GARANTIE PROLONGÉE: Savoir résister aux requins

Après sept ans d’usage, mon ordinateur commençait à avoir des ratés que je ne pouvais plus contourner.  Je suis donc allé au Best Buy du Carrefour Angrignon, accompagné de ma BFF Stéphanie, afin de m’en acheter un nouveau.  Stéphanie est experte en informatique, tandis que moi je suis tellement  peu calé en la matière que je risquais de ressortir de là avec un toaster.  On demande donc à un vendeur de nous amener dans le coin des ordis, on les examine et on fait notre choix.  Il appelle alors un collègue pour conclure la vente, un petit monsieur chauve et bronzé.

Dès le départ, il est clair dans ma tête que je ne veux pas la garantie prolongée du magasin.  Et pour cause: voici dix liens qui prouvent que c’est une dépense totalement inutile. (Chaque mot en bleu est un lien différent.)

INSISTANCE #1: Monsieur dit qu’il va tout de même nous expliquer la différence entre être couvert et non-couvert par la garantie du magasin.
La technique qu’il utilise: Il rajoute qu’il fait ça pour nous parce qu’il n’est pas à commission.
C’est supposé marcher parce que: S’il n’est  pas à commission, alors il ne fait pas ça pour l’argent. Donc, il nous passe comme message qu’il a nos intérêts à coeur.
Et ça a raté parce que:  Mon idée de ne pas la prendre était faite. Alors dès qu’il a fini son speech, j’ai tout de go répondu Non merci.

Apparemment, monsieur le vendeur a l’air d’ignorer qu’ici la loi est non c’est non, et qu’insister plus d’une fois est considéré comme du harcèlement. Alors il continue:

INSISTANCE #2: Il nous dit qu’il a lui-même un laptop de ce même fabriquant et qu’il a eu des problèmes avec au bout de six mois, et que s’il n’avait pas eu la garantie du magasin, il aurait été bien mal pris, car il lui aurait alors fallu envoyer son ordi à la compagnie et payer les frais d’expéditions.
La technique qu’il utilise:  Démontrer que même lui, un vendeur d’ordi de Best Buy, n’est pas à l’abri d’un défaut de fabrication.
C’est supposé marcher parce que: Ça nous met en tête l’impression que si même à lui ça arrive, imaginez nous autres, pauvres petits consommateurs sans défense.
Et ça a raté parce que:  Cet argument puait la bullshit. Comme si un employé de Best Buy ne pouvait pas faire arranger son ordi sur place gratuitement.  Voyons donc!  J’ai donc répondu que non merci, puisque j’ai eu deux ordinateurs dans ma vie et ils ont chacun fonctionné pendant sept ans sans problèmes.

Stéphanie lui dit alors que c’est normal qu’il ait eu un problème: Les laptops étant des ordinateurs portatifs, ils sont plus aisément sujets aux accidents. Mais moi, ce n’est pas un laptop que je veux, c’est un desktop.

INSISTANCE #3: Il dit que ça n’a aucun rapport, puisque lui, son laptop, il l’a installé sur son bureau, et il ne le déplace jamais. De toutes façons, avec ces ordinateurs là, il faut s’attendre à avoir des problèmes au bout de six mois.
La technique qu’il utilise: Démontrer que peu importe l’ordi que l’on choisit, il va briser, c’est immanquable.
C’est supposé marcher parce que: Puisqu’il va briser au bout de six mois, ce serait idiot de ne pas prendre la garantie.
Et ça a raté parce que:  Stéphanie, voyant clair dans sa bullshit, lui a répondu: « Vous dites que tous les ordinateurs de cette compagnie là fuckent au bout de six mois, et que la compagnie n’a jamais effectuée de rappels? »

Après trois secondes de silence dans lequel il ne sait pas quoi répliquer, il prend une boite en disant « Bon! Ceci est le modèle que vous avez choisi. On va passer à la caisse. »  Nous le suivons entre les rayons.  Soudain, il s’arrête.  Il se retourne et nous regarde.

INSISTANCE #4: Il dit: « Et s’il brise au bout de six mois, qu’est-ce que vous allez faire? »
La technique qu’il utilise: Poser une question piège dans laquelle on n’a que deux seuls choix: Ou bien être d’accord avec lui, ou bien passer pour un idiot.
C’est supposé marcher parce que: Qui veut passer pour un idiot? Nous sommes donc manipulés à dire oui.
Et ça a raté parce que:  Lorsqu’un manipulateur prend le contrôle de la conversation, rien ne nous oblige à le lui laisser, ce contrôle. J’ai donc changé le sujet en lui répondant par une question: « À vous entendre, tous les ordinateurs que vous vendez ici sont de la merde.  Pourquoi est-ce qu’un ordinateur nouveau serait moins bon qu’un d’il y a sept ans et un d’il y a quatorze ans? »  Il me répond que, vous savez, ces machines sont faites par d’autres machines sur des chaines de montages, et que les erreurs sont possibles.  Bizarre, moi j’ai toujours entendu dire L’erreur est humaine.  Par conséquent, je suis bien plus porté à me fier à une machine. Je lui dis donc que c’est un risque que je suis prêt à prendre.

Et on repart en direction de la caisse. J’achète également un programme à installer.  Il me demande si je veux que leurs techniciens l’installent, pour un supplément minime de $. Je dis non merci. Stéphanie rajoute que c’est elle-même qui va me l’installer.

INSISTANCE #5: Il regarde Stéphanie avec un air qui démontre à la fois de la surprise et un sentiment d’incrédulité.  Puis, il me regarde avec le même air.
La technique qu’il utilise:  Son expression faciale en disait long sur le fait qu’il me passait le message comme quoi laisser une femme toucher mon ordi, ce n’est rien de moins qu’une aberration.
C’est supposé marcher parce que: Ça fait appel à mon orgueil de mâle.  Pensez donc: Avoir besoin d’une fille pour arranger mon ordi. Horreur!
Et ça a raté parce que:  Même si un homme est misogyne, ça ne l’empêchera pas de faire appel à quelqu’un qui s’y connait en ordinateurs quand il en a besoin, peu importe le sexe de la dite personne. J’ai donc confirmé que oui, elle allait le faire.

Tandis qu’il entre les codes dans la caisse, il prend une nouvelle attitude:

INSISTANCE #6:  Air bête et regard méprisant.
La technique qu’il utilise: Culpabilité. Parce que s’il est dans cette humeur en ce moment, c’est de ma faute.
C’est supposé marcher parce que: La majorité des gens n’aiment pas décevoir les autres. Alors quand la personne que l’on déçoit n’a jamais rien fait que démontrer vouloir nous aider à sauver de l’argent, qu’est-ce que ça fait de nous une personne ingrate, alors. Ingrate et stupide, parce qu’il faut être stupide en #! »/$%?& de ne pas vouloir sauver de l’argent.
Et ça a raté parce que:  Le gars ne respecte nullement mes choix.  Pourquoi est-ce que je devrais ressentir de la culpabilité envers quelqu’un comme ça?  Son attitude merdique ne le mérite pas du tout.  Le gars essaye de me voler puisque la garantie prolongée est non seulement inutile, elle rajoute jusqu’à 40% de mon prix d’achat sur ma facture. Pourquoi devrais-je me sentir mal de refuser ça?

Surtout que, s’il frustre en ce moment, c’est à cause qu’il a insisté. S’il avait accepté mon refus dès le départ, il n’aurait pas accumulé cinq revers en ligne.  Mais il a choisi de le refuser. Tant pis pour lui!

