General Menteurs, 6e partie: Se faire détruire!

RÉSUMÉ: À 29 ans, j’ai commencé à sortir avec Camélia, 19 ans, chose qui ne plaisait pas à son père, cadre haut placé chez GM.  Il m’a influencé à acheter une auto, mais je suis victime d’une longue série d’arnaques, ce qui fait que les paiements de celle-ci ont tôt fait de me ruiner.  Ayant perdu l’auto et Camélia, c’est la fin des ennuis.  Du moins, de ceux relatifs à GM.  

J’ai rendu l’auto. C’est la fin de mes ennuis avec GM.  Je peux enfin passer à autre chose.  Justement, il y a du nouveau dans La Boite.  Rolande, ma chef d’équipe, devient chef du département.  Et mon équipe est maintenant prise en charge par un gars dans le début de la quarantaine.  Un que je ne connais pas, mais que certains collègues surnomment Le Nazi.  

… et à partir d’ici, et pour les dix mois qui vont suivre, je serai victime de harcèlement moral et psychologique au travail.

Jusqu’ici, dans mon récit, je décrivais en détail.  Mais cette fois, je vais plutôt faire une courte liste en vrac de ce que j’ai vécu.  D’abord parce que élaborer sur chaque exemple serait trop long.  Ensuite parce que j’en ai beaucoup oublié, tellement ce fut une expérience pénible.  Mais en gros, à partir du moment ou j’ai été pris en charge par le Nazi…

  • Certains items disparaissent mystérieusement de mon poste de travail: tasse, carnet, photos…
  • Le Nazi m’enlève ma connexion internet, parce que « T’es là pour prendre des appels, pas pour aller t’amuser su’l’net! »  Or, internet est nécessaire à mon travail, puisque je m’occupe de la page web d’Air Canada.  Ça m’oblige à en parler à Rolande, qui me fait aussitôt reconnecter, et qui réprimande Le Nazi parce que, en tant que chef d’équipe, il est supposé savoir ce que font les membres de son équipe.  Il ne me le pardonnera jamais. 
  • Ma carte magnétique qui cesse soudainement de me donner accès aux bureaux.
  • Il me pose souvent des questions qui sont en fait des affirmations insultantes à mon sujet. Ou alors il me lance en public des choses qui, bien que techniquement vraies, ne servent qu’à me donner mauvaise réputation au travail en sous-entendant des choses que je ne fais même pas en réalité. Par exemple: « En passant, les sites pornos, sur ton quart de travail, c’est interdit. Tiens-toi le pour dit! »
  • Le Nazi me convoque devant quelques patrons et des représentants des ressources humaines, sous accusations de fraude, en m’accusant de falsifier depuis le début ma feuille de paie, puisque je déclare 8.00 heures par jour et non 7.5, signifiant que je me fais payer pour ma pause de dîner.  Je réponds alors que le soir, seul à mon poste, sans personne pour me remplacer, je n’ai pas de pause de 30 minutes pour dîner. Donc, oui, je travaille bien huit heures par soir.  Mais voilà, en leur répliquant ce fait contre lequel ils ne trouvent rien à redire, je leur fais perdre la face.  Surtout Le Nazi qui aurait dû se renseigner sur le sujet avant de tous les convoquer.  Par conséquent, humiliés de s’être tous dérangés pour rien, je ne fais que gagner leur antipathie.
  • À la fin de mes deux contrats de six mois, je ne reçois ni permanence ni nouveau contrat.  Par conséquent, je suis dans les limbes de La Boite, n’étant ni temporaire ni permanent.
  • Sans contrat ni permanence, pas d’augmentation, pas d’assurances, pas d’avantages sociaux, pas d’ancienneté, et surtout pas la moindre sécurité, ni le moindre recours si du jour au lendemain on décide de me congédier.
  • J’apprends un lundi soir que le lendemain je change de quart de travail, me mettant de jour, sans qu’il ne m’en ait parlé avant.  Or, moi, le jour, je garde les enfants tandis que leur mère reprend ses études.  Ça m’oblige à en parler à Rolande, en lui expliquant qu’en me mettant de jour, il me fait perdre mon 30 minutes de non-diner, ainsi que la prime de soir qui est 50¢ de plus l’heure. Rajoutez à ça la garderie maintenant obligatoire, et sa décision de me changer de shift sans m’en parler me coûte 660$ par mois.  Elle me remet aussitôt de soir, et réprimande Le Nazi, qui, par conséquent, a une nouvelle raison de m’en vouloir.
  • Et je me fais un nouvel ennemi: L’employé à qui Le Nazi avait promis mon horaire.
  • Tous les deux me collent d’ailleurs une accusation de voler des stylos. (Quoi?)
  • Malgré mon ancienneté, Le Nazi m’a obligé à travailler pendant le party de bureau de Noël, puisque « le party de bureau, c’est pour les employés permanents. »
  • Didier m’a rapporté que, lors de ce party, Air Canada, content de nos services, a fait tirer parmi l’équipe une paire de billet ouvert, destination et date de notre choix.  C’est mon nom qui est sorti.  Le Nazi est alors intervenu en disant qu’un employé qui ne daigne pas être présent au party de bureau que La Boite prend la peine d’offrir, ça ne mérite pas de gagner.  Ils ont refait le tirage.  Les billets sont allés à une fille qui ne fait partie de l’équipe que depuis un mois et demi.  Et qui a eu sa permanence en rentrant.
  • Me faire blâmer car avec ma piètre performance (selon son avis), je suis l’incompétent de l’équipe.
  • Me faire blâmer car avec mon excellente performance (Selon les chiffres des rapports annuels), je fais passer les autres membres de l’équipe pour des incompétents.
  • Je suis convoqué au Ressources Humaines qui viennent de se décider à faire une enquête à mon sujet, alors que ça fait 16 mois que je suis à leur emploi. Ils ont découvert que j’ai un mauvais dossier de crédit.  Par conséquent, pour des raisons de sécurité, fini de prendre des numéros de cartes de crédit, on me retire le client Air Canada.
  • Le Nazi me change de client, ne me donne aucune formation car « la formation se donne de jour, et tu peux pas y aller puisque tu préfères jouer avec tes enfants dans la journée. »
  • Me traiter d’incompétent de ne pas savoir bien servir le nouveau client.
  • Constatant que, par courriel, je recevais presque toujours les mêmes huit questions des employés de notre client, j’ai créé un document dans lequel j’ai écrit d’avance chaque réponse pour chaque question.  il n’y avait plus qu’à copier-coller et envoyer.  Il m’a enlevé le document parce que « Ce n’est pas un document officiel de La Boite ni du client. »  Donc, au lieu de copier-coller, fallait que je perde mon temps à toujours réécrire la même chose à chaque courriel, un par un.
  • Deux mois plus tard, La Boite nous donne un nouvel outil de réponse automatique aux courriels.  Il s’agit de mes réponses, tirées de mon document que Le Nazi m’avait confisqué.  Tout le crédit (et le bonu$) a été donné à la fille qui a programmé l’outil.
  • Oui, la même fille qui a gagné mes billets d’avion. Fille qui, quel hasard, est la conjointe du gars à qui le Nazi avait promis mon horaire. Donc une personne de plus au bureau à avoir de bonnes raisons de vouloir ma perte et continuer de voler ce qui me revient de droit. 

Et j’en passe, et j’en oublie.

À l’époque, en 1999, le harcèlement psychologique au travail n’était pas reconnu.  Il n’y avait pas d’atelier de préventions, ni de règlements à ce sujet.  Alors lorsque que je portais plainte plus haut, je ne faisais qu’empirer mon cas et m’attirer encore plus de problèmes, puisque les haut-placés se tiennent entre eux.  

L’option de changer de travail? Impensable!  Premièrement, sur le plan moral, c’est inacceptable.  Pourquoi est-ce que c’est moi qui devrait partir, alors que c’est lui qui cause les problèmes?  Ça allait bien entre ma job et moi avant qu’il arrive.  Et ensuite, je gagne trop cher pour partir.  Puisque j’ai un gros salaire, la pension alimentaire me gobe la moitié de mon revenu clair.  Autrement dit, l’équivalent du salaire minimum.  J’ai eu ce travail grâce à une connexion.  Ce n’est pas avec mon cégep en Arts & Lettres que je vais pouvoir m’en trouver une autre qui paye si bien.  

Je n’ai donc pas le choix: Je suis obligé d’endurer le harcèlement, les vacheries, les attaques, les mauvaises surprises, non-stop, sur une base quotidienne.

Puis, un jour, alors que Rolande nous distribue nos chèques de paie, je ne constate pas tout de suite que mon enveloppe est plus rembourrée que d’habitude.  Alors que j’ai presque terminé mon quart de travail, je fais comme à chaque jour de paie, j’ouvre l’enveloppe et je viens pour signer mon chèque, que je déposerai à la banque, en chemin vers le métro.  Je vois alors un second document.  je l’ouvre. 

C’est une lettre de GM.  Une facture.  En gros, ça dit:

Chevrolet Cavalier 1997.
Valeur du véhicule : $45 000.00
Vous avez donné : $2 426.40.
Vente à l’encan : $15 500.00
Vous nous devez : $27 073.60

 En une fraction de seconde, je comprends simultanément que…:

  • Depuis un an, je me faisais des illusions, à penser que mes problèmes avec GM étaient terminés.
  • On me réclame légalement le même montant que si je l’avais gardé.
  • Ce qui signifie que je me suis fait coller sept ans de mauvais dossier de crédit POUR RIEN!
  • Ce montant qu’ils me réclament causera ma ruine financière totale.
  • Ils m’obligent à louer cette auto pour $27 000.00, mais ils permettent à un autre de l’acheter pour $15 500.00.
  • Ils sont venus me chercher jusqu’à ma job, je ne suis donc à l’abri nulle-part.
  • Job que je ne peux pas quitter de toute façon.
  • Si je quitte la job, je suis ruiné financièrement, et harcelé par mes créditeurs.
  • Si je garde la job, je suis ruiné financièrement, et harcelé par Le Nazi.

Si je ne fais rien, ma vie est détruite. Si je fais quoi que ce soit, ma vie est détruite. L’étau se resserre. Je n’ai aucune issue.  Je me met à trembler incontrôlablement.  Didier s’en rend compte.

« Eh, mec!  Ça va pas? »

Je viens pour répondre.  Aucun son ne sort de ma gorge.  J’essaye encore.  Je constate avec horreur qu’il n’en sort que du vent. Mes cordes vocales sont paralysées.  

JE SUIS MUET!

La dernière chose dont je me souviens, c’est qu’en état de panique total, j’ai fui le bureau.  

J’ai repris conscience dans une ambulance. Cinq jours s’étaient écoulés.  

On m’a retrouvé chez moi, dans mon lit, inconscient, blessé à la tête.  Et muet!  Je me suis retrouvé à l’hôpital psychiatrique Douglas, où on a constaté une dépression sévère, avec choc psychologique ayant causé un traumatisme, qui a résulté à certaines connexions qui ne se faisaient plus entre mon cerveau et mes cordes vocales. 

Tous ces efforts pour faire quelque chose de ma vie pendant ces cinq dernières années.  Tout ce travail pour améliorer mon sort.  Et je n’étais plus qu’une épave.

À SUIVRE

General Menteurs, 5e partie: Assumer sa criminalité

RÉSUMÉ : Hiver 1998.  J’ai 29 ans et je suis séparé depuis trois ans de la mère de mes enfants.  J’ai un bon boulot et près du double du salaire minimum.  Je suis en couple avec Camélia, 20 ans.    Son père occupe un poste haut placé à General Motors, et il n’apprécie pas que sa fille sorte avec  un père séparé.  Sous sa promesse de pouvoir acheter une auto à $150.00 par mois, et sous menace à peine voilée de perdre mon emploi si je casse le contrat,  je me laisse peu à peu manipuler à accepter contre mon gré une location à $750.00.  Ces paiements abusifs ne me laissent même plus de quoi manger. Puisque je suis maintenant ruiné, Camélia met fin à notre relation.  Et lorsque je tente de mettre fin à mon contrat d’auto, coup de théâtre: Mon vendeur m’apprend qu’il est le grand frère de mon PDG.  Je ne peux donc rien faire, sans risquer de détruire ma carrière.

Pour faciliter la compréhension, tous les montants sont ajustés en dollars d’aujourd’hui.

Je ne saurais décrire la tempête émotionnelle qui fait rage dans ma tête en ce début de mars 1998. Il y a ce sentiment de rage et de frustration, de m’être ainsi laissé arnaquer financièrement.  Il y a le sentiment d’abandon et de mépris qui me vient de Camélia  Mépris, du reste, que je sens également de la part de tous ceux qui, dans mon entourage, me considèrent comme étant un pauvre cave de m’être laissé avoir ainsi. Harcelé de toutes parts, plumé de toutes parts, méprisé de toutes parts.  J’ai atteint le fond.

Mais bon!  M’écraser par terre sans un coin sans réagir, ce n’est pas mon style, puisque ça ne règle rien.  Je suis un homme d’action.  Je le prouve sans cesse, depuis que mon ex m’a imposé une paternité surprise en lâchant la pilule sans m’en parler.  À chaque problème, sa solution.  Je me relève donc, et je réagis.

Premier problème à attaquer: Pouvoir manger. Avec pratiquement 100% de mon argent qui part en obligations légales diverses, je n’ai plus rien pour me nourrir.  Je vais donc à la banque alimentaire de mon quartier, celle où s’approvisionnent mon ex et nos enfants.  La première chose que l’on me demande, c’est mon revenu.  Lorsque je leur dit, ils me rient au nez.  La banque alimentaire, c’est pour les gens dans le besoin, pas pour les privilégiés qui gagnent $58 000.00 par année.  J’ai bien essayé de leur expliquer que je suis coincé légalement dans une arnaque financière automobile, ils rient encore plus fort.  

« Quand qu’on peut s’payer un char de l’année, on peut se payer une épicerie. »
« C’est quoi, ce raisonnement-là? Je viens juste de vous expliquer que c’est justement le fait que je dois payer le char, qui ne me laisse plus une cenne pour manger. »
« Nous autres, on aide des familles qui sont dans’rue, ou su’l’BS, des femmes seules avec des enfants, qui gagnent même pas $10 000.00 par année.  Toé t’en gagnes $58 000.00.  Si t’es pas capable de t’arranger avec ça, c’est pas notre Christ de problème. »

En plein ce que j’avais besoin: Encore plus d’incompréhension et de mépris.

Cassandra, une de mes colocs, a peut-être la solution pour moi: Déclarer faillite.  Elle a un oncle qui travaille dans un syndic de faillite.  Elle pourrait me prendre rendez-vous.  La consultation est gratuite.  

Je rencontre le Monsieur, il est gentil et tout.  Cependant, là encore, il me dit que ce n’est pas en gagnant $58 000.00 par année que l’on se qualifie pour une faillite.  Ensuite, les choses ont bien changées ces dix dernières années.  Depuis la fin des années 80, la déclaration de faillite qui efface toutes tes dettes, ce n’est plus qu’un mythe.  Le Ministère du Revenu en a trop vu, des étudiants qui se marient pour avoir de plus gros prêts et bourses au Cégep et à l’Université.  Et qui, à la fin de leurs études, effacent leurs dettes de prêt étudiant en déclarant faillite.  Puisque j’étais conjoint de fait avec mon ex lorsque j’allais au Cégep, et que je paie maintenant mon prêt étudiant, eh bien j’entre dans cette catégorie.  Tout ce que le syndic peut faire, c’est rassembler mes dettes et s’arranger avec mes créditeurs afin de leur rembourser à tant par mois selon mes revenus.  Et dans mon cas, c’est inutile puisque c’est ce que je fais déjà.  

Ceci dit, c’est vrai que si j’y avais droit, le syndic pourrait faire en sorte que mes paiements soient diminués à un taux raisonnable.  Cependant, il me le déconseille:

« Quand tu déclares faillite, ça te suit toute ta vie.  Même 20, 30, 40 ans plus tard, tes employeurs le savent.  Et une job comme la tienne, où tu dois manipuler des cartes de crédit, on ne donne pas ça à quelqu’un qui a fait faillite.  Fa que, si tu veux avoir des jobs au salaire de crève-faim pour le reste de tes jours, déclare faillite. »

Bon!  

Je ne vois plus qu’une solution: Me libérer de mon contrat de location.  Une seule façon pour ça:  La poursuite judiciaire pour fraude et/ou abus de confiance.  Ça prend un avocat.  Je me rend donc au bureau d’aide juridique de mon quartier.  

Bien sûr, là encore, je me fais dire que quand on gagne $58 000.00 par année, on n’a pas droit à un avocat gratuit.  On me dit que je devrai aller consulter un avocat au privé, mais qu’il faut que je m’attende à un tarif d’environs $150.00 de l’heure, dans le minimum, si je suis chanceux.  Et s’il est un métier qui pratique l’art de plumer le client encore mieux que concessionnaire, c’est bien avocat.  Ce dernier, payé à l’heure, va faire durer la cause aussi longtemps qu’il le pourra.  On parle d’années, ici.  Du moins, il le ferait, si je pouvais me le payer.

Trop pauvre pour être riche et trop riche pour être pauvre. 

Je suis tellement désespéré que pendant un moment, je songe à me réconcilier avec la mère de mes enfants et retourner vivre avec eux, histoire de ne plus lui payer de pension.  Sauf que, avec mon salaire, ils lui couperaient le BS, et je devrai tous nous faire vivre sur mon salaire, ce qui me coûterait encore plus cher.  Et ça me me libérerait en rien des paiements de l’auto..  

Je n’aime pas baisser les bras.  Mais là, je n’ai pas le choix.  Je suis obligé de reconnaître que ma situation est tout simplement sans issue.

Ou l’est-elle vraiment?  
Je veux dire, oui, ok, j’ai épuisé toutes mes ressources légales.  Mais ça ne veut pas dire pour autant que j’ai épuisé TOUTES mes options.

Et si je cessais de payer, tout simplement?

Si je cesse de faire mes paiements, GM n’aura pas le choix, ils vont saisir l’auto, et vont annuler le contrat.  C’est quoi, le pire qui puisse m’arriver?  Un autre sept ans de dossier de mauvais crédit?  Et alors?  Vous avez vu la merde dans laquelle ça m’a mis, d’avoir du crédit?  Pourquoi est-ce que je voudrais encore en avoir?   Et puis, de cette façon, je me mets à l’abri des représailles de la part du vendeur.  Je ne l’attaque pas lui personnellement.  Je ne serai qu’un mauvais payeur, comme il y en a tant.  De toute façon, il le sait que je n’ai plus d’argent, et que je dois choisir entre le payer ou me nourrir. Mon mail était très clair à ce sujet.

Évidemment, en faisant ça, je donnerai raison à tous ceux qui médisent contre moi, en m’accusant d’être irresponsable.  Je donnerai raison aux parents de Camélia.  Je donnerai raison à tous ceux qui disent que je suis toujours à rechercher la solution facile.

De la façon dont je me suis démené pour faire de quoi de ma vie ces cinq dernières années, passant de BS qui n’a pas son secondaire 5, à cégépien, à technicien dans un centre d’appel en informatique, je me demande bien d’où ils vont chercher les arguments pour justifier pareil jugement à mon sujet.  

N’empêche, moi qui ai passé ma vie à tout faire pour être droit et irréprochable, c’est dur pour l’orgueil d’être obligé à en arriver là.  Mais bon, à ce point-ci, fuck l’orgueil.  Ce n’est pas un caprice, c’est une question de survie.  Et ce n’est même pas une façon de parler ou une exagération.  C’est ou bien je garde l’auto, ou bien je mange.  Point!  De deux maux, il faut choisir le moindre, que dit le proverbe.  Sauf que ce proverbe implique qu’il y ait un choix.  Dans mon cas, il n’y en a pas.

« Ok!  Ma décision est prise! J’arrête de payer le char! »

Et soudainement, je sens un grand poids moral s’enlever de mes épaules.   Je ressens un énorme soulagement.  Et je me mets soudain à rire, comme ça, tout seul, comme un hystérique.  Ça ne dure que quelques secondes.  C’est que je viens de réaliser ce que ça signifie, de cesser les paiements de l’auto :

  • Avoir de nouveau ma liberté financière.
  • Pouvoir manger à ma faim.
  • Ça va prendre quoi, deux paiements ratés avant que GM m’envoie les huissiers?  Je viens de payer le mois de mars qui commence à peine.  Ça veut dire que je peux rouler tout mars, tout avril, et une partie de mai avant qu’on me l’enlève.  Au moins deux mois de liberté garanti.
  • Impossible pour moi, en deux mois, de briser la limite des 20 000 km.  Ça signifie que je peux rouler aussi longtemps que je le veux, aussi loin que je le veux.

Il y a quelque chose d’étrangement apaisant à se dire Fuck the World et à refuser de suivre les règles que l’on nous impose.  De toute façon, ça m’a servi à quoi, à date, de prendre mes responsabilités, hm? Ça m’a servi à quoi, d’être le genre de personne droite, mature, qui a un code moral, qui suit toujours les règles?   Ça m’a juste servi à me faire manipuler par ceux qui ne les suivent pas, les règles.  Le vendeur de GM en est le parfait exemple.  Quand les règlements de GM l’empêchent de me faire signer un contrat, il les ignore.  Par contre, quand les règlements de GM me forcent à honorer son contrat abusif, il s’y tient.  Shakespeare lui-même le disait : Quand c’est pour son bénéfice, Satan est capable de citer la Bible.  Tout le monde le sait, les bons gars finissent toujours derniers. Alors no more mister Nice Guy, du moins pour les deux prochains mois.

En attendant ma prochaine paye, qui est la semaine suivante, je vais faire en sorte de tirer un maximum de mes deux prochains mois.  Première chose : Puisque je n’ai plus Camélia, me trouver une amante.  La première qui me vient en tête, c’est Fatima.

Fatima est une étudiante d’origine franco-iranienne, au Québec depuis deux ans, que j’avais rencontré l’année dernière lors d’un rassemblement de cégeps pour une activité intercollégiale, Le Marathon des 24 Heures d’Écriture.  Elle était venue s’asseoir à ma table.  Il y a eu attirance immédiate. Mais à cette époque, Internet était à ses débuts, et seuls les riches y avaient accès, ce qui n’était pas mon cas.  Maintenant que je travaille pour La Boite sur la page web d’Air Canada, j’y ai une connexion cinq jours semaine.  J’en profite pour la retracer. 

Elle a été heureuse d’avoir de mes nouvelles. Nous nous sommes fixés rendez-vous pour un drink.  Dès notre première rencontre, la chimie sexuelle y était toujours.  On a fini au motel. 

Nous sommes maintenant amants réguliers, et mon auto est un élément important de notre relation.  En général, je passe la prendre à son université.  Puis, dès que nous sommes à bonne distance de chez elle, elle retire son hijab et le range dans son sac à main.  Bien qu’elle ne fasse pas de remous afin de rester parfaite et irréprochable auprès de sa famille, c’est une petite rebelle éprise de liberté. Ayant moi-même vécu pendant plusieurs années sous la dictature de mes ex et de mes belles-familles, c’est le plus grand trait de personnalité que nous avons en commun.  C’est probablement ce qui nous rend aussi complices dans cette excitante relation secrète dans laquelle on viole tous les tabous avec passion.  On va partout sur la Rive Sud de Montréal, par exemple à St-Hyacinthe, y manger une bonne poutine bien grasse avec des saucisses de porc, avant de repartir en road-trip, ne manquant pas de s’arrêter ici et là pour baiser. 

Bientôt arrive avril.  Non seulement je prends grand plaisir à ne pas envoyer mon paiement à GM, le hasard veut qu’avril ’98 soit un mois à trois payes : j’ai un chèque le 1, le 15 et le 29.  Non seulement je me sauve $606.60, le hasard me rend plus-que-prospère avec ce triple revenu.  C’est comme si le destin était d’accord avec moi.  Après toute la merde que j’ai vécue, j’avais vraiment besoin de ça.  Alors même si ma dépense en essence a passé de $160 à près de $400.00, ça reste bien en-dessous de ce que je sauve en ne payant pas GM, donc ne m’affecte pas le moins du monde.    

Ceci dit, je continue néanmoins de payer les $143.72 pour l’assurance auto.  Parce que bon, la rébellion ne doit quand même pas inclure la négligence.  J’ai eu assez d’ennuis comme ça, si j’ai un accident dans mon auto que je ne paye plus, je tiens à être protégé.

Ce n’est qu’au 10 avril que je commence à avoir des messages de la part du vendeur.  Je les efface sans même les écouter au complet, et je n’y réponds pas.  Le vendredi suivant, il fait alors un truc auquel je ne m’attendais pas : Il m’appelle au travail, en me demandant c’est quoi, mon p’tit jeu, de ne pas envoyer mon paiement?  Non seulement ça, mais ça fait quatre mois que j’ai l’auto, elle serait due pour son second traitement d’antirouille à l’huile. Je bluffe en lui répondant que oui, en effet, désolé, je n’avais pas reçu ma paye, et je ne voulais pas prendre le risque de faire un chèque sans provisions.  Mais voilà, ça y est, j’ai l’argent, je lui envoie le chèque ce soir, il devrait l’avoir lundi.  Il me dit de plutôt lui amener le chèque en personne ce lundi-là, en leur amenant l’auto, qu’il fassent le traitement à l’huile.  En réalité, tout ce que je fais, c’est prendre son numéro en note pour le bloquer sur mon poste, et je ne me pointe jamais à GM.  Je passe les trois semaines suivantes à l’éviter habilement.  Et lorsque mai arrive, comme le mois précédent, je ne poste que le chèque de l’assurance.

Lundi le 12 mai, je reçois une lettre officielle de GM.  Ils me donnent dix jours pour les rappeler afin d’arriver à une entente de paiements avec eux, ou bien ils m’enverront un huissier pour reprendre possession du véhicule.  Je profite donc de ces dix derniers jours, utilisant l’auto même lorsque je n’ai nulle-part où aller, juste pour vivre au max ces derniers moments de liberté.

Mais bon, comme le dit le cliché, toute bonne chose a une fin.  Lundi matin le 25 mai, un huissier est chez moi et me fait signer les documents dans lequel je rends officiellement l’auto à GM.  Autrement dit, j’ai également fini de payer les assurances.  Puis, il me dit ce à quoi je m’attendais.

« À partir d’aujourd’hui, et pour les sept prochaines années, vous ne pourrez plus obtenir de crédit, ni même une carte de crédit. »

Dans sept ans, j’en aurai trente-six.  À ce moment-là, j’aurai passé les dix dernières années de ma vie avec un mauvais dossier de crédit.  En tout cas, s’ils veulent me saisir , je leur souhaite bonne chance : À part une petite TV et un lecteur VHS, je n’ai que mes vêtements et ma collection de comic books.  Tout le reste, c’est la mère de mes enfants qui s’en est emparé.  Et avant de vivre en colocation, j’étais en résidence étudiante meublée, alors ce n’est pas comme si j’avais eu l’opportunité de me procurer autre chose.

Ce qui fut mon véhicule pendant presque six mois repart en direction du concessionnaire GM à l’Île-des-Sœurs. Au bout du compte, ça m’aura coûté $2 426.40 envers GM et $862.32 aux assurances, et environs $1 500.00 d’essence.   Pour un grand total de $4 788.72.

« Ça m’aura aussi coûté ma relation avec Camélia, et ma bonne réputation parmi tout mon entourage.  Mais bon, dans ce dernier cas, il me suffira de leur dire que j’ai rendu l’auto, pour qu’ils cessent de me prendre pour un con. »

Lundi, premier juin 1998.  Je prends le métro et j’achète la passe autobus-métro du mois. Jamais je n’ai été aussi heureux de payer ces $83.00. Ça vaut mieux que ces $910, soit $750 pour l’auto + $160 d’essence. 

Mes ex colocataires sont parties, l’une à Québec, l’autre en Abitibi.  Je me suis trouvé un beau petit 3½ à $480.00, chose que je peux me payer maintenant que je n’ai plus ma bagnole.  Mon appartement est juste au milieu de l’édifice, avec des voisins en dessous, de chaque côtés et au-dessus, alors ça ne me coûtera pas cher de chauffage l’hiver prochain.  Avec tout ce que les gens jettent, en prévisions de leur déménagement, je me meuble entièrement de trucs trouvés aux poubelles, ce qui est encore sécuritaire en cet époque pré-punaises de lit.    

Je suis pratiquement voisin de presque-en-face de mes enfants et leur mère.  Ils habitent un HLM, ce qui signifie qu’ils n’ont pas à payer l’électricité.  Maintenant que nous sommes en meilleurs termes, j’y vais souvent, pour visiter les enfants.  Et aussi pour épargner au max mon électricité, en mettant en commun notre nourriture que je cuis chez elle. Et tant qu’à faire, je fais mon lavage là et y utilise la douche.

Je continue de fréquenter Fatima, mais on commence à se distancer un peu.  En pleine exploration de sa sexualité, elle réalise qu’elle a envie de trucs qui ne sont vraiment pas compatibles avec moi.  Et en même temps, de mon côté, je réalise que, à part la couchette, on n’a jamais vraiment rien eu en commun.  Nous perdons peu à peu le contact.   C’est aussi bien! Ça m’a fait du bien moralement, d’avoir été un Bad Boy pour un court moment, de me rebeller contre la société. Mais là, il est temps que je mette ce mauvais épisode derrière moi.

Au travail, je viens de changer de chef d’équipe.  En le voyant, Didier m’a dit :

« Oh, merde!  On t’a refilé Le Nazi.  Bonne chance, mec. »

Mais bon, peu m’importait.  Je commençais à 16 :00, et il finissait à 17 :00, ce n’est pas comme si j’allais l’avoir sur le dos longtemps. 

Du moins, je le croyais. 

À SUIVRE

General menteurs, 4e partie: Une coïncidence trop irréelle

RÉSUMÉ : Nous sommes en automne 1997.  J’ai 29 ans.  Séparé depuis deux ans de la mère de mes enfants, je suis maintenant en couple avec Camélia, 19 ans.  J’ai un bon boulot et près du double du salaire minimum.  Son père occupe un poste haut placé à General Motors, et il n’apprécie pas que sa fille sorte avec  un père séparé.  Sous sa promesse de pouvoir acheter une auto à $150.00 par mois, et sous menace à peine voilée de perdre mon emploi si je casse le contrat,  je me laisse peu à peu manipuler à accepter contre mon gré une location à $750.00. 

C’est le cœur lourd que je pars de l’Île-des-Sœurs au volant de la Cavalier quatre portes que je suis obligé de louer à $750.00 par mois, plutôt qu’avec ma Golf deux portes que je voulais acheter à $150.00 par mois.  Tout ça parce que je n’ai pas su faire la différence entre temps plein et permanent.  Qui aurait cru qu’une si simple erreur de ma part sur un contrat signé pouvait risquer de me valoir un dossier judiciaire pour fraude, et par conséquent risquer de me faire perdre mon emploi où je manipule des cartes de crédits.  Je suppose que malgré ces $600 de frais mensuels supplémentaires, je m’en tire à bon compte.

Prenant le chemin vers La Boite où je travaille, j’ai ma première leçon sur les réalités de l’heure de pointe et des embouteillages.  Je suis 50 minutes en retard lorsque j’arrive enfin.  Je viens pour m’introduire sur le parking de la boite, où une mauvaise surprise m’attend.  Pour avoir droit de m’y stationner, ça prend la vignette de stationnement de la compagnie, qui est $110.00 par mois.

« Hein?  Mais c’est $30.00 de plus que la passe autobus-métro.  Ça va pas!? »

Comme disait Gaston Lagaffe:

Je refuse de payer ça.  J’en serai quitte pour me stationner dans la rue.  Je parcours ainsi en rond toutes les rues du quartier.  Les seules places de libres sont dans des rues résidentielles qui demandent des vignettes de résidents.  Je finis par trouver une place libre et gratuite à huit coins de rues de La Boite. C’est avec une heure et demie de retard que j’entre au bureau.

Désormais, pour éviter la circulation dense et pour me trouver plus aisément du stationnement, je dois partir de chez moi deux heures plus tôt que lorsque je faisais le trajet en métro.  Au retour, passé minuit, la circulation est nulle.  Mais là, c’est dans mon quartier que je peine à trouver où me stationner, puisqu’à cette heure-là tout le monde est chez soi.  Je n’ai le véhicule que depuis trois jours, lorsque j’attrape ma première contravention.  $70.00 pour stationnement interdit.  Et c’est comme ça que j’ai appris que certains côtés de rue doivent être libérés pour entretient de 10:00 à 11:00 am.  Encore heureux que je ne paierai pas le plein prix de la location avant trois mois.  Décidément, avoir une auto, c’est beaucoup de soucis contre peu d’avantages.

Au moins, la fin de semaine me permet de rendre l’automobile agréable. Je vais chercher Camélia chez elle, et je l’amène à St-Hilaire où nous allons nous balader dans la montagne.  Elle est heureuse et fière de moi, ce qui la rend encore plus amoureuse, et encore plus chaude au lit.  Et puis, de pouvoir me promener comme ça, moi qui aime tant faire de la route, ça fait du bien.  Avoir une auto en ville est peut-être une expérience négative, il reste qu’en campagne c’est l’idéal. Mais ça reste bien la seule chose positive que je retire d’avoir cette auto.

Un truc qui joue sur mon moral quelque chose de négatif, c’est que maintenant que j’ai un véhicule, tout le monde, les amis, la famille, les collègues, me posent les deux questions suivantes :

« Combien que l’char te coûte? »
« Combien qu’tu payes d’assurances? »

Et dans 100% des cas, après y avoir répondu, je me fais servir la réplique suivante :

« Haaan?  Tu payes donc ben cher!  Moé ça m’coute la moitié / le tiers / le quart de ça. »

Car en effet, à les entendre, tout le monde paye moins cher que moi.  Et, dans plusieurs des cas, pour des véhicules neufs.  Par conséquent, aux yeux de tout mon entourage, je passe pour un pauvre con, de m’être laissé couillonner à ce point-là.  Et quand j’essaye d’expliquer pourquoi je n’avais pas le choix, puisque mon travail était en jeu, je me fais répondre que j’ai été vraiment cave de croire que d’annuler le contrat m’aurait apporté sept ans de mauvais crédit, que ce sept ans allait s’ajouter au sept années précédentes, ou que d’avoir confondu temps plein avec permanent , c’état suffisant pour m’apporter un dossier judiciaire pour tentative de fraude. J’en ai ras le bol de cette liste de commentaires condescendants que je reçois non-stop :

« Moé, dès que j’aurais vu que ce n’était ni le char ni le prix promis, je l’aurais envoyé chier. »
« Pourquoi t’as signé le contrat avant de connaître tous les coûts? »

« Franchement!  Beau-père, ET vendeur de char?  Pourquoi t’as fait confiance à ça? »
« Pis t’as cru c’qu’y disait? »
« Trois traitement antirouille?  C’est jamais plus que deux par année. »
« 400$ la révision?  C’est 250$ partout ailleurs! »
« Deux révisions? La révision annuelle, c’est une fois l’an. »
« Tu payes pour le système d’alarme, alors qu’il leur appartient? 

« Tu payes pour les pneus, alors qu’ils leurs appartiennent? »
« Ben là!  À c’t’heure que t’as signé, ça veut dire que t’as accepté, fa que t’as pu de recours. »
« T’aurais jamais dû signer ça! »

Excellente suggestion, génie!  Maintenant, peux-tu me diriger vers la plus proche machine à remonter dans le temps, que je puisse faire comme tu viens de me suggérer?

Mercredi 24 décembre 1997, jour de paie.  La patronne nous distribue nos chèques.  Tout l’monde se réjouit du bonus de Noël de $450.00. J’ouvre mon enveloppe.  Mauvaise surprise.  Je me lève et vais voir la patronne.

« Euh, Rolande!?  C’est parce que j’ai juste mon chèque de paie habituel dans mon enveloppe.  Y’é où, mon bonus? »
« Le bonus, c’est pour les employés permanents.  Toi t’es temporaire. »

Je soupire.  Encore heureux que, le mois prochain, je n’aurai à payer que $327.76 au lieu de $750.00 pour l’auto et ses assurances.  N’empêche que ce premier mois d’utilisation du véhicule m’aura coûté $40 d’essence par semaine, donc $160.00 pour le mois. (Au prix de l’essence qui fluctue sans cesse, j’ai gardé le montant de l’époque. Mais si vous voulez calculer vous-mêmes la différence, allez-y, je crois que dans le temps c’était 72¢ le litre.)

Je sors ma calculatrice et refais mes calculs. Alors en arrondissant au dollar près:

  • Une fois payés le prêt étudiant, la pension alimentaire, ma nourriture et ma part de loyer, d’électricité et de téléphone, il me reste $625 par mois.
  • Quand je croyais payer $425 pour l’auto, il me serait resté $200 par mois.
  • Maintenant que je paye $328.00, il me reste actuellement $297.00
  • Dès que je ferai des versements de $750, je serai dans le rouge de $125. 
  • Mon seul argent de disponible, celui qui n’est pas une obligation à taux fixe, c’est mon budget de nourriture, qui va donc passer de $300.00 à $175.00 par mois.
  • Alors si j’en déduis $160 d’essence par mois, il ne me restera plus que $15 par mois pour manger.

Je n’y arriverai jamais.  À ce prix-là, si je veux encore être capable de manger, je devrai abandonner l’appartement et vivre dans mon auto.  Bonne chose que j’aurai bientôt l’augmentation de mes six mois à La Boite.

Janvier 1998.  Je fais mon second paiement réduit pour l’auto, en plus de mon second versement pour l’assurance, un total de $327.76.

Nous entrons dans l’historique crise du verglas qui laissera certaines partie du Québec sans électricité pendant trois semaines.  Et ce mois-ci, je me réjouis d’avoir une auto car celle-ci me sauve la mise.

Tout d’abord, bien que La Boite soit paralysée par le manque d’électricité, les téléphones fonctionnent toujours.  Et puisque j’ai le contrat Air Canada, je suis l’un des rares qui puisse continuer de travailler.  Avec le métro paralysé, je m’y rends en auto.  Et sans personne pour surveiller le parking, je le monopolise.  Truc amusant, lorsque je reçois des appels, peu importe de où dans le monde, je n’ai qu’à dire que je suis à Montréal, ils comprennent aussitôt que je ne peux rien faire pour eux.  Le fait que nos aéroports sont paralysés par la glace, c’est une nouvelle diffusée à l’échelle de la planète.  Ça m’étonne un peu, j’avoue.  Sauf pour l’Angleterre, puisque les Rolling Stones ont eu à annuler leur spectacle prévu au Stade Olympique.

L’auto me permet également de m’occuper de mes enfants et de leur mère, qui se font trimbaler d’un refuge à l’autre, généralement des gym d’écoles.  Je peux ainsi aller chercher chez eux du matériel de première nécessité, couches, lait, lit gonflables, etc, ce qui nous assure un maximum de confort.

Toute mauvaise chose a une fin.  Le courant a été rétabli.  En après-midi, le président directeur général et fondateur de La Boite nous convoque tous.  Il a une bonne nouvelle à nous annoncer :  Bien que personne n’ait pu travailler pendant trois semaines, leur salaire leur sera néanmoins versé.  La généreuse décision a été accueillie par un tonnerre d’applaudissements.  Cependant, je m’interroge.  Je vais voir ma patronne.

« Oui, Rolande, euh…  Et les rares qui, comme moi, ont travaillé pendant ces trois semaines?  Est-ce qu’on a droit à double salaire?  Ou du moins, un bonus, d’être les seuls à avoir été fidèles au poste pendant le verglas? »
« L’assurance salaire, c’est pour les employés permanents.  Toi, t’es temporaire. »

Je soupire!  Je suppose que dans de telles conditions, je dois me compter chanceux d’avoir pu travailler pendant la crise.  N’empêche que j’ai bien de la misère à me réjouir que tout le monde ait eu droit à trois semaines de congés payés, sauf moi.  Encore heureux que la semaine prochaine, ça fera six mois que je serai ici.  

La semaine suivante, lorsque je vais voir Rolande pour lui parler de mon augmentation, devinez?

« L’augmentation aux six mois, c’est pour les employés permanents.  Toi, t’es temporaire. »

Je soupire! Trois rentrées supplémentaires d’argent dont j’aurais eu désespérément besoin, et elles me sont toutes refusées.  Ma situation d’employé temporaire commence à me faire royalement chier.  Sur ce, Rolande me fait signer mon second contrat de six mois, au bout duquel elle me rassure de nouveau que j’aurai ma permanence à la fin de celui-ci.  Je me console en me disant que ce contrat-là, au moins, me rapporte de l’argent au lieu de m’en coûter. 

Février passe.  Ceci est le dernier mois où je paye $327.76 au lieu de $750.  Prévoyant, je me limite autant que je peux dans la nourriture, achetant des produits moins cher, limitant mes portions.  Pour sauver sur l’essence, désormais je n’utilise l’auto que pour aller travailler, et voir Camélia le samedi. 

Je songe à me trouver un second travail pour les weekends.  Je retourne au resto où je faisais la vaisselle lorsque j’étais au cégep.  Et c’est là que j’apprends que les choses ont changé depuis quelques temps dans le paysage de l’emploi au Québec.  Le travail à temps partiel de fin de semaine, ça n’existe pratiquement plus.  Par exemple, dans mon temps, au resto, il y avait quatre plongeurs : Deux à temps plein la semaine, et deux à temps partiel les weekends.  Maintenant, c’est trois plongeurs à temps plein, le premier a congé samedi-dimanche, le second lundi-mardi, et le troisième mercredi-jeudi.  Comme ça, il y a toujours deux employés en même temps, et le patron se sauve les frais, du fait de ne pas avoir un 4eemployé.  Et c’est rendu comme ça pratiquement partout.

En désespoir de cause, je vais voir Rolande.  Certains de nos clients, comme Air Canada justement, sont ouverts 24/7.  Peut-être pourrais-je…?  Mais non, impossible!  Premièrement, au-delà de quarante heures, selon la loi, il faudrait me payer en temps supplémentaire. Et La Boite a beau faire deux milliards de chiffre d’affaire par année, le président n’accepterait pas un tel arrangement.  Et de toute façon…

« Le temps supplémentaire, c’est pour les employés permanents.  Toi, t’es temporaire. »

Lundi, 2 mars 1998.  Aujourd’hui, j’ai fait mon premier paiement complet de $750.00 pour l’auto.  Malgré mes efforts, je n’ai rien trouvé pour améliorer mes finances.  Camélia, à qui je cache la réalité de mon budget, commence à me reprocher mon avarice, de ne plus vouloir rien faire les weekends, nous qui ne nous privions jamais de sorties au cinéma, au bar ou au resto. Et puisque j’ai eu le malheur de lui dire que je me cherchais un second travail les weekends, voilà qu’elle m’accuse d’être devenu un maniaque de l’argent, prêt à négliger sa blonde juste pour faire quelques dollars de plus.

Didier, un collègue qui travaille sur mon quart de travail, mais pour un autre client de La Boite, s’interroge sur mon air déprimé et mon petit lunch où les nouilles au beurre ont remplacé le steak.  Il est ici depuis peu, et n’a donc pas fait partie de ceux qui se sont moqués de mon onéreux état d’automobiliste.  Alors je lui raconte tout, dans le détail.

« Et inutile de dire que je me suis fait avoir, je le sais!  Mais bon, j’en serai quitte pour manger pas mal de nouilles pour les trois prochaines années. »
«  Mec, tu t’es fait avoir bien plus que tu ne le crois.  Tes nouilles, tu ne pourras jamais te les permettre. »
« Qu’est-ce que tu veux dire? »
« Je parle de la limite du 20 000 kilomètres. »
« Quoi, la limite du 20 000 kilomètres?  J’la dépasserai jamais, la limite du 20 000 kilomètres. »

Il prend sa calculatrice.

« 365 jours fois trois ans, ça donne 1095 jours.  20 000 kilomètres divisés par 1095 jours, tu veux voir ce que ça donne? »

Sans me laisser le temps de répondre, il me montre l’écran de sa calculatrice.

18.26

Ma mâchoire tombe.

« JE N’AI DROIT QU’À DIX-HUIT KILOMÈTRES ET QUART PAR JOUR?  J’en fais 21, juste en aller-retour entre ici et chez moi, cinq jours par semaine..  Camélia habite à Kirkland, c’est 28 kilomètres en aller simple.  Mes parents, à St-Hyacinthe, c’est 45.  C’est épouvantable! »

En panique, je mets mon téléphone à Occupé, et je sors du building, direction mon auto stationnée tout près.  Ici, vous comprendrez que, au moment d’écrire ces lignes, ça fait plus de vingt ans, je ne me rappelle donc plus quel était le kilométrage d’inscrit au tableau de bord.  Par contre, je me souviens très bien que, en se basant sur ce que j’avais parcouru en trois mois, Didier a pu calculer qu’au bout de trois ans.  Je dépassais de plus de 12 000 km la limite imposée. Multiplié par seize sous, ça me rajoute $1920.00.

« Donc, $750 fois trente-six mois, si tu ne dépasses pas la limite, ça te coûtera $27 000.00, pour une auto que tu n’auras pas pu utiliser à ta guise.  Par contre, si tu continues comme ça, ajoutons ce $1920.00, tu auras payé $28 920.00.»

Et ça, c’est avant le coût de l’essence ($160.00 X 36 = $5 760.00) qu’il est inutile de rajouter puisque je ne peux plus me la payer de toute façon. Je suis totalement ruiné.  Mais comment est-ce possible que l’on puisse à ce point-là frauder quelqu’un, et que ça reste parfaitement légal?  Ça dépasse mon entendement.

La fin de semaine suivante, Camélia vient chez moi.  Alors qu’elle s’apprête à me faire la morale encore une fois sur le fait que je commence à la négliger, je décide de lui mettre les cartes sur tables.  Ou du moins, mon budget.  Elle savait pour le prêt étudiant, mais j’ai eu à lui révéler pour la pension.  Sa réponse :

« Mes parents avaient raison.  Un gars qui a à payer une pension alimentaire, ça n’aura jamais d’argent, et c’est sa conjointe qui va être obligée de le faire vivre. »
« Je te ferais remarquer qu’avant que ton père et toi insistiez pour que j’achète un char, il me restait $625 par mois.  Et avec ça, on pouvait faire tout ce qu’on voulait, toi et moi.  On avait l’association parfaite.  Toi tu nous conduisais, et moi je payais les sorties.  Mais noooon, ça ne te suffisait pas, fallait que tu insistes pour que j’aille un char moi aussi.  Alors que je vous avais pourtant bien dit, à ton père et à toi, que je n’en avais pas les moyens. »
« Mais là, franchement, l’auto, ça peut pas te coûter si cher que ça! »

J’ai alors pris une feuille, et, devant elle, j’ai fait le calcul, documents officiels de GM et d’assurances à l’appui, je lui ai montré tout ce que j’ai à payer.  Elle n’a pas eu le choix de reconnaitre que l’addition montait bien à plus de $750.00.  Sur ce, je replie la feuille, le lui donne, et dit :

« Alors la prochaine fois qu’ils gueulent contre moi comme quoi je n’aurai jamais d’argent à cause de la pension alimentaire, tu pourras leur répondre que le char me coûte deux fois plus cher que la pension. Un char que je ne voulais pas et dont je n’avais pas besoin, mais que ton père et toi insistiez pour que j’achète. Et dans ce temps-là, on parlait de la Golf à $150.00. Tsé, celle que ton père m’a promis, mais qu’on n’a jamais vu? Alors va pas me faire accroire que c’est moi qui a causé le problème, ici. »

Apparemment, elle leur en a parlé dès son retour chez eux.  Car le soir-même elle m’appelait pour me dire que ses parents lui ont fait comprendre que tout ce que ça prouvait, c’est que je ne sais pas tenir un budget.  C’est ce qu’ils lui répètent depuis des mois, mon papier ne fait que le confirmer.  J’ai eu beau lui expliquer que c’était la faute de son père,, elle n’en démord pas: Peu importe la raison pourquoi je n’ai plus un sou, que ça ait rapport à son père ou non, ça ne change rien au fait que je n’ai plus un sou.  Et que ça va être comme ça pour les trois prochaines années.  Et même lorsque je n’aurai plus l’auto, j’aurai toujours la pension alimentaire, qui va aller en augmentant à mesure que les besoins et les études de mes enfants grandiront.  Elle est donc d’accord avec eux que je n’ai aucun avenir.  Et se brouiller avec ses parents pour un gars comme moi, qui vient de se montrer stupidement dépensier et sans avenir, ça n’en vaut pas la peine.  Ceci est donc la fin de notre relation.

J’ai acheté un char pour satisfaire ma blonde. Et là, à cause du char, je n’ai plus de blonde.

Le lundi suivant, de mon travail, j’écris un long courriel au vendeur de GM.  Je lui dis en détail, calcul à l’appui, à quel  point le deal qu’il m’a fait signer est abusif.  Je rajoute même une liste de dix personnes, de la famille, des amis, des collègues, tous automobiliste, listant ce que chacun doit payer pour l’auto et en assurances, tous payant beaucoup moins cher que moi.  Et ce, sans « avoir droit au rabais de l’employé GM. »  J’ajoute leurs numéros de téléphone, qu’il puisse leur demander s’il ne me croit pas.  Et, bien sûr, je souligne le chantage auquel il m’a soumis, en me faisant accroire faussement que j’aurais droit à un dossier judiciaire pour fraude, juste pour avoir confondu temps plein avec permanent.

Je conclus par un ultimatum : Il brise le contrat et reprend l’auto, ou je rend notre deal public, amenant tous nos documents à la police, à un avocat, aux journaux, à la télé, peu importeMais les gens vont savoir ce qui s’est passé.  Et avec ce nouveau phénomène qu’est internet, je n’aurai même pas besoin des médias pour étaler la chose aux yeux de tous. Et si vous songez à me poursuivre pour diffamation, bonne chance: À cause de vos magouilles, je n’ai plus un sou, alors ce n’est pas comme s’il me restait encore quelque chose à perdre.

Le lendemain, il m’appelle.  Évidemment, j’ai droit à des accusations de paranoïa, du fait que c’est facile de se laisser monter la tête par des gens qui prétendent payer moins que moi.  Il va même me dire que je n’ai pas à me défouler sur lui de mes frustration sexuelles de m’être fait domper par ma blonde.

COMMENT CE FAIT-IL QU’IL SOIT AU COURANT?  J’avoue que je ne m’attendais pas à celle-là.  Mais ce n’est rien à côté du coup de théâtre qu’il me sert pour conclure notre échange :

« Moi, à ta place, je ferais ben attention.  Parce que j’ai ici, dans ton dossier, une lettre dans laquelle tu déclares frauduleusement être employé permanent alors que tu es juste temporaire. Faux document, imitation de signature… Avec un bon avocat et un peu de chances, tu peux t’en tirer pour quoi, trois ans? »

Je me sens blêmir. Ça a beau être lui qui m’a demandé de produire ce faux, il reste que c’est moi qui l’ai produit. Et je n’ai aucune preuve qu’il m’a forcé la main à le faire. Sur ce, il termine sa réplique en beauté avec le plus inattendu des rebondissements.

« Et, en passant… Tu sais, là, le fondateur et président directeur général de La Boite où tu travailles?  C’est mon petit frère.  Bonne journée. »

En effet, ils ont le même nom de famille.

Et en effet, maintenant qu’il me le dit, je réalise que oui, ils ont une physionomie et une voix assez semblable.

À SUIVRE

General Menteurs, 3e partie: Auto-destruction financière,

RÉSUMÉ : Nous sommes en automne 1997.  J’ai 29 ans.  Séparé depuis deux ans de la mère de mes enfants, je suis maintenant en couple avec Camélia, 19 ans.  J’ai un bon boulot et près du double du salaire minimum.  Son père occupe un poste haut placé à General Motors, et il n’apprécie pas mes origines pauvres ni le fait que je suis père séparé.  Il commence à se faire à l’idée que nous sommes en couple pour durer, mais pas au fait que je ne possède pas d’automobile.  Aussi, par un de ses employés, je me laisse peu à peu manipuler à accepter des conditions de locations de plus en plus louche. 

Pour faciliter la compréhension, tous les montants d’argent sont ajustés en dollars d’aujourd’hui.

Ce qu’il y a de bien de travailler de 16 :00 à minuit, c’est que ça me laisse toute liberté requise pour faire tout ce que j’ai à faire dans une journée.  Aussi, le lendemain, je me rends au concessionnaire GM pour remettre la lettre au vendeur.  Il regarde en souriant le document qu’il sait falsifié, en disant :

« Et dire que t’étais prêt à tout abandonner pour un aussi petit détail.  Bon ben maintenant on peut compléter la transaction. »

Et c’est parti!  Il me sort de nouveaux documents.

« Puisque c’est une location, ça veut dire que le véhicule appartient toujours à GM, et qu’ils vont en reprendre possession dans trois ans.  Est-ce que c’est clair pour toi? »
« Oui! » 
« Alors signe ici! »

Je signe le papier.

« Maintenant, tu comprendras que si GM veut récupérer le véhicule, il faut s’assurer que tu ne te le fasses pas voler.  Ils sont donc obligés de t’installer un antivol.  Ça vient avec une lumière clignotante sur ton tableau de bord, pour dissuader les voleurs.  Est-ce que c’est clair pour toi? »
« Oui! » 
« Alors signe ici! »

Mon œil accroche à un détail sur le papier.

« Trois cent dollars? »
« Ben oui!  L’antivol, c’est pas gratuit.  Et faut l’installer.  Les pièces, la main d’œuvre, ça se paye! »

C’est bien à contrecœur que je signe cette nouvelle dépense imprévue.

« Maintenant, tu comprendras que quand GM va récupérer le véhicule, il aura quatre ans d’âge.  Alors pour pouvoir le revendre, ils doivent s’assurer que tu leur rendras en parfait état.  Est-ce que c’est clair pour toi? »
« Oui! » 
« Alors pour s’assurer qu’il n’a aucune trace de rouille, tu t’engages à le faire traiter à l’antirouille à l’huile à tous les quatre mois. Est-ce que c’est clair pour toi? »

Ce qui est clair pour moi, c’est que maintenant que j’ai signé le contrat de location, je n’ai pas le choix d’accepter toute nouvelle dépense aussi imprévue qu’obligatoire qu’il me lance au visage.

« Et combien ça va me coûter en plus, cette nouvelle dépense dont vous ne m’avez jamais parlé avant? »

Il me regarde d’un air aussi surpris qu’offensé.

« Ok, pourquoi tu me dis ça, là?  Tu me parles comme si tu m’accusais de te passer la crosse du siècle.  Toutes ces dépenses sont des options standards, normales, légales et obligatoires que la loi impose à GM.  Alors on se calme, s’il vous plaît!. »

Euh… Ok!  Voilà une réaction aussi surprenante que totalement disproportionnée. Mais bon, lorsque quelqu’un fait son offensé, la meilleure façon de lui répondre, c’est calmement, en phrasant la chose de manière à démontrer que c’est lui, l’imbécile qui pète un câble pour rien.  Et ça, c’est un art que je maîtrise parfaitement :

« Euh… Je ne comprends pas ce que vous voulez dire.  Est-ce que c’est une nouvelle dépense? Oui!  Est-ce que vous m’en avez parlé avant? Non!  Est-ce que c’est normal, alors, que je vous demande combien ça va me coûter, cette dépense dont vous ne m’avez jamais parlé avant? Oui!  Alors pourquoi vous réagissez comme ça? »

Il n’y a rien comme poser une question embêtante à l’autre pour lui clouer le bec.  Avec la manière qu’il a de me parler comme si j’étais un imbécile, ça fait du bien de pouvoir inverser les rôles.  Aussi, pour toute réponse, il me refile le papier.  Coût de l’antirouille : $100.00.

« Par année? »
« Par séance! »
« Donc $300$ par année, c’est bien ça? »
« Ben là, c’t’évident! »
« Ben voilà! Trois-cent dollars.  Est-ce que c’était si difficile à dire? »

J’appose ma signature sur le document, je le lui rends, et d’une voix calme et souriante, je lui demande :

« Bon, alors, sur quel autre nouveau frais standard, normal, légal, obligatoire, et jusque-là caché, dois-je apposer ma signature, maintenant? »

J’avoue que, de pouvoir à mon tour le piquer avec condescendance, ça me procure une certaine satisfaction morale.  Malheureusement, ce n’est pas ça qui va améliorer mon sort.  Parce que oui, il avait d’autres frais cachés à me balancer.

« Pour s’assurer que le véhicule reste en bon état de marche, il faut le ramener ici deux fois par année pour passer en révision. »
« C’est combien? »
« $400.00 la révision, donc $800.00 par année. »

Et il me refile le papier, cette fois sans me demander si c’est clair pour moi.

« Et huit-cent piastres de plus.  Une chance que j’ai droit au rabais des employés, hm!? »

Je signe et le lui rend.  Il sort un nouveau document.

« Au Québec, du 15 décembre au 15 mars, il est illégal, selon la loi, de rouler sans des pneus d’hiver.  C’est $500.00 dollars, soit cent par pneus et cent pour l’installation. »

Cette fois, j’atteins ma limite morale, ce qui me fait perdre ma façade faussement harmonieuse. 

« Ok!  Là, là, ça va faire!  Je l’sais bien que, maintenant que j’ai signé le contrat de location AVANT que vous me balanciez tous ces frais-là, ça veut dire que je suis obligé par la loi à tous les assumer, sous peine de me retrouver avec un dossier judiciaire pour fausse déclaration, ce qui va me faire perdre ma job … »

C’est ma manière de lui ramener que je ne suis ni plus ni moins que la victime de son chantage.

« …  Et non, je ne mets pas votre parole en doute quand vous dites que ce sont des frais standard, normaux, légaux, obligatoire.  Mais là… »

Je m’empare de la calculatrice sur son bureau et je fais le compte. 

« $300.00 l’antivol, $300.00 l’antirouille, $800.00 la révision, $500.00 les pneus, ça fait $1900.00, et ça c’est avant les taxes je suppose?  Ça veut dire plus de deux mille piastres de frais que vous m’aviez jusque-là caché.  J’ai pas c’t’argent-là, moi!  Vous avez vidé mon compte avec votre premier paiement et votre dépôt de sécurité.  Fa que, me v’là lié légalement à un char que je ne pourrai jamais sortir d’ici parce que je n’ai plus rien pour payer vos frais cachés, tout ça parce que mon beau-père, votre patron, m’a promis que je pouvais acheter à $150.00 par mois une Golf que vous n’avez pas été capable de me produire. »

Il vient pour me répondre, mais je l’interrompt.

« Et avant de protester encore comme quoi je vous accuse de quoi que ce soit, est-ce que je viens de dire quelque chose qui était faux? »
« Non, bien sûr!  Mais si tu m’avais pas interrompu, je t’aurais dit qu’on ne t’a jamais demandé de payer tout ça d’un coup.  Ces frais sont divisés par douze, pour n’en faire qu’un petit montant qui s’ajoute à ton paiement mensuel, c’est tout. »

Il reprend sa calculatrice. 

« $1900.00, plus taxes…  Divisé par douze mois…  Voilà : $184.04 par mois.  Même pas deux-cent piastres. Et tiens : Pour te montrer ma bonne volonté, il te restait encore comme frais les plaques, l’enregistrement et l’immatriculation.  On te les donne en bonus.  Ça te va? »

Sur ce, il me tend la main, tout souriant.  Ben coudonc!  Je lui serre donc la main, persuadé que mes protestations m’auront au moins épargné une coupl’ de centaines de dollars, totalement ignorant qu’en réalité il ne me sauve que 15$.  Il rajoute :

« Et comme tu dis, tu nous a déjà fait le premier paiement et le dépôt de sécurité, qui équivaut à deux paiements. Ça, ça veut dire que tes paiements sont déjà faits pour décembre, janvier et février.  Tout ce que tu auras à verser pour ces premiers trois mois-là, c’est $184.04.  Ça te laisse quatre mois avant ton premier vrai paiement, soit amplement le temps de redresser ton budget. »

J’avoue!  Enfin, une bonne surprise.  Tout fier de lui de m’avoir amadoué, il dit :

« Bon ben maintenant, tu dois nous laisser le temps d’installer l’antivol, les pneus d’hiver, faire le premier traitement à l’huile, et la première révision.  Repasse la semaine prochaine, lundi le premier décembre.  Tu en profiteras pour nous donner ton premier $184.04.  Et à part ça, tu n’auras plus à nous verser un sou de plus.  Rassuré? »

Rassuré, ouais, tellement que je ne me pose même pas la question sur pourquoi une auto toute neuve aurait besoin d’une révision.

Dans le bus, sur le chemin qui m’amène du concessionnaire jusqu’à mon boulot, je sors un papier et un crayon de mon sac à dos et je fais un petit calcul. À mon paiement mensuel initial de $424.56, je rajoute les $184.04 de frais cachés, histoire de voir combien je devrai verser à partir de mars 1998.  Les cheveux me redressent sur la tête en voyant le total de $606.60.

« C’est pas possible!?  Mais comment ils font pour payer leurs autos, ceux qui n’ont pas droit au rabais de l’employé? »

Je multiplie par douze : $7 279.00 par année.
Je multiplie par trois : $21 837.00 en tout.

C’est décourageant!  En tout cas, il y a deux choses qui me consolent.  De un, j’aurai de nouveau un bon dossier de crédit dans trois ans.  Et de deux, au moins, il ne me chargeront plus jamais un sou de plus.  J’en serai quitte, comme il me l’a suggéré, d’utiliser les trois prochains mois pour m’en mettre de côté et ajuster mon budget. N’empêche que mon budget sera vraiment au sou près pour les trois prochaines années.  Une chance que j’ai droit à des augmentations à tous les six mois au travail.  La première sera dans deux mois. Et mieux encore: Dans un mois, il y aura le bonus de Noël, d’à peu près 400$. Voilà qui va aider à mes premiers vrais paiements.

En attendant d’en prendre possession, je me promène sur le net, sur les pages de compagnies d’assurances, histoire de me magasiner un bon deal.  J’ai la chance d’avoir plus de 25 ans, de conduire depuis plus de deux ans, et d’être non-fumeur.  Trois choses qui diminuent les primes.  Ça me permet de me faire une idée sur le prix que j’aurai à débourser. C’est juste que je ne peux pas avoir un montant précis. Puisque je n’ai pas avec moi les papiers de l’auto, je suis incapable de leur donner les renseignements requis pour me créer un dossier.  Tant pis, j’en serai quitte pour faire ça lundi, dès que j’aurai l’auto et sa paperasse.

Une semaine plus tard, lundi le premier décembre 1997, 10:00 am.  Je suis à GM, au bureau du vendeur.  Je signe les derniers papiers.  Avant d’apposer ma dernière signature, il me précise un dernier truc.

« Ce n’est pas un nouveau frais caché, dans le sens qu’il n’en tiendra qu’à toi si tu as à payer quelque chose ou non. »
 » Ok! Et c’est quoi? »
« Comme tu sais, lorsque GM reprendra le véhicule dans trois ans, il va le revendre.  L’une des choses qui diminuent la valeur d’un véhicule, c’est son kilométrage.  Voilà pourquoi, quand tu leur rendras, il ne devra pas avoir plus de 20 000 km au compteur. »

Vingt mille kilomètres?  Ça me semble assez excessif comme distance.  Ce n’est pas comme si je planifiais de faire le tour du monde avec. Il va juste me servir pour aller travailler, faire mon épicerie, voir Camélia les fins de semaine, et des fois visiter mes parents à St-Hyacinthe.  Y’a rien là!

« De toute façon, » me rassure-t’il, « s’il y a un excédent, on ne chargera seulement $0.16 le kilomètre.  Pas la mer à boire. »

En effet.  De toute façon, je ne me vois pas atteindre un tel kilométrage, et encore moins le dépasser.

« Est-ce que c’est clair pour toi? »
« Oui! » 
« Alors signe ici! »

Et voilà, dernière signature.  La paperasse est enfin complétée.  D’un des tiroirs de son bureau, le vendeur tire les clés de mon véhicule.  Il me les tend.

« Félicitations!  À partir d’aujourd’hui et pour les trois prochaines années, tu as un véhicule à ta disposition. »

Alors que je viens pour prendre les clés, il referme sa main sur le trousseau et rétracte brusquement son bras.

« Mais là, y’é pas question que j’te laisse partir avec si t’as pas d’assurances. »

Son geste, autant que ses paroles, me font l’effet d’une gifle.  J’en reste figé.  En voyant ma réaction, le vendeur part à rire.  Pas un rire de bon cœur.  Le genre de rire que l’on pousse lorsque que l’on trouve que la personne en face de nous est atteinte de crétinisme terminal.  Ce que je comprends dans son rire, c’est qu’il trouve très drôle de me coller un nouvelle dépense, tout en s’imaginant que je ne l’avais pas prévue.  Et il peut s’en laver les mains car, techniquement, comme il me l’a dit, ce n’est pas GM qui me réclame de nouveaux frais.  Ça démontre surtout que sa mise en scène avec les clés et sa réplique, c’est quelque chose qu’il a prévu d’avance pour rire de moi.  Quel désagréable personnage.  Aussi, histoire de le désarçonner, je lui demande calmement, d’une voix faussement interrogatrice et confuse :

« O-kaaay!  Et c’est drôle, d’avoir des assurances? »
« Ben là, tu savais pas que ça prend des assurances pour rouler?  Tout l’monde sait ça, franchement. »

En plein ce que je pensais :  Il continue de me prendre pour un con.  Et il ne s’en cache plus.  Je réplique, de manière à lui montrer que le plus con des deux n’est pas celui qu’il pensait.

« Ok!  Premièrement, ma réaction, c’est juste que le geste, là, de me niaiser en me présentant les clés pour me les enlever alors que j’allais les prendre, j’ai pas subi ça depuis l’école primaire, donc je ne m’attendais pas à ça de la part d’un adulte normal. »

Je prends mon sac à dos et je l’ouvre.

« Et ensuite, oui, en effet, comme tout le monde, je le sais, que ça prend une assurance.  La preuve, c’est que j’ai déjà fait des démarches auprès de la compagnie Wawanessa, dont j’ai les papiers ici, et qui attendent juste que je puisse leur téléphoner pour leur donner les détails au sujet du char.  Fa que, si vous me permettez de les appeler, ça va être réglé en quelques minutes. »

Sans se démonter, il se lève et prend son manteau.

« Si tu avais acheté l’auto, tu aurais pu te faire assurer n’importe où par n’importe qui.  Mais ton contrat est pour une location.  Ça signifie que le véhicule appartient toujours à GM, et GM ne fait pas affaire avec Wawanessa.  Ça fait que j’ai déjà pris rendez-vous avec un agent, qui a déjà préparé ta police d’assurance, et qui nous attend.  On y va! »

Je lui emboite le pas, avec un sentiment de frustration.  C’est que, à chaque fois que j’essaye de me protéger, que ce soit au tout début en réclamant la Golf 97 à $150.00, ou maintenant avec mes assurances, non seulement c’est toujours balayé du revers de la main comme quoi il lui est impossible de m’accommoder, il m’est impossible de vérifier s’il dit vrai.  Je suis obligé de me fier à sa parole.  Déjà que la parole d’un vendeur d’auto, la planète entière sait ce que ça vaut, le comportement de celui-là ne fait rien pour m’amener à croire que cette réputation est injustifiée. 

Nous arrivons au bureau d’assurances, où l’assureur me présente la police qu’il a préparé pour moi.  Je ne m’attendais pas à un tel tarif.

« $1500.00 par année? »
« Oui, mais c’est normal.  C’est ton premier véhicule.  Ce n’est pas comme si tu avais de l’expérience à conduire. »
« Ça fait trois ans que je conduis. »
« Tu conduis quoi?  Le char à tes parents? N’importe qui peut prétendre ça, mais c’est impossible à prouver. »
« Je suis inscrit sur l’assurance auto de mes parents. »
« N’importe qui peut inscrire n’importe qui sur ses assurances.  Ça veut pas dire que tu le conduis. »
« N’empêche que Wawanessa m’offrait une assurance qui coûtait moitié moins cher que la vo–… »
« C’est pas un char que t’as acheté, c’est une location.  GM te prête le char, mais il leur appartient toujours.  C’est normal qu’ils veulent se protéger au max, surtout quand le conducteur n’a aucune expérience. »

Qu’est-ce que vous voulez que je réplique à ça?  Résigné, je prends le stylo.  Mais au moment où je viens pour signer, je constate une erreur dans la première page de la police d’assurance.

« Euh… la case, ici… Vous avez coché « Moins de 25 ans.»  …  Je n’ai pas moins de 25 ans.  J’en ai 29.  Et ÇA, je peux le prouver. »
« Ça change rien! »
« Comment ça, ça change rien?  Je sais parfaitement que les assurances auto, ça coûte plus cher quand on a moins de 25 ans, alors ne dites pas que ça change rien! »
« Quand on dit
« moins de 25 ans », en fait, c’est une manière de dire que le chauffeur n’a pas d’expérience.  Vous dites que vous avez 29 ans, et que vous conduisez depuis trois ans, ça veut dire que vous avez eu votre permis à 26 ans, et votre premier auto à 29.  Personne ne s’attend à ce que quelqu’un aille son permis et son premier char après ses 25 ans.  Pourquoi tu penses que le contrat est fait de cette manière? »

Non seulement il me rabaisse, il m’insulte, il me bullshitte à plein nez, là encore il m’est impossible de vérifier s’il dit vrai ou non.  Mes options se limitent donc à ces deux choix :

  • Signer, donc accepter de me faire frauder.
  • Refuser de signer, être obligé d’abandonner le véhicule ici, et quand même devoir le payer à tous les mois pendant trois ans.

Je signe donc, ce qui me rajoute, avec les taxes, $1724.63 par année.  Donc $143.72 par mois.  Rajouté à mes $606.60, ça signifie $750.32 par mois. 

Pendant trois ans.

$27 011.52 en tout.

Pour un véhicule qui ne m’appartiendra jamais.

Mais comment est-ce qu’ils font pour payer ça, tous les autres propriétaires d’automobiles, sans avoir eu droit comme moi au rabais de l’employé GM?

À SUIVRE

General Menteurs, 2e partie : Le piège à cons

RÉSUMÉ : Nous sommes en automne 1997.  J’ai 29 ans.  Séparé depuis deux ans de la mère de mes enfants, je suis maintenant en couple avec Camélia, 20 ans.  Son père occupe un poste haut placé dans l’administration de General Motors of Canada.  J’occupe un emploi qui me rapporte près du double du salaire minimum.  Cependant, mes origines pauvres de classe ouvrière, et le fait que je suis père séparé, m’attire le mépris de ma belle-famille.   Je fais preuve de patience, en me disant qu’ils finiront bien par se faire à l’idée. 

Le beau-père influence sa fille à me convaincre que maintenant, avec le salaire que je fais, je pourrais me payer un véhicule. Ainsi, ça ne sera pas toujours elle qui serait obligée de se déplacer lorsque l’on qu’on se voit les fins de semaines.  Il est vrai que j’habite le quartier Ahuntsic alors que ses parents et elle sont à Kirkland, un trajet de 28 kilomètres.

J’hésite!  Je n’ai jamais acheté une auto avant, et nous connaissons tous le cliché comme quoi les vendeurs d’auto sont tous des arnaqueurs qui ne sont là que pour plumer le client au max.  Ceci étant mon premier achat du genre, je crains que l’on exploite mon manque d’expérience et ma naïveté.  Et puis, à cause des retenues à la source, mes paiements de prêt étudiant, et surtout la pension alimentaire, je ne vis que sur 36% de mon chèque de paie.  Une fois que je j’ai utilisé pour payer le loyer, l’électricité, le téléphone et la nourriture, il ne m’en reste plus tellement au bout du mois.  C’est la raison pourquoi je vis en colocation.  Un loyer divisé par trois me permet de vivre économiquement.

N’ayant jamais expliqué à Camélia que je vis sur à peine plus que le tiers de mon revenu à cause de la pension que je verse à mon ex, elle croit que je suis juste économe, histoire de m’en mettre de côté pour une future maison.  Devant mon hésitation, elle me rappelle alors que j’ai un beau-père super-boss chez GM. Il lui a dit qu’il est à-même de pouvoir me proposer une super affaire. Je lui répond que je vais y réfléchir.

La fin de semaine suivante, alors que je suis chez elle, le beau-père me demande si j’y ai pensé.  Je lui réponds que oui, j’y ai réfléchi. Mais que tout compte fait, je considère plus sage de commencer par régler ma dette de prêt étudiant, avant de songer à me mettre une autre dette sur le dos.  Une fois cet argent remboursé d’ici un an ou deux, ma position à mon emploi sera consolidé. On en reparlera à ce moment-là. 

Il me dit alors que, puisque nous sommes en novembre 1997, les concessionnaires reçoivent les modèles ’98 en ce moment, et qu’il liquident les modèles restants de cette année pour faire de la place.  Il me montre une photo d’une petite Golf deux portes.  Pour s’en débarrasser, il me le ferait à 150$ par mois (Pour vous donner une meilleure idée des coûts, tous les montants de ce texte sont ajustés en argent d’aujourd’hui) ce qui est moins cher qu’il n’en coûterait à un employé de GM, c’est tout dire.

C’est vrai que 150$ par mois, même avec mon revenu réduit, je pourrais me le permettre.  Et puis, on ne s’en cachera pas, il y a toujours un prestige relié au fait de posséder une auto.  Et soyons réalistes: C’est le père de ma blonde.  Il ne va quand même pas faire des misères à l’homme de qui sa fille est amoureuse.  Qu’est-ce qu’il gagnerait à la mettre furieuse contre lui?  J’accepte!  Il m’arrange lui-même le rendez-vous à un de ses concessionnaires, situé à l’Île-des-Soeurs.

Petit malin que je suis, pour minimiser mes chances de me faire avoir, je décide de me faire accompagner par Camélia, que je présenterai au vendeur comme étant ma conjointe.  C’est sûr qu’il a intérêt à se tenir tranquille, le bonhomme, devant la fille et le gendre de son boss.

Nous arrivons au concessionnaire, nous rencontrons l’homme avec qui j’ai rendez-vous.   Dès le départ, pour éviter que l’on essaye de me refiler autre chose que ce qui était prévu, je lui dis que je viens pour la Golf deux portes 97 à 150$ par mois, tel que convenu avec monsieur mon-beau-père-son-boss.  Le vendeur me dit qu’il est sincèrement désolé mais il y a eu un imprévu. En effet, ce matin, lorsqu’ils ont déplacé du garage la Golf promise pour me la montrer, ils ont vu qu’elle avait un problème avec le démarreur.  L’auto a donc été retournée chez le fabriquant.  Qu’à cela ne tienne, le vendeur a le remplacement parfait pour moi: Un Chevrolet Cavalier 97 quatre portes. « C’est pratiquement la même chose. », qu’il me dit.  

En pratique, peut-être. Mais en réalité, plus grande, plus de portes, plus d’options, il est évident que ça va être plus cher.  Et ça l’est: $336, soit un peu plus du double.  Accompagné de Camélia qui est toute heureuse de voir que je me baladerai dans un modèle moins cheap que prévu, je n’ose pas trop décliner.  Surtout que, apparemment, ce sera ça ou rien.  Ça valait bien la peine de me montrer intraitable dès le départ.

Nous allons au bureau du vendeur.  Il me demande ce que je fais dans la vie, et qu’est-ce que ça signifie côté revenus.  Alors que je commence à lui répondre que je travaille pour La Boite et en quoi ça consiste, voilà que Camélia m’interrompt: 

« Oui, mais tu garderas pas ta job! »

Je la regarde avec un air aussi surpris que scandalisé.

« Hein? Ben oui j’va la garder, ma job, pourquoi tu dis ça? »
« Toi c’que t’aimes faire, c’est du dessin. Ça t’ennuie, une job de bureau. »

Mais qu’est-ce qui lui prend de me dire des conneries pareilles, juste à ce moment-là, devant l’employé de son père? 

« D’où est-ce que tu sors c’t’idée-là?  J’ai jamais dit ça de ma vie!  Si je travaille en informatique, c’est justement parce que c’est beaucoup plus sérieux que les arts. »

Quand je disais qu’elle était conne comme un balais pas d’brosse…  J’ai l’air de quoi, maintenant?  Je commence à regretter de l’avoir amenée.

Le vendeur me demande si je suis employé permanent ou temporaire.   Je réponds que je suis permanent.  Il me dit qu’il lui faudrait un papier de la part de mes supérieurs afin de le confirmer, car c’est primordial à l’achat d’une auto, et que le contrat de vente ne peut pas être signé sans ça.  Ceci dit, il me dit que si je lui affirme que je suis employé permanent, c’est que ça doit être vrai. Il me fait confiance. On peut signer le contrat tout de suite, j’aurai juste à lui amener le document plus tard.  Une fois le contrat signé, il me demande un dépôt de sécurité afin qu’il puisse me réserver l’auto.  L’équivalent de deux paiements, soit $672.  Ça représente à peu près tout l’argent que j’ai en banque.  On s’éloigne de plus en plus du $150 promis. Ça me fait mal au portefeuille, mais je n’en montre pas le moindre signe.  Je sors mon carnet de chèques.  Il me dit:

« On va plutôt prendre un paiement préautorisé sur ta carte de crédit. »
« Je n’en ai pas. »
« Hein? T’as pas de carte de crédit? »

« Non! »
« Comment ça? »

La raison pour laquelle je n’ai jamais voulu en avoir une, c’est parce que mon ex, la mère de mes enfants, est un gouffre financier.  Avoir une carte de crédit tout en ayant des enfants avec elle, c’est m’assurer qu’elle dépensera son argent au Casino de Montréal, pour ensuite venir me brailler que les enfants n’ont rien à manger, me laissant le choix entre m’endetter ou les laisser crever de faim.  Mais ça, ce n’est pas quelque chose que j’ai envie de dire, surtout à un parfait inconnu, surtout devant Camélia. Aussi, j’improvise une explication en tentant de me donner l’air sérieux et réfléchi.  

« Parce que c’est quoi, le crédit, dans le fond, hm?  C’est dépenser de l’argent que l’on n’a pas, ce qui égale des dettes.  Et moi, je prends mon budget au sérieux.  Et avec le salaire que je fais je n’ai jamais eu besoin d’acheter quoi que ce soit à crédit.  Et aussi parce que, jusqu’en juin dernier, j’étais encore étudiant.  Et puisque ça fait juste quatre mois que j’ai ma job actuelle, je n’ai pas encore ce qu’il faut pour que ma demande de carte soit acceptée. » 

Il me dit alors que ça change tout et que dans de telles conditions, ils ne peuvent pas me vendre l’auto.  Je suis surpris.  Il m’explique alors que de nos jours, avoir des dettes, ce n’est pas un signe de pauvreté.  Au contraire, c’est un gage de richesse.

« Puisque t’as pas de dossier de crédit, on ne peut pas consulter ton historique de paiements.  Dans ces conditions-là,  comment tu veux qu’on sache si tu es un bon payeur ou non?  De nos jours, les seules personnes qui payent tout comptant, ce sont les BS qui sont des irresponsables financiers, et les criminels qui ont gagné leur argent malhonnêtement.»

Et voilà comment, à 29 ans, j’ai appris les réalités de l’économie dans notre société.  Une réalité que je n’avais jamais eu à apprendre avant, ayant toujours été pauvre.  Il rajoute :

« Qu’est-ce que tu t’imagines? Que tous ceux qui ont un char ou une maison, c’est parce qu’ils l’ont payée cash?  Les histoires de tout payer cash pour pas avoir de dettes, c’est des mentalités de nos arrière-grands-parents.  Et c’est pour ça qu’ils restaient pauvres.  Tous les adultes sérieux ont des dettes.  Même les millionnaires qui seraient capables de payer cash payent à tant par mois, pour avoir un bon dossier de crédit. »  

Comme si ça ne suffisait pas que Camélia me fasse passer pour un menteur ou un lâcheur, voilà qu’en plus je passe pour un pauvre et un ignorant, voire même un présumé criminel.  Comme première impression, difficile de faire pire.  Ceci dit, je ne suis pas chaud à l’idée de payer $336 par mois au lieu de $150.  Alors si je veux tuer cette transaction dans l’œuf, aussi bien empirer mon image en révélant ce secret quelque peu honteux.

« D’accord! Si vous voulez le savoir, j’en ai, un dossier de crédit.  Mais il est mauvais.  Quand j’étais avec mon ex, la mère de mes enfants, on avait loué-pour-acheter une laveuse et une sécheuse chez Ameublement Ultra.  Et quand on s’est séparés il y a deux ans, puisqu’elle a la garde des enfants, je lui ai laissé les électros.  Mais là, c’est à moi que Ultra a envoyé les factures. Je les ai appelé pour leur expliquer la situation, comme quoi puisque c’est elle qui les a, c’est maintenant à elle de payer.  Et puisque j’avais une copie du contrat avec moi, je leur ai rappelé que nos deux noms étaient sur la facture.  La réponse du vendeur : « Oui, mais c’est votre nom qui est inscrit en premier, alors c’est à vous de payer.»  Vous comprendrez que je n’avais pas envie de payer pour quelque chose qui ne m’appartiendrait jamais.  Alors j’ai cessé de payer, pour la forcer ELLE à payer pour SES électros.  Ça a marché, mais quelques mois plus tard, je recevais un document disant que, puisque je n’ai pas honoré mon contrat de paiements, j’avais maintenant un mauvais dossier de crédit, ce qui m’empêcherait d’obtenir un crédit, ou une carte de crédit, pour les sept prochaines années.  Sur ces sept ans, il m’en reste encore cinq à tirer. »

Le vendeur me dit alors :

« Pis comment tu pensais avoir un char, dans ces conditions-là? »
« On m’a jamais parlé de crédit.  On m’a juste parlé d’une liquidation à 150$ par mois. »
« Oui, mais quand tu dois payer quelque chose à tant par mois, c’est parce qu’on te fait crédit.  T’as pas pensé à ça? »

Je commence à être un peu irrité de me faire prendre pour un con, et ça parait dans mon ton de voix quand je lui dit :

« Le loyer, je le paye bien à tant par mois, pis c’est pas un crédit.  Pareil pour l’électricité avec Hydro.  Pareil pour le téléphone avec Bell.  Depuis quand est-ce que payer tant par mois implique automatiquement du crédit? »

Il reste silencieux quelques secondes.  Puis, en souriant, il dit :

« J’ai la solution à tous tes problèmes : Puisque je ne peux pas te vendre l’auto, je vais te la louer sur un contrat de trois ans.  Et même si t’as mauvais dossier de crédit, je vais te faire confiance.  Après tout, mon grand boss m’aurait pas envoyé son gendre si tu pouvais pas payer, pas vrai? »

Je n’aime pas la direction que cette conversation est en train de prendre.  Il poursuit :

« Comme ça, toi, tu vas avoir ton char, et dans trois ans, si tu ne rates aucun paiement, ça va annuler ton problème avec Locations Ultra, et tu vas avoir le meilleur dossier de crédit au monde.  Quand quelqu’un peut rencontrer ses paiements d’auto, plus aucun crédit ne lui est refusé.  Visa, Mastercard, prêt auto, prêt maison… »

Tout comme pour les électroménagers, l’idée de payer pour quelque chose qui ne m’appartiendra jamais, c’est loin de me plaire.  Mais bon, je suppose que je n’ai pas le choix.  Si le crédit est aussi important dans la classe moyenne et la classe riche, mon manque de crédit équivaut à un handicap social. Déjà que la belle-famille me regarde comme si j’étais un attardé, de ne pas avoir de véhicule.  Encore heureux que ça fait trois ans que j’ai mon permis de conduire.

Le vendeur déchire le contrat de vente et sort un contrat de location.

« Puisque tu fais partie de la grande famille GM, on te fait bénéficier du rabais de l’employé, au même tarif qu’on s’était mis d’accord, soit $336 par mois.  Alors en signant ce contrat, tu t’engages à nous faire tes paiements le premier de chaque mois pendant trois ans. »

« Ok! »
« Je suppose que tu peux pas payer les trois ans d’un seul coup. »
« En effet! »
« Bon ben ça, ça veut dire qu’il faut te faire notre financement à 9.9% d’intérêts sur trois ans. »

Il sort sa calculatrice et commence à entrer ses chiffres.

« Et maintenant, bien sûr, faut calculer les taxes. »

Puis, une fois son calcul terminé, il me refile le contrat.  Les paiements mensuels viennent de passer à $424.56.  Tout en déchirant mon premier chèque de dépôt, il dit :

« Ça veut dire que le dépôt de sécurité va être de $849.12. »

J’ai la désagréable impression que je suis en train de m’enfoncer dans un piège à cons.  La seule raison pour laquelle je lui laisse le bénéfice du doute, c’est parce que je n’ai aucune expérience en achat et/ou en location d’automobile.  Il m’est donc impossible de savoir si je me fais entuber ou non.  Et si oui, à quel point.  Surtout qu’après la leçon qu’il vient de me donner au sujet de l’importance du crédit dans la société, je réalise que j’avais tout faux de ce côté-là. Ça m’a prouvé que ce que je croyais logique ne l’est pas, et inversement, et donc que je ne peux pas me fier à ma logique ni à mon instinct.

Mais bon, il m’a dit, devant Camélia, qu’il me faisait le rabais de l’employé.  Mentir à un client, c’est une chose, mais mentir devant la fille de son boss, au conjoint de la fille de son boss?  Ça me semble très improbable. 

Je signe le contrat.  Je lui fais son chèque de dépôt de sécurité.  Il me fixe rendez-vous pour la semaine suivante, pour que je lui amène la certification de mon statut d’employé permanent.  Nous repartons.  Camélia est fière de moi.  Moi, je le suis un peu moins.  Le premier paiement et le dépôt de sécurité vont me gober tout ce que j’ai en banque, incluant le chèque de paie que j’ai sur moi.  Est-ce que ça leur coûte vraiment si cher que ça, à tous ceux qui ont une auto?  Inutile de poser à question à Camélia puisque sa voiture, refilée par son père, ne lui coûte pas un sou à part l’essence.

Lorsque, la semaine suivante, je reçois le document demandé à ma patronne, je saute au plafond.  Ça dit que je suis employé temporaire.  C’est que, naïf et inexpérimenté des termes employés dans les boulots plus élevés que laveur de vaisselle, j’ai cru que permanent voulait dire à temps plein, du 40h/semaine.  Ma patronne m’explique :

« Tu as été engagé ici pour deux contrats consécutifs de six mois pour t’occuper de la page web d’Air Canada.  Puisque tu es employé à contrat, ça fait de toi un employé temporaire.  Mais rassure-toi, dans un an et demi, à la fin de ton second contrat, tu obtiendras ta permanence ici. »

Voilà qui me rassure, et à plus d’un niveau.  C’est que plus j’y pense, et plus je me rends compte que ça n’a pas de bon sens, après la pension alimentaire et le prêt étudiant, de me mettre cette troisième dette sur le dos.  Une fois tout payé, loyer, électricité, téléphone, prêt, pension, et maintenant auto, il ne me restera plus que $200 par mois.  Quand je pense que je fais (l’équivalent en argent d’aujourd’hui de) $58.000.00 par année, c’est ridicule d’être toujours aussi pauvre.  Alors dans le fond, ne pas avoir ma permanence, donc ne pas rencontrer les critères du contrat de location, c’est beaucoup mieux comme ça.  Mon bon dossier de crédit, je l’aurai dans cinq ans, lorsque le mauvais dossier actuel expirera, voilà tout.

J’appelle le vendeur pour lui expliquer la situation.  Il me rit au nez.

« Non mais c’est quoi, cette génération de lâches, à toujours abandonner au premier obstacle? »
« Ben là! Vous m’avez dit que je ne peux pas louer l’auto si je ne suis pas employé permanent. Je suis employé temporaire. Chus supposé faire quoi? »

Il me dit que, puisque le contrat est signé depuis une semaine, apporter ce papier maintenant ferait de moi un fraudeur, puisque ça prouve que j’ai déclaré faussement être permanent.   Sûr, ça annulerait le contrat.  Mais puisqu’il est déjà signé, non seulement je perdrais mon dépôt de sécurité, je devrais payer une amende salée.  Et ça m’apporterait un mauvais dossier de crédit de 7 ans qui se rajouterais aux cinq ans que j’ai déjà à tirer avec mon mauvais dossier actuel.  De quoi vais-je avoir l’air face à toute ma belle-famille, de me retrouver de nouveau sans crédit pour les douze prochaines années, et peut-être avec un dossier judiciaire pour tentative de fraude, pour le reste de ma vie?

« Tu m’as dit qu’à ta job, tu reçois des appels de gens qui te donnent leurs numéros de carte de crédit pour payer leurs billets d’avion parce qu’ils ne veulent pas l’écrire sur internet. Penses-tu que tu vas pouvoir la garder longtemps, cette job-là, avec un dossier judiciaire pour fraude? »

Ces paroles me font blêmir. Perdre mon travail si facile et si bien payé? Je n’imagine rien de pire. Il poursuit:

« Tu m’as dit que tu travailles sur le shift du soir. Ben c’est ça! Réécris la lettre, change la mention temporaire pour permanent, pis imprime-la sur du papier avec l’en-tête de la compagnie. »

Je ne peux pas croire qu’il me propose une crocherie pareille.  Il devine mon hésitation et me dit :

« Tsé, ce papier-là, c’est juste une formalité bureaucratique.  C’est GM Canada qui veut ça, pour s’assurer que l’acheteur travaille, donc qu’il va pouvoir payer. Mais dans l’fond ça sert à rien.  Pis regarde : En faisant ça, tu sauves la face auprès de ta belle-famille, pis tu vas sauver la mienne parce que tu vas sauver mon contrat de location.  Toi tu t’évites des ennuis financiers et judiciaires, et à moi tu m’évites d’être celui qui va être obligé de faire perde sa job au gendre de mon boss.  En faisant ça, tu nous sauves tous les deux. »

Dans quoi est-ce que je me suis fourré?  Ou bien j’accepte de produire un document avec une fausse déclaration et une fausse signature, ce qui est calissement illégal.  Ou alors je perds mon dépôt de $849.12, j’aurai douze ans de mauvais dossier de crédit, et je me retrouverai avec un dossier judiciaire pour déclaration frauduleuse, ce qui me fera perdre mon travail. Un travail comme celui-là, que j’ai eu par connexion, ce n’est pas avec mes études non-diplômées en Arts et Lettres au Cégep que je m’en décrocherai un autre. Je ne peux pas me permettre ça.   

Je n’ai vraiment pas le choix.

Ce soir-là, je fais ce que le vendeur m’a suggéré.  Pendant ma pause, je me lève.  Je vais au bureau des ressources humaines, désert à cette heure-ci.  Je fouille partout.  Je trouve le papier à lettres.  Je reviens à mon poste de travail.  J’introduis le papier dans l’imprimante.  Je réécris la lettre.  Je l’imprime.  J’imite la signature de ma patronne.  Puis, j’observe mon œuvre.  À part pour le fait que le mot permanent a remplacé temporaire, c’est à s’y méprendre.  Mais pour une fois, je ne suis pas tellement fier de mon œuvre. 

« Est-ce que c’est vraiment aussi compliqué et tortueux que ça pour tout le monde, d’avoir accès à une auto? »

À SUIVRE

General Menteurs, 1e partie: Travailler sur sa vie

À chaque fois que j’écris un nouveau billet, j’en poste le lien sur mon compte Facebook, sur le groupe Mes Prétentions de Sagesse et sur mon Twitter.  Aussi, sur mon Facebook, sous le lien vers mon billet au sujet des dangers à acheter une bagnole d’occasion, j’ai reçu le commentaire suivant : « Anecdote vécue? » 

J’étais loin de m’imaginer que ces deux petits mots allaient amorcer une discussion qui allait m’enlever des épaules un poids moral vieux de 21 ans, et qui a empoisonné mon existence depuis.

Si le vendeur d’autos arnaqueur est un cliché qui existe depuis aussi longtemps que l’automobile, ce n’est pas sans raisons.

Il y a 20-à-25 ans, j’étais beaucoup plus naïf qu’aujourd’hui.  Inutile de dire que du côté des leçons de vie, l’une n’attendait pas l’autre et je les subissait à la dure.  Et non seulement j’avais le don de toujours prendre des mauvaises décisions, on aurait dit que le hasard et le destin faisaient tout pour se liguer contre moi pour gâcher ma vie et mes finances, et ce de manière tellement implacable que je ne pouvais rien faire.  Il m’arrivait le genre de hasards tellement imprévisible, tellement incroyable, et surtout tellement improbables, que lorsque je le racontais, je n’avais que des réactions négatives. 

Pour ceux qui me croyaient : J’étais con, stupide, irréfléchi, ou alors je faisais exprès pour toujours me mettre dans des situations foireuses, car il était impossible que tant de hasards aussi mauvais qu’extraordinaires arrivent juste dans le but de tout faire foirer.
Pour ceux qui ne me croyaient pas : J’étais un irresponsable qui mettait toujours le blâme sur les autres au lieu de se regarder lui-même, un chialeux qui fait dans la victimisation, un pôÔôvre petit toujours harcelé parce que personne ne l’aime et tous sont contre lui, incluant le destin qui s’acharne sur lui, bou-hou-hou.

L’histoire que je vais vous raconter aujourd’hui, et pour la majeure partie des deux prochaines semaines, est celle qui m’a valu tout ce mépris.  C’est la raison pour laquelle je ne l’ai jamais mise en ligne avant.  Mais depuis la discussion qui a suivi la question « Anecdote vécue? », j’ai compris beaucoup de choses qui changent totalement la donne. 

Cette histoire sera longue, aussi je la posterai en 10 parties.  Ça va comme suit :

C’est à 25 ans que j’ai eu l’une de mes premières et plus dures leçons de vie :  Le mythe de la grosse laide qui compense en étant gentille, eh bien c’est juste ça : Un mythe.  Quand tu ne t’aimes pas, tu ne peux pas imaginer que l’on puisse t’aimer.  Convaincue qu’il était inévitable que je la quitte, elle me faisait la vie dure, pour me faire payer d’avance cette future traîtrise de ma part qui n’existait que dans son imagination.  Et pour s’assurer que je reste dans cette relation abusive, elle a lâché la pilule sans m’en parler, et je me suis retrouvé avec une paternité imposée sans que je sois prêt à l’assumer, financièrement ou autrement. La voilà, ma récompense, pour avoir eu la maturité de ne pas avoir mis d’importance dans l’apparence physique.

Désolé si la vraie vie n’est pas politically correct, mais les faits sont les faits. 

J’ai décidé de prendre mes responsabilités paternelles. À l’époque, je n’avais pas mon diplôme de 5e secondaire.  Et un gars sans diplômes, ça ne se fait pas offrir les meilleurs boulots.  Ne voulant pas élever mes enfants dans la pauvreté, je suis retourné aux études.  Tout d’abord aux cours aux adultes, où j’ai obtenu les deux années de maths qui me manquaient à cause de ma dyscalculie.  Et ensuite, à 27 ans, au cégep, pour me spécialiser. J’ai joint le journal étudiant.  Un mois et demi plus tard, on m’offrait le poste de rédacteur en chef.  Jusque-là, ma prise en main donnait des résultats positifs, et l’avenir semblait prometteur.

Mais voilà, au cégep, il y a des filles.  Ce simple fait a fortement déplu à la mère de mes enfants, ce qui a rendu la relation encore plus abusive.  Au point où, devant mon refus d’arrêter les études, elle me fasse expulser de la maison par la police sous de fausses accusations de violence conjugales.  C’est une femme et une mère, alors évidemment on l’a cru sur parole.  La police m’a sorti de là.  Elle a changé les serrures.  J’ai eu à retourner vivre chez mes parents.  À St-Hyacinthe.  À 42 km de mon cégep.

J’aurais pu me laisser démolir moralement et tout abandonner, de voir qu’elle avait ainsi gâché mes efforts pour faire quelque chose de ma vie.  J’ai choisi de persévérer.  J’ai affronté les obstacles, fait fi de la distances, et je n’ai pas lâché mes études.  Hélas, un prêt étudiant calculé pour une personne qui habite près de son école, ça ne peut pas éponger le coût du transport St-Hyacinthe / Montréal / St-Hyacinthe cinq jours semaine.  Trois semaines avant la fin de session, je n’ai plus un sou.  Je ne peux donc plus voyager.  Je manque les examens.  Je coule ma session.  Une année perdue, un prêt étudiant gaspillé.

L’année suivante, à 28 ans, j’ai fait ce que j’avais à faire : Je me suis trouvé un travail à temps plein à laver de la vaisselle dans un restaurant.  Je suis allé habiter au résidences étudiantes du cégep.  J’ai demandé et obtenu un nouveau prêt étudiant.  J’ai gardé mon boulot pendant les fins de semaines.  Et j’ai recommencé le cégep à zéro. 

Toujours au journal étudiant, j’y rencontre Camélia, 19 ans, à ce moment-là en couple avec un de nos journalistes. 

Pour Camélia, son idéal masculin devait avoir de belles valeurs et prendre son avenir au sérieux.  Ce sont deux qualités qu’elle retrouvait chez ce gars-là.  Or, dans son cas, il y avait une raison :  C’était un fanatique religieux.  Et sa foi contrôlait sa vie de couple au point où il lui imposait de plus en plus de restrictions.  Retrouvant chez moi les qualités de ce gars, mais sans ses défauts, elle est tombée en amour avec moi.  Mince, belle, jeune, de bonne famille, avec un bon avenir, qui ressent de l’amour et non de la possessivité envers moi, bombe sexuelle… Pourquoi aurais-je dit non à ça?

Bonus absolument non négligeable, c’était une fille de riche.  Je ne sais pas quel était le titre du poste de son père au juste, mais c’était un super boss haut placé chez General Motors.  Raison de plus pour croire que contrairement à mon ex, elle ne me fera jamais une paternité dans le dos pour que je l’entretienne pour les 20 prochaines année 

Au début, ses parents m’appréciaient car j’étais une sérieuse amélioration sur sa relation précédente.  Hélas, il est arrivé un moment où ils se sont demandés qu’est-ce que je faisais au cégep, alors que j’avais dix ans de plus que les autres étudiants.  Croyant naïvement qu’ils apprécieraient un homme à la fois ambitieux et assez vaillant pour se tirer de la misère et agir convenablement pour faire quelque chose de sa vie, je le leur ai expliqué.

Et aussitôt, à leurs yeux, j’étais devenu le genre de merde qu’ils ne voulaient pas que leur fille fréquente. 

Camélia me rapportait parfois leurs paroles.  Ils lui mettaient en tête que j’étais un irresponsable, de ne pas avoir fait avorter mon ex, alors que je n’avais pas les moyen de partir en famille.  Ensuite, que j’étais un lâche d’avoir abandonné mes enfants.  Ils lui disaient de se méfier, de ne pas me marier ni fonder une famille avec moi, parce que ça prouvait que j’allais les abandonner eux aussi un jour.  Et surtout, un gars qui a à payer une pension alimentaire, ça n’aura jamais d’argent, donc ce sera elle qui sera obligée de me faire vivre.

Quelques semaines plus tard, l’épouse de mon bon copain Carl (le gars super-winner de la vie, de qui j’ai parlé quelquefois dans ce blog) m’offre du travail pour la boite où elle est employée.  Un très grande boite qui faisait deux milliards de chiffre d’affaires par année.  J’entre au salaire de $14.00 de l’heure, alors que le salaire minimum était de $7.35.  J’en gagnais donc presque le double.  Voilà qui allait pouvoir leur rebattre le caquet à mon sujet.

Avec du recul, je dois avouer un truc : Camélia et moi n’avions rien à faire ensemble.  Oh, il y avait une très forte chimie sexuelle entre nous.  Mais à part ça, nous n’avions rien en commun.  Les discussions ne tournaient qu’autour de sujets généraux d’une ennuyante banalité.  Élevée dans la soie, elle ne connaissait rien de la vie et avait zéro débrouillardise.  Par exemple, un soir où elle m’aidait à faire le repas, je lui ai refilé l’ouvre-boite.  Elle me regarde, confuse, en me demandant qu’est-ce que je voulais qu’elle fasse avec ça.  À 20 ans, elle n’avait jamais vu un ouvre-boite non-électrique de sa vie.  Et son ignorance n’avait d’égale que sa maladresse et sa stupidité.  C’est en son honneur que j’ai créé l’expression « Utile comme un balai pas-d’brosse. » 

Qu’est-ce que je faisais avec elle, alors?  Simple : C’était une bonne personne. Sa stupidité involontaire valait mille fois mieux que la mesquinerie volontaire de mon ex.  Et après tout l’ignorance, ça a le mérite de se guérir.  Mais surtout, elle était mon ticket vers une meilleure vie.  Non pas dans le sens où je planifiais de l’exploiter financièrement.  Mais plutôt parce qu’en l’épousant, surtout avec le salaire que je faisais, je ferais officiellement partie de l’élite de la société.  Et ça, étant issu de la classe ouvrière-et-BS pauvre, ça a toujours été mon but dans la vie.  Un but enfin à ma portée, pour peu que je sois patient et conciliant avec elle.  Avec le temps, en voyant bien que je suis aussi vaillant qu’irréprochable, ses parents finiraient bien par se faire une raison.  Et avec l’expérience que je prends dans mon travail de bureau, qui sait, peut-être qu’éventuellement, mon millionnaire de beau-père me trouvera une place en administration à GM, m’assurant le salaire qui me permettra de faire vivre sa fille dans le luxe auquel elle est habituée.

Malheureusement, je me faisais des idées.  Dans les faits, l’élite méprise le parvenu.  Même si j’avais réussi à me tirer de la merde, pour eux j’en avais toujours l’odeur.  Il n’était pas question que leur fille fasse sa vie avec quelqu’un comme moi.

De plus, les choses n’étaient pas aussi roses pour moi que je voulais le faire croire.  Les mauvaises décisions de mon passé sabotent mon présent en m’empêchant de récolter le juste fruit de mes efforts.  C’est qu’en plus des retenues normales à la source, mon salaire part dans deux autres directions :

Direction 1 : Mon prêt étudiant inutile.  Que je sois allé au cégep ou non, je me la serais quand même faite offrir par la femme de Carl, ma carrière actuelle.  Si je m’étais juste contenté de rester assis en me tournant les pouces en attendant que le boulot de rêve me tombe dessus, comme le gros lâche sans-cœur paresseux que mes beaux-parents disent que je suis, ça serait arrivé.  Mais voilà, en me prenant en main, en faisant ce que j’avais à faire, en ayant la volonté de mettre mon temps et mes efforts là où il le fallait, je me suis juste endetté, donc appauvri, de deux prêts étudiants.

Direction 2 : La pension alimentaire.  Et celle-là est assez salée.  Voici pourquoi: Mon ex était sur le BS.  Le BS, c’est le gouvernement.  Le gouvernement veut diminuer au max les chèques des prestataires.  J’ai donc eu droit au tarif maximum pour la pension.  Ensuite, ils amputent le chèque de BS de mon ex du montant exact que je lui verse en pension.  Ainsi, même si je lui verse maintenant une grosse pension, elle ne reçoit pas un sou de plus, et moi je suis pénalisé pour avoir commis le crime (involontaire) de devenir père.  

Qui aurait cru que le fait de baiser sans protections avec sa blonde qui prend la pilule et retourner aux études pouvaient être de si mauvaises décisions de vie?  Bref, toutes ces retenues gobent 64% de mon revenu brut, ce qui fait que je vis avec 36% de mon salaire, soit moins d’argent que lorsque je travaillais au salaire minimum à laver de la vaisselle.   Au moins, j’arrive à cacher ce fait à Camélia, histoire de ne pas donner raison à la belle-famille.

Bref, dans les apparences, je suis prospère, et mes faits, gestes et paroles envers Camélia sont irréprochables.  La belle-famille ne peut plus rien dire contre moi sans faire preuve de mauvaise foi.

… Ce qui oblige le beau-père à prendre les choses en main.

À SUIVRE

12 faits sur les conjoints qui choisissent de te juger négativement

L’une des leçons de couple les plus pénibles que j’ai eu à apprendre, surtout parce que c’est l’une de celles qui m’a pris le plus de temps à comprendre, c’est que tu ne peux pas changer la mentalité de l’autre au sujet de la vision qu’elle a choisi d’avoir de toi. 

Surtout si cette vision est aussi erronée que négative.  

Il y a quelques temps, je parlais des prophètes auto-réalisateurs.  Il s’agit de gens qui, justement, choisissent d’avoir une vision de toi aussi fausse que négative, pour ensuite  mettre tout en œuvre pour prouver qu’ils ont raison à ton sujet.  Et ça inclut créer eux-mêmes le problème, dans le but de provoquer en toi ce comportement qu’ils cherchent sans cesse à te reprocher.

Tout le long de ma vie, j’ai plusieurs fois été confronté à ce genre de personnes.  C’est déjà assez pénible d’en avoir dans notre entourage, imaginez quand en plus il s’agit de la personne avec qui vous êtes en couple. 

Ce dernier cas m’est arrivé à trois reprises.

D’abord, La mère de mes enfants, qui s’attendait à ce que je sois infidèle.  Tout le long de notre relation, elle m’accusait de l’être, en se basant sur les indices les plus anodins et illogiques pour appuyer ses soupçons.  Mais puisqu’elle n’a jamais trouvé de véritables preuves (assez difficile en effet de prouver quelque chose qui ne s’est jamais produit) alors elle s’est arrangée avec son amie Linda pour tenter de créer elle-même cette situation jusque-là inexistante : Elles m’ont offert un ménage-à-trois.  Même en déclinant leur offre, ça ne lui a jamais enlevée l’idée que je voulais en baiser une autre.  Ça lui a juste fait croire que je voulais en baiser une autre, sans sa présence.

Puis il y a eu Christine, qui s’attendait à ce que je sois un frustré sexuel.  Alors tout le long de notre relation, elle m’accusait d’en être un, et s’arrangeait toujours pour trouver des indices anodins et ridicules pour appuyer ses soupçons.  Et puisqu’elle n’en trouvait pas, alors elle s’arrangeait pour créer elle-même des situations pouvant provoquer ce genre de frustrations. 

Enfin, il y a eu Geneviève la coloc de l’enfer, qui tenait à prouver que j’étais un frustré tout court.  Mais dans son cas, c’est compréhensif, puisqu’elle est conflictuodépendante.  Alors évidemment, elle créait le conflit non-stop.

À chaque fois que tu es confronté à cette personne, c’est la même chose :  Ça ne sert à rien de lui répéter que tu n’es pas comme ça.  Ça ne sert à rien de lui démontrer que tu n’es pas comme ça. Le mieux que tu puisses faire suite à ses accusations mensongères, c’est de lui prouver qu’elle se trompait à ton sujet. 

Or, peu importe le nombre de fois où tu le lui prouve, ça ne la décourage pas de t’en accuser.  Bien au contraire.  Elle continuera toujours à chercher à te prendre en défaut.  Des défauts qu’elle est la seule à voir en toi. 

Un jour, j’ai compris douze vérités de base toutes simples à ce sujet : 

  1. Les gens normaux te jugent d’après tes faits, gestes et paroles.
  2. Au-delà de ça, tu n’as pas à prouver quoi que ce soit à qui que ce soit. 
  3. S’ils te jugent d’après des faits, gestes et paroles qui n’existent que dans leur imagination, alors ce n’est pas avec toi qu’ils ont une relation.  C’est avec leur imagination.  En fait, c’est avec eux-mêmes.   
  4. Si l’autre s’acharne à avoir une image erronée de toi, bien que cette image ait été mille fois prouvée fausse, c’est parce que c’est avec ce genre de personne qu’elle veut vraiment être.
  5. Autrement dit, cette personne n’en a rien à foutre de ce que tu es vraiment.  Pour elle, seule compte l’image qu’elle a choisi d’avoir de toi.
  6. C’est parce qu’elle s’est conditionnée à d’être confrontée à ça.
  7. C’est parce que ça lui convient, d’être confrontée à ça.
  8. C’est parce qu’elle a besoin d’être confrontée à ça.
  9. C’est parce qu’une personne qui s’est conditionnée à survivre dans la discorde est incapable de vivre dans l’harmonie.
  10. C’est parce qu’elle a beaucoup de ressentiment envers le genre de personne qu’elle voudrait que tu sois.  Et tant et aussi longtemps que tu lui prouves que tu n’es pas comme ça, alors tu l’empêches d’obtenir la satisfaction morale de confronter cette personne imaginaire qu’elle projette en toi.  Donc plus tu lui donnes des preuves comme quoi elle n’a aucune raison de t’en vouloir, et plus ça lui donne des raisons de t’en vouloir.
  11. Par conséquent, avec cette personne, inutile d’être franc, droit et irréprochable, elle refusera toujours de croire que tu l’es.
  12. Et surtout, inutile d’être patient et inutile d’être compréhensif, car c’est inutile de croire qu’elle va finir par entendre raison.  Avec une personne qui ne voit en toi que ce qu’elle veut voir, tu perds ton temps.

À l’époque où j’étais un Nice Guy / White Knight, je croyais bêtement que ces filles étaient du matériel de choix pour fonder un couple. Tu prends une fille qui a toujours sorti avec des trous d’cul, tu lui montres que tu n’es pas comme ça, et voilà : Ayant vécu le pire, elle trouve que tu es une extraordinaire amélioration, en comparaison avec le reste de la population masculine.  Heureuse d’avoir enfin trouvé l’homme idéal, elle t’aime sans retenue et vous vivez dans l’amour et l’harmonie jusqu’à la fin des temps.  

… Du moins, ça me semblait logique. 

Malheureusement, j’ai appris à la dure que quand une personne se plaint d’avoir toujours eu le même problème dans toutes ses relations, ça veut généralement dire que (au choix) :

A ) Elle n’est attirée que par ce genre de personne.
B ) Elle est convaincue que tous les hommes sont ce genre de personne.

C ) 
Elle les accuse tous (à tort ou à raison) d’être ce genre de personne.
D ) 
Elle tient à prouver que tous les hommes sont ce genre de personne.
E ) Elle les provoque tous à devenir ce genre de personne.
F ) 
Toutes ces réponses.

Au mois d’avril dernier, alors que je testais les rencontres sur Tinder, il y avait cette femme avec qui le courant passait bien.  Cependant, elle se méfiait des hommes qui étaient encore amis avec leurs ex.  Selon elle, l’amitié entre ex, ça n’existe pas.  Il faut toujours qu’il y en ait un des deux qui continue de désirer l’autre.   

Lors de notre seconde et dernière rencontre dans un café, elle me demande :

 « Depuis combien de temps que t’es pu avec ton ex? »
« Quatorze mois, soit depuis le 16 février 2017. »

Elle allume alors son téléphone et me montre cette photo de moi, tirée de mon Facebook. 

« Le 16 février 2017, tu dis?  Eh bien ton ex a posté cette photo de toi sur ton mur de Facebook le 5 août 2017. »
« Ok! »
« Je suppose que c’est elle qui a pris la photo? »
« Exact! »

Et là, avec un ton de voix où se mêlent le reproche et la condescendance, elle me brandit son cell au visage.

« Tu t’es-tu vu la face?  Tu vois-tu comment tu la regardes?  C’est pas le regard d’un gars qui n’est plus amoureux de son ex, ça!   Un gars qui regarde son ex de-même, c’est parce qu’il est toujours accro à elle. »

Eh boy!

J’aurais pu lui expliquer que mon expression faciale venait tout simplement du fait que l’on sortait de table et que j’étais repu d’une délicieuse et bourrative soupe Ramen maison, et que j’étais maintenant assis devant mon émission télé favorite en compagnie de mes deux minets ronronnants.  Et c’est en me voyant dans ce moment de bien-être total que Flavie s’était amusée à m’immortaliser. 

J’aurais pu également lui montrer d’autres photos de mon Facebook, prises par aucune de mes ex, dans lequel j’ai le même air de béatitude, démontrant que je n’ai pas besoin d’être amoureux pour faire cette face d’ahuri.

En fait, j’aurais même pu tordre la vérité pour à la fois lui donner raison, histoire de la satisfaire, tout en me disculpant de manière logique de ses accusations : Je n’aurais eu qu’à lui dire que même si j’avais encore été amoureux lorsque Flavie a pris cette photo, il s’était écoulé huit mois depuis.  Et, tel que je venais de lui dire, ça faisait quatorze mois depuis notre séparation.  Donc que même si j’avais encore eu quelques restants de sentiments amoureux pour mon ex au moment de cette photo, ceux-ci auraient eu largement le temps de disparaître.  D’où mon inscription sur Tinder le mois précédent, d’où notre rencontre.   

Mais voilà, face à une attitude soupçonneuse et accusatrice comme la sienne, j’ai compris immédiatement que ça ne me servirait rien de me justifier sur quoi que ce soit.  Cette femme était convaincue que l’amitié post-couple n’existait pas, et elle était à l’affût du moindre indice qui pourrait lui prouver son point contre moi.  Même si j’effaçais toutes mes photos de toutes mes ex, même si je coupais tout contact avec elles, même si je mettais aux poubelles tous mes meubles et toutes mes possessions du temps où j’étais avec elles, ça ne lui suffirait jamais.  Elle continuerait toujours de me faire vivre ses soupçons.  Je le sais, c’est exactement ce que j’ai vécu avec la mère de mes enfants.

Je me suis donc épargné un avenir négatif, frustrant et moralement énergivore, en lui disant ce qu’elle voulait entendre :

« Ouais, tu as raison!  Si je suis sur Tinder, c’est pour l’oublier en me jetant dans une nouvelle relation.  Si ça ne te convient pas, je comprendrai. »

Ça ne lui convenait pas.  Elle m’a dit de rentrer chez moi, d’aller régler mes problèmes personnels, au besoin d’aller suivre une thérapie, au lieu de faire perdre leur temps aux autres en prétendant mensongèrement être guéri de mon obsession pour mon ex.

En étant faussement d’accord avec elle, j’ai donné à cette femme quelque chose qu’elle aurait pu gâcher le reste de nos deux vie à chercher en vain : Une preuve comme quoi elle avait raison de croire que j’étais aussi pire qu’elle m’imaginait.  En lui accordant ça dès le départ, tout le monde gagne :  Elle est satisfaite d’avoir eu raison à mon sujet, et moi je suis satisfait de m’être évité une relation de couple merdique.  Un couple dans lequel elle n’aurait pas été en relation avec moi, mais plutôt avec la version imaginaire qu’elle s’était créée pour prendre la place de celui que je suis vraiment.

Il y a une raison pourquoi il est inutile de perdre son temps avec ces gens-là. C’est que quand une personne prétend savoir d’avance ce que tu es et ce que tu fais, c’est qu’elle est aussi prétentieuse qu’orgueilleuse.  Les personnes de ce genre-là ne sont pas reconnues pour admettre leurs erreurs.  Et surtout pas face à ceux qu’ils préjugent de façon négative et méprisante.

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Y’A LIENS LÀ:

Mieux vaut la parano temporaire que le regret éternel

Tel que décrit dans les billets de la série Le jour où tout a basculé, en particulier le 5e et dernier, depuis que j’ai accepté de changer d’emploi et de ville, ma vie a pris un tournant positif à tous les niveaux.

 … Enfin, à presque tous les niveaux.  Car me voilà de nouveau célibataire.  Et puisque ça fait dix semaines que j’habite dans cette ville dans laquelle je ne connais personne, alors ce serait bien d’avoir quelqu’un avec qui partager ma nouvelle vie.

Bon, j’exagère un peu.  Je connais déjà une vingtaine de personnes, le deux-tiers étant des femmes.  Mais voilà, s’agit de collègues de travail.  Il y a 25 ans, avec Christine, j’ai appris à la dure qu’il valait mieux garder ma vie privée séparée de mon travail.  Parce que d’abord, si la relation se ternit, ça peut affecter négativement l’atmosphère.  Ensuite, même si tout va bien entre nous, certains collègues peuvent prendre la relation en ombrage.  Et là encore, ça peut affecter négativement le travail.  Je tiens à éviter ça.

Je me suis donc réinscrit sur Ok Cupid.  Une fois mes informations et critères entrés, déception : Seuls deux profils féminins de ma région y correspondent.  Et pour être franc, en les lisant, à part le célibat et l’hétérosexualité,  je ne vois pas ce que nous pouvons avoir en commun.  Il fut une époque où, influencé par une forte libido, ça m’aurait suffi comme critères.  Hélas, ça donne la situation classique dans laquelle la femme se plaint que son mec ne pense qu’au sexe.  Déplorable mais normal, si la sexualité est tout ce qu’ils ont en commun.  Ça aussi, je tiens à l’éviter.

Délaissant Ok Stupid, je me suis ouvert un compte sur Tinder vendredi soir dernier.  Sous un pseudo, of course, car on n’est jamais trop prudent.  Une fois que mes photos, ma description  et mes critères d’âge et de distance furent entrés, j’y suis resté inactif toute la soirée et toute la nuit, histoire de laisser à mon profil le temps d’aller se faire voir chez les célibataires féminines du site.

Le lendemain matin, je m’y rebranche.  Les profils que Tinder nous suggèrent se divisent en deux catégories : Ceux qui entrent dans nos critères d’âge et de distance, et les membres qui nous ont choisis.  Je suis donc allé dans mon profil, j’ai fait passer la distance de 10 à 2 km, et je suis retourné voir les profils proposés.  Tel que prévu, tous les profils situés à plus de 2 km de distance étaient de femmes qui m’avaient choisis.  Il ne me restait plus qu’à les choisir en retour.  En quelques minutes, j’avais 33 matchs sur les 36 femmes qui m’avaient choisi. 

 Il ne me restait plus qu’à faire le tri : J’ai enlevé celles sans photos de visage, celles sans texte de présentation, celles situées à plus de 5 km parce que je n’ai pas envie d’une relation à longue distance, celles dont le look / le style ne me plaisait vraiment pas, les miss bière-vin-taverne, les globetrotter avec assez de temps et d’argent pour visiter 27 pays par année, et les mères à marmailles parce que maintenant que mes enfants sont adultes je n’ai plus envie de repasser par là.  Au bout du compte, il restait trois candidates. 

 Ce qui me décevait un peu, c’est qu’aucune d’entre elles ne semblait avoir un côté créatif artistique.  Ce point en commun avec moi est la raison pour laquelle mes deux plus récentes relations, avec Karine puis Flavie, ont duré aussi longtemps.  Je crois même que c’est ce qui nous a permis de continuer à cohabiter en harmonie pendant quelques mois suite à notre rupture, et que nous sommes encore en bons termes aujourd’hui.  Je sais que je me répète ici, mais il faut bien plus que «nous sommes tous les deux hétéros et célibataires » pour avoir une relation durable. 

Mais en même temps, je me suis demandé si je n’étais pas un peu trop intransigeant.  Après tout, bien que je fasse encore de la BD dans mes temps libres, les arts ne constituent plus mon activité principale.  Peut-être qu’il me serait possible de connecter avec quelqu’un sur un autre aspect que celui-là.

J’ai donc commencé à jaser avec la première candidate.  Elle est sympathique et on s’entend bien.  Elle me suggère même de son propre chef de me faire visiter la région le lendemain.  Or, le matin suivant, elle annule, pour une raison qui me semble fort bidon.  Je me montre compréhensif et n’insiste pas davantage. 

La seconde, même scénario, à ceci près qu’au lieu de canceller, elle a juste disparu de mes connexions. 

La 3e, appelons-là Louise, fut la plus prometteuse.  Seulement 5 ans de moins que moi, jolie, en forme, sans enfants et n’en veut pas non plus, elle occupe le poste de préposée au crédit chez l’un des nombreux concessionnaires du coin, donc sérieuse et indépendante financièrement.  Elle a un grand sens de l’humour et apprécie le mien qu’elle a vu dans mes photos et mon texte de présentation.  Puis, vint le moment où je lui dis que je travaille pour La Firme.  Elle me répond:

« Ah oui?  Est-ce que tu connais Constantina Peloza? »
« Non!  Elle travaille pour La Firme? »
« Oui, à la branche mère, sur Bissette. »
« Ah, d’accord, c’est pour ça alors.  Je suis au bureau qui vient d’ouvrir, sur Cartier.  C’est une amie à toi? »
« Oui, c’est ma meilleure amie.  C’est l’une des vice-présidentes. »
« Ah?  Ok!  Je serai sage alors. »
« HAHAHA, je savais que tu répondrais ça. »

Sur ce, puisqu’il se faisait tard, nous nous sommes souhaités bonne nuit en nous promettant de continuer de jaser le lendemain. 

Je savais parfaitement que je n’allais jamais tenir cette promesse.  À partir du moment où elle m’a dit que sa bonne amie était une de mes vice-présidentes, j’ai immédiatement compris qu’il valait mieux que je me tienne loin de cette femme.  Je l’ai d’abord retiré de mes contacts, avant de détruire mon compte sur Tinder en me félicitant de ne jamais y avoir mis mon vrai nom.

Parano?  Peut-être!  Mais voyons les choses avec logique.  Tout d’abord, bien que nous avions du plaisir à jaser, il reste que nous avions peu de choses en commun.  Et une relation de couple sans points communs, ça ne risque pas de durer éternellement.

Dans le cas de Karine et Flavie, comme je dis plus tôt, bien que nous ayons eu à rompre, c’est probablement nos passions artistiques communes qui faisaient que nous sommes restés colocataires harmonieux et bons amis par la suite.  Mais dans le cas de Louise, si on casse, on n’a plus rien en commun.  Et quand on casse avec quelqu’un avec qui nous n’avons aucune raison d’être amis pour commencer, en général, ça donne des ruptures négatives pleines de ressentiments.

Et je sais de quoi je parle.  C’est exactement ce que j’ai vécu avec la mère de mes enfants, une femme avec qui je n’avais en commun que l’hétérosexualité et la forte libido. Des 28 ans où j’ai vécu à Montréal, il y en a eu 24 qu’elle a réussi à détourner et ruiner, en utilisant les enfants.

Autre chose : Il y a 21 ans, je me suis procuré une automobile.  Vous savez, cette rumeur comme quoi les concessionnaires ne sont que des arnaqueurs?  Je suis tombé sur le genre de vendeur qui contribue fortement à cette réputation.  Le jour où j’en ai eu assez de ses magouille et que j’ai pris action contre lui, il m’a appris un petit détail que j’ignorais :  Le président directeur général et fondateur de la compagnie pour laquelle je travaillais à ce moment-là, eh bien… C’était son petit frère.  Eh ouais!  Le monde est petit, des fois.  À partir de ce moment-là, non seulement ai-je commencé à subir du harcèlement moral au travail, toutes mes plaintes à ce sujet aux ressources humaines et aux différents supérieurs que j’avais ne faisait qu’empirer mon cas.  J’ai eu à démissionner.   Et n’ayant que cette compagnie à mettre sur mon CV en guise de référence, inutile de dire qu’ils ne m’ont pas aidé.  Ma carrière était brisée.

À la lueur de tout ceci, est-ce que je veux me lancer dans une relation amoureuse avec une personne avec qui j’ai si peu en commun que l’on ne pourrait même pas avoir une relation d’amitié platonique durable pour commencer?  Donc une relation de couple qui a tout le potentiel pour mal finir?  Avec une personne dont la meilleure amie est très bien placée pour détruire ma carrière, si tel est son bon plaisir?  Je viens tout juste de refaire ma vie, et celle-ci est la plus positive que j’ai eue à date, et ce sous tous ses aspects.  Est-ce que je veux vraiment risquer de perdre tout ça?  En échange de quelques orgasmes?

La réponse est non!   !/$%?&* que non!  

Il y en a qui, en lisant ceci, vont penser que plutôt que de disparaître sauvagement, j’aurais dû avoir la décence de lui expliquer pourquoi je préférais en rester là.  Je comprends.  Et dans une autre situation, j’aurais été d’accord.  Mais voilà, on parle ici d’une personne que je ne connaissais que depuis trois heures.  Je n’ai pas la moindre idée si elle aurait bien pris mon désir de cesser tout contact.  Surtout si je lui explique que je veux prendre mes distances parce que je considère qu’elle serait capable de ruiner ma carrière et gâcher ma vie.  C’est le genre de déclaration qui risque de l’insulter.  Et si je l’insulte, je prend le risque qu’elle veuille me le faire payer, en utilisant son amie pour faire de mes craintes une réalité.   

Donc, dommage pour Louise.   Il est fort possible que c’était une personne bien qui ne m’aurait jamais causé le moindre problème, mais ce n’est pas quelque chose que j’ai envie d’apprendre à la dure.  Parce que j’ai trop à perdre si tel n’est pas le cas.  Éventuellement, je trouverai bien quelqu’un qui me convient mieux, avec qui j’aurai des choses en commun, et qui n’aura aucun lien de près ou de loin avec mon boulot.  Mais en attendant, je préfère être prudent.

Il y a des moments dans la vie où il vaut mieux prendre le risque de passer pour parano en croyant qu’une situation est dangereuse, que de faire aveuglément confiance et de prouver qu’elle l’était vraiment.  Ceci est l’un de ces moments.

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Y’a liens là:
Si vous n’êtes toujours pas convaincu, alors vous devez lire Les 12 risques d’avoir une relation en milieu de travail.

Les prophètes auto-réalisateurs et votre reputation (Le retour)

AVERTISSEMENT : Ce billet comporte des scènes sexuelles explicites enrichies de TMI.  Vous v’là prévenus.

Par le passé, je vous ai déjà parlé des prophètes auto-réalisateurs.  Il s’agit de gens qui vous accusent de quelque chose de faux, de manière à ce que la dite chose s’accomplisse. L’un des exemples les plus classique est la personne qui ne cesse de vous reprocher à tort d’être susceptible, jusqu’au moment où cette accusation non-fondée finisse par vous énerver, ce qui lui donne automatiquement raison de vous accuser d’être susceptible.  C’est ce qui en fait une prophétie auto-réalisatrice.

Du reste, les prophètes auto-réalisateurs sont assez facile à repérer :  Si le défaut qu’ils vous accusent d’avoir est quelque chose que vous avez déjà entendu à plusieurs reprises à votre sujet, alors c’est probablement vrai.  Par contre, si c’est un défaut qu’ils sont les seuls à  voir en vous, il y a de grandes chances que ce soit totalement injustifié, donc faux.  Une fois, passe encore, puisque tout le monde peut se tromper.  Mais si cette accusation fausse arrive à répétition, alors là, pas de doute, la personne qui vous la fait est une prophète auto-réalisatrice.  À ce moment-là, attendez-vous à ce qu’elle mette tout en oeuvre pour faire de cette accusation mensongère un fait réel, ne serait-ce que dans les apparences.

Il me revient en tête un exemple particulièrement frustrant que j’ai vécu personnellement, dans lequel une fille a réussi à me faire passer pour quelque chose que je ne suis pas.  Et elle a tellement bien réussi qu’il m’était impossible de m’en disculper.  Ça va comme suit :     

Il y a quelques années, je vous ai parlé d’une certaine Christine, avec qui je travaillais au Dunkin Donuts de Ville-Émard coin Monk et Jolicoeur en 1991.   En résumé : Je travaille avec cette jolie jeune femme d’allure semi-punk et de physique naturellement costaud.  Un jour, elle m’a proposé que nous devenions amants, ce que j’ai bien évidemment accepté.

Au bout de trois semaines, alors qu’il n’y a toujours rien eu entre nous, voilà qu’elle commence à me demander si je suis frustré, de ne pas avoir encore obtenu le sexe qu’elle me promet depuis 21 jours.  Voyant qu’au contraire je ne m’attendais à rien de sa part, elle m’invite au motel, allant jusqu’à payer la chambre elle-même.  Et là, non-stop, elle me met de la pression pour que je la baise, tout en multipliant les obstacles pour m’empêcher de le faire.  Et bien que je reste calme, compréhensif et patient, elle ne cesse de m’accuser d’être frustré.  À ce moment-là, avec calme et logique, j’ai réussi à la coincer dans une confrontation verbale dans laquelle elle n’a eu d’autre choix que de reconnaitre que de nous deux, c’était elle, depuis le début, qui avait le comportement de merde et la personnalité qui vient avec.

J’avais commencé à vous réciter notre histoire, pour finalement arrêter au bout de sept billets.  (Liens plus bas, à la fin de ce billet-ci.) J’avais conclus la série avant d’en arriver à l’époque où elle avait vraiment fini par devenir mon amante.  

Voilà un mois que j’habite seul dans un demi-sous-sol.  La place vient avec un petit comptoir-table fixe avec deux grands tabourets de bar.  Christine ayant payé une partie du premier mois de loyer, je lui ai laissé un double des clés, ce qui fait qu’elle vient souvent m’y tenir compagnie.  

Ce jour-là, chez moi, par ce bel après-midi de juin alors que nous avons congé, elle me parle du film qu’elle a vu la veille, Le Déclin de l’Empire Américain.  Elle me décrit une scène dans laquelle un homme d’âge mûr visite un salon de massage érotique.  Tandis que la jeune masseuse masturbe l’homme, elle lui raconte qu’elle fait ça pour payer l’université, et elle lui décrit de long en large le contenu de ses études de sociologie.  Bref, une atmosphère qui est tout sauf érotique.  Puis, timidement, l’homme l’interrompt en disant « Excusez-moi, mademoiselle.  Je vais jouir. »   Christine était particulièrement amusée par cette scène.  

« As-tu déjà vu ce film-là? »
« Non! »
« Ah, ok, fa que tu peux pas vraiment comprendre la scène. »
« Pas grave, tu en fais une bonne description. »

Elle jette un coup d’œil du côté du divan-lit et y voit mon oreiller.

« Je pourrais te la refaire.  Est-ce que ça te tenterait? »
« Euh…!?  Ok! »

Après l’humiliant séjour au motel qu’elle m’a fait subir il y a un mois et demi, le sujet du sexe n’est jamais revenu entre nous.  Aussi, si j’accepte, ce n’est pas par espoir sexuel, mais bien par curiosité.  Car, en sachant maintenant à quel point elle ressent du malaise face à l’intimité sexuelle, je me demande bien ce qu’elle va m’inventer pour me « montrer » une scène de branlette.  

Elle se lève, va au divan-lit, ramène mon oreiller et le pose sur le comptoir-table, au coin où celui-ci est fixé au mur.

« Couche-toi! »
« Euh… Là, sur la table? »
« Bah ouais! Si t’as envie que je te le fasse.  Est-ce que t’as de l’huile pour bébé dans la salle de bain? »
« Dans la pharmacie! »

Elle s’en va aussitôt dans la salle de bain, pour en ressortir avec la bouteille d’huile Baby’s Own de Johnson & Johnson.  Contre toute attente, sa proposition semble vraiment sérieuse.  Bien que j’en sois surpris, je ne me fais pas prier.  Je me couche.  Le comptoir-table est petit et mon fessier arrive tout juste sur le rebord de l’extrémité opposée.  Mais c’est exactement ce que Christine espérait.   En s’emparant d’un tabouret, elle me suggère d’enlever pantalon et caleçon.  Réalisant que ça va vraiment arriver, je m’exécute, l’engin déjà au garde-à-vous.  Elle s’installe entre mes jambes, sur le tabouret.  Elle se verse de l’huile dans la paume, se frotte les deux mains, puis, doucement, elle me l’empoigne et amorce un mouvement de haut en bas.  

J’ai, à ce moment-là, 22 ans.  Je suis au sommet de ma forme sexuelle.  Voilà deux mois qu’elle me promet du sexe, et voilà que ça arrive enfin.  Et c’est formidablement bon.  Comme je l’ai souvent écrit depuis que je tiens ce blog, 75% de mon excitation provient du fait de savoir que ma partenaire en a envie.  Et là, c’est elle qui a amorcé la chose.  Et c’est elle qui est active.  Et c’est elle qui veut me faire jouir.  Par conséquent, je suis super excité.

La poigne de sa main chaude qui glisse en montant et descendant me procure une sensation de plaisir extrême tel que je n’en avais jusque-là jamais connu.  Car bien que j’avais déjà eu quelques partenaires sexuelles avant elle, aucune ne m’avait jamais fait ça.  Avec les autres, je ne faisais que prendre mon plaisir moi-même, après m’être occupé d’elles.  Christine est la première à faire l’effort de s’occuper de moi en premier.  En fait, elle est la première à s’occuper de moi sexuellement tout court.   Voyant que je regarde avec fascination ce qu’elle est en train de faire, elle en rajoute.  Malgré l’huile, tout en me regardant droit dans les yeux, elle se penche, sort la langue et me la passe doucement sur le bout.  Je sens déjà les premiers signes de l’orgasme qui commen-

« Vous voulez un beigne fourré à la crème et un café?  Ok!  Un chausson avec ça? »

Euh…  Pourquoi est-ce qu’elle me parle comme si j’étais un client du Dunkin Donuts?

« Une douzaine de munchkins et un muffin aux bleuets? Bien sûr monsieur! »

Non seulement ses paroles déraillent l’atmosphère, elles me mettent dans un état de totale incompréhension.  Qu’est-ce qui lui prend, de dire ces conneries pareilles, alors qu’elle me masturbe?   Ça dépasse mon entendement.  Et bien que le mouvement de ses mains me garde raide, ses paroles sans rapport gâchent le moment, détruisant tout érotisme.  

Aujourd’hui, je réalise qu’elle essayait probablement d’adapter à son propre vécu le rôle de la masseuse du Déclin de l’Empire Américain.  Également, avec du recul, je peux comprendre que la situation pouvait la mettre un peu mal à l’aise, surtout si elle avait encore de la difficulté à concilier ses désirs sexuels avec son éducation religieuse stricte.  Normal que dans ce temps-là, on se réfugie dans l’humour et la dérision pour détendre l’atmosphère.  Mais à l’époque, je n’avais pas compris ça.  Tout ce que je voyais, c’était qu’encore une fois, tout comme elle l’avait fait au motel  six semaines plus tôt, elle m’entrainait dans une activité sexuelle pour ensuite y dresser des obstacles afin de m’empêcher d’en jouir.  J’ai donc vu sa proposition masturbatoire comme un piège élaboré qu’elle avait mis au point dans le but de me frustrer sexuellement.  

De voir qu’après tout ce temps elle cherchait encore à m’humilier en rapport à l’aspect sexuel de notre relation, ça m’a mis dans un état de rage.  Rage que j’ai néanmoins réussi à contrôler.  J’ai juste remis ma tête sur l’oreiller, j’ai fermé les yeux, je me suis concentré à imaginer des scènes full cochonnes, tout en ignorant du mieux que je pouvais la voix de Christine qui, maintenant, récitait a capella des chansons de pubs télé du Dunkin.

Tu parles d’un truc à chanter à un gars pendant que tu lui manipules le zgeg.

Après de longues minutes, elle me dit d’un ton de voix moqueur:

« Eh ben!? T’en mets, du temps pour venir! »

Si j’avais encore le moindre doute comme quoi elle ne cherchait qu’à se moquer de moi, ces paroles les dissipent automatiquement.  Exaspéré, je me redresse :

 » MAIS TA YEULE! »

Elle me regarde, bouche bée, sous le choc.  Elle ne devait pas s’attendre à ça.  Je poursuis, tout aussi enragé.

 » D’abord, tu fais exprès pour dire des niaiseries pour me distraire, pour que j’puisse pas venir.  Et après ça, tu me reproche de pas venir.  Non mais tu te vois-tu agir?  Tu vois pas que le problème que tu me reproches, c’en est un que tu causes toi-même?  ENCORE UNE FOIS! « 

Christine me regarde, toujours silencieuse, toujours désemparée.  Je me recouche.  Avec une voix un peu plus calme, je dis:

 » R’garde, si t’as pas envie de me branler, arrête!  Ok?  J’ai jamais forcé personne à faire quoi que ce soit.  Fa que, fais-le, fais-le pas, mais branche-toé, pis arrête de me faire niaiser. »

Elle recommence à me masturber.  Silencieusement cette fois,  J’avoue que je ne m’y attendais pas.  N’empêche que, encore une fois, à cause de ses conneries, la belle atmosphère intime, érotique, et surtout positive, qu’il y avait entre nous, est irrémédiablement gâchée.  Puisque la vue de sa moue de culpabilité et de tristesse n’a rien d’excitant, je ferme les yeux et me concentre sur autre chose.

Au bout de quelques minutes, je sens de nouveau les premiers signes d’un orgasme qui commencent à monter en moi.  Pendant un instant, je songe à y mettre du mien et remettre du positif entre nous en lui disant « Excusez-moi, mademoiselle.  Je vais jouir. »   Je suis sûr que ça l’amuserait et que ça désamorcerait la situation.  Mais au final, je décide que non.  Elle m’a tellement fait chier en gâchant ce qui est techniquement notre première fois, que je considère qu’elle ne mérite pas que je lui fasse cette faveur.   Et puis d’abord, pourquoi est-ce que ce serait à moi de régler un problème qu’elle a causé?  Ma dernière pensée avant d’atteindre la conclusion orgasmique tant attendue est:

 » Ces deux derniers mois, elle a travaillé très fort pour faire de moi un frustré sexuel.  Elle a bien mérité de récolter le fruit de ses efforts. »

Et c’est avec cette dynamique de merde que notre relation a commencé à être sexuelle.

Peu à peu, à chaque fois, nous nous voyions, nous allions de plus en plus loin.  Ça a pris du temps puisqu’à chaque fois je respectais ses limites sans discuter.  Mais éventuellement, nous avons fini par avoir des rapports complets.  

Mais voilà, ça ne rendait pas notre vie sexuelle plus normale pour autant, comme je l’ai amèrement constaté dans les jours qui ont suivis.  

Un soir, alors que je sens que je suis en train de l’amener à l’orgasme, elle me demande d’arrêter.  J’arrête!  Elle dit:

« Ouf!  T’as vraiment failli réussir cette fois. »
« Failli réussir quoi? »
« À me faire venir. »
« HEIN!? Mais pourquoi tu m’as fait arrêter? »
« Je ne veux rien te devoir. »

La première fois, j’ai trouvé la chose aberrante.  Je veux dire, au nombre de filles qui se plaignent que leurs chums sont égoistes au lit, moi je fais l’effort de me préoccuper de son plaisir, et elle refuse.  Je suppose qu’en quelque part, en m’empêchant de la faire jouir, elle égratignait mon orgueil de mâle qui aime se dire qu’il est un bon baiseur.  Mais là encore, j’ai décidé de prendre la chose avec cynisme.  Elle ne veut pas jouir?  Très bien!  Elle veut que je sois le seul qui en profite quand on baise?  D’accord!  C’est son choix.  Pour ma part, je ne vois pas pourquoi je m’empêcherais d’avoir du plaisir, alors je ne vais certainement pas m’en priver.

Une autre chose qu’elle me rappelait souvent, c’est qu’elle n’avait pas envie de pratiquer la sodomie.  C’est elle qui a amené le sujet.  De la manière dont je voyais ça, elle faisait juste me prévenir d’avance des pratiques qu’elle était à l’aise de faire ou non, voilà tout.  Cette interdiction ne me dérangeait pas le moins du monde.  Premièrement, jamais je ne le lui aurais suggéré.  Et ensuite, même si j’en avais eu envie, eh bien à partir du moment où elle m’avait dit non, jamais je n’en aurais reparlé.  Quand une fille me met ses limites, je me les tiens pour dit.

Malgré mon manque évident d’intérêt pour ses fesses, à chaque fois que l’on baisait, elle ne manquait jamais de me préciser que cet orifice m’était interdit.  À chaque fois, je répondais d’une voix calme et rassurante des trucs du style de « Bah non! », « Rien à craindre! », « Je sais! », « Pas de problème! », « Oui, je l’ai bien compris les vingt-sept dernières fois où tu me l’as dit! » …  Je trouvais ça un peu ennuyant et répétitif.  Mais bon, si ça l’amuse de se répéter pour rien, c’est son choix.

Un soir, alors que nous travaillions ensemble au Dunkin, je viens pour lui demander un truc en rapport à notre travail.

« Christine!  Est-ce que tu… »
« Non, Steve!  J’te l’ai déjà dit, que j’ai pas envie que tu m’encules. »

Insister pour me refuser non-stop une sodomie que je ne lui ai jamais demandé, passe encore si nous sommes dans un contexte sexuel.  À ce moment-là, je peux comprendre qu’elle puisse craindre que je m’essaye.  Mais LÀ?  Au boulot?  Sur notre quart de travail?  En m’accusant mensongèrement de le lui avoir demandé?  C’est pire que de la provocation.  C’est pire que du trollisme.  C’est une tentative gratuite d’essayer de me faire passer pour quelque chose que je ne suis pas, que je n’ai jamais été et que je ne serai jamais.  Autrement dit, c’est une insistante tentative de salir ma réputation.  Et ça a beau n’être qu’entre nous deux, je ne l’accepte tabarnaquement pas.

« HEY! ÇA SUFFIT! »  

Comme d’habitude, elle sursaute devant mon ton de voix enragé.  Je poursuis.

« Est-ce que j’ai déjà essayé de t’enculer?  Hein?  Ben envoye, répond!  Est-ce que j’ai déjà envoyé ma queue se promener du côté de ton cul? »
« N-non! »
« Est-ce que je te l’ai déjà demandé? »
« Non! »
« Est-ce que je te l’ai déjà suggéré? »
« Non! »
« Est-ce que j’ai déjà amené le sujet de quelque façon que ce soit? »
« Non! »
« BON BEN FARME DONC TA CRISSE DE YEULE, TABARNAK! »

Eh ouais, lorsque je suis vraiment exaspéré, je reprends l’accent québécois que mon éducation arrive d’habitude à masquer.  Je suppose que cette fois, j’y suis allé un peu fort, autant dans le propos que dans le volume, car les deux caissières viennent nous rejoindre dans la cuisine.

« Ben voyons?  C’est quoi qu’y s’passe? »

Christine se tourne vers elles et, tout en pointant vers moi, leur dit d’une voix nerveuse:

« Steve est frustré après moi parce que je viens de lui dire j’ai pas envie qu’il m’encule. »

Les caissières me regardent avec un air d’aberration au visage.  Sentiment que je partage, en constatant le piège dans lequel Christine vient de me faire tomber.  Elle rajoute:

« Pis c’est pas la première fois que je le lui dit, en plus. »

Le visage des caissières passe de choqué à dégoûté à méprisant.  Je reste silencieux.  Paralysé par le choc de ce qui vient de se passer.  Totalement bouché.  Qu’est-ce que je suis supposé faire, maintenant?  Peu importe ce que je pourrais dire pour essayer de me disculper, je n’aurais aucune crédibilité.  

C’est que techniquement, elle ne ment pas.  Oui, je viens de l’engueuler.  Oui, c’est parce qu’elle vient de me dire qu’elle ne voulait pas être sodomisée.  Et oui, c’est quelque chose qu’elle m’a dit à répétition.  Si j’essaye d’expliquer que ça fait un mois qu’elle me répète ça sans raisons puisque je ne le lui ai jamais demandé, personne ne va me croire.

En moins de 24 heures, ma réputation était totalement salie dans cette succursale de Dunkin Donuts, autant parmi les employés que chez certains clients réguliers, à qui les caissières n’ont pas manqué de répéter ça.  Ça m’a valu du mépris, des remarques rabaissantes, des insultes.  Il a fallu que je démissionne quelques jours plus tard tellement l’atmosphère était devenu invivable à force de subir ce harcèlement non-mérité.  Un départ qui, à l’avis de quelques cyniques, constituait, de ma part, un aveu de culpabilité.

Consciemment ou non, Christine avait bien planifié son coup.  Depuis le début de notre relation en tant qu’amants, elle ressentait le besoin implacable de me faire passer pour un frustré sexuel.  Et lorsqu’elle me refaisait à sa manière la scène de branlette du Déclin de l’Empire Américain, elle a pu voir que la meilleure façon de me faire enrager, c’était de me faire subir une accusation mensongère.  À partir de là, elle n’avait qu’à agir de manière à m’accuser, en sous-entendus, d’être quelque chose que je ne suis pas, dans ce cas-ci, un harcelant sodomite, et le refaire non-stop pour me faire monter la pression.  Et en voyant que, malgré mon exaspération, je restais compréhensif puisque c’était dans un contexte sexuel, elle a trouvé comment me faire péter les plombs:  Me faire ce reproche mensonger dans un contexte non-sexuel, donc de manière totalement injustifiée.  Et quel meilleur endroit pour ça que sur notre lieu de travail, en présence de témoins.  Il ne lui resterait plus qu’à interpréter les faits à sa manière devant eux pour atteindre enfin ce but qu’elle s’était donné trois mois plus tôt.

Et elle a réussi.  Aux yeux de tous, j’étais un frustré sexuel.

Pourquoi agissait-elle ainsi?  Je ne l’ai jamais su, et je ne le saurai jamais.  Si ça se trouve, Christine elle-même ne le savait probablement même pas non plus.  Mais bon, peu importe la raison pourquoi elle ressentait le besoin de me coller l’étiquette de frustré sexuel –en fait, peu importe si elle avait une raison pour commencer—  ça ne change rien au fait qu’elle en ressentait le besoin.   Et que ce besoin était plus fort qu’elle.  Plus fort que toute logique.  Plus fort que tout ce que je pouvais dire ou non, ou faire ou non, pour lui montrer qu’elle se trompait à mon sujet.  La seule vérité qui intéresse les gens, c’est celle qui va dans le sens de leurs intérêts.  Dans cette optique, ce que j’étais vraiment, elle n’en avait rien à chier.  Pour elle, seule comptait l’image qu’elle avait choisi d’avoir de moi, et de (se) le prouver.  

Lorsque vous voyez qu’une personne de votre entourage essaye de vous faire passer pour quelque chose que vous n’êtes pas, éloignez-vous-en.   Limitez les contacts, et coupez les ponts si c’est possible.  Parce qu’une personne qui est vraiment déterminée à vous donner mauvaise réputation va toujours réussir à le faire.
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QUELQUES LIENS:

Christine, la première partie, si vous voulez l’histoire au complet, ça débute ici.
Christine; Motel California, si vous voulez juste l’anecdote du motel.
Les prophètes auto-réalisateurs et votre reputation 1.  Le premier billet de cette série.
Les prophètes auto-réalisateurs et votre reputation 2.  Et sa suite.

24 attitudes à ne pas avoir lors d’un premier rendez-vous

Ce billet est le sixième de la série (Més)aventures sur sites de rencontres.

Pour celui-ci, je me suis inspiré d’anecdotes que m’ont raconté plusieurs de mes amies au fil des années, en plus de ce que j’ai pu moi-même observer.  C’est que quand on est membre féminin de sites de rencontres, on en voit de toutes les couleurs.  Et parmi les différentes attitudes que peuvent avoir les gens lors d’un premier rendez vous, certaines sont particulièrement à proscrire.  Par exemple:


ATTITUDE 1:
  User d’un langage déplorablement vulgaire.
C’est une chose d’être direct, c’en est une autre que d’être cru, sans filtre et mal éduqué. Disons que comme première impression, il y a moyen de faire mieux. (Vous en verrez plusieurs exemples dans les images qui vont suivre.) 

ATTITUDE 2: Être un peu trop pressé de passer à l’action.  

Et c’est encore pire quand c’est annoncé à la fois comme étant une obligation, et étant dû à une cause extérieure.

ATTITUDE 3:  Mentir sur son âge. 

Parfois, c’est un adolescent  un peu trop allumé par sa testostérone en éveil qui ment sur son âge pour se vieillir.  Mais plus souvent qu’autrement, c’est l’inverse qui se produit. 

ATTITUDE 4:  Utiliser la distance parcourue comme argument d’obligation coïtale.  

Surtout si ça vient avec une attitude agressive.

ATTITUDE 5:  Être un peu trop rapidement curieux au sujet de ses pratiques sexuelles. 

Il est normal de vouloir savoir si on est compatibles sexuellement. Mais c’est p’t’être pas un sujet à aborder dans la première heure de la rencontre.

ATTITUDE 6:  Tenter de manipuler en rabaissant l’autre, pour ensuite la remonter, dans le but de l’isoler. 

C’est une technique de drague particulièrement minable, qui consiste à donner l’impression à la fille que personne ne peut l’apprécier, sauf lui.  Donc, qu’aucun gars ne voudrait d’elle, sauf lui.   Parce que tous les hommes sont superficiels.  Sauf lui!

ATTITUDE 7:  Faire du stealthing.

La pratique d’enlever le condom pendant l’acte, sans le faire savoir à sa partenaire, a un nom (anglais): Stealthing Depuis peu, ce geste est enfin reconnu comme étant criminel au même titre qu’un viol.

ATTITUDE 8:  S’offrir immédiatement comme adorateur / esclave volontaire.

Le genre de mentalité et d’attitude que l’on a quand on est désespéré, parce qu’on (croit qu’on) n’a rien pour plaire à l’autre. 

ATTITUDE 9:  Se faire faussement passer pour célibataire.

Puisqu’il est impossible de cacher ça à long terme, tôt ou tard la vérité éclate.  Hélas, bien que victime parce qu’elle s’est fait mentir, la fille est souvent traitée comme si elle était aussi coupable que lui.

ATTITUDE 10:  Ne jamais décrocher de Tinder (ou autres sites / applications de rencontres)

Assez difficile d’envisager une relation durable avec une personne pour qui fréquenter ces sites est devenu une habitude.

ATTITUDE 11:  Avoir des remords post-coïtus. 

Ça peut être parce qu’il a insisté pour baiser jusqu’à ce qu’elle cède, ou parce qu’il vient de tromper sa conjointe, ou parce qu’il veut se faire moine et vient de violer son voeu de chasteté.  Peu importe la raison, il se sent mal de l’avoir fait.   Mais voilà, la prise de conscience, c’était avant, qu’il fallait l’avoir.  Pas après! 

ATTITUDE 12: N’avoir aucun sujet de conversation, autre que de la complimenter sur sa beauté.

Il a beau croire qu’il est un bon gars gentil et romantique, son attitude démontre qu’au fond de lui, il est convaincu que tout ce que les filles veulent entendre, ce sont des flatteries.  Belle attitude de misogyne condescendant qui s’ignore.


ATTITUDE 13: N’avoir aucun sujet de conversation, autre que de de parler du sexe qu’il a hâte d’avoir avec elle. (Encore pire si c’est avec vulgarité)

Le genre de gars qui a l’air de croire qu’elle va oublier que la soirée s’enligne pour être sexuelle, s’il ne le lui rappelle pas à toutes les cinq secondes.  Une attitude qui, dans 99.999999999999999999999999999999999999% des cas, transforme la plus volcanique des femmes en iceberg.

ATTITUDE 14: Confondre féminisme avec misandrie. 

Un vrai féministe saurait que le féminisme revendique l’égalité entre l’homme et la femme, et non la haine anti-masculine. Bref, sa vision de la femme ne vaut pas mieux que celle d’un misogyne.  Et ce qui rend la chose encore plus pathétique, c’est qu’il croit sincèrement que c’est par l’auto-flagellation émasculante qu’il réussira à en séduire une. 

ATTITUDE 15: Être adepte du coucou-bite surprise. 

Équivalent en personne de la dick pic, ce qui rend la chose encore plus malvenue.  Mieux encore, aux yeux de la loi, il y a des termes pour ça, tels grossière indécence, exhibitionnisme, harcèlement sexuel, agression sexuelle, etc, tous passibles de poursuite judiciaire.

ATTITUDE 16: Aimer un peu trop les enfants.

Beaucoup de mères célibataires déplorent que peu d’hommes vont vouloir s’engager dans une relation avec une femme qui a des enfants.  Malheureusement, lorsque l’inverse arrive, c’est parfois un peu louche. 

ATTITUDE 17: Ne pas respecter les limites pré-établies.

Rien de plus chiant que quelqu’un qui prétend savoir mieux que toi ce que tu aimes ou non, ou bien qui croit que lui saura te faire aimer ça.

ATTITUDE 18:  Considérer le sexe comme étant quelque chose qui lui est dû

Il agit comme si lui refuser du sexe était un crime, ce qui fait de toi une criminelle à ses yeux.  Voilà pourquoi tout ce que tu lui diras sera retenu contre toi, et il n’hésitera jamais à te faire un procès public sur le sujet.
Là encore, il y a un mot (anglais) pour ça: Incel.

ATTITUDE 19: Ne pas décrocher de son ex.

Quand un gars a eu la chance de sortir avec une extraordinaire partenaire de sexe, il faut s’attendre à ce qu’il s’en cherche une autre exactement comme celle-là, en étalant généreusement les détails que sa nouvelle rencontre ne tient pas vraiment à savoir. 

ATTITUDE 20: Se faire des idées préconçues sur la bisexualité.
Ça va de la bi-phobie au bi-déni en passant par l’impression que la bisexualité est synonyme de n’importe quoi, n’importe quand, n’importe où avec n’importe qui. 

De quoi donner envie de ne plus s’afficher que comme hétéro dans notre profil.  Ça règle le problème, mais ça peut en causer un autre, comme:

ATTITUDE 21: Insister sur la bisexualité. 
Comme beaucoup trop de gars, il ne rêve que de se ramasser une copine bisexuelle dans l’espoir de vivre un jour un ménage à trois.  Il va donc tenter de convaincre la fille qu’elle a un problème mental ou sexuel d’être encore hétéro à notre époque.

ATTITUDE 22: Faire du negging
Sérieusement, les gars… Vous croyez vraiment que rabaisser une fille en l’insultant sur un sujet X, pour ensuite la rabaisser sur la manière dont elle prend vos insultes, ça va vous réussir? 

ATTITUDE 23: Lui faire son profil psychologique, surtout négatif. 
Personne n’aime se faire juger,  se faire faire la leçon, et encore moins lorsque c’est non-sollicité.

ATTITUDE 24: N’accepte pas qu’on lui fasse ce qu’il fait aux autres.
Mais ça, c’est bien plus son problème à lui qu’à elle.