Geneviève la coloc de l’enfer, 6e partie: Hell’s Kitchen!

La cuisine… Ouf ! Quel putain de bordel.

Geneviève et Cassandra possédaient chacune leurs panoplies de cuisine: Vaisselle, ustensiles, chaudrons, etc, tout comme moi j’avais la mienne.  Comme tout le monde, chacun de nous détestons faire la vaisselle.  Geneviève a donc trouvé la façon parfaite de s’en exempter: Elle utilise ma vaisselle, mes ustensiles, mes chaudrons, et laisse traîner tout ça, tout sale, dans l’évier. Résultat: Quand je voulais me faire à manger, je devais d’abord laver mon stock avant de pouvoir l’utiliser. Pourquoi est-ce que je ne faisais pas l’inverse, c’est à dire utiliser celui de Geneviève? C’est que ma batterie de cuisine est du T-Fal, recouvert de teflon, puisque j’ai horreur de noyer ma viande dans du gras pour qu’elle cuise sans coller.  Je n’allais donc certainement pas prendre ses marmites en fonte et en fer.

Je bouillais intérieurement quand les amies de Geneviève venaient et passaient des commentaires sur la vaisselle sale qui traînait, et qu’elle avait le culot de dire:

« Ça? C’est la vaisselle de Steve. »

Évidemment que techniquement c’est ma vaisselle puisque j’en suis le propriétaire.  Sauf que ce n’était pas moi qui l’utilisais et la laissais traîner là toute sale. La seule fois que j’ai précisé la chose devant ses amies, vous savez ce qu’elle a répondu? Ceci:

« Estie qu’t’es menteur, man! »

Mentir en me traitant de menteur alors que c’est elle la menteuse.  Et qui pensez-vous que ses amies croyaient? Moi, un gars qu’elles ne connaissaient pas, ou elle, leur bonne amie? Je passais donc pour un négligeant de mauvaise foi.

Toutes les fois où je faisais la vaisselle alors qu’elle était dans l’appartement, ce qui était le cas à tous les jours puisque mon horaire de travail correspondait à son horaire de cégep, elle faisait tout pour m’enlever l’envie de la faire.  Elle venait me tenir compagnie dans la petite cuisine, en fumant. Elle sait que j’ai horreur de la fumée de cigarette, alors elle faisait exprès pour les griller en chaîne. Quand je lui disais d’aller fumer ailleurs, elle me répondait qu’elle a le droit de faire ce qu’elle veut.  C’est SON nom qui est sur le bail, c’est donc SON appartement. Que voulez-vous que je fasse dans ce temps-là?

En plus à chaque fois que je me faisais à manger, c’était immanquable qu’elle vienne me rejoindre dans la cuisine pour se plaindre non-stop de comment ça l’écoeurait, la puanteur de la viande qui cuit qui envahit l’appartement. C’est que, comme beaucoup de cégépiennes, Madame avait décidé de ne plus manger de viande car ce n’est pas bon pour la santé. Oh, elle fumait, se saoulait souvent, consommait du hash, du mush et de l’acide, et baisait parfois sans protection avec des gars rencontrés dans des partys…  Mais elle ne mange pas de viande car elle prend soin de sa santé. Je suppose que c’est ce qu’on appelle mettre de l’ordre dans ses priorités.

C’est comme ce matin là où je me lève et viens pour déjeuner. Elle est à la cuisine, avec deux de ses amies qui ont passé la nuit ici. Je les vois manger des croissants. En ouvrant le frigo pour prendre mon propre sac de six croissants tout neuf acheté la veille, je lui demande:

« Tiens? Tu t’es acheté des croissants toi aussi!?« 
« Non! C’est les tiens! »

Je regarde d’un air hébété mon sac ne contenant plus que deux croissants tandis que le rire insolent de Geneviève retentit à mes oreilles. 

Je suis supposé faire quoi, maintenant?  Protester et passer pour un con, de lui faire une scène publique devant ses amies?  Non! Ma seule option est de ne rien faire… Donc de quand même passer pour un con pas-d’colonne, de me laisser abuser de la sorte.  

Janvier 1998 m’a apporté un peu de répit.  Geneviève est partie passer quelques semaines chez son père en Abitibi.  Cassandra étant elle-même chez ses parents pour toute la période des vacances des fêtes, j’avais enfin la sainte paix.

Un ennuyant après-midi, je n’avais vraiment rien à faire.  Il faut dire que la température sombre et la pluie verglacée qui tombe depuis deux jours ne donne envie de rien.  Et sans câble pour la télé, ni internet à domicile, les distractions sont rares.  Je décide donc d’y mettre de la bonne volonté et de m’attaquer à la montagne de vaisselle, compliment de mes deux colocs, ainsi que de ma propre paresse. Pour une fois que j’étais seul, je considérais avoir bien mérité un peu de repos. Mais là, c’était rendu impossible de préparer quoi que ce soit puisque tout était déjà utilisé. Je me résigne donc à nettoyer toute la vaisselle commune. 

Je fais le tout de manière logique et calculée. Première étape: Faire décoller ce qui a séché.  Je dépose sur la table à diner plus de trente verres et tasses, que je remplis d’eau chaude.   Ensuite, je met un fond d’eau dans toutes les poêles et marmites. La plus grande marmite en fonte reçoit un remplissage d’eau chaude savonneuse dans laquelle je met tous les ustensiles à tremper. Là, enfin, le comptoir est dégagé, ce qui fait que je peux le nettoyer comme il faut.  Pour terminer, j’empile toutes les assiettes, puis tous les bols, dans l’évier, que je remplis ensuite d’eau chaude.  Je planifie laisser tremper le tout un quart d’heure pour laisser le temps à tout ce qui a séché de fondre et décoller, et ensuite j’attaquerai. J’estime que j’en ai pour une bonne heure et demie.

Et tout à coup : Paf !  Panne d’électricité.

Il était un peu passé seize heures, soit au moment où le soleil bien caché derrière le ciel toujours gris de cette saison commence à se coucher. Il n’y avait pas de fenêtre dans la cuisine.  Ne pouvant pas voir ce que je faisais, je ne pouvais pas faire la vaisselle.  Je hausse les épaules en me disant que j’en serai quitte pour la faire dès que le courant reviendra, voilà tout. 

Je ne me doutais pas que j’étais en train de vivre les premières minutes de la crise du verglas, un événement historique qui laissera une partie du Québec de deux à trois semaines sans électricité. Heureusement que j’avais un véhicule à ce moment là, ce qui m’a permis non seulement de continuer à travailler, ça m’a été bien utile pour les déplacements de mon ex et de nos enfants qui se faisaient envoyer d’un refuge à l’autre. Durant cette période, je n’ai presque pas mis les pieds dans l’appartement, mon temps se consacrait entre mon travail et ma petite famille.