Il finit d’entrer tous les codes et arrive le moment du paiement.  Mais avant d’appuyer sur la dernière touche, il revient à la charge pour une ultime tentative:

INSISTANCE #7: Il me demande: « Est-ce que c’est parce que vous avez déjà eu une mauvaise expérience avec les garanties prolongées? »
La technique qu’il utilise: De deux choses l’une: Ou bien il cherche à avoir mon argument dans le but de le démolir, ou bien il veut savoir où se situe l’erreur dans sa méthode qui fait que ça n’a pas fonctionné sur moi. Ça va le rassurer qu’il ne refera pas cette erreur avec ses prochains clients.
C’est supposé marcher parce que: À ce point-ci, alors que l’achat est pratiquement terminé, me poser cette question, c’est comme s’il me disait que j’avais gagné. Je suis donc supposé relâcher mes défenses, fier de moi, et me vanter de comment j’ai pu lui tenir tête.
Et ça a raté parce que: Celui qui ne me donne que ses mensonges ne mérite pas de recevoir ma vérité. J’ai donc choisi de le laisser dans le noir total, en lui donnant une réponse qui met en doute son intelligence en démontrant à quel point sa question était stupide: « Vous ne m’écoutez pas?  Je n’arrête pas de vous dire que je ne prend jamais les garanties prolongées.  Comment aurais-je pu avoir des mauvaises expériences avec quelque chose que je n’ai jamais pris? »

La vente s’est finalisée là! Bonne chose parce que s’il insistait une fois de plus, je demandais à voir le gérant pour porter plainte.  Parce que j’ai beau être patient, il y a quand même bien des limites.

Ce que la majorité des consommateurs ignorent, c’est qu’il existe une garantie de base appelée « Garantie Légale » qui couvre tous les biens et services vendus ou loués. Cette garantie dit clairement que ce bien/service doit avoir une durée de vie raisonnable en fonction de son prix et de l’usage qui est lui est prévu.  Mieux encore: Selon l’article 228 de la Loi de la protection du consommateur, un commerçant a l’obligation de vous décrire verbalement et de vous fournir par écrit la garantie légale incluant toutes ses conditions. Ensuite, il peut essayer de vous vendre sa garantie prolongée. S’il ne procède pas de cette façon, c’est votre droit légal de porter plainte contre ce commerçant à l’Office de la Protection du Consommateur.

Rendez vous service, allez sur la page de la Loi sur la Protection du Consommateur et prenez le temps de lire ce que les vendeurs ont le droit ou non de vous dire. Et si, comme le mien, ils vous mentent, insistent et ont une attitude hostile, ils entrent en infraction avec l’article 219 de la Loi de la protection du consommateur. Les dénoncer n’est donc pas un acte mesquin de vengeance; C’est la loi.

Une rupture harmonieuse, c’est possible.

Au début de la relation en 1999, nous avions presque tout en commun. Nous finissions tous les deux le cégep, nous commencions à travailler pour deux grandes compagnies (Air Canada et Météomedia), nous n’avions encore jamais rencontrés un membre de l’autre sexe avec qui nous nous entendions aussi bien, elle sortait de chez ses parents, je sortais de chez mon ex, et surtout nous avions tous les deux des aspirations artistiques (Je commençais à Safarir, elle commençait à illustrer des livres pour enfants.) Bref, nous étions faits l’un pour l’autre.

Puis, peu à peu, avec les années, nous avons, chacun de notre côté, accumulés des goûts, des projets, des passe-temps, et des passions qui ne plaisaient qu’à l’un mais pas à l’autre. Qu’importe! Nous étions fiers de dire que la réussite de notre vie de couple se basait sur le respect de l’individualité:

  • Elle avait son univers, avec ses amis, ses activités, les choses qu’elle aime.
  • J’avais mon univers, avec mes amis, mes activités, les choses que j’aime.
  • Et nous avions notre univers commun avec nos amis commun, nos activités communes, les choses que nous aimons en commun.

Sauf que, avec les années, notre univers commun a de plus en plus diminué, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus grand chose. Sans que l’on s’en aperçoive, ça a influencé notre vie de couple. De deux personnes sincèrement amoureuses, nous sommes peu à peu devenus, lors deux ou trois dernières années ensemble, rien de plus que grands amis proches et colocs. Lorsqu’elle a réalisé qu’elle était en train de tomber en amour avec un autre, nous n’avons pas eu le choix de constater ce changement. Après quelques jours de réflexion, nous avons décidé qu’il ne servait à rien de continuer de vivre en tant que couple. Nous y avons donc mis officiellement fin.  Entre nous!

Car oui, nous avions décidé de garder la chose secrète pendant quelques mois. C’est parce qu’après douze ans et demi ensemble, notre vie commune ne peut pas cesser d’être commune du jour au lendemain. Les réécritures de testaments, les assurances-vies, la séparation des biens, tout ça demande temps, réflexion et travail. Et sans vouloir pointer du doigt qui que ce soit, il reste que les gens qui entourent les deux ex ont trop souvent le réflexe de les monter l’un contre l’autre, juste au moment où ce genre de chose pourrait leur être le plus nuisible. Aussi, nous tenions à ce que la transition se fasse en douceur et en harmonie. Donc, entre nous, personne d’autre.

Le hasard a fait en sorte que nous perdions au même moment une importante partie de notre vie de couple des huit années précédentes: Notre logement. Notre nouveau propriétaire a reçu une subvention pour rénover le bloc en entier, il aurait donc fallu quitter la place pendant trois mois. Cependant, il nous a demandé de lui faire une faveur, soit de ne pas revenir, car il souhaiterait y loger de sa famille immédiate. Nous sommes donc partis chacun de notre côté, chacun dans son nouveau logement.

Même si l’amour que nous ressentions l’un pour l’autre n’existe plus, il n’a jamais été remplacé par de la haine, du ressentiment, de la frustration ou des regrets. Il a juste disparu, c’est tout. Nous sommes encore amis très proche, et nous nous considérons toujours comme étant membres d’une même famille. Nous avons chacun les clés de chez l’autre, ce qui fait que je me suis occupé de ses poubelles et son courrier pendant ses vacances, et qu’elle s’est occupée de mon chat (anciennement notre chat) pendant les miennes.

Aujourd’hui, chacun habitués à sa nouvelle routine de vie individuelle, nous continuons de communiquer et nous sommes toujours autant en harmonie. Elle a été ma meilleure relation. Elle est devenue ma meilleure séparation. Je pense que, selon les circonstances, je ne peux rien demander de plus.

On considère que le couple, c’est un travail d’équipe. On l’a construit avec patience, une étape à la fois, et c’est de cette même façon que nous l’avons déconstruit. Parce que le contraire de « Construire », ce n’est pas obligé d’être « Détruire ».

Ne pas respecter le statut de couple

Comme d’habitude, les sexes utilisés dans ce texte ne sont qu’à base d’exemple, et peuvent aisément s’inverser.

C’est bien beau, les principes disant On ne touche pas à une fille / un gars qui est déjà en couple, et gnagnagna…  Mais au-delà de la question de principe, on oublie le plus important: L’attirance et la compatibilité entre les deux personnes.  Si une fille ressent de l’attirance envers quelqu’un de plus compatible avec elle que son partenaire actuel, pourquoi devrait-elle respecter le fait qu’elle est en couple avec quelqu’un qui ne lui convient pas? Un couple se doit d’être basé sur les sentiments et la compatibilité, et non sur une question de principes.  Et puis, soyons réalistes: On n’a qu’une seule vie à vivre, alors aussi bien la passer avec la personne qui nous plaît le mieux.

Un des premiers mariages auquel j’ai assisté, c’était celui de mon ami Ghyslain. Sa femme était déjà mariée lorsqu’il l’a rencontré quatre ans plus tôt. Dès qu’elle a été sûre de ses sentiments envers lui, et qu’elle a vu que ces sentiments étaient partagés par Ghyslain, alors elle a divorcé de son premier mari.  Aujourd’hui, douze ans plus tard, Ghyslain et sa femme ont deux enfants et sont très heureux.

