Quelques exemples flagrants des 10 étapes de la conflictuodépendance

D’abord, offrons-nous un moment de détente et tapons-nous la version française de la page du dimanche de la série Peanuts, du 8 aout 1965.


Qu’est-ce qu’on rigole!

Bon! Passons maintenant aux choses sérieuses.  La raison pour laquelle j’ai remis sur le net, après cinq ans d’absence, une version retravaillée de Geneviève la coloc de l’enfer, c’est parce que je me suis rendu compte que cette dernière avait posé exactement les mêmes gestes que d’autres personnes conflictuodépendantes dont j’ai déjà parlé ici dans plusieurs de mes textes.  

Dans le second billet de cette série, je reproduis une scène tirée de ma série Fantasme -VS- réalité: Le ménage à trois dans laquelle une fille nommée Tamara a un tel comportement.  Dans un autre billet intitulé Un rendez-vous traumatisant, ma blind date me joue cette scène:

Et ça continue comme ça, jusqu’au moment où elle décide de donner un virage sexuel à la conversation. Elle le fait avec cette question:

ELLE: T’as-tu déjà baisé avec des gars?

Et voilà! LA conversation classique que j’ai eu à subir des dizaines de fois par le passé. Je la connais tellement par coeur que je peux prévoir exactement ce qui va se passer, à quelques variantes près.  Et c’est parti pour un autre tour:

MOI: Non, je ne suis pas gai.
ELLE: Comment tu le sais?
MOI: J’ai couché avec 20 filles, zéro gars, et j’ai 4 enfants
ELLE: Avoir des enfants, c’est pas une preuve. Tu peux être bisexuel.
MOI: Non, chu hétéro.
ELLE: Tu peux pas en être sûr à 100%.
MOI: Ben oui j’peux. Je sais que j’aime les femmes, et je sais ce que je n’aime pas les hommes. Par conséquent, je sais que chu hétéro.
ELLE: Comment tu peux savoir que t’aimes pas ça si tu l’a jamais fait?
MOI: Je le sais parce que les hommes ne m’attirent pas.
ELLE: Ça veut pas dire que t’aimerais pas ça.
MOI: J’aimerais pas ça parce que l’idée de me faire toucher par un homme dans un but sexuel, c’est suffisant pour me faire perdre ma libido. Je me souviens de la première fois où je me suis retrouvé dans une soirée orgiaque. Pour la première fois de ma vie, ce soir là, j’ai eu des problèmes d’érection. La présence d’autres gars tout nus me dérangeait.
ELLE: Je trouve que tu te défend beaucoup. Qui c’est que t’essayes de convaincre ici? Moi, ou bien toi-même?

Vous voyez le genre de mentalité? Si tu ne te défends pas, c’est parce que tu l’es. Si tu te défends, ça veut dire que tu l’es, mais essaye de le cacher. Peu importe ce que tu leur dis, à ces filles-là, rien ne leur fera changer d’idée à ton sujet.

L’expérience m’a appris une chose importante dans ce genre de situation: Quand une fille insiste à mort comme quoi tu es bi, si tu ne veux pas gâcher la soirée, alors dis-lui ce qu’elle veut entendre. La date ayant déjà assez mal commencé comme ça à mon goût, ça ne me tente pas d’en rajouter en la contrariant. Je lui donne donc ce qu’elle veut:

MOI: Oui, une fois, quand j’habit…

Elle fait immédiatement une moue de dégoût et m’interrompt en disant:

ELLE: YARK! T’es ben dégueulasse!

Eh oui, son insistance à me faire avouer une relation fifosexuelle n’était pas pour tester mon ouverture d’esprit. C’était juste dans le but de pouvoir me descendre verbalement encore une fois.  J’ai déjà subi des attaques totalement gratuites dans le passé, mais c’était la première fois qu’on prenait la peine de mettre autant d’effort pour me tendre un tel piège.

Et dans cet autre billet de la série Harceler Nathalie, mon père me joue sa version de la chose:

Comme d’habitude, dès qu’il me voit, il me tombe dessus en gueulant.  Et moi, tout en marchant vers la porte de l’escalier qui mène à ma chambre, je réponds avec calme :

PÈRE : Veux-tu ben m’dire où c’est que t’étais allé trainer, encore?
MOI : À Montréal!
PÈRE : T’as pas une crisse de cenne pis tu t’en va dépenser à Montréal?
MOI : Non, je suis allé porter mes dessins à Échec et Maths, et recevoir ma paye.
PÈRE : Tu vas jamais rien faire de bon dans’ vie avec tes p’tits crisses de dessins.
MOI : Je fais de l’argent, c’est déjà ça.
PÈRE : « J’fais d’l’argent, j’fais d’l’argent! » Han han! Toutte pour pas travailler.
MOI : Si tu le dis!
PÈRE : Je l’sais moé c’est quoi qu’tu veux faire.
MOI : Bon ben dis-moi le, comme ça moi aussi je vais le savoir.
PÈRE : TU VEUX PAS TRAVAILLER, CALICE! TU VEUX JUSTE TE FAIRE VIVRE PAR LES AUTRES EN TE POGNANT L’ CUL!

La perche qu’il me tend est beaucoup trop belle pour ne pas être attrapée à 2 mains. Je m’arrête, je me retourne et le regarde.  Puis, de façon calme, hautaine et méprisante, je lui réponds :

MOI : J’en connais un autre, moi, qui ne travaille pas, pis qui se fait vivre par les autres en étant su’l’BS.

Sur ce, je me retourne et descends l’escalier tranquillement, sans me presser.  Après quelque secondes de silence dans lequel il n’a pas l’air de croire que j’ai pu oser lui répondre de cette façon, il se met à m’engueuler d’une tirade composée majoritairement de mots d’église. Ça me passe 10 pieds par-dessus la tête.

Le soir venu, ma mère vient me rejoindre dans ma chambre alors que je travaille sur d’autres illustrations. Elle me parle doucement, timidement, voire même un peu inquiète.

MÈRE : Ton père m’a dit que tu l’avais niaisé aujourd’hui parce qu’y’é su’l’BS…
MOI : Pardon? C’est lui qui m’accuse faussement de ne pas travailler.  Tu le vois bien, je dessine, là, et je suis payé pour ça.  Si c’est pas du travail, c’est quoi?
MÈRE : Je l’sais ben! Mais tu devrais pas faire exprès pour le provoquer.

L’injustice de cette nouvelle accusation me pique au vif.

MOI : Le provoquer? Moi, le provoquer? C’est lui qui vient me chercher, qui me tombe dessus en m’accusant de pas travailler alors que c’est même pas vrai… Pis c’est moi qui le provoque LUI?
MÈRE : Tu lui as répondu!
MOI : J’ai juste dit la vérité.
MÈRE : T’aurais pu rester poli!

« Être poli! »  Une façon polie (justement) pour les parents de dire « Farme ta yeule! » quand ils sont trop orgueilleux pour être capable de reconnaître que tu as raison et qu’ils ont tort.

MOI : Pis lui, il l’est-tu, poli, avec moi? Toujours à me traiter de p’tit crisse de paresseux qui fera rien de bon dans’ vie pis qui va passer sa vie su’l’BS alors que lui-même y’a passé le trois quart de sa vie su’l’BS ou sur le chômage.
MÈRE : Je l’sais ben, mais r’garde… Tu l’sais que c’est un chialeux. Y’é d’même, y va pas l’changer à l’âge qu’y’ést rendu. C’t’à toi d’être le plus intelligent des deux pis de le laisser parler sans t’en occuper, pis y va arrêter.

Non mais c’est quoi ce raisonnement de merde? Elle est déconnectée de la réalité ou bien quoi?

MOI : Non! Toute ma vie, je me suis écrasé pis je t’ai vu t’écraser devant lui. Pis y’as-tu arrêté? Jamais! Si personne ne lui répond, si personne ne lui dit jamais « Heille, ça suffit! », il va jamais arrêter.
MÈRE : Tu vas juste empirer la situation.  Regarde, t’es pas si pire que ça.  Ça fait 21 ans que tu l’endures, alors que moi ça en fait 23.
MOI : Non : Toi tu l’as juste enduré la moitié de ta vie. Alors que moi c’est ma vie complète.  Y’a des limites, il faut que ça arrête!
MÈRE : Écoute, sois plus intelligent.  Fais-le pour moi, ok? Tu l’sais que chus pas capable de vivre dans’ chicane.

Geneviève la coloc de l’enfer contient deux exemples.  Le premier, dans la scène où nous traversons la ville en auto:

Une journée en particulier, je me suis vite rendu compte qu’elle essayait juste de me faire frustrer. Histoire de voir à quel point, j’ai décidé de faire exprès pour répondre à chacune de ses attaques par une phrase dite avec calme, zen et sans contradiction.

 « Qu’est-ce que tu fais, là? Tasse-toé, j’viens de te dire de tourner icite. »
« Je ne peux pas, c’est un sens unique, tu vois la pancarte!? »
« Ben t’es donc cave. Pourquoi t’es pas arrivé deux rues plus à gauche d’abord? »
« C’est fermé pour travaux. »
« Franchement, si tu le savais que c’était fermé, pourquoi t’allais par-là tantôt? »
« J’ai seulement appris que c’était bloqué quand j’ai vu les panneaux de détour. »
« Ben oui, pis tu nous as pognés dans le trafic. »
« Désolé, la prochaine fois je me renseignerai. »
« Hostie qu’c’est con d’passer icite. »
« Possible! Mais c’est le seul chemin que je connais pour me rendre. »

« Tu connais pas grand chose. »
« Eh non. Hélas, je n’ai pas la connaissance des rues de Montréal d’un chauffeur de taxi. »
« Pas besoin d’être chauffeur de taxi. Lucien, lui, il sait par où passer pour se rendre partout rapidement. »
« Ah ça c’est normal, Lucien conduit dans Montréal depuis des années, soit bien plus longtemps que moi. »
« Pas rapport! J’conduis pas pis moi aussi j’le sais. »
« Excellent! Comme ça, grâce à toi, on ne pourra pas se perdre. »
« Bon! Bon! Bon! Ga’ lé là si y’é frustré! »

À celle-là, bien que je continue de parler calmement avec un petit sourire, je ne peux m’empêcher de lui lancer un petit sarcasme.

« Frustré ? Hum… Oui, je suppose qu’entre toi qui ne cesse de me lancer des insultes et moi qui te réponds calmement, j’imagine qu’en effet c’est moi, le frustré, ici. Oui, tu as parfaitement raison. »

Elle hausse le ton.

« Tu l’sais-tu c’est quoi ton vrai problème, toé? C’est que ça t’fais chier de voir qu’une fille sache mieux que toé comment se diriger en ville! »

Ok, wow!  Je sais qu’il y a des gens qui ont une haute estime de leurs propres opinions.  Et moi le premier.  Par contre, qu’une personne se croit tellement dans son droit de rabaisser un autre qu’elle considère que la seule raison pourquoi il se défend, c’est parce qu’il a des préjugés contre le sexe opposé?  Je n’avais encore jamais vu ça.  Ou bien j’accepte ses insultes, ou bien je suis misogyne…

Et la seconde, dans ce qui sera notre dernière confrontation.   En résumé: Elle voit que j’ai écrit une lettre.  Elle passe douze minutes à m’empoigner et me frapper et essayer de me l’arracher des mains.  Je me réfugie dans la salle de bain.  Elle passe huit autres minutes à tenter de forcer la serrure et à défoncer la porte.  Je n’ai d’autre choix, pour faire cesser ce cirque, de déchirer la lettre et l’expédier dans la toilette. Nous avons ensuite cet échange, qui commence lorsqu’elle me dit:

« Ayoye! Préférer déchirer pis flusher la lettre plutôt que de me laisser la voir. Hostie que t’es bébé, man. C’est vraiment pas la maturité qui t’étouffe. »
« Me faire sermonner sur la maturité par quelqu’un qui a passé vingt minutes à  essayer de voir du courrier qui ne la concerne pas.  Tu peux ben parler! »
« T’es malade, man! »
« Moi, chus un malade? »
« Pour préférer déchirer pis flusher une lettre plutôt que de laisser une autre personne la voir, faut être malade mental en tabarnak. »
« S’cuse, mais
aux dernières nouvelles, c’est pas moi qu’on a été obligé d’enfermer pendant trois mois à Douglas. »

Mes paroles lui font l’effet d’une gifle. Elle ouvre la bouche en écarquillant les yeux.  Après deux où trois secondes dans lesquelles elle n’a pas l’air de croire que je viens de lui dire ça, elle se met à gueuler.

« Hostie de chien! Hostie de calice de tabarnak de chien sale!  T’as pas d’affaire à me dire des écoeuranteries de c’te genre-là.  Tu t’penses ben bon, hein, d’attaquer une fille sur ses points faibles?  Hein?  Tu penses-tu que chus fière d’avoir perdu l’été de mes dix-huit ans, enfermée dans un hôpital psychiatrique parce que j’étais trop décrissée moralement pour être même capable de manger?  J’AI FAITE UNE DÉPRESSION, CALICE!  C’est drôle, hein? C’est drôle de niaiser une fille sur la période où elle n’a jamais été aussi bas de toute sa vie? Ça t’aides-tu à te sentir supérieur, de varger sur une fille pendant qu’elle est à terre? »

Elle éclate en sanglots.

« TIENS, T’ES CONTENT, LÀ?  TU M’FAIS BRAILLER, TABARNAK! »

Sur ce, elle tourne les talons et entre dans sa chambre, fermant la porte dans un vacarme, et se met à pousser des hurlements qui ne sont entrecoupés que par des sanglots qu’elle pousse avec force.  Je n’arrive pas à croire la scène surréaliste qu’elle vient de me jouer.  Pour être certain que j’ai bien saisi la situation, je me la résume à voix basse.

« Elle vient dans ma chambre, me chercher querelle, et elle réagit comme si c’était moi l’agresseur.  Elle m’a attaqué physiquement, je me suis défendu verbalement, et elle agit comme si je l’avais frappée.  Elle me traite de malade mental alors que c’est elle qui a été suivie en psychiatrie.  Elle ne se gêne pas pour me lancer un nombre incalculable d’insultes et des fausses accusations, mais quand je lui dit une seule vérité objective, ça fait de moi un écoeurant de chien sale.  Où bien j’accepte ses abus et elle me traite en loser, ou bien je ne les accepte pas et elle me traite en agresseur.  Elle vient toujours me chercher pour déclancher la confrontation, et quoi que je fasse, elle s’arrange pour me donner le mauvais rôle. »

Quels sont les points communs de ces six exemples?  Le fait qu’ils passent par les dix étapes suivantes:

ÉTAPE 1: Cherche la querelle à une personne calme et sans histoire.

Tamara: Je voyage dans l’auto, calme et silencieux.
Mon père: Je rentre chez moi du travail.
La fille du rendez-vous: On jase de choses et d’autres.

