Parfois, c’est juste la faute des autres.

Il y a deux ans, j’écrivais un long statut sur Facebook que je comptais recycler en billet de blog.  Je l’ai ensuite oublié.  Puis, il m’est revenu il y a quelques jours, grâce à leur fonction Vos souvenirs / On this day.  Voici donc la chose dans son intégralité:

Steve Requin
19 août 2016 
Voilà un an que je suis en chômage, soit depuis la fin de mon dernier contrat à long terme.  Cependant, je ne chôme pas (si je puis dire) puisque je me cherche du travail, faisant de 8 à 14 applications par semaine via la page d’Emploi Québec.

Tout ce que j’ai trouvé en un an, ce furent deux jobs temporaires, pour remplacer des travailleurs absents pour vacances. Au moins, la dernière m’a rapporté une belle lettre de recommandation vantant mes mérites.

N’empêche que jamais je n’ai eu autant de difficulté à me trouver un emploi. Depuis que j’ai enlevé toute activité artistique sur mon CV, Je n’ai jamais pris plus que trois semaines pour trouver un emploi. Et maintenant que j’ai full d’expérience, personne ne veut m’embaucher?  Ça n’a aucun sens! »

Mon père n’a jamais aimé la femme rude qui fut mon patron du 21 septembre 2012 au 21 septembre 2014 .  Aussi, il m’a dit: « Ça doit être c’te (mot d’église) de vieille sacoche-là qui t’mets des bâtons dins roues. À’ t’a jamais apprécié malgré toutte c’que t’as faite pour elle, la vieille (mot d’église). » Mon père a toujours été prompt à soupçonner n’importe qui pour n’importe quoi, alors je m’y attendais de sa part. Mais bon, ce n’est pas ça qui va expliquer mon problème, et encore moins le régler.

Il y a deux semaines, le jour-même où je terminais mon contrat de cinq semaines à la clinique, on m’offre du travail. Un vieux couple italien sont propriétaires d’un édifice à logements et se cherchent un concierge. Ils ont reçu mon CV. La Signora m’appelle. En fait, elle m’appelle « Stéphane Gauthier », ce qui n’est pas du tout mon nom de famille. Je le lui dis. Elle vérifie auprès de son mari, et en effet, son mari lui avait dit d’appeler un autre Stéphane, c’est juste qu’elle a mélangé nos CV.

Et c’est là que son ton change. La Signora me dit, d’une voix sévère et méprisante que les gens comme moi, ça ne se trouve pas de travail. Je lui ai demandé de s’expliquer. Elle me dit que son mari a appelé mes anciens patrons. Et que celle pour qui j’ai travaillé en 2012-2014 lui a dit que j’étais un employé incompétent, pas fiable, paresseux, sans-coeur… Totalement le contraire de l’homme dépeint dans la lettre de recommandation que j’ai eue de la clinique à mon départ.

Je n’en revenais pas. Je ne sais pas ce qui m’a donné le plus grand choc. Le fait que, depuis un an, cette mégère ment à mon sujet dans le but de saboter mes chances de me trouver un emploi auprès de tous ceux à qui j’ai soumis ma candidature. Ou bien le fait que, pour une fois, malgré le fait que son jugement était hâtif et irréfléchi, mon père avait raison.

J’ai réécris mon CV. J’ai enlevé cet emploi. Je suis retourné sur Emploi-Québec. J’ai fait 10 applications avec ce nouveau CV.

… Et à ce jour, j’ai reçu 7 retours d’appels sur ces 10.

SEPT!
EN UNE SEMAINE!!!

La morale de cette histoire: Je sais bien qu’il ne faut pas voir nos problèmes comme étant toujours de la faute des autres. Et en effet, toute personne responsable commence par chercher en soi la source du problème, afin de faire en sorte d’y remédier. N’empêche que ouais, parfois, ça peut vraiment être de la faute des autres.

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Rien à rajouter, sinon que j’ai été chanceux sur deux points.  Tout d’abord, que la Signora se trompe de CV.  Et ensuite qu’elle ait possédé le genre de personnalité condescendante qui la pousse à faire la leçon aux autres, ce qui fit qu’elle n’était que trop heureuse de me rapporter les paroles de mon ex-patronne.  Sans ça, qui sait, je serais peut-être encore à me rechercher un emploi aujourd’hui, et à me demander (en vain) qu’est-ce qui ne va pas chez moi.

Et après ça, on dira encore que deux négatifs ne font pas un positif.  Comme quoi la vie n’est pas une équation mathématique.

L’évolution du point de vue (2ème partie)

Lorsque je regarde celui que j’étais dans la jeune vingtaine, je constate que je ne suis plus du tout la même personne.  En particulier de la façon dont je vois les choses.

 Par exemple 

Généreux altruiste à l’époque, dépensier irresponsable aujourd’hui.
Il y a quelques temps, j’ai vu une image-texte qui se promenait sur Facebook.  J’aurais aimé la retrouver pour la montrer dans cet article, mais je n’ai pas réussi.  En gros, ça disait quelque chose dans le sens de :

« Une personne donne 20$ à un itinérant, alors que la seconde donne 10$.  Tout le monde va trouver que le premier est bien plus généreux que le second.  Or, ce que les gens ignorent, c’est que le premier gagne $100 000.00 par année et avait plus de $3000.00 dans son portefeuille, alors que le second est sans emploi, et ce 10$ qu’il a donné, c’est tout ce qu’il avait pour passer sa semaine.  Maintenant que vous savez ça, lequel d’entre eux est VRAIMENT généreux et admirable, hm?  L’homme riche qui ne donne qu’une minuscule partie de son excédent, ou l’homme pauvre qui est prêt à sacrifier son nécessaire pour autrui? Comme quoi il est facile de juger les gens lorsque l’on ne connait rien à leur sujet. »

Ma mentalité à l’époque :  J’étais tout à fait d’accord avec ce texte.  Et pour cause : Il m’était arrivé de mettre la chose en pratique. 

Je ne me souviens plus exactement si j’en ai déjà parlé, mais lorsque j’étais dans la jeune vingtaine, au début des années 90, et que je travaillais au Dunkin Donuts, dès que j’avais payé les dépenses mensuelles incontournables (Loyer, électricité, téléphone et nourriture), il ne me restait que 9$ par mois.  Et malgré tout, si je me faisais aborder par un itinérant, je lui donnais de l’argent.  Il y en a même un qui m’a carrément demandé 40$, pour je ne sais plus quelle raison.  Je suis allé au guichet automatique et je le lui ai donné.  En sachant très bien que ça signifiait que mon chèque de loyer allait rebondir, ce qui m’occasionnerait des frais de 15$.  30$, en fait, lorsque le propriétaire m’exigerait le remboursement de ses propres frais pour ce chèque à fonds insuffisants.  Mais bon, peu m’importait ce don de 40 qui allait m’en coûter 70.  Au moins, j’avais un travail et un toit, et je pouvais manger à ma faim (moins 70$ pour la prochaine épicerie, tout de même), contrairement à ce pauvre homme. Je tirais grande vanité d’être généreux au point d’être capable de me sacrifier de la sorte.

Ma mentalité maintenant :  Je trouve irresponsable, voire carrément imbécile, le gars que j’étais, et la mentalité qui venait avec. 

Qu’est-ce qui a changé en moi?  J’ai commencé à voir les choses avec logique, plutôt qu’avec orgueil. 

Je n’aime pas citer des proverbes, mais il y a une raison pour laquelle on dit que charité bien ordonnée commence par soi-même.   À l’époque du Dunkin, je travaillais fort à un boulot qui était chiant et mal payé.  Je savais que ma survie mensuelle de base me gobait tous mes revenus, sauf 9$.  Et ce 9$ était largement insuffisant pour avoir une vie sociale normale avec des activités normales demandant des dépenses normales.  En quelque part, ça me donnait des complexes d’infériorité.  Ainsi, en me montrant mille fois plus généreux que mes amis qui, eux, avaient un bon travail et de bons revenus, je pouvais au moins m’enfler l’orgueil en me disant que du côté de la générosité en tout cas, j’étais leur supérieur.  Et que moi, au moins, mes dépenses étaient pour aider autrui, et non pour des choses frivoles tels bar, resto ou cinéma.

Autre chose : À l’époque, j’avais des idées de grandeur.  Surtout en matière de logement.  À chaque année, au travail, j’avais une augmentation.  Et à chaque année, je déménageais dans un appartement plus grand, donc plus cher.  C’est que dans ma vision, un grand appartement était un signe de prospérité, de réussite.  Par conséquent, je vivais toujours à la limite de mes moyens.  Déjà là, je démontrais que ma priorité était dans les apparences, plutôt qu’à avoir un budget balancé.  

Par conséquent, lorsque j’avais besoin de lunettes, de bottes pour l’hiver, de médicaments ou de toute autre dépense imprévue néanmoins nécessaire, alors là mon budget était débalancé pendant des mois.  Bonne chose que je travaillais dans un Dunkin Donuts.  Ça me permettait de me nourrir sur place deux fois par jour, cinq jours semaine, et même d’amener chez moi les restants de soupe qui devaient être jetées à toutes les huit heures.  Pas vraiment le comportement d’un homme prospère qui a réussi.

Surtout qu’avoir des appartements de plus en plus grand fit que je me suis éventuellement retrouvé avec une pièce vide et inutile, ce qui fait que je payais 100$ par mois en pure perte. (C’était l’époque où les appartements à Montréal étaient encore à 100$ la pièce.)  C’est là que j’ai compris que finalement, non seulement je vivais au-dessus de mes moyens, je vivais au-dessus de mes besoins. 

Je me suis ajusté par la suite, vivant en simplicité ou en colocation.  J’ai même passé plusieurs années à vivre dans des appartements sans avoir de chambre, dormant sur le divan.  Et si aujourd’hui je vis seul dans un 5½ (cette fois avec chambre et lit), c’est que non seulement je peux me le permettre, toutes les pièces ont une fonction.

Pour en revenir au texte au sujet de la générosité du riche contre celle du pauvre : Aujourd’hui, je regarde les faits.  Et les faits sont : Lequel des deux est le plus intelligent, le plus logique et surtout le plus responsable?  Celui qui donne ce qu’il peut se permettre?  Ou celui qui donne ce qu’il ne peut pas se permettre, causant des problèmes à sa survie, occasionnant en plus des frais bancaires à son proprio?  Ce n’est pas le geste d’une personne généreuse, ça.  Ce sont les agissements de celui qui est prêt à poser des gestes irréfléchis juste pour bien paraître, ne serait-ce qu’à ses propres yeux.  Bref, ce sont les gestes d’un loser qui a quelque chose à (se) prouver.

Il y a trois semaines, deux de mes amis ont démarré une campagne de socio-financement.  La raison est qu’ils avaient été victime d’un accident de lessiveuse qui avait inondé leur appartement, occasionnant pour $3000.00 dollars de dégâts à rembourser au propriétaire, chose que leur budget d’artiste ne pouvait pas leur fournir. 

Je n’ai pas une telle somme en banque pour le moment puisque je travaille depuis peu à mon nouveau boulot.  Mais j’ai une assez grande marge de crédit sur ma Visa, que j’aurais pu leur payer la totale d’un seul coup.  J’aurais mis trois mois à la rembourser, et ça n’aurait nullement affecté ma qualité de vie.  Mais voilà, aujourd’hui, je n’ai plus rien à prouver aux autres, et encore moins à moi-même. 

Et surtout, personne ne m’a jamais demandé de prendre sur moi la facture complète.    D’ailleurs, si on me l’avait suggeré, j’aurais refusé.  Alors pourquoi me porterais-je volontaire pour le faire?

J’ai donc fait un don, correspondant à la moyenne des montants fournis par leurs autres donateurs.  Ils ont atteint leur objectif dans les temps voulus.  Ils ont pu rembourser le propriétaire.   Je suis content d’avoir pu aider.  Je n’en tire aucune vanité.  Parce que mon but était d’aider mes amis, et non de me montrer plus généreux que les autres.  Et c’est parfait comme ça pour tout le monde!

Dans la situation actuelle, un grand nombre de personnes ont été heureuses de les aider.  Et dans le cas de mes amis, ça leur a fait un bien fou de voir autant de témoignages d’amour et de solidarité envers eux.  Si j’avais tout payé moi-même, j’aurais empêché ces gens de poser un geste décent, j’aurais empêché mes amis de se savoir autant apprécié par tous, et j’aurais gardé pour moi seul leur reconnaissance.  En fait, ils auraient été obligés d’être reconnaissants, ils n’auraient pas eu le choix. 