Évidemment, tout le long de leur relation, beaucoup de gens bien-pensants se sont empressés de les mettre en garde l’un contre l’autre.  Lui se faisait dire: « Fais attention, si elle a quitté son mari pour toi, elle peut te quitter pour un autre. »  Quant à elle, elle a entendu plusieurs variantes de: « Attention, s’il a couru après une femme mariée, ça prouve qu’il n’a aucun respect pour le mariage, donc qu’il peut chercher ailleurs même s’il est marié avec toi. »  Ces commentaires , ils les considèrent comme autant de stupidités. Car quand on s’aime comme eux le font, l’idée de voir ailleurs ou de se quitter ne leur vient même pas à l’esprit.

C’est que, à la base, lorsqu’ils sont tombés en amour ensemble, ils avaient deux choix:

CHOIX A) Écouter les autres, rester célibataire pour lui, rester dans un mariage sans amour pour elle.

CHOIX B) Avoir confiance en leurs sentiments et envers l’un-l’autre et vivre heureux ensemble.

Ils ont fait le second choix.  Et c’est bien dommage pour le premier mari de cette femme, mais je considère qu’ils ont fait le bon choix. De toutes façons, on s’entend que dans ce genre de situation, il n’existe aucune solution qui soit à la fois satisfaisante et morale. Parce que, aux yeux des autres…

  •  Si tu restes avec ton mari que tu n’aimes pas, tu es une conne.
  •  Si tu quittes ton mari pour un autre homme, tu es une salope.
  •  Si tu cours après une femme mariée, tu es un salopard.
  •  Si tu laisses tomber l’amour de ta vie parce qu’elle est déjà mariée, tu es un mou pas-de-couilles.

Peu importe la décision que tu prendras, elle sera potentiellement décriée et rabaissée par des gens qui ne sont même pas concernés. Alors tu es aussi bien d’en faire à ta tête et de suivre ton coeur.

Rouler avec les coups

Il y a des gens qui sont moins prédisposés que les autres à certaines activités physiques. Ce fut mon cas pour mes 42 premières années de vie au sujet de la course à pied, autant côté vitesse que côté endurance. Et ce qui n’a pas aidé quand j’allais à l’école, c’est que mon anniversaire est le 21 juillet, soit exactement au milieu des vacances d’été.  Alors que la majorité finissaient leur année scolaire un an plus vieux, moi je gardais le même âge tout le long de l’année scolaire. Ça signifie que j’étais toujours le plus jeune. Et à une période de vie où quelques mois peuvent faire toute la différence dans ta croissance, j’étais, par conséquent, un des moins développé physiquement. J’ai donc toujours été, sans exception, le dernier en gym, et ce de la première année au primaire jusqu’en 5e secondaire.

Et au secondaire, à un âge où les apparences comptent, être le plus petit, le plus maigre, le moins bon en sports, le plus faible, ça te rapporte zéro vie sociale. Aucun gars ne veut de ça comme partenaire dans quelconque activité sportive, ni dans sa gang d’amis. Aucune fille ne veut de ça comme chum. La seule attention que l’on attire, c’est celle des abuseurs qui ont besoin d’une cible facile pour pouvoir se sentir supérieur sur au moins une personne, histoire de pouvoir mieux vivre avec leurs propres complexes. Et quand le monde te traite comme de la merde lorsqu’ils sont enfant et adolescents, c’est une habitude qu’ils ne perdent pas une fois rendus adulte. C’est comme ça qu’ils ont été élevés, donc c’est profondément ancré dans leur personnalité. Si seulement j’avais commencé l’école un an en retard, aucun de ces problèmes ne se seraient manifesté. J’aurais été à égalité avec les autres et j’aurais vécu les mêmes choses que les autres, au lieu d’être toujours mis de côté.

Les imbéciles vont dire qu’il ne faut attacher aucune importance à ce genre de choses, parce que l’apparence, les sports, les amourettes d’ados, plus rien de tout ça n’a guère d’importance lorsque l’on arrive à l’âge adulte. La raison pourquoi je dis que c’est un raisonnement d’imbéciles, c’est que quand tu n’as pas appris à socialiser durant cette importante période de ta vie, tu est alors socialement handicapé une fois rendu adulte. Tu n’es ni à l’aise d’aller vers les autres, ni à l’aise lorsque les autres viennent à toi. Et tôt ou tard, ça sabote toutes tes relations les unes après les autres, furent-elles amicales, amoureuses ou professionnelles. Et si,comme ce fut mon cas, la solitude te fait lire beaucoup, voir beaucoup de films, regarder beaucoup de télé, alors les romans, la télé et le cinéma sont les seuls endroits où l’on peut apprendre comment se comporter en société et dans nos relations avec les autres. Et ça, c’est loin de représenter une réalité dans laquelle tout est ambigu et où personne n’est parfait. Pas étonnant que l’on me trouve aussi chiant, à toujours exiger des autres un comportement irréprochable et des situations claires.

Il suffit parfois de si peu de choses pour faire la différence entre une vie sociale réussie et une perdue d’avance. De toutes façons, être un an en retard n’aurait pas fait de moi un athlète. J’aurais juste été moins handicapé socialement dans mes rapports avec les autres, voilà tout. Le reste, c’est génétique. Tu ne peut pas être un athlète quand tu descends d’une famille de maigrichons sédentaires. Et pourtant, je peux dire que la nature a été généreuse avec moi. Avec une mère faisant 5’2’’ et un père de 5’1’’, c’est un miracle que je sois monté à 5’8″.

Mais je m’égare dans mes trop longues explications, comme d’habitude. Passons au vrai sujet de ce billet:

Vous vous souvenez de tous ces billets que j’écrivais au sujet de mon entrainement il y a un an et un tiers?  À l’âge de 42 ans, j’ai décidé d’attaquer mon plus grand obstacle, mon fail  le plus tenace : La course à pied. Comme ça, en plein hiver, avec une des saisons froides les plus enneigées que l’on a pu avoir au 21e siècle, je m’y suis mis avec détermination. Le 4 décembre 2010, je ne pouvais courir que des segments de 200 mètres avant de m’arrêter, épuisé, à bout de souffle. Il y a un an, le 4 avril 2011, une fois la neige disparue, je pouvais courir non-stop sur 5 km.

Pour la première fois de ma vie, j’avais un but athlétique, et pour la première fois de ma vie, ce but était réalisable : Pouvoir courir le marathon de Montréal, une course d’endurance de 42 km. Et surtout, en ayant ce but, je prouvais une fois pour toutes ce que j’avais passé ma vie à dire : Quand mon succès ou mon échec dépend des autres, peu importe l’effort que je vais y mettre, si l’autre décide que je vais échouer, y’a rien à faire, j’échoue. Mais quand je ne dépend de personne d’autre que de moi-même, je ne peux que réussir.

Eh bien la vie, le hasard, la génétique et le destin ont décidé de me prouver que j’étais dans l’erreur. Moi qui n’a jamais eu de problèmes au pieds, juste au seul et unique moment de ma vie où courir le marathon est mon but, j’ai développé, comme l’a inscrit le podiatre dans mon dossier, une fasciite plantaire aiguë aux deux pieds. Douleurs constantes.  Repos obligatoire. Limiter mes déplacements. Plusieurs longs mois d’exercices et de thérapie. Et oublier la course à pied pendant 6 mois si j’ai une job de bureau, 12 mois si j’ai un travail physique, à condition d’avoir des pieds normaux.

…Mais comme je m’en doutais, le podiatre a confirmé le contraire. J’ai les deux pieds croches, et une jambe dont l’angle de déploiement est de plusieurs degrés trop vers l’extérieur. Bref, de la façon sont fait mes pieds, mes jambes, mes articulations de genoux, je ne suis pas fait pour courir longtemps sur une surface dure et plane. Je ne pourrai donc jamais devenir un marathonien.

