Être un Nice Guy a ruiné ma vie sociale, amoureuse et sexuelle (4e partie)

Ceci est la suite de mon histoire avec Océane.

Dès le lendemain, Océane montre des signes évident que quelque chose ne tourne plus rond entre nous. Elle qui était une voisine de pupitre si volubile en espagnol, voilà qu’elle ne m’adresse pas la parole de tout le cours. Et lorsque je risque un début de conversation, le ton de voix qu’elle prend pour ses brèves réponses exprime clairement le fait que je la dérange. Je me risque quand même à lui poser cette question :

MOI: En passant, j’espère que t’as eu le temps de faire ton devoir qui était si urgent hier. Vers quelle heure est-ce que t’es arrivée chez toi ?
OCÉANE: Deux heures.
MOI: DEUX HEURES DU MATIN ? Mais comment ? Même à pied ça n’aurait pas pu te prendre 4 heures pour te rendre chez toi en transférant à Angrignon.
OCÉANE: Je ne suis pas allée chez moi. Je me suis promené dans le Parc Angrignon.
MOI: Tout ce temps là ?
OCÉANE: Oui.

Alors là je ne comprends plus rien. Et son devoir qui était si urgent, alors ? Et moi qui croyais que c’était ma présence qui l’empêchait de le faire.  C’est pour ça que j’ai sacrifié le reste de la soirée. Avoir su… Non, vraiment, je ne la comprends pas.

Avec les jours et les semaines, l’écart entre nous s’élargit. Elle m’évite. Elle ne me regarde pas. Elle ne me parle que si je lui adresse la parole Et là encore ça reste bref. J’ai beau y réfléchir, je ne vois qu’une raison pour ce changement de comportement avec moi : Elle a probablement honte de ses agissements lors de sa soirée chez moi, et s’imagine sûrement que je la prends pour une fille facile. Pauvre petite. Si elle savait que je ne suis pas du genre à juger les gens, que je comprends qu’elle n’était pas dans son état normal, que rien n’a changé pour moi, qu’elle est toujours à mes yeux la même Océane d’avant. Mais je n’ose pas, de peur de la faire s’éloigner davantage.

Le dialogue ne reprendra avec nous que trois semaines plus tard lorsqu’elle verra que je fréquente Salomé en ami.  Le monde cégépien étant petit, elle et Océane se connaissent depuis plus d’un an, même que c’est Salomé qui a présenté à Océane son chum actuel au printemps passé.

Sans savoir que Salomé et moi avons déjà été un couple pendant trois semaines il y a un an, Océane semble s’imaginer qu’il y a un attrait naissant entre elle et moi.  Aussi, Océane recommence soudain à me téléphoner et à me parler comme si de rien n’était. Quoi qu’heureux que les choses reviennent à la normale, je déchante en me rendant compte que la raison principale de son retour vers moi est de s’assurer que je me tiens à l’écart de Salomé. Elle multiplie les conseils et les avertissements, me dit de me méfier de cette fille, et me raconte des anecdotes pas très flatteuses à son sujet. Je me demande s’il n’y a pas un peu de jalousie là-dedans. Pourtant, dans ma p’tite tête encore naïve, Océane n’a pas de raisons logiques d’être jalouse. D’abord, elle a un chum et même si on admet qu’elle ne ressent plus rien pour lui, elle ne m’aime certainement pas puisque avant qu’elle constate la présence de Salomé dans ma vie, elle ne semblait même plus vouloir qu’on reste amis.

Je vérifie certaines de ces histoires auprès des amis de Salomé, qui me confirment ce que je pensais : Le portrait de Salomé tel que dépeint par Océane n’est que mensonge, exagérations, interprétations théoriques et déformations des faits. (Ce n’est que plus tard que je me rendrai compte que, bien qu’elle était innocente de ce qu’Océane l’accusait, Salomé était tout de même une personne de qui il faut se méfier.)

Quant à Salomé, elle m’apprend qu’Océane a mystérieusement recommencé à lui parler, en lui suggérant de se méfier de moi. Elle lui a même raconté sa visite chez moi de l’autre soir, mais en inversant les rôles.  Elle dit que c’est moi qui ai essayé de la séduire malgré le fait qu’elle est en couple, et que j,ai essayé de la retenir chez moi malgré le fait que je savais qu’elle devait partir tôt.

Ce n’était pas la première fois qu’une fille, frustrée que je décline ses offres amoureuses et/ou sexuelles, se venge en racontant notre histoire tout en inversant nos rôles.  Et ça ne sera hélas pas la dernière non plus.

Lors d’un cours d’espagnol, Océane vient s’asseoir près de moi, toute joyeuse, et commence à me faire la conversation via petits bouts de papier. Elle me demande de lui faire sa caricature. Je lui réponds que j’en ai déjà fait une de mémoire chez moi et que je lui donnerai demain dans notre cours d’Écriture Québécoise. Elle me répond :

OCÉANE: Quel cours ?
MOI: Ben, c’est mercredi demain. On a un cours d’Écriture Québécoise.
OCÉANE: Non, la prof nous a dit que le cours était annulé ! Tu ne l’écoutais pas?
MOI: Ben, avec Sandra assise à côté de moi qui me parle tout le temps, j’en manque souvent des bouttes…

Le lendemain, je vais à mon cours d’Anglais et, sans cours d’Écriture Québécoise à aller, je rentre chez moi. Le lendemain matin, jeudi, je rencontre Sandra par hasard au café étudiant. Elle me demande le pourquoi de mon absence au cours d’Écriture Québécoise la veille. Je réponds :

MOI: Quoi ? On avait un cours ?
SANDRA: Ben oui !
MOI:Il n’était pas annulé ?
SANDRA: Ben non !
MOI:La prof n’a pas dit au dernier cours que celui là était annulé ?
SANDRA: Pantoute ! Où c’est qu’t’es allé chercher ça?
MOI: Et… Est-ce que Océane était là ?
SANDRA: Océane ? Ben oui, pourquoi ?

Alors là, c’est la goutte d’eau qui fait déborder l’Océane ! Qu’est-ce qui lui prend à cette petite bitch de me jouer des tours pareils? Qu’est-ce que je lui ai fait? Dans ma tête, c’est la tempête, la révolte. Je n’accepte pas cette situation. Elle n’a aucune raison de me faire subir ça. Je ne le mérite pas. Je l’ai toujours traité avec respect, mon comportement envers elle a toujours été irréprochable. Et elle me remercie comment ? En me méprisant par des périodiques traitements de silence, elle ment à mon sujet à Salomé, elle me fait rater des cours… C’est quoi son problème au juste?

Les jours qui suivent, Océane m’évite et ne me parle plus. Et c’est ainsi que s’est terminée notre histoire d’amitié, dans mon incompréhension la plus totale.

Quelle fut mon erreur? Mon erreur? MES erreurs, en fait, car j’en ai fait deux grosses :

ERREUR #1 : Traiter avec respect une fille qui n’en a rien à foutre, de mon respect envers elle. Et vous savez comment je l’ai appris ? C’est qu’en confiant ma colère et mon désarroi à une autre de mes amies (et ex, soit Geneviève, ma future coloc de l’enfer) elle m’a donné un petit cours sur la mentalité féminine. Ce fut une expérience aussi révélatrice que choquante :

GENEVIÈVE: Non mais qu’est-ce que tu t’imagines, ti-gars? Tu penses-tu que les filles sont toutes irréprochables ? Qu’elles ne trompent jamais leurs chums ?
MOI: Ben, j’ai toujours lu dans les sondages que les filles n’étaient pas comme ça et qu’elles détestaient les gars qui le sont. Je me suis toujours fié à ça. J’ai tellement lu ce genre d’article pour être sûr de savoir ce que les filles n’aimaient pas chez les gars afin de ne pas avoir ces comportements. J’ai toujours essayé d’être le gars parfait à qui on ne pourrait jamais rien reprocher. C’est pour ça que je n’ai pas sauté sur l’occasion de coucher avec Océane, parce que ça n’aurait pas été correct d’abuser du fait qu’elle était saoule, surtout qu’elle avait un chum.
GENEVIÈVE: Hostie qu’t’es innocent, man ! Laisse-moi t’apprendre une chose : Les sondages, c’est d’la bullshit ! Quand une fille se fait poser la question si elle est du genre à tromper son chum ou non, penses-tu qu’elle va vraiment l’avouer si c’est oui ?
MOI: Ben, les sondages, c’est anonyme, fa que…
GENEVIÈVE: Anonyme ou non, ça n’empêche pas à une fille de vouloir se mentir à elle-même.
MOI: Pourquoi a’ ferait ça ?
GENEVIÈVE: Quand un gars a plusieurs partenaires sexuels, on l’admire, on dit qu’y’est viril, qu’y pogne, que c’t’un séducteur, mais quand c’est une fille, on dit que c’est une salope. Alors pour ne pas avoir l’air d’une salope, que ce soit aux yeux des autres ou à ses yeux à elle, elle va dire que c’est pas son genre. Tu sauras qu’en réalité, les filles sont aussi pires que les gars. On est loin d’être parfaites. Nous autres aussi on a des tentations et nous autres aussi il nous arrive d’y céder.
MOI: Je vois… Mais elle avait bu…
GENEVIÈVE: Justement ! L’alcool, ça ne change pas la personnalité de quelqu’un. Ça aurait plutôt tendance à la faire ressortir, puisque sous l’effet de l’alcool tu perds tes inhibitions, ce qui fait que tu as moins de retenue. Si ta chère Océane voulait que tu la sautes quand elle était saoule, c’est parce même à jeun elle avait envie de toi.

Elle, avoir envie de moi? Malgré le fait qu’elle a déjà un chum?  Avant que Geneviève me pointe cette évidence, jamais je n’aurais pu imaginer que ça puisse être possible. J’ai toujours cru que les seules filles qui pouvaient désirer un gars alors qu’elles sont en relation avec un autre, c’était  les salopes éternellement célibataires qui affichent avec vulgarité et sans pudeur leur vie sexuelle où elles multiplient les partenaires. Océane était tellement une fille bien, l’idée qu’elle puisse me désirer alors qu’elle est en couple ne m’a jamais effleuré l’esprit.

MOI: Bon, admettons qu’elle me voulait.  Mais alors, pourquoi est-ce qu’elle m’a dit devoir partir à neuf heures parce qu’elle avait un devoir urgent si ce n’était pas le cas ? Et ça ne devait pas être le cas si elle s’est promenée ensuite dans l’parc de dix heures le soir jusqu’à deux heures du matin.
GENEVIÈVE: Peut-être que c’était vraiment le cas quand elle est arrivée chez vous, mais les filles aussi ont le droit de changer d’idée, tsé, Crois-moi que si elle avait vraiment voulu partir à neuf heure, elle serait partie à neuf heure. Pis des fois, tsé, quand on a envie d’un gars mais qu’on veut pas que ça paraisse trop, on lui annonce une limite avant de le rencontrer, pour pas qu’y s’doute de rien, ou pour pas qu’y nous dise non, avant qu’on aille eu la chance d’essayer de le séduire.

OMG! C’est comme avec Daniella. Je comprends soudainement pourquoi elle m’a dit qu’elle voulait que j’aille chez elle as a friend.  Elle voulait éviter que je comprenne tout de suite qu’elle avait envie de coucher avec moi.  Et ça lui assurait que je ne m’essayerais pas sur elle si jamais elle changeait d’idée en cours de route.

Shit! Quand je pense que tous les gars se plaignent que dès qu’une fille nous met dans la friendzone, c’est fini, on n’en ressort plus… J’ai vécu la chance unique de me faire DÉ-friendzoner...  Et moi, comme un cave, j’ai choisi d’y rester.  Tout ça parce que j’ai toujours stupidement cru que si une fille est capable de te dire clairement qu’elle te veux en tant qu’ami seulement, alors elle serait également capable de te dire tout aussi clairement qu’elle te veut en tant qu’amoureux et/ou amant.

GENEVIÈVE: Et dis-moi donc…  Ça t’es-tu déjà arrivé que tu ailles chez une fille, que tu t’imagines qu’il se passerait des choses, et que tu repartes de chez elle déçu et frustré parce qu’il ne s’était rien passé ?
MOI: Oui, une coupl’ de fois, pourquoi ?
GENEVIÈVE: Ben dis-moi franchement… T’avais-tu vraiment envie de r’venir chez vous après ça, ou bien t’étais plutôt porté à te promener sans but pour ruminer sur ta frustration?

Cette dernière révélation me frappe comme une brique en plein visage. Je me rends soudain compte à vingt-huit ans que tout ce que je croyais avoir appris sur les filles n’étaient que pur fantasme idéaliste. Tout ce temps perdu à essayer de comprendre les filles, toutes ces années d’effort pour être le gars parfait, tout ça en pure perte.

Ce qui nous amène à ma seconde erreur:

ERREUR #2 : Trop essayer d’être parfait et irréprochable. Le gars sans défauts et sans reproches qui, hier encore, représentait le modèle social idéal suscitant l’admiration, ça n’attire plus aujourd’hui que le mépris. Et pour cause: Dans un monde ou personne n’est parfait, celui qui a un comportement irréprochable ne fait que rappeler aux autres leurs propres défauts. Dans de telles conditions, pas surprenant que je n’ai jamais vraiment eu de vie sociale.  Et les rares fois où j’en ai eu, ça n’a pas duré longtemps.

Océane ne s’est pas sentie respectée par mon refus, elle s’est sentie humiliée. Humiliée comment ? La liste est longue.

  1. En lui montrant que j’avais des principes moraux, je n’ai fait que lui montrer que je valais mieux qu’elle, qui n’en avait pas. Imaginez, c’est elle qui a un chum, et c’est moi qui refuse de le cocufier. Et ce n’est même pas par loyauté envers lui puisque je ne le connais même pas.
  2. Admettons qu’elle pense que je l’ai bullshitée, parce que c’est rare un gars qui a un code d’honneur lui interdisant de profiter d’une fille qui s’offre à lui sexuellement… Alors la seule conclusion à laquelle elle peut arriver, c’est que je me cachais derrière ces excuses parce que je la trouvais repoussante, pas assez belle, pas assez séduisante, pas assez sexy… Pas assez bien pour moi, quoi. Après tout, c’est ce que les filles font pour repousser un gars tout en essayant de ne pas le froisser : Trouver des excuses improbables quoi que possibles.
  3. En s’accrochant à un loser, car seul un loser va s’empêcher d’avoir du fun pour des raisons minimes et insignifiantes.
  4. En lui faisant prendre conscience (de manière erronée en plus) que tout ce qu’elle s’imaginait qu’il y avait entre nous, ou ce qui pouvait y avoir, n’avait jamais été rien d’autre que le fruit de son imagination.
  5. Et quoi d’autre que j’oublie, ou que je ne puisse pas imaginer?

Quand l’autre n’a pas de raison logique de te repousser, mais qu’il le fait quand même, ça peut être très humiliant. Et ça l’est encore plus pour une fille. Quand un gars se fait repousser sexuellement par une fille hétéro, célibataire, en manque, et qui n’a pas l’embarras du choix en frais de partenaires potentiels, c’est frustrant mais c’est normal. L’homme propose, la femme dispose, que dit le proverbe.  C’est comme ça depuis les années 1960. Par contre, quand c’est le gars qui est hétéro, célibataire, en manque sexuel, et qui n’a pas l’embarras du choix en matière de partenaires potentielles, on ne s’attend pas du tout à ce qu’il repousse sexuellement une belle fille qui s’offre à lui. Par conséquent, une fille a de quoi se taper une sérieuse remise en question si ça lui arrive.

Et dans ce temps-là, la solution qui lui est la plus simple pour régler ce problème, c’est de s’éloigner de la source de toute cette remise en question et de ces humiliations: Moi!

C’est comme ce que j’ai vécu avec IsabelleSi elle n’aime pas assez son chum pour lui être fidèle, c’est un problème qui ne concerne qu’elle et lui. Je n’ai pas à décider de lui servir de conscience et lui imposer mon point de vue là-dessus, et encore moins lui faire la morale.

Si j’avais couché avec l’une ou l’autre, chose qu’elles désiraient, nous serions probablement devenus les meilleurs amis du monde par la suite. Peut-être mêmes amants réguliers.  Peut-être même amoureux.  Est-ce que ça aurait été si terrible qu’on le fasse? Je ne dis pas, si elles ne m’avait pas attiré… Mais là, nous avions tous les deux envie l’un de l’autre. Et qui sait, peut-être qu’Océane aurait trouvé dans notre complicité la force de se libérer de ce gars négatif et manipulateur qui la force à rester dans cette relation toxique dont elle ne veut plus.  Au lieu de ça, je l’ai envoyé retourner le rejoindre, la forçant à se résigner au fait qu’une fille comme elle ne pourra jamais espérer pouvoir se trouver mieux qu’un gars comme lui.

Et je réalise soudain avec choc et incrédulité que, en faisant tout pour être un Bon Gars, j’ai trop souvent été au contraire un très mauvais gars pour un grand nombre de filles, en leur causant des problèmes dans leur boulots, leurs vies sociales, leurs vies amoureuses… Et pire encore: En les rabaissant dans leur estime de soi!

La suite.

Être un Nice Guy a ruiné ma vie sociale, amoureuse et sexuelle (3e partie)

Quatre années se sont écoulées depuis ma mésaventure avec Isabelle l’infidèle et neuf depuis Daniella-l’amie-seulement. J’ai maintenant 28 ans et je suis de retour aux études au Cégep André-Laurendeau.

Cette histoire est au sujet d’une jeune étudiante de 19 ans, que je nommerai ici Océane.  Pour vous donner une référence visuelle, sachez qu’elle ressemble à la fille sur cette photo, à un détail près, qui est le nez.  

Jeudi 19 septembre 1996.  C’est parfois curieux la façon dont deux personnes peuvent se rencontrer. Prenez Océane et moi, par exemple.  Aujourd’hui, ça fait un mois que nous suivons le même cours d’espagnol dans la même classe avec le même prof dans le même cégep.  Et c’est seulement aujourd’hui, presque à la fin de notre quatrième semaine de cégep, que nous nous remarquons pour la première fois.   