Dès que tout est redevenu normal et que la famille a pu réintégrer leur appartement aux alentours du 17 janvier , je suis rentré chez moi.  Geneviève, qui était revenue entre-temps, m’attendait de pied ferme. Vous devinez comment j’ai pu me faire incendier au sujet de la puanteur qui lui a monté au nez quand elle est rentrée, résultant des résidus de nourriture de la vaisselle sale qui avaient trempés, fermentés et pourris dans la cuisine pendant deux semaines. Peu importe mes explications, elle soutenait que je n’étais rien qu’un gros dégueulasse. Ça m’apprendra à avoir voulu y mettre de la bonne volonté en nettoyant la vaisselle collective. 

En tout cas, il y a eu au moins ça de positif: Pour une fois, ça a obligé Geneviève à faire toute la vaisselle.

SUITE: Parlant de puanteur…

Geneviève la coloc de l’enfer, 5e partie: Une bonne conduite

Cet automne là, mon nouveau travail bien payé à Air Canada m’a permis de me payer une auto.  C’est que quand j’habitais chez mes parents à St-Hyacinthe, je pouvais emprunter la leur.  Mais plus maintenant, puisque j’habite Montréal. 

Soudainement, l’attitude de Geneviève changea avec moi. Soudainement, elle devint gentille. Soudainement, elle devint amicale. Soudainement, elle voulait être en ma compagnie… En particulier dans l’auto.

N’étant tout de même pas servile, surtout pas avec une personne qui m’a fait subir son attitude arrogante et méprisante, je refusais de lui servir de chauffeur privé, peu importe l’insistance qu’elle y mettait. Par contre, presque à chaque fois que je devais partir ailleurs qu’à mon travail, elle me demandait si elle pouvait venir aussi.  Ou bien, si elle avait à faire dans ce coin là, elle me demandait de faire un détour pour la déposer en quelque part. Et quand j’allais au Carrefour Angrignon faire une épicerie, je pouvais être certain que l’heure que j’y mettais d’habitude allait être multiplié par trois ou quatre, le temps qu’elle magasine partout et s’achète du stock. Bien sûr, elle me demandait de lui porter ses paquets tandis que je l’accompagnais, ce que je refusais catégoriquement. Bien des gens me considéreraient comme un gars mal éduqué de ne pas vouloir les lui porter.  Mais s’ils savaient ce qu’elle me faisait endurer, ils pourraient peut-être comprendre pourquoi je n’avais pas envie d’être gentleman avec elle.

Son attitude gentille et amicale a vite fait place à son naturel qui est revenu au galop.  Par exemple, lorsque l’on traversait la ville, c’était l’enfer. Bien qu’elle ignorait complètement les sens uniques, interdictions de tourner et autres règlements que l’on ne remarque pas quand, comme elle, on a toujours été piéton, elle se permettait de m’insulter si je prenais un chemin que je savais passable plutôt qu’un autre qu’elle croyait par erreur être meilleur.   Une journée en particulier, je me suis vite rendu compte qu’elle essayait juste de me faire frustrer. Histoire de voir à quel point, j’ai décidé de faire exprès pour répondre à chacune de ses attaques par une réponse dite avec calme, zen et sans contradiction.

 « Qu’est-ce que tu fais, là? Tasse-toé, j’viens de te dire de tourner icite. »
« Je ne peux pas, c’est un sens unique, tu vois la pancarte!? »
« Ben t’es donc cave. Pourquoi t’es pas arrivé deux rues plus à gauche d’abord? »
« C’est fermé pour travaux. »
« Franchement, si tu le savais que c’était fermé, pourquoi t’allais par là tantôt? »
« J’ai seulement appris que c’était bloqué quand j’ai vu les panneaux de détour. »
« Ben oui, pis tu nous as pognés dans le trafic. »
« Désolé, la prochaine fois je me renseignerai. »
« Hostie qu’c’est con d’passer icite. »
« Possible! Mais c’est le seul chemin que je connais pour me rendre. »

« Tu connais pas grand chose. »
« Eh non. Hélas, je n’ai pas la connaissance des rues de Montréal d’un chauffeur de taxi. »
« Pas besoin d’être chauffeur de taxi. Lucien, lui, il sait par où passer pour se rendre partout rapidement. »
« Ah ça c’est normal, Lucien conduit dans Montréal depuis des années, soit bien plus longtemps que moi. »
« Pas rapport! J’conduis pas pis moi aussi j’le sais. »
« Excellent! Comme ça, grâce à toi, on ne pourra pas se perdre. »
« Bon! Bon! Bon! Ga’ lé, là, le monsieur frustré! »

À celle-là, bien que je continue de parler calmement avec un petit sourire, je ne peux m’empêcher de lui lancer un petit sarcasme.

« Frustré ? Hum… Oui, je suppose qu’entre toi qui ne cesse de me lancer des insultes et moi qui te réponds calmement, j’imagine qu’en effet c’est moi, le frustré, ici. Oui, tu as parfaitement raison. »

Elle hausse le ton.

« Tu l’sais-tu c’est quoi ton vrai problème, toé? C’est que ça t’fais chier de voir qu’une fille sache mieux que toé comment se diriger en ville! »

Ok, wow!  Je sais qu’il y a des gens qui ont une haute estime de leurs propres opinions.  Et moi le premier.  Par contre, qu’une personne se croit tellement dans son droit de rabaisser un autre qu’elle considère que la seule raison pourquoi il se défend, c’est parce qu’il a des préjugés contre le sexe opposé?  Je n’avais encore jamais vu ça.  Ou bien j’accepte ses insultes, ou bien je suis misogyne.  Je ne sais même pas quoi répondre à ça, tellement c’est n’importe quoi.  En tout cas, je suis déçu de constater qu’avec elle, il n’y a pas moyen de s’en tirer. Ou bien j’acceptais ses abus avec le sourire, ce qui faisait que j’étais le seul de nous deux à frustrer.  Ou bien je ne me laisse pas faire et nous sommes deux à frustrer, et elle empire les abus en allant jusqu’à dire exagérer, fabuler et mentir.

Pourquoi est-ce que j’endurais tout cela? C’est que c’est assez difficile de se trouver un nouveau logement entre novembre et mars.  De nos jours, il y a internet et Kijiji, alors c’est facile.  Mais à l’époque, ce n’était pas évident.  Et comme elle me rappelait souvent que c’était son nom et non le mien qui était sur le bail, son sous-entendu était clair.  Ou bien j’accepte ses abus, ou bien je me retrouve à la rue.

