010, au moins, tout a été réglo: Ils l’ont vraiment lu, comme le prouve les passages cités dans la lettre qu’ils m’ont envoyé. Ils n’ont mis que 2 semaines avant de me répondre. Et leur lettre de refus n’était pas une lettre standard impersonnelle qu’ils envoient à tous en changeant juste le nom du destinataire. Bref, malgré le refus, je suis presque satisfait de leur façon de traiter les auteurs.

Pourquoi je dis presque? Parce que j’aurais préféré 1000 fois me faire juste dire « désolé, nous ne sommes pas intéréssés » plutôt que de me faire servir les explications qu’ils m’ont donné pour leur refus. Voici un extrait de la lettre:

La raison de [notre refus] concerne principalement vos références sociales qui sont quelques peu dépassées si on considère l’âge de vos lecteurs. Citons entre autres The Matrix, Star Trek et le magazine Mad.

Bien! Examinons la chose cas par cas:

The Matrix:
La mention dans le roman: « T’as-tu vu sur pathéclips.ca le vidéo où c’qu’y s’est filmé en imitant des scènes d’action de The Matrix? C’est ben en masse suffisant pour faire rire de lui. De toute façon, c’t’un nerd! »
Pourquoi c’est une raison bidon: Le personnage dont il est question dans cette scène est un nerd. Un geek. Or, il est de notoriété publique que les nerds geeks aiment les films de science fiction, et ce peu importe leur date de sortie. The Matrix étant un classique en son genre, le fait qu’il soit sorti en 1999 n’empêche en aucun cas un gars de 15 ans d’aimer ce film si c’est un nerd geek. Et devinez quoi? C’est exactement ce qu’il est! Au moins, je n’ai pas utilisé le classique cliché « nerd qui trippe sur Star Wars », film qui date de 1977.

Star Trek:
La mention dans le roman: « …tandis que la main continue de bouger, faisant tour à tour un signe de peace, de devil et le salut de Monsieur Spock de la série Star Trek. »
Pourquoi c’est une raison bidon: J’ai rêvé ou bien y’é sorti un film de Star Trek sur les écrans de cinéma en 2009, soit l’année-même où j,ai écrit mon roman? Un film de Star Trek dans lequel Monsieur Spock était le personnage principal? Un film de Star Trek avec DEUX Monsieur Spock, soit l’original (Leonard Nimoy) et la relève pour la nouvelle génération (Zachary Quinto)? Alors en quoi est-ce que cette référence culturelle est « quelque peu dépassée »?

Le magazine Mad:
La mention dans le roman: « Il est dessinateur pour le magazine Rigolo, dont les bureaux sont situés à Montréal et qui est surtout reconnu pour n’être qu’une pâle copie du magazine satyrique américain Mad. »
Pourquoi c’est une raison bidon: D’accord, le magazine a passé de mensuel à trimestriel en juin 2009. Ça ne change rien au fait que Mad existe toujours et est toujours publié. Alors en quoi est-ce que cette référence culturelle est « quelque peu dépassée »?

Ensuite, une autre raison du refus est donnée quant à la la forme du récit: Afin de mieux plaire à votre public cible, il serait préférable de favoriser les dialogues et non les longues descriptions qui ralentissent le rythme du récit.

Et le premier Harry Potter, pour prendre un exemple connu de tous? Il n’a pas plus de descriptions que de dialogues, peut-être? Qui plus est, le volume de texte est quatre fois plus long que celui de mon roman.

Ensuite, il n’y a aucune indication dans mon roman comme quoi c’est une histoire qui s’adresse uniquement aux jeunes. D’accord, mon personnage principal est une fille de 15 ans. Mais dans la lettre de présentation qui vient avec le manuscrit, je prends la peine de dire que, tout comme dans Harry Potter, les lecteurs la verront grandir et devenir adulte. Et ce n’est pas comme si mon récit manquait de personnages adultes: Les parents de Miki et le psychologue sont des personnages très présent et très importants.

Et puis d’abord, si c’était vrai que les lecteurs ne lisent que des romans dans lesquels ils peuvent se reconnaitre, alors dites-moi donc pourquoi le plus grand bassin de lecteurs de Harry Potter sont des femmes de 20 à 40 ans? Expliquez-moi, en détail, comment une femme québécoise adulte arrive à se reconnaitre dans un garçon adolescent, d’Angleterre, sorcier?

En décembre 2009, je m’étais trouvé un éditeur qui était prêt à publier mon roman. Cependant, il tenait à ce que je fasse quelques changements, genre réécrire les 2 premiers chapitres afin de mettre toutes les descriptions de l’univers du récit dans le chapitre 2, de façon à ce que le reste du récit coule sans ralentissement. Je l’ai fait. Et là, je devrais croire que la seule raison pourquoi l’éditeur de mars 2010 refuse de le publier, c’est à cause de trois « mentions culturelles dépassées »? Et même s’il n’était pas dans l’erreur de faire cette affirmation, je suis sensé croire qu’un éditeur préfère ne pas publier un livre plutôt que de demander à l’auteur de modifier trois petits détails anodins?

Enfin, autant l’éditeur de mars 2010 trouve le récit lourd, autant l’éditeur de décembre 2009 le trouvait trop léger. À tel point qu’il l’a fait réécrire à 60% par un de ses correcteurs, transformant un récit simple à lire en quelque chose de pénible à parcourir. (C’est là où j’ai fait casser le contrat, refusant de me soumettre à ça.) Quand l’opinion d’un éditeur professionnel est à l’extrême opposé de l’opinion d’un autre éditeur professionnel, et ce sur le même sujet, c’est là que tu réalises que ces opinions ne sont, dans le fond, vraiment rien d’autre que ça: De simples opinions. Des opinions qui ne sont pas des faits.

Et ce sont les raisons pour lesquelles je déplore que les gens demandent toujours une explication logique pour accepter un refus qui est né d’un sentiment. Parce que tant qu’à me faire servir de la telle bullshit en guise de raison d’avoir été rejeté, j’aurais de beaucoup préféré me faire dire « Nous ne sommes pas intéressés », tout simplement.

C’est la même chose dans les relations interpersonnelles. Quand l’autre ne veut pas de toi, peu importe la raison, le fait est que cette personne ne veut pas de toi. Juste ça, c’est suffisant comme raison pour accepter le refus et passer à autre chose.

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A propos Steve Requin

Auteur, blogueur, illustrateur, philosophe amateur et concierge de profession.
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3 commentaires pour La meilleure raison pour accepter le rejet

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