Et voilà pourquoi, en plein hiver, pendant quatre mois, j’ai pu me faire accroire le contraire: La neige dans lequel je courais était une surface molle et tout sauf plane. La neige écrasée sous mes pas prenait automatiquement la forme requise pour mon confort en s’adaptant à mes pieds.  C’est ainsi que, pendant quatre mois, j’ai pu améliorer ma résistance, ma force et mon cardio… Résistance, force et cardio sans laquelle je n’aurais pas réussi à courir si longtemps sur une surface plane dès que la neige à fondu, et par conséquent je ne me serais pas handicapé des deux pieds pour la vie, ni n’aurais-je eu à débourser $850.00 de traitements et d’orthèses.

Bref, tout ce que j’ai réussi à faire en améliorant cet aspect de mon physique, c’est de me permettre de le rendre pire que jamais, et ce pour le reste de mes jours.

Et vous savez quoi? Ça m’a quelque peu dérangé, mais pas outre-mesure. Suite à ma réaction, ou en fait à mon manque de réaction, je me suis demandé si c’était du positivisme ou du je-m’en-foutisme-né-de-l’habitude-que-tout-aille-toujours-mal-anyway.  Parce que en effet, comme disent les anglos, je réalise que mon attitude face à ce nouveau sabotage de mes projets, sabotage qui détruit ma conviction comme quoi un projet qui ne dépend de personne d’autre que de moi-même ne peux que réussir, c’est I’m just rolling with it!  Je ne suis pas déprimé. Je ne suis pas en colère. Je ne suis pas frustré. Je ne tombe même pas dans le réflexe piège de me dire que plus jamais je ne ferai de projets puisque rien ne fonctionne jamais pour moi au bout du compte. Non! Je fais juste m’adapter à ma nouvelle situation. Et si jele fais, ce n’est pas par conviction que c’est la meilleure chose à faire, ou bien par résignation. Non, je le fais tout naturellement. Et c’est ça qui me surprend. Parce que dans les apparences, on pourrait croire que je m’en fous, ou bien que j’étais tellement convaincu d’être un loser que cet échec supplémentaire n’avait rien pour me surprendre. Il est vrai que des circonstances extraordinaires qui viennent saboter mes projets en ciblant exactement le seul et unique élément que ça prend pour tout faire foirer, c’est pas mal la routine habituelle pour moi.

Je suppose que d’une certaine façon, j’évolue. Il est vrai qu’il y plusieurs années, mon problème de base, c’était la crainte de passer pour quelqu’un qui recherche les situations avec le plus grand potentiel pour l’échec. C’est la raison pourquoi, pendant quelques années, j’avais une page web intitulée La Zone Requin dans laquelle j’écrivais les anecdotes négatives de ma vie en expliquant les circonstances des malheurs et des échecs qui m’empoisonnaient l’existence.

Et puis, apparemment, il vient un jour où on cesse de s’en faire avec l’image que l’on peut projeter aux autres. Par conséquent, on cesse de s’en faire avec ce qui nous fait obstacle. On en apprend quelque chose s’il y a quelque chose à apprendre, on en tire une leçon s’il y a une leçon à tirer, et on roule avec le coup en attendant que l’élan meurt, pour ensuite pouvoir s’en relever.

Je suppose que ce jour est arrivé pour moi. I’m not even mad. I’m just rollin’ with it!

Ma vision des femmes possessives, à travers mes âges

Ça a quelque peu évolué avec le temps.

Ado: :D « Possessive? Cool! J’aimerais bien! Ça montrerait qu’elle m’aime et me veut juste à elle. »
Dans ma vingtaine: :? « Mouain, bon… Je suppose que si je veux qu’elle cesse de me faire des crises de jalousie, c’est à moi de cesser d’avoir des amies de filles. Et aussi cesser de parler à mes collègues de travail féminines. »
Dans ma trentaine: :x « Ben voyons!? Je n’ai aucun contact avec aucune fille à part elle, et elle me ferme la TV dans face en m’accusant de fantasmer sur celles à l’écran? Pareil pour la radio? WTF? »
Dans ma quarantaine: :evil: « Possessive? Fuck off pis approche-moé même pas, tab#/$%&! de malade mentale. » 

Autrement dit: J’ai bien appris la leçon!

Au départ, mon approche face à ce problème était logique. Or, ça ne pouvait pas marcher parce que ce problème n’est PAS  logique. Quelqu’un qui cherche à te prendre en défaut va toujours se trouver des raisons de le faire, même la plus insignifiante, même la plus illogique, quitte à en inventer.

Et ça, ce n’est pas seulement dans le cas des gens possessifs.

Ma plus étrange expérience de 2011

L’année qui se termine m’a apporté énormément de positif. Évidemment, j’ai aussi vécu quelques revers.  C’est la vie, et ce pour tout le monde. Cependant, j’ai aussi vécu une expérience pour le moins étrange.  Ça s’est passé comme suit:

Durant tout l’hiver de 2010-2011, je me suis entraîné quotidiennement à la course à pied. Loin d’être un obstacle, la neige qui m’arrivait souvent jusqu’aux genoux m’aidait brûler encore plus de calories. J’ai passé de 216 lbs à 196 lbs, où je me suis stabilisé durant deux mois.

Puis, parallèlement à mon exercice, je me suis décroché un travail physique fort exigeant. Mon poids a repris sa descente, me faisait atteindre 179, un chiffre que je n’avais pas vu sur ma balance depuis mon adolescence. Idem pour mes pantalons, qui ont passé de 38 à 36, 34 et enfin 32.

Tant qu’à retrouver mon physique de jeunesse, aussi bien ne pas faire les choses à moitié. Je me suis laissé repousser les cheveux.  En été, lors de mon 43e anniversaire, j’étais fier de ma réussite. Barbe en plus, j’étais redevenu le gars de mes 15-22 ans, en plus athlétique et pas mal plus en forme. J’étais fier de ma réussite.

Puis, les choses devinrent étranges. un soir où je marche sur le trottoir, une auto passe en trombe près de moi. Le passager arrière baisse sa fenêtre et me crie : HEILLE, T’ES LETTE EN TABARNAK!, et ils poursuivent leur chemin à toute vitesse.

J’ai été surpris, mais sincèrement je ne peux pas dire que je me suis senti insulté. D’abord parce que je savais que c’était faux (vive l’orgueil et la vanité), mais aussi parce que, puisque je ne les connaissais pas, il ne pouvait s’agir que d’un incident isolé qui n’impliquait qu’une coupl’ de caves qui n’ont trouvé que ce moyen pour s’amuser ce soir-là. Bref, je n’étais pas visé personnellement. Pas de quoi s’en faire un drame.

Deux semaines plus tard, alors que je sors du métro, je passe devant une maison. Un enfant d’environs huit ans attend que la femme adulte qui l’accompagne débarre la porte pour entrer.  L’enfant me regarde, et me crie : HEILLE, TOÉ, LE LOSER!  Je m’arrête et le regarde. Il n’y a aucun autre piéton, il ne pouvait donc s’adresser à personne d’autre que moi. La femme débarre promptement la porte, pousse l’enfant dans la maison et referme derrière elle. Je reprend mon chemin en me disant que je n’aimerais pas être l’un de ses parents. Qu’est-ce qu’il doit leur causer comme ennuis de toutes sortes.

Le lendemain, je suis encore victime, dans la rue, d’une agression de passager d’automobile, alors qu’une bouteille de Gatorade lancée du côté du passager avant me manque de peu.

La semaine suivante, une auto passe à toute vitesse près de moi et me fait sursauter lorsque le passager souffle vigoureusement dans un vuvuzela dans ma direction. Je constate que la couleur et le modèle de l’auto est différente de mes deux précédentes agressions qui impliquaient des véhicules.