 Il arrivait quand même des fois que j’accepte d’être son chauffeur quand c’était sur mon chemin et que c’était rapide. Par exemple, un soir elle m’appelle à mon travail, alors que j’étais au quart de soir, travaillant de 16:30 à minuit.  Elle me demande de passer la prendre au bar St-Sulpice sur la rue St-Denis car elle risque de manquer le métro. J’accepte puisque ce n’est pas vraiment un détour pour moi. Je la retrouve là, avec ses amis, mais contrairement à ce que je croyais, elle ne voulait pas rentrer tout de suite. Non, ma présence en tant que lift lui permettait de rester là jusqu’à la fermeture à trois heures du matin, et de pouvoir aller reconduire ses amis chez eux par la même occasion. Inutile de dire que j’étais épuisé et pas juste un peu frustré lorsque j’ai enfin pu me coucher à 4:30 du matin, soit quatre heures plus tard qu’à mon habitude.

Une autre fois, mon ex, la mère de mes enfants, qui habitait à quelques rues de chez Geneviève et moi, voulait que je passe chez elle un soir. Ça ne me tentait pas trop, surtout que Kathleen, une des amies de Geneviève, faisait un party ce soir là, et que je m’étais très bien entendu avec elle les deux  fois où je l’avais rencontré. Aussi, lorsque j’ai entendu le message sur mon répondeur où Kathleen dit à Geneviève d’amener ses colocs au party, je suis heureux de voir que je peux quand même recommencer à avoir une vie sociale.

 Le soir venu, Geneviève me demande si je peux aller les reconduire, Cassandra et elle, au party. Je réponds:

 « Bah ouais! Puisque j’y vais anyway, ce serait bête de vous faire prendre le bus. »
« Comment ça, tu y vas? T’es pas invité! »
« Kathleen a bien dit sur le message que je pouvais venir. »
« Non! Elle a dit « T’amènera TA coloc », donc Cassandra. Elle a jamais parlé de toi. »
« Heille, arrête ta bullshit!  J’ai encore le message sur mon répondeur ici, et elle dit très clairement « T’amènera TES coloc », et non juste « TA coloc ». »
« C’est parce qu’elle ne savait pas que t’habitais icite. Quand j’ai vérifié avec elle au téléphone, elle m’a dit qu’elle pensait que je restais avec deux filles qu’à connaissait pas. C’est un party entre amies seulement. »
« Entre amis seulement, mais elle invite des filles qu’à connais pas? C’est pas ben ben logique, ton affaire. »

Voyant que je ne crois pas à ses explications bidon, elle change de tactique.

 « Bon, Ok, j’voulais pas te le dire pour pas te faire frustrer, mais c’est elle qui m’a demandé de pas t’inviter. Elle a l’œil sur un gars qui va être là à soir, pis ta présence la mettrait mal à l’aise. »
« Franchement!  Ça ne tient pas debout.  On se connait à peine elle et moi, et je n’ai jamais essayé de la draguer.  Pourquoi est-ce que ma présence lui… »
« Le party se passe chez elle, fa que c’est elle qui décide qui rentre chez elle ou pas. »

Bien que ce qu’elle me raconte soit improbable, ça reste tout de même possible.  Si elle dit vrai, je risque donc de me retrouver à un party dans lequel non pas une mais bien deux filles trouvent ma présence indésirable.  Et si je confronte Kathleen directement pour lui demander, même si Geneviève ment, le simple fait d’aborder le sujet va mettre une mauvaise ambiance dès le départ.  Est-ce que je tiens à prendre ce risque?

« Bon ben tant pis, allez-y en bus.  Chu tanné de te servir de chauffeur pour rien. »
« Estie que t’es chien, man! Tu me punis pis c’est même pas de ma faute. Pis Cassandra, elle, tu y penses-tu? Elle aussi, tu veux la punir à cause de Kathleen? »

 C’était en effet ben chien de ma part d’impliquer cette pauvre et innocente Cassandra. J’accepte donc d’aller les reconduire. Mon ex habite à cinq ou six rues de chez Kathleen. J’irai là en attendant, elles n’auront qu’à m’y appeler quand le party sera fini, je les ramasserai chez Kathleen et on retournera chez nous.

 Rendu à onze heure du soir, Geneviève m’appelle chez mon ex et me demande d’aller les chercher. Ça me surprend qu’elle veut partir de ce party si tôt, elle qui préfère toujours rester dans les bars jusqu’à la fermeture. Mais bon, je décide quand même de finir le film que mon ex et moi regardons.  Geneviève me fait toujours attendre à chaque fois que je vais la chercher en quelque part, alors pour une fois que c’est l’inverse, elle n’en mourra pas.  

Quarante-cinq minutes plus tard, je sonne chez Kathleen où le party bat son plein. Kathleen me répond toute joyeuse en me sautant au cou.

 « HEY, STEEEEVE! Comment ça va? »

Hum… Ok! Pour une fille qui ne voulait pas me voir à son party, je me serais attendu à une attitude un peu plus froide et distante.

« Bien, et toi? »
« Super, mais pourquoi t’es pas venu à mon party? »
« Ben, parce que t’avais juste invité Geneviève pis Cassandra? »
« Ben non, toi aussi j’voulais qu’tu viennes. »

Tabarnak!

Encore une manigance de Geneviève dans le but de m’empêcher d’avoir la moindre vie sociale.  J’aurais dû m’en douter.   Je réserve un chien de ma chienne à cette chiante, et tant pis si ça fait une scène publique. Cette fois, ce ne sera pas un cas de ma parole contre la sienne. Cassandra est témoins de tout ce que Geneviève m’a dit pour m’empêcher d’aller au party ce soir, et elle est trop honnête pour mentir. Je demande donc à Kathleen à voir Geneviève et Cassandra, puisque je suis venu ici les chercher.  Elle me répond:

« Ah, t’arrives trop tard,  ‘sont parties y’a une demi-heure. »

Me faire y aller sans raison, après m’avoir empêché d’y aller sans raison. Les bras m’en tombent.  Vous devinez que Geneviève n’étais pas vraiment ma coloc favorite en ce moment. Je rentre à la maison, furieux comme jamais.  Les lumières sont éteintes, ce qui signifie qu’elles sont couchées. Je me dirige directement dans la chambre de Geneviève et allume.  Elle est couchée et endormie.  Peu m’importe, je la secoue en l’engueulant.  Je constate rapidement que ma complainte est tombée dans l’oreille d’un sourd, ou du moins d’une personne visiblement trop abrutie par l’alcool et whatever drogue qu’elle a consommée ce soir-là pour comprendre la moindre chose que je disais. J’ai refermé la lumière et la porte en furie, et je quitte l’appartement.

« Ah, comme ça Kathleen voulait me voir à ce party, hein? Très bien, je ne vais pas laisser se gâcher le reste de la soirée pour une christ de vache de chienne sale comme Geneviève. »

Je sors de l’appartement et je cours vers mon auto stationnée trois rues plus loin et… Et je me fait arrêter par une police qui patrouillait dans le coin et qui trouvait ça suspect, quelqu’un qui court à toute vitesse, passé minuit, dans ce quartier mal famé. 