Geneviève (en auto): Je conduit une auto.
Geneviève (la lettre): J’ai écrit une lettre qui ne la concerne pas.
Lucy:  Charlie Brown fait juste se tenir là en regardant ailleurs.

Bah ouais, pourquoi croyez-vous que j’ai mis cette BD en haut de cette page? Ça a beau être un exemple fictif, il représente très bien le sujet.

ÉTAPE 2: Le motif utilisé pour démarrer les hostilités est tellement anodin qu’il en est insignifiant. 

Tamara: Elle me demande si je suis bi.
Mon père: Je reviens de Montréal.
La fille du rendez-vous: Elle me demande si j’ai eu une expérience homosexuelle.
Geneviève (en auto): Il y a des rues fermées pour travaux
Geneviève (la lettre): Elle veut savoir ce que j’écris et à qui.
Lucy: Charlie Brown est peut-être d’accord avec elle.

ÉTAPE 3: Devant le refus de l’autre à entrer dans le conflit, insiste. 

Je pense qu’il est inutile de reproduire de nouveau les dialogues, je suis sûr que vous vous souvenez de comment ils insistaient.  Verbalement pour la plupart, mais aussi physiquement dans le cas de Geneviève avec la lettre.  Et Lucy aussi, dans l’image 4.

ÉTAPE 4: Envoie des accusations farfelues en prétendant connaître les motivations cachées de l’autre.

Tamara: « Ah, moi, le monde qui ont des préjugés! »
Mon père: « Je l’sais moé c’est quoi qu’tu veux faire.  TU VEUX PAS TRAVAILLER, CALICE! TU VEUX JUSTE TE FAIRE VIVRE PAR LES AUTRES EN TE POGNANT L’ CUL! »
La fille du rendez-vous: « Qui c’est que t’essayes de convaincre ici? Moi, ou bien toi?« 
Geneviève (en auto): « Ça t’fais chier de voir qu’une fille sache mieux que toé comment se diriger en ville! »
Geneviève (la lettre): Tu t’penses ben bon, hein, d’attaquer une fille sur ses points faibles? »   « Ça t’aides-tu à te sentir supérieur, de varger sur une fille pendant qu’elle est à terre? »
Lucy: Prétend que Charlie Brown l’insulte.

ÉTAPE 5, et celui-ci est non seulement le plus illogique de tous, c’est à partir de ce point que l’on voit qu’il s’agit de conflictuodépendance et non d’une simple querelle banale: Accuse mensongèrement l’autre de quelque chose dont il est lui-même coupable et/ou honteux.

Tamara: Elle m’accuse d’avoir l’esprit fermé aux préférences sexuelles des autres, ce qui est faux dans mon cas et vrai dans le sien, et elle le sait.
Mon père: Il m’accuse de ne pas travailler et d’être un BS en puissance, ce qui est faux dans mon cas et vrai dans le sien, et il le sait.
La fille du rendez-vous: (Dans le billet et non dans l’exemple donné ici) Elle m’accuse de vouloir la baiser, ce qui est faux dans mon cas et vrai dans le sien. 
Geneviève (en auto): Elle m’accuse de frustrer, ce qui est faux dans mon cas et vrai dans le sien, et elle le sait.
Geneviève (la lettre): Elle m’accuse d’avoir des troubles psychiatriques, ce qui est faux dans mon cas et vrai dans le sien, et elle le sait.
Lucy: Accuse Charlie Brown de provoquer les hostilités, ce qui est faux dans le cas de Charlie et vrai dans le sien. et elle le sait.

ÉTAPE 6: … et ainsi, consciemment ou non, manipule l’autre à l’attaquer sur ce point faible et/ou honteux.

Tamara: Lorsque je lui répond: « En fait, il me semble que la première chose qu’on est supposée démontrer quand on a un esprit ouvert, c’est avoir du respect pour les gens qui sont différents de nous. Par exemple: Toi t’es bi.  Donc t’es différente de moi qui suis straight.  Moi, je respecte ton orientation sexuelle et je ne la questionne pas, même si elle est différente de la mienne.  Pourquoi est-ce que faire pareil avec les autres, c’est si difficile pour toi?  « 
Mon père: Lorsque je lui répond: « J’en connais un autre, moi, qui ne travaille pas, pis qui se fait vivre par les autres en étant su’l’BS. »
La fille du rendez-vous: Inapplicable car je ne l’ai pas confrontée sur le sujet.  par contre, dans le billet, elle commence par me dire qu’elle ne me dévoilera pas où elle reste puisque je pourrais être un violeur.  Alors quand elle m’invite à aller chez elle, je décline.
Geneviève (en auto): « Frustré ? Hum… Oui, je suppose qu’entre toi qui ne cesse de me lancer des insultes et moi qui te réponds calmement, j’imagine qu’en effet c’est moi, le frustré, ici. Oui, tu as parfaitement raison. »
Geneviève (la lettre): « S’cuse, mais aux dernières nouvelles, c’est pas moi qu’on a été obligé d’enfermer pendant trois mois à Douglas. »
Lucy: Charlie Brown la frappe.

ÉTAPE 7: Se victimise en se plaignant comme quoi l’autre l’a l’attaqué sur ce point faible et/ou honteux..

Tamara: Mon amante m’a dit à ce sujet: « C’est parce que pour elle, le fait que tu lui ais dit que t’étais straight, sans vouloir essayer autre chose, c’est comme si tu lui disais que c’t’une salope d’être bi. »
Mon père: Ma mère m’a dit à ce sujet: « Ton père m’a dit que tu l’avais niaisé aujourd’hui parce qu’y’é su’l’BS… »
La fille du rendez-vous: Inapplicable puisque je ne l’ai pas confrontée, ni l’ais-je revu par la suite.
Geneviève (en auto): Inapplicable ici, mais elle se rattrape au centuple dans:
Geneviève (la lettre): « T’as pas d’affaire à me dire des écoeuranteries de c’te genre-là.  Tu t’penses ben bon, hein, d’attaquer une fille sur ses points faibles?  Hein?  Tu penses-tu que chus fière d’avoir perdu l’été de mes dix-huit ans, enfermée dans un hôpital psychiatrique parce que j’étais trop décrissée moralement pour être même capable de manger?  J’AI FAITE UNE DÉPRESSION, CALICE! »
Lucy: « Ça suffit, Charlie Brown, j’en ai assez de tes insultes! » alors que c’est elle qui a amené le sujet.

ÉTAPE 8: Fuit le conflit qu’il/elle a lui/elle-même créé.

Tamara: Fuit la discussion en mettant de la musique à tue-tête.
Mon père: Pas dans cette confrontation-là puisque c’est moi qui a quitté la pièce.  Mais dans la précédente, lors de l’incident de la TV, il est parti dehors au lieu de répondre à ma réplique.
La fille du rendez-vous: Inapplicable puisque je ne l’ai pas confrontée, ni l’ais-je revu par la suite.
Geneviève (en auto): Inapplicable ici, mais elle se rattrape au dans:
Geneviève (la lettre): … en allant s’enfermer dans sa chambre.
Lucy: S’enfuit en courant.

ÉTAPE 9: Cherche à rallier leur entourage commun contre l’autre.

Tamara: S’en est plaint à mon amante.
Mon père: S’en est plaint à ma mère.
La fille du rendez-vous: Inapplicable car nous n’avions pas de contacts en commun.
Geneviève (en auto et au sujet de la lettre): S’était plaint à Cassandra, notre coloc.
Lucy: Peut être applicable, si on prend le fait qu’elle a l’air de se plaindre à quiconque pouvant l’entendre lorsqu’elle hurle « IL m’a frappé! », au lieu de s’adresser directement à Charlie Brown en disant « TU m’as frappé! »

ÉTAPE 10: Cherche à rendre l’autre coupable de s’être défendu, et (s’il le peut) le punit pour l’avoir fait.

Tamara: Ça a abouti à ma rupture avec mon amante.
Mon père: Ma mère m’a sermonné, me traitant d’indélicat, d’impoli, et me sommant de continuer à endurer les abus de mon père sans rien dire, sinon ce sera de ma faute s’il lui fait vivre de la chicane.
La fille du rendez-vous: Inapplicable puisque j’ai coupé tout contact avec elle.
Geneviève (en auto): M’accuse d’être misogyne.
Geneviève (la lettre): « TIENS, T’ES CONTENT, LÀ?  TU M’FAIS BRAILLER, TABARNAK! »
Lucy: Lui fait faire une crise de culpabilité, et lui casse la gueule en beauté.

Mais pourquoi est-ce que tous ces gens qui ne se connaissant pas et qui viennent tous de milieu différents agissent de la même façon?  C’est qu’à la base, ils ont tous Le même point commun:

POINT COMMUN DE BASE:  Toutes ces personnes semblent souffrir de basse estime de soi-même, soit de façon naturelle, soit provoquée par leur entourage. 

Tamara: Est une ex-abusée sexuelle et domestique, qui a quatre enfants de quatre pères différents.
Mon père: Était un bâtard, à une époque où ça dérangeait le village, qui l’ont donc méprisé durant toute sa jeunesse. (Les années 1940-50.)
La fille du rendez-vous: Je ne l’ai pas connu assez pour le savoir.  Cependant, il est possible qu’elle souffrait de complexes en rapport à son physique, que je décris dans le billet: « (elle avait un surplus de poids et ) était une géante de plus de six pieds avec des épaules comme un joueur de football. Je ne fais que 5’7″ et j’étais loin d’être un athlète. Et bien qu’elle était quand même trop petite pour souffrir de gigantisme, elle en avait quand même quelques caractéristiques physiques, comme le front large, le menton surdéveloppé et un sourire qui montre deux fois plus de gencives que de dents. « 
Geneviève:  Abusée et rabaissée par son entourage, a fait un séjour en hôpital psychiatrique.
Lucy: Inapplicable puisque c’est un personnage fictif.

Voilà pourquoi on dirait que leur bien-être dépend de leur capacité à rabaisser les autres plus bas qu’eux, ce qui expliquerait pourquoi ils réagissent aussi mal lorsqu’on leur en empêche.  Ils sont dépendants de ces conflits, donc conflictuodépendants.

Il y a des situations conflictuelles qui nous permettent d’en apprendre plus sur soi-même, ainsi que dans nos rapports avec les autres.  Je l’ai déjà démontré au début du second billet lorsque je liste les trois raisons qui poussent les gens à initier un conflit.  Ainsi, si l’on prétend que tous ceux qui viennent nous chercher conflit, sans exception, sont conflictuodépendants, c’est croire qu’il est impossible que l’on soit dans le tort, et c’est démontrer que l’on souffre de narcissisme.

Par contre, quand quelqu’un cherche à descendre un autre plus bas que lui-même, et qu’il le fait en passant à travers les 9 premières étapes décrites ici, alors là, il est pertinent d’affirmer que nous avons affaire à une personne qui souffre de conflictuodépendance.


PS: Pour conclure cette étude, j’aurais aimé publier une BD tirée de l’album autobiographique Les Professionnels de Carlos Gimenez, dans lequel il décrit un ex-collègue de travail qui a exactement le profil-type d’un conflictuodépendant.  Puisque l’histoire se passe en Espagne dans les années 60, ça montre que ce genre de personnalité est universel et intemporel.  Hélas, suite à mon déménagement récent, je ne ai pas encore retrouvé l’album.  Mais ça ne saurait tarder.

Geneviève la coloc de l’enfer, 9e partie: La conclusion.

De juin 1998 à juillet 2004, dans mon nouvel appartement, j’y ai vécu dans la paix et l’harmonie. Aussi bien lorsque j’y ai vécu seul, que quand Karine, ma blonde suivante, est venu m’y rejoindre. Et même aujourd’hui alors que j’écris ces lignes, seize ans après la fin de ma colocation avec Geneviève, pas une seule fois n’ai-je ressenti une telle colère ni n’ai-je eu envie de vengeance ou de vandalisme.

Oui, je prends la responsabilité pour avoir commis ces gestes. N’empêche que si ça ne m’est qu’arrivé qu’une seule fois dans ma vie, et ce après deux ans et demi d’abus, ça prouve qu’agir de la sorte, ce n’est pas quelque chose de naturel en moi. Il a vraiment fallu que l’on me provoque longtemps et que l’on me pousse à bout.

En tout cas, si elle traitait son entourage de cette façon, je comprends mieux pourquoi elle a été abusée en retour. En fait, si ça se trouve, elle n’a peut-être jamais vraiment été abusée. Elle a probablement fait comme à la fin de notre dernière confrontation, celle au sujet de l’enveloppe, soit de piquer une crise en faisant comme si c’était elle la victime, et ce juste parce qu’on l’empêchait d’abuser les autres.

Si on s’donnait rendez-vous dans dix ans!?
En juin 1997, toute la bande du journal Vox Populi avait décidé de s’inspirer de la chanson de Bruel en suggérant que l’on se donne rendez-vous dans dix ans. C’est ma suggestion de l’endroit et de la date qui a été choisie. D’abord, puisqu’il était impossible de savoir si tel bar ou tel resto allait encore exister une décennie plus tard, j’ai choisi la porte d’entrée principale du cégep comme point de rencontre. Et de là, on décidera où aller. Quant à la date, c’est tout simple : Le 20 juillet 2007 à huit heures et sept minutes du soir. Ou plus simplement : 20-07, 2007, 20:07. Impossible à oublier, même si on perd notre carton d’invitation.

Les années passent.  La date arrive. À ma grande déception, nous ne sommes que cinq : Sophie et JF du journal étudiant, Lucien, Geneviève, et moi. Et mon ex-coloc était accompagné d’un bébé, sa plus récente fille. Bien que Geneviève est jasante et amicale, je vois tout de suite qu’elle garde une certaine distance avec moi.

Lucien et moi sommes piétons. Aussi, lorsque l’on choisit l’endroit pour notre souper, il reste à savoir qui va embarquer dans quel véhicule. Il me semble évident que Geneviève ne voudra pas que j’embarque avec elle. Mais en même temps, pour autant que les trois autres le sachent, Geneviève et moi sommes ex colocs, ex tout court et bons amis.  Ils vont donc trouver étrange que je choisisse l’autre véhicule. Aussi, pour éviter les tensions si je voyage avec Geneviève, et les questions si je ne le fais pas, je ruse en jouant la chose à pile ou face, en faisant semblant que ça me fait prendre l’autre véhicule. J’embarque avec mes deux autres amis.  Et Lucien n’est que trop heureux de se retrouver à voyager seul avec celle qui l’a déviergé dans ma chambre une décennie plus tôt.

Sophie, JF et moi arrivons les premiers. On se trouve une table à six places. Afin de tester Geneviève, pour voir si elle veut vraiment me tenir à distance ou bien si je me l’imagine,  je décide d’utiliser nos places à table. Voici comment je procède : Je m’assois en premier à la chaise au coin. Ceci oblige mes deux amis à s’asseoir en face de moi. Ça laisse donc les deux chaises à côté de moi libres.