Enfin, deux ou trois semaines plus tard, alors que je marche sur le trottoir en direction de chez moi, j’ai la surprise de voir quelques épingles à linge pincées ensemble en un bloc me couper le chemin en diagonale, aller frapper la fenêtre d’une porte d’auto stationnée, et tomber à mes pieds. Je lève les yeux juste à temps pour voir la porte du balcon du 2e se fermer en vitesse. Je comprends immédiatement qu’il ne s’agit pas d’un accident.  Ce projectile m’était destiné.

C’est à ce moment-là que je me suis rendu à l’évidence : Un incident, passe toujours. Mais après cinq, en un mois et demi, on ne peut plus parler d’un incident isolé.

Je suis rentré chez moi, perplexe, en essayant de comprendre cette montée soudaine d’hostilité totalement gratuite envers moi. Et c’était d’autant plus inexplicable, du fait qu’à première vue rien ne semblait relier ensemble les auteurs de ces cinq agressions. La seule chose qu’ils avaient en commun, c’était moi.  Je me dis que c’est tout de même étrange, parce que de telles choses ne me sont pas arrivées depuis ma jeunesse.  En fait, pas depuis mes 22 ans.

… Soit l’âge que j’avais la dernière fois où j’ai eu les cheveux longs et le corps maigre.

Et en effet, je me souviens trop bien de telles expériences datant de cette époque, en particulier celles de style hit-and-run de passagers d’automobiles lorsque j’étais ado et jeune homme. Ceux qui me lançaient des cris ou des insultes, celui qui m’a lancé le Coke de son verre de McDo en tournant le coin de rue où j’attendais ma lumière verte, celui dont le passager m’a lancé un ballon gonflé d’eau alors que j’étais à bicyclette… Et le seul point commun entre cette époque et maintenant, c’est que dans les deux cas, j’étais un maigre aux cheveux longs.

Ça semblait trop anodin, trop insignifiant, trop simplet pour être la raison. Et pourtant, je ne peux pas nier les faits : Dans les deux cas, j’avais ce physique, et dans les deux cas, j’étais victime de ce genre d’agressions. Même si je suis incapable de comprendre la logique derrière la cause à effet, je n’ai pas le choix de voir les choses en face : Avoir ce physique fait que je suis automatiquement vu comme étant une cible aux yeux de ceux qui ont une personnalité d’abuseurs et d’agresseurs.

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Maintenant, j’avais le choix. Deux options s’offraient à moi.

OPTION 1 :  M’obstiner à mort comme quoi être maigre et avoir les cheveux longs ne constituent pas une provocation. Que c’est une raison absurde.  Qu’elle est illogique.  Qu’elle est incompréhensible. Qu’elle n’a aucune raison d’être.  Que les choses ne devraient pas se passer ainsi. Que je n’ai pas à changer parce que ce n’est pas moi le fautif ici mais bien eux.

OPTION 2 :  Se foutre du fait que la raison soit logique ou non, et apprécier le fait qu’au moins, je l’ai trouvé, la raison.  Donc, si c’est mon allure qui attire les ennuis, alors changer d’allure.

J’ai choisi la seconde option. Je me suis fait couper les cheveux. J’ai diminué les activités physique. J’ai ajusté ma diète. Je me suis laissé remonter à 196 lbs.  Et, tout comme lors de mes 26 à 42 ans, j’ai cessé d’attirer les agressions. Je n’en ai plus jamais subi une seule.

J’aurais pu prendre la première option. Légalement, moralement et socialement, j’aurais eu raison de le faire. Malheureusement, ça ne changerait rien au fait que mon allure continuerait de m’attirer telles agressions. Parce que même si les choses ne devraient pas se passer ainsi, ça ne change rien au fait que oui, c’est comme ça que les choses se passent.

Je perdais du poids afin de me sentir bien et en harmonie avec moi même.  Or, qu’on le veuille ou non, ce but ne peut être atteint que si ça nous amène également à vivre bien et en harmonie avec les gens qui nous entourent. Je peux aisément m’isoler des gens que je fréquente s’ils n’acceptent pas mon évolution physique. Sauf que je ne peux pas m’isoler en plus du reste de l’humanité, ne plus jamais sortir de chez moi, et surtout ne plus jamais marcher sur un trottoir .

Sans compter que, vous vous imaginez, devoir répondre à quelqu’un qui vous demande pourquoi vous attirez ces gestes, que « C’est juste parce que je suis un maigre aux cheveux longs »?  De quoi perdre aisément toute crédibilité. Je veux dire, même moi qui l’a vécu, je trouve ça farfelu comme explication.  Et pourtant, c’était le cas. Mais voilà, tu peux te battre et militer contre la discrimination sexuelle. Tu peux te battre et militer contre la discrimination raciale. Tu peux te battre et militer contre la discrimination homosexuelle. Tu peux même te battre et militer contre la discrimination envers les gros. Ce sont toutes des causes reconnues. Mais se battre et militer contre la discrimination de ton droit d’être maigre et d’avoir les cheveux longs? C’est un combat éternellement perdu d’avance, parce que jamais personne ne va croire sérieusement que c’est quelque chose qui attire la discrimination.

Cette expérience m’a fait arriver à cette conclusion:  Lorsqu’une amélioration ne nous apporte que du négatif de partout, il faut savoir mettre ses caprices de côté et faire le bon choix.  Parce que quand ça rapporte plus de négatif que de positif, alors ce n’est vraiment pas une amélioration.

Le Complexe de Super-HOT-ité 2, les photos!

Il y a sept mois de ça, en novembre 2010, en regardant les images tournées pour 1 Gay 1 Hétéro, le film, je n’ai pas eu le choix de constater le retour de mon double menton.

Quelques statistiques :

  • Janvier 2008 : 232 lbs.
  • Avril 2008 : 208 lbs grâce à Défi Diète.
  • Aout 2008 : 187 lbs, mais je n’aime les creux et rides que ça donne à mon visage.  Je me permet d’en reprendre un peu.
  • Septembre 2008 à janvier 2009 : 195 lbs.
  • Février 2009 à novembre 2010 : J’en reprend assez lentement pour ne pas trop m’en rendre compte.
  • Décembre 2010 : Je fais de nouveau osciller la balance à 216.

Un mois plus tôt, novembre 2010, je m’étais mis au défi ici-même de prendre six mois pour me faire un corps d’athlète. J’avais hélas peu de motivation pour lever des poids. Et c’est là que, de nulle part, m’est venu l’idée de changer mon objectif. J’allais plutôt faire la chose en deux étapes. La première : Me déconstruire en perdant du gras. La seconde : me reconstruire en prenant du muscle.

Pour la première étape, j’ai cette fois choisi d’en perdre par l’exercice. J’en ai choisis un seul. Mais pas n’importe quel. J’ai pris celui dans lequel j’ai toujours été le plus poche : La course à pied. Et pour me motiver, je me donne un objectif : Me mettre assez en forme pour pouvoir participer au Marathon de Montréal de septembre 2011, une course de 42 Km.

Aujourd’hui, presque six mois et demi plus tard, mon poids est rendu à 182 lbs. Et voilà les résultats en photo :

En dix ans, c’est la 3e fois que je perds du poids.
La première fois, 2001-2002, je l’ai fait en improvisant, et surtout en me privant. Mais voilà, on ne peut pas passer sa vie à se priver. Ça n’a pas tenu.

La seconde fois, 2008, je l’ai fait grâce à une entraineuse privée au gym, une nutritionniste et un motivateur. Mais voilà, une fois Défi Diète terminé, je ne pouvais pas me les payer moi-même. Ça n’a pas tenu.