Un quart d’heure plus tard, me revoilà  chez Kathleen et je sonne de nouveau.  Elle me répond, l’air surprise de me revoir.  Et moi, je constate avec déception que non seulement toutes les lumières chez elle sont allumées, la musique ne joue plus.  Dans la demie-heure que j’ai mis pour faire cet aller-retour, le party a eu le temps de finir.  Le trois quart des invités sont partis et ceux qui restent sont effondrés ici et là, bien parti pour y dormir jusqu’à midi demain.  À Kathleen qui me demande ce que je fais là, j’improvise une explication bidon, comme quoi Geneviève aurait oublié ses gants chez elle. Une fouille rapide constatant qu’il n’en était rien, je la salue et repars chez moi. Encore une fois, à cause des manigances de Geneviève qui s’acharne à détruire le peu de vie sociale que j’arrive à obtenir, me revoilà déçu, frustré, loser.

Si seulement je pouvais comprendre pour quelle raison elle me fait ça.  Qu’est-ce qu’elle en a à foutre, si j’ai des amis ou non? Pourquoi est-ce qu’elle s’acharne à détruite ma vie sociale?  Qu’est-ce que ça change dans sa vie, que je fréquente des gens ou non?  Je veux dire, à part pour le plaisir de jouer à « Ha ha, j’ai des amis pis t’en a pas! », comme elle me l’a fait à l’Halloween?

Il y avait quand même des fois où c’était avec plaisir que je lui servais de chauffeur.  Vers la mi-décembre, elle devait se rendre à l’Ile Perrot pour un party de Noël avec de ses amis qu’elle s’était fait au foyer d’accueil pour jeunes filles abusées.

« Pis là frustre pas si j’t’invite pas!  C’est juste la gang de filles du foyer, pis leurs chums pour celles qui en ont.  T’es pas mon chum pis encore moins une fille du foyer, tsé! »
« Mais oui, pas de problème. »

Après l’avoir débarquée, je retourne à Montréal.  C’est que ce soir là, j’avais d’autres plans et je me suis bien gardé de lui en parler car je ne tenais à éviter qu’elle manigance quoi que ce soit pour me les ruiner.  Appelez-moi parano, je trouve que son comportement avec moi jusqu’à date justifiait amplement cette mesure de prudence.

Fatima était une étudiante d’origine franco-iranienne, au Québec depuis deux ans, que j’avais rencontré l’année dernière lors d’un rassemblement de cégeps pour une activité intercollégiale.  On s’était plu tout de suite.  Mais à cette époque, Internet était à ses débuts, et seuls les riches y avaient accès, ce qui n’était pas mon cas.  Or, depuis quelques mois, maintenant que je travaillais pour Air Canada, j’y avais une connexion au net cinq jours semaine.  J’en ai profité pour la retracer.  Et c’est afin de pouvoir lui écrire que je me suis ouvert un compte sur Hotmail.  Je suppose que j’étais l’un des premiers francophones à m’y inscrire, d’où le fait que j’ai pu obtenir quelque chose d’aussi simple que requin@hotmail.com comme adresse de messagerie.  Elle a été heureuse d’avoir de mes nouvelles.  On s’est revus plusieurs fois, et depuis quelques jours c’est maintenant mon amante libre sans attaches, ce que l’on appele communément une fuck friend.  Ce soir, en sachant que je vais avoir l’appartement pour moi tout seul pour tant et aussi longtemps que je n’irai pas chercher Geneviève, je ne suis que trop heureux de passer prendre Fatima. 

Comme d’habitude, dès que nous sommes à bonne distance de chez elle, Fatima retire son hijab et le range dans son sac à main.  Bien qu’elle ne fasse pas de remous afin de rester parfaite et irréprochable auprès de sa famille, c’est une petite rebelle éprise de liberté. Ayant moi-même vécu pendant plusieurs années sous la dictature de mon ex et de ma belle-famille pour cause d’obligations familiales, c’est le plus grand trait de personnalité que nous avons en commun.  Notre soif de liberté, face à un environnement qui nous emprisone.  C’est probablement ce qui nous rend aussi complices dans cette excitante relation secrète.

Alors que nous terminons de souper, le téléphone sonne.  Je répond.  C’est Geneviève qui m’appelle en riant:

« Pis? Tu t’amuses bien, chez vous, tout seul? »
« Je ne suis pas seul, je suis en bonne compagnie.  On vient tout juste de finir un souper romantique. »
« Hein? Avec qui? »
« Tu la connais pas. »
« Tu me niaises-tu? T’as pas vraiment quelqu’un avec toi? »

Pour toute réponse, je tend le combiné à Fatima qui, à l’autre bout de la table, crie joyeusement « SALUUUUUT! ».  Puis, je reprend la conversation.

« Fa que, qu’est-ce que je peux faire pour toi? »

Avec une voix surprise de quelqu’un qui ne sait plus trop quoi dire, Geneviève répond:

 « Ah? Euh, ok!  C’était juste pour savoir. Ok, bye! »

 Et elle raccroche.  Fatima me demande:

« C’était qui? »
« Ma coloc Geneviève. »
« Qu’est-ce qu’elle voulait? »
« Rien! »
« Comment ça, rien? »
« Comme je la connais, je ne vois qu’une seule explication pour son appel: Elle s’est probablement amusée à raconter à ses amis combien elle abuse de moi et comment elle s’arrange pour m’empêcher d’avoir une vie sociale.  Elle a dû vouloir po
usser la chose encore plus loin en me niaisant devant tout le monde par téléphone sur le fait que je suis un reject tout seul chez lui tandis qu’elle s’amuse en party. »
« Ha ha! Tu serais pas un p’tit peu parano, des fois? »
« Je fabule peut-être, mais après le coup de l’Halloween et du party de Kathleen, ça ne me surprendrait vraiment pas d’elle.  C’est même la plus rationnelle explication de cet appel qui ne semblait pas avoir le moindre autre but. »

Quinze minutes plus tard, Geneviève rappelle.  Elle nous invite tous les deux au party, Fatima et moi.  La voyant venir dans son petit jeu, je ne peux m’empêcher de lui répondre sur un ton sarcastique :

 « Bon, qu’est-ce qui se passe? Ça manque de filles à ton party, c’est ça? »
« Hein? De quoi tu parles? »
« Quand je suis seul, tu m’invites pas. Mais dès que t’apprends que chus avec une fille, tu NOUS invite. »
« Heille, les nerfs, chose!  La parano, ça se soigne, tsé! »
 » Ah ouais? Pourtant, t’as eu deux occasions m’inviter, aujourd’hui: Une fois dans le char quand je t’ai reconduit, pis une fois tantôt quand tu m’as appelé pour rien dire.  Comment ça se fait que tu l’as pas fait à ce moment là? »
« Parce qu’à ce moment-là je l’savais pas que je pouvais t’inviter.  Mais là, y m’ont dit que c’était correct. Fa que, venez vous-en! »

Juste à entendre mon côté de la conversation, Fatima comprend tout de suite de quoi on parle.