Geneviève étant mère, elle va logiquement vouloir installer son bébé à côté d’elle. Elle n’aura donc pas le choix de s’asseoir de mon côté de la table. Alors si elle s’assoit directement à côté de moi sur la chaise libre 1, ça veut dire que je me trompais et qu’elle ne m’en veut pas. Par contre, si elle place sa fille entre nous deux et s’assoit sur la chaise libre 2, alors ça signifiera que j’avais raison.

Lorsqu’ils viennent enfin nous rejoindre, Geneviève dépose sa fille de mon côté, sur la chaise libre 2.

« Eh bien! » me dis-je. « Ça a l’air que je me trompais, après tout. Elle ne cherche pas à m’éviter. »

En fait, elle cherchait à m’éviter encore plus que je ne le croyais.  Je le constate avec  surprise alors que je la vois aller s’asseoir non pas à côté de sa fille, mais bien en face d’elle, sur la chaise libre 3, soit à l’autre extrémité de la table.  Plus de doute possible, cette fille tient à rester éloignée de moi.

Le souper se déroule de façon cordiale, amusante et positive.  Puis, au bout de deux heures, Geneviève nous annonce qu’elle doit repartir car la route est longue jusqu’à Québec, où elle habite maintenant.  On la salue et elle part.  Dès que l’on voit sa minivan disparaître, Lucien se tourne vers moi et me dit à voix basse:

« Ça paraissait pas, là, mais Geneviève était vraiment en tabarnak après toi. »
« Ah oui?  Comment ça? »
« Tantôt dans sa van, quand qu’on s’en v’nait icite, elle m’a dit qu’une fois elle te cherchait sur Google, pis ‘est tombée sur une page web que t’as faite, pis que t’avais écrit un texte sur elle, pis que ça l’avait faite crissement chier. »

En effet, la première version de Geneviève la coloc de l’enfer fut l’un des nombreux textes disponibles sur La Zone Requin tout le long où cette page a existé, de 2003 à 2009.  Voilà qui explique son attitude distante. 

Je croyais que dix ans de plus lui auraient rapporté un peu de maturité.  Je me trompais.  Et je ne dis pas ça seulement parce qu’elle m’a tenu rigueur pour mon texte.  C’est que, une heure plus tôt, pendant le repas, en discussion avec JF, elle lui a dit quelque chose que j’ai trouvé plutôt aberrant:

« Oui, mon bébé, c’est mon 3e enfant.  Ce qui me fait chier, c’est que j’ai toujours voulu avoir un garçon, pis que j’ai eu rien que des filles. Mais là, mon chum, y trouve que trois, c’est ben suffisant, y’en veut pu d’autres. »
« Fa que tu va y renoncer. »

« Ben là, j’va pas me sacrifier pour lui.  Non, je vais m’essayer une dernière fois. »
« Pis ton chum? Comment tu vas le convaincre d’en avoir un autre? »
« Y’é pas obligé de l’savoir.  J’va juste lâcher la pilule sans lui dire. »

Aujourd’hui, six ans plus tard, je viens d’aller jeter un oeil à son Facebook, auquel j’ai accès même si nous n’y sommes pas amis car il est ouvert à tous.  Ça m’a permis de voir qu’elle a vraiment mis son plan à exécution.  Elle l’a eu, son 4e enfant.  Pas de chance, elle qui voulait tant avoir un garçon, c’est encore une fille.  Je ne sais pas si ça l’a déçu ni à quel point.  Tout ce que je sais, c’est que l’on peut voir ceci sur son mur:

Avec les déboires que j’ai eu avec la mère de mes enfants lors de notre séparation, je suis très bien placé pour savoir que peu importe les agissements de la mère, la loi lui accorde toujours la garde des enfants.  Dans de telles conditions, je n’ose imaginer ce que Geneviève a bien pu faire pour perdre la garde de sa cadette. 

Comme quoi les gens qui ont ce genre de personnalité ne changent pas et ne changeront jamais. Toxique un jour, toxique toujours.

Geneviève la coloc de l’enfer, 8e partie: Atteindre son +15

Si la nuit porte conseil, celle-là m’a conseillé de rester sur mes positions car ma décision ce matin-là était la même que la veille, c’est à dire déménager.  Je ne vois que Cassandra dans la cuisine.  Je lui annonce donc ma décision.

« Hein?  Mais pourquoi? »
« Je pense que tu as vu assez souvent comment Geneviève me traite.  J’ai atteint ma limite, chus juste pu capable d’en endurer! »
« Mais… Mais j’veux pas rester ici avec juste une fille!  C’est pas sécuritaire. »
« Allons donc! »
« Sérieux! Une fois, le frère à Geneviève, quand qu’y restait encore ici, y’a oublié sa clé.  Y’a escaladé le mur de la façade pis y’a peté la fenêtre de la salle de bain pour entrer.  On est situé au coin de deux boulevards très passants, pis personne n’a rien dit ni rien fait.  Ça veut dire que n’importe qui pourrait rentrer icite pour nous violer pis personne ne ferait rien.  Deux filles seules ne sont pas en sécurité dans ce quartier. »
« Hum!  C’est bien dommage, mais va falloir que vous vous trouviez un autre coloc.  ma décision est prise, je pars dans deux semaines, soit le 1er mars. »

Une semaine et demie plus tard, c’était le lancement de mon Requin Roll numéro 7.  Parmi les invités se trouvaient Cassandra et son chum.  Ils m’ont fait part de leurs inquiétudes.

« Écoutez, je comprends ce que vous me dites, et je suis bien désolé pour vous autres.  Mais en même temps, chus juste pu capable d’en endurer davantage. »
« Y’a vraiment rien qui peut te faire revenir sur ta décision? »

De voir ce gars avoir l’air aussi inquiet pour sa douce, j’avoue que ça m’a quelque peu attendri.  Aussi, réponds-je:

« Bon, voilà ce que je vais faire: Le premier mars, c’est dans trois jours.  Si je n’ai rien trouvé d’ici-là, je veux bien rester.  Mais je vous préviens: À la première vacherie de Geneviève, à la moindre petite attaque contre moi de sa part, physique ou verbale, directe ou détournée, je décrisse.  Non pas deux semaines plus tard, mais bien le jour-même.  Ça fait deux ans que je la connais, ça fait deux ans qu’elle abuse de moi, c’est fini! »

À cette époque, Internet n’était présent que dans très peu de foyers, soit les plus riches.  Ce n’était pas mon cas.  Par conséquent, il était beaucoup plus difficile de se trouver un appartement libre dans un début d’année.  Aussi, lorsque le premier mars arriva, je n’avais rien trouvé. Je suis donc resté, au grand soulagement de Cassandra et de son homme.  Je suppose qu’ils ont mis de la pression sur Geneviève, lui sommant de me foutre la paix, car à partir de là elle m’a donné le traitement de silence pendant un bon deux semaines. 

Ça ne pouvait hélas pas durer éternellement. Peu à peu, elle a recommencé à me reparler pour me poser des questions sur des banalités, genre pour me demander si le facteur était passé.

Puis le dialogue est revenu. Elle ne faisait plus sa bitch, mais au bout d’un mois elle a trouvé une nouvelle manière de me tourner au ridicule. Par exemple, alors que je lui faisais remarquer que le broil du four ne semblait plus fonctionner, elle m’a répondu en prenant une voix exagérée de mauvaise actrice:

« Ah nooooooooooon. Mon Dieu, c’est un draaaaaaaaaame. Qu’est-ce que je vais faire, je suis toute bouleverséééééée, ma vie est ruinééééée. »

 Un jour, alors que je m’apprête à sortir, elle me demande où je vais.

 « J’va au dépanneur, il me manque quelques tomates pour ma recette. »
« Oh WOOOOOOOW ! Tu vas acheter des tomates? TOI? Woah! Mais c’est tout un exploit, ça. Bravo, champion. »

 Rendu à ce point là, je n’avais même plus envie de comprendre.

Fin avril. Mon ex me trouve un beau petit 3½ en très bon état à $293.00 par mois, une aubaine, même à l’époque.  Il est situé tout près de chez elle, ce qui va faciliter les choses au sujet des enfants. Il est parfait pour mes besoins. Je signe le bail et je peux en prendre possession dès le premier mai. Je ne me presse pas trop de déménager car je tiens d’abord à bien laver partout, plâtrer les trous dans les murs fait par d’anciens locataires, peinturer et laisser sécher, avant d’y amener mon stock et l’installer à mesure.  

Geneviève et Cassandra étant sur la fin de leur cégep, elles planifient également leurs déménagements dans le courant du mois de mai. Cassandra s’en va j’sais pas trop où, et Geneviève s’en va étudier et habiter à l’Université Laval à Québec. Tandis qu’elle n’apportera là-bas que le strict minimum, son père va venir ici chercher ses gros meubles pour les amener chez lui en Abitibi.

C’est justement lors du premier voyage de meubles que Geneviève posera envers moi son dernier geste abusif, celui qui me fera atteindre mon +15.  Ça va comme suit:

Un jour, je reviens à l’appartement chercher mes derniers trucs qui traînent encore ici et là.  Je suis seul. J’emballe et empaquette mes affaires.  Je constate alors que mon cadenas à combinaison que je laissais sur le bord de ma fenêtre a disparu.  Sur ce, le téléphone sonne. C’est Geneviève qui a passé la nuit chez une amie au centre-ville de Montréal.  Elle me demande si elle a reçu du courrier à l’appartement.

« Non, pas encore.  Dis-donc, aurais-tu vu mon cadenas?  Celui que je laisse toujours sur le bord de la fenêtre. »

Elle me dit que quand son père est venu chercher son premier voyage de gros meubles, les portes arrière de sa camionnette ne fermaient pas. Il a donc eu à les faire tenir ensemble, mais comme il avait juste une chaîne, il a fallu qu’elle lui prête mon cadenas pour garder le tout bien fermé. Je lui demande:

« OK, ben j’espère qu’il va me le ramener quand il va revenir. »
« Non, y’a fallu qu’il pète le cadenas. »
« QUOI? Mais tu connais la combinaison, pourtant. »
« Oui, et je lui ai dit par téléphone.  Mais lui, il ne comprend pas ça, les affaires de « fais deux tours à droite, puis un tour à gauche, puis encore à droite ». Y’arrivait pas à l’ouvrir.  Fa que j’y ai dit « T’as juste à le péter! »

 Quelque chose explose dans ma tête.

 Ce cadenas n’était pas pour moi qu’un simple objet. Il m’a été donné par mon ex à cause qu’il présentait une coïncidence extraordinaire avec moi. C’est que, voyez-vous, toute ma vie, j’ai eu de la misère à retenir les chiffres à cause que je souffre de dyscalculie (un genre de dyslexie numéraire).   Je ne peux plus compter le nombre de cadenas que j’ai eu et qu’il a fallu que je jette parce que j’en ai oublié la combinaison.  Mais celui-là, je ne pouvais pas l’oublier même si je passais dix ans sans l’utiliser. Et vous savez pourquoi? Parce que le hasard a voulu que ses trois chiffres soient ma date de naissance, dans l’ordre. Le seul cadenas au monde dont je ne pourrai jamais oublier la combinaison. C’est déjà assez incroyable qu’un cadenas ait cette combinaison, ça l’est encore plus que ce soit moi qui le possède.  Une chance sur je ne sais trop combien de milliards pour que ça arrive. Et non seulement elle me l’a volé, elle l’a fait détruire.

C’en était trop.

C’était la goutte d’eau.

J’ai pété un plomb. 

Sauté une coche.

Tout ce que cette fille m’avait subir me revenait en tête, m’envahissait, m’empoisonnait, m’étouffait dans une haine féroce qui n’avait d’égale que la rage que je ressentais. J’ai complètement perdu le contrôle. Je n’avais qu’une seule chose en tête, un seul désir, un seul but, une seule obsession: VENGEANCE!  

Durant l’heure qui a suivi, j’ai parcouru l’appartement, fouillant dans les items qu’elle avait encore laissés ici.  Et c’est ainsi que j’ai… :

  • Passé un aimant sur toutes ses cassettes audio. (Le ruban étant magnétique, ça en efface en partie le contenu.)
  • Passé un aimant sur une grande partie de ses cassettes vidéos. (Même principe.)
  • Déchiré et mis au poubelles bon nombre de ses papiers importants
  • Déchiré et mis au poubelles une tonne de photos qui avaient une grande valeur sentimentale pour elle.
  • Pissé dans sa bouteille de vin.
  • Utilisé sa brosse à dents afin de faire une mise en pli à mes poils de cul.
  • Volé la cassette vidéo où elle s’était filmée en train de se masturber, un soir où elle était saoule et en manque.
  • Et après m’être branlé dessus en la visionnant, j’ai essuyé le dégât avec sa poupée Bout d’Chou qu’elle m’avait un jour présenté comme étant le symbole de l’innocence de sa jeunesse perdue.

D’habitude, je suis pas du genre à me venger contre les gens qui m’ont fait du tort, car très souvent le tort en question est causé par accident, par un hasard, par les circonstances, par un simple désir mal guidé de se protéger, ou de tirer profit d’une situation. Dans la plupart des cas, ce n’est même pas personnel. Dans ce temps là, je me contente d’ériger les barrières nécessaires pour me protéger, et j’en reste là. 

Mais là, dans ce cas particulier, cette retenur ne s’appliquait plus.  Toute cette frustration accumulée, tout ce qu’elle m’a fait subir depuis deux ans et demie, ça demandaient réparation.  Règlement de compte!  Vendetta!

La majorité des gens qui vont lire ceci diront que la vengeance est une chose stupide et immature. Je veux bien comprendre votre façon de penser. Cependant, répondez à ceci:  Qui est la personne la plus stupide et immature?

  •  A qui se venge du tort que B lui fait?
  • B qui a d’abord fait du tort à A, et ce sans avoir eu la moindre raison de lui en faire?
  • C qui dit à A de ne pas se venger de B, ce qui permet à B de s’en tirer impunément, ce qui ne peut que l’encourager à faire du tort à D, E, F, G, H, I, J, etc. Sans compter que la rancune non assouvie va empoisonner l’existence de A, en plus de gâcher sa relation avec C qui non seulement se mêle de ce qui ne le regarde pas, mais qui en plus préfère prendre la défense du fautif que de comprendre son ami.

Je vous vois venir avec votre réponse préfabriquée: « Ce n’est pas une question de qui a commencé, c’est une question de ne pas s’abaisser au niveau de l’autre, sinon on n’est pas mieux que cette personne. »  Je ne suis pas d’accord, et voici pourquoi: Ne pas descendre à son niveau, ça signifie que tant et aussi longtemps que la personne fautive restera impunie, bien à l’abri dans son niveau, elle pourra recommencer à abuser des gens n’importe quand. Normal! Si personne ne l’empêche de faire du tort, si elle ne récolte jamais les conséquences de ses gestes, pourquoi arrêterait-t-elle?  

Voilà pourquoi j’ai fait ce que j’ai fait.  Est-ce que c’est mal? Oui! Est-ce que  c’est immoral? Oui! est-ce que c’est illégal? Oui! Est-ce que je suis fier d’avoir agi ainsi? Non!  Pourquoi l’ais-je fait, alors? Parce que non seulement elle m’avait poussé à bout, l’honneur et l’orgueil réclamaient réparation.  Une réparation que la loi ne pouvait pas me donner. J’étais donc obligé de me faire justice par la seule loi qui me le permettait: La Loi du Talion.

 La plupart des gens disent au sujet d’une personne qui lui a fait du tort que « La vie va s’en charger ».  Si vous y croyez, grand bien vous fasse. Moi j’appelle ça de la lâcheté.  Voilà pourquoi j’ai décidé que là où je serai personnellement concerné, La Vie, ce serait moi. Comme le dit le cliché: C’est un sale boulot, mais faut bien que quelqu’un le fasse.

Ah, et au sujet du +15:   Quelques mois plus tôt, mes collègues et moi du service à la clientèle d’Air Canada ont eu à passer une séance de test de personnalité. Avec le score que j’ai obtenu, le psy/animateur m’a décrit en ces termes:

 « Au niveau de la patience, sur une échelle de zéro à +10, ces gens là ont +14. Ils vont laisser des chances, encore, et encore, et encore. Ils ont un une patience, un sens de la compréhension et du pardon bien au-dessus de la moyenne des gens. Mais si tu as le malheur de continuer d’en abuser et de lui faire atteindre +15, penses-z-y pu, C’EST FINI!« 

De toute ma vie, seules deux personnes m’ont fait atteindre mon +15: Mon père en 1990, et Geneviève huit ans plus tard.  En tout cas, on dirait que le fait d’avoir réagi avec violence en volant, détruisant et vandalisant les possessions de mon ex-coloc pendant une heure, avant de quitter cet appartement pour de bon, ça a eu un effet thérapeutique. En effet, alors que je continue d’avoir de la rancune contre plusieurs personne qui ne m’ont même pas fait le 1/10e de ce qu’elle m’a fait endurer, je ne ressens plus aucune forme de rancœur envers Geneviève.

Comme quoi la vengeance, ce n’est pas toujours aussi stupide que l’on essaye de nous le faire croire.

À conclure.

Geneviève, la coloc de l’enfer, 7e partie: Histoires de cul.

Le retour de Geneviève après les vacances du temps des fêtes et de la crise du verglas m’a replongé dans la routine habituelle des abus de toutes sortes de sa part. 

Par exemple, des fois, au matin, je retrouvais mes cartons de jus ou de lait vide dans le frigo.  Des fois, en rentrant chez moi après le travail, je constatais que ma TV et mon lecteur vidéo VHS avaient disparus de ma chambre parce qu’elle les avait installés dans la sienne.  Des fois je me rendais compte qu’elle s’était servie dans mes cassettes vidéos personnelles et avait enregistré un de ses programmes par-dessus des films maison irremplaçables, ou de mes vieilles apparitions à la télé.

Un samedi, je suis dans ma chambre et je travaille à ma table à dessin.  Comme je l’ai déjà dit plus tôt, ma chambre est en fait le salon. Par conséquent, je n’ai pas de porte.  J’ai mis un drap qui tient au mur au dessus de l’entrée du salon avec deux punaises. C’est peut-être assez pour me donner un minimum d’intimité, surtout que cette entrée donne direct sur la porte d’entrée de l’appartement, mais c’est loin d’être suffisant pour repousser les indésirables.

Geneviève  tasse le drap-porte, entre dans ma chambre, vient se mettre à côté de moi, et me lâche une flatulence bruyante à souhait. Elle éclate de rire, se trouvant  très drôle.  Au bout de quelques secondes, ses effluves anales viennent m’envahir les nasaux.  Je ne sais pas si elle avait mangé de la charogne farcie au chou pourri, mais ça puait le tabarnak. Elle repart, l’air toute fière de son coup.  J’attends patiemment que l’odeur se dissipe. Ce n’est pas comme si j’avais d’autres options.

Quelques minutes plus tard, elle revient, recommence et repart.

Quelques minutes plus tard, elle revient, recommence et repart.

Quelques minutes plus tard, elle revient, recommence et repart.

Quelques minutes plus tard, elle revient, recommence et repart.

Quelques minutes plus tard, elle revient, recommence et repart.

Répéter ad nauseam.

Une fois ça peut être une blague.  Deux ou même trois fois, ça peut encore passer si on est patient. Mais là, franchement, ça commençait à devenir gazant. J’avais beau lui dire qu’elle était immature et sans allure, elle me répliquait que c’est plutôt le fait de frustrer à cause que sa coloc a pété qui démontre de l’immaturité.  Et elle a continué à venir me larguer des caisses en attendant juste assez pour que sa puanteur imprègne bien ma chambre, avant de repartir.  L’odeur restait dans la pièce à cause du drap devant la porte.  Et puisqu’il faisait dans les environs de -12°C dehors, ouvrir une fenêtre n’était pas une option. J’ai eu à endurer ça pendant les trois heures qui ont suivi. Et elle, elle se trouvait toujours aussi drôle à chaque fois.

 Cette fille avait vraiment un don pour savoir comment utiliser la moindre petite chose insignifiante et la pousser à son paroxysme afin de me pousser à bout de nerf.  Elle savait très bien que si je réagissais, alors elle pouvait me faire passer pour un malade mental, de perdre patience pour quelque chose d’aussi anodin que le fait de péter. 

Éventuellement, elle a fini par manquer de gaz et j’ai enfin pu avoir la paix.  N’empêche que les gens qui  font de la provocation pure et simple dans ce genre-là, juste pour le plaisir d’écœurer les autres, ça me pue au nez. 

Une semaine ou deux plus tard, en lisant le journal Photo Police, je trouve une offre intéressante: Une cassette VHS contenant huit heures de films cochons pour 20$, frais de porc… euh, frais de port inclus. Étant encore à l’époque un jeune homme fringuant et pornophile, je n’ai pas pu résister.  Bien qu’Internet commence à apparaître dans plus en plus de foyers québécois, je ne l’avais pas encore chez moi, alors je n’avais pas accès à la tonne de porno gratuite que l’on pouvait déjà y trouver. Je remplis donc le bon de commande, le mets dans une enveloppe que j’adresse.  Je la laisse décachetée le temps d’y écrire et inclure le chèque.

Fidèle à son habitude, Geneviève entre dans ma chambre sans raisons. Son regard se pose sur le bordel recouvrant ma table à dessin où s’empilent pèle-mêle 8624 items divers.

Juste pour faire exprès, de toutes les choses qu’il y avait là, qu’elle a été la seule et unique qui y a attiré son attention, vous pensez?  Eh oui, c’est l’enveloppe.  Elle la prend. Je lui enlève des mains en lui disant que depuis qu’on habite ensemble, elle commence à me tomber sur les nerfs avec ses invasions dans ma chambre et ma vie privée. Elle me dit:

« Pogne pas les nerfs, bonhomme. Je voulais juste savoir c’était à qui que t’écrivais. »

 L’adresse dessus était à Montréal pour un monsieur B.Gervais, alors si ça pouvait la faire partir, je voulais bien lui montrer. Je lui tiens donc l’enveloppe devant la face.  Elle me l’arrache des mains et l’ouvre.   La dernière chose que je veux, c’est que cette fille se trouve une VRAIE raison de me niaiser, alors je n’ai vraiment pas intérêt à ce qu’elle sache que je commande des films pornos. Je lui arrache sauvagement l’enveloppe des mains en criant : « Heille, ça va faire ! » 

En bien croyez-le ou non, elle a passé les douze minutes suivantes à essayer de me l’enlever, me bousculant, me frappant, m’agrippant… Elle n’arrêtait pas. C’est long douze minutes dans ce temps là. J’avais beau me dire que ce n’était plus qu’une questions de secondes, voire de quelques minutes avant qu’elle s’écœure et arrête… Rien à faire, elle n’arrêtait pas. Impossible d’avoir la paix.

J’avais le goût de la frapper tellement j’en avais plein le cul de son insistance de morpion à parcourir mon intimité. Mais peu importe la raison, aux yeux de la loi, un homme n’a pas à frapper une femme. Alors imaginez en plus si la seule chose que j’ai à donner au juge pour expliquer mon geste est « Elle voulait m’enlever mon enveloppe, m’sieur! » J’aurais eu l’air de quoi ? Vraiment, comme je le disais plus tôt, elle avait le don de prendre le moindre comportement enfantin et le pousser à l’extrême limite du supportable.

J’ai quand même réussi à la repousser assez pour avoir le temps de courir jusqu’aux toilettes où je me suis enfermé. Tandis que je reprenais mon souffle, je n’en revenais pas de devoir endurer des imbécillités pareilles à mon âge. Come on là, j’allais avoir trente ans cet été, ça n’avait pas d’allure de se retrouver dans des situations aussi immatures, aussi ridicules.

Je croyais que de me voir ainsi hors de sa portée allait l’obliger à se calmer.  C’était mal la connaitre.  Elle a essayé de débarrer la porte en entrant un cure-dent dans le trou de sécurité au milieu de la poignée.  Je n’avais jamais été vraiment athlétique mais j’ai au moins la chance d’avoir une forte poigne. Aussi, elle n’a pas réussi à faire tourner la poignée que je tenais bien solidement.  

Et c’est là que le côté aberrant de son comportement a atteint son point culminant.  La porte de la salle de bain fait face à un mur, le mur du corridor. Aussi, Geneviève s’est assise par terre, accotant son dos à la porte. Puis, appuyant ses pieds sur le mur d’en face, elle a commencé à pousser de toute la force de ses jambes.  Je sentais la porte plier.   J’ai entendu la porte craquer.   J’ai senti le métal de la poignée de porte changer de forme dans ma main.   J’ai vu le bois du bas de la porte fendiller, des lamelles se former et se redresser dans un craquement sinistre. J’en restais bouche bée.

« Non ! C’est pas possible. Je ne peux pas croire qu’une fille de 21 ans puisse en arriver à de telles extrêmes…  Être prête à vandaliser son propre appartement en défonçant la porte des toilettes, juste pour pouvoir lire du courrier qui ne la concerne pas. »

 Le bol de toilette n’étant pas loin de la porte, je n’avais plus qu’une seule option pour faire cesser tout ce cirque. Tenant la poignée de porte d’une main, j’ai utilisé ma main libre et mes dents pour déchirer l’enveloppe et son contenu, avant d’en jeter les morceaux dans la cuvette, et de tirer la chasse d’eau, faisant disparaitre pour de bon sa raison de me harceler. Elle a donc cessé de pousser sur la porte, et j’ai enfin pu l’ouvrir. Comme il fallait s’y attendre, j’ai eu droit à ses commentaires rabaissant:

« Ayoye! Préférer déchirer pis flusher la lettre plutôt que de me laisser la voir. Hostie que t’es bébé, man. C’est vraiment pas la maturité qui t’étouffe. »
« Me faire sermonner sur la maturité par quelqu’un qui a passé vingt minutes à essayer de voir du courrier qui ne la concerne pas.  Tu peux ben parler! »
« T’es malade, man! »
« Moi, chus un malade? »
« Pour préférer déchirer pis flusher une lettre plutôt que de laisser une autre personne la voir, faut être malade mental en tabarnak. »
« S’cuse, mais
aux dernières nouvelles, c’est pas moi qu’on a été obligé d’enfermer pendant trois mois à Douglas. »

Mes paroles lui font l’effet d’une gifle. Elle ouvre la bouche en écarquillant les yeux.  Après deux où trois secondes dans lesquelles elle n’a pas l’air de croire que je viens de lui dire ça, elle se met à gueuler.

« Hostie de chien! Hostie de calice de tabarnak de chien sale!  T’as pas d’affaire à me dire des écoeuranteries de c’te genre-là.  Tu t’penses ben bon, hein, d’attaquer une fille sur ses points faibles?  Hein?  Ça te fait sentir winner de me rabaisser, hein?  Tu penses-tu que chus fière d’avoir perdu l’été de mes dix-huit ans, enfermée dans un hôpital psychiatrique parce que j’étais trop décrissée moralement pour être même capable de manger?  J’AI FAITE UNE DÉPRESSION, CALICE!  C’est drôle, hein? C’est drôle de niaiser une fille sur la période où elle n’a jamais été aussi bas de toute sa vie? Ça t’aides-tu à te sentir supérieur, de varger sur une fille pendant qu’elle est à terre? »

Elle éclate en sanglots.

« TIENS, T’ES CONTENT, LÀ?  TU M’FAIS BRAILLER, TABARNAK! »

Sur ce, elle tourne les talons et entre dans sa chambre, fermant la porte dans un vacarme, et se met à pousser des hurlements qui ne sont entrecoupés que par des sanglots qu’elle pousse avec force.  Je n’arrive pas à croire la scène surréaliste qu’elle vient de me jouer.  Pour être certain que j’ai bien saisi la situation, je me la résume à voix basse.

« Elle vient dans ma chambre, me chercher querelle, et elle réagit comme si c’était moi l’agresseur.  Elle m’a attaqué physiquement, je me suis défendu verbalement, et elle agit comme si je l’avais frappée.  Elle me traite de malade mental alors que c’est elle qui a été suivie en psychiatrie.  Elle ne se gêne pas pour me lancer un nombre incalculable d’insultes et des fausses accusations, mais quand je lui dit une seule vérité objective, ça fait de moi un écoeurant de chien sale.  Où bien j’accepte ses abus et elle me traite en loser, ou bien je ne les accepte pas et elle me traite en agresseur.  Elle vient toujours me chercher pour déclancher la confrontation, et quoi que je fasse, elle s’arrange pour me donner le mauvais rôle. »

Ras le bol de cette situation sans issue.  Cette fois, j’ai atteint ma limite.  C’est décidé: Dans deux semaines, soit le 1er mars, je pars d’ici.  Si je ne trouve pas d’appartement, alors tant pis, j’irai vivre chez mon ex et nos enfants. S’il le faut, j’irai retourner vivre chez mes parents à St-Hyacinthe, quitte à faire deux heures de route pour aller travailler et deux autres pour revenir.  Mais calvaire, faut que je décrisse d’icite!

À subir!

Geneviève la coloc de l’enfer, 6e partie: Hell’s Kitchen!

La cuisine… Ouf ! Quel putain de bordel.

Geneviève et Cassandra possédaient chacune leurs panoplies de cuisine: Vaisselle, ustensiles, chaudrons, etc, tout comme moi j’avais la mienne.  Comme tout le monde, chacun de nous détestons faire la vaisselle.  Geneviève a donc trouvé la façon parfaite de s’en exempter: Elle utilise ma vaisselle, mes ustensiles, mes chaudrons, et laisse traîner tout ça, tout sale, dans l’évier. Résultat: Quand je voulais me faire à manger, je devais d’abord laver mon stock avant de pouvoir l’utiliser. Pourquoi est-ce que je ne faisais pas l’inverse, c’est à dire utiliser celui de Geneviève? C’est que ma batterie de cuisine est du T-Fal, recouvert de teflon, puisque j’ai horreur de noyer ma viande dans du gras pour qu’elle cuise sans coller.  Je n’allais donc certainement pas prendre ses marmites en fonte et en fer.

Je bouillais intérieurement quand les amies de Geneviève venaient et passaient des commentaires sur la vaisselle sale qui traînait, et qu’elle avait le culot de dire:

« Ça? C’est la vaisselle de Steve. »

Évidemment que techniquement c’est ma vaisselle puisque j’en suis le propriétaire.  Sauf que ce n’était pas moi qui l’utilisais et la laissais traîner là toute sale. La seule fois que j’ai précisé la chose devant ses amies, vous savez ce qu’elle a répondu? Ceci:

« Estie qu’t’es menteur, man! »

Mentir en me traitant de menteur alors que c’est elle la menteuse.  Et qui pensez-vous que ses amies croyaient? Moi, un gars qu’elles ne connaissaient pas, ou elle, leur bonne amie? Je passais donc pour un négligeant de mauvaise foi.

Toutes les fois où je faisais la vaisselle alors qu’elle était dans l’appartement, ce qui était le cas à tous les jours puisque mon horaire de travail correspondait à son horaire de cégep, elle faisait tout pour m’enlever l’envie de la faire.  Elle venait me tenir compagnie dans la petite cuisine, en fumant. Elle sait que j’ai horreur de la fumée de cigarette, alors elle faisait exprès pour les griller en chaîne. Quand je lui disais d’aller fumer ailleurs, elle me répondait qu’elle a le droit de faire ce qu’elle veut.  C’est SON nom qui est sur le bail, c’est donc SON appartement. Que voulez-vous que je fasse dans ce temps-là?

En plus à chaque fois que je me faisais à manger, c’était immanquable qu’elle vienne me rejoindre dans la cuisine pour se plaindre non-stop de comment ça l’écoeurait, la puanteur de la viande qui cuit qui envahit l’appartement. C’est que, comme beaucoup de cégépiennes, Madame avait décidé de ne plus manger de viande car ce n’est pas bon pour la santé. Oh, elle fumait, se saoulait souvent, consommait du hash, du mush et de l’acide, et baisait parfois sans protection avec des gars rencontrés dans des partys…  Mais elle ne mange pas de viande car elle prend soin de sa santé. Je suppose que c’est ce qu’on appelle mettre de l’ordre dans ses priorités.

C’est comme ce matin là où je me lève et viens pour déjeuner. Elle est à la cuisine, avec deux de ses amies qui ont passé la nuit ici. Je les vois manger des croissants. En ouvrant le frigo pour prendre mon propre sac de six croissants tout neuf acheté la veille, je lui demande:

« Tiens? Tu t’es acheté des croissants toi aussi!?« 
« Non! C’est les tiens! »

Je regarde d’un air hébété mon sac ne contenant plus que deux croissants tandis que le rire insolent de Geneviève retentit à mes oreilles. 

Je suis supposé faire quoi, maintenant?  Protester et passer pour un con, de lui faire une scène publique devant ses amies?  Non! Ma seule option est de ne rien faire… Donc de quand même passer pour un con pas-d’colonne, de me laisser abuser de la sorte.  

Janvier 1998 m’a apporté un peu de répit.  Geneviève est partie passer quelques semaines chez son père en Abitibi.  Cassandra étant elle-même chez ses parents pour toute la période des vacances des fêtes, j’avais enfin la sainte paix.

Un ennuyant après-midi, je n’avais vraiment rien à faire.  Il faut dire que la température sombre et la pluie verglacée qui tombe depuis deux jours ne donne envie de rien.  Et sans câble pour la télé, ni internet à domicile, les distractions sont rares.  Je décide donc d’y mettre de la bonne volonté et de m’attaquer à la montagne de vaisselle, compliment de mes deux colocs, ainsi que de ma propre paresse. Pour une fois que j’étais seul, je considérais avoir bien mérité un peu de repos. Mais là, c’était rendu impossible de préparer quoi que ce soit puisque tout était déjà utilisé. Je me résigne donc à nettoyer toute la vaisselle commune. 

Je fais le tout de manière logique et calculée. Première étape: Faire décoller ce qui a séché.  Je dépose sur la table à diner plus de trente verres et tasses, que je remplis d’eau chaude.   Ensuite, je met un fond d’eau dans toutes les poêles et marmites. La plus grande marmite en fonte reçoit un remplissage d’eau chaude savonneuse dans laquelle je met tous les ustensiles à tremper. Là, enfin, le comptoir est dégagé, ce qui fait que je peux le nettoyer comme il faut.  Pour terminer, j’empile toutes les assiettes, puis tous les bols, dans l’évier, que je remplis ensuite d’eau chaude.  Je planifie laisser tremper le tout un quart d’heure pour laisser le temps à tout ce qui a séché de fondre et décoller, et ensuite j’attaquerai. J’estime que j’en ai pour une bonne heure et demie.

Et tout à coup : Paf !  Panne d’électricité.

Il était un peu passé seize heures, soit au moment où le soleil bien caché derrière le ciel toujours gris de cette saison commence à se coucher. Il n’y avait pas de fenêtre dans la cuisine.  Ne pouvant pas voir ce que je faisais, je ne pouvais pas faire la vaisselle.  Je hausse les épaules en me disant que j’en serai quitte pour la faire dès que le courant reviendra, voilà tout. 

Je ne me doutais pas que j’étais en train de vivre les premières minutes de la crise du verglas, un événement historique qui laissera une partie du Québec de deux à trois semaines sans électricité. Heureusement que j’avais un véhicule à ce moment là, ce qui m’a permis non seulement de continuer à travailler, ça m’a été bien utile pour les déplacements de mon ex et de nos enfants qui se faisaient envoyer d’un refuge à l’autre. Durant cette période, je n’ai presque pas mis les pieds dans l’appartement, mon temps se consacrait entre mon travail et ma petite famille.

Dès que tout est redevenu normal et que la famille a pu réintégrer leur appartement aux alentours du 17 janvier , je suis rentré chez moi.  Geneviève, qui était revenue entre-temps, m’attendait de pied ferme. Vous devinez comment j’ai pu me faire incendier au sujet de la puanteur qui lui a monté au nez quand elle est rentrée, résultant des résidus de nourriture de la vaisselle sale qui avaient trempés, fermentés et pourris dans la cuisine pendant deux semaines. Peu importe mes explications, elle soutenait que je n’étais rien qu’un gros dégueulasse. Ça m’apprendra à avoir voulu y mettre de la bonne volonté en nettoyant la vaisselle collective. 

En tout cas, il y a eu au moins ça de positif: Pour une fois, ça a obligé Geneviève à faire toute la vaisselle.

SUITE: Parlant de puanteur…

Geneviève la coloc de l’enfer, 5e partie: Une bonne conduite

Cet automne là, mon nouveau travail bien payé à Air Canada m’a permis de me payer une auto.  C’est que quand j’habitais chez mes parents à St-Hyacinthe, je pouvais emprunter la leur.  Mais plus maintenant, puisque j’habite Montréal. 

Soudainement, l’attitude de Geneviève changea avec moi. Soudainement, elle devint gentille. Soudainement, elle devint amicale. Soudainement, elle voulait être en ma compagnie… En particulier dans l’auto.

N’étant tout de même pas servile, surtout pas avec une personne qui m’a fait subir son attitude arrogante et méprisante, je refusais de lui servir de chauffeur privé, peu importe l’insistance qu’elle y mettait. Par contre, presque à chaque fois que je devais partir ailleurs qu’à mon travail, elle me demandait si elle pouvait venir aussi.  Ou bien, si elle avait à faire dans ce coin là, elle me demandait de faire un détour pour la déposer en quelque part. Et quand j’allais au Carrefour Angrignon faire une épicerie, je pouvais être certain que l’heure que j’y mettais d’habitude allait être multiplié par trois ou quatre, le temps qu’elle magasine partout et s’achète du stock. Bien sûr, elle me demandait de lui porter ses paquets tandis que je l’accompagnais, ce que je refusais catégoriquement. Bien des gens me considéreraient comme un gars mal éduqué de ne pas vouloir les lui porter.  Mais s’ils savaient ce qu’elle me faisait endurer, ils pourraient peut-être comprendre pourquoi je n’avais pas envie d’être gentleman avec elle.

Son attitude gentille et amicale a vite fait place à son naturel qui est revenu au galop.  Par exemple, lorsque l’on traversait la ville, c’était l’enfer. Bien qu’elle ignorait complètement les sens uniques, interdictions de tourner et autres règlements que l’on ne remarque pas quand, comme elle, on a toujours été piéton, elle se permettait de m’insulter si je prenais un chemin que je savais passable plutôt qu’un autre qu’elle croyait par erreur être meilleur.   Une journée en particulier, je me suis vite rendu compte qu’elle essayait juste de me faire frustrer. Histoire de voir à quel point, j’ai décidé de faire exprès pour répondre à chacune de ses attaques par une réponse dite avec calme, zen et sans contradiction.

 « Qu’est-ce que tu fais, là? Tasse-toé, j’viens de te dire de tourner icite. »
« Je ne peux pas, c’est un sens unique, tu vois la pancarte!? »
« Ben t’es donc cave. Pourquoi t’es pas arrivé deux rues plus à gauche d’abord? »
« C’est fermé pour travaux. »
« Franchement, si tu le savais que c’était fermé, pourquoi t’allais par là tantôt? »
« J’ai seulement appris que c’était bloqué quand j’ai vu les panneaux de détour. »
« Ben oui, pis tu nous as pognés dans le trafic. »
« Désolé, la prochaine fois je me renseignerai. »
« Hostie qu’c’est con d’passer icite. »
« Possible! Mais c’est le seul chemin que je connais pour me rendre. »

« Tu connais pas grand chose. »
« Eh non. Hélas, je n’ai pas la connaissance des rues de Montréal d’un chauffeur de taxi. »
« Pas besoin d’être chauffeur de taxi. Lucien, lui, il sait par où passer pour se rendre partout rapidement. »
« Ah ça c’est normal, Lucien conduit dans Montréal depuis des années, soit bien plus longtemps que moi. »
« Pas rapport! J’conduis pas pis moi aussi j’le sais. »
« Excellent! Comme ça, grâce à toi, on ne pourra pas se perdre. »
« Bon! Bon! Bon! Ga’ lé, là, le monsieur frustré! »

À celle-là, bien que je continue de parler calmement avec un petit sourire, je ne peux m’empêcher de lui lancer un petit sarcasme.

« Frustré ? Hum… Oui, je suppose qu’entre toi qui ne cesse de me lancer des insultes et moi qui te réponds calmement, j’imagine qu’en effet c’est moi, le frustré, ici. Oui, tu as parfaitement raison. »

Elle hausse le ton.

« Tu l’sais-tu c’est quoi ton vrai problème, toé? C’est que ça t’fais chier de voir qu’une fille sache mieux que toé comment se diriger en ville! »

Ok, wow!  Je sais qu’il y a des gens qui ont une haute estime de leurs propres opinions.  Et moi le premier.  Par contre, qu’une personne se croit tellement dans son droit de rabaisser un autre qu’elle considère que la seule raison pourquoi il se défend, c’est parce qu’il a des préjugés contre le sexe opposé?  Je n’avais encore jamais vu ça.  Ou bien j’accepte ses insultes, ou bien je suis misogyne.  Je ne sais même pas quoi répondre à ça, tellement c’est n’importe quoi.  En tout cas, je suis déçu de constater qu’avec elle, il n’y a pas moyen de s’en tirer. Ou bien j’acceptais ses abus avec le sourire, ce qui faisait que j’étais le seul de nous deux à frustrer.  Ou bien je ne me laisse pas faire et nous sommes deux à frustrer, et elle empire les abus en allant jusqu’à dire exagérer, fabuler et mentir.

Pourquoi est-ce que j’endurais tout cela? C’est que c’est assez difficile de se trouver un nouveau logement entre novembre et mars.  De nos jours, il y a internet et Kijiji, alors c’est facile.  Mais à l’époque, ce n’était pas évident.  Et comme elle me rappelait souvent que c’était son nom et non le mien qui était sur le bail, son sous-entendu était clair.  Ou bien j’accepte ses abus, ou bien je me retrouve à la rue.

 Il arrivait quand même des fois que j’accepte d’être son chauffeur quand c’était sur mon chemin et que c’était rapide. Par exemple, un soir elle m’appelle à mon travail, alors que j’étais au quart de soir, travaillant de 16:30 à minuit.  Elle me demande de passer la prendre au bar St-Sulpice sur la rue St-Denis car elle risque de manquer le métro. J’accepte puisque ce n’est pas vraiment un détour pour moi. Je la retrouve là, avec ses amis, mais contrairement à ce que je croyais, elle ne voulait pas rentrer tout de suite. Non, ma présence en tant que lift lui permettait de rester là jusqu’à la fermeture à trois heures du matin, et de pouvoir aller reconduire ses amis chez eux par la même occasion. Inutile de dire que j’étais épuisé et pas juste un peu frustré lorsque j’ai enfin pu me coucher à 4:30 du matin, soit quatre heures plus tard qu’à mon habitude.

Une autre fois, mon ex, la mère de mes enfants, qui habitait à quelques rues de chez Geneviève et moi, voulait que je passe chez elle un soir. Ça ne me tentait pas trop, surtout que Kathleen, une des amies de Geneviève, faisait un party ce soir là, et que je m’étais très bien entendu avec elle les deux  fois où je l’avais rencontré. Aussi, lorsque j’ai entendu le message sur mon répondeur où Kathleen dit à Geneviève d’amener ses colocs au party, je suis heureux de voir que je peux quand même recommencer à avoir une vie sociale.

 Le soir venu, Geneviève me demande si je peux aller les reconduire, Cassandra et elle, au party. Je réponds:

 « Bah ouais! Puisque j’y vais anyway, ce serait bête de vous faire prendre le bus. »
« Comment ça, tu y vas? T’es pas invité! »
« Kathleen a bien dit sur le message que je pouvais venir. »
« Non! Elle a dit « T’amènera TA coloc », donc Cassandra. Elle a jamais parlé de toi. »
« Heille, arrête ta bullshit!  J’ai encore le message sur mon répondeur ici, et elle dit très clairement « T’amènera TES coloc », et non juste « TA coloc ». »
« C’est parce qu’elle ne savait pas que t’habitais icite. Quand j’ai vérifié avec elle au téléphone, elle m’a dit qu’elle pensait que je restais avec deux filles qu’à connaissait pas. C’est un party entre amies seulement. »
« Entre amis seulement, mais elle invite des filles qu’à connais pas? C’est pas ben ben logique, ton affaire. »

Voyant que je ne crois pas à ses explications bidon, elle change de tactique.

 « Bon, Ok, j’voulais pas te le dire pour pas te faire frustrer, mais c’est elle qui m’a demandé de pas t’inviter. Elle a l’œil sur un gars qui va être là à soir, pis ta présence la mettrait mal à l’aise. »
« Franchement!  Ça ne tient pas debout.  On se connait à peine elle et moi, et je n’ai jamais essayé de la draguer.  Pourquoi est-ce que ma présence lui… »
« Le party se passe chez elle, fa que c’est elle qui décide qui rentre chez elle ou pas. »

Bien que ce qu’elle me raconte soit improbable, ça reste tout de même possible.  Si elle dit vrai, je risque donc de me retrouver à un party dans lequel non pas une mais bien deux filles trouvent ma présence indésirable.  Et si je confronte Kathleen directement pour lui demander, même si Geneviève ment, le simple fait d’aborder le sujet va mettre une mauvaise ambiance dès le départ.  Est-ce que je tiens à prendre ce risque?

« Bon ben tant pis, allez-y en bus.  Chu tanné de te servir de chauffeur pour rien. »
« Estie que t’es chien, man! Tu me punis pis c’est même pas de ma faute. Pis Cassandra, elle, tu y penses-tu? Elle aussi, tu veux la punir à cause de Kathleen? »

 C’était en effet ben chien de ma part d’impliquer cette pauvre et innocente Cassandra. J’accepte donc d’aller les reconduire. Mon ex habite à cinq ou six rues de chez Kathleen. J’irai là en attendant, elles n’auront qu’à m’y appeler quand le party sera fini, je les ramasserai chez Kathleen et on retournera chez nous.

 Rendu à onze heure du soir, Geneviève m’appelle chez mon ex et me demande d’aller les chercher. Ça me surprend qu’elle veut partir de ce party si tôt, elle qui préfère toujours rester dans les bars jusqu’à la fermeture. Mais bon, je décide quand même de finir le film que mon ex et moi regardons.  Geneviève me fait toujours attendre à chaque fois que je vais la chercher en quelque part, alors pour une fois que c’est l’inverse, elle n’en mourra pas.  

Quarante-cinq minutes plus tard, je sonne chez Kathleen où le party bat son plein. Kathleen me répond toute joyeuse en me sautant au cou.

 « HEY, STEEEEVE! Comment ça va? »

Hum… Ok! Pour une fille qui ne voulait pas me voir à son party, je me serais attendu à une attitude un peu plus froide et distante.

« Bien, et toi? »
« Super, mais pourquoi t’es pas venu à mon party? »
« Ben, parce que t’avais juste invité Geneviève pis Cassandra? »
« Ben non, toi aussi j’voulais qu’tu viennes. »

Tabarnak!

Encore une manigance de Geneviève dans le but de m’empêcher d’avoir la moindre vie sociale.  J’aurais dû m’en douter.   Je réserve un chien de ma chienne à cette chiante, et tant pis si ça fait une scène publique. Cette fois, ce ne sera pas un cas de ma parole contre la sienne. Cassandra est témoins de tout ce que Geneviève m’a dit pour m’empêcher d’aller au party ce soir, et elle est trop honnête pour mentir. Je demande donc à Kathleen à voir Geneviève et Cassandra, puisque je suis venu ici les chercher.  Elle me répond:

« Ah, t’arrives trop tard,  ‘sont parties y’a une demi-heure. »

Me faire y aller sans raison, après m’avoir empêché d’y aller sans raison. Les bras m’en tombent.  Vous devinez que Geneviève n’étais pas vraiment ma coloc favorite en ce moment. Je rentre à la maison, furieux comme jamais.  Les lumières sont éteintes, ce qui signifie qu’elles sont couchées. Je me dirige directement dans la chambre de Geneviève et allume.  Elle est couchée et endormie.  Peu m’importe, je la secoue en l’engueulant.  Je constate rapidement que ma complainte est tombée dans l’oreille d’un sourd, ou du moins d’une personne visiblement trop abrutie par l’alcool et whatever drogue qu’elle a consommée ce soir-là pour comprendre la moindre chose que je disais. J’ai refermé la lumière et la porte en furie, et je quitte l’appartement.

« Ah, comme ça Kathleen voulait me voir à ce party, hein? Très bien, je ne vais pas laisser se gâcher le reste de la soirée pour une christ de vache de chienne sale comme Geneviève. »

Je sors de l’appartement et je cours vers mon auto stationnée trois rues plus loin et… Et je me fait arrêter par une police qui patrouillait dans le coin et qui trouvait ça suspect, quelqu’un qui court à toute vitesse, passé minuit, dans ce quartier mal famé. 

Un quart d’heure plus tard, me revoilà  chez Kathleen et je sonne de nouveau.  Elle me répond, l’air surprise de me revoir.  Et moi, je constate avec déception que non seulement toutes les lumières chez elle sont allumées, la musique ne joue plus.  Dans la demie-heure que j’ai mis pour faire cet aller-retour, le party a eu le temps de finir.  Le trois quart des invités sont partis et ceux qui restent sont effondrés ici et là, bien parti pour y dormir jusqu’à midi demain.  À Kathleen qui me demande ce que je fais là, j’improvise une explication bidon, comme quoi Geneviève aurait oublié ses gants chez elle. Une fouille rapide constatant qu’il n’en était rien, je la salue et repars chez moi. Encore une fois, à cause des manigances de Geneviève qui s’acharne à détruire le peu de vie sociale que j’arrive à obtenir, me revoilà déçu, frustré, loser.

Si seulement je pouvais comprendre pour quelle raison elle me fait ça.  Qu’est-ce qu’elle en a à foutre, si j’ai des amis ou non? Pourquoi est-ce qu’elle s’acharne à détruite ma vie sociale?  Qu’est-ce que ça change dans sa vie, que je fréquente des gens ou non?  Je veux dire, à part pour le plaisir de jouer à « Ha ha, j’ai des amis pis t’en a pas! », comme elle me l’a fait à l’Halloween?

Il y avait quand même des fois où c’était avec plaisir que je lui servais de chauffeur.  Vers la mi-décembre, elle devait se rendre à l’Ile Perrot pour un party de Noël avec de ses amis qu’elle s’était fait au foyer d’accueil pour jeunes filles abusées.

« Pis là frustre pas si j’t’invite pas!  C’est juste la gang de filles du foyer, pis leurs chums pour celles qui en ont.  T’es pas mon chum pis encore moins une fille du foyer, tsé! »
« Mais oui, pas de problème. »

Après l’avoir débarquée, je retourne à Montréal.  C’est que ce soir là, j’avais d’autres plans et je me suis bien gardé de lui en parler car je ne tenais à éviter qu’elle manigance quoi que ce soit pour me les ruiner.  Appelez-moi parano, je trouve que son comportement avec moi jusqu’à date justifiait amplement cette mesure de prudence.

Fatima était une étudiante d’origine franco-iranienne, au Québec depuis deux ans, que j’avais rencontré l’année dernière lors d’un rassemblement de cégeps pour une activité intercollégiale.  On s’était plu tout de suite.  Mais à cette époque, Internet était à ses débuts, et seuls les riches y avaient accès, ce qui n’était pas mon cas.  Or, depuis quelques mois, maintenant que je travaillais pour Air Canada, j’y avais une connexion au net cinq jours semaine.  J’en ai profité pour la retracer.  Et c’est afin de pouvoir lui écrire que je me suis ouvert un compte sur Hotmail.  Je suppose que j’étais l’un des premiers francophones à m’y inscrire, d’où le fait que j’ai pu obtenir quelque chose d’aussi simple que requin@hotmail.com comme adresse de messagerie.  Elle a été heureuse d’avoir de mes nouvelles.  On s’est revus plusieurs fois, et depuis quelques jours c’est maintenant mon amante libre sans attaches, ce que l’on appele communément une fuck friend.  Ce soir, en sachant que je vais avoir l’appartement pour moi tout seul pour tant et aussi longtemps que je n’irai pas chercher Geneviève, je ne suis que trop heureux de passer prendre Fatima. 

Comme d’habitude, dès que nous sommes à bonne distance de chez elle, Fatima retire son hijab et le range dans son sac à main.  Bien qu’elle ne fasse pas de remous afin de rester parfaite et irréprochable auprès de sa famille, c’est une petite rebelle éprise de liberté. Ayant moi-même vécu pendant plusieurs années sous la dictature de mon ex et de ma belle-famille pour cause d’obligations familiales, c’est le plus grand trait de personnalité que nous avons en commun.  Notre soif de liberté, face à un environnement qui nous emprisone.  C’est probablement ce qui nous rend aussi complices dans cette excitante relation secrète.

Alors que nous terminons de souper, le téléphone sonne.  Je répond.  C’est Geneviève qui m’appelle en riant:

« Pis? Tu t’amuses bien, chez vous, tout seul? »
« Je ne suis pas seul, je suis en bonne compagnie.  On vient tout juste de finir un souper romantique. »
« Hein? Avec qui? »
« Tu la connais pas. »
« Tu me niaises-tu? T’as pas vraiment quelqu’un avec toi? »

Pour toute réponse, je tend le combiné à Fatima qui, à l’autre bout de la table, crie joyeusement « SALUUUUUT! ».  Puis, je reprend la conversation.

« Fa que, qu’est-ce que je peux faire pour toi? »

Avec une voix surprise de quelqu’un qui ne sait plus trop quoi dire, Geneviève répond:

 « Ah? Euh, ok!  C’était juste pour savoir. Ok, bye! »

 Et elle raccroche.  Fatima me demande:

« C’était qui? »
« Ma coloc Geneviève. »
« Qu’est-ce qu’elle voulait? »
« Rien! »
« Comment ça, rien? »
« Comme je la connais, je ne vois qu’une seule explication pour son appel: Elle s’est probablement amusée à raconter à ses amis combien elle abuse de moi et comment elle s’arrange pour m’empêcher d’avoir une vie sociale.  Elle a dû vouloir po
usser la chose encore plus loin en me niaisant devant tout le monde par téléphone sur le fait que je suis un reject tout seul chez lui tandis qu’elle s’amuse en party. »
« Ha ha! Tu serais pas un p’tit peu parano, des fois? »
« Je fabule peut-être, mais après le coup de l’Halloween et du party de Kathleen, ça ne me surprendrait vraiment pas d’elle.  C’est même la plus rationnelle explication de cet appel qui ne semblait pas avoir le moindre autre but. »

Quinze minutes plus tard, Geneviève rappelle.  Elle nous invite tous les deux au party, Fatima et moi.  La voyant venir dans son petit jeu, je ne peux m’empêcher de lui répondre sur un ton sarcastique :

 « Bon, qu’est-ce qui se passe? Ça manque de filles à ton party, c’est ça? »
« Hein? De quoi tu parles? »
« Quand je suis seul, tu m’invites pas. Mais dès que t’apprends que chus avec une fille, tu NOUS invite. »
« Heille, les nerfs, chose!  La parano, ça se soigne, tsé! »
 » Ah ouais? Pourtant, t’as eu deux occasions m’inviter, aujourd’hui: Une fois dans le char quand je t’ai reconduit, pis une fois tantôt quand tu m’as appelé pour rien dire.  Comment ça se fait que tu l’as pas fait à ce moment là? »
« Parce qu’à ce moment-là je l’savais pas que je pouvais t’inviter.  Mais là, y m’ont dit que c’était correct. Fa que, venez vous-en! »

Juste à entendre mon côté de la conversation, Fatima comprend tout de suite de quoi on parle.

« On est invité à un party? Génial!  On peut y aller, dis? »

Je fais mine de rien mais intérieurement je soupire.  Voilà ma soirée intime avec elle qui fout le camp.  Ça m’apprendra à céder à la tentation de confronter Geneviève avec sa bullshit. J’aurais dû juste me contenter de répondre « Non merci, bye! », de raccrocher et d’éteindre la sonnerie. 

En guise de party entre gang de filles et leur chum, c’était exactement comme je l’avais deviné. Il n’y avait que Geneviève, deux autres filles et six gars, dont un qui a tenté de draguer Fatima.  Nous revenons avec Geneviève, ce qui brise tout espoir d’avoir de l’intimité, surtout que ma chambre n’a pas de porte puisqu’il s’agit du salon de l’appartement.  Et puis, il est passé 23:00.  La famille de Fatima a beau être libérale en leur genre, ils ne le sont pas au point de la laisser rentrer trop tard sans lui faire des histoires. Je la reconduis donc chez elle en premier.  Bien que l’expression n’est pas encore courante au Québec à cette époque, à défaut de m’empêcher d’avoir une vie sociale, Geneviève tout de même réussi ce soir-là à me cockbloquer.  

(Je mettrai fin à ma relation avec Fatima un mois plus tard après être allé voir le film Boogie Nights avec elle, mais ceci est une autre histoire.)

 Mon véhicule m’a au moins sauvé d’un abus de la part de ma chère coloc.  C’est que, puisque mon salaire valait quatre fois ce qu’elle et Julie recevaient en prêts et bourses, Geneviève a décidé qu’il serait plus juste que je paye 250$ sur les 450$ que coûtait notre loyer. Je lui ai vite démontré, budget à l’appui, qu’une fois que j’ai fait mes versements mensuels pour l’auto, les assurances pour l’auto, le coût de ce que je consomme en essence et celui de ma place de stationnement au travail, en plus de ce que j’ai à verser en pension alimentaire de mon ex, sans oublier ma part actuelle de loyer, d’électricité et de téléphone, il ne me reste qu’à peine 120$ au bout du mois.

« Si je donne cent piastres de plus pour le loyer, c’est pas avec les vingt qui vont me rester que je vais pouvoir me nourrir pour un mois.  Surtout si tu continues à me voler de la bouffe, comme tu le fait tout le temps. »

Elle n’était pas contente de mon refus, mais fuck that, c’est ça qui est ça!

NEXT: Parce que oui, en plus, elle pigeait sans retenue dans mes provisions.

Geneviève, la coloc de l’enfer, 4e partie: Le premier mois

Pour ce qui est du côté sexuel de notre relation, je me suis rendu compte le soir-même où j’ai aménagé dans cet appartement que je n’avais fait que fabuler.

Afin de nous aider à transporter mes biens, elle a obtenu l’aide de Lucien, un ami cégépien qui lui courait après depuis un an (en fait, il courait après toutes les filles célibataires). Il n’était que trop heureux de venir aider au déménagement afin de bien paraître à ses yeux. J’avais même fait une blague à Geneviève à ce sujet, en lui disant:

« Pourquoi tu demandes pas à Lucien d’être ton coloc à la place ? Chu sûr qu’il va dire oui, dans l’espoir de coucher avec toi un jour. »

Ce à quoi elle a répondu d’un air dégoûté:

 « Lui ? Oh YARK! Non, jamais! »

 On emménage donc mon stock, j’arrange ma chambre rapidement, et Lucien reste à coucher étant donné l’heure tardive. Je m’installe sur mon lit et Lucien sur le fauteuil.  Geneviève, prétextant avoir encore envie de jaser un peu, viens nous rejoindre et amène son matelas de futon dans ma chambre.  On parle et je finis par m’endormir.  Geneviève me réveille et me dit d’aller à la salle de bain, prendre une douche, pour raisons sexuelles. Ça m’étonne qu’elle dise ça ouvertement comme ça devant Lucien, mais à voir la façon dont ils ont de se minoucher, j’en déduis qu’elle a envie de faire un ménage à trois, d’où la demande pour que je me lave. Eh bien je me trompais:  Elle voulait juste que je sois occupé ailleurs, le temps qu’elle baise avec lui. J’ai donc été expulsé de ma propre chambre, ma première nuit dans mon nouvel appartement, le temps qu’elle y baise avec un gars de qui elle disait « Oh YARK! Non, jamais! » il n’y a pas huit heures de ça.   Ça commence bien.

Au fil des jours et des semaines, je me suis rendu compte qu’être bon ami proche avec quelqu’un, ce n’est vraiment pas pareil comme habiter avec.  En tout cas, avec elle. Pour une raison que je ne comprendrai jamais, son comportement envers moi a changé instantanément dès que j’ai mis les pieds dans cet appartement. De gentille, amicale et calineuse, elle est devenue bitch, profiteuse, menteuse, voleuse, tyrannique, injuste, et m’a fait subir son sens de l’humour qui était tellement immature et imbécile que je n’ai jamais imaginé qu’on puisse en retrouver un semblable chez une fille de 21 ans.  

Un exemple: J’étais dans la salle de bain et commençais à prendre une douche. Elle entre. La poignée de porte avait une serrure, mais je ne voyais pas pourquoi je devais lui interdire l’accès à la salle de bain si elle en avait besoin. Elle m’avait souvent vu tout nu de toutes façon. Elle vient donc faire pipi. Je lui demande de ne pas tirer la chasse d’eau, rapport que je suis dans la douche. Elle me dit:

« Ben non, voyons! Pour qui tu me prends? »

et elle flushe aussitôt. L’eau de ma douche devient automatiquement brûlante. Elle part en riant. Me voilà donc pris à me tasser du jet en attendant que l’eau redevienne supportable.  Après quelques trop longues minutes,  je me remet sous le jet d’eau et je commence à me shampooiner. Geneviève revient dans la salle de bain, flushe la toilette de nouveau, et repart en riant. Me v’là donc re-pris à me re-tasser à devoir ré-attendre que l’eau redevienne re-vivable. Irrité, je me marmonne:

« Sacrament! C’est pas long, d’abord, pour que la toilette finisse de se remplir quand la douche lui détourne de son eau!? »

 L’eau est encore un peu trop chaude à mon goût quand je me remets dessous, mais là il faut absolument que je me rince du shampooing qui m’a coulé dans la face et les yeux. À peine suis-je sous le jet, devinez ? Eh oui, elle revient me refaire le coup du flush-a-bye une 3e fois.  Une fois, c’est une blague.  Deux fois, c’est louche côté immaturité. Mais trois fois!?   En tout cas j’ai appris ma leçon car depuis cette histoire je verrouillais la porte lorsque j’utilisais la salle de bain, ce qui me donnait droit, à chaque fois à ses remarques moqueuses et insultantes:

« Bon, ga’ donc le peureux qui va s’enfermer dans’ chambre de bain. Kess’ que t’as? T’as peur qu’on rentre? Franchement, comme si ça nous tentait de voir une amanchure comme toé tout nu. »

 Encore au sujet de la salle de bain: Un matin, alors que je vais pour me laver après le déjeuner, elle me demande:

 « Tu t’en vas-tu prendre ta douche? »
« Oui! »
« Ben laisse-moi y aller avant, faut juste que je me lave les mains, ce sera pas long. »

Je la laisse y aller. Elle entre, referme la porte et la verrouille. Je trouve ça bizarre, de s’enfermer pour se laver les mains. J’ai eu mon explication quelques longues minutes plus tard, lorsque j’ai entendu la douche partir. Elle a fait exprès pour prendre une douche extra longue, monopolisant la salle de bain, ce qui fait que j’ai eu à aller travailler sale, pas peigné, pas rasé, et sans mes verres de contacts qui étaient dans la salle de bain.   Lunettes à part, je n’avais vraiment pas le look qui sied à un travail de bureau.

Le soir de l’Halloween 1997. Ce soir là était exceptionnel. D’abord, parce que c’est très rare qu’il fasse un confortable et estival 16°C un 31 octobre. Ensuite, on était un vendredi.   À ce moment là ça faisait une semaine que nous habitions ensemble. À part l’histoire de la baise avec Lucien, et son humour de salle de bain, je n’avais encore rien subi de véritablement négatif de sa part. C’est ici que ça allait changer.

Toute la journée, Geneviève et Cassandra ont préparé leur costume d’Halloween. Or, à mesure que le temps passait, je ne pouvais m’empêcher de ressentir un petit malaise qui grandissait peu à peu. D’habitude, Geneviève est la première à m’inviter à des partys et des sorties. Là, je vois bien qu’elles se préparent à un party. Deux filles de 19 et 21 ans ne vont quand même pas passer aux maisons pour des bonbons. Or, ni l’une ni l’autre ne me glissent mot à ce sujet.  Rendu à neuf heure le soir, les filles ont terminé leurs costumes. Moi, je travaille à ma table à dessin dans ma chambre. Geneviève vient me voir. Elle me demande:

« Pis, tu fais-tu de quoi à soir? »
« Moi? Non! »

Je m’attends à ce qu’elle m’invite à leur soirée.  À la place, elle insiste:

« Rien de prévu? »
« Nope! »
« Pas de sorties? »
« Non! »
« Pas de party? »
« Non! »
« T’as vraiment rien au programme? »
« Non! »
« Rien du tout? »
« Rien du tout! »
« Fa que, t’es totalement libre à’ soir? »

Je ne vois pas pourquoi elle étire la sauce de la sorte, mais je me réjouis en voyant qu’elle a l’air de vouloir vérifier si j’ai quelque chose de prévu avant de m’inviter en quelque part. Je réponds donc:

 « Exact, chus parfaitement libre.  Pourquoi? Est-ce que c’est une invitation? »
« Non! »

 Sur ce, elle me plante là et repart vers sa chambre, préparer son départ avec Cassandra.

Lorsque je l’ai rencontré il y a deux ans, je l’ai introduit dans mon univers.  Elle en a profité pour m’en isoler. Et aujourd’hui, elle s’en va faire le party avec SES amis, en ayant la gentillesse de me dire un joli petit « Amuse-toi bien tout seul, là! » avant de partir avec Cassandra, en m’abandonnant seul dans l’appartement.

Halloween est soir de party.  Vendredi soir est jour de sortie.  Seize degrés Celsius est une température d’été.  Tout, ce soir, a une atmosphère de fête.  Tout le monde a une place où aller, des amis avec qui faire la fête.   Tout le monde, sauf moi, comme Geneviève s’était acharnée à me le faire dire et redire moi-même.   Ça faisait au moins dix ans qu’on ne m’avait pas fait sentir aussi loser, aussi reject.   Je ne pouvais pas croire que quelqu’un qui prétendait être ma bonne amie proche puisse mettre autant d’efforts dans un tel but.

Et ce n’est pas fini.

Geneviève, la coloc de l’enfer, 3e partie: La proposition.

Janvier 1996. À cause de certains problèmes causés par la mère de mes enfants (dont l’énumération serait fastidieuse), je ne peux pas continuer le cégep en début de cette année. Considérant qu’il serait injuste de garder le poste de rédacteur-en-chef du journal étudiant alors que je ne pourrai pas y étudier avant septembre prochain, je prends la décision de céder mon poste. On me demande cependant de continuer d’y fournir La Page Requin Roll que j’y publie depuis le début. Et puisque j’ai remporté haut la main mon audition à Cégeps en Spectacles, the show must go on et je dois tout de même y participer. Pour ces deux raisons, je continue d’aller au cégep une fois ou deux par semaine. Je vois encore Geneviève au journal, mais on ne fait pas vraiment de cas l’un de l’autre.

Un vendredi, j’entends à quelques reprises les membres du journal s’échanger des informations à propos d’une sortie qu’ils feront ce soir-là. Je me demande pourquoi on ne m’en a pas parlé. Je fais encore partie du journal après tout, et je suis tout de même ami avec la majorité des membres. Pourquoi suis-je donc exclus? J’en parle à Hélène, une amie dont le chum fait partie du journal. Un peu gênée, elle me dit :

« C’est à cause de Geneviève. »
« Comment ça? »
« Ben, vous avez déjà sorti ensemble. »
« Tiens? Ça me surprend qu’elle en ait parlé. Aux dernières nouvelles, elle voulait que ça reste un secret entre nous deux. »
« Elle nous l’a dit en décembre, quand on planifiait faire notre party de Noël. Elle a dit que, puisque t’étais son ex, elle se sentirait mal si tu étais invité parce qu’elle se sentirait surveillée et que ça la mettrait mal à l’aise. »
« Qu-Quoi? Moi, la surveiller?  Alors que j’ai pourtant pris la peine d’aller la rassurer quand elle a cassé, comme quoi j’étais correct avec sa décision et que… »

Je constate soudain un fait troublant dans ce que me dit Hélène.

« Attend une minute…  T’es en train de me dire que le Vox a eu un party de Noël? Sans moi, qui était pourtant le rédacteur-en-chef? »

Pour toute réponse, Hélène pose sa main sur mon bras et son visage prend un air désolé. Je n’arrive pas à y croire. Lorsque je l’ai rencontrée quatre mois plus tôt, Geneviève n’avait aucun ami. Je l’ai introduit dans mon univers. Et maintenant qu’elle y est, elle s’arrange pour m’en isoler? C’est aberrant!

« Je ne peux pas croire qu’ils la laissent me faire ça sans rien dire. Ce sont pourtant mes amis. »
« Ben… J’veux pas t’insulter, là, mais r’garde… C’est une fille de 18 ans, célibataire et maintenant sexuellement active. Et toi, t’es un gars de 27 ans, divorcé et père trois fois, donc pas nécessairement la première personne qui nous fait envie quand on est jeune et fringuant. Et elle c’est la photographe, donc utile dans les sorties. Tandis que toi t’étais le rédacteur-en-chef, t’avais rien de plus à faire que de recevoir les textes et les photos. Et maintenant, t’es même plus cela. Ton cas était perdu d’avance. »

Incroyable! Je suis sous le choc.  Je ne sais pas ce qui me fais le plus mal en ce moment.  Le coup chien que me fais Geneviève en me volant ma vie sociale, surtout qu’elle n’a aucune raison de me traiter comme si j’étais un ex jaloux.  Ou la trahison de mes amis qui la laissent faire sans rien dire.

Les mois passent. 

  • Février ’96, je fais mon numéro à Cégeps en Spectacles. 
  • Mars ’96, je me trouve un travail à temps plein comme gars de ménage et de plonge au restaurant végétarien Le Commensal. 
  • Juin ’96, je trouve le temps de faire et de publier Requin Roll numéro 5. 
  • Aout ’96, j’aménage dans les résidences étudiantes qui viennent tout juste d’être construites sur le terrain adjacent au cégep.
  • Automne ’96, je reprends mes études au cégep.  J’y rencontre Océane  et je sors brièvement avec Salomé
  • Janvier 1997, parce que la mère de mes enfants m’a mis des bâtons dans les roues de mes études une fois de trop, le cégep m’annonce qu’ils n’acceptent plus que je m’y réinscrive.
  • Février ’97, le propriétaire des résidences étudiantes me rencontre et m’offre le poste de superviseur de la place. 
  • Juin ’97, on m’offre un travail au service à la clientèle pour Air Canada. 
  • Aout ’97, puisqu’on me donne l’horaire de soir, le propriétaire des résidences étudiantes me prie de quitter mon poste et mon appartement, puisque je ne puis plus être au service des résidents après leurs heures de cours.
  • Septembre ’97, Geneviève refait apparition dans ma vie.

Je la rencontre par hasard en face du IGA sur la rue Monk dans le quartier Ville-Émard, en revenant d’aller visiter mes enfants chez mon ex.  Voilà deux ans que nous nous sommes rencontrés pour la première fois.  Elle a maintenant 20 ans et moi 29. Nos situations respectives ont changé. J’ai maintenant un travail de bureau bien payé, et elle a encore une année à faire au cégep.   Depuis le temps que nous sommes ex, elle n’a plus l’air de me voir comme étant un pestiféré à éviter à tout prix.  Et puisqu’elle vient tout juste de recevoir son prêt étudiant, elle considère que les dépenses pour se payer du bon temps sont de mise. Pendant une semaine, on se voit presque à chaque jour.  Ou bien on sort avec nos vieux amis, ou bien on va juste tous les deux à un resto, ou bien je vais tout simplement passer la soirée chez elle après qu’on se soit loués quelques films.  Elle habite maintenant au coin des rues Monk et Jolicoeur, juste au-dessus d’un club vidéo, avec son frère et une amie du nom de Cassandra. Et on se jase de long en large de tout ce qu’on a pu faire tout ce temps-là.  Elle me raconte, entre autres, les expériences sexuelles qu’elle a eues avec trois gars au fil des mois, et même du fait qu’un soir elle était tellement allumée et en manque qu’elle s’était filmée en plein séance de plaisir solitaire avec une caméra empruntée au cégep.

Un soir, alors que nous étions couchés sur son lit après avoir regardé un film sur sa télé située au pied de son futon, elle se retourne vers moi et me dit:

« Ça t’tentes-tu qu’on s’masturbe? »

Je la sais directe et sans-gêne, mais j’avoue que je ne m’attendais vraiment pas à l’entendre, celle-là.  Aussi, je lui demande:

« T’es-tu sérieuse? »
« Oui! »
« Bon, euh… Tu veux dire, chacun de son bord, ou bien mutuellement? »
« Comme tu veux! »

Terriblement en manque sexuel, je décide de ne pas perdre de temps.  Je glisse ma main dans son jeans détaché et je passe à l’action.  Au bout de quelques minutes, elle me fait arrêter.

« Ouf! Chus v’nue deux fois!  Pourquoi qu’t’étais pas aussi bon quand on était ensemble? »

Orgueilleux comme le mâle typique que je prétends ne pas être, je répond:

« J’ai toujours été aussi bon.  C’est toi qui était vierge au début.  Tu ne pouvais donc pas apprécier mes talents à sa juste valeur. »
« En passant… Mon frère a décidé de décrisser dans une semaine.  Ton propriétaire aussi veut que tu décolles, non?  Pourquoi qu’tu viendrais pas rester icite? »

Bien qu’elle ne m’ait fait aucune promesse, le simple fait qu’elle me propose la colocation tout de suite après notre séance masturbatoire, c’était suffisant pour que je m’imagine automatiquement que ça voulait dire qu’en habitant chez elle, nous pourrions avoir des activités sexuelles ensemble.  Étant donné la libido que je me trimbalais à ce moment-là, rien de surprenant à ce que j’aille accepté son offre. Elle avait vraiment bien calculé son coup pour me manipuler.  Et moi, j’ai foncé dans le piège les pieds joints et les yeux fermés.

À suivre

Geneviève la coloc de l’enfer, 2e partie: Une courte relation de couple.

Le lendemain, après le déjeuner, ma mère me remet un petit colis. Ce sont mes nouveaux paquets de verres de contact. Ce sont des lentilles jetables au bout de quatre semaines et j’en ai douze paires, soit suffisamment pour l’année 1996 qui s’en vient. Je me rends à ma table de travail et j’y ouvre les deux boites. Je prends ensuite un marqueur au feutre. Geneviève me demande :

« Tu fais quoi? »
« J’ai ici deux boites de verres de contact. Sur celle-ci c’est écrit « gauche », et sur celle-là c’est écrit « droite ». Mais comme tu peux voir, sur les contenants individuels de chaque lentille, il est juste écrit les degrés de forces, soit -8.25 et -9.00. Je vais donc écrire  G pour gauche et D pour droit sur chacun des petits contenants, au cas où j’en égarerais les boîtes. »
« Ouain! C’est vrai que c’est pas pratique pour ceux qui ont pas de tête. Comme toé! »

Hum!?  J’ai beau avoir le sens de l’humour et de l’autodérision, je reste quelque peu surpris par cette remarque, et en particulier par le ton condescendant avec lequel elle me l’a dite. Surtout que le simple fait que j’ai pensé à identifier de la sorte mes contenants de verres de contact, ça prouve que je suis aussi débrouillard que prévenant. Donc tout le contraire de quelqu’un qui n’aurait pas de tête, comme elle le dit. Mais bon, il m’est arrivé souvent par le passé de faire des remarques qui se voulaient humoristiques et qui ont été perçues par l’autre parti comme étant des insultes. Je mets donc la chose sur le compte d’une simple maladresse de sa part et n’en fais pas de cas.

Pour diner, je l’invite à un resto qui est une institution dans la région, le Ti-Père BBQ. Non pas la grosse salle de réception sur la rue Laframboise, mais bien le petit resto modeste ouvert depuis 1964 sur Dessaulles, soit juste à côté du petit bloc appartement où habitent mes parents. À partir du moment où elle met un pied dans le resto jusqu’à notre départ une heure plus tard, elle ne cesse de bitcher : La place est petite, ça a l’air quétaine, le service est trop rapide parce qu’ils ne lui laissent pas le temps de choisir, les frites sont molles, la sauce est trop piquante, la salade est trop vinaigrée, le poulet goûte la marde…

« En tout cas, si t’aimes ça manger icite, ça montre que t’as vraiment pas d’goût! »

Je veux bien croire que ce n’est pas le St-Hubert BBQ. Mais tout de même, si ça existe depuis aussi longtemps, il doit bien y avoir une raison.  (Au moment où j’écris ces lignes en 2014, soit 19 ans plus tard, ils viennent de fêter leur 50e anniversaire.)  Plus découragé par son négativisme qu’insulté personnellement, je lui réponds objectivement :

« Ouain! Je suppose que c’est comme le vegemite pour les australiens. Il faut être originaire de la région et avoir été élevé avec ça pour pouvoir pleinement l’apprécier. »
« Ben là, frustre pas, calice! »

Euh… « Frustre pas, calice! » !?  Ma réponse a pourtant été dite avec calme, logique, sans contenir la moindre trace d’agressivité, ni dans le ton ni dans les mots ni même dans les intentions.  Je n’ai fait rien d’autre que me montrer compréhensif.  Où est-ce qu’elle peut bien voir la moindre frustration de ma part là-dedans?  Surtout que, puisque c’est elle qui chiale contre tout, si l’un de nous deux est frustré, ce n’est selon toute logique certainement pas moi.  Bref, je ne comprends rien à son comportement.

Le soir venu, chez mes parents, elle me fait subir une combinaison de ses deux sautes d’humeur précédentes, soit l’attaque personnelle comme au matin, et la critique négative de la nourriture comme à midi.  Au souper, comme entrée, il y a de la crème de brocolis.  Je lui sers son bol.  D’un ton de voix aussi dégoûté que son air au visage, elle dit:

« Hostie que ça a d’l’air dégueulasse! On dirait du vomi, ton affaire! Où c’est qu’t’as appris à cuisiner? »
« C’est pas moi qui l’a fait.  C’est juste une crème Campbell’s que j’ai réchauffé. »

Elle prend sa cuiller et y goûte.  Sur le même ton méprisant, elle conclut:

 « Ah, ok, c’pour ça que c’est quand même mangeable. »

Ma mère me regarde, démontée.  Elle ne dit rien mais je vois bien dans son regard qu’elle est abasourdie de ce comportement aussi agressif qu’impoli.  Je me contente de hausser les épaules, me demandant moi-même quel peut donc bien être son problème aujourd’hui.  Qui sait, peut-être regrette-t-elle de m’avoir donné sa virginité? Il est vrai qu’elle avait l’air surprise, une fois l’acte terminé, d’apprendre que coucher avec elle n’avait jamais été mon but en l’invitant ici. Et puis, il ne faut pas oublier que j’ai 27 ans, que je suis divorcé ou l’équivalent, déjà père de trois enfants, et de nouveau chez mes parents depuis ma séparation.  Je suppose que je suis loin de correspondre au partenaire idéal de la première fois d’une fille de 18.

Tout le long de notre relation de couple, son humeur n’a que deux settings avec moi: Neutre ou bien agressif.  J’essaye quelquefois de lui demander pourquoi elle agit ainsi envers moi, mais tout ce que ça me rapporte, ce sont des accusations d’être un frustré de la vie qui me défoule sur elle.  Je pourrais balayer ses dires du revers de la main comme autant d’accusations farfelues sans pertinence.  Mais voilà, puisque je sors d’une relation abusive avec la mère de mes enfants, je me dis que dans le fond, ça pourrait être possible.  Peut-être qu’elle dit vrai, que je fais vraiment ce dont elle m’accuse, et que je ne m’en rend pas compte.  Aussi, un jour, je lui demande qu’est-ce qu’il y a dans mon comportement qui lui fait dire ça.  Sa réponse:

 « Ça se voit tout seul.  Si t’es trop cave pour le voir toi-même, ça servirait à rien que j’te l’dise! »

Bon! Ça valait bien la peine d’avoir l’esprit ouvert. :/

Au bout de dix jours, soit la veille des vacances de Noël, Geneviève me laisse une enveloppe sur mon bureau au local du Vox Populi.  Il s’agit d’une lettre de rupture dans laquelle, après m’avoir servi le classique « C’est pas toi, c’est moi », elle conclut en me disant qu’il vaudrait mieux pour nous deux que l’on ne se voit pas pendant deux ou trois semaines.  Je prend la chose avec un grain de sel. Après tout, pour une fille qui n’a de cesse de me jeter des blâmes, le simple fait qu’elle prenne sur elle la responsabilité de la rupture, ça démontre bien qu’elle avait hâte d’en finir.  C’est aussi bien!  Une fille qui est heureuse en couple n’agit pas envers son chum comme elle le faisait avec moi.  Et par conséquent, je ne pouvais pas être heureux non plus. Ce sont des situations de couple comme la notre qui font qu’existe le proverbe Mieux vaut être seul(e) que mal accompagné(e).   Je tiens cependant à la rassurer en lui montrant que j’ai l’esprit ouvert.  Sachant qu’elle vient de partir en bus, je saute dans mon auto et je pars l’attendre devant chez elle.  Dix minutes plus tard, lorsqu’elle arrive, elle a un mouvement de recul en me voyant.

« Hostie! Je l’savais que tu viendrais chez nous! JE L’SAVAIS! »

Je pars à rire, amusé de sa réaction.  Je m’y attendais.  Aussi, je lui dis en souriant:

« Ha! Ha! Mais non, voyons! C’est pas comme tu penses.  Je te rassures tout de suite, chuis pas venu ici pour t’engueuler ou te convaincre de reprendre, et encore moins pleurnicher en te demandant « Pourquôaaaaa? »  Je veux juste te dire que t’as pas à t’en faire, ok?  Je comprends ta décision, je la respecte et je l’accepte.  T’as pas à avoir peur de moi ou de ma réaction.  Regarde, avant de sortir ensemble, on était des bons amis et on s’entendait bien.  Je ne vois pas pourquoi ça devrait être différent maintenant qu’on a vu qu’on n’était pas fait pour être en couple.  Comme tu me l’as demandé, je vais te foutre la paix durant nos vacances de Noël.  Mais je tenais quand même à te préciser que pour moi, tout est correct, je n’ai aucun problème avec ta décision.  Ça te va? »

Tout le long de mon discours, elle reste en retrait.  Elle a l’air incertaine, mal à l’aise, voire même quelque peu craintive.  J’aurais dû m’y attendre.  Si elle a passé sa vie à être aussi abusée qu’elle me l’a dit, je peux comprendre pourquoi elle a peur de moi en ce moment.  Aussi, lui ayant dit ce que j’avais à dire, je n’insiste pas.   Je la salue, lui souhaite un bon congé de Noël, puis je remonte dans l’auto et repars en direction de chez moi, à St-Hyacinthe. 

« Bon! C’est un peu décevant que je ne saurai jamais exactement pourquoi elle a passé une semaine et demi à me maltraiter de la sorte.  Mais dans le fond, ça n’a aucune importance.  Ce qui compte, c’est que maintenant que je ne sors plus avec elle, les abus sont terminés. »

Next: Un an plus tard.

Geneviève, la coloc de l’enfer, 1e partie: La rencontre.

(Ce texte fait partie de la série La Conflictuodépendance.)

C’est au début d’octobre de l’an 1995 que j’ai rencontré Geneviève. Ou plutôt, qu’on m’a chargé de m’en occuper. J’avais 27 ans et j’étais de retour aux études, au cégep, après dix ans de vie adulte. Geneviève avait 18 ans et a dû commencer en retard à cause qu’elle avait passé son été à l’hôpital psychiatrique Douglas, ce qui lui fit rater la rentrée et le premier mois. La prof de français m’a porté volontaire pour l’aider à se rattraper, rapport que j’étais un des meilleurs de la classe. C’est ainsi que, par obligation de travail, nous sommes devenus amis.

Originaire d’Abitibi, à Montréal depuis peu, elle connait très peu de gens ici et a encore moins d’amis. Ses parents sont divorcés, elle a des relations tendues avec sa mère, distantes avec son père, et abusives avec son frère qui, bien qu’il soit de deux ans son cadet, la méprise et la maltraite. Cette situation n’est pas nouvelle pour elle, qui a passé une partie de son adolescence en refuge pour jeunes filles abusées. C’était d’ailleurs l’une des rares du refuge à être encore vierge.

« Remarque, j’me plains pas de jamais m’être fait violer. Au contraire! » me dit-elle. « Mais en même temps, ça montre à une fille qu’elle peut être tellement reject que même sexuellement, personne n’en veut. »

Elle s’est retrouvée à Douglas suite à un genre de tentative de suicide par grève de la faim progressif. Puisqu’elle n’était pas vraiment anorexique, son geste a été diagnostiqué comme étant un simple appel à l’aide. Dès qu’on le lui a fait comprendre, elle a pu être relâchée. Sortant moi-même d’une longue relation abusive avec la mère de mes enfants, je pouvais parfaitement comprendre pourquoi elle avait craqué. J’ai donc décidé de lui donner un break en l’aidant, et pas seulement dans le cours de Français. J’étais, depuis peu, rédacteur en chef du Vox Populi, le journal étudiant de mon cégep. Ce poste venait avec un groupe de collaborateurs qui sont vites devenus amis. Nous recevions toutes sortes d’invitations pour des premières, films, théâtre, lancements, etc. Puisque nous n’avions pas de photographe officiel, je lui ai offert la place. Elle a accepté. Et c’est ainsi qu’elle s’est retrouvé avec un poste officiel, une utilité, des amis et une vie sociale. Elle était heureuse et m’en fut reconnaissante.

Deux mois et demi plus tard, mi-décembre 1995. Vendredi midi, après notre dernier cours de la journée, alors que je m’apprête à aller la reconduire chez elle en auto, elle me demande ce que je fais ce weekend.  Elle n’a rien à faire, pas d’amis libres, et craint de s’ennuyer ferme.  Je lui propose donc de m’accompagner en venant passer le weekend chez mes parents, à St-Hyacinthe. Elle accepte. Je n’avais aucune idée derrière la tête, mes intentions n’étaient qu’amicales. De toute façon, jamais je n’aurais imaginé qu’une fille de 18 ans pouvait s’intéresser à un vieux de 27. Pourtant, ce soir-là, à ma grande surprise, elle m’a offert sa virginité. Ce geste m’a touché car je considère que c’est un grand honneur. Surtout que je n’aurais jamais imaginé qu’à mon âge, je puisse encore recevoir ce genre de cadeau. Une fois l’acte terminé, je le lui dis.  Elle répond:

« Ben là? C’est pas ce que tu voulais? Pourquoi tu m’as invité à passer la fin de semaine avec toi, d’abord? »
« Euh… Pour pas que tu t’ennuies chez vous, comme tu m’as dit que tu craignais qu’il arrive? »

Elle ne répond pas.  On garde le silence une minute ou deux.  Puis, avant de s’endormir, je lui ai demandé si ça signifiait qu’on était un couple. Elle m’a dit que oui, mais…

« Si ça t’dérange pas, j’aimerais mieux que personne le sache. »

Oui, j’avoue, ça me dérangeait un peu. Depuis mon retour au cégep, mes excellentes notes, la vie sociale qui m’est tombée dessus par elle-même, le poste de rédacteur en chef que l’on m’a offert sans que je le demande alors que je ne me m’y étais présenté que comme simple illustrateur, mon texte au sujet des décrocheurs que le prof de Philosophie utilise en tant que sujet de devoir pour ses cours, tout ça me démontrait que ma période reject et loser était définitivement derrière moi. Aussi, devoir revivre la situation de la fille qui a trop honte que l’on sache qu’elle a une relation avec moi, ça me rabaissait inconfortablement à cette période de ma vie que je croyais révolue. Mais bon, comme je le disais plus tôt, ça m’étonnait, aussi, qu’une fille de 18 ans puisse s’intéresser à un vieux de 27. Et puisqu’elle est à l’âge où les apparences comptent, surtout dans le cercle social, je peux comprendre pourquoi elle pourrait ressentir une certaine gêne à avouer qu’elle est en couple avec moi. Aussi, je l’ai rassurée comme quoi je comprenais et acceptais.

Et sur ce, je m’endormis, loin de me douter que c’était la dernière fois que je verrai cette version de Geneviève, une version douce, gentille et amicale.

à suivre