La troisième fois, maintenant, je l’ai fait en brûlant mes calories par la course à pieds, tout simplement. Pas de privation. Pas de faim. Pas de frustration. Pas de dépenses pour un gym. Pas besoin de personne, ni entraineur, ni nutritionniste. Si je reprends une coupl’ de lbs, je sais comment les reperdre aussitôt : Sortir et courir. That’s it! Voilà pourquoi je peux me permettre d’affirmer que cette 3e perte de gras est la bonne. Celle-là, elle va tenir.

Et la meilleure : Je me suis rendu compte que, contrairement au poids perdu par régime alimentaire, le visage ne vire pas full ridé et étiré. Maintenant, il ne me reste plus qu’à me mettre aux poids et haltères pour me faire un physique athlétique. Et ça va être d’autant plus encourageant puisque, sans couche de gras pour camoufler, les résultat de la prise musculaire vont se voir bien mieux et plus vite.

Pour ceux qui se demanderaient pourquoi je n’ai pas porté mon chandail de Superboy pour cette séance de photos, contrairement au premier article de cette série, c’est que j’ai changé de gueule, ce qui fait que je ressemblerais plutôt à Thor maintenant.

Dire qu’il y a encore des gens de mauvaise foi pour colporter l’idée mensongère à mon sujet comme quoi je n’atteins jamais mes objectifs parce que je recherche la facilité. C’est parce qu’il y a une chose qu’ils font semblant de ne pas comprendre: Quand je me donne un objectif dont le succès ou l’échec ne dépend de rien d’autre que moi, un objectif qui ne peut être saboté ni par une tierce personne ni par un hasard malchanceux, je réussis. C’est exactement ce que j’expliquais dans mon billet Les Trois Raisons Possibles de l’Échec. Et comme je viens de le prouver, ce n’était pas des paroles en l’air.


L’analyse malvenue

C’est une situation classique : Tu rencontres une fille, tu l’écoutes parler, tu la vois agir, et tu comprends rapidement quel genre de personnalité elle a.  Histoire de l’épater avec tes capacités de déduction sherlockholmesesques, tu lui dis une phrase qui commence par : « Toi, t’es le genre de fille qui… »

Ces sept petits mots viennent de creuser ta tombe.

Mets-toi ça dans la tête une fois pour toute : Aucune fille n’a envie de se faire analyser,  surtout par un gars qu’elle ne connaît pas de façon intime.

Bien que l’on ne m’en a jamais glissé mot, il doit sûrement y avoir des lectrices qui se disent à mon sujet: « Je n’aimerais vraiment pas avoir un rendez-vous avec ce gars-là. Il doit passer la soirée au complet à t’observer, à t’analyser et à te dire qu’est-ce qui ne va pas chez toi. »

C’est vrai, jusqu’à il y a une dizaine d’années, il m’arrivait parfois de faire cette erreur.  Il a fallu qu’un ami fasse de moi à plusieurs reprises la cible de telles analyses malvenues pour que je réalise combien il est désagréable de le subir.  En voici l’anecdote la plus remarquable:

Nous sommes à un restaurant chinois, et je m’apprête à commander une assiette de poulet Général Tao.  Avant même que je passe ma commande, il me regarde avec un petit sourire et dit :

– Je parie que tu vas prendre le poulet Général Tao.
– Oui, pourquoi?
– Je l’savais.  Y’a beau avoir des centaines de plats au menu, c’est toujours ça que le White Trash commande.

Pour prouver son point, il s’adresse aux deux femmes blanches qui discutent à la table d’à côté.

– Excusez-moi…  Est-ce que vous avez pris le poulet Général Tao?
– Euh… Oui.

Il se retourne vers moi avec un sourire satisfait.

– Tu vois!?

Les deux femmes l’ont regardé avec méfiance et incompréhension, et le malaise était évident chez celle qu’il a questionné.  Je suppose qu’en plus de se demander quel était le but de sa question, elle ne savait pas si elle devait se sentir insultée ou ben quoi.  Quant à moi, bien que je n’aie pas porté attention à l’appellation White Trash (Après tout, c’est comme un noir qui appelle un autre noir niggah), le fait est que je n’aimais pas sa remarque au sujet de mon choix de repas.  J’avais la désagréable impression qu’il venait de me dire que mon choix de nourriture reflétait mon manque d’imagination, ma fermeture d’esprit aux choses nouvelles, voire ma stupidité.  J’ai répondu :

– Quand j’ai vraiment faim, je préfère m’en tenir à quelque chose que je sais que j’aime.  Au prix que coûte un repas au restaurant, j’ai pas envie de prendre le risque de rester sur ma faim.

Le sujet fut clos. N’empêche, je n’aimais vraiment pas devoir me justifier pour quelque chose d’aussi insignifiant que le choix d’un repas.  Je veux dire, c’est une chose de devoir justifier certains choix de vie, certains gestes graves que l’on pose. Mais quand c’est rendu que l’on te juge sur quelque chose d’aussi basique que ton choix de repas, ça devient à la limite du harcèlement moral. Ce sont plusieurs incidents comme celui-là qui firent que je n’osais plus rien dire ni rien faire face à lui sans d’abord me demander s’il trouvera à y redire.

Finalement, je suis allé pour la meilleurs solution: J’ai fini par cesser de le fréquenter.  Ne pas pouvoir me sentir bien d’être moi-même en sa présence, c’était trop désagréable.  Je peux tout de même le remercier, puisque c’est lui qui m’a fait prendre conscience que personne n’aime qu’on lui fasse son analyse non-sollicitée.

Oui, il y a des filles qui apprécient les analyses. Oui, il y a des filles qui vont voir des psys.  Oui, il y a des filles qui veulent en savoir plus long sur elles-mêmes.  Oui, les magazines féminins sont remplis de tests de personnalité du genre de Êtes-vous jalouse?  Êtes-vous dépensière?  Êtes-vous trop sensible?  Êtes-vous une etc?  Sauf que quand une fille rencontre un gars, elle n’est pas en mode auto-analyse, elle est en mode découvrir et bien paraître.  Elle veut se présenter sous son jour le plus admirable.  Tout comme elle choisit soigneusement dans quels vêtements et avec quelle coiffure elle voudra s’exposer, elle choisit avec le même soin les aspects de sa personnalité qu’elle va te laisser voir.  Il est important pour elle d’avoir le contrôle autant sur les aspects d’elle qu’elle te dévoile, que sur la quantité des informations qu’elle te donne.

La rencontre, c’est aussi stratégique qu’une partie d’échecs.  Elle observe son adversaire, analyse ses mouvements, replie certaines de ses positions, offre une ouverture, feinte, attaque, reste passive, ouvre un autre front, avant de choisir si elle préfère conquérir, se laisser conquérir, faire match nul ou abandonner la partie. Dans ce temps là, un gars qui se lance dans l’analyse de la fille avec un Toi t’es l’genre de fille qui, ça déstabilise complètement le jeu.  De la position d’égal qui jouait avec elle, tu t’accapares le rôle de juge.  Le rôle de son supérieur, celui qui a le pouvoir de la juger et de la soumettre à un verdict sans appel.    Finalement, c’est se foutre d’elle complètement puisque peu importe ce qu’elle fait ou dit, c’est toi qui décide de ce qu’elle est.

Toute fille a une petite maison en elle qui constitue son petit univers secret, et elle prend bien soin de choisir quelles portes elle t’ouvre.  Lui faire son analyse non-sollicité, c’est lui faire prendre conscience que tu n’as aucune hésitation à y entrer par effraction pour y défoncer les portes de ton choix et d’aller voir ce que tu veux bien y voir.   Et même si tu te trompes complètement à son sujet, ça ne change rien au fait que tu démontres que tu prends d’elle ce que tu veux bien, sans retenue ni respect.

Il ne suffit pas d’être assez brillant pour être capable d’analyser les gens. Il faut aussi ne pas être idiot au point de créer un malaise avec ça.

13 semaines, l’entrainement militaire.

En automne 2008, lorsque je me suis renseigné pour m’enrôler dans les Forces Armées Canadiennes, j’ai appris que l’on commençait notre service par 13 semaines d’entraînement. Il se trouve que 13 semaines d’entraînement, c’est ce que je viens tout juste d’accomplir puisque lundi, hier, était le jour 1 de la semaine 14.

Voyons d’abord mon log d’exercice de ce dernier mois:


3 février
Je regarde dehors pis j’peux pas me retenir. Faut absolument que j’aille courir tantôt. M’as avoir d’la neige jusqu’aux cuisses pis ça va être full pénible. WAHOO!!!! 😀

3 février
J’ai pas couru. J’ai encore trop mal au pied, suite à l’application d’azote liquide sur ma verrue plantaire hier. Par contre, je me suis déplacé de chez moi à chez Stéphanie en marchant sur le terrain au bord de l’aqueduc. Après la tempête d’hier, ça signifie, selon les endroits, que j’avais de la neige parfois jusqu’aux tibias et parfois jusqu’aux cuisses. J’ai parcouru ce terrain non-stop pendant 40 minutes. Mes seules pauses: Les 3 rues que j’ai eu à traverser. Arrivé chez Stéphanie, j’ai eu à lui emprunter un chandail tellement le mien était mouillé. Bonne chose qu’on a à peu près le même tour de poitrine. 😉

Le retour? Même chemin, sauf que là ça m’a pris 50 minutes. J’ai mal aux cuisses, aux fessiers, au bas du dos, tout mon linge est mouillé bord en bord et dégage un arôme de fruit de mer défraichi. Mais au moins, je suis assuré que ma détermination m’a fait brûler au moins 17 calories.

11 février
On trouve la motivation là où elle est.

12 février
ENTRAINEMENT, dernier jour de la semaine 10.
POIDS: 197 lbs.
POIDS PERDU CETTE SEMAINE: 2 lbs.
POIDS PERDU TOTAL: 19 lbs.
Ces derniers jours, j’ai ressenti beaucoup de fatigue autant mentale que physique. Courir tout comme avancer dans la neige m’a épuisé très rapidement. J’ai été au 1/3 de ma performance d’il y a 2 semaines. Cependant, que je m’épuise lentement ou rapidement, le fait est que je m’épuise, que ça reste de l’entrainement, et que les résultats sont là.

Si je perds encore 3 lbs dans les 2 prochaines semaines, ça m’en fera 22 de perdues en 3 mois, soit exactement le même total dans les même temps de Défi Diète 2008. Sauf que cette fois-ci, ce sera par moi-même, sans entraineur privé, sans diététicienne et sans motivateur.

Petit détail: J’ai commencé Défi Diète en janvier 2008 avec 232 lbs pour finir à 208. J’ai commencé mon entrainement de marathon en décembre dernier avec 216 lbs. C’est pour ça que, malgré une perte similaire à date, mes résultats actuels sont meilleurs: Je pars de moins loin.

Tout l’monde trouve l’hiver long. Moi, je trouve que les 10 dernières semaines ont passées pas mal vite. C’est un autre avantage à s’entrainer.

Je suis très fier de mes accomplissements, parce que de toutes les activités physiques qui existent, la course a toujours été celles où j’ai été le plus mauvais,autant en vitesse qu’en résistance, et ce durant toute ma vie. C’est pour ça que j’ai choisi celle-là pour me remettre en forme. Ça me faisait échec depuis beaucoup trop longtemps.

14 février
Gaaah! Me is being full dead in the right now! (and it messes my English too) Je me suis poussé un petit peu trop fort ce soir. Mes jambes dégagent beaucoup de OUCH en ce moment.

16 février
Depuis 2 jours, j’ai monté la difficulté de mon entraînement de course en m’attachant des poids de 5lbs à chaque pied. Surprenant résultat: Mon poids fait 195 lbs ce matin (malgré un souper smoked meat + frites hier), donc 2 de moins que dimanche dernier, pour un total de 21 perdues en 10 semaines et demi.

17 février
Mon poids continue de descendre: 194 ce matin. Et ce n’est pas par privation alimentaire. Non, en fait, puisque les seuls poids-courroies que j’ai pèsent 5 lbs, j’ai modifié ma façon de les utiliser: Je les ai portées une coupl’ d’heures en faisant mes tâches du jour: Épicerie + 2 aller-retours à la buanderie. Et à chaque fois, je tenais mes sacs en mettant mes bras en L pour les faire travailler aussi.

Enfin, le soir venu, je me suis tapé une p’tite ronde de jogging (sans poids) dans lequel j’ai eu le plaisir de constater que je battais mes records précédents en longueur de segments courus et en rapidité de récupération. J’ai quand même arrêté au premier signe de douleur au genou gauche.

Des fois je me fais mal au gauche, des fois c’est au droit, donc je ne crois pas que l’un soit défectueux. Je suppose que plus je vais perdre de poids et plus la tâche va être aisée pour mes articulations.

18 février
Visite de Stéphanie, épicerie pour notre cuisine collective, on y va avec un panier-à-roues + 3 sacs, on les remplis au max. Jusque là, tout va bien.

Sur le chemin du retour, genre au 1/6e du parcours, une des roues du panier se désintègre. Y’a pas d’autre mots pour décrire ça . Rien d’autre à faire que d’abandonner le panier, prendre les sacs qui sont genre méga fucking lourds, moi qui a déjà mal partout à cause de mes exercices de la veille.

Comme si ça ne suffisait pas: avant de partir, j’avais eu l’idée full bright de m’attacher mes poids-straps de 5lbs à chaque pied, histoire de « faire un peu d’exercice pendant cette tâche routinière ». J’en voulais, de l’exercice, eh ben j’en ai eu, calvince.

21 février
ENTRAINEMENT, semaine 12, jour 1. Une bonne p’tite course, ça réchauffe et ça aide à apprécier le -15°C.

Aujourd’hui : test de résistance.
LIGNE ROUGE: Ce que j’étais capable de courir non-stop quand j’ai commencé, le 4 décembre dernier.
LIGNE MAUVE: Ce que je viens de courir non-stop.

J’ai passé de 200 mètres à plus de 2 Km ininterrompus. Ça signifie qu’en 11 semaines, j’ai multiplié mon endurance par 10. Maintenant, si je veux pouvoir parcourir les 42 Km du marathon, tout ce qu’il me reste à faire, c’est multiplier cette performance par 21. Une bagatelle.

22 février
La douleur devient pour moi un compagnon que j’apprends à apprécier de plus en plus. Je ne parle pas de douleurs morales, je suis immunisées à celles-là. Non, je parle de douleurs musculaires. Je parle de celle qui me dit que je fais un bon travail lorsque je m’exerce. Je parle de celle qui me dit que je ne le fais pas correctement.  Je parle de celle qui me dit quelles parties de mon corps a reçu l’exercice requis. Et je parle aussi celle des jointures, qui me murmure que c’est le temps pour moi de cesser, ce qui me sauve de blessures qui pourraient me ralentir plus longtemps. La douleur n’est plus une nuisance pour moi. C’est un mentor. Un guide. un ami.

23 février
Oubliez mon Ôde à la douleur d’hier: J’AI LA GRIPPE, CÂLIBOIRE!!! Douleur musculaire partout, y compris aux muscles non-travaillés, et aussi ceux des pieds, des mains et de la face. Impossible de parler sans tousser. Fatigue et somnolence omniprésentes. Migraine à tout casser. Sueurs froides. Et là je vais me faire couler un bain brûlant parce que je n’arrive pas à me réchauffer.

27 février
Bilan de ma semaine 12:

Dimanche: Couru 1,7 Km ininterrompus.
Lundi: Couru 2,2 Km ininterrompus.
Mardi: Mal partout et toux, que je considèrent comme des effet secondaires de la veille.
Mercredi: Ben non, c’t’une grosse grippe finalement.
Jeudi, vendredi, samedi: Grippe dont je me remet lentement.

Et mon poids a un ti-brin remonté. 198 lbs contre 194 y’a une semaine. Voila qui prouve définitivement que j’ai passé les 3 derniers mois de ma vie à faire des efforts pour rien et que…

euh… Non! En fait, ça prouve ceci: Par moi-même, j’ai réussi à diminuer mon poids de 18 lbs et multiplier mon endurance physique/cardio par 10. À l’époque de Défi Diète, j’avais perdu 22 lbs dans le même laps de temps. Sauf que ça m’avait pris une nutritionniste, une entraineuse privée, un motivateur, et ça avait juste multiplié mon endurance par 2, genre. Alors si les 3 derniers mois m’ont prouvé quelque chose, c’est que quand un projet ne dépend de rien ni personne d’autre que de soi-même, l’échec ne peut pas exister.

Allez, encore un p’tit 48 heures de repos pour m’assurer que je suis bien remis sur pied, et j’attaque Mars (le mois, pas la planète) au pas de course.

27 février
ENTRAINEMENT, Semaine 13, jour 1.

3 mars
Au début, quand je m’entrainais, je ne me blessais jamais. Normal, je m’épuisais avant. Maintenant que ma résistance cardio est multipliée par 12, mes courses sont toujours interrompues par des douleurs physiques causées par l’effort continu. Je me demande si j’y ai gagné au change.

7 mars
Woo-hoo! Une belle journée de grosse tempête. Et vous savez ce que je vais faire, par cette belle journée de grosse tempête? JE VAIS RESTER À L’INTÉRIEUR, BIEN AU CHAUD! Ben quoi? C’est pas comme si je ressentais toujours le besoin de prouver quelque chose.

7 mars.
4 Km de course non-stop. Finalement oui, j’avais quelque chose à me prouver.


Alors voilà le bilan: En 13 semaines d’exercices, j’ai multiplié mes capacités de course par 20 (de 200 mètres à 4 Km) et j’ai perdu 22 lbs (de 216 à 194 lbs). Je ne crois pas que j’aurais fait mieux avec un entrainement militaire.

Et si je passe mars et avril à me consacrer à l’entrainement musculaire lors des jours où je ne cours pas, je vais pouvoir remettre mon chandail de Superboy avec fierté.

Quand le hasard s’en mèle

Mardi dernier, mon amie Stéphanie et moi sommes allés à la bibliothèque municipale située non loin de chez elle afin de remettre nos livres qui avaient deux jours de retard. Pour s’y rendre, il faut prendre une rue au Nord, puis quatre rues à l’Ouest. mais voilà: Il neige et le vent qui vient du Nord nous arrive dans la face.

Pour éviter ce désagrément, je décide de prendre la ruelle vers l’Ouest, déduisant que l’étroitesse des ruelles va nous protéger du vent. Ça fonctionne. Nous marchons ainsi en traversant quelques rues. Puis, en voyant une ruelle perpendiculaire qui va vers le Nord, je décide de la prendre, sans aucune autre raison que « voir des arrières-cours recouvertes de neige ».

Après une centaine de mètres de marche, j’aperçois à mes pieds un petit bout de métal qui dépasse de la neige. Je m’arrête et le ramasse. C’est un téléphone cellulaire. Contrairement à moi, Stéphanie a eu plusieurs cells dans sa vie, et me dit que ce modèle est assez dispendieux.

Dans l’arrière-cour clôturée en bois devant laquelle nous nous sommes arrêtés, il y a un chien. Celui-ci se met à nous japper après. La porte patio s’ouvre et une madame engueule son chien, lui disant de se la fermer. À tout hasard, je demande à la madame si elle a perdu son cell.  Elle, non, mais son amie en visite chez elle, oui. En fait, elle ne s’en était même pas rendue compte avant que je le lui demande. Je le lui redonne sous une tonne de remerciements, comme quoi « sa vie est dans ce cell », tellement elle y a mis des trucs importants. En repartant, Stéphanie m’a expliqué que, de la façon dont les forfaits cellulaires fonctionnent, j’aurais aussi bien pu l’utiliser pour faire des appels obscènes à Tokyo, c’est la proprio qui se serait ramassée avec la facture. Pas étonnant qu’elle soit reconnaissante.

Nous vivons dans un monde où ça prend beaucoup d’efforts pour que tout se passe bien, mais que le moindre petit détail peut escalader en catastrophes et tout faire foirer. Pourtant, des fois, c’est comme si l’univers entier faisait tout pour t’empêcher de subir un malheur. Prenez, par exemple, la série d’événements suivante:

  • Pourquoi est-ce que j’ai perdu de vue la date de remise des livres de la bibliothèque, moi qui la suit scrupuleusement d’habitude?
  • Pourquoi est-ce qu’il a fallu qu’il vente du Nord ce soir-là?
  • Et ce n’est pas comme si le vent était terrible. Il se supportait. Pourquoi ais-je décidé de prendre la ruelle?
  • Qu’est-ce qui m’a pris de bifurquer dans une ruelle perpendiculaire pour «voir des arrières-cours recouvertes de neige»?
  • Moi qui, tout le long, regardait les cours et les trois étages de balcons, pourquoi est-ce que j’ai regardé par terre à ce moment-là?
  • Pourquoi est-ce que ce petit morceau de métal dépassant de la neige, que je ne reconnaissait pas comme étant un cell, a attiré mon attention?
  • Quelles sont les chances que le chien soit dehors justement à ce moment-là?
  • Et qu’il soit indiscipliné pour japper après les passants?
  • Et que sa proprio soit justement là, de l’autre côté de la porte patio, au lieu d’être dans une autre pièce de la maison?
  • Et qu’elle soit du genre à sortir à -12°C pour engueuler son chien?
  • Et que j’ai eu la présence d’esprit de lui demander si c’était elle qui avait perdu le cell?

Ce que je viens de nommer, ce sont onze faits du hasard grâce auquel l’amie de la madame a pu récupérer son cell. Qu’un seul de ces événements ne se soit pas produit, la neige tombante l’aurait recouvert et elle ne l’aurait jamais retrouvé.

Des fois, le hasard fait tout pour t’empêcher de réussir. Et des fois, le hasard fait tout pour t’empêcher de perdre. Ce n’est pas le destin. Ce n’est pas une main divine. C’est le hasard, tout simplement. Je veux dire, pourquoi est-ce qu’une force divine enlignerait ses balances cosmiques juste pour quelque chose d’aussi insignifiant que de rendre son cell à une madame qui l’a perdu sans le savoir? C’est absurde!

Le problème, c’est que l’esprit humain n’aime pas les hasards. Il n’aime pas croire qu’une série d’événements randoms puisse se conclure par la défaite d’un projet qui avait tout pour réussir, ou bien la réussite de quelque chose qui avait tout pour échouer. Dans ce temps-là, les gens disent :
Ça devait arriver!
C’est le destin.
Il n’y a pas de hasards.
Ce n’était pas dû pour arriver.
Je n’étais juste pas prêt pour ça.

Cette façon de penser est l’une des plus dangereuse qui soit. Parce qu’à partir du moment où on commence à croire que l’univers s’enligne pour diriger notre destin, alors on relâche notre propre contrôle sur notre vie. Un contrôle que n’importe quel manipulateur se fera un grand plaisir de saisir afin de nous exploiter à sa guise, tout en prenant bien soin de renforcer en toi l’idée comme quoi On n’y peut rien, c’est le destin.

Il n’y a pas de destin. Il n’y a que les décisions que nous prenons, et ce que le hasard en fait.