« On est invité à un party? Génial!  On peut y aller, dis? »

Je fais mine de rien mais intérieurement je soupire.  Voilà ma soirée intime avec elle qui fout le camp.  Ça m’apprendra à céder à la tentation de confronter Geneviève avec sa bullshit. J’aurais dû juste me contenter de répondre « Non merci, bye! », de raccrocher et d’éteindre la sonnerie. 

En guise de party entre gang de filles et leur chum, c’était exactement comme je l’avais deviné. Il n’y avait que Geneviève, deux autres filles et six gars, dont un qui a tenté de draguer Fatima.  Nous revenons avec Geneviève, ce qui brise tout espoir d’avoir de l’intimité, surtout que ma chambre n’a pas de porte puisqu’il s’agit du salon de l’appartement.  Et puis, il est passé 23:00.  La famille de Fatima a beau être libérale en leur genre, ils ne le sont pas au point de la laisser rentrer trop tard sans lui faire des histoires. Je la reconduis donc chez elle en premier.  Bien que l’expression n’est pas encore courante au Québec à cette époque, à défaut de m’empêcher d’avoir une vie sociale, Geneviève tout de même réussi ce soir-là à me cockbloquer.  

(Je mettrai fin à ma relation avec Fatima un mois plus tard après être allé voir le film Boogie Nights avec elle, mais ceci est une autre histoire.)

 Mon véhicule m’a au moins sauvé d’un abus de la part de ma chère coloc.  C’est que, puisque mon salaire valait quatre fois ce qu’elle et Julie recevaient en prêts et bourses, Geneviève a décidé qu’il serait plus juste que je paye 250$ sur les 450$ que coûtait notre loyer. Je lui ai vite démontré, budget à l’appui, qu’une fois que j’ai fait mes versements mensuels pour l’auto, les assurances pour l’auto, le coût de ce que je consomme en essence et celui de ma place de stationnement au travail, en plus de ce que j’ai à verser en pension alimentaire de mon ex, sans oublier ma part actuelle de loyer, d’électricité et de téléphone, il ne me reste qu’à peine 120$ au bout du mois.

« Si je donne cent piastres de plus pour le loyer, c’est pas avec les vingt qui vont me rester que je vais pouvoir me nourrir pour un mois.  Surtout si tu continues à me voler de la bouffe, comme tu le fait tout le temps. »

Elle n’était pas contente de mon refus, mais fuck that, c’est ça qui est ça!

NEXT: Parce que oui, en plus, elle pigeait sans retenue dans mes provisions.

Geneviève, la coloc de l’enfer, 4e partie: Le premier mois

Pour ce qui est du côté sexuel de notre relation, je me suis rendu compte le soir-même où j’ai aménagé dans cet appartement que je n’avais fait que fabuler.

Afin de nous aider à transporter mes biens, elle a obtenu l’aide de Lucien, un ami cégépien qui lui courait après depuis un an (en fait, il courait après toutes les filles célibataires). Il n’était que trop heureux de venir aider au déménagement afin de bien paraître à ses yeux. J’avais même fait une blague à Geneviève à ce sujet, en lui disant:

« Pourquoi tu demandes pas à Lucien d’être ton coloc à la place ? Chu sûr qu’il va dire oui, dans l’espoir de coucher avec toi un jour. »

Ce à quoi elle a répondu d’un air dégoûté:

 « Lui ? Oh YARK! Non, jamais! »

 On emménage donc mon stock, j’arrange ma chambre rapidement, et Lucien reste à coucher étant donné l’heure tardive. Je m’installe sur mon lit et Lucien sur le fauteuil.  Geneviève, prétextant avoir encore envie de jaser un peu, viens nous rejoindre et amène son matelas de futon dans ma chambre.  On parle et je finis par m’endormir.  Geneviève me réveille et me dit d’aller à la salle de bain, prendre une douche, pour raisons sexuelles. Ça m’étonne qu’elle dise ça ouvertement comme ça devant Lucien, mais à voir la façon dont ils ont de se minoucher, j’en déduis qu’elle a envie de faire un ménage à trois, d’où la demande pour que je me lave. Eh bien je me trompais:  Elle voulait juste que je sois occupé ailleurs, le temps qu’elle baise avec lui. J’ai donc été expulsé de ma propre chambre, ma première nuit dans mon nouvel appartement, le temps qu’elle y baise avec un gars de qui elle disait « Oh YARK! Non, jamais! » il n’y a pas huit heures de ça.   Ça commence bien.

Au fil des jours et des semaines, je me suis rendu compte qu’être bon ami proche avec quelqu’un, ce n’est vraiment pas pareil comme habiter avec.  En tout cas, avec elle. Pour une raison que je ne comprendrai jamais, son comportement envers moi a changé instantanément dès que j’ai mis les pieds dans cet appartement. De gentille, amicale et calineuse, elle est devenue bitch, profiteuse, menteuse, voleuse, tyrannique, injuste, et m’a fait subir son sens de l’humour qui était tellement immature et imbécile que je n’ai jamais imaginé qu’on puisse en retrouver un semblable chez une fille de 21 ans.  

Un exemple: J’étais dans la salle de bain et commençais à prendre une douche. Elle entre. La poignée de porte avait une serrure, mais je ne voyais pas pourquoi je devais lui interdire l’accès à la salle de bain si elle en avait besoin. Elle m’avait souvent vu tout nu de toutes façon. Elle vient donc faire pipi. Je lui demande de ne pas tirer la chasse d’eau, rapport que je suis dans la douche. Elle me dit:

« Ben non, voyons! Pour qui tu me prends? »

et elle flushe aussitôt. L’eau de ma douche devient automatiquement brûlante. Elle part en riant. Me voilà donc pris à me tasser du jet en attendant que l’eau redevienne supportable.  Après quelques trop longues minutes,  je me remet sous le jet d’eau et je commence à me shampooiner. Geneviève revient dans la salle de bain, flushe la toilette de nouveau, et repart en riant. Me v’là donc re-pris à me re-tasser à devoir ré-attendre que l’eau redevienne re-vivable. Irrité, je me marmonne:

« Sacrament! C’est pas long, d’abord, pour que la toilette finisse de se remplir quand la douche lui détourne de son eau!? »