Autrement dit, ce geste aurait peut-être été généreux sur le plan monétaire.  Mais sur le plan social et moral, il aurait été fortement égoïste.

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Bientôt: Détermination romantique hier, harcèlement malvenu aujourd’hui.

Mieux vaut la parano temporaire que le regret éternel

Tel que décrit dans les billets de la série Le jour où tout a basculé, en particulier le 5e et dernier, depuis que j’ai accepté de changer d’emploi et de ville, ma vie a pris un tournant positif à tous les niveaux.

 … Enfin, à presque tous les niveaux.  Car me voilà de nouveau célibataire.  Et puisque ça fait dix semaines que j’habite dans cette ville dans laquelle je ne connais personne, alors ce serait bien d’avoir quelqu’un avec qui partager ma nouvelle vie.

Bon, j’exagère un peu.  Je connais déjà une vingtaine de personnes, le deux-tiers étant des femmes.  Mais voilà, s’agit de collègues de travail.  Il y a 25 ans, avec Christine, j’ai appris à la dure qu’il valait mieux garder ma vie privée séparée de mon travail.  Parce que d’abord, si la relation se ternit, ça peut affecter négativement l’atmosphère.  Ensuite, même si tout va bien entre nous, certains collègues peuvent prendre la relation en ombrage.  Et là encore, ça peut affecter négativement le travail.  Je tiens à éviter ça.

Je me suis donc réinscrit sur Ok Cupid.  Une fois mes informations et critères entrés, déception : Seuls deux profils féminins de ma région y correspondent.  Et pour être franc, en les lisant, à part le célibat et l’hétérosexualité,  je ne vois pas ce que nous pouvons avoir en commun.  Il fut une époque où, influencé par une forte libido, ça m’aurait suffi comme critères.  Hélas, ça donne la situation classique dans laquelle la femme se plaint que son mec ne pense qu’au sexe.  Déplorable mais normal, si la sexualité est tout ce qu’ils ont en commun.  Ça aussi, je tiens à l’éviter.

Délaissant Ok Stupid, je me suis ouvert un compte sur Tinder vendredi soir dernier.  Sous un pseudo, of course, car on n’est jamais trop prudent.  Une fois que mes photos, ma description  et mes critères d’âge et de distance furent entrés, j’y suis resté inactif toute la soirée et toute la nuit, histoire de laisser à mon profil le temps d’aller se faire voir chez les célibataires féminines du site.

Le lendemain matin, je m’y rebranche.  Les profils que Tinder nous suggèrent se divisent en deux catégories : Ceux qui entrent dans nos critères d’âge et de distance, et les membres qui nous ont choisis.  Je suis donc allé dans mon profil, j’ai fait passer la distance de 10 à 2 km, et je suis retourné voir les profils proposés.  Tel que prévu, tous les profils situés à plus de 2 km de distance étaient de femmes qui m’avaient choisis.  Il ne me restait plus qu’à les choisir en retour.  En quelques minutes, j’avais 33 matchs sur les 36 femmes qui m’avaient choisi. 

 Il ne me restait plus qu’à faire le tri : J’ai enlevé celles sans photos de visage, celles sans texte de présentation, celles situées à plus de 5 km parce que je n’ai pas envie d’une relation à longue distance, celles dont le look / le style ne me plaisait vraiment pas, les miss bière-vin-taverne, les globetrotter avec assez de temps et d’argent pour visiter 27 pays par année, et les mères à marmailles parce que maintenant que mes enfants sont adultes je n’ai plus envie de repasser par là.  Au bout du compte, il restait trois candidates. 

 Ce qui me décevait un peu, c’est qu’aucune d’entre elles ne semblait avoir un côté créatif artistique.  Ce point en commun avec moi est la raison pour laquelle mes deux plus récentes relations, avec Karine puis Flavie, ont duré aussi longtemps.  Je crois même que c’est ce qui nous a permis de continuer à cohabiter en harmonie pendant quelques mois suite à notre rupture, et que nous sommes encore en bons termes aujourd’hui.  Je sais que je me répète ici, mais il faut bien plus que «nous sommes tous les deux hétéros et célibataires » pour avoir une relation durable. 

Mais en même temps, je me suis demandé si je n’étais pas un peu trop intransigeant.  Après tout, bien que je fasse encore de la BD dans mes temps libres, les arts ne constituent plus mon activité principale.  Peut-être qu’il me serait possible de connecter avec quelqu’un sur un autre aspect que celui-là.

J’ai donc commencé à jaser avec la première candidate.  Elle est sympathique et on s’entend bien.  Elle me suggère même de son propre chef de me faire visiter la région le lendemain.  Or, le matin suivant, elle annule, pour une raison qui me semble fort bidon.  Je me montre compréhensif et n’insiste pas davantage. 

La seconde, même scénario, à ceci près qu’au lieu de canceller, elle a juste disparu de mes connexions. 

La 3e, appelons-là Louise, fut la plus prometteuse.  Seulement 5 ans de moins que moi, jolie, en forme, sans enfants et n’en veut pas non plus, elle occupe le poste de préposée au crédit chez l’un des nombreux concessionnaires du coin, donc sérieuse et indépendante financièrement.  Elle a un grand sens de l’humour et apprécie le mien qu’elle a vu dans mes photos et mon texte de présentation.  Puis, vint le moment où je lui dis que je travaille pour La Firme.  Elle me répond:

« Ah oui?  Est-ce que tu connais Constantina Peloza? »
« Non!  Elle travaille pour La Firme? »
« Oui, à la branche mère, sur Bissette. »
« Ah, d’accord, c’est pour ça alors.  Je suis au bureau qui vient d’ouvrir, sur Cartier.  C’est une amie à toi? »
« Oui, c’est ma meilleure amie.  C’est l’une des vice-présidentes. »
« Ah?  Ok!  Je serai sage alors. »
« HAHAHA, je savais que tu répondrais ça. »

Sur ce, puisqu’il se faisait tard, nous nous sommes souhaités bonne nuit en nous promettant de continuer de jaser le lendemain. 

Je savais parfaitement que je n’allais jamais tenir cette promesse.  À partir du moment où elle m’a dit que sa bonne amie était une de mes vice-présidentes, j’ai immédiatement compris qu’il valait mieux que je me tienne loin de cette femme.  Je l’ai d’abord retiré de mes contacts, avant de détruire mon compte sur Tinder en me félicitant de ne jamais y avoir mis mon vrai nom.

Parano?  Peut-être!  Mais voyons les choses avec logique.  Tout d’abord, bien que nous avions du plaisir à jaser, il reste que nous avions peu de choses en commun.  Et une relation de couple sans points communs, ça ne risque pas de durer éternellement.

Dans le cas de Karine et Flavie, comme je dis plus tôt, bien que nous ayons eu à rompre, c’est probablement nos passions artistiques communes qui faisaient que nous sommes restés colocataires harmonieux et bons amis par la suite.  Mais dans le cas de Louise, si on casse, on n’a plus rien en commun.  Et quand on casse avec quelqu’un avec qui nous n’avons aucune raison d’être amis pour commencer, en général, ça donne des ruptures négatives pleines de ressentiments.

Et je sais de quoi je parle.  C’est exactement ce que j’ai vécu avec la mère de mes enfants, une femme avec qui je n’avais en commun que l’hétérosexualité et la forte libido. Des 28 ans où j’ai vécu à Montréal, il y en a eu 24 qu’elle a réussi à détourner et ruiner, en utilisant les enfants.

Autre chose : Il y a 21 ans, je me suis procuré une automobile.  Vous savez, cette rumeur comme quoi les concessionnaires ne sont que des arnaqueurs?  Je suis tombé sur le genre de vendeur qui contribue fortement à cette réputation.  Le jour où j’en ai eu assez de ses magouille et que j’ai pris action contre lui, il m’a appris un petit détail que j’ignorais :  Le président directeur général et fondateur de la compagnie pour laquelle je travaillais à ce moment-là, eh bien… C’était son petit frère.  Eh ouais!  Le monde est petit, des fois.  À partir de ce moment-là, non seulement ai-je commencé à subir du harcèlement moral au travail, toutes mes plaintes à ce sujet aux ressources humaines et aux différents supérieurs que j’avais ne faisait qu’empirer mon cas.  J’ai eu à démissionner.   Et n’ayant que cette compagnie à mettre sur mon CV en guise de référence, inutile de dire qu’ils ne m’ont pas aidé.  Ma carrière était brisée.

À la lueur de tout ceci, est-ce que je veux me lancer dans une relation amoureuse avec une personne avec qui j’ai si peu en commun que l’on ne pourrait même pas avoir une relation d’amitié platonique durable pour commencer?  Donc une relation de couple qui a tout le potentiel pour mal finir?  Avec une personne dont la meilleure amie est très bien placée pour détruire ma carrière, si tel est son bon plaisir?  Je viens tout juste de refaire ma vie, et celle-ci est la plus positive que j’ai eue à date, et ce sous tous ses aspects.  Est-ce que je veux vraiment risquer de perdre tout ça?  En échange de quelques orgasmes?

La réponse est non!   !/$%?&* que non!  

Il y en a qui, en lisant ceci, vont penser que plutôt que de disparaître sauvagement, j’aurais dû avoir la décence de lui expliquer pourquoi je préférais en rester là.  Je comprends.  Et dans une autre situation, j’aurais été d’accord.  Mais voilà, on parle ici d’une personne que je ne connaissais que depuis trois heures.  Je n’ai pas la moindre idée si elle aurait bien pris mon désir de cesser tout contact.  Surtout si je lui explique que je veux prendre mes distances parce que je considère qu’elle serait capable de ruiner ma carrière et gâcher ma vie.  C’est le genre de déclaration qui risque de l’insulter.  Et si je l’insulte, je prend le risque qu’elle veuille me le faire payer, en utilisant son amie pour faire de mes craintes une réalité.   

Donc, dommage pour Louise.   Il est fort possible que c’était une personne bien qui ne m’aurait jamais causé le moindre problème, mais ce n’est pas quelque chose que j’ai envie d’apprendre à la dure.  Parce que j’ai trop à perdre si tel n’est pas le cas.  Éventuellement, je trouverai bien quelqu’un qui me convient mieux, avec qui j’aurai des choses en commun, et qui n’aura aucun lien de près ou de loin avec mon boulot.  Mais en attendant, je préfère être prudent.

Il y a des moments dans la vie où il vaut mieux prendre le risque de passer pour parano en croyant qu’une situation est dangereuse, que de faire aveuglément confiance et de prouver qu’elle l’était vraiment.  Ceci est l’un de ces moments.

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Y’a liens là:
Si vous n’êtes toujours pas convaincu, alors vous devez lire Les 12 risques d’avoir une relation en milieu de travail.

Le jour où tout a basculé, l’épilogue. (ou 5e partie)

Presque deux mois depuis mon dernier billet.  Ceci a beau être mon blog, j’y parle rarement de ma vie au-jour-le-jour.  Je ferai exception aujourd’hui. 

 Donc :

Quoi de neuf depuis ma série de quatre billets intitulés Le Jour où tout a basculé?  Oh, pas mal tout, je dirais.  Dans l’ordre :

La ville.   Après 28 ans passés à Montréal, me voilà à 160 kilomètres à l’Est, à Sherbrooke.

Le déménagement :  Je me suis trouvé un appartement, et j’ai déménagé deux fois en six semaines.  C’est que je commençais à travailler pour La Firme le 28 mai, mais mon logement ne se libérait que le 1er juillet.  Coup de chance, le logement juste au-dessus du mien était libre, lui aussi jusqu’en juillet. J’y ai donc vécu mon premier mois et demi ici dans mes boites, sans télé ni internet.  

L’appartement.  À Montréal, j’avais un 4½, minuscule balcon avant, pour $630.00. Celui-ci était au milieu du bloc-appartements, entouré de voisins :  En haut, des enfants qui couraient partout avec des boules de bowling attachées au pieds, si je me fie au bruit.  Mon voisin d’à côté aimait beaucoup la musique, qu’il faisait jouer jusqu’à 3-4 heure du matin.  Enfin, mon voisin d’en bas était visiblement pas bien dans sa tête, vu son habitude mensuelle de passer de 30 à 45 minutes à cogner sur son plafond / mon plancher en nous accusant de faire du bruit, alors que Flavie et moi dormions.  Enfin, l’appartement était fait en long, ce qui fait que les seules pièces à être bien éclairées étaient aux extrémités, sois la chambre de Flavie, et la moitié du salon. 

Aujourd’hui, j’habite un grand 5½ qui occupe tout le second étage, bien éclairé avec des fenêtres à toutes les pièces, avec un grand balcon arrière.  Et même si je ne suis qu’au 2e, je suis à flanc de colline, ce qui fait que j’ai une superbe vue de la rivière et de la ville.  Mon voisin d’en bas est un retraité tranquille.  Mon voisin d’en haut est un étudiant tranquille.  J’ai même mon propre espace de stationnement, parfait pour l’auto de mes parents lorsqu’ils me visitent.  Et tout ça pour $550.00.  Ça fait au moins vingt ans que l’on ne trouve plus ça à Montréal, du 100$-la-pièce.  En fait, mon 4½ à $630.00 était considéré comme une bonne affaire.

L’électricité : L’an dernier, Hydro Québec m’a chargé 52$ pour le mois de juillet.  Cette année, toujours pour juillet, Hydro Sherbrooke m’a chargé 22$. 

La technologie.  Je n’ai jamais eu envie de posséder un cellulaire.  D’abord, je n’ai jamais été un grand parleur téléphonique.  Et ensuite, de toute façon, ces cinq dernières années, les boulots de conciergerie que j’ai occupé venaient tous avec un cell avec service de base.  Mais là, pour le travail, pour des raisons de sécurité, je dois avoir accès à une application nommé  Secur-id Soft Token.  Ce programme fournit un code de huit chiffres dont nous avons besoin pour se loguer dans divers programmes pour effectuer notre boulot.  Or, cette clé change à toutes les 30 secondes.  C’est dire à quel point La Firme prend la sécurité au sérieux.  Je me suis donc débarrassé de ma ligne de téléphonique au mur, désormais inutile.  Alors me voilà avec un téléphone android Lesbian Gay Queer.  

Avoir ce téléphone m’a tout de même permis d’avoir quelques connexions internet sans trop dépenser mes données, en utilisant le wifi gratuit de divers commerces, ce qui m’a familiarisé à la fois avec les commerces de mon quartier, et à l’utilisation du net sur petit écran.

La télé : J’ai une dizaine de postes de base de plus qu’à Montréal.  Et alors que là-bas je payais pour avoir dix chaines supplémentaires, ici j’en ai quinze.  Pour le même prix. 

Le boulot :  Alors qu’en conciergerie, j’étais toujours debout, à me promener dans quatre bâtisses de trois étages, ici je travaille assis, à mon bureau, à répondre au téléphone.  J’avais trente minutes pour manger, ici j’ai une heure.  Mon travail était physique et éreintant, ici c’est calme et relaxe.  Là-bas je ne pouvais me consacrer à rien d’autre qu’au travail, ici j’ai tout le temps d’écrire et dessiner entre les appels que je reçois.  J’habitais à quarante minutes à pied de mon travail, ici c’est vingt.

Le salaire : Je n’entrerai pas dans les détails puisque c’est un tabou social, mais ouais, je gagne plus cher ici qu’à Montréal.

Les avantages sociaux : En conciergerie, je n’en avais aucun.  Ici, contre une douzaine de dollars retirés sur chaque paie, je suis couvert à 80% sur tous mes frais médicaux.  Ça veut dire les soins des yeux, examens, opérations, lunettes.  Le dentiste, rendez-vous, soins, chirurgies.  Les orthèses.  Les médicaments prescrits.  Le dermatologue.  Le physiothérapeute.  L’examen annuel au médecin de famille.  Les frais de laboratoires, etc.  Et lorsque je pourrai reprendre l’activité physique, je pourrai me prévaloir du rabais corporatif de 50% au gym.

 À part le cell qui me coûte 35$ de plus qu’une ligne classique, j’ai tellement plus pour tellement moins que j’en ressors gagnant partout.  En fait, il n’y a que sur un point que l’on pourrait croire que j’ai perdu quelque chose : 

 Mon couple :  Flavie et moi avons rompu nos fiançailles.  La vie nous amenait peu à peu sur des chemins différents depuis un an et demi.  Et maintenant, avec elle qui part pour la Finlande pour ses études, et moi à Sherbrooke pour mon boulot, nos avenirs ne correspondent tout simplement plus.  Nous avons donc mis fin à notre relation de couple, dans la collaboration et l’harmonie.  Nous avons tout de même eu cinq belles années, et nous ne regrettons rien.  Nous gardons le contact, et on se considère toujours comme étant membres d’une même famille.  D’ailleurs, j’ai la garde de nos deux chats, ainsi que de notre mobilier commun.  À son retour dans deux ans, je lui laisserai le choix entre reprendre ses meubles, ou bien je lui achèterai du neuf.  Je serai obligé de me remeubler de toute façon.

 Bref, sur tous les points, mes conditions de vie se sont améliorées.  Je ne regrette nullement d’avoir changé de ville et de travail.   

Les prophètes auto-réalisateurs et votre reputation (Le retour)

AVERTISSEMENT : Ce billet comporte des scènes sexuelles explicites enrichies de TMI.  Vous v’là prévenus.

Par le passé, je vous ai déjà parlé des prophètes auto-réalisateurs.  Il s’agit de gens qui vous accusent de quelque chose de faux, de manière à ce que la dite chose s’accomplisse. L’un des exemples les plus classique est la personne qui ne cesse de vous reprocher à tort d’être susceptible, jusqu’au moment où cette accusation non-fondée finisse par vous énerver, ce qui lui donne automatiquement raison de vous accuser d’être susceptible.  C’est ce qui en fait une prophétie auto-réalisatrice.

Du reste, les prophètes auto-réalisateurs sont assez facile à repérer :  Si le défaut qu’ils vous accusent d’avoir est quelque chose que vous avez déjà entendu à plusieurs reprises à votre sujet, alors c’est probablement vrai.  Par contre, si c’est un défaut qu’ils sont les seuls à  voir en vous, il y a de grandes chances que ce soit totalement injustifié, donc faux.  Une fois, passe encore, puisque tout le monde peut se tromper.  Mais si cette accusation fausse arrive à répétition, alors là, pas de doute, la personne qui vous la fait est une prophète auto-réalisatrice.  À ce moment-là, attendez-vous à ce qu’elle mette tout en oeuvre pour faire de cette accusation mensongère un fait réel, ne serait-ce que dans les apparences.

Il me revient en tête un exemple particulièrement frustrant que j’ai vécu personnellement, dans lequel une fille a réussi à me faire passer pour quelque chose que je ne suis pas.  Et elle a tellement bien réussi qu’il m’était impossible de m’en disculper.  Ça va comme suit :     

Il y a quelques années, je vous ai parlé d’une certaine Christine, avec qui je travaillais au Dunkin Donuts de Ville-Émard coin Monk et Jolicoeur en 1991.   En résumé : Je travaille avec cette jolie jeune femme d’allure semi-punk et de physique naturellement costaud.  Un jour, elle m’a proposé que nous devenions amants, ce que j’ai bien évidemment accepté.

Au bout de trois semaines, alors qu’il n’y a toujours rien eu entre nous, voilà qu’elle commence à me demander si je suis frustré, de ne pas avoir encore obtenu le sexe qu’elle me promet depuis 21 jours.  Voyant qu’au contraire je ne m’attendais à rien de sa part, elle m’invite au motel, allant jusqu’à payer la chambre elle-même.  Et là, non-stop, elle me met de la pression pour que je la baise, tout en multipliant les obstacles pour m’empêcher de le faire.  Et bien que je reste calme, compréhensif et patient, elle ne cesse de m’accuser d’être frustré.  À ce moment-là, avec calme et logique, j’ai réussi à la coincer dans une confrontation verbale dans laquelle elle n’a eu d’autre choix que de reconnaitre que de nous deux, c’était elle, depuis le début, qui avait le comportement de merde et la personnalité qui vient avec.

J’avais commencé à vous réciter notre histoire, pour finalement arrêter au bout de sept billets.  (Liens plus bas, à la fin de ce billet-ci.) J’avais conclus la série avant d’en arriver à l’époque où elle avait vraiment fini par devenir mon amante.  

Voilà un mois que j’habite seul dans un demi-sous-sol.  La place vient avec un petit comptoir-table fixe avec deux grands tabourets de bar.  Christine ayant payé une partie du premier mois de loyer, je lui ai laissé un double des clés, ce qui fait qu’elle vient souvent m’y tenir compagnie.  

Ce jour-là, chez moi, par ce bel après-midi de juin alors que nous avons congé, elle me parle du film qu’elle a vu la veille, Le Déclin de l’Empire Américain.  Elle me décrit une scène dans laquelle un homme d’âge mûr visite un salon de massage érotique.  Tandis que la jeune masseuse masturbe l’homme, elle lui raconte qu’elle fait ça pour payer l’université, et elle lui décrit de long en large le contenu de ses études de sociologie.  Bref, une atmosphère qui est tout sauf érotique.  Puis, timidement, l’homme l’interrompt en disant « Excusez-moi, mademoiselle.  Je vais jouir. »   Christine était particulièrement amusée par cette scène.  

« As-tu déjà vu ce film-là? »
« Non! »
« Ah, ok, fa que tu peux pas vraiment comprendre la scène. »
« Pas grave, tu en fais une bonne description. »

Elle jette un coup d’œil du côté du divan-lit et y voit mon oreiller.

« Je pourrais te la refaire.  Est-ce que ça te tenterait? »
« Euh…!?  Ok! »

Après l’humiliant séjour au motel qu’elle m’a fait subir il y a un mois et demi, le sujet du sexe n’est jamais revenu entre nous.  Aussi, si j’accepte, ce n’est pas par espoir sexuel, mais bien par curiosité.  Car, en sachant maintenant à quel point elle ressent du malaise face à l’intimité sexuelle, je me demande bien ce qu’elle va m’inventer pour me « montrer » une scène de branlette.  

Elle se lève, va au divan-lit, ramène mon oreiller et le pose sur le comptoir-table, au coin où celui-ci est fixé au mur.

« Couche-toi! »
« Euh… Là, sur la table? »
« Bah ouais! Si t’as envie que je te le fasse.  Est-ce que t’as de l’huile pour bébé dans la salle de bain? »
« Dans la pharmacie! »

Elle s’en va aussitôt dans la salle de bain, pour en ressortir avec la bouteille d’huile Baby’s Own de Johnson & Johnson.  Contre toute attente, sa proposition semble vraiment sérieuse.  Bien que j’en sois surpris, je ne me fais pas prier.  Je me couche.  Le comptoir-table est petit et mon fessier arrive tout juste sur le rebord de l’extrémité opposée.  Mais c’est exactement ce que Christine espérait.   En s’emparant d’un tabouret, elle me suggère d’enlever pantalon et caleçon.  Réalisant que ça va vraiment arriver, je m’exécute, l’engin déjà au garde-à-vous.  Elle s’installe entre mes jambes, sur le tabouret.  Elle se verse de l’huile dans la paume, se frotte les deux mains, puis, doucement, elle me l’empoigne et amorce un mouvement de haut en bas.  

J’ai, à ce moment-là, 22 ans.  Je suis au sommet de ma forme sexuelle.  Voilà deux mois qu’elle me promet du sexe, et voilà que ça arrive enfin.  Et c’est formidablement bon.  Comme je l’ai souvent écrit depuis que je tiens ce blog, 75% de mon excitation provient du fait de savoir que ma partenaire en a envie.  Et là, c’est elle qui a amorcé la chose.  Et c’est elle qui est active.  Et c’est elle qui veut me faire jouir.  Par conséquent, je suis super excité.

La poigne de sa main chaude qui glisse en montant et descendant me procure une sensation de plaisir extrême tel que je n’en avais jusque-là jamais connu.  Car bien que j’avais déjà eu quelques partenaires sexuelles avant elle, aucune ne m’avait jamais fait ça.  Avec les autres, je ne faisais que prendre mon plaisir moi-même, après m’être occupé d’elles.  Christine est la première à faire l’effort de s’occuper de moi en premier.  En fait, elle est la première à s’occuper de moi sexuellement tout court.   Voyant que je regarde avec fascination ce qu’elle est en train de faire, elle en rajoute.  Malgré l’huile, tout en me regardant droit dans les yeux, elle se penche, sort la langue et me la passe doucement sur le bout.  Je sens déjà les premiers signes de l’orgasme qui commen-

« Vous voulez un beigne fourré à la crème et un café?  Ok!  Un chausson avec ça? »

Euh…  Pourquoi est-ce qu’elle me parle comme si j’étais un client du Dunkin Donuts?

« Une douzaine de munchkins et un muffin aux bleuets? Bien sûr monsieur! »

Non seulement ses paroles déraillent l’atmosphère, elles me mettent dans un état de totale incompréhension.  Qu’est-ce qui lui prend, de dire ces conneries pareilles, alors qu’elle me masturbe?   Ça dépasse mon entendement.  Et bien que le mouvement de ses mains me garde raide, ses paroles sans rapport gâchent le moment, détruisant tout érotisme.  

Aujourd’hui, je réalise qu’elle essayait probablement d’adapter à son propre vécu le rôle de la masseuse du Déclin de l’Empire Américain.  Également, avec du recul, je peux comprendre que la situation pouvait la mettre un peu mal à l’aise, surtout si elle avait encore de la difficulté à concilier ses désirs sexuels avec son éducation religieuse stricte.  Normal que dans ce temps-là, on se réfugie dans l’humour et la dérision pour détendre l’atmosphère.  Mais à l’époque, je n’avais pas compris ça.  Tout ce que je voyais, c’était qu’encore une fois, tout comme elle l’avait fait au motel  six semaines plus tôt, elle m’entrainait dans une activité sexuelle pour ensuite y dresser des obstacles afin de m’empêcher d’en jouir.  J’ai donc vu sa proposition masturbatoire comme un piège élaboré qu’elle avait mis au point dans le but de me frustrer sexuellement.  

De voir qu’après tout ce temps elle cherchait encore à m’humilier en rapport à l’aspect sexuel de notre relation, ça m’a mis dans un état de rage.  Rage que j’ai néanmoins réussi à contrôler.  J’ai juste remis ma tête sur l’oreiller, j’ai fermé les yeux, je me suis concentré à imaginer des scènes full cochonnes, tout en ignorant du mieux que je pouvais la voix de Christine qui, maintenant, récitait a capella des chansons de pubs télé du Dunkin.

Tu parles d’un truc à chanter à un gars pendant que tu lui manipules le zgeg.

Après de longues minutes, elle me dit d’un ton de voix moqueur:

« Eh ben!? T’en mets, du temps pour venir! »

Si j’avais encore le moindre doute comme quoi elle ne cherchait qu’à se moquer de moi, ces paroles les dissipent automatiquement.  Exaspéré, je me redresse :

 » MAIS TA YEULE! »

Elle me regarde, bouche bée, sous le choc.  Elle ne devait pas s’attendre à ça.  Je poursuis, tout aussi enragé.

 » D’abord, tu fais exprès pour dire des niaiseries pour me distraire, pour que j’puisse pas venir.  Et après ça, tu me reproche de pas venir.  Non mais tu te vois-tu agir?  Tu vois pas que le problème que tu me reproches, c’en est un que tu causes toi-même?  ENCORE UNE FOIS! « 

Christine me regarde, toujours silencieuse, toujours désemparée.  Je me recouche.  Avec une voix un peu plus calme, je dis:

 » R’garde, si t’as pas envie de me branler, arrête!  Ok?  J’ai jamais forcé personne à faire quoi que ce soit.  Fa que, fais-le, fais-le pas, mais branche-toé, pis arrête de me faire niaiser. »

Elle recommence à me masturber.  Silencieusement cette fois,  J’avoue que je ne m’y attendais pas.  N’empêche que, encore une fois, à cause de ses conneries, la belle atmosphère intime, érotique, et surtout positive, qu’il y avait entre nous, est irrémédiablement gâchée.  Puisque la vue de sa moue de culpabilité et de tristesse n’a rien d’excitant, je ferme les yeux et me concentre sur autre chose.

Au bout de quelques minutes, je sens de nouveau les premiers signes d’un orgasme qui commencent à monter en moi.  Pendant un instant, je songe à y mettre du mien et remettre du positif entre nous en lui disant « Excusez-moi, mademoiselle.  Je vais jouir. »   Je suis sûr que ça l’amuserait et que ça désamorcerait la situation.  Mais au final, je décide que non.  Elle m’a tellement fait chier en gâchant ce qui est techniquement notre première fois, que je considère qu’elle ne mérite pas que je lui fasse cette faveur.   Et puis d’abord, pourquoi est-ce que ce serait à moi de régler un problème qu’elle a causé?  Ma dernière pensée avant d’atteindre la conclusion orgasmique tant attendue est:

 » Ces deux derniers mois, elle a travaillé très fort pour faire de moi un frustré sexuel.  Elle a bien mérité de récolter le fruit de ses efforts. »

Et c’est avec cette dynamique de merde que notre relation a commencé à être sexuelle.

Peu à peu, à chaque fois, nous nous voyions, nous allions de plus en plus loin.  Ça a pris du temps puisqu’à chaque fois je respectais ses limites sans discuter.  Mais éventuellement, nous avons fini par avoir des rapports complets.  

Mais voilà, ça ne rendait pas notre vie sexuelle plus normale pour autant, comme je l’ai amèrement constaté dans les jours qui ont suivis.  

Un soir, alors que je sens que je suis en train de l’amener à l’orgasme, elle me demande d’arrêter.  J’arrête!  Elle dit:

« Ouf!  T’as vraiment failli réussir cette fois. »
« Failli réussir quoi? »
« À me faire venir. »
« HEIN!? Mais pourquoi tu m’as fait arrêter? »
« Je ne veux rien te devoir. »

La première fois, j’ai trouvé la chose aberrante.  Je veux dire, au nombre de filles qui se plaignent que leurs chums sont égoistes au lit, moi je fais l’effort de me préoccuper de son plaisir, et elle refuse.  Je suppose qu’en quelque part, en m’empêchant de la faire jouir, elle égratignait mon orgueil de mâle qui aime se dire qu’il est un bon baiseur.  Mais là encore, j’ai décidé de prendre la chose avec cynisme.  Elle ne veut pas jouir?  Très bien!  Elle veut que je sois le seul qui en profite quand on baise?  D’accord!  C’est son choix.  Pour ma part, je ne vois pas pourquoi je m’empêcherais d’avoir du plaisir, alors je ne vais certainement pas m’en priver.

Une autre chose qu’elle me rappelait souvent, c’est qu’elle n’avait pas envie de pratiquer la sodomie.  C’est elle qui a amené le sujet.  De la manière dont je voyais ça, elle faisait juste me prévenir d’avance des pratiques qu’elle était à l’aise de faire ou non, voilà tout.  Cette interdiction ne me dérangeait pas le moins du monde.  Premièrement, jamais je ne le lui aurais suggéré.  Et ensuite, même si j’en avais eu envie, eh bien à partir du moment où elle m’avait dit non, jamais je n’en aurais reparlé.  Quand une fille me met ses limites, je me les tiens pour dit.

Malgré mon manque évident d’intérêt pour ses fesses, à chaque fois que l’on baisait, elle ne manquait jamais de me préciser que cet orifice m’était interdit.  À chaque fois, je répondais d’une voix calme et rassurante des trucs du style de « Bah non! », « Rien à craindre! », « Je sais! », « Pas de problème! », « Oui, je l’ai bien compris les vingt-sept dernières fois où tu me l’as dit! » …  Je trouvais ça un peu ennuyant et répétitif.  Mais bon, si ça l’amuse de se répéter pour rien, c’est son choix.

Un soir, alors que nous travaillions ensemble au Dunkin, je viens pour lui demander un truc en rapport à notre travail.

« Christine!  Est-ce que tu… »
« Non, Steve!  J’te l’ai déjà dit, que j’ai pas envie que tu m’encules. »

Insister pour me refuser non-stop une sodomie que je ne lui ai jamais demandé, passe encore si nous sommes dans un contexte sexuel.  À ce moment-là, je peux comprendre qu’elle puisse craindre que je m’essaye.  Mais LÀ?  Au boulot?  Sur notre quart de travail?  En m’accusant mensongèrement de le lui avoir demandé?  C’est pire que de la provocation.  C’est pire que du trollisme.  C’est une tentative gratuite d’essayer de me faire passer pour quelque chose que je ne suis pas, que je n’ai jamais été et que je ne serai jamais.  Autrement dit, c’est une insistante tentative de salir ma réputation.  Et ça a beau n’être qu’entre nous deux, je ne l’accepte tabarnaquement pas.

« HEY! ÇA SUFFIT! »  

Comme d’habitude, elle sursaute devant mon ton de voix enragé.  Je poursuis.

« Est-ce que j’ai déjà essayé de t’enculer?  Hein?  Ben envoye, répond!  Est-ce que j’ai déjà envoyé ma queue se promener du côté de ton cul? »
« N-non! »
« Est-ce que je te l’ai déjà demandé? »
« Non! »
« Est-ce que je te l’ai déjà suggéré? »
« Non! »
« Est-ce que j’ai déjà amené le sujet de quelque façon que ce soit? »
« Non! »
« BON BEN FARME DONC TA CRISSE DE YEULE, TABARNAK! »

Eh ouais, lorsque je suis vraiment exaspéré, je reprends l’accent québécois que mon éducation arrive d’habitude à masquer.  Je suppose que cette fois, j’y suis allé un peu fort, autant dans le propos que dans le volume, car les deux caissières viennent nous rejoindre dans la cuisine.

« Ben voyons?  C’est quoi qu’y s’passe? »

Christine se tourne vers elles et, tout en pointant vers moi, leur dit d’une voix nerveuse:

« Steve est frustré après moi parce que je viens de lui dire j’ai pas envie qu’il m’encule. »

Les caissières me regardent avec un air d’aberration au visage.  Sentiment que je partage, en constatant le piège dans lequel Christine vient de me faire tomber.  Elle rajoute:

« Pis c’est pas la première fois que je le lui dit, en plus. »

Le visage des caissières passe de choqué à dégoûté à méprisant.  Je reste silencieux.  Paralysé par le choc de ce qui vient de se passer.  Totalement bouché.  Qu’est-ce que je suis supposé faire, maintenant?  Peu importe ce que je pourrais dire pour essayer de me disculper, je n’aurais aucune crédibilité.  

C’est que techniquement, elle ne ment pas.  Oui, je viens de l’engueuler.  Oui, c’est parce qu’elle vient de me dire qu’elle ne voulait pas être sodomisée.  Et oui, c’est quelque chose qu’elle m’a dit à répétition.  Si j’essaye d’expliquer que ça fait un mois qu’elle me répète ça sans raisons puisque je ne le lui ai jamais demandé, personne ne va me croire.

En moins de 24 heures, ma réputation était totalement salie dans cette succursale de Dunkin Donuts, autant parmi les employés que chez certains clients réguliers, à qui les caissières n’ont pas manqué de répéter ça.  Ça m’a valu du mépris, des remarques rabaissantes, des insultes.  Il a fallu que je démissionne quelques jours plus tard tellement l’atmosphère était devenu invivable à force de subir ce harcèlement non-mérité.  Un départ qui, à l’avis de quelques cyniques, constituait, de ma part, un aveu de culpabilité.

Consciemment ou non, Christine avait bien planifié son coup.  Depuis le début de notre relation en tant qu’amants, elle ressentait le besoin implacable de me faire passer pour un frustré sexuel.  Et lorsqu’elle me refaisait à sa manière la scène de branlette du Déclin de l’Empire Américain, elle a pu voir que la meilleure façon de me faire enrager, c’était de me faire subir une accusation mensongère.  À partir de là, elle n’avait qu’à agir de manière à m’accuser, en sous-entendus, d’être quelque chose que je ne suis pas, dans ce cas-ci, un harcelant sodomite, et le refaire non-stop pour me faire monter la pression.  Et en voyant que, malgré mon exaspération, je restais compréhensif puisque c’était dans un contexte sexuel, elle a trouvé comment me faire péter les plombs:  Me faire ce reproche mensonger dans un contexte non-sexuel, donc de manière totalement injustifiée.  Et quel meilleur endroit pour ça que sur notre lieu de travail, en présence de témoins.  Il ne lui resterait plus qu’à interpréter les faits à sa manière devant eux pour atteindre enfin ce but qu’elle s’était donné trois mois plus tôt.

Et elle a réussi.  Aux yeux de tous, j’étais un frustré sexuel.

Pourquoi agissait-elle ainsi?  Je ne l’ai jamais su, et je ne le saurai jamais.  Si ça se trouve, Christine elle-même ne le savait probablement même pas non plus.  Mais bon, peu importe la raison pourquoi elle ressentait le besoin de me coller l’étiquette de frustré sexuel –en fait, peu importe si elle avait une raison pour commencer—  ça ne change rien au fait qu’elle en ressentait le besoin.   Et que ce besoin était plus fort qu’elle.  Plus fort que toute logique.  Plus fort que tout ce que je pouvais dire ou non, ou faire ou non, pour lui montrer qu’elle se trompait à mon sujet.  La seule vérité qui intéresse les gens, c’est celle qui va dans le sens de leurs intérêts.  Dans cette optique, ce que j’étais vraiment, elle n’en avait rien à chier.  Pour elle, seule comptait l’image qu’elle avait choisi d’avoir de moi, et de (se) le prouver.  

Lorsque vous voyez qu’une personne de votre entourage essaye de vous faire passer pour quelque chose que vous n’êtes pas, éloignez-vous-en.   Limitez les contacts, et coupez les ponts si c’est possible.  Parce qu’une personne qui est vraiment déterminée à vous donner mauvaise réputation va toujours réussir à le faire.
_________________
QUELQUES LIENS:

Christine, la première partie, si vous voulez l’histoire au complet, ça débute ici.
Christine; Motel California, si vous voulez juste l’anecdote du motel.
Les prophètes auto-réalisateurs et votre reputation 1.  Le premier billet de cette série.
Les prophètes auto-réalisateurs et votre reputation 2.  Et sa suite.

Le jour où tout a basculé (4 de 4)

Mardi 15 mai 2018.  Trois mois, jour pour jour, après la chute dans l’escalier qui m’a rompu une vertèbre et qui m’a mis en arrêt de travail, m’empêchant de reprendre mon boulot de concierge.   

Le téléphone sonne.  Je réponds.  C’est La Firme. L’enquête judiciaire et de crédit est revenue. Tout est Ok.

Je suis embauché. 

Je commence lundi le 28.  À leur nouvelle succursale à Sherbrooke.  J’ai donc moins de deux semaines pour me trouver un appartement et déménager. En attendant, on m’explique tout ce que ça implique, d’être à leur emploi:

  • Trois semaines de formation, payée.
  • Un salaire concurrentiel.  Et en effet, jamais n’ai-je gagné autant.
  • Régime d’assurances collectives.
  • Remboursement de 50 à 80% sur certains frais médicaux, tels (dans mon cas personnel) soins dentaires, prothèses dentaires et orthèses.
  • Régime d’achats d’actions à 3% prélevé de mon salaire, auquel La Firme nous donne un autre 3% en bonus.
  • Prime salariale de déplacement, de 4%.
  • Si j’accepte de travailler de soir ou de nuit, la prime de quart est de 10% de mon salaire.
  • Frais de déménagements remboursés.
  • 50% de rabais sur tout abonnement à un gym de la chaîne Nautilus.
  • Club social et autres activités propres à renforcer les liens entre collègues et patrons.
  • Et ce qui n’est pas négligeable, tel que décrit dans les dépliants, le coût de la vie à Sherbrooke est bien moins élevé qu’à Montréal.

On m’a ensuite envoyé mon contrat de travail par courriel.  Je l’ai lu, approuvé, signé et renvoyé.  J’ai reçu un accusé de réception.

Voilà!  Je suis maintenant officiellement un employé de La Firme.  Mon titre est conseiller, mon poste est technicien au centre d’assistance. Et puisque là-bas, tout est à faire, tout est à apprendre, toutes les portes me seront ouvertes pour peu que je montre mon envie de travailler, ma volonté d’apprendre, et mon désir de grimper les échelons. 

Et ceci marque la fin d’une longue (et triste) époque.
Dans deux mois, j’aurai 50 ans.  Là-dessus, de mes 24 à 48 ans, soit la moitié de ma vie à ce moment-là, j’ai vu la majorité de mes revenus se faire détourner en rapport à mes enfants et à leur mère.  Depuis que la cadette a atteint ses 18 ans il y a deux ans, je ne dois plus rien à personne. Aujourd’hui, à la veille de mes 50 ans, je peux enfin envisager une vie professionnelle fructueuse et prospère.  Je peux enfin commencer ma vie d’adulte avec les revenus d’un adulte.

Pendant de trop longues années, je déplorais le fait que mes responsabilités parentales, et une ex trop hargneuse qui a toujours préféré me détruire que de nous construire, sabotait tous les efforts que je mettais pour me tirer de la merde.  À ce moment-là, on m’a accusé de jouer les pauvres victimes, de préférer blâmer les autres pour mes échecs, de tenter de trouver des excuses à ma lâcheté et ma stupidité, de faire dans la victimisation.  Ah, et n’oublions pas le qualificatif de misogyne, bien sûr, puisqu’en parlant de ce problème, je parlais négativement au sujet d’une femme.

Il y a sept ans, j’étais un dessinateur qui vivait misérablement, car je ne savais rien faire d’autre.  Sans expérience, j’ai commencé tout en bas de l’échelle en faisant du ménage dans un garage de bus.  

Il y a six ans, grâce à cette expérience, je devenais concierge résident dans un édifice à appartements.  

Il y a quatre ans, grâce à cette expérience, je devenais concierge résident dans une tour à condos de luxe.  

Il y a deux ans, grâce à cette expérience, je devenais surintendant dans une manufacture de portes et fenêtres.  

Aujourd’hui, grâce à cette expérience, me voilà employé de bureau pour une grande firme.

C’est terminé pour moi, la vie misérable.  C’est terminé pour moi, le travail manuel. 

En sept ans, j’ai démontré que j’avais raison d’affirmer que, lorsque personne ne se met en travers de ma route, je suis capable de partir de rien pour grimper peu à peu l’échelle sociale.  En sept ans, j’ai réussi à passer de loser misérable à succès prospère.

Le jour où tout a basculé.
Durant ces sept dernières années, le travail manuel m’a sorti de la misère, m’a permis de bien gagner ma vie.  Depuis trois mois, ma vertèbre brisée m’interdit tout travail manuel.  
J’aurais pu voir cet accident comme étant un signe indéniable comme quoi le destin ne cherche qu’à saboter ma vie.  J’aurais pu voir ça comme une raison de baisser les bras.  De me résigner à mon triste sort.

J’ai refusé!

J’ai choisi de voir ça comme un signe comme quoi il était temps que je passe à autre chose.  Non pas juste à autre chose, mais à quelque chose de niveau supérieur. 

Et aujourd’hui, trois mois plus tard, ce que j’ai choisi de voir, j’ai réussi à en faire une réalité.

Sans cet accident dans cet escalier verglacé, je me serais contenté de travailler dur et de continuer de vivre humblement.  Ce jour-là, il n’y a pas que moi qui a basculé.  Ça a été le reste de ma vie, et ce de façon positive.  C’est que lorsque l’on arrive à saisir les opportunités, quand on y met de l’effort et de la détermination, on peut faire en sorte que la vie bascule du bon côté.

On peut déplorer mon manque de modestie.  Peu m’importe!  Ça a été un long et dur parcours.  Je n’ai jamais baissé les bras.  Je me suis rendu là où je suis par mes propres moyens.  J’ai légitimement gagné le droit d’en être fier.

Et je compte bien continuer d’y mettre des efforts, de continuer à apprendre, et de toujours monter plus haut.

Le jour où tout a basculé. (3 de 4)

Je me présente à l’Hotel Delta le mercredi prévu, à midi trente.  Je monte au 3e étage et je me retrouve dans une grande salle d’attente.  Il y a peut-être trente personnes qui sont là, assis sur les chaises, les fauteuils, aux tables.  Et malgré leur nombre, la place n’est occupée qu’au tiers de sa capacité. 

Au bout de la pièce, il y a de grandes portes ouvertes qui amènent dans une autre salle.  Devant ces portes se tient un monsieur en complet-cravate.  Il tient un rouleau de ticket.  Je vais le voir.  Il me donne le billet numéro 128479 en m’expliquant la procédure:

« Assoyez-vous, on va vous appeler par les deux derniers chiffres. »

À peine suis-je assis que je l’entends appeler le 51. Techniquement, ça signifie qu’il y a vingt-huit personnes avant moi.  Cependant, il y a une raison pourquoi je me suis présenté ici à midi trente et non à 13:00 tel que je l’avais originalement planifié.  C’est que comme je m’en doutais, beaucoup de candidats à cet emploi ont déjà un travail, et ils profitent de leur heure de dîner pour venir ici.  Et comme je l’ai prévu, ceux-là finissent par se rendre compte qu’ils n’auront jamais le temps de passer en entrevue avant de devoir retourner au boulot.  Aussi, dans les minutes qui suivent, j’en vois une douzaine qui abandonnent et qui repartent.  C’est autant de gens qui me laissent leur place dans la queue. 

Pour une autre raison, bien m’en pris de m’être présenté plus tôt.  Dans la demie-heure qui a suivie, plus de cinquante personnes sont arrivées après moi, dont un groupe de vingt-six par bus. C’est devant tout ça que j’aurais eu à patienter, si je n’avais pas stratégiquement choisi mon heure d’arrivée.

À 13:00 pile, le portier interpelle le 79, mon ticket.

« Alors vous allez entrer dans cette pièce et vous asseoir à cette table, passer au triage. »

ÉTAPE 1: Le triage.

Il s’agit d’une longue table où sont assises six employées de La Firme, face à cinq candidats.  Je prends place sur la chaise libre.  Une employée m’accueille.

« Bonjour monsieur!  Première chose: Êtes-vous au courant qu’aujourd’hui, le seul poste que nous offrons, c’est pour notre centre d’appel? »
« Oui, c’est pour ça que je suis ici. »

« Très bien!  Avez-vous apporté votre CV? »
« Oui! Voici mon CV, ma lettre de présentation, et une lettre de recommandation d’un ancien employeur. »
« Ah! Vous êtes venus préparé, vous.  Parfait! »

Elle regarde mon CV et commence à le lire.  Je lui vois un air interrogateur au visage.  J’en devine la cause.  Aussi, je lui dis:

« Eh bien oui, je suis un concierge qui veut réorienter sa carrière comme employé de bureau pour une grande firme. »
« Ok! Wow! C’est original.  Qu’est-ce que vous avez comme qualifications? »

« Eh bien, en tant que concierge résident, dès que le bureau de l’administration ferme, les appels sont transférés sur mon cellulaire.  Dès que j’ai un appel, je dois ouvrir un billet sur l’ordinateur pour l’inscrire.  Si je peux régler le problème, je le fais, sinon j’escalade un niveau plus haut, en contactant un professionnel mieux qualifié.  Ensuite, une fois le problème réglé, je dois remplir mon rapport.  Je rappelle le client pour vérifier si tout est Ok, avant de fermer le billet et le classer dans les dossiers réglés.  Je pense que c’est exactement la job d’un centre d’appel? »
« En effet! »
« Eh bien voilà! À ma job, je suis le helpdesk à moi tout seul. »

La madame prend un document.  Elle y écrit mon nom, le joint à mon CV et mes autres paperasses, puis elle se lève.

« Très bien monsieur.  Suivez-moi, je vous amène à l’étape suivante. »

YES! J’ai passé.

ÉTAPE 2: Le test de connaissances. 

Elle me conduit dans la grande salle.  Celle-ci est divisée en trois sections: Les chaises pour l’attente, les tables avec ordis pour les tests, et enfin les bureaux individuels des recruteurs.  Elle donne mes documents à une collègue et me fait asseoir en me disant d’attendre que l’on m’appelle.

Dix minutes plus tard, j’entends mon nom.  Je me lève et me dirige vers celle qui m’a appelé.  Elle m’amène à une table de test.  Elle entre mon nom et un numéro de code sur l’écran, avant de me refiler le clavier.

« Oui, alors vous avez ici dix questions.  Répondez à celles que vous pouvez au meilleur de vos connaissances.  Vous avez vingt minutes. »

Alors je commence.  

Un client vous appelle parce que sa souris ne fonctionne pas.  Écrivez trois questions que vous lui poseriez.

Pas besoin d’avoir de l’expérience en helpdesk pour y répondre, à celle-là:

  • Est-ce une souris avec ou sans fil?
  • Si elle est sans fil, avez-vous essayé de changer la pile?
  • Si elle est avec fil, pouvez-vous vérifier si elle est bien branchée?
  • Si elle l’est, pouvez-vous essayer de la brancher dans une autre prise? 

Et oups, ça fait quatre questions/réponses.  Pas grave, passons aux suivantes.  Certaines questions sont de connaissances générales de base en informatique.  D’autres demandent une certaine logique.  Je crois que je me débrouille pas si mal pour y répondre.

Rendu à la question 9, eh bien, une chance que l’on a un choix entre quatre réponses, parce que les termes utilisés sont un peu trop techniques pour moi:

Lorsque l’on a un problème avec la fonction PING, de quoi s’agit-il?

La première des quatre réponses proposées est:

L’ordinateur ne reçoit aucun écho en provenance du URL recherché.

Le mot écho en éveille un dans ma mémoire.  Voyez-vous, j’ai toujours été un lecteur de comic books.  Et l’un des personnages, Daredevil, expliquait dans sa toute première aventure qu’il a découvert qu’il avait un sens radar.  Et voyez comment la chose est illustrée:

 
Et après ça, on dira que la BD abrutit le cerveau.

Je choisis donc cette réponse.  Arrive la dixième et dernière question:

Pourquoi avez-vos choisi cette réponse à la question précédente?

M’ouais! Je ne peux tout de même pas leur dire que j’ai lu ça dans un comic de Daredevil.  Aussi, j’écris:

Mon grand-père était Capitaine dans l’armée.  Je sais que PING est le terme utilisé pour décrire un écho sur les radars et les sonars.

Je ne mens pas!   Oui, Pépé était Capitaine dans l’armée à Terre-Neuve en 1939-46.  Et oui, grâce à Daredevil, je sais que PING est le terme utilisé pour décrire un écho sur les radars et (probablement) les sonars.  Je n’ai jamais prétendu qu’il y avait un lien entre les deux phrases de ma réponse. 

Mon test terminé, je retourne m’asseoir dans la section d’attente.  Une quinzaine de minutes plus tard, une autre dame m’appelle.

« Bon! Vous avez passé le test avec succès.  Suivez-moi. je vous amène au bureau de Monsieur Painchaud, l’un de nos recruteurs. »

OUAIS! Une autre étape réussie.  Et maintenant:

ÉTAPE 3: L’entrevue.

La dame m’amène dans la section de la salle où il y a huit bureaux de recruteurs dispersés.  Elle me fait asseoir devant un bureau désert. 

« Nous sommes désolés pour l’attente.  Monsieur Painchaud a eu à aller répondre à un appel d’urgence.  Il sera à vous dans quelques minutes. »

Ce contretemps peut sembler anodin.  Moi, j’y vois une opportunité pour mieux me préparer à ce qui s’en vient.  Pour ce faire, je porte attention à mon environnement.  

Je jette un oeil sur la pile de dépliants sur le bureau.  J’en prends un.  J’y vois que La Firme se prépare à ouvrir une nouvelle branche dans la ville de Sherbrooke, et ils recherchent activement des candidats pour y combler des postes.  Je m’explique mieux cette soudaine foire d’emploi.  Le dépliant prend bien la peine de donner des chiffres démontrant que la vie sherbrookoise est beaucoup plus économique que la vie montréalaise, comparant le prix moyen des loyers, des maisons et des condos.  Tout pour nous encourager à immigrer, quoi. 

En reposant le dépliant, je porte mon attention sur les bureaux des recruteurs voisins.  J’écoute les questions qu’ils posent aux candidats.

« Si vous étiez chef de votre département, quelles sont les qualités que vous rechercheriez chez vos employés? »

« Vous faites partie d’une l’équipe qui doit gérer des dossiers confidentiels.  Vous constatez que votre chef de bureau utilise l’accès aux comptes pour y soutirer des renseignements qui ne le concernent pas.  Comment réagissez-vous? »

« Une employée vous accuse de harcèlement au travail.  Quels seraient, selon vous, les raisons qui pourraient la pousser à affirme ceci? »

Oh là!  C’est heavy, ces questions-là.   Je dois vraiment m’attendre à tout.  Tandis que je me prépare mentalement à répondre adéquatement à celles-là, voilà Monsieur Painchaud qui arrive, tout en jetant un oeil sur mes paperasses.  Il s’assoit et me serre la main, joyeux, tout sourires.

« Alors Monsieur Johnson.  Bonjour!  Alors c’est vous, ça, le concierge qui veut travailler dans un bureau? » 

Eh bien!  Je vois que mon petit numéro d’entrée a eu l’effet escompté: Me faire remarquer, et attiser leur curiosité.  J’enchaîne avec ma présentation soigneusement préparée:

« Ben oui!  Je suis tombé dans un escalier verglacé le 15 février dernier, et je me suis fracturé une vertèbre, juste entre les omoplates. »
« Ouch! »

« Ça oui!  Ironiquement, puisque la position assise est la plus confortable pour moi, si j’avais eu un travail de bureau, j’aurais pu retourner travailler le lendemain.  Malheureusement, la conciergerie, c’est très physique.  Alors je suis en arrêt de travail depuis ce temps-là.  J’ai droit au chômage de congé de maladie jusqu’à la mi-juin.  Mais là, après deux mois et demi sans travailler, je commence à devenir un peu dingo. »
« Ha! Ha! Je vous comprends! »
« Alors c’est ça!  Quand j’ai su que vous recrutiez des candidats pour votre centre d’appel, je me suis dit qu’il serait temps de réorienter ma carrière. »

Et je lui répète la comparaison entre mon travail de concierge résident avec celui d’un centre d’appel, telle que je l’ai déjà récitée au triage.  Il a l’air satisfait.  Il prend son questionnaire et me dit:

« Premièrement, êtes-vous bilingue? »
« Well, my last name is
« Johnson », so yeah, I think I might be. »
« Ok! Fa que
« Stéphane », c’est pour votre côté québécois, pis « Johnson » c’est pour votre côté anglais? Ha! Ha! »

Quand le recruteur rit de bon coeur, c’est bon signe.  Il poursuit: 

« Alors j’ai ici une liste de dix mises en situations. À chaque question, vous allez me répondre en anglais… »

Mais je vais continuer en français ici pour vous faciliter la lecture.

« Dans la majorité des cas, il n’y a pas vraiment de bonnes ou de mauvaises réponses.  C’est surtout une évaluation de la personnalité, afin de pouvoir vous classer dans le département qui vous convient le mieux. »

Je comprend instantanément que cette déclaration de sa part est totalement bullshit.  Le seul département dans lequel il y a de l’embauche en ce moment est le centre d’appel.  Il n’y a donc aucune raison pour lui de perdre son temps à voir quel est le « département qui me convient le mieux », comme il le prétend.  Ensuite, s’il n’y avait pas de bonnes ni de mauvaises réponses, se donnerait-il la peine de me tester avec des mises en situations?  Et surtout, de m’en imposer dix?  Je comprend donc que cette phrase, qui lui a été certainement été imposée par les ressources humaines, n’est dite au candidat que dans le but de lui faire baisser sa garde.  De le faire relaxer, afin qu’il commette des erreurs.  Aussi, sans en avoir l’air, je me tiens encore plus sur mes gardes, lorsque je lui répond joyeusement: 

« D’accord! »
« Alors première mise en situation:  Un client appelle, vous avez réussi à régler son problème, mais voilà qu’il commence à vous raconter sa fin de semaine.  Que faites vous? »
« Je l’interromps pour lui dire: « Ah, euh, excusez-moi!  Avant que je ferme votre billet, est-ce qu’il y a autre chose à régler, ou bien je peux le fermer? Tout est beau? Alors merci d’avoir fait appel à La Firme.  Bonne journée. »
« Très bien.  Vous avez un client en ligne, et tous vos collègues au niveau supérieur sont occupés.  Que faites-vous? »

La première chose qui me vient en tête est, évidemment, de dire au client de patienter, et de le mettre en attente.  Or, j’ai l’impression que c’est une question piège.  À voir le genre de questions que j’ai lu jusqu’ici, et celles que j’ai entendu en provenance des bureaux qui nous entourent, pourquoi est-ce qu’il m’en poserait une dont la réponse serait aussi simple?  Ça, ça veut dire que c’est plus qu’une question; c’est un test!  

Je ne dois jamais oublier que les grandes compagnies ne veulent pas d’un simple employé qui se contente de faire son travail sans plus.  Ce qui les intéresse, c’est des gens qui ont de l’initiative, qui en font plus que demandé. Aussi, je réponds :

 » Je vais lui poser des questions.  Je vais lui demander de me donner le plus de détails possible au sujet de son problème, et moi je prends des notes.  Comme ça, dès qu’un collègue se libère, je le contacte et lui refile mes notes, avant de lui demander si c’est Ok que je lui transfère le client. »

Le recruteur pose sa feuille de questions sur la table et parle de nouveau en français.

« Bon!  Je serais supposé vous faire passer à travers les dix questions.  Mais je pense que j’en ai assez vu.  Depuis le début, j’ai un très bon feeling.  Pas besoin d’aller plus loin. »

Il est satisfait?  Déjà?  Après seulement deux questions sur les dix?  Me voilà très agréablement surpris par cette déclaration.  

« Ok! Wow! Euh! Merci! Je dois vous avouer que je suis surpris.  Étant concierge, je n’étais pas sûr de trouver ma place ici. »
« Vous savez, ce n’est pas ça que l’on regarde en premier.  Je vous vois aller.  Vous êtes dynamique, vous vous exprimez bien, clairement, dans les deux langues.  Vous avez une excellente attitude.  Et surtout, dès la première minute, on le voit bien, que vous voulez travailler.  C’est ça que La Firme recherche.  Aujourd’hui j’ai vu passer du monde avec dix ans d’expérience, et même des cadres. Je n’ai pas été impressionné. »

Et ceci confirme ce que je pensais hier: À l’heure où on est rendu, les employés de La Firme ont vu défiler assez de candidats pour être maintenant capables de reconnaître rapidement ceux qui se démarquent de la masse.  Bref, je crois que je suis en train de me faire embaucher.  Aussi, je lui demande:

« Cool! Alors c’est quoi, la suite? »
« Côté salaire, à quoi est-ce que vous vous attendez? »

J’ai bien fait mes devoirs. 

« Ce matin, avant de partir de chez moi, je suis allé jeter un oeil à la section emploi de votre page web.  J’y ai vu que le salaire d’entrée pour un technicien en centre d’appel est de  [Censuré puisque divulguer son salaire est un tabou social]  Donc je m’attends à ça. »

Sans hésiter, il l’inscrit sur les documents.  Il a une dernière question pour moi.  Et depuis vingt-cinq minutes, il se trouve que je suis prêt pour celle-là également.

« Est-ce que vous seriez prêt à déménager? »

Ayant consulté les dépliants pendant que l’attendais, je ne suis nullement surpris par cette question.

« Vous voulez dire, aller à Sherbrooke? »
« Oui! »

Je n’ai pas besoin de plus d’une seconde et demie de réflexion avant d’y répondre.  Il est vrai qu’avec Flavie qui part en Europe pour deux ans, je me retrouverai seul à tout payer.  Et puis, une nouvelle branche qui ouvre?  Des places à prendre?  Les possibilités de prendre de l’avancement et de cimenter ma position sont beaucoup plus accessible là-bas, plutôt qu’ici où ils ont déjà tout leur personnel aux échelons supérieurs.  

« Bah, pourquoi pas?  Je suis célibataire, mes enfants sont tous adultes et partis de la maison, tous à Québec, à La Malbaie, en Ontario, et bientôt en Belgique, ce qui fait que je ne les vois déjà pas anyway.  Quant à ma job en conciergerie, je ne peux plus la faire.  Il n’y a plus rien qui me retient ici.  Alors si c’est là-bas que vous avez besoin de moi, je vais y aller.

Il me serre la main. 

« Alors toutes mes félicitations.  Vous êtes l’un des rares aujourd’hui que je ne renvoie pas chez lui en lui disant qu’on le rappellera si on à un poste pour lui.  Vous allez passer tout de suite aux ressources humaines.  Allez vous asseoir à côté de la porte, là-bas.  Une représentante va vous faire signer un document qui nous autorise à faire une enquête de crédit et judiciaire à votre sujet. »

OMG! Je me suis rendu à … 

L’ÉTAPE 4: L’inscription aux ressources humaines.

La dame des ressources humaines m’invite à la suivre elle me serre la main, joyeuse et tout sourires.

« Alors Monsieur Johnson.  Bonjour!  Alors c’est vous, ça, le concierge qui veut travailler dans un bureau? » 

Je vois que j’ai vraiment bien fait de me présenter comme tel.  Ça m’a permis de me démarquer positivement.  Alors elle me félicite de m’être rendu jusque-là, rajoutant que jusqu’à maintenant il y a en moyenne un candidat d’embauché sur soixante.  Ça explique pourquoi, dans cette grande pièce, il n’y a qu’un seul bureau, et nous y sommes seuls. 

Bon, techniquement, je ne suis pas encore embauché car ils doivent d’abord faire une enquête de sécurité.  Mais de ce côté-là, je n’ai rien à craindre.  Autant côté crédit que judiciaire, je sais que mon dossier est impeccable.  Aussi bien dire que je suis pratiquement dans la place.

À CONCLURE

Le jour où tout a basculé. (2 de 4)

Avant de continuer, laissez-moi vous raconter un peu mon parcours professionnel.  

Au printemps de 2011, j’ai décidé que j’en avais un peu assez de la vie d’illustrateur dans laquelle il faut toujours s’offrir de manière non-sollicitée, courir après les contrats, ensuite courir pour se faire payer. 

Sans avoir de qualifications, j’ai choisi de commencer en bas de l’échelle: Faire du ménage.  Je suis allé travailler dans un garage de bus. Bon salaire.  Horaire en constants changements.  Beaucoup de remplacements à faire pour cause d’absentéisme. Peu de jours de congés.

Un an et demi plus tard, mon expérience m’a permis de demander, et d’obtenir, un travail de concierge résident dans un édifice de 24 étages.  Là, j’ai eu une formation de base en menuiserie, plomberie et électricité.  Une fin de semaine de congé sur deux, l’autre je suis de garde en cas de pépins.  Une semaine sur deux, je dois rester chez moi après mes heures de travail, de garde 24 h pour les mêmes raisons.  Bon salaire, mais je travaille bien plus pour l’avoir.

Deux autres années plus tard, l’expérience acquise ici m’a m’a permise de demander, et d’obtenir, un travail de surintendant résident dans une tour à condos de luxe de 32 étages à l’Île-des-Soeurs. Cependant, les conditions de travail étaient abusives.  Je devais faire le travail de trois personnes, 24/7, n’avais de congé que le mardi et mercredi de 8:00 à 17:00 seulement, et mon seul vrai jour de congé fut Noël.  Tout ça pour un assez bon salaire, mais si on le divisait par mes heures de travail, je gagnais bien en dessous du salaire minimum.  Aussi, je n’ai pas demandé à ce que mon premier contrat de six mois se renouvelle. 

Je suis donc allé demander, et obtenir, un travail de surintendant dans une manufacture de portes et fenêtres.  Le salaire est un peu moins bon que celui de mon emploi précédent.  Cependant, j’ai un horaire fixe de 40 heures/semaine,  de 7am à 3:30 pm, du lundi au vendredi.  Aucun temps supplémentaire à faire, aucun remplacement.  Enfin, un horaire normal cinq jours semaine, et bien payé.  L’idéal.

Comme je crois l’avoir déjà souligné dans un ancien billet, lorsque tu traverses une mauvaise passe dans ta carrière et tes finances, il y a toujours des gens qui vont te mépriser, en t’accusant de créer toi-même tes propres problèmes et de faire dans la victimisation de soi, t’accusant d’être juste trop lâche pour faire les efforts requis pour améliorer ton sort.  Et le problème avec ces gens, c’est que quand tu prouves le contraire, quand tu montres que tu fais des efforts et que ces efforts portent fruit, alors ça les dérange.  Ça les dérange parce que ça montre à tous qu’ils se trompaient à ton sujet.  À ce moment-là, ils prennent ça comme un affront personnel de ta part, et ils essayent de te saboter, pour te garder dans ta merde, et pour pouvoir continuer de faire semblant d’avoir raison à ton sujet.

C’est exactement ce que j’ai vécu, en passant de sans-emploi habitant un taudis-esque demi sous-sol à Ville-Émard, à surintendant chef d’équipe travaillant et habitant un condo de luxe de l’Île-des-Soeurs, en l’espace de trois ans et demi.  M’en étant vanté sur ce blog et sur mon Facebook, mes patrons et l’administration ont reçu une lettre anonyme racontant les pires choses à mon sujet.  Mais voilà, de un, cette lettre n’avait aucune preuve de ce qu’elle avançait.  Et de deux, mon CV, mon expérience, mes références, toutes étaient positives.  Aussi, l’administration a juste ri en me remettant cette lettre, en me disant que mon succès ne semblait pas plaire à tout le monde.

Aussi, c’est pour cette raison que, lorsque je parle de mon employeur actuel, je n’ai jamais donné son nom, autre que « une manufacture de portes et fenêtres ».   Pour la même raison, lorsque je parlerai d’un certain employeur dans les billets de blog de cette série, je n’en dévoilerai pas le nom.  Je vais seulement dire « La Firme ».  Aussi, tous les noms des endroits concernés, rues, édifices, ville, etc, seront modifiés.

Et maintenant, la suite de Le jour où tout a basculé.

Les premières semaines de convalescence furent pénible.  Douleur constante.  Médicaments et anti-douleurs qui me causaient des problèmes gastriques.  Visites au CLSC aux deux semaines pour prolonger mon congé auprès de mon employeur et du chômage.  Tests à l’hôpital, pour me faire injecter un liquide légèrement radioactif pour un long scan et rayon-X complet.  Bonne chose que, grâce à l’auto de ma fille en voyage, j’étais mobile.  Mais toute bonne chose a une fin.  Au bout de cinq semaines, elle revient de Belgique et reprend son véhicule.  Je deviens donc totalement dépendant de mes parents pour mes déplacements.   

Sans vraiment pouvoir sortir, je trouve à m’occuper.  Je continue et termine mon album de BD.  Flavie partage son Netflix, ce qui me permet de découvrir Friends vingt ans plus tard. Les semaines passent et je prends peu à peu du mieux.  Lentement.  Trop lentement.  Ce qui me semblait d’abord comme étant un congé payé devient de plus en plus pénible pour mon moral.  Plus le temps passe et plus je me sens inutile.  

Au bout de six semaines, la douleur cesse d’être constante.  À huit semaines, je me risque à faire une épicerie.  Transporter les sacs ramène la douleur, que je subis ensuite pendant trois jours. 

À la onzième semaine, je dois me faire une raison.  Il ne me reste plus qu’un mois de chômage.  Je doute que j’aille le temps de redevenir apte au travail d’ici à ce temps-là.  Si je reprends le boulot et que je fais une rechute d’avoir trop forcé trop tôt, that’s it, c’est fini!  Plus de travail, plus de chômage, plus de revenus, plus rien.  Et avec Flavie qui part en Europe pour deux ans à la fin de l’été, et mes parents qui vivent dans un HLM pour retraités, je n’aurai plus nulle-part où aller.  Il ne me restera plus qu’à devenir itinérant.

… Ou, avant d’en arriver là, à trouver un travail de bureau.

Je mets mon CV à jour.  Sur Google, je passe mes journées à chercher des noms de grandes compagnies et de firmes établies à Montréal.  Je vais sur leurs pages web et je consulte leurs offres d’emplois.  Plusieurs ont une mailing list.  Je m’y abonne.  Je ne vois que très peu de postes pour lesquels je suis qualifié.  Je m’y essaye tout de même.  Beaucoup ont un centre d’appel, un service d’aide à la clientèle.  C’est le genre de poste qui demande peu ou pas d’expérience.  Mais d’un autre côté, en général, un centre d’appel, c’est qualifié comme étant entry level, c’est à dire que c’est bon pour avoir un pied dans la place en attendant qu’un poste plus haut placé se libère.  Et ça, ça signifie qu’il faut avoir de l’expérience dans le domaine d’expertise de la dite compagnie.  J’y envoie mon CV à tout hasard.  Mais je me doute bien qu’aux ressources humaines, ils vont juste le regarder, voir que j’ai cinq ans d’expérience en conciergerie, et juste le foutre à la corbeille.

Puis, un jour, je reçois un courriel de la part d’une firme de qui je me suis abonné.  Ils annoncent, pour la semaine suivante, une foire de recrutement.  Ça va se passer un mercredi dans une grande salle de l’Hôtel Delta, de 11:00 à 19:00.  Voilà qui me donnera l’opportunité de rencontrer quelqu’un et de me faire valoir, plutôt que de juste me faire rejeter sur mon CV de concierge. 

Je dois me préparer adéquatement.  Premièrement, il me faut des habits propres.  Inutile de payer entre 150$ et 400$ pour un travail que je n’aurai peut-être pas.  Je vais au Village des Valeurs, et je ressors de là avec une chemise grise et un pantalon noir, le tout pour 28$.  Je ressors du placard mes petits souliers de cuir que je n’ai pas porté depuis trois ans.  Je ne pousse pas la chose à y rajouter une cravate.  Si elle est obligatoire à l’emploi, je la porterai si je suis embauché.  Sinon, pour une entrevue, je risque de donner l’impression que j’essaye trop fort.

Avec mon CV, je joins une lettre de présentation.  Parce que, au nombre de gens qu’ils vont voir, je dois faire en sorte qu’ils se souviennent de moi. 

Je n’ai plus d’imprimante, mais la bibliothèque municipale offre le service d’impression.  Pour 1.50$, j’y imprime ces six feuilles.  Je joins une photocopie de la lettre de recommandation que m’a faite un ancien employeur très satisfait de mes services.

Et surtout, je réfléchis sur la meilleure heure pour m’y rendre.  L’heure où on passe, ça peut paraître anodin.  Mais au contraire, l’art de choisir le bon moment de la journée est  une manoeuvre extrèmement stratégique. Voici pourquoi:

  • Je décide d’éviter l’heure d’ouverture, alors que les recruteurs n’ont pas encore pris le pouls de la foule.  Par conséquent, ils auraient du mal à remarquer ceux qui vont s’en démarquer. 
  • J’évite également l’heure du dîner, où tous les candidats qui ont déjà un emploi vont essayer d’en profiter, en pensant bêtement qu’une heure va leur suffire pour se rendre jusqu’à un représentant des ressources humaines. 
  • Je dois éviter d’y aller après 15:00, alors que les recruteurs vont commencer à être blasés de voir défiler un candidat après l’autre. 
  • Et surtout pas après 16:00, lorsque les gens déjà employés ailleurs vont arriver en masse. 

Aussi, je choisis 13:00.  À cette heure-là, les recruteurs viennent de dîner, ont eu une pause, sont rafraîchis, et ont une bonne idée des candidats dans leur ensemble. 

Pour terminer, je prépare mentalement mon discours de présentation.  Quelque chose d’amusant, mais pas ridicule.  Quelque chose de juste assez original pour que l’on se souvienne de moi, mais pas en tant que personne qui manque de crédibilité.

À SUIVRE

Le jour où tout a basculé. (1 de 4)

Jeudi 15 février 2018, 06 :30 am. 
Hier, ma fille ainée est partie en Belgique pour un voyage de cinq semaines.  Elle m’a laissé son auto.

Je m’apprête à sortir de chez moi pour aller travailler.  Je mets mon manteau d’hiver.  D’habitude, je mets mon sac à dos, qui contient mon lunch, mes gants, du linge de rechange et plusieurs cahiers de notes.  Mais  ce matin, je m’en vais prendre place sur un siège de conducteur, alors je garde mon sac à la main.

Je sors dans le corridor commun.  Je verrouille la porte.  Je descends les marches.  Puis, je sors dehors.  Je pose un pied sur la première marche. 

Au moment où je lève l’autre pied, je glisse sur la fine couche de verglas invisible qui recouvre l’escalier. Mon corps bascule.  Mon dos percute le coin de la marche du haut avec tellement de violence que je me fracture la 5e vertèbre, juste entre les omoplates.

Tandis que mon corps couché glisse les huit marches, je suis envahi d’une douleur telle que je n’ai jamais vécu avant.  Je constate avec horreur que je ne respire plus.  Ma poitrine, ma cage thoracique, mes poumons, refusent de bouger. 

Je sais très bien que sans respirer, j’en ai pour quelques secondes avant que le manque d’oxygène me fasse perdre conscience.  Aussi, arrivé en bas des marches, d’un suprême effort qui ne fait qu’amplifier ma douleur, je me redresse sur les genoux.  Mon hurlement de douleur n’est qu’interne, car aucun son ne sort de ma gorge. Je me laisse tomber sur le côté, sur le  banc de neige molle.  Envahi par la nausée, je tourne mon visage vers le bas, la bouche ouverte, histoire de ne pas mourir étouffé si jamais je vomis pendant que je suis inconscient. 

Couché là, paralysé par la douleur, l’inconscience que j’appréhendais n’arrive pas.  Je recommence à respirer par petits coups.  La nausée s’estompe.  La douleur reste.  J’entends des pas pressés qui se rapprochent.  C’est un passant qui m’a vu tomber.  Il s’adresse à moi :

« Êtes-vous correct?  Attendez, j’vais vous aider à vous relever. »

Je panique!  La dernière chose que je veux, c’est que ma blessure s’aggrave parce qu’une personne bien intentionnée me déplace alors que je dois rester immobile.  Toujours incapable de parler, je lui fais violemment signe que non de mon bras libre.  Il n’insiste pas.  

J’essaye de parler.  D’une voix faible, cependant audible, j’arrive à lui dire que non, je préfère rester ici, attendre que la douleur passe, avant de tenter de me relever.  Je vais même lui dire que je ne crois pas m’être brisé quoi que ce soit, j’ai juste besoin de quelques minutes pour que le mal passe.  Il insiste un peu, mais je le rassure qu’il peut me laisser là.  S’il y a de quoi, j’ai mon cellulaire de travail sur moi, je peux appeler ma colocataire, l’ambulance, peu importe, ça va aller.  Il me quitte, non sans me souhaiter bonne chance.

Je reste là, immobile, cinq à dix minutes, tandis que la douleur diminue peu à peu. Je repense à ce qui vient de se passer.  À comment ça s’est passé.  À pourquoi ça s’est passé. Point par point.

  • En cette saison, il fait encore nuit à cette heure-ci. 
  • Il n’y a aucun lampadaire en face de chez moi. 
  • Cette nuit, il a légèrement verglacé. 
  • Un verglas que je ne pouvais pas voir, étant donné qu’il fait nuit et qu’il n’y a aucun lampadaire.
  • D’habitude, je tiens la rampe d’escalier, ce qui m’aurait empêché de tomber.  Mais cette fois ma main tenait mon sac. 
  • D’habitude, je porte mon sac bien rembourré à mon dos, ce qui aurait protégé mes vertèbres.  Mais cette fois je l’avais à la main.
  • Ces deux derniers points, c’est parce que j’avais l’auto de ma fille.

C’est la combinaison de ces sept circonstances, dont quatre inhabituelles, qui se sont enlignées à la perfection de manière à rendre cet accident aussi imprévisible qu’inévitable.  

J’essaye de me redresser, mais la douleur devient trop intense.  J’ai besoin d’aide.  Je prends le cellulaire et j’appelle Flavie qui, chez nous, dans sa chambre dort.  Au bout de quatre sonneries, je tombe sur sa boite vocale.  Je rappelle plusieurs fois.  Même scénario.  Elle ne se réveille pas. 

Sans autre choix, je me redresse péniblement sous une douleur terrible.  Je prends mon sac à dos et je grimpe précautionneusement les marches verglacées, à quatre pattes, tout en tenant fermement la rampe.  J’entre chez moi.  Je vais au salon et je m’étends péniblement sur le fauteuil.  J’y reste durant une vingtaine de minutes.  Réalisant que malgré le temps qui passe, la douleur ne diminue pas, j’appelle au travail, pour leur signaler mon absence.  La première en un an et demi de travail là.  Je passe la journée couché.

Ce n’est que le lendemain, alors que je suis de nouveau assez fort pour me déplacer, que je me rends à l’hôpital.  Vu ma blessure, je passe en priorité et tout se fait très vite.  Et c’est là que les rayons X montrent la gravité de mon état.  Vertèbre T5 fracturée.  Un coup à paralyser un homme, à le rendre paraplégique pour le restant de ses jours.  Moi qui bénéficie d’une si forte densité osseuse que mon poids dépasse de 20 à 25 lbs quiconque ayant un physique similaire au mien, moi qui croyais mon squelette incassable puisque je ne me suis jamais brisé un seul os de ma vie, ça m’a donné un choc.

Et en même temps, c’est probablement grâce à cette densité osseuse exceptionnelle que je m’en tirerai, après quelques mois de convalescence, sans la moindre séquelle.

Si j’avais eu un travail de bureau, j’aurais pu recommencer à travailler le lundi suivant.  Mais je suis concierge.  Un travail très physique.  Je dois donc cesser le boulot, jusqu’à ce que je m’en remette.  Or, m’en remettre, ça peut prendre de trois à six mois.  Peut-être même huit. 

Voilà qui risque de me poser un problème financier.  Ce n’est pas un accident de travail, donc pas de CSST.  De plus, je n’ai pas d’assurance collective au boulot.  On m’explique alors que, pour peu que j’amène un papier du médecin, je peux demander du chômage de congé de maladie. 

Au bureau du chômage, on me dit que l’on va me verser l’équivalent de 51% de mon salaire actuel.  Et avec mes contributions passées au régime d’assurance chômage, j’ai droit à quinze semaines, soit trois mois et trois semaines. 

Bon! Voyons les choses du bon côté.

  • Je suis économe, alors 51% de mon salaire, + l’apport de Flavie pour la moitié des dépenses, ça va garder mes finances stables.
  • Je me demandais justement si j’arriverais à terminer mon album de BD à temps pour le Festival de BD de Québec qui se tient la première semaine d’avril.   Sans travailler, voilà qui règle la question.
  • Surtout que, constates-je, la position assise est ce qui est de plus confortable pour moi. Alors pour ce qui est de dessiner, tout est Ok.
  • Avoir été bien portant, je n’aurais pu être au Festival de BD que la fin de semaine. Maintenant, je peux y être les cinq jours.
  • On ne se le cachera pas, plus de trois mois et demi de congé payé, ça se prend bien, quand même.
  • Dont les cinq premières semaines en possession d’un véhicule, celui de ma fille.

Si ce n’était de la douleur terrible et omniprésente que même les antidouleurs n’arrivent pas à tout à fait maitriser, ce serait parfait.

Enfin, « parfait », c’est un bien grand mot.  Quand, à 49 ans, on a besoin de nos parents pour faire l’épicerie car on ne peut même plus soulever un sac d’emplettes.  Ou quand on est obligé de laisser toutes les tâches du ménage à notre coloc car on ne peut même plus manœuvrer un balai ou faire la vaisselle…  Disons que c’est difficile pour l’orgueil.

Et ce n’est pas tout.  Terminé, le jogging.  Fini, le gym.  Et ce pour au moins un an.  Moi qui travaille fort depuis un an et demi de manière à être dans ma meilleure forme physique pour mes 50 ans qui arriveront en juillet, c’est un peu dur sur le moral.

Mais bon, tout ce qui ne me tue pas ne fait que me rendre plus déterminé à rattraper le coup par la suite.  Il faut juste que je prenne mon mal en patience. 

D’abord, m’en remettre.  Ensuite, m’y remettre.

À SUIVRE

Les profils négatifs des gens agressifs

Ce billet est le neuvième de la série (Més)aventures sur sites de rencontres. 

L’expérience m’a appris à me méfier des gens qui écrivent certaines choses dans leurs profils.  En particulier, des phrases dans lesquelles ces personnes justifient d’avance l’attitude négative qu’elle ne manquera pas d’avoir avec toi.  par exemple:

Je n’ai pas de filtre.
La personne qui écrit ça ne fait que t’annoncer d’avance qu’elle va te dire tout ce qui lui passe par la tête.  Jusque là, ça pourrait sembler anodin.  Voire même admirable, puisque ça peut être vu comme étant un signe de sincérité, d’honnêteté.  Malheureusement, d’après ce que j’ai pu voir à date, chez 100% des personnes qui se décrivent ainsi, ça veut juste dire qu’elle ignore délibérément toute notion de courtoisie et de politesse.  Vous vous en rendrez vite compte lorsque vous verrez que son manque de filtre, c’est seulement utilisé pour vous faire des commentaires négatifs et rabaissants.  Jamais positifs.

Je suis sarcastique.
Voilà une excuse qui est trop souvent utilisé par des gens qui ont besoin de rabaisser les autres plus bas que soi pour se sentir bien avec eux-mêmes, ou pour se donner un sentiment de contrôle sur la situation.  Je veux dire, c’est quoi, dans le fond, un sarcasme, quand on y pense, hm?  C’est une remarque que l’on envoie à l’autre dans le but de la déstabiliser, de la rabaisser, de la tourner au ridicule, de l’insulter.  Et on masque ça sous le couvert d’une blague parce que l’on est trop irresponsable et/ou trop lâche pour assumer le fait que rabaisser l’autre, c’est un choix délibéré.  C’est un signe de personnalité narcissique.  La preuve: Si tu lui dis que son commentaire t’a déplu ou offensé, jamais elle ne s’excusera.  Au contraire, elle va immédiatement contre-attaquer et te traitant de susceptible.  Comme quoi, à ses yeux, elle n’est jamais dans le tort.  Ce sont les autres, le problème.  Tous les autres.  Toujours!  

Dans le même ordre d’idées:

Je suis une personne directe qui n’a pas peur de dire ce qu’elle pense.
Traduction: J’aime insulter les autres, alors j’utilise l’excuse de « ne faire rien d’autre que dire la vérité » et/ou « ne faire qu’exercer mon droit à la liberté d’expression » afin de leur chier dessus à loisir.

Je suis une personne amicale et sympathique, mais si tu me cherches tu vas me trouver. 
En réalité, il s’agit là d’une personne agressive qui ne cherche qu’une bonne raison pour pouvoir attaquer autrui.  Et là encore, en se justifiant en faisant passer la responsabilité sur l’autre.  Et pour l’avoir moi-même vécu à de nombreuses reprises, pas besoin de lui donner une vraie raison pour le faire.  Tôt ou tard, elle va t’attaquer, et si elle n’a aucune raison de le faire, elle n’hésitera pas à interpréter tes gestes et paroles à sa façon.  Elle va déformer, inventer, juger, préjuger, mentir…  Et pas obligé d’être en couple avec pour que ça arrive.  Faire partie de son entourage suffit bien.  (Voir ma série sur les gens conflictuodépendants

Mon attitude envers toi dépend de la tienne envers moi.
Je peux être ta meilleure amie ou bien ta pire ennemie.
Je serai ton rêve le plus doux ou ton pire cauchemar.
Ou toute autre variante voulant dire la même chose, en y rajoutant parfois des
… il n’en tient qu’à toi.
… c’est toi qui choisis.
… ça va dépendre entièrement de toi.
Traduction: Je suis une passive-agressive, je vais éventuellement devenir active-agressive avec toi, et je t’en blâme d’avance.  Parce qu’à mes yeux, c’est toujours de la faute de la victime.  Du moins, tant que ce n’est pas moi, la victime.

On pourrait croire que le fait de dénoncer ici ce genre d’attitude, ça puisse être contre-productif.  Dans le sens où une personne affligée d’une telle personnalité négative pourrait lire ce billet de blog, puis retourner sur son profil et le modifier, afin de mieux prendre au piège ses futures victimes.  Eh bien rassurez-vous, d’après ce que j’ai pu voir, les gens qui sont négatifs dans leurs profils sont également le genre à avoir la mentalité (et à parfois écrire) « Je suis comme je suis et je ne changerai pour personne. »  Normal!  Eux, tout ce qui les intéresse, ce n’est pas devenir aimable.  C’est de se justifier dans leur besoin d’abuser des autres.  Par conséquent, ils continueront encore et toujours de s’afficher comme tel(le)s.  Comme ça, ils auront toujours le loisir de dire à leurs futures victimes « Tu l’savais que j’étais comme ça, je t’avais prévenu! »

Et nous, les gens qui veulent vivre en harmonie, ça nous permettra toujours de pouvoir les éviter.