C’est que ce jour là, Eduardo, notre prof, a décidé que dorénavant les pupitres et les étudiants seraient disposés en fer à cheval, longeant les murs de la classe, afin qu’il puisse mieux voir tout le monde.  Nous déplaçons donc nos tables en les arrangeant tel que demandé.  Et me voilà, comme le 3/4 des étudiants de la classe, à être assis en direction du mur opposé, tout en étant obligé de maintenir la tête dans un angle de 10 à 30 degrés en direction du prof.  Évidemment, maintenir cette position non-naturelle devient rapidement inconfortable, ce qui fait que nous sommes périodiquement portés à nous remettre la tête droite durant quelques secondes.

Et c’est comme ça que, pour la première fois, Océane et moi allions nous remarquer.

Elle est là, de l’autre côté de la classe, face à moi, assise derrière son pupitre où reposent ses livres et sa petite bouteille d’eau Naya remplie de jus de pomme.  Nos regards se croisent.  Elle me sourit.  Je lui souris en retour. 

Elle est petite, environs 5’2″, mince, et a un très joli visage que deux détails distinguent des autres jolis visages anonymes cégepiens. D’abord, la forme de sa bouche, avec la lèvre supérieure un peu plus épaisse que celle inférieure, et son petit nez cassé.  Ce détail, plutôt que de tout gâcher, semble rendre plus humain et plus accessible un visage qui autrement aurait été trop angélique.  Ses cheveux châtain clair sont naturellement volumineux, du fait qu’ils sont légèrement bouclés, attachés en partie à l’arrière, ce qui lui fait une bouffante queue de cheval qui lui atteint à peine les épaules.   Elle porte une robe paysane du plus pur style années 70.

Bref, elle a un look que mon inconscient associe spontanément à ces filles au caractère d’artistes, libres, naturelles, non-conformistes.  C’est probablement la raison pourquoi elle me plaît instantanément.   

Durant l’heure qui suit, il nous arrive quelques fois de se croiser de nouveau du regard et de se sourire.  Et c’est tout aussi plaisant à chaque fois.

Comme à tous les jeudis, la seconde partie du cours est consacrée à l’oral. Aussi, lorsque Eduardo nous fait sortir de la classe pour que l’on se rende au labo de langues, Océane et moi nous synchronisons chacun de notre côté pour passer la porte au même moment.  Et c’est le plus naturellement du monde que, côte à côte, en sortant de la classe, nous marchons ensemble et que je commence à lui parler.

« Avais-tu des cours d’Espagnol au secondaire? »
« Oui, en 4e et en 5e. » 
« Ah!  Pas moi!  J’avoue que je suis un peu perdu. »
« D’après ce que j’ai vu à date, on recommence par la base, donc à zéro.  Tu devrais t’en tirer sans problèmes. »
« Ah!  Tu me rassures!  Merci! »

Rendus au labo, nous nous installons l’un à côté de l’autre, à des cubicules séparés. Le reste du cours se déroule cependant sans communications entre nous, étant donné que nous avons tous des écouteurs dans lequel on nous passe une version particulièrement soporifique de la chanson Guantanamera. Notre exercice consiste à en retranscrire les paroles, sans s’endormir si possible.

À la fin du cours, nous sortons en tout derniers du lab, et tout en continuant à jaser, nous descendons au rez-de-chaussée, direction la cafétéria.  Nous nous assoyons à table et continuons la conversation.  Et c’est là que j’amène un sujet de base.

« Ha! Ha! Regarde-nous aller. On jase, on jase, mais on ne s’est même pas encore présentés. »

Elle me tend aussitôt la main et serre la mienne.

« Océane Labelle.  Enchantée! »
« Stéphane Johnson, aussi connu sous le nom de Steve Requin.  Je sais pas si tu lis le journal étudiant, mais… »

Elle se montre agréablement surprise.

« Oui!  La page d’humour et bandes dessinées dans le Vox Populi.  C’est toi? »
« Cette année, je l’appelle La Page Requin Roll.  Mais oui, c’est bien moi! »
« Hey, l’an passé, j’aimais tellement tes listes… Ton Top 20. »
« Oui, Le Décompte Requin Roll. »
« J’ai particulièrement aimé celui des éléments que l’on retrouve au temps des fêtes.  Ah, et ta liste de noms de famille composées.  C’est toi qui a créé tout ça? »
« Oui!  J’ai écrit ça en décembre ’95, et ça a paru dans le numéro de Mars ’96. »

Nous avons ainsi parlé durant la demie-heure qui suivit, jusqu’à ce que l’arrivée du cours suivant nous sépare.

Quatre jours plus tard, lundi matin, 23 septembre.  Espagnol est mon premier cour de la semaine.  En m’y rendant, je croise Océane dans les escaliers.  C’est la première fois que l’on se revoit depuis le dernier cours, et nos retrouvailles nous sont très agréables.  Nous nous rendons en classe ensemble.  À peine rentrés, Eduardo nous demande pourquoi nous ne sommes pas retournés en classe après le labo, au dernier cour, comme il avait demandé à tout le monde de faire.   Océane et moi sommes sincèrement surpris.  Ni elle ni moi ne l’avions entendu dire quoi que ce soit sur le sujet.  Je suppose que nous étions trop distraits, chacun ayant l’esprit trop occupé par notre intérêt réciproque.  Cette petite erreur commune nous donne ainsi, dès le départ, une atmosphère de complicité.  Nous voilà partenaires dans le crime, même si le dit crime fut accidentel.

Au fil des jours, l’amitié entre Océane et moi grandit rapidement. Nous nous échangeons nos numéros de téléphone, pratique encore courante en cette époque de début d’internet.  Nous y passons des heures à échanger sur toutes sortes de sujets. Je découvre en cette fille l’âme d’artiste que j’avais instinctivement perçu en elle.  Libre, folle, sensible, passionnée…  Son talent en danse et en musique égale celui que j’ai en texte et en dessin. Tout comme moi mais une année avant, elle a participé à Cégeps en Spectacle dans un numéro que les journalistes présents ne savaient pas trop comment commenter: En gros; tandis que deux gars faisaient un numéro musical, elle était là, sur scène, et pleurait. De vraies larmes. J’aurais bien aimé voir ça.

Avec elle, je me sens sur un pied d’égalité peu importe le sujet que nous abordons. Elle fait preuve d’une grande culture et d’une excellente ouverture d’esprit. Nous nous entendons si bien, c’est comme si nos neuf ans de différence d’âge n’avaient aucune importance. Elle vient même chez moi une fois ou deux, histoire de voir de quoi ont l’air les fameuses résidences étudiantes récemment construites, et dont je fais partie des tous premiers locataires. J’habite en effet aux Résidences André-Laurendeau, un mini bloc appartement de trois étages contenant soixante 1½ conçu pour les étudiants de notre cégep.  Étant le dernier entré, j’occupe le logement le plus haut et le plus éloigné de la porte d’entrée. 

Au bout de trois semaines de fréquentations amicales, je me rend compte qu’Océane commence à m’intéresser au-delà de la simple amitié.  Mais voilà, j’ai été trop déçu par les filles.  Il faut dire que côté relations amoureuse, ma feuille de route n’a rien de glorieux. 

  • Depuis 1991, j’étais dans une relation toxique avec Kim, une fille qui a lâché la pilule sans m’en parler, dans le but (réussi) de tomber enceinte, afin de me coincer dans cette relation par obligations morales et légales.  Ce n’est qu’il y a un an, en septembre 1995, que j’ai réussi  à m’en sortir en les quittant, elle et nos enfants.  J’ai été obligé de retourner vivre chez mes parents, à 27 ans.  Voilà pourquoi j’ai loué une chambre aux résidences étudiantes. 
  • En octobre ’95, je me suis fait approcher par Salomé, cégepienne de 20 ans.  Les deux premières semaines en couple avec elle, tout allait bien.  Elle était gentille, câline, affectueuse.  Ça me faisait du bien.  J’avais besoin de ça, après Kim.  La lune de miel ne dura que deux semaines.  Dès le début de la 3e, elle me fit le traitement de silence, devint froide, m’ignora délibérément, me lança plein de signes de rejets.  C’est qu’elle avait commencé à sortir avec un autre gars plus intéressant à ses yeux.  Plutôt que de casser avec moi, et ainsi passer pour la méchante, elle a choisi d’agir de manière à m’écoeurer de la relation pour que ce soit moi qui le fasse.
  • Quelques semaines plus tard, en décembre ’95, j’ai accepté l’offre de Geneviève, cégépienne de 18 ans, de sortir avec elle.  Elle m’a offert sa virginité, chose que je voyais comme un grand honneur, la preuve d’amour ultime.  Dès le lendemain, son comportement envers moi fit un -180°C.  D’ami gentille et chaleureuse, elle devint mesquine, insultante, rabaissante, carrément méchante.  Ce furent trois semaines particulièrement pénibles. 

Après ces cinq ans d’expériences merdiques, j’ai fini par voir le couple comme n’étant, dans le fond, rien d’autre qu’un contrat d’échanges abusifs: La fille doit accepter de te laisser le passage entre ses cuisses, et en retour tu dois accepter qu’elle te détruise moralement.  Geneviève en est la preuve ultime: Tout allait bien entre nous, jusqu’à la première fois où on a couché ensemble.   Après de telles expériences, je pense que l’on peut comprendre pourquoi je n’ai plus envie de m’engager.  En fait, après Geneviève, je me suis rendu compte que j’avais passé ma vie à être dépendant affectif.  Après avoir compris ça, j’ai totalement cessé de ressentir de l’amour.  Ou du moins, de ce que je croyais qui était de l’amour.  Alors même si j’ai parfois des manques sur le plan sexuel, je suis célibataire depuis presque un an et ça me convient parfaitement.  

L’éventualité d’une intimité possible entre Océane et moi se trouve tuée dans l’oeuf quelques jours plus tard.   Ce matin-là, je reviens de chez mon ex, d’être allé visiter mes enfants.  Je prend un bus en direction du métro Angrignon.  Et c’est là que, par hasard, j’y vois Océane.  Elle est là, endormie, blottie contre un gars qui a son bras passé derrière elle.  Au moment de débarquer, elle me voit et me salue d’un geste et sourire discret.

Plus tard au cégep alors que nous marchons vers notre cours d’Écriture Québécoise, l’autre classe que nous avons en commun, je lui demande si ce gars-là est son chum. Elle répond par l’affirmative. Je trouve étrange qu’en un mois d’amitié, de fréquentation et de discussions, elle ne m’en ait jamais parlé avant.  Mais en voyant qu’elle évite de m’en dire plus sur le sujet, je n’insiste pas.  Nous n’avons plus jamais parlé de lui par la suite. 

Cependant, le fait de le savoir présent dans sa vie simplifiait grandement la mienne.   Ça me débarrassait de la possibilité que nous puissions un jour former un couple,  éventualité qui me déchirait, étant donné mon besoin de rester seul.  Alors pour moi, à partir de là, c’était clair: Puisque Océane était en couple, alors j’étais dans la friendzone.  Et ça me convenait parfaitement.  N’ayant plus à me poser de questions au sujet de notre relation, celle-ci continue donc d’évoluer sur le chemin de la grande amitié.

Jusqu’au jour où…

Ce lundi-là, ayant mal réglé mon réveil la veille, je me lève tard et par conséquent je manque le cours d’espagnol.  Aussi, avant de me rendre à mon cours suivant, je fais un détour en me rendant au casier d’Océane.  Sur la porte, près du cadenas, j’écris à la mine:

« Yo, O! Comme t’as dû le remarquer, j’ai manqué le cours d’espagnol ce matin. Est-ce que tu pourrais passer chez moi ou bien me téléphoner pour me résumer le cours svp. Merci. » 

J’ai signé et je suis parti.

Même jour, le soir venu, 19:00.  Je n’ai pas eu de nouvelles d’Océane de la journée.  Je termine de souper, je fais ma vaisselle mais je laisse refroidir sur la cuisinière la marmite contenant des raviolis.  Puis, je m’installe devant la télé, l’allume et m’apprête à regarder Entertainment Tonight.  Océane entre chez moi en coup de vent, sans cogner, et me dit d’un ton mi-scandalisé mi-amusé:

« Yo, O!? »

Cette entrée en fanfare a failli me donner un arrêt cardiaque, surtout qu’à l’heure qu’il est rendu, je ne m’attendait plus à sa visite. Encore heureux que je sois encore habillé, moi qui d’habitude prends mes aises en me débarrassant de mes pantalons après souper. Comme quoi je devrais verrouiller ma porte, des fois.

« Hein!? »
« Tu m’as appelé YO, O!? »
« Euh… »

Océane semble bien joyeuse et enjouée, mais je sens comme un petit je-ne-sais-quoi de différent en elle. Elle m’a l’air un peu plus joyeuse, plus bubbly que d’habitude. Elle s’assoit à table devant moi et me dit d’un ton quasi autoritaire:

« C’est pas le temps d’écouter la TV.  J’ai faim. »
« Ah? Euh, d’accord! J’éteins la télé et je te sers.  Tu aimes les raviolis farcis à la viande? Il m’en reste tout plein de mon souper de tantôt. »
« Parfait!  Mais je te préviens, il faut que je parte à 21:00, j’ai un important devoir à remettre demain. »
« Ok! »

Je lui sers un plat de pâtes encore chaudes, arrosées de ma recette personnelle de sauce rosée.  Elle décline cependant les ustensiles que je lui offre.   Elle prend un ravioli entre ses doigts.  Elle le porte à sa bouche.  Elle en suce toute la sauce.  Puis elle le mange.  Elle se suce ensuite les doigts, puis elle recommence avec un autre.  D’abord surpris de ses manières à table, je me dis que pourquoi pas, après tout.  Avec une artiste dans l’âme comme elle, il faut s’attendre à ce qu’elle soit non-conventionnelle dans tout.  Elle décline également un verre, buvant au goulot de son éternelle bouteille d’eau Naya, contenant cette fois-ci du jus de raisin.

Après le souper, elle me parle de toutes sortes de choses, me donnant des détails inédits sur des sujets tels que sa musique préférée à son cheminement artistique, de ses relations avec les autres à ses études, de sa famille à cet accident qui l’a envoyé face contre trottoir alors qu’elle était enfant, expliquant son nez cassé.  Rarement a-t-elle été aussi volubile.  Elle m’amuse.  Je l’écoute avec délectation. 

Puis, elle commence à me poser toutes sortes de questions sur des sujets jusque-là inédits entre nous: Si je fume, si je bois, si je prends de la drogue, ou si je l’ai déjà fait par le passé.  Je lui répond que non.  Avec un petit sourire, elle me montre sa bouteille de Naya encore pleine au ¼ de jus. En la pointant du doigt, elle me demande:

« Est-ce que tu sais ce que c’est, ça ? »
« Ben… Du jus de raisin !? »

Pour toute réponse, elle me la tend en me disant de goûter.  Bien que je n’aille jamais vraiment aimé le jus de raisin, je prends la bouteille, la porte à ma bouche, j’en prends une gorgée.  La morsure du liquide dans ma gorge m’étouffe quasiment.

« Que… Que c’est ça ?  Du vin rouge ? »

Elle me répond en souriant.

« Oui! »
« Euh…  Ça veux-tu dire que…  Le jus de pomme dans les cours d’espagnol…? »
« Vin blanc! »

Ainsi, Océane boit à l’école.  Je n’en reviens pas!  Je repose la bouteille.

« Et, euh… Tu fais ça souvent? »
« Quotidiennement! »
« Ok! … As-tu…  Un problème d’alcoolisme, ou kek’chose du genre? »

Elle rit de mes allégations.

« Le vin à petite doses tous les jours est excellent pour le cœur et les artères, tu sais.  Mais ouais, je t’accorde que j’en ai peut-être un p’tit peu abusé, avant d’arriver ici. »

Je comprends mieux son entrée en fanfare dans mon appartement.  Il me semblait aussi qu’Océane était un peu plus calme que ça, d’habitude.  Tandis que j’essaye d’assimiler cette nouvelle information à son sujet, elle me demande:

« Pourquoi est-ce que t’es coincé à ce point là? »
« Euh… En voilà une question.  
Je ne suis pas sûr de comprendre ce que tu veux dire. »
« 
Est-ce que tu t’es déjà regardé agir? »
« Dans le sens de…? »
« Tu es tellement froid avec les autres. »
« Ah bon!?  Comment ça? »
« Depuis le temps que je te connais, jamais je ne t’ai vu toucher les gens, ou bien les prendre dans tes bras. Moi, je suis une personne pour qui le contact est important. Que ce soit avec mes amis de gars ou de fille, on n’a pas peur de se toucher, se prendre par la main, se serrer l’un contre l’autre quand vient le temps de se quitter…  Pourquoi tu ne le fais jamais? »

Je suppose que je peux sembler froid aux yeux d’une personne aussi extravertie.  Mais c’est toujours comme ça que je me suis comporté avec les gens.  Je ne sais pas si c’est à cause que je viens de St-Hilaire, ou si c’est à cause que j’ai été élevé dans les années 70 et 80, ou si c’est une combinaison des deux…  Pour être franc, je me suis toujours senti mal à l’aise de me faire toucher par une fille, sauf si c’est dans un but sexuel et /ou si la fille est ma blonde.  Elle rajoute:

« Toucher, câliner, embrasser, c’est ÇA la normalité. Tu peux pas rester renfermé sur toi-même toute ta vie. Merde, il ne faut pas avoir peur comme ça de montrer ton affection aux autres. »
« Ouais, d’accord, mais il y a un petit détail à ne pas négliger: Mon âge. »
« Quoi, ton âge? »
« Avec les 9, 10 ou 11 ans que j’ai de plus que mes amies cégepiennes, si j’étais un peu plus
colleux avec elles, j’aurais trop l’impression d’être un genre de vieux vicieux. »
« Toi, un vicieux?  Elle est bonne, celle-là!  T’es trop coincé pour l’être!  Ça se voit juste à ton appartement. »
« Comment ça? »
« Juste de la façon même dont c’est rangé.  On le voit, que tu es un gars qui s’impose trop de discipline. Tout est TROP rangé. »

Pour une fois que j’arrive à garder un appartement propre, j’me le fais reprocher maintenant. J’aurai tout entendu.

« Ceci dit, pour ce qui est de l’âge, t’es rendu à combien, déjà? »
« 28! »
« Donc, 28 ans et jamais fumé, saoulé, drogué…  Sors-tu, au moins?  Vas-tu dans les bars?  Est-ce que tu dragues? »
« Non, non, et non! »  

Elle me regarde, l’air découragée.

« Non mais regarde-toi. T’as 28 ans pis t’as pas le moindre souvenir de trips de jeunesse. Qu’est-ce que t’attend pour commencer à vivre? »
« Ben là, rendu à mon âge… »

« FUCK TON ÂGE! »

C’est la première fois qu’elle lève la voix avec moi.  Ça surprend.  Elle rebaisse le volume, mais garde un ton sévère.

« T’es un cégépien!  Tu te tiens avec des jeunes!  Et t’as pas l’air tellement plus vieux que nous autres. Sérieux là, on ne t’en donnerait jamais plus que 21-22. »
« C’est flatteur!  Merci! »
« Chuis sérieuse! Y’est pas trop tard pour toi. Regarde-les, ceux qui ont ton âge… Ils ont tous une carrière et des enfants. S’ils n’ont pas pris le temps de vivre leur jeunesse, c’est trop tard pour eux-autres.  Mais toi…  Toi, t’as une chance unique qu’ils n’auront jamais: T’es redevenu cégépien après dix ans de vie adulte. T’as une seconde chance de tripper.  T’as une deuxième opportunité de te laisser aller, de revivre la jeunesse que t’as pas eue, de vivre enfin à 100%. Tu peux pas laisser ça se perdre comme ça
. »

Que dire, sinon: Touché! 

Vrai, je me suis toujours empêché de vivre toute sortes de trucs dans mon adolescence, mais c’est tout simplement parce que contrairement aux autres jeunes, je réfléchissais avant d’agir. L’alcool, la cigarette, la drogue, les bars, la drague, ce sont toutes des habitudes qu’on essaie tant bien que mal de se départir lorsqu’on est adulte. Dans ce cas là, pourquoi est-ce que je commencerais ? Où serait la logique de vouloir prendre le risque de me créer délibérément une addiction ? S’il est vrai que la majorité de ceux qui ont vécu ces trips n’en sont pas restés accrochés, il y en a tout de même trop pour qui ce fut le cas. Aussi, il m’a toujours semblé logique que la meilleure façon d’arrêter, c’est encore de ne pas commencer. C’est là la façon de penser qui a régi ma vie et jusqu’à maintenant je n’ai pas eu à m’en plaindre.

Ou est-ce que je me trompe?

Qu’en était-il de ma vie sociale adolescente à chaque fois que j’ai exprimé ma façon de penser à mon entourage?  La réponse se trouve dans mon talent en dessin.  Si j’avais été plus populaire, si j’avais passé mes soirées dans les partys et autres activités qui se font en gang, je n’aurais certainement pas eu le temps d’apprendre à aussi bien dessiner. Et que sont devenus tous ces gens que je trouvais idiots de se livrer à des activités qui, dans le meilleur des cas, ne leur rapporteraient rien? Aux dernières nouvelles, ils ont tous réussi mieux que moi dans la vie.

Océane vient de faire quelque chose que personne n’avait réussi à faire avant: mettre le doute dans mon esprit au sujet de mes convictions.  À son regard, j’ai l’impression qu’elle sait parfaitement qu’elle vient de fissurer ma cuirasse.  Souriant légèrement, elle me demande:

« Est-ce que t’es gai? »

Ce n’est pas la première fois qu’une fille me la pose, celle-là, et ça m’irrite toujours autant.  Je veux bien croire qu’en ayant été surtout élevé par ma mère dans une famille presque exclusivement féminine, j’ai dû prendre de leurs manières.  N’empêche que je suis un peu insulté que l’on mette en doute mon hétérosexualité à chaque fois que l’on constate que je ne me jette pas comme un chien en chaleur sur chaque fille qui passe.

« Ben non! »
« Bisexuel, alors? »
« Non, 100% hétéro! »
« Comment tu l’sais? »
« Difficile de se dire bi quand on a juste eu des relations hétéros. »

À ça, Océane réplique:

« Je ne te crois pas! Nous sommes tous bisexuel à un certain degré, puisque nous avons tous eu nos premières expériences de masturbations en commun avec quelqu’un du même âge et du même sexe que nous, fut-il membre de notre famille, ami ou voisin. »

Je ricane un peu de sa théorie.

« Tu sais, en tant qu’enfant unique, seul de mon groupe d’âge dans toute la famille et ayant passé ma vie dans un quartier de St-Hilaire composé presque exclusivement de retraités, je n’ai jamais vécu de trucs semblables, Dieu merci. Les seules fois où j’ai touché un sexe d’homme dans ma vie, c’est le mien, that’s it! »

J’avoue qu’après la remise en question qu’elle vient de me faire vivre au sujet de mes règles de vie, ça me rassure de voir qu’elle puisse se fourvoyer à mon sujet.

Sauf que… Sans que je ne m’en soit rendu compte, Océane venait de donner un tournant sexuel à la conversation.  

Elle enchaîne aussitôt en passant à l’étape tactile.  Elle pose son coude sur la table, tenant son avant-bras bien droit, la paume de la main dirigée vers moi.

« Mets-donc ta main ici, j’aimerais voir quelque chose. »

Amusé, je m’exécute, en me demande bien ce qu’elle va m’inventer cette fois-ci.  Ma paume droite est en contact avec sa gauche.  Le toucher de sa main dans la mienne me semble étrange.  Le manque d’habitude.  

« Pour un gars, tu as une main bien douce, avec un toucher délicat.  Tes doigts sont quand même courts, ils dépassent à peine les miens. »
« C’est parce qu’on est mal ajustés.  Attend! »

De ma main libre, je lui saisis le poignet, histoire de pouvoir bien enligner la base de ma paume avec la sienne.  Avec une voix aussi douce que son regard, elle me dit:

« Est-ce que tu réalises que depuis le temps qu’on se connaît, c’est la première fois que tu me touches? »

Avant qu’elle me dise ça, j’allais relâcher son poignet.  Mais d’entendre ces paroles, ça me donne le réflexe de simplement relâcher mon étreinte, tout en gardant le contact. 

« Tiens, c’est vrai! »

J’avoue que j’aime bien ce qui se passe entre nous en ce moment.  Je la touche.  Ce n’est pas ma blonde.  Ce n’est pas dans un but sexuel.  Et ce n’est pas désagréable.  En fait,  pour la première fois, je suis à l’aise dans cette situation.  Et ceci me porte à faire une nouvelle constatation qui, là encore, bouscule un peu ce que je croyais savoir sur moi-même.   

« Jusqu’à maintenant, toucher une amie-non-blonde-non-amante, ça me mettait mal à l’aise.  Or, je ne ressens pas ce malaise avec Océane.  La seule différence entre elle et les autres, c’est qu’elle m’a fait comprendre qu’elle aime se faire toucher par ses amis.  Ça voudrait dire que contrairement à ce que j’ai toujours cru, ce n’est pas le fait de toucher une fille qui me donne du malaise.  C’est la peur qu’elle ne veuille pas que je la touche.  Ça veut dire qu’en réalité, j’aime toucher.  J’aime le contact physique. »

Cette révélation comme quoi je ne suis ni coincé ni froid de nature, et que je ne fais que garder une distance respectueuse, ça me fait un grand bien moral.  Tandis que nos mains restent en contact, je caresse délicatement son avant-bras du bout de mes doigts. Elle ferme les yeux et ouvre légèrement sa si jolie bouche. Nous sommes bien.  Les minutes passent, dans le silence.  Nous vivons un moment magique auquel ni elle ni moi ne semblons avoir envie de mettre fin. 

Cependant, le mauvais côté d’avoir les yeux fermés, c’est de ne pas voir ce que l’on fait.  Venant pour agripper sa bouteille de Naya, sa main libre l’accroche plutôt, la faisant se renverser sur la table.  Par réflexe, je relâche la main et l’avant bras d’Océane.  Je redresse la bouteille.  Je prend ensuite un mouchoir de ma boite de Kleenex, également sur la table, avec lequel j’essuie le mini-dégât.

Histoire de détendre un peu l’atmosphère, et de minimiser l’importance de l’incident du vin, je lui dis:

« Le vin renversé, ça me rappelle un truc que j’ai vu dans un film hier… La fille renverse volontairement sa flûte de champagne, puis s’est trempé les deux doigts dedans, et les a donné à sucer à son copain. Il l’a fait, et  bientôt ses baisers sont remontés le long de son bras, ils l’a embrassée, et tu devines le reste. »

Je suis moi-même surpris de cette remarque provocatrice que je viens de lui faire.  Provocatrice, mais surtout mensongère.  Enfin, presque.  C’est que le film auquel je faisais référence était Lunes de Fiel.  Et dans la scène, il s’agissait d’une bouteille de crème et non de champagne.  De la crème qu’elle a bu à même le goulot de manière très cochonne dans tous les sens du terme.  Et en effet, ça s’enchaîne avec du sexe.

Océane prend sa bouteille de Naya.  Tout en me regardant, elle renverse du vin sur la table, délibérément, cette fois.  Puis, elle y trempe sa main, et l’approche ensuite de mon visage.

… Et ceci me paralyse totalement.  Physiquement et mentalement.  

À l’époque, je ne m’en rendais pas compte, mais j’étais encore sous l’emprise de plusieurs années de conditionnement négatifs, abusifs, ou qui se basaient sur des mensonges ou des présomptions  erronés.  Et à ce moment-là, sans le savoir, Océane vient de tous me les déclencher.  D’un coup!

Conditionnement 1: Fuir en panique toute fille qui se rapproche de moi. Mon ex, la mère de mes enfants, souffrait de jalousie maladive irraisonnée.  Par exemple, alors que l’on travaillait au Dunkin Donuts, elle m’a lancé violemment une galette de porc gelée derrière la tête.  Mon crime: Une caissière était venue me demander dans combien de temps les munchkins seraient prêt. J’ai fini par développer un monstrueux réflexe de paranoïa au sujet des éléments déclencheurs de la jalousie féminine. Et le pire de ces éléments, c’est me faire approcher directement par une fille, de façon non-sollicitée.  Exactement ce qu’Océane vient de me faire, d’où blocage soudain.

Conditionnement 2: Croire dur comme fer qu’aucune fille en couple n’a envie de voir ailleurs.   En fait, si!  Je le savais bien que ça existait, des filles qui trompaient leur chum: Les salopes.  Or, une salope, c’est une fille délurée, vulgaire dans son apparence et son vocabulaire.  Une définition qui ne décrit en rien Océane.  Par conséquent, les gestes d’Océane entraient en contradiction avec ce qu’elle était à mes yeux, d’où incompréhension.

Conditionnement 3: Écouter scrupuleusement tout ce que les filles disent et tout prendre au pied de la lettre. Océane vient de passer la soirée à me dire que le toucher entre amis, ça ne veut rien dire de sexuel.  Or, son dernier geste est clairement un appel au sexe.  Un geste contredisant toutes ses paroles, d’où incompréhension.

Conditionnement 4: Voir toute marque d’intérêt envers moi comme des moqueries, surtout lorsqu’elles sont aussi claires et fonceuses.  Quand j’étais à l’école secondaire, je n’étais vraiment pas beau.  Aussi, il arrivait parfois que des filles fassent semblant de s’intéresser à moi juste pour se foutre de ma gueule.  L’intérêt que me porte Océane est aussi clair que fonceur, et tellement soudain, d’où incompréhension. 

Conditionnement 5: Avoir été trop souvent testé hypocritement par des filles recherchant le conflit.  Mon ex, la mère de mes enfants, m’a déjà offert un ménage à trois, juste pour me tester, juste pour voir si j’avais envie d’en baiser une autre.  Même décliner l’offre ne l’a pas rassurée sur mon cas.  Et adolescent, des amies de filles m’ont parfois demandé si je les aimais, si j’aimerais sortir avec elles.  Voyant ça comme une proposition, je l’acceptais. … Pour me faire dire aussitôt que ce n’était qu’un test.  Elles voulaient juste savoir si je mentais en me disant ami seulement.  Ça leur donnait un prétexte pour prendre leurs distances avec moi.  Or, passer brusquement d’amie à amante potentielle qui se propose, c’est exactement ce qu’Océane vient de me faire, d’où blocage soudain, trop habitué à ce que ce soit un piège sous forme de test.

Conditionnement 6: Avoir totalement perdu confiance en son instinct et en ses capacité d’interpréter les signes.  Normal.  À force de se faire dire qu’il a mal compris les gestes des autres à son égard, à force de vivre des tests hypocrites, un gars finit par conclure que les gestes ne veulent jamais rien dire, qu’ils ne comportent aucun message. Il cesse alors d’y porter la moindre attention.  Ici, je dis à Océane que j’ai vu qu’une fille qui se trempe les doigts dans le vin, ça amène au sexe.  Elle se trempe aussitôt les doigts dans le vin.  N’importe qui aurait compris qu’il n’y avait pas plus clair comme message.  Hélas, tant qu’existe la moindre ambiguïté, la moindre parcelle infinitésimalement minuscule comme quoi un geste ou une parole puisse avoir une signification anodine, alors c’est la facette anodine qu’il croira. Comme ici, le fait qu’elle me dise que se toucher ne veut rien dire de sexuel, ou le fait qu’elle soit déjà en couple. 

Conditionnement 7: Croire que toute fille sous l’influence de l’alcool devient incapable de savoir si elle veut vraiment coucher avec un gars ou non.  Par conséquent, un gars qui couche avec une fille qui a bu, c’est un violeur.  Et ça, c’est la dernière chose dont je veux avoir l’air, auprès des filles, et auprès de la loi, surtout que je ne le suis pas. 

Que les sept raisonnement derrière ces sept conditionnements soient pertinents ou non, ça ne change rien au fait que je suis profondément conditionné à y réagir.  À y être triggered, comme on dit aujourd’hui.  À 28 ans, ayant passé les quinze dernières années de ma vie à subir tout ceci à répétition, est-ce difficile à comprendre que le geste d’Océane ait pu me paralyser, me mettant dans un état d’incompréhension totale, au bord de la panique?

Aussitôt, mon cerveau passe en mode 100% Logique.  Ce n’est ni une décision volontaire, ni une manière passive-agressive de faire la leçon à Océane.  C’est quelque chose de totalement inconscient et instinctif.  Un genre de réflexe de survie, qui permet de dissiper la panique qui m’envahit.  Aussi, je n’ai plus besoin de me poser de questions.  Puisque Océane est déjà en couple, et puisqu’elle vient de me convaincre que se toucher entre amis n’a rien de sexuel, mon instinct conditionné ne voit qu’une raison pour expliquer pourquoi elle me tend ses doigts avinés: Elle se fout de ma gueule.  Voulant lui montrer que je ne suis pas dupe, je lui prend la main, et d’un nouveau mouchoir, je lui essuie les doigts.

« Je n’aime pas tellement qu’on se moque moi de la sorte. »

Pour toute réponse, elle se remet les doigts dans le vin et revient me les mettre à portée de la bouche.  Son insistance m’irrite quelque peu.

« Océane… À quoi tu joues? »
« Je ne joue pas! » Me murmure t’elle doucement.

Pendant un court instant, je suis troublé.  Je n’ai que 28 ans, après tout.  Je suis encore un jeune producteur de testostérone.  Et celle-ci fait que je peux sentir mon envie d’elle qui monte à toute vitesse, autant dans ma tête que dans mon pantalon.  A t’elle seulement idée à quel point cette façon d’agir peut être dangereuse?  J’opte pour le lui faire savoir.

« Écoute Océane, arrête ça s’il te plait… Tu ne t’en rends peut-être pas compte mais je… Euh… C’est en train de m’allumer, ce que tu fais là. Si tu veux savoir la vérité, j’ai envie de toi en ce moment.  Mais…  J’ai vraiment pas envie de m’engager dans une relation sérieuse. J’voudrais pas t’en faire accroire.  Tu sais, genre, coucher avec toi, pis te dire après coup que j’veux pas être en couple. J’ai pas envie d’abuser de ta confiance.  Et puis… Et puis, t’as déjà un chum, toi, non? »

Elle soupire comme quelqu’un à qui on fait un reproche et que ça la dérange.

« C’est pas mon chum. »
« Mais quand je t’ai posé la question il y a deux semaines… »
« Je sais que je ne passerai pas ma vie avec lui. C’est juste un copain pour moi. »
« Oui mais là, vous êtes un couple, non? »
« Dans sa tête, oui, je suppose qu’on l’est encore…  Mais dans ma tête, ça fait longtemps que c’est non.  J’ai essayé de casser avec lui le mois passé, au téléphone. Tu sais ce qu’il a fait? Il a pris sa ceinture et il a commencé à s’étrangler à l’autre bout de la ligne en me disant que si je ne voulais plus de lui, alors c’en était fini de sa vie. Je me suis sentie obligée de rester avec lui à cause de ça.  Mais pour moi, ça s’est terminé le jour là. »

Je vois!  Intense, le gars.  Ceci dit, l’explication d’Océane fait du sens.  Avec les filles à problèmes avec qui j’ai sorti par le passé, j’ai subi plus souvent qu’à mon tour le chantage pour éviter une rupture.  Ce que me raconte Océane est donc tout à fait crédible.  Il reste quand même un détail qui me dérange.

« M’ouais…  N’empêche que tu as bu un peu trop ce soir, je ne voudrais pas profiter de la situation pour abuser de toi. »
« Chus pas saoule! »
« Ironiquement, une personne saoule dirait ça, puisqu’elle ne serait pas en état de le savoir. »

« Écoute, oui, ok, j’ai bu.  Juste assez pour me détendre, d’accord.  Mais c’est pas comme si j’allais tomber en dessous de la table.  Il m’en faudrait bien plus que ça »
« Peut-être, mais ça ne change rien au fait que pour ton chum, vous sortez ensemble. Je me met à sa place… J’aimerais pas que ma blonde se trouve en compagnie d’un gars qui se foutrait complètement du fait qu’elle ait un chum. Je n’aimerais pas qu’on me le fasse, donc je ne pourrais pas lui faire ça. »

Mes yeux aperçoivent soudain l’heure sur le micro-ondes sur le comptoir derrière elle.  Surpris, je me confond en excuses.

« OH!  Excuse-moi! »
« De quoi? »
« Y’est déjà neuf heures et demie. Désolé!  C’est de ma faute, je n’ai pas vu le temps passer. »

Pour toute réponse, elle referme les yeux et entrouvre la bouche de nouveau.  Je ne comprends pas.

« Mais qu’est-ce que tu fais? Tu m’as dit que tu devais partir à neuf heures pour aller faire ton devoir, que c’est quelque chose d’urgent, à remettre demain matin… »

Elle ne bouge toujours pas.

Pour les vingt minutes qui suivent, me revoilà dans la confusion la plus totale.  Je lui pose des questions.  Je lui rappelle que c’est elle-même qui m’a dit qu’elle devait partir à cette heure là.  Je lui demande ce qu’elle fait.  Je lui demande ce qu’elle attend de moi.  Rien à faire, elle reste là, sans broncher, impassible, passive, offerte.

Qu’est-ce que je peux avoir envie d’elle.  Si seulement elle était célibataire et à jeun. Mais elle n’est ni l’une ni l’autre.  Si je cède à la tentation, je sais que nous risquons de le regretter tous les deux un jour.  Je ne veux pas que, à cause de moi, elle ne puisse pas remettre son important devoir.  Je ne veux pas la forcer à commettre l’adultère.  Je ne veux pas abuser d’elle, ce qui serait le cas vu son état éthylique.  Je ne veux pas que notre amitié soit gâchée à cause d’une histoire de sexe irréfléchi.  Son amitié compte beaucoup trop pour moi pour que je puisse courir ces risques.

Aussi, en toute bonne conscience, je ne vois qu’un seul chemin à suivre.  Dans un suprême effort de volonté, je décide de mettre fin à cette situation trop nébuleuse pour mon confort moral, dans lequel chaque geste envers elle comporte un risque de commettre une erreur.  Je me lève et me dirige vers le placard d’où je tire nos manteaux.  J’enfile le mien.  Je lui tend le sien et dit:

« Viens, je te raccompagne à l’arrêt d’autobus. »

Elle ne bronche toujours pas.

Cette fois, la situation commence à m’exaspérer. C’est vrai, quoi!  Lorsqu’une fille dit NON à un gars, il faut absolument la respecter­  Par contre, lorsque c’est un gars qui le dit à une fille, elle ne le prend pas au sérieux, et il se fait complètement ignorer.  Or, les deux choses que je déteste le plus au monde, c’est ne pas être pris au sérieux, et me faire ignorer.  Aussi, c’est avec un ton légèrement exaspéré que je lui dis:

« S’il te plaît. Océane…  J’ai pas envie de me fâcher après toi. »

En entendant ces paroles, c’est plutôt elle qui se fâche.  Sortant enfin de son mutisme, elle ouvre les yeux, me regarde et dit avec un évident ton de colère dans la voix:

« Je ne me suis jamais imposée à personne. Si tu veux que je m’en aille, t’as juste à me le dire, je vais m’en aller. »
« Hein?  Euh… Mais non voyons, je n’ai jamais voulu que tu partes.  Mais c’est toi qui m’a dit qu’il fallait que tu… »

Elle m’interrompt en me posant une question qui me déroute un peu:

« Pourquoi est-ce que tu m’as fait venir ici, au juste? »
« Ben, pour savoir ce qui s’est passé au cour d’espagnol que j’ai manqué.  Tu t’souviens pas?  C’est ça que j’ai écrit sur ta case. »
« C’est tout? »
« C’est tout! »

On ne pourra jamais me reprocher d’avoir attiré une amie chez moi sous un faux prétexte dans le but de la sauter. Je les respecte trop pour leur tendre ce genre de piège.  

Océane ne dit rien.  Puis, elle se lève, marche jusqu’à son sac d’école, l’ouvre, en retire ses notes de cours et me les donne.

« Tiens, tu me les rendras au prochain cours. »

Je la remercie et lui donne son manteau.  En l’enfilant, elle dit:

« T’es pas obligé de m’accompagner à l’arrêt de bus. »
« Pas de problème, ça va, ça me tente. Et puis, à cette heure ci, tu pourrais l’attendre longtemps. Ça va être moins plate si t’as quelqu’un avec qui parler. »

Je la raccompagne donc à l’arrêt de bus.  En chemin, je ne manque pas de la rassurer en lui disant que si elle avait été célibataire et à jeun, j’aurais été extrêmement heureux d’amener ma relation avec elle au niveau physique.  Je me montre aussi compréhensif que possible.

« Tu sais, tu comptes beaucoup pour moi, et je t’estime beaucoup trop pour te permettre de faire des choses pas correctes à ton chum.  Mais je veux que tu saches que je ne porte pas de jugements contre toi, ok? Tu avais un peu bu, c’est ce qui explique ton écart de conduite.  Mais c’est correct, je comprends. Tu n’as pas à te sentir mal.  Ce sont des choses qui arrivent. »

Elle ne répond rien.  Je suppose qu’elle a honte de son comportement.  Le bus arrive rapidement.  Je lui donne de petits becs sur les joues, et la laisse partir. En regardant le bus s’éloigner et l’amener au métro Angrignon, je me sens fier d’avoir résisté à mes désirs charnels.  En retournant chez moi, je me félicite.

« Quelle chance elle a, cette fille, d’avoir un ami aussi réfléchi et pur que moi.  Ce ne sont pas tous les gars qui auraient su résister à leurs bas instincts comme je viens de le faire.  Je suis heureux d’avoir réussi, par mon abstinence, à sauver notre amitié de la catastrophe dans laquelle elle a bien failli se jeter. »

Je ne faisais pas que le dire.  Je le pensais.  Je le croyais.

Eh oui!

Comment peut-on être encore aussi naïf à 28 ans?

Voici La suite et fin de mon histoire avec Océane.

 

Être un Nice Guy a ruiné ma vie sociale, amoureuse et sexuelle (2e partie)

Cinq ans se sont écoulés depuis ma mésaventure avec Daniella.  J’ai maintenant 24 ans et j’habite à Montréal, en appartement, seul.  Je travaille comme pâtissier, sur le quart de nuit, dans un Dunkin Donuts.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que le célibat me pèse.  À 24 ans, j’ai une libido qui atteint des sommets inégalés.  Hélas, impossible pour moi d’obtenir le soulagement qui baisserait quelque peu la pression de mes hormones en furie. D’abord, en tant que gars maigre et peu attirant, je n’arrive pas à  trouver une fille voulant être en couple avec moi.  Ensuite, mon salaire aussi maigre que moi ne me permet pas d’en rencontrer une par les moyens classiques qui sont aller dans les bars, m’inscrire à une agence de rencontre, ou bien passer une petite annonce dans un journal. Enfin, nous sommes en 1992, période pré-internet, ce qui signifie que non seulement je n’ai aucune opportunité de rencontrer des inconnues, je n’ai même pas le loisir d’avoir accès à de la porno gratuite, ce qui améliorerait grandement la qualité de mes séances de ménage-à-un. De toutes façons, ce n’est pas comme si j’aurais pu me payer la connexion internet, et encore moins l’ordinateur.

L’avantage de travailler au Dunkin Donuts en tant que pâtissier de nuit, c’est qu’il y a un roulement incessant dans le personnel féminin.  Ce qui est normal quand on y pense. Peu de gens considéreraient comme choix de carrière le fait de servir des clients majoritairement crétins et antisociaux (ce qui décrit bien les BS qui vivent la nuit, surtout ceux qui le font au Dunkin) pour le salaire minimum. Je ne me plaignais pas de la chose, puisque ça faisait que mon stock de blondes potentielles se renouvelait régulièrement.  Hélas, comme j’ai précisé plus haut, je n’ai rien pour faire de moi un gars populaire pour la gent féminine. Côté physique, je suis maigre, faible et pas beau.  Côté finances, une fois tout payé il me reste 9$ par mois. Quant à ma personnalité, eh bien…

En ce beau matin de fin août, peu avant que je termine mon quart de travail, je vois entrer une petite nouvelle dans la cuisine.  Isabelle, de son prénom, avait été embauchée la veille.    Cinq pieds deux, les yeux bleus, blonds cheveux, mince sans pour autant être maigre, son corps est ferme, ses dents sont blanches et droites, et ses seins sont plus volumineux que ceux de la moyenne des filles de sa taille.  Elle travaille de matin, ce qui fait que l’on se voit de trente à quarante-cinq minutes avant mon départ.  C’est suffisant pour apprendre à se connaître quelque peu.

Au bout de deux  mois, Isabelle commence déjà à me faire de petites remarques coquines comme quoi elle me trouve de son goût.  Mais bon, puisqu’elle a déjà un chum, je prends la chose à la blague.  J’ai l’habitude!  Ce n’est pas la première fois qu’une fille me manifeste son sens de l’humour de cette façon.  Depuis aussi loin que mon secondaire I, si une fille est très belle, et qu’elle agit comme si elle est amoureuse folle de moi, et qu’elle le fait seulement lorsqu’on est en public, alors ce n’est jamais autre chose qu’une blague.  Quand tu passes toute ton adolescence à constater que la seule façon pour qu’une belle fille puisse te démontrer de l’intérêt, c’est dans le but de faire rire ses amies, ça ne fait rien de bon pour ton estime de soi.

Je trouve Isabelle intéressante.  Cependant, je suis un soi-disant Bon Gars. Aussi, mes bonnes valeurs morales et mon désir de rester irréprochable me dictent un code de conduite exemplaire, comme en témoignent ces extraits de mon journal personnel de l’époque:

Mercredi 14 octobre 1992: C’est le lancement des mini-donuts au Métropolis.  J’y vois entre autres Isabelle, une sympathique collègue de travail pseudo-vicieuse.  Je me demande parfois si ses jokes de sexe et ses sous-entendus ne sont vraiment que des jokes, ou bien si tout n’est pas vraiment rose dans sa vie de couple.  À moins, tout simplement, qu’elle me trouve de son goût?  Théorie intéressante quoi que improbable, et plutôt que de faire un fou de moi en y croyant, j’ai opté pour la retraite stratégique, c’est à dire que j’ai sacré l’camp du Métropolis alors que le party commençait vraiment.  Ben quoi, elle a un chum, non?

L’idée derrière ma décision de partir tôt du party, c’est que je ne voulais pas prendre le risque de céder à la tentation si jamais elle continuait à me draguer, cette fois en contexte de sortie en gang dans un bar, plutôt qu’en milieu de travail, là où il ne peut rien se passer. Il n’y a peut-être pas grand chose entre Isabelle et moi, mais le peu qu’il y a, j’y tiens.  Je ne veux pas mettre notre amitié en danger en faisant quelque chose qui pourrait tout gâcher.  Et puis, pour les raisons mentionnées quelques paragraphes plus haut, j’ai toujours trouvé difficile à croire qu’une fille belle et intelligente puisse vraiment s’intéresser à moi.  Je préfère être méfiant.

Samedi 24 octobre 1992: C’est bizarre, je sens qu’il pourrait se passer quelque chose entre Isabelle et moi […] Et pourtant, elle aussi a un chum.  Et moi, les filles qui ont un chum, j’y touche PAS!

Je ne peux nier que je ressens de l’attirance pour elle et je crois bien qu’elle le sent malgré ma retenue.  Aussi, le matin du jeudi 29 octobre, je décide de l’inviter à dîner chez moi après son quart de travail.  Nous pourrons parler et ça va me permettre de mieux savoir où est-ce que nous nous situons au juste dans notre relation.  Elle semble ravie de mon invitation et me dit que l’idée de passer du temps avec moi hors du travail lui plaît, mais qu’elle n’est pas sûre de son emploi du temps aujourd’hui.  Le mieux serait que je lui revienne là-dessus le lendemain.  J’accepte!  Hélas, le jour suivant..:

    Vendredi 30 octobre 1992:  À la fin de [mon quart de travail], j’ai espéré en vain de voir Isabelle.  En vain parce qu’elle est arrivée en retard au Dunkin. (Si elle y est allée).  Moi, j’ai sacré l’camp de là à 6:25.  Je me demande…  J’adore sa compagnie et je crois que je peux peut-être oser croire la chose presque réciproque, mais…  ELLE A UN CHUM, BON! Ch’ra aussi ben de l’oublier.  Anyway, la vie m’a montré que quand quelque chose semble trop beau pour être vrai, c’est que c’est trop beau pour être vrai… Et elle, elle est très belle.

Oui, en écrivant ces précédentes lignes dans mon journal, je crois qu’Isabelle est arrivée délibérément en retard au travail afin de me faire faux bond.  Ce ne serait pas la première fois qu’une fille préfère m’éviter plutôt que d’avoir le cran de me refuser en face une proposition, et là encore ce ne sera pas la dernière.  Aussi, c’est avec grande surprise que le lendemain…:

Samedi 31 octobre 1992:  Isabelle est venue dîner chez moi et m’a révélé qu’elle a trompé son chum vendredi soir avec un gars nommé Sébastien.  Je trouve ça quand même épouvantablement frustrant que des gars qui, comme moi, ont des principes qui les empêchent de s’engager avec une fille qui a un chum sont LOSER alors que des vilains garçons comme ce Sébastien se retrouvent avec des perles comme Isabelle.

Avec les années, j’ai fini par comprendre qu’en me racontant cette anecdote (qui était d’ailleurs possiblement fausse), Isabelle me lançait en sous-entendu le message comme quoi le fait qu’elle ait un chum ne devrait pas m’empêcher de répondre positivement aux avances qu’elle me faisait depuis quelques semaines. 

Mais voilà, en tant que soi-disant-Bon-Gars-irréprochable, je ne le voyais pas de cette façon.  Ce que je n’ai pas dis dans mon journal, c’est que cette vantardise de sa part m’a profondément blessé.  Je croyais que cette attirance que l’on avait l’un pour l’autre était exclusive, et que l’on pourrait éventuellement y donner libre cours dès qu’elle se déciderait enfin à quitter son chum actuel qui, manifestement, n’a plus ce qu’il faut pour éveiller son intérêt.  Maintenant qu’elle m’a parlé de son aventure avec ce Sébastien, je réalise que je m’étais fait des idées à son sujet.  Isabelle n’est qu’une infidèle qui ne quittera jamais son chum.  Ce n’est pas ça que je veux d’une relation.  Je me lève de table et la regarde.  D’une voix calme et grave, je lui dis:

MOI: J’peux pas croire que je me suis trompé sur ton compte à ce point-là.  Si ça t’déranges pas, j’aimerais mieux que tu t’en ailles.
ISABELLE: T’es-tu sérieux?
MOI: Oui! Je suis désolé mais dans de telles conditions, je ne peux pas continuer à être ami avec toi.

Complètement abasourdie par mes paroles, sans avoir trop l’air de comprendre ce qui se passe, Isabelle se lève. Je la reconduit à la porte, je la lui ouvre.  Elle s’arrête et me regarde.

ELLE: Mais pourquoi est-ce que tu m’as demandé de venir ici, d’abord?
MOI: Ben, pour diner!?

Elle reste là, immobile pendant quelques secondes, comme si elle avait du mal à comprendre mes mots.  Puis, elle part et je referme doucement derrière elle.  Après avoir verrouillé la porte, je pousse un soupir de déception. J’aurais dû me douter qu’une fille aussi parfaite à tous les points de vue ne pourrait pas vraiment tomber en amour avec un gars comme moi.  Pour ces filles-là, je n’ai pas ce qu’il faut pour être leurs chum, je suis tout juste bon pour tromper leur chums. Et de toutes façons, est-ce que je voudrais être le chum d’une infidèle? Parce qu’il est évident dans ma tête de soi-disant Bon Gars que si elle le tromperait avec moi, alors elle me tromperait avec un autre.

Apparemment, ma réaction l’a affectée plus que je ne l’aurais imaginé parce que plus jamais je ne reverrai Isabelle.  À mon retour au Dunkin, j’apprendrai qu’elle a donné sa démission.

Je me suis rendu compte, quelques années plus tard, que ma réaction digne d’une dramatique théâtrale avait de quoi surprendre. Dire à une fille qui nous attire « Je suis désolé mais dans de telles conditions, je ne peux pas continuer à être ami avec toi », parce que son comportement n’est pas pur et irréprochable à 100%, c’est le genre de chose que l’on peut voir dans les romans, à la télé ou au cinéma. Dans la vraie vie, par contre, on ne s’attend pas à ça, et surtout pas de la part d’un gars de 24 ans, pauvre, maigre, laid, dépendant affectif, en manque de sexe et ayant un boulot minable dans un quartier de BS. Mais quand, comme moi, on a vécu une enfance et une adolescence isolée des autres, alors les romans, la télé et le cinéma sont les seuls endroits où l’on peut apprendre comment se comporter en société et dans nos relations avec les autres.

Alors si en plus on essaye d’avoir le comportement le plus irréprochable possible parce qu’on est un soi-disant bon gars, les rares filles qui s’intéressent à nous n’ont pas fini de se trouver dans des situations aussi aberrantes que celles-là.

Et quand je dis qu’elles n’ont pas fini, c’est que j’avais encore ce comportement à 28 ans.

À SUIVRE

Être un Nice Guy a ruiné ma vie sociale, amoureuse et sexuelle (1e partie)

Saviez-vous que l’une des raisons pourquoi une bonne partie des soi-disant Bon Gars (alias Nice Guys) ne font vraiment pas de bons amoureux et/ou amants, c’est qu’ils sont trop à l’écoute des filles? Eh oui!  Le tout commence très tôt, à l’adolescence, alors que le garçon vit à répétition la situation semblable :

  • Le garçon n’a rien pour plaire à ce qui sert de standards à une jeune fille de son âge.
  • Le garçon, d’une façon quelconque, démontre son attirance pour la fille.
  • Le garçon ne plait pas à la fille.
  • Les raisons pourquoi le gars ne plait pas à la filles ne sont pas socialement acceptables (Pas beau, pas riche, pas athlétique, etc) ou bien insultantes (Ennuyant, idiot, etc).
  •  Comme tout le monde, la fille tient à éviter le conflit, autant que possible.  Alors, au lieu de lui dire la vraie raison de son rejet, elle lui sert une raison socialement acceptable: Déjà en amour avec un autre, pas de sexe sans être amoureuse, ses parents et sa religion lui empêchent toute relation, etc.
  • Le garçon, qui cherche absolument à plaire et à mettre fin à son célibat un jour, tire une leçon et prend en note mentale ce que lui dit la fille, et ajuste sa mentalité et son comportement envers les filles en se basant là-dessus.

… Mais le problème, c’est que plus il se fait rejeter par des filles qui lui servent diverses raisons socialement et/ou moralement acceptables, et plus le gars est conditionné à croire que les filles dans leur ensemble ont un comportement parfait, comportement parfait qu’elles exigent de la part des garçons.  Et c’est ainsi que le garçon commence sa vie adulte avec une idée erronée de ce que sont les filles, et surtout de ce qu’elles désirent. 

Pendant ce temps-là, les filles prennent de l’âge, de l’expérience de vie et de la maturité.  Leurs standards en choix de garçons cessent d’être influencés par Disney et Jersey Shore [remplacez ce dernier exemple par quelque chose de plus moderne si vous lisez cet article après 2013] et descendent à un niveau normal et réaliste.  On se retrouve donc avec le cas classique du soi-disant Bon Gars qui ne comprends rien aux filles, malgré le fait qu’il est à leur écoute dans le but de justement les comprendre.

Un des trucs qu’il y a de bien d’être un auteur dans l’âme depuis l’adolescence, c’est que j’écris pratiquement tout ce qui m’arrive, et ce depuis toujours.  Et puisque j’ai longtemps été un soi-disant Bon Gars, justement à force de vivre les étapes décrites plus haut, je possède encore des textes de l’époque que l’on peut voir aujourd’hui comme étant un témoignage de ce qui se passe dans leur tête.  En voici un qui décrit une anecdote que j’ai vécu à l’âge de 19 ans:

C’est au Collège Dawson que j’ai rencontré Daniella, petite, menue, délicate et toute mignonne, avec cette voix qui, bien que plus aiguë que la normale, était tout de même mélodieuse.  Elle adorait les bandes dessinées que je faisais, bien qu’elle ne comprenait pas trop puisqu’elle était unilingue anglaise. À chaque fois que l’on se voyait, on se rapprochait de plus en plus l’un de l’autre. Côté musical, elle n’aime qu’un seul groupe et c’est les Beatles. Le jour où elle m’apprend ça, en revenant de Dawson, je passe chez Sam The Record Man et j’achète la compilations THE BEATLES 20 greatest hits. Je les écoute en pensant à elle et en me conditionnant à aimer cette musique, histoire d’avoir un bon point commun avec elle.

Un jour, décidant de mettre à profit mes talents en dessin dans un but purement séducteur, j’ai pris quelques photos d’elle et j’ai fait son portrait en noir et blanc, utilisant encre et mine. Je pousse la chose à mettre le tout dans un cadre sous verre, et je lui donne. Sa réaction est allée bien au-delà de mes espérances. Elle était tellement surprise et ravie que pendant une demi-heure, elle avait les larmes aux yeux et ne cessait de me serrer contre elle en me remerciant, allant jusqu’à me donner tout plein de bisous, et certains sur la bouche. Elle montrait fièrement son portrait à tout l’monde, ne manquant pas de vanter mes mérites.

Puis, elle me dit qu’elle trouvait tellement extraordinaire que j’ai pris le temps de faire ça pour elle alors que nous ne sommes rien d’autres que des amis. Que je suis vraiment un ami extraordinaire.

« Ami » ? M’ouais! Voilà qui me fait déchanter un peu. Malgré tout, dans les jours qui suivent, je lui montre des signes de plus en plus évident de mon attirance pour elle. Malheureusement, elle finit par m’apprendre qu’elle est mariée.  Eh oui !  Comme le faisaient bien des cégépiens dans ce temps là, elle s’était mariée civilement afin d’obtenir de plus gros montant de prêts et bourses d’études. Elle disait bien que le gars n’était rien d’autre qu’un ami et coloc pour elle, et qu’ils divorceront à la fin de leurs études, mais que lui prenait la chose très au sérieux et que tant qu’ils ne seraient pas divorcés il prendrait mal qu’elle ait une autre relation.

Lorsque je lui dis que j’ai été induit en erreur à cause de toutes les fois où elle me touchait, j’apprends que, au cégep, les choses ne sont pas comme je suis habitué. Au cégep, les gens sont plus rapprochés, plus ouverts les uns envers les autres. Ils se touchent et se cajolent, non pas par amour ou désir sexuel mais bien parce qu’ils sont chaleureux. C’est en effet très différent de mon univers. Je ne sais pas si c’est à cause que c’est comme ça dans ce cégep en particulier, ou le fait que je vienne de St-Hilaire où les gens ne se touchent pas si ce n’est pas dans un but intime, mais bon.

Étant de nature naïve, je me suis montré compréhensif… Jusqu’à ce que j’apprenne par mon ami Carl une semaine plus tard qu’elle trippait ben raide sur Benny, guitariste d’un band de garage. Voyant que son mariage qui semblait interdire notre relation n’entrait étrangement pas en ligne de compte quand il s’agissait de Benny, j’ai compris qu’elle n’avait pas été assez honnête pour me dire qu’elle n’était pas intéressée à moi. Ça m’a pas mal frustré sur le coup, mais puisqu’elle restait amicale avec moi, je me suis dit que puisque de ce côté là ça allait, ce serait inutile de gâcher tout.

Me trouver une job de laveur de vaisselle fit que j’ai éventuellement cessé de fréquenter Dawson, et Daniella par la même occasion.

Plusieurs mois plus tard, vers février à 11:30 du soir, le téléphone sonne. C’était Daniella. Surpris mais ravi par son appel, je jase avec, et on parle de tout et de rien, mais surtout de ce que nous avons fait ces derniers mois. Elle m’apprend qu’elle habite seule, qu’elle est divorcée et qu’elle travaille comme bibliothécaire.

Et puis, comme ça, au détour d’une conversation, elle me demande si je voudrais bien aller passer la nuit chez elle. Elle me rajoute «As a friend!». (En tant qu’amis, pour les malenglophonants)   Je lui dis que j’en serais ravi, mais qu’alors il vaut mieux que l’on raccroche car le dernier bus vers Montréal passe dans une vingtaine de minutes. Je prends son adresse en note, je mets le papier dans ma poche, je me prépare en vitesse et je pars.

Daniella habite dans un petit 1½ dans un grand bloc à Montréal près du métro Mc Gill. Il est 1:30 am lorsque je sonne à son appartement. Elle m’ouvre, j’entre et je monte.

Elle m’accueille, toujours aussi mignonne et souriante qu’avant. Or, bien que je la trouve très attirante, il y a longtemps que je me suis fait une raison à son sujet. Anyway, elle a pris la peine de préciser «As a friend!», alors c’est sûr qu’elle ne me voit pas comme étant autre chose qu’un ami.

On parle et jase de toutes sortes d’affaires jusqu’à 4 heures du matin. On se dit qu’il serait peut-être temps de dormir maintenant.

Comme je disais, elle habite dans un 1½, donc tout se trouve dans la même pièce. Son lit double est situé en face du fauteuil du salon. Sans même que je me pose la question, il était très clair dans ma tête que j’allais dormir sur le fauteuil. Aussi, je suis très surpris lorsqu’elle me dit que je peux partager son lit. En fait, je me sens très honoré par cette marque de confiance. Tellement de gars pourraient voir en ça une invitation à s’essayer sexuellement avec elle.  Je suis content qu’elle sait que je ne suis pas comme ça.

Et on se couche. Elle est en chemise de nuit. Moi, Je suis torse nu, sans mes bas, mais j’ai gardé mes pantalons. Nous sommes couchés sur le côté, faisant face tous les deux à la fenêtre, et je suis derrière elle. J’ai un sérieux coup de barre. Aussi, je commence à m’endormir presque immédiatement. Là, elle me dit un truc. Je lui réponds et on échange 2 ou 3 phrases. Puis, je me sens sombrer de nouveau. Là encore, elle me reparle. Elle me fait le coup 2-3 autres fois comme ça. Puis, elle tourne la tête vers moi et me dit :

– Aren’t you gonna kiss me goodnite ?

Un bisou de bonne nuit ? Pourquoi pas. Je me rapproche, je lui donne un bec sur la joue, je lui souhaite bonne nuit et je me recouche. Au moment où je sombre de nouveau dans le sommeil, elle me demande si je veux bien me rapprocher et me serrer contre elle.

Fiou! Heureusement qu’elle m’a déjà fait remarquer que les cégépiens sont calins et chaleureux sans que ça veuille dire quoi que ce soit. Je me rapproche donc et la colle. Je passe mon bras autour de sa taille. Malheureusement, le mental et le physique, c’est deux. Bien que je savais que jamais il ne se passerait quelque chose avec elle, ce contact physique fut suffisant pour me donner une érection (Ben quoi? J’avais dix-neuf ans.  On s’érige à rien à cet âge là.) Un peu gêné, je me décolle doucement le bassin de ses fesses. La dernière chose que je veux, c’est qu’elle se rende compte que Popaul est au garde-à-vous, elle le prendrait sûrement mal. Je lui dis alors bonne nuit et je commence à sombrer dans le sommeil.

Trois ou quatre minutes plus tard, elle se lève en furie et débarque du lit. Surpris et à moitié abruti par le sommeil, je lui demande ce qui ne va pas. D’un ton impatient, elle me dit :

– Why do you think I asked you to come here ?

Oh fuck !  À ses paroles, je comprends que je n’ai pas du tout saisi la raison pour laquelle elle m’a demandé de venir ici. J’en arrive à la seule conclusion logique : Puisqu’elle m’a demandé de venir ici as a friend, j’ai dû accidentellement dire ou faire un geste déplacé qui lui fait penser que je désire plus que ça de sa part, et ça la choque. Je lui bafouille donc mes excuses en chaîne, je lui dis que je suis désolé si j’ai eu un geste déplacé mais je ne m’en étais vraiment pas rendu compte. Je lui demande de bien m’excuser et la rassure que puisqu’elle m’a dit d’être là as a friend seulement, jamais je n’ai eu l’intention d’aller plus loin.

Après m’avoir écouté, elle reste silencieuse. Puis elle me tend les bras. Je l’approche et on s’enlace. Je suis content de voir que peu importe que j’aie pu faire de pas correct, elle semble m’avoir pardonné. Elle relève la tête vers moi.

– Kiss me !

Je lui donne donc un petit bec amical sur le front, pour lui prouver que j’ai bien compris. C’est que ce n’est pas facile, en anglais. Nous, les francophones, selon le genre de baiser, on dit embrasser ou bien donner un bec, ou un bisou. En anglais, il n’y a que le mot kiss. Aussi, je suis fier qu’elle m’ait, par ce test, donné l’occasion de lui montrer que je comprends et respecte parfaitement ses limites.  Elle pousse un long soupir, que je suppose être de soulagement ou de fatigue. Puis elle me lâche et retourne se coucher. Je la suis. Je me couche à côté d’elle, cette fois en lui tournant le dos, pour être certain de lui enlever la peur qu’elle semble avoir comme quoi je la désire sans son consentement. On s’endort sans mot dire.

Le lendemain, du réveil jusqu’à mon départ vers midi, elle m’a fait l’air bête tout le long, évitant de me regarder et de me parler. Plutôt étrange !

Moins d’une semaine plus tard, Carl me rapportait qu’elle racontait dans tout le collège à quel point j’étais un pauvre con vraiment pas déniaisé qui n’est même pas capable de comprendre quand une fille s’offre à lui.

BEN FUCK, LÀ, TSÉ ! Comment voulez-vous que je puisse comprendre ce qu’elle voulait dire si ses paroles entraient en contradiction avec ses gestes ? Non mais ça s’peux-tu !? Les filles sont vraiment des contradictions ambulantes! D’abord ça va se plaindre que les gars n’écoutent pas ce qu’elles leur disent, et ensuite elles gueulent contre eux justement parce qu’ils l’ont fait.  Décidément, je ne comprendrai jamais rien aux filles.

On pourrait être porté à dire que j’étais encore jeune, donc que mon inexpérience de la vie, et surtout des relations interpersonnelles, explique mon erreur et surtout ma naïveté.  Mais là n’est pas le problème.  Il se situe plutôt dans les cinq points suivants:

1 ) Écouter scrupuleusement tout ce que les filles disent et tout prendre au pied de la lettre. C’est que le soi-disant Bon Gars est tellement désespéré de plaire à une fille qu’il va prendre la moindre parcelle d’information au sujet de celle-ci afin de lui plaire, ou du moins de ne pas lui déplaire.  Ici, lorsqu’elle m’a dit d’aller passer la nuit avec elle as a friend, dans ma tête c’était coulé dans l’acier que ça allait être as a friend et absolument rien de plus.  La seule chose qui aurait pu changer mon comportement avec elle, ça aurait été qu’elle me dise en paroles directes et claires qu’elle me voulait en tant que partenaire sexuel.  Et ceci, c’est à cause du point 2 qui est:

2 ) Perdre totalement confiance en son instinct et en ses capacité d’interpréter les signes.  Normal.  À force de se faire dire qu’il a mal compris les gestes des autres à son égard, un gars finit par conclure que les gestes ne veulent jamais rien dire, qu’ils ne comportent aucun message. Il cesse alors d’y porter la moindre attention. Ici, n’importe qui aurait compris que de se faire inviter à venir passer la nuit avec une fille que l’on n’a pas vu depuis quelques mois, se faire inviter à la coller au lit, et surtout se faire demander de l’embrasser, il n’y avait pas plus clair comme message.  Hélas, tant qu’existe la moindre ambiguïté, la moindre parcelle infinitésimalement minuscule comme quoi un geste ou une parole puisse avoir une signification anodine, alors c’est la facette anodine qu’il croira. Comme ici, dans les différentes significations possibles du mot kiss lorsqu’elle me demande de l’embrasser. Et ça, c’est à cause que:

3 ) Il y a de grandes chances que le Soi-disant Bon Gars ait déjà été « testé » par des filles.
Lorsqu’une fille cherche à prendre ses distance avec un gars, mais qu’elle n’arrive pas à trouver une bonne raison de le faire, il arrive parfois qu’elle use de cet hypocrite stratagème: Elle lui demande son avis sur un truc, attend sa réponse, et prétend ensuite qu’en fait, elle lui passait un test.  Elle dit ensuite être tellement en désaccord avec sa réponse qu’elle se voit obligée de mettre de la distance entre eux.   

Par deux fois, avant ma nuit as a friend, il m’est arrivé que des filles avec qui je n’étais qu’ami me demandent si elle me plaisent, si j’aimerais sortir avec elles.  Voyant là une chance d’être en couple, j’attrapais à deux mains la perche qu’elles me tendaient, leur déclarant mon intérêt à être plus qu’amis.  C’est là qu’elles me répondaient de manière sèche et distante quelque chose dans le sens de: « Je vois! C’était juste un test que je te passais. Je voulais voir si tu étais sincère quand tu disais que tu ne ressentais rien de plus que de l’amitié pour moi.  Maintenant, je vois que tu me mentais.  Désolé, mais de savoir que tu m’aimes sans que ce soit réciproque, ça me rend mal à l’aise.  Dans de telles conditions, j’aimerais mieux que l’on cesse de se voir. »  À force de se faire tendre ce genre de piège, un gars finit par développer la phobie suivante:

4 ) Craindre que la fille s’imagine qu’il ne veut d’elle que du sexe.  Voilà pourquoi Il fait tellement d’effort, se conditionne depuis tellement longtemps à s’auto-castrer, afin de devenir le gars parfait… Sauf que dans la tête du soi-disant bon gars, être parfait, ça signifie être le plus irréprochable possible. Ici, oui, Daniella me plaisait, et oui j’espérais toujours que notre relation d’amitié monte au stade d’amoureux et/ou amants. Sauf que, dans ma tête, il était logique de croire que jamais elle ne me donnerait ma chance de le devenir si je ne lui démontre pas d’abord que je sais tenir ma place en tant qu’ami. Donc, que lorsqu’elle me dit quelque chose, je l’écoute!  Je savais par expérience que me montrer des signes d’intérêt, ça pouvait être un test.  Je savais par expérience que me poser des questions, ça pouvait être un test.  Alors la seule chose qui aurait pu me faire passer de simple ami à amoureux et/ou amant, c’eut été qu’elle me l’affirme clairement, directement, en paroles autant qu’en gestes.  

Et enfin, la plus grande erreur de toute, et celle la plus répandue chez les soi-disant Bons Gars:

5 ) Prendre les filles non pas par cas individuel, mais bien dans leur ensemble. C’est exactement ce que mon dernier paragraphe démontre. Dans ma tête, toutes les filles sont semblables, elles s’expriment toutes de la même façon,  et désirent toutes le même comportement parfait et irréprochable de la part des gars. …et dès que l’une d’elle a un comportement qui me semble contradictoire à leurs paroles, alors là elles sont TOUTES des contradictions ambulantes.

Et non, contrairement à ce qu’on pourrait penser, ce n’était pas un comportement passif-agressif d’un gars qui cherche à se venger des filles en se comportant en gars irréprochable à l’extrême, en poussant la chose à la limite du caricatural, par frustration d’avoir été plusieurs fois rejeté par des excuses bidon.  C’était une sincère tentative de comprendre les filles en leur donnant ce qu’elles veulent. Et c’est de ça que je parle, quand je dis que les soi-disant Bons Gars ne font pas de bons amoureux. Parce que dans leur désir de plaire, ils ont un comportement qui sabote tout.  Mais comme ils sont sincère dans leurs efforts et leur incompréhension, il leur est impossible de s’en rendre compte, et ainsi de changer.

 Et le plus grand problème avec un comportement acquis au cours de plusieurs années de conditionnement, c’est que ça reste en soi longtemps. Ici, j’avais 19 ans.  Me croiriez-vous si je vous disais que j’étais tout aussi naïf à 24 ans?

À SUIVRE

Lire en public = « Harcelez moi! »

Il y a quelques mois, un lien a fait le tour de Facebook. Il menait à un billet de blog anglophone dans lequel son auteure se plaint d’être victime de harcèlement dans les transports en commun.

Résumé de son billet de blog: Lorsque Mademoiselle veut avoir la paix dans le métro, elle met un anneau de mariage à son doigt même si elle n’est pas mariée, et lit un livre dans lequel elle se penche la tête tout en se repliant sur elle-même.  Elle fait ceci afin que son langage corporel envoie aux gens qui l’entourent le message comme quoi elle veut qu’on la laisse tranquille.   Hélas, une fois sur deux, elle se fait quand même aborder par un homme.  Et lorsqu’elle lui dit clairement qu’elle ne veut pas être dérangée, l’homme le prend tellement mal qu’au lieu de lui foutre la paix, il l’agresse verbalement non-stop, et ce tant et aussi longtemps qu’ils sont tous les deux dans le même wagon. Conclusion: Il est difficile de vivre dans une société dans laquelle, pour avoir commis le simple crime d’être née femelle, on ne peut mettre un pied dehors sans être immédiatement sujette au harcèlement et à l’intimidation masculine. Et ce même si l’on prétend (silencieusement) être mariée.

Permettez-moi d’être quelque peu cynique en disant que je comprends que pour certaines femmes, toutes les excuses sont bonnes afin de démontrer que les hommes sont majoritairement des néandertaliens attardés machos et harceleur.  Le fait qu’elle se fasse ainsi aborder contre son gré une fois sur deux lorsqu’elle est dans le métro le prouve. Tant qu’il y aura des hommes en liberté, une femme ne sera en sécurité nulle part.

Sauf que… Si c’était vraiment le cas, ça arriverait à toutes les femmes, pas seulement à elle, non?  Je veux dire, la majorité de mes amis sont des femmes, elles prennent les transports en commun quotidiennement, et là-dessus il y en a peut-être deux ou trois qui ont déjà été la cible d’un freak dans le métro ou dans le bus.  Et il y avait généralement plusieurs mois, voire plusieurs années d’écart entre chacun de ces incidents.  Et pas besoin de me croire sur parole, faites juste regarder autour de vous lorsque vous êtes dans les transports en commun.  Avez-vous déjà été témoin d’une telle situation, vous?  Et si oui, est-ce que ça vous est arrivé aussi souvent qu’à cette blogueuse?

ATTENTION: Je ne dis pas qu’elle ment.  Au contraire, je crois à 100% qu’elle vit vraiment ces expériences.  Sauf que, il ne lui est apparemment jamais venu en tête que la source de son problème pouvait être autre chose que simplement être une femme.

Rassurez-vous, je ne cherche pas à blâmer la victime en l’accusant d’attirer, voire de provoquer ses harceleurs.  Je ne dis pas non plus qu’elle a juste à être moins belle, ne pas se maquiller ou bien de s’habiller moins sexy, et autres jugements machos faciles. Un nombre incalculable de belles filles maquillées et habillées sexy prennent les transports en commun sans jamais se faire déranger, alors là n’est pas le problème.  Enfin, je ne cherche surtout pas à justifier le comportement de ces hommes.  Oui, ce comportement de merde est totalement inacceptable.

Tout ce que je dis, c’est qu’on ne peut nier l’évidence: Si ça lui arrive à elle beaucoup plus qu’aux autres femmes, c’est parce que, consciemment ou non, elle fait quelque chose qui attire ces hommes vers elle.

Ce que je dis, c’est: Si elle ne veut pas se faire aborder dans le métro, est-ce qu’elle a déjà essayé de ne pas lire en public?

Ça vous semble ridiculement simplet comme solution?  Vous croyez que je suis un insensible crétin déconnecté de la réalité, d’oser émettre l’hypothèse comme quoi la source de son harcèlement n’est rien d’autre qu’un geste aussi banal et insignifiant que de lire en public? Je n’affirme pourtant pas ça à la légère.  Je sais de quoi je parle.  L’image qui suit est une capture d’écran tirée de la section Le Petit Désagrément du Jour de mon ancienne page La Zone Requin. Voyez ce que j’y raconte:


J’ai écrit ça en 2004.  Et même à cette époque, ça n’était pas la première fois que je constatait ce phénomène.  Le simple fait d’avoir rédigé une chronique sur ce thème le prouve.  Depuis que j’utilise les transports en commun, c’est à dire depuis 1985, j’ai vécu ce problème, et je le vis encore lorsque je lis en public.  Et pourtant, je suis un homme.  On ne peut donc pas prétendre que c’est parce que « l’homme harcèle la femme. »  Jusqu’à date, voici le genre de personnes que j’ai attiré en lisant en public:

  • Les gars saouls/drogués qui délirent.
  • Les vieux/vieilles fatigant(e)s, tels que décrits sur ma capture d’écran, qui me posent plein de questions sur ma vie privée, plus que je ne suis confortable de répondre.
  • Et au moins une fois l’an, généralement à l’arrêt de bus / au terminus, il y a une folle débraillée qui s’exprime en hurlant des insanités, capable de me crier des insultes pendant une heure non-stop.

Comme vous voyez, la moitié de mes harceleurs sont des femmes.  On ne peut donc pas dire que c’est un phénomène exclusivement homme-envers-femme.

Et quand je ne lis pas en public, vous savez ce qui arrive? Rien! Les gens me foutent la paix.

Je ne dis pas que c’est de sa faute, ni ne prétends-je qu’elle fait exprès pour attirer le harcèlement.  Comment pourrait-elle savoir que c’est le fait de lire qui attire les freaks?  Moi-même, si je n’avais pas personnellement vécu cette situation aussi souvent, je n’aurais jamais pu faire le lien de cause à effet.  Pourtant, il est là.   

Mais d’où viennent ces freaks et pourquoi sont-ils attirés par les gens qui lisent?  Des gens mal à l’aise en société, il y en a partout. Consciemment ou non, le malaisé a l’impression qu’il n’a sa place nulle-part.  Et lorsqu’il est dans un lieu public, son malaise le pousse à ignorer les gens qui, eux, semblent être à leurs places: Ceux qui parlent, qui  marchent, qui regardent autour, qui cherchent ou attendent quelque chose.  Des gens à l’aise, fonceurs, voire agressifs.  Ces gens qui semblent à l’aise dans cet environnement intimident le malaisé, qui s’en tient donc à l’écart.

Et dans cette foule de gens inaccessible, il y a elle, elle aussi à l’écart des autres:  Assise, ne regardant personne, repliée sur elle-même, le nez dans son livre…

Pour les gens normaux, oui son langage corporel dit qu’elle veut avoir la paix.  Et puisque ce sont des gens normaux, ils comprennent et acceptent.  Mais pour le malaisé, le langage corporel de cette fille ne lui dit pas qu’elle veut être tranquille.   Il lui dit qu’elle n’est pas fonceuse, qu’elle n’est pas agressive, qu’elle est passive.  Mieux encore: Il lui donne l’impression qu’elle est encore plus mal à l’aise que lui en public.  Son instinct reconnait donc immédiatement en elle une personne qui est semblable à lui.  La seule dans cette foule qui ne l’intimide pas.  La seule qui lui semble accessible.  Ça peut même aller jusqu’à lui donner inconsciemment l’impression que cette fille pourrait bien être son âme soeur. (J’ai déjà parlé de ce phénomène dans le billet Dose de réalité: La mystérieuse charmeuse)

Une personne malaisée souffre de ne pas avoir d’interaction sociale. Hélas, sa nature de malaisée fait qu’elle a également une peur bleue de subir du rejet.  Plus elle veut mettre fin à sa solitude, moins elle ose. C’est une véritable torture morale.  Voilà pourquoi, lorsque que son subconscient lui fait croire qu’elle vient enfin de trouver quelqu’un qui lui est aussi accessible que compatible, c’est un peu normal qu’elle perde le contrôle de ses gestes et paroles, et l’abordera un peu n’importe comment. Et voilà également pourquoi le malaisé réagira aussi mal du refus: Il se fait repousser par la seule personne qui, à ses yeux, avait un langage corporel qui l’a mis en confiance en l’invitant à venir lui parler.  Même si c’était seulement dans son imagination, n’empêche qu’il se sent blessé, humilié, trahi.  Pas surprenant qu’il réagisse si mal.

Vous me répondrez peut-être: «Ouais, ok, je comprends ça.  Mais ça n’explique pas pourquoi il se conduit envers elle comme un freak et non comme un être civilisé.» C’est simple : Nous parlons ici d’un être qui n’est pas habitué à faire du social.  Par conséquent, il est totalement ignorant des règles de comportements en société. Voilà pourquoi il considère de manière erronée que l’attitude de la fille qui lit est invitante.  Voilà pourquoi il l’aborde maladroitement, et voilà pourquoi il frustre et l’exprime sans retenue.

Ceci, bien entendu, n’excuse pas ce comportement.  Ça ne fait que l’expliquer.

Oui, je suis tout à fait d’accord avec vous, le fait de lire en public ne devrait pas faire de vous la cible de n’importe quel rejet frustré.  Oui, je suis d’accord comme quoi leur comportement est inacceptable.  Je suis d’accord comme quoi les choses ne devraient pas se passer ainsi.  Malheureusement, ça ne change rien au fait que oui, c’est ainsi que les choses se passent.  Qu’on le veuille ou non, chaque foule contient sa part de freaks. Et si vous ne voulez pas les attirer à vous, alors vous devriez vous abstenir de faire la seule chose qui va les encourager à le faire, c’est à dire lire en public, surtout en se repliant sur vous-même.  Les femmes ont déjà bien assez de soucis avec les harceleurs, si un truc aussi simple peut suffire pour diminuer le nombre de ceux qui vont l’approcher, aussi bien l’utiliser.

Parce que des fois, on a beau se méfier de la voie facile, il arrive que la source du problème, tout comme sa solution, ne soit pas plus compliquée que ça.

Déclaration d’amour? Grosse erreur!

Comme d’hab’, le texte est écrit d’un point de vue masculin bikôze que j’ai un chromosome Y, bien que la situation puisse s’appliquer dans les deux sens.

Ces situations devraient vous rappeler quelques souvenirs … et pas nécessairement des bons:

Situation 1: Vous avez une bonne amie que vous aimez beaucoup plus que par simple amitié.  Un jour, vous avez le courage de lui déclarer votre affection. 
Le résultat : Après quelques jours où il règne comme un malaise entre vous, non seulement vous ne vous êtes pas fait une blonde, vous avez perdu une amie.

Situation 2: Il y a cette fille qui vous plaît beaucoup.  Vous décidez de le lui dire en lui envoyant  un mail, ou bien de lui écrire une lettre manuscrite.  Ou mieux encore : Vous lui composez un poème. 
Le résultat: Non seulement elle reste insensible à votre déclaration romantique, elle la montre à tous ses amis.  Vous devenez ainsi le sujet des moqueries de son entourage qui continuera de vous associer à ce texte pour les décennies à venir.

Je suis désolé de briser vos illusions, mais il faut bien voir les choses en face: La déclaration d’amour, lorsque utilisée en guise de moyen de séduction pour commencer une relation, ça ne fonctionne pratiquement jamais.   Le problème, c’est que ce concept date d’une période où on n’avait pas le droit de se fréquenter avant le mariage, une époque dans laquelle seul l’homme avait le droit de faire la cour.  Mais voilà, nous ne sommes plus au temps où l’homme venait faire sa déclaration sous le chaperonage des parents de celle-ci, afin que ce soit eux qui décident s’il ferait un bon parti, ce qui fait que la fille avait rarement son mot à dire.  De nos jours, non seulement la fille a le droit d’être attirée par un gars, passer à l’étape amoureux/amant vient tout naturellement lorsqu’il y a attirance réciproque.

… Et ça, ce que ça signifie maintenant, c’est que si on est obligé de déclarer son amour a une fille, c’est pour l’une des deux raisons suivantes:

  • Elle ne sait rien de nos sentiments.
  • Elle les connaît déjà, mais feint de les ignorer.

Dans un cas comme dans l’autre, ça signifie qu’elle ne les ressent pas elle-même.  Et le fait de déclarer son amour à une fille, ça n’a jamais fait naitre spontanément en elle des sentiments réciproques.   À moins, bien sûr, que ce soit le genre de désespérée prête à prendre n’importe qui.  Si ça vous convient, allez-y fort! N’oubliez juste pas que ça veut dire qu’elle n’est pas avec vous par amour véritable, donc qu’elle peut mettre fin à votre relation dès qu’elle se trouvera un meilleur parti.  Ou pire encore: Au moment où elle trouvera un gars avec qui elle tombera vraiment en amour.

Alors si en plus vous avez commis la bêtise de mettre votre déclaration par écrit, attendez-vous à ce que votre déception d’être rejeté s’accompagne d’humiliation pour les mois à venir, voire les années.  Il y a une raison pourquoi on dit que les paroles s’envolent mais les écrits restent. Et c’est encore plus vrai à l’ère de l’internet.

Quant aux poèmes, il serait temps que vous vous rendiez compte d’un truc important :  À moins d’être un auteur professionnel, n’importe quel gars de plus de douze ans qui fait de la poésie romantique est automatiquement classé sous l’étiquette de molasson pas-de-couilles.  Y’a pas une fille qui puisse être intéressée par ça. 

La seule raison pour laquelle elle se rapprocherait de vous en rapport à votre poème, ce serait pour vous demander de lui en écrire un, au sujet d’un gars sur qui elle a l’œil, pour qu’elle puisse le signer de son propre nom et le lui envoyer.  Je l’ai vécu assez souvent lorsque j’étais ado pour le savoir.

De nos jours, les déclarations d’amour c’est comme la galanterie : Appréciée dans une relation de couple qui est déjà amorcée.  Mais totalement inutile avant ça, sauf si votre but est d’avoir l’air d’un loser désespéré.

Se faire connaître pour les mauvaises raisons.

Dans le billet précédent, je raconte comment j’ai décidé de rester anonyme plutôt que de saisir l’opportunité de me faire connaître à travers le monde, parce que cette opportunité me demandait de commettre un geste négatif, soit noyer la torche olympique des jeux de 2010 en la lançant en bas d’un pont, et que ce n’est pas pour ce genre de chose que je veux être connu.

À l’inverse, il y en a d’autres qui cherchent tellement à se faire connaître, ils considèrent que tous les moyens sont bons pour y parvenir. L’exemple le plus flagrant de ce genre de personne est sans nul doute celui que nos cousins Européens ont surnommé Le Dépeceur Canadien:  Luka Rocco Magnotta.

En survolant sa biographie, on voit que dès le début de sa vie adulte, il croit qu’il peut devenir riche et célèbre avec un minimum d’efforts, en n’utilisant rien d’autre pour avancer que son look, son charme et sa personnalité. Magnotta se considère supérieur à la masse populaire. Ce n’est pas le genre de personne qui se voit travailler physiquement et/ou occuper un boulot simple, banal et anonyme. En fait, son comportement porte à penser que, consciemment ou non, il a la conviction que l’attention et l’amour de tous sont dus. Les gestes qu’il posera plus tard ne serviront qu’à attirer l’attention sur lui. C’est une façon d’interpeler les autres, une façon de dire « Hey! Je suis ici! Bon, maintenant que vous m’avez trouvé, oubliez la raison qui vous a fait découvrir que j’existe, et commencez à admirer ma personne, tel que vous êtes supposés le faire. »

Selon sa page Wikipedia, ses gestes provoquant l’attention se sont déroulés de la façon typique des gens en manque de reconnaissance, c’est-à-dire en passant par ces sept étapes :

ÉTAPE 1, l’attente légitime : Il s’attend à être légitimement admiré. Alors il agit de façon passive, en se faisant voir, tout simplement, en attendant d’être découvert et qu’on lui offre le monde. Il cherche à se faire trouver beau, se faire trouver intéressant. Dans son cas :
– A subi quelques chirurgies esthétiques afin d’augmenter sa ressemblance avec James Dean.
– Maquillage, photos, poses de mannequin.
– Changer son nom, de Eric Newman à Luka Rocco Magnotta.
… Mais ça n’a que peu marché.  Donc:

ÉTAPE 2, la séduction d’un petit groupe : Voyant que la façon passive ne fonctionne pas, il commence à se faire voir le plus qu’il peut, et ce dans des situations où il apparait comme étant séduisant. Dans son cas :
– Est devenu danseur nu pour club gai.
– A posé pour Fab, un magazine gai de Toronto.
– Est devenu escorte mâle.
– Est devenu acteur de film porno gai. (D’où, probablement, le Rocco de son nom, en référence à Rocco Siffredi)
… Mais ça n’a que peu marché.  Donc:

ÉTAPE 3, tenter la séduction d’un large public : L’étape précédente lui ayant rapporté quelques échantillons de l’admiration qu’il réclame, il en veut encore plus. Il tente alors de se faire voir par un plus large public. Dans son cas :
– A auditionné pour le show réalité COVERguy.
– A auditionné pour le show Plastic Makes Perfect.
… Mais ça n’a pas marché.  Donc:

ÉTAPE 4, se créer une fausse popularité : Voyant que l’étape précédente a été un échec, il tente de créer lui-même de façon artificielle cette popularité qui, dans sa tête, lui est due et lui est injustement refusée. Dans son cas :
– A créé 70 comptes Facebook sous de faux noms, comptes où il se faisait passer pour des admirateurs de Magnotta, parlant en bien de lui-même, se faisant de la pub partout où il le pouvait.
– A créé 20 pages web, sous différentes identités, dans le même but.
… Mais ça n’a pas marché.  Donc:

ÉTAPE 5, passer de vouloir être admiré à vouloir faire pitié : Rendu à cette étape, l’espoir a fait place au désespoir. Obligé de constater son incapacité à obtenir l’admiration, il change de stratégie : Puisqu’on ne lui permet pas d’avoir exposition, gloire et fortune par admiration, il va tenter d’avoir exposition, gloire et fortune par pitié, en se faisant passer pour une pauvre petite victime injustement harcelée qui réussirait dans la vie si seulement les gens cessaient de lui mettre des bâtons dans les roues. Dans son cas :
– En utilisant ses pages web et faux comptes Facebook, il a répandu une fausse rumeur comme quoi il aurait fréquenté Karla Homolka peu après sa sortie de prison.
– Ensuite, utilisant cette rumeur fabriquée lui-même, il sollicita une entrevue au Toronto Sun et à la radio afin de la démentir.
– S’est plaint mensongèrement d’avoir perdu des contrats de modélismes et d’avoir reçu des menaces de mort à cause de ces fausses rumeurs.
– Bref, il utilise les médias pour attirer l’attention sur le fait qu’il est un mannequin à la recherche d’une place sous les spots.
… Mais ça n’a pas marché.  Donc:

ÉTAPE 6, se faire connaître coûte que coûte : Rendu à cette étape, le désespoir a fait place à la frustration. Il n’arrive pas à se faire connaître en se faisant aimer? Il n’arrive pas à se faire connaître en se faisant pitié? Alors il se fera connaître en se faisant haïr. Il se justifie en se disant que ce n’est pas de sa faute. Il a tout fait pour se faire aimer, c’était aux autres de lui donner ce qu’il demandait. Il se lave donc les mains des gestes aberrants qu’il se croit obligé de poser. Dans son cas :
– Il se filme en train de suffoquer des chatons à l’aide d’un aspirateur.
– Il se filme en train de donner un chaton vivant à manger à un boa.
– Il met les vidéos sur son propre compte YouTube, et poste les liens sur divers forums, toujours sous de fausses identités, histoire de ne pas avoir l’air de se faire de la pub lui-même.
… Mais ça n’a que peu marché.  Donc:

ÉTAPE 7, exprimer son FUCK THE WORLD final : Rendu à cette étape, la frustration a fait place à la haine. Puisqu’il est plus facile de déplaire aux gens que de leur plaire, ses vidéos de chats tués lui ont apporté plus d’attention que toutes ses tentatives d’expositions précédentes. Hélas, ça ne reste qu’un échantillon, comparé à la notoriété qu’il désire tant avoir. Victime de son Ego démesuré, il se dit que puisqu’on l’empêche de devenir la personne la plus aimée au monde, alors il deviendra la personne la plus détestée. Si c’est ça que ça prend pour avoir enfin l’attention médiatique mondiale qui, dans sa tête, lui revient de droit, alors ainsi soit-il. Dans son cas :
– A torturé, tué, démembré et violé, dans cet ordre, un étudiant chinois nommé Lín Jùn, avant de se livrer à des actes de cannibalisme sur son cadavre.
– S’est filmé pendant son meurtre.
– A posté le vidéo sur le net.
– A envoyé par le poste différentes partie du corps de sa victime : À une école, au Parti Conservateur du Canada et au Parti Libéral.
… Et ÇA, ça a marché.

Après s’être arrangé pour devenir la personne la plus recherchée au pays, il a trouvé une façon à la mesure de son Ego pour s’assurer de ne jamais se faire prendre: Déménager à l’autre bout de la planète. Mais voilà, l’orgueil mal placé perd toujours son homme: Il s’est fait prendre dans un café internet à Berlin alors qu’il googlait à son propre sujet.

Faire le parallèle avec les gens qui nous entourent.
Dans la vie de tous les jours, on retrouve chez beaucoup de gens le même genre de côté narcissique que possède Magnotta. Et bien que ça prend une personnalité psychopathe pour en arriver à de tels extrêmes, n’empêche qu’en les regardant agir, on constate qu’il leur arrive parfois de passer à travers les sept étapes décrites ici. À degré moindre, j’ai vu (et subi) ça de la part de wannabe-artistes qui n’avaient ni le talent ni la patience de travailler pour se développer le talent en question. Ces gens sont d’abord et avant tout en amour avec eux-mêmes, et ils prennent très mal que les autres ne partagent pas cette admiration qu’ils croient légitime. Alors dès qu’on a la chance de les repérer, il faut couper les ponts avec eux sans hésiter.

Parce que pour les gens égocentriques et narcissiques, les autres ne sont pas des gens. Ils ne sont que des objets à utiliser, à exploiter, mais surtout à parasiter afin d’en vivre.

Le chum idéal? Vraiment?

Aujourd’hui, je vais ramener certaines d’entre vous 10 ans en arrière. Car c’est en effet en mars 2003 que ma BFF Stéphanie m’a écrit ceci:

Oulà, mon Dieu! J’ai reçu ce lien d’un gars qui me cruisait sur un forum.  Ok j’avoue que j’aime bien rire des tentatives de ces gars pathétiques pour me draguer.  Et cette fois j’ai frappé le gros lot! Juges-en toi-même!

Et c’est ainsi que j’ai découvert une page web qui en valait le détour : La page du Chum Idéal.   Bien qu’elle n’existe plus depuis longtemps, j’avais conservé une copie de son contenu, ce qui fait que je peux vous en parler aujourd’hui. Si je me permet de la ressortir une décennie plus tard, c’est parce que même de nos jours, trop de soi-disant Bons Gars font les mêmes erreurs que lui lorsqu’ils cherchent à séduire.

D’abord, une description de la chose: Dès que l’on arrivait sur ce site, une fenêtre pop up apparaissait aussitôt.  C’est une invitation à mettre cette page dans nos favoris.  Une fois cette fenêtre fermée, c’est là que le fun commence.

Tout en haut de la page, il y a le mot BIENVENUE qui clignote (c’était à l’époque où le code <BLINK> </BLINK> était encore fonctionnel), entouré de deux rangées de lumières clignotantes.  S’en suit quatre photos du gars : Deux gros plans couleur de son visage, qui sont tellement semblables qu’on se demande pourquoi il n’en a pas mis qu’une seule, et deux autres photos noir et blanc qui semblent avoir été prises dans les années 80, si on se fie à ses vêtements.   Le tout est souligné par deux autres rangées de p’tites lumières clignotantes.

Ce qui suit en rouge est une reproduction fidèle et non corrigée du texte de sa page, à l’exception de son identité et adresse de courriel.  J’ai même les p’tites lumières.


Mon Courriel-Email Regulier

lechumideal@AdresseDeCourriel.com

(si tu veux envoyer des photos, ca fait toujours plaisir)

(indique ton surnom et le site rencontre)

 

Il est difficile de se décrire en détails sans avoir l’air prétentieux…Je ne le suis pas du tout, bien au contraire…Egalement, je suis loin d’être désespéré……Pour moi ce n’est qu’un moyen supplémentaire de faire des rencontres.

FILLE RECHERCHÉE

Une fille jolie, libre, aimable, gentille, sensuelle, féminine, propre, sans mts, humaine, flexible. Qui a du respect, affectueuse, fidele, franche, pas snob.  S’abstenir les contolantes, agressives, soupe au lait, dominatrices.  Pour terminer, le revenu. les diplômes, québecoises ou étrangeres ou autres détails similaires et superficiels sont sans importance… je suis ouvert a vivre dans une autre ville ou pays pour la perle rare.  Je ne cherche pas la fille parfaite….loin de la…mais pas n importe qui non plus !… Je ne desire pas nécessairement une fille avec le meme genre de caractéristiques que les miennes , si oui ca vas, si non ca vas aussi.

JE ME PRESENTE

Propriétaire d’une petite entreprise individuelle sur Internet, 6 pieds, 170lbs, 1.80m 75kg. Yeux vert-gris-bleu, voix calme et posée. beau style vestimentaire.  Québecois, race blanche, jamais marié, pas d’enfant, ni amante, vraiment libre présentement.  Très intelligent et possede un grande culture générale, mais je n’ai pas la grosse tête. j ai une personnalité modeste.  Grande Maturité, aimable, calme, savoir vivre, disponibilité en temps, attentions, amour, échange, sensualité, discutions, soutien, ect .  Aime savourer les plaisirs de la vie.(simples comme rafinés) Independant, affectueux sans être collant, aime les conversations intimes, bon sens de l’écoute, pas jaloux ou contrôlant. Bon jugement. Riche univers intérieure, profond, sensible, philosophe.

Égalitaire dans les relations amoureuses. Grande sensualité, Viril au lit,ou doux selon l occasion. Performent (durée) N’a jamais eu de maladies sexuelles MTS…. Circoncis..hihi…. ( beaucoup plus propre, moins de risque de mts, plus beau aussi :o) …….Mais quoi! être une fille, je detesterais pas savoir cela d avance :o)  Ouvert a déménager de ville (pour une perle rare). Vie en modeste appartement avec tres belle vue, a Montreal. Sans horaire de travail fixe, je travaille a la maison. Propre, rangé, tolérant, patient, sans préjugés, ambitieux, fidèle (n’a jamais trompé), franc, honnête. sincere, authentique. Je suis ouvert a l autre. Je suis plutot rationnel, intellectuel. J’aime le plein air. Je ne suis pas un sportif de télévision bien que je m’y connait en sport et suis bon aussi a le pratiquer. En terme de lecture, de télévision, de cinéma, j aime ce qui m informe, sur des sujet qui me touche, j aime apprendre, J aime les documentaires, les films profonds, la sciences fiction, et l humour intelligent, entre autre. Je suis ouvert aux decouvertes.

Je ne suis pas alcolique, pas violent, pas droguer (si tu en prends un peu pas de probleme), pas colérique, ou soupe au lait. J aime prendre un verre en bonne compagnie. Sympa, facile a vivre, pas compliqué, aime donner mais aussi recevoir. Aime la nature, comme le night-life branché. Je suis pas snob du tout. J ai un grand cœur prêt a aimer, et être aimer, mais attention , je ne suis pas naif. J aime les personne differente ou similaire a moi, c est l ame de la personne qui compte.  Sans problèmes ou gros défaults MAJEURS cachés….mais je ne suis pas parfait, je suis tres humain. De toute facon les défaults sont des caractéristiques tres relatives et subjectives a chacuns. J’accepte l’autre telle qu’elle est, sans vouloir la changer, je m’attends a la même chose. Finalement, ais-je besion de preciser….mon profil sans pretention est veridique de A a Z . Il est le fruit plus des observations des autres et de mon auto-analyse que d une vanité deplacée.

 Si tu es de l’ exterieur de Montreal ou du Quebec. DES PHOTOS DE TOI SONT NECESSAIRES pour établir une correspondance significative. Si tu en as pas maintenant, conserve mes adresses pour plus tard quand tu en auras…il ne sera peut-être pas trop tard..!

Si tu n as pas la possibilité d envoyer des photos par internet, Tu peux m envoyer des photos standards sur papiers par la poste conventionnelle a une addresse postale sur demande. Je vais te retourner les photos le lendemain que je les aurai recues, apres les avoir enregistrer sur mon ordinateur, tu peux en être rassurée. Je te donne ma parole. Je peux meme te payer dans le retour les frais que tu as encourus pour faire les photos et les envoyer.

Alors écris-moi ! Sois pas timide ! au plaisir xxx

(avec photos si c est la premiere fois)

Quel sont tes buts avec cette eventuelle correspondance?

amour? simple amitier Internet? aventure sexuel? rencontre?

PHOTOS ANCIENNES MOI

 3 ans4 ans5 ans5ans6 ans7 ans8 ans

PHOTOS DE MONTREAL ET DU QUEBEC

Mon Courriel-Email Regulier lechumideaL@oxmptlk.com

(la seule option si tu veux envoyer des photos)

(indique ton surnom et le site rencontre)



Lorsque l’on descendait plus bas, on constatait que la 2e moitié de la page était un énorme vide noir.  En utilisant la fonction surlignage de notre curseur, on découvrait qu’il s’agissait en fait de texte noir dissimulé sur fond noir. Ce texte, le voici :

OD @ occupation double, Occupation Double 2 1 Hugo hugo Martin martin JF J-F Jean-Francois jean-francois agence de rencontres site de rencontres jeune beau gars celibataires ocupation double Ocupationdouble celibataire, hommes, celibataires, montreal, Montreal, Celibataires, CELIBATAIRES HOMMES OCCUPATION DOUBLE OCUPATION DOUBLE OCCUPPATION DOUBLE OCUPPATION DOUBLE MARIAGES BEAUX INTELLIGENTS AGENCE DE RENCONTRES SITE WEB DE RENCONTRES RENCONTRES INTERNET foreign men marriages mariages handsome western men agency agencies foreign usa canada france europe europeens canadians canadiens american men love romance marriage husbands man quebec quebecois montreal dating photos young nice sincere marriages foreign american canada canadians usa europeens men photos handsome rich cute look intelligent mature faithfull gentle real men real man marriages agency agencies agancy agancies love relation foreign man men photos star académie beau mec hommes gars garou

Ce paquet de mots citant partiellement les termes les plus populaires à l’époque dans les moteurs de recherches y était reproduit cinq fois de suite.  C’était une façon de s’assurer d’apparaître dans les résultats.

Remarquez qu’à la base, l’idée était logique : Plutôt que de toujours devoir se présenter de nouveau à chaque contact qu’il se fait sur les forums et les sites de rencontre, il se fait un site et n’a qu’à envoyer l’adresse aux filles qui l’intéresse.

Mais voilà, une logique aussi froide et calculée, ça n’a pas sa place dans la drague.  Et si la réaction de Stéphanie était typique de celles à qui il a envoyé ce lien, il a seulement réussi à avoir l’air pathétique.

Et même si on met de côté le fait qu’il s’était fait une page web pour draguer, il reste qu’il y a des erreurs à ne pas faire lorsque l’on veut séduire.  Et lui, ces erreurs, il les a toutes faites.

ERREUR #1: Démontre qu’il ne fout rien de sa vie.
Pièces à conviction:   

  • Propriétaire d’une petite entreprise individuelle sur Internet
  • disponibilité en temps
  • Sans horaire de travail fixe, je travaille a la maison.

Remarquez qu’il ne précise jamais de quoi il s’agit comme entreprise. Moi aussi j’ai été propriétaire d’une petite entreprise individuelle sur Internet, je devais bien vendre 3 à 4 copies de mes bandes dessinées par année via ma vieille page web autobiographique La Zone Requin.  N’empêche que ça part mal.  Quelle fille veut d’un gars qui reste toujours à la maison?  L’impression que ça donne, même si elle peut être erronée, c’est qu’il ne veut pas et/ou n’est pas capable de se trouver du travail.

ERREUR #2 : Insister lourdement sur sa supposée modestie.
Pièces à conviction :

  • Il est difficile de se décrire en détails sans avoir l’air prétentieux…Je ne le suis pas du tout, bien au contraire…
  • mais je n’ai pas la grosse tête
  • j ai une personnalité modeste.
  • mon profil sans pretention
  • Il est le fruit plus des observations des autres et de mon auto-analyse, que d’une vanité deplacée.

Hum… Dire ça une fois, c’est l’affirmer. Le dire trois fois, c’est craindre que les gens le pensent.  Le dire cinq fois, c’est mettre beaucoup d’efforts pour convaincre les autres. Ça donne vraiment l’impression qu’il l’est mais tente très fort de le cacher.

ERREUR #3 et 4 : Se contredire, et avoir l’air désespéré.
Pièces à conviction :

  • Egalement, je suis loin d’être désespéré……

Cette déclaration entre en contradiction avec les extraits suivants :

  • le revenu. les diplômes, québecoises ou étrangeres ou autres détails similaires et superficiels sont sans importance…
  •  je suis ouvert a vivre dans une autre ville ou pays..
  • pas drogué (si tu en prends un peu pas de probleme
  • Ouvert a déménager de ville (pour une perle rare).

ERREUR #5 : Démontre qu’il est prêt à prendre n’importe quoi.
Pièces à conviction :

  • J aime les personne differente ou similaire a moi
  • Je ne desire pas nécessairement une fille avec le meme genre de caractéristiques que les miennes , si oui ca vas, si non ca vas aussi.
  • Quel sont tes buts avec cette eventuelle correspondance? amour? simple amitier Internet? aventure sexuel? rencontre?

Remarquez que jamais dans le texte il ne dit ce qu’il cherche comme relation. Au contraire, il attend de savoir ce que la fille veut afin de pouvoir s’y adapter. Donc, il prendrait n’importe qui, de n’importe où, qui fait n’importe quoi, et qui veut n’importe quel genre de relation.  Mais ne vous méprenez pas à son sujet : il est loin d’être désespéré.

ERREUR #6 : Démontrer clairement que la seule chose qui compte chez l’autre, c’est son apparence physique.
Pièces à conviction :

  • le revenu. les diplômes, québecoises ou étrangeres ou autres détails similaires et superficiels sont sans importance…

suivi de:

  • si tu veux envoyer des photos, ca fait toujours plaisir
  • Si tu n as pas la possibilité d envoyer des photos par internet, Tu peux m envoyer des photos standards sur papiers par la poste conventionnelle a une addresse postale sur demande.
  • Alors écris-moi ! Sois pas timide ! au plaisir xxx (avec photos si c est la premiere fois)
  • DES PHOTOS DE TOI SONT NECESSAIRES pour établir une correspondance significative. Si tu en as pas maintenant, conserve mes adresses pour plus tard quand tu en auras…

Les photos? Tellement important que c’est nécessaire. Le revenu, les diplômes, québecoises ou étrangères ou autres détails similaires? Superficiels et sans importance. Enfin, un gars qui a les valeurs à la bonne place.

ERREUR #7 :  Mettre un pop-up automatique pour mettre ce site dans les favoris des visiteurs.  Si la fille veut le mettre dans ses favoris, elle va le faire sans avoir besoin d’un pop up pour le lui faire penser. Surtout que, que tu mets la page dans tes favoris ou non, la fenêtre va continuer d’apparaître à chaque visite. C’est très fatigant et ça enlève l’envie de revenir.

ERREUR #8 :  L’aurtograffe défissiant. Les accords de verbes boiteux et les coquilles comme S’abstenir les contolantes, ou bien écrire amitier avec un R comme si ce mot était un verbe, ça fait dur un ti-peu.  En général, et ce depuis que l’école existe, les filles ont toujours eu un meilleur orthographe que les gars. Alors soignez le votre si vous ne voulez pas laisser une mauvaise première impression.

ERREUR #9 : Si, comme lui, vous pensez qu’il suffit d’être extrêmement libre et ouvert pour pogner Les filles, détrompez-vous.  Y’en a pas une qui est intéressée par un gars sans travail, sans personnalité, qui ne fait rien de ses journées et qui n’a tellement pas de vie sociale qu’il peut tout abandonner pour aller rejoindre n’importe qui n’importe où sur la planète, pourvu qu’elle soit belle.

Il est beaucoup plus intéressant pour une fille d’essayer de mettre le grappin sur un gars qui s’affirme tel qu’il est, avec ses goûts, et avec une idée bien précise de ce qu’il recherche.  Elle va se sentir beaucoup plus valorisée de sortir avec un gars qui a mis la barre un peu haute, qu’avec un gars qui dit « J’veux n’importe quoi ! » en tentant de cacher ça sous l’excuse de Je respecte l’autre telle qu’elle est.  S’il y a du défi, si le gars ne semble justement pas vouloir prendre n’importe quoi, ce sont ELLES qui vont faire des efforts, voire même s’adapter, pour répondre aux critères du gars. Et beaucoup, même si elles n’y répondent pas, vont tenter leur chance quand même.

C’est quelque chose que je sais par expérience.  Vers la fin de mon adolescence, bien avant l’époque internet, j’avais passé une petite annonce dans un magazine pour adolescent, dans lequel je décrivais très précisément ce que je recherchais chez une fille.  J’ai reçu quatre-vingt huit réponses étalées sur six mois, et seulement deux d’entre elles présentaient tous mes critères recherchés.  Les autres s’essayaient quand même, souvent en commençant leur lettre par :  Contrairement à ce que tu demandes, je ne suis pas […], et elles essayaient de compenser en me vantant tel ou tel de leur mérite afin d’attirer mon attention.

Conclusion: Faut pas avoir peur de mettre la barre haute, sans pour autant exagérer non plus, quand même.  Car moins on donne l’impression qu’on veut n’importe quoi, et moins on a nous-même l’air d’être n’importe quoi. La preuve: Combien de fois on entend une fille se plaindre de son chum, disant : « Ouain, ok, mon chum y’agit en con des fois, mais je l’aime » ?  Un gars qui a une personnalité, ÇA, ça attire les filles,

… et ce même s’il n’est pas Le Chum Idéal.

Clément Beaucitron, loser sans emploi.

Depuis quelques années, il circule sur le net une capture d’écran qui montre comment une jeune fille a perdu son emploi après avoir bitché son patron via Facebook:


Traduction pour malenglophonants(*): En gros, la fille dit qu’elle déteste sa job parce que son patron n’est qu’un pervers et un branleur qui fait exprès de lui donner du travail de merde juste pour la faire chier. Elle avait oublié que son patron était dans sa liste de contacts sur Facebook. Il lui a répondu que de 1, elle peut cesser de se surestimer car, de 2, il est gai alors il lui serait difficile d’être pervers avec elle. De 3, la « merde » dont elle parle, ça s’appelle « le travail pour lequel elle est payée ». Et de 4, elle est renvoyée.

Cet exemple parle de quelqu’un qui a perdu un emploi qu’elle occupait. Or, avec internet, on n’a même plus besoin d’avoir un emploi avant de le perdre. C’est que de nos jours, lorsqu’un employeur reçoit un CV, il n’est pas rare qu’il entre le nom ou l’adresse de courriel du candidat dans l’engin de recherche de Facebook afin d’en savoir plus sur le genre de personne qui a fait application. Ce qu’il y trouvera ou non peut faire toute la différence entre vouloir ou non embaucher le candidat. Et ça, on dirait que certains candidats ne sont pas assez brillant pour y penser d’avance.

Récemment, j’ai entendu parler d’un gars qui recherche en vain du travail depuis des lustres. Je suis donc allé visiter son Facebook. Ça m’a permis de constater que j’y avais libre accès. Et si moi je peux le voir, alors ses futurs employeurs aussi.

Ce qui suit sont de véritables captures d’écran de statuts provenant du Facebook de ce candidat.  J’ai modifié le nom et l’image du profil avec Photoshop afin de protéger l’innocent, mais le reste est authentique et non-retouché.  Le texte en rouge vin en dessous de chaque image décrit ce qu’un employeur peut potentiellement penser de ce genre de statuts, donc pourquoi c’est une mauvaise idée d’écrire publiquement ce genre de trucs. C’est parti:

Bon… Le gars est un déprimé et il est incapable d’en sortir par lui-même. Il faut qu’un autre lui remonte le moral. Ça commence bien.

À moins d’être moi-même représentant Avon, ce qui n’est pas le cas, ce statut me déplait. Ça me montre que même s’il a fait application chez moi, c’est ailleurs qu’il aimerait travailler. Pourquoi est-ce que je perdrais mon temps à embaucher quelqu’un comme ça?

Apparemment, ce candidat a de la difficulté à se trouver un emploi. Si tous les endroits où il a fait application avant chez moi ont rejeté sa candidature, il doit y avoir une raison. Continuons la visite, on verra peut-être pourquoi:

Avec ce statut, il nous démontre qu’il est un loser, et ce pour deux raisons:

Première raison: il liste ici des employeurs qui ne veulent pas de lui. …Qui ne veulent pas de lui malgré les milliers de CV qu’il leur a envoyé. S’être fait rejeter des milliers de fois pour des emplois, ce n’est pas le genre de chose dont il faut se vanter en public lorsque l’on veut faire croire qu’on est un bon candidat pour un emploi. Moi, en tout cas, être gérant de HMV et apprendre qu’aucun HMV n’a voulu de lui, ça m’enlèverait le goût de l’embaucher. Bref, avec ce statut, il se sabote lui-même.

Seconde raison: Malgré le fait qu’il ne veulent pas de lui, il affirme qu’il continue de vouloir y travailler. Ceci démontre qu’il est du genre à s’accrocher à des causes perdues. Il y a une différence entre être déterminé et être trop stupide pour voir que ça ne marchera jamais. Quand ça fait des milliers de CV que tu envoies vain, il me semble que la différence est claire.

Ceci dit: Des milliers de CV? Vraiment? Même si on additionnait toutes les succursales de Renaud Bray, HMV, Archambault et les salles de cinémas de Montréal, on n’arriverait jamais à mille. En fait, je ne suis même pas sûr que l’on arriverait à cent. Alors de deux choses l’une: Où bien il y a fait application partout dans la province de Québec, ce qui démontre un manque de logique et de sens pratique. Ou bien, option plus crédible: il ment. Ou du moins, il est du genre à exagérer.

Il y a 365 jours dans une année.  Pour envoyer mille CV au HMV, il aurait fallu qu’il leur envoie au maximum un par jour pendant deux ans et demie.  À un employeur qui ne veut pas de lui.  S’il a vraiment fait ça, alors il démontre un trait de caractère absolument non-souhaitable chez un candidat: Porté sur le harcèlement.

S’il se décourage juste à regarder les annonces d’emploi, qu’est-ce que ça va être quand il aura l’emploi? Se découragera t-il juste à regarder sa liste de tâches de la journée?

Bon, apparemment il a en plus un complexe de persécution. Personne ne veut de lui, tout le monde trouve des excuses pour le rejeter, même si les dites excuses se contredisent.

Petite dose de réalité: Si le monde de l’emploi était vraiment tel que décrit dans cette BD, alors personne ne travaillerait.

Dire oui à toutes les questions… Donc répondre n’importe quoi à ses employeurs potentiels, que ce soit vrai ou non, pourvu que ça lui rapporte l’emploi. Est-ce que je veux comme employé le genre de personne qui se vante publiquement qu’il va me mentir dans ma face? Mieux encore: Avec son « Sourire comme si c’était sincère », il démontre en plus qu’il est hypocrite. Un vrai charmeur, dites donc!

Résumons: Il sait qu’il faut faire application en ligne puisqu’il l’a déjà fait, et malgré tout il n’en fait qu’à sa tête en allant se présenter en personne. Donc: N’écoute pas ce que l’employeur lui demande de faire. Rien pour encourager un employeur à l’embaucher.  Et pour faire pitié de façon passive-agressive, il démontre que le fait d’aller donner sa candidature l’a affamé. Donc: Il n’a pas mangé avant d’y aller et/ou n’a pas amené de lunch. Conclusion: Zéro sens de la planification ou de la débrouillardise.

Et il a mal au pieds d’avoir marché si loin et longtemps. Je suppose qu’il essaye de se vanter de son courage, d’avoir fourni un tel effort physique surhumain afin de se trouver un emploi. Mais à moi, l’employeur, tout ce que ça me dit, c’est ceci: Il habite loin du lieu de travail, n’a pas d’auto, pas de titre de transport en commun, pas de vélo. Donc, si on l’engage, il faut s’attendre à des retards, de l’absentéisme, des problèmes de pieds le ralentissant dans son travail, etc. Bref, ça ne me dit rien de bon.

D’après ce que l’on a vu jusqu’à maintenant par ses statuts, voici ce que HMV manque: Un employé menteur, hypocrite, qui n’écoute pas ce qu’on lui dit de faire, passif-agressif, harceleur, qui manque de logique, de sens pratique et de débrouillardise, découragé, déprimé, se complaisant dans la victimisation de soi…

Deux ans? DEUX ANS à se chercher un emploi sans jamais en avoir trouvé un seul? Il est normal de tomber sur quelques employeurs déraisonnables qui refusent d’embaucher quelqu’un pour des raisons mesquines. Mais pendant deux ans, ne tomber que sur ce genre de personne? Non, définitivement, il est impossible que ce soit toujours les employeurs qui sont la source du problème.

Un CV n’est qu’une liste des anciens employeurs, leur coordonnées, la personne à contacter et une brève description de nos tâches. S’il a besoin d’un professionnel pour faire ça à sa place, alors il n’est vraiment pas le genre de personne avec qui je me sentirai en confiance de lui donner des tâches à faire, même les plus simples.

Et il veut nous faire accroire qu’il a réussi à trouver 70 emplois par jour qui convenaient à ses goûts, ses expériences, ses capacités, et ce dans l’île de Montréal? Parcourir les annonces, en trouver une qui nous convient, leur écrire un mail personnalisé, y attacher un CV et envoyer le tout, ça prends environs un quart d’heure. Multiplié par 70 applications, puis divisé par 60 minutes, ça fait 17:30 heures par jour. Et il trouvait le temps de dormir, manger, s’habiller, se laver, et surtout faire des suivis? Wow! Si la bullshit était une discipline olympique, il y en a qui seraient médaillés triple platine.

Ah, tout de même! La vie a fini par lui donner un break. Bon eh bien je lui souhaite bonne chance!

Hein!?  N’avait-il pas trouvé un boulot, il y a moins de 48 heures? Un qu’il devait commencer dans huit jours? Est-ce qu’il est train de nous dire qu’il a perdu son emploi, et ce une semaine avant même de commencer à y travailler? Wow! Juste… Wow!

Ok… Il faut qu’on lui remonte le moral.  Il faut qu’on fasse son CV à sa place. Et maintenant il faut qu’on lui trouve un contact.  Car il faut que ce contact lui trouve une job!?  Est-ce que ce gars-là est capable de faire quelque chose par lui-même? Sérieux là, tout ce qu’il démontre, c’est qu’avec un tel manque de débrouillardise il serait un employé totalement inutile. Un poids mort. Il serait probablement même une nuisance.

Pensez-vous qu’un employeur va vouloir engager quelqu’un qui prétend que ce sont les employeurs qui ont un ostie de problème? Il ne manquait plus que cette qualité(?)-là pour lui compléter le profil: Irresponsable! À l’entendre ce n’est pas lui la source du problème. Non, depuis au moins deux ans, s’il est sans travail, c’est toujours de la faute des autres. De TOUS les autres! De tous les autres PAR MILLIERS!

Pas besoin d’en voir plus pour comprendre qu’avec une telle personnalité, même le BS n’en voudrait pas. Bonne chose pour lui qu’il est supposément beau pis fin. Ça devrait lui permettre de se trouver quelqu’un pour le faire vivre. Parce qu’avec une telle attitude et un tel comportement face à l’emploi, c’est pas mal la seule option qu’il lui reste pour ne pas finir itinérant ou bien habiter encore chez ses parents passé 35 ans.

En tout cas, la logique démontre une chose: S’il fait tout ce qu’il a à faire pour se trouver un emploi, et si son CV est professionnel, et qu’il a contacté des milliers d’employeur différents, alors le problème ne peut pas venir de ces aspects. La seule source de problème qui reste, c’est Clément lui-même!

Vous allez peut-être me dire que l’analyse de Clément par mon personnage d’employeur est erronée ou exagérée? Possible! Mais peu importe si l’employeur se trompe ou non au sujet de Clément, il reste que ce sont les statuts de Clément qui influencent les gens à penser ça de lui. Et que ces conclusions soient justes ou non, il reste que c’est Clément qui a choisi d’exposer ses comportements qui n’engendrent que des sentiments négatifs. Donc, pour son incapacité de se trouver un emploi, Clément n’a personne d’autre à blâmer que lui-même.

En recherche d’emploi comme en amour et comme partout ailleurs, il existe sept règles assurant le succès. Je me donne en exemple dans chacune de celles-ci pour démontrer comment ça s’est appliqué dans mon cas:

RÈGLE 1: Avoir du talent. J’ai passé ma jeunesse à assister mon père, bien contre mon gré, à des jobs de rénovations, entretien et menuiserie. Même si ce travail me déplaisait, j’ai forcément appris la base du métier. Alors quand mes amis me voyaient réparer aisément un truc alors qu’ils n’y connaissaient rien et ne m’avaient jamais vu bricoler, ça a tout de suite passé pour un talent naturel. 

RÈGLE 2: Travailler dur. J’ai travaillé très fort en entretien à mon emploi précédent. Tellement que je m’y suis fait une fasciite plantaire aux deux pieds.  Mais je ne m’en suis pas plaint, j’ai juste commencé à porter des orthèses.

RÈGLE 3: Avoir la chance d’être au bon endroit au bon moment. J’ai vu l’annonce d’embauche pour mon emploi actuel sur EmploiQuébec.net à peine 10 minutes après qu’elle ait été postée, alors que j’étais sans emploi depuis deux semaines, remis de mes blessures, prêt à travailler.

RÈGLE 4: Savoir saisir l’opportunité au moment où elle se présente. Le travail demandait de devoir déménager pour y résider. Bien qu’un déménagement soit une décision majeure, je n’ai pas eu besoin d’y réfléchir longtemps pour voir que ça valait le coup. 12 minutes après avoir lu l’annonce, je leur envoyais ma candidature et mon acceptation de leurs conditions.

RÈGLE 5: Avoir la chance de rencontrer les bonnes personnes. J’ai passé en entrevue avec la gérante de l’édifice. Elle a fait un truc que le boss/proprio n’aurait probablement pas fait si je l’avais rencontré en premier : Prendre une chance avec moi plutôt qu’avec les autres candidats, malgré mon manque d’expérience.

RÈGLE 6: Leur donner envie de te choisir / de te dire oui. J’ai passé la majorité de ma vie à avoir pour mon dire: Peu importe les efforts que tu y mets, lorsque le succès ou l’échec de ton projet dépend d’un autre, et que lui décide que ce sera un échec, alors rien à faire, ça va échouer. J’y crois encore. C’est juste que maintenant, je rajoute: Par conséquent, il faut que tu fasses en sorte de donner à cette personne l’envie d’en faire un succès. C’est exactement ce que j’ai fait.

RÈGLE 7: Et ne pas tout gâcher ensuite en les faisant chier. Voilà une leçon que la fille de l’exemple en haut de ce billet a appris à la dure.  Du moins, si elle a retenu la leçon.

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(*) Quand un mot n’existe pas, on l’invente.

Dose de réalité : La mystérieuse charmeuse

 Tu vois cette fille qui a un look particulier, qui se démarque. Tu es un gars.  Tu es à un party, ou du moins un événement social quelconque.  Ça peut même être juste à l’école. Généralement, elle est toute de noir vêtue, au maquillage sombre, tatouages, piercings, ou n’importe quoi d’autre qui la marginalise visuellement. Elle bouge peu, semble relax.  Elle est seule.  Elle regarde droit devant elle, parfois prend un regard absent.  Quelque chose en elle t’attire irrésistiblement. Tu tombes sous le coup de son charme mystérieux, de son regard mélancolique, du fait qu’elle semble perdue dans son monde à elle. Tu sens comme une force étrange qui te contrôle et te pousse vers elle, qui te donne le courage d’aller lui parler, alors que c’est quelque chose que tu n’as jamais osé faire avant avec toute autre fille qui te plaisait. Vous vous échangez quelques mots.  Ses réponses restent brèves, vagues, au sens mystérieux. Ça ne fait que piquer ta curiosité, t’attirer encore plus.  Sans pouvoir dire pourquoi, tu as le feeling que toi et elle, vous êtes faits l’un pour l’autre, que vous êtes des âmes sœurs.

Tu as déjà rencontré une telle fille?  Tu as déjà vécu ce genre de chose? Elle te hante toujours malgré le fait que ça n’est jamais allé plus loin entre vous? Alors peut-être as-tu besoin de cette petite dose de réalité, même si je doute qu’elle te plaise :

Réalité #1: Tu te trompes royalement en pensant que vous êtes des âmes sœurs.  La seule chose que vous avez en commun, c’est le fait que vous êtes des marginaux : Elle par choix, et toi parce que tu es un reject.  Dans un monde de pommes, elle est une orange et toi un soulier : Le fait que vous n’avez rien de commun avec la majorité ne signifie pas du tout que vous avez quoi que ce soit de semblable.

Réalité #2: Elle n’est pas mélancolique.  Elle s’emmerde, c’est juste qu’elle n’est pas portée à y faire quoi que ce soit, genre socialiser, ou bien carrément partir si l’événement/l’endroit est si ennuyant que ça.

Réalité #3: Elle n’est pas mystérieuse. Elle s’ennuie, ta présence la dérange, te parler est une torture.  Voilà pourquoi elle ne te parle que très peu, de façon évasive, et toujours en réponse à tes questions, rien de plus.  C’est juste qu’elle essaye le plus vieux truc passif au monde face à une personne que l’on trouve repoussant : Garder ses distances, limiter les contacts, limiter la conversation à son strict minimum, regarder ailleurs et ne pas s’occuper du tout de l’autre, dans l’espoir qu’il comprenne le message et qu’il lui foute la paix au plus vite.

Réalité #4: Ce que tu qualifies de force étrange qui te contrôle et te pousse vers elle, qui te donne le courage d’aller lui parler alors que c’est quelque chose que tu n’as jamais osé faire avec une autre fille qui te plaisait,  c’est loin d’être une main divine qui te guide. Tu le dis toi-même, les autres filles t’intimident. Celle-là, non. Il y a 2 raisons pour ça:

  1. Tel qu’expliqué dans la réalité 1, tu es sous l’impression erronée que votre marginalisme fait que vous êtes semblables.
  2. Les autres filles ont une personnalité, elles parlent, elles bougent.  Tu es donc mal à l’aise face à elles. Tu as peur de les déranger.  Elles t’intimident.  Par contre, tu ne ressens pas de malaise avec une fille qui a l’air encore plus mal ajustée socialement que tu l’es toi. Ça en fait la première avec qui tu as un sentiment de supériorité, donc de confort.

Évidemment, puisque ça se passe au niveau de l’inconscient, tu ne comprends pas pourquoi tu te sens poussé vers elle. Alors tu crois à ces conneries de signes  du destin, alors que ce n’est rien d’autre qu’une réponse chimique du cerveau via stimulation visuelle.

Enfin, parlant de visuel:

Réalité #5: Elle n’a pas un charme.  Elle te plait parce que tu la trouves physiquement attrayante, voilà tout.  Parce que, sois franc : Si une grosse laide se comportait exactement de la même façon tout en ayant exactement le même look, est-ce que tu dirais qu’elle a un charme mystérieux? Non! Tu la trouverais juste désagréablement snob. Et ça, c’est si tu la remarquais pour commencer.

Et ça, c’est la dure réalité.