 L’eau est encore un peu trop chaude à mon goût quand je me remets dessous, mais là il faut absolument que je me rince du shampooing qui m’a coulé dans la face et les yeux. À peine suis-je sous le jet, devinez ? Eh oui, elle revient me refaire le coup du flush-a-bye une 3e fois.  Une fois, c’est une blague.  Deux fois, c’est louche côté immaturité. Mais trois fois!?   En tout cas j’ai appris ma leçon car depuis cette histoire je verrouillais la porte lorsque j’utilisais la salle de bain, ce qui me donnait droit, à chaque fois à ses remarques moqueuses et insultantes:

« Bon, ga’ donc le peureux qui va s’enfermer dans’ chambre de bain. Kess’ que t’as? T’as peur qu’on rentre? Franchement, comme si ça nous tentait de voir une amanchure comme toé tout nu. »

 Encore au sujet de la salle de bain: Un matin, alors que je vais pour me laver après le déjeuner, elle me demande:

 « Tu t’en vas-tu prendre ta douche? »
« Oui! »
« Ben laisse-moi y aller avant, faut juste que je me lave les mains, ce sera pas long. »

Je la laisse y aller. Elle entre, referme la porte et la verrouille. Je trouve ça bizarre, de s’enfermer pour se laver les mains. J’ai eu mon explication quelques longues minutes plus tard, lorsque j’ai entendu la douche partir. Elle a fait exprès pour prendre une douche extra longue, monopolisant la salle de bain, ce qui fait que j’ai eu à aller travailler sale, pas peigné, pas rasé, et sans mes verres de contacts qui étaient dans la salle de bain.   Lunettes à part, je n’avais vraiment pas le look qui sied à un travail de bureau.

Le soir de l’Halloween 1997. Ce soir là était exceptionnel. D’abord, parce que c’est très rare qu’il fasse un confortable et estival 16°C un 31 octobre. Ensuite, on était un vendredi.   À ce moment là ça faisait une semaine que nous habitions ensemble. À part l’histoire de la baise avec Lucien, et son humour de salle de bain, je n’avais encore rien subi de véritablement négatif de sa part. C’est ici que ça allait changer.

Toute la journée, Geneviève et Cassandra ont préparé leur costume d’Halloween. Or, à mesure que le temps passait, je ne pouvais m’empêcher de ressentir un petit malaise qui grandissait peu à peu. D’habitude, Geneviève est la première à m’inviter à des partys et des sorties. Là, je vois bien qu’elles se préparent à un party. Deux filles de 19 et 21 ans ne vont quand même pas passer aux maisons pour des bonbons. Or, ni l’une ni l’autre ne me glissent mot à ce sujet.  Rendu à neuf heure le soir, les filles ont terminé leurs costumes. Moi, je travaille à ma table à dessin dans ma chambre. Geneviève vient me voir. Elle me demande:

« Pis, tu fais-tu de quoi à soir? »
« Moi? Non! »

Je m’attends à ce qu’elle m’invite à leur soirée.  À la place, elle insiste:

« Rien de prévu? »
« Nope! »
« Pas de sorties? »
« Non! »
« Pas de party? »
« Non! »
« T’as vraiment rien au programme? »
« Non! »
« Rien du tout? »
« Rien du tout! »
« Fa que, t’es totalement libre à’ soir? »

Je ne vois pas pourquoi elle étire la sauce de la sorte, mais je me réjouis en voyant qu’elle a l’air de vouloir vérifier si j’ai quelque chose de prévu avant de m’inviter en quelque part. Je réponds donc:

 « Exact, chus parfaitement libre.  Pourquoi? Est-ce que c’est une invitation? »
« Non! »

 Sur ce, elle me plante là et repart vers sa chambre, préparer son départ avec Cassandra.

Lorsque je l’ai rencontré il y a deux ans, je l’ai introduit dans mon univers.  Elle en a profité pour m’en isoler. Et aujourd’hui, elle s’en va faire le party avec SES amis, en ayant la gentillesse de me dire un joli petit « Amuse-toi bien tout seul, là! » avant de partir avec Cassandra, en m’abandonnant seul dans l’appartement.

Halloween est soir de party.  Vendredi soir est jour de sortie.  Seize degrés Celsius est une température d’été.  Tout, ce soir, a une atmosphère de fête.  Tout le monde a une place où aller, des amis avec qui faire la fête.   Tout le monde, sauf moi, comme Geneviève s’était acharnée à me le faire dire et redire moi-même.   Ça faisait au moins dix ans qu’on ne m’avait pas fait sentir aussi loser, aussi reject.   Je ne pouvais pas croire que quelqu’un qui prétendait être ma bonne amie proche puisse mettre autant d’efforts dans un tel but.

Et ce n’est pas fini.

Geneviève, la coloc de l’enfer, 3e partie: La proposition.

Janvier 1996. À cause de certains problèmes causés par la mère de mes enfants (dont l’énumération serait fastidieuse), je ne peux pas continuer le cégep en début de cette année. Considérant qu’il serait injuste de garder le poste de rédacteur-en-chef du journal étudiant alors que je ne pourrai pas y étudier avant septembre prochain, je prends la décision de céder mon poste. On me demande cependant de continuer d’y fournir La Page Requin Roll que j’y publie depuis le début. Et puisque j’ai remporté haut la main mon audition à Cégeps en Spectacles, the show must go on et je dois tout de même y participer. Pour ces deux raisons, je continue d’aller au cégep une fois ou deux par semaine. Je vois encore Geneviève au journal, mais on ne fait pas vraiment de cas l’un de l’autre.

Un vendredi, j’entends à quelques reprises les membres du journal s’échanger des informations à propos d’une sortie qu’ils feront ce soir-là. Je me demande pourquoi on ne m’en a pas parlé. Je fais encore partie du journal après tout, et je suis tout de même ami avec la majorité des membres. Pourquoi suis-je donc exclus? J’en parle à Hélène, une amie dont le chum fait partie du journal. Un peu gênée, elle me dit :

« C’est à cause de Geneviève. »
« Comment ça? »
« Ben, vous avez déjà sorti ensemble. »
« Tiens? Ça me surprend qu’elle en ait parlé. Aux dernières nouvelles, elle voulait que ça reste un secret entre nous deux. »
« Elle nous l’a dit en décembre, quand on planifiait faire notre party de Noël. Elle a dit que, puisque t’étais son ex, elle se sentirait mal si tu étais invité parce qu’elle se sentirait surveillée et que ça la mettrait mal à l’aise. »
« Qu-Quoi? Moi, la surveiller?  Alors que j’ai pourtant pris la peine d’aller la rassurer quand elle a cassé, comme quoi j’étais correct avec sa décision et que… »

Je constate soudain un fait troublant dans ce que me dit Hélène.

« Attend une minute…  T’es en train de me dire que le Vox a eu un party de Noël? Sans moi, qui était pourtant le rédacteur-en-chef? »

Pour toute réponse, Hélène pose sa main sur mon bras et son visage prend un air désolé. Je n’arrive pas à y croire. Lorsque je l’ai rencontrée quatre mois plus tôt, Geneviève n’avait aucun ami. Je l’ai introduit dans mon univers. Et maintenant qu’elle y est, elle s’arrange pour m’en isoler? C’est aberrant!

« Je ne peux pas croire qu’ils la laissent me faire ça sans rien dire. Ce sont pourtant mes amis. »
« Ben… J’veux pas t’insulter, là, mais r’garde… C’est une fille de 18 ans, célibataire et maintenant sexuellement active. Et toi, t’es un gars de 27 ans, divorcé et père trois fois, donc pas nécessairement la première personne qui nous fait envie quand on est jeune et fringuant. Et elle c’est la photographe, donc utile dans les sorties. Tandis que toi t’étais le rédacteur-en-chef, t’avais rien de plus à faire que de recevoir les textes et les photos. Et maintenant, t’es même plus cela. Ton cas était perdu d’avance. »

Incroyable! Je suis sous le choc.  Je ne sais pas ce qui me fais le plus mal en ce moment.  Le coup chien que me fais Geneviève en me volant ma vie sociale, surtout qu’elle n’a aucune raison de me traiter comme si j’étais un ex jaloux.  Ou la trahison de mes amis qui la laissent faire sans rien dire.

Les mois passent. 

  • Février ’96, je fais mon numéro à Cégeps en Spectacles. 
  • Mars ’96, je me trouve un travail à temps plein comme gars de ménage et de plonge au restaurant végétarien Le Commensal. 
  • Juin ’96, je trouve le temps de faire et de publier Requin Roll numéro 5. 
  • Aout ’96, j’aménage dans les résidences étudiantes qui viennent tout juste d’être construites sur le terrain adjacent au cégep.
  • Automne ’96, je reprends mes études au cégep.  J’y rencontre Océane  et je sors brièvement avec Salomé
  • Janvier 1997, parce que la mère de mes enfants m’a mis des bâtons dans les roues de mes études une fois de trop, le cégep m’annonce qu’ils n’acceptent plus que je m’y réinscrive.
  • Février ’97, le propriétaire des résidences étudiantes me rencontre et m’offre le poste de superviseur de la place. 
  • Juin ’97, on m’offre un travail au service à la clientèle pour Air Canada. 
  • Aout ’97, puisqu’on me donne l’horaire de soir, le propriétaire des résidences étudiantes me prie de quitter mon poste et mon appartement, puisque je ne puis plus être au service des résidents après leurs heures de cours.
  • Septembre ’97, Geneviève refait apparition dans ma vie.

Je la rencontre par hasard en face du IGA sur la rue Monk dans le quartier Ville-Émard, en revenant d’aller visiter mes enfants chez mon ex.  Voilà deux ans que nous nous sommes rencontrés pour la première fois.  Elle a maintenant 20 ans et moi 29. Nos situations respectives ont changé. J’ai maintenant un travail de bureau bien payé, et elle a encore une année à faire au cégep.   Depuis le temps que nous sommes ex, elle n’a plus l’air de me voir comme étant un pestiféré à éviter à tout prix.  Et puisqu’elle vient tout juste de recevoir son prêt étudiant, elle considère que les dépenses pour se payer du bon temps sont de mise. Pendant une semaine, on se voit presque à chaque jour.  Ou bien on sort avec nos vieux amis, ou bien on va juste tous les deux à un resto, ou bien je vais tout simplement passer la soirée chez elle après qu’on se soit loués quelques films.  Elle habite maintenant au coin des rues Monk et Jolicoeur, juste au-dessus d’un club vidéo, avec son frère et une amie du nom de Cassandra. Et on se jase de long en large de tout ce qu’on a pu faire tout ce temps-là.  Elle me raconte, entre autres, les expériences sexuelles qu’elle a eues avec trois gars au fil des mois, et même du fait qu’un soir elle était tellement allumée et en manque qu’elle s’était filmée en plein séance de plaisir solitaire avec une caméra empruntée au cégep.

Un soir, alors que nous étions couchés sur son lit après avoir regardé un film sur sa télé située au pied de son futon, elle se retourne vers moi et me dit:

« Ça t’tentes-tu qu’on s’masturbe? »

Je la sais directe et sans-gêne, mais j’avoue que je ne m’attendais vraiment pas à l’entendre, celle-là.  Aussi, je lui demande:

« T’es-tu sérieuse? »
« Oui! »
« Bon, euh… Tu veux dire, chacun de son bord, ou bien mutuellement? »
« Comme tu veux! »

Terriblement en manque sexuel, je décide de ne pas perdre de temps.  Je glisse ma main dans son jeans détaché et je passe à l’action.  Au bout de quelques minutes, elle me fait arrêter.

« Ouf! Chus v’nue deux fois!  Pourquoi qu’t’étais pas aussi bon quand on était ensemble? »

Orgueilleux comme le mâle typique que je prétends ne pas être, je répond:

« J’ai toujours été aussi bon.  C’est toi qui était vierge au début.  Tu ne pouvais donc pas apprécier mes talents à sa juste valeur. »
« En passant… Mon frère a décidé de décrisser dans une semaine.  Ton propriétaire aussi veut que tu décolles, non?  Pourquoi qu’tu viendrais pas rester icite? »

Bien qu’elle ne m’ait fait aucune promesse, le simple fait qu’elle me propose la colocation tout de suite après notre séance masturbatoire, c’était suffisant pour que je m’imagine automatiquement que ça voulait dire qu’en habitant chez elle, nous pourrions avoir des activités sexuelles ensemble.  Étant donné la libido que je me trimbalais à ce moment-là, rien de surprenant à ce que j’aille accepté son offre. Elle avait vraiment bien calculé son coup pour me manipuler.  Et moi, j’ai foncé dans le piège les pieds joints et les yeux fermés.

À suivre

Geneviève la coloc de l’enfer, 2e partie: Une courte relation de couple.

Le lendemain, après le déjeuner, ma mère me remet un petit colis. Ce sont mes nouveaux paquets de verres de contact. Ce sont des lentilles jetables au bout de quatre semaines et j’en ai douze paires, soit suffisamment pour l’année 1996 qui s’en vient. Je me rends à ma table de travail et j’y ouvre les deux boites. Je prends ensuite un marqueur au feutre. Geneviève me demande :

« Tu fais quoi? »
« J’ai ici deux boites de verres de contact. Sur celle-ci c’est écrit « gauche », et sur celle-là c’est écrit « droite ». Mais comme tu peux voir, sur les contenants individuels de chaque lentille, il est juste écrit les degrés de forces, soit -8.25 et -9.00. Je vais donc écrire  G pour gauche et D pour droit sur chacun des petits contenants, au cas où j’en égarerais les boîtes. »
« Ouain! C’est vrai que c’est pas pratique pour ceux qui ont pas de tête. Comme toé! »

Hum!?  J’ai beau avoir le sens de l’humour et de l’autodérision, je reste quelque peu surpris par cette remarque, et en particulier par le ton condescendant avec lequel elle me l’a dite. Surtout que le simple fait que j’ai pensé à identifier de la sorte mes contenants de verres de contact, ça prouve que je suis aussi débrouillard que prévenant. Donc tout le contraire de quelqu’un qui n’aurait pas de tête, comme elle le dit. Mais bon, il m’est arrivé souvent par le passé de faire des remarques qui se voulaient humoristiques et qui ont été perçues par l’autre parti comme étant des insultes. Je mets donc la chose sur le compte d’une simple maladresse de sa part et n’en fais pas de cas.

Pour diner, je l’invite à un resto qui est une institution dans la région, le Ti-Père BBQ. Non pas la grosse salle de réception sur la rue Laframboise, mais bien le petit resto modeste ouvert depuis 1964 sur Dessaulles, soit juste à côté du petit bloc appartement où habitent mes parents. À partir du moment où elle met un pied dans le resto jusqu’à notre départ une heure plus tard, elle ne cesse de bitcher : La place est petite, ça a l’air quétaine, le service est trop rapide parce qu’ils ne lui laissent pas le temps de choisir, les frites sont molles, la sauce est trop piquante, la salade est trop vinaigrée, le poulet goûte la marde…

« En tout cas, si t’aimes ça manger icite, ça montre que t’as vraiment pas d’goût! »

Je veux bien croire que ce n’est pas le St-Hubert BBQ. Mais tout de même, si ça existe depuis aussi longtemps, il doit bien y avoir une raison.  (Au moment où j’écris ces lignes en 2014, soit 19 ans plus tard, ils viennent de fêter leur 50e anniversaire.)  Plus découragé par son négativisme qu’insulté personnellement, je lui réponds objectivement :

« Ouain! Je suppose que c’est comme le vegemite pour les australiens. Il faut être originaire de la région et avoir été élevé avec ça pour pouvoir pleinement l’apprécier. »
« Ben là, frustre pas, calice! »

Euh… « Frustre pas, calice! » !?  Ma réponse a pourtant été dite avec calme, logique, sans contenir la moindre trace d’agressivité, ni dans le ton ni dans les mots ni même dans les intentions.  Je n’ai fait rien d’autre que me montrer compréhensif.  Où est-ce qu’elle peut bien voir la moindre frustration de ma part là-dedans?  Surtout que, puisque c’est elle qui chiale contre tout, si l’un de nous deux est frustré, ce n’est selon toute logique certainement pas moi.  Bref, je ne comprends rien à son comportement.

Le soir venu, chez mes parents, elle me fait subir une combinaison de ses deux sautes d’humeur précédentes, soit l’attaque personnelle comme au matin, et la critique négative de la nourriture comme à midi.  Au souper, comme entrée, il y a de la crème de brocolis.  Je lui sers son bol.  D’un ton de voix aussi dégoûté que son air au visage, elle dit:

« Hostie que ça a d’l’air dégueulasse! On dirait du vomi, ton affaire! Où c’est qu’t’as appris à cuisiner? »
« C’est pas moi qui l’a fait.  C’est juste une crème Campbell’s que j’ai réchauffé. »

Elle prend sa cuiller et y goûte.  Sur le même ton méprisant, elle conclut:

 « Ah, ok, c’pour ça que c’est quand même mangeable. »

Ma mère me regarde, démontée.  Elle ne dit rien mais je vois bien dans son regard qu’elle est abasourdie de ce comportement aussi agressif qu’impoli.  Je me contente de hausser les épaules, me demandant moi-même quel peut donc bien être son problème aujourd’hui.  Qui sait, peut-être regrette-t-elle de m’avoir donné sa virginité? Il est vrai qu’elle avait l’air surprise, une fois l’acte terminé, d’apprendre que coucher avec elle n’avait jamais été mon but en l’invitant ici. Et puis, il ne faut pas oublier que j’ai 27 ans, que je suis divorcé ou l’équivalent, déjà père de trois enfants, et de nouveau chez mes parents depuis ma séparation.  Je suppose que je suis loin de correspondre au partenaire idéal de la première fois d’une fille de 18.

Tout le long de notre relation de couple, son humeur n’a que deux settings avec moi: Neutre ou bien agressif.  J’essaye quelquefois de lui demander pourquoi elle agit ainsi envers moi, mais tout ce que ça me rapporte, ce sont des accusations d’être un frustré de la vie qui me défoule sur elle.  Je pourrais balayer ses dires du revers de la main comme autant d’accusations farfelues sans pertinence.  Mais voilà, puisque je sors d’une relation abusive avec la mère de mes enfants, je me dis que dans le fond, ça pourrait être possible.  Peut-être qu’elle dit vrai, que je fais vraiment ce dont elle m’accuse, et que je ne m’en rend pas compte.  Aussi, un jour, je lui demande qu’est-ce qu’il y a dans mon comportement qui lui fait dire ça.  Sa réponse:

 « Ça se voit tout seul.  Si t’es trop cave pour le voir toi-même, ça servirait à rien que j’te l’dise! »

Bon! Ça valait bien la peine d’avoir l’esprit ouvert. :/

Au bout de dix jours, soit la veille des vacances de Noël, Geneviève me laisse une enveloppe sur mon bureau au local du Vox Populi.  Il s’agit d’une lettre de rupture dans laquelle, après m’avoir servi le classique « C’est pas toi, c’est moi », elle conclut en me disant qu’il vaudrait mieux pour nous deux que l’on ne se voit pas pendant deux ou trois semaines.  Je prend la chose avec un grain de sel. Après tout, pour une fille qui n’a de cesse de me jeter des blâmes, le simple fait qu’elle prenne sur elle la responsabilité de la rupture, ça démontre bien qu’elle avait hâte d’en finir.  C’est aussi bien!  Une fille qui est heureuse en couple n’agit pas envers son chum comme elle le faisait avec moi.  Et par conséquent, je ne pouvais pas être heureux non plus. Ce sont des situations de couple comme la notre qui font qu’existe le proverbe Mieux vaut être seul(e) que mal accompagné(e).   Je tiens cependant à la rassurer en lui montrant que j’ai l’esprit ouvert.  Sachant qu’elle vient de partir en bus, je saute dans mon auto et je pars l’attendre devant chez elle.  Dix minutes plus tard, lorsqu’elle arrive, elle a un mouvement de recul en me voyant.

« Hostie! Je l’savais que tu viendrais chez nous! JE L’SAVAIS! »

Je pars à rire, amusé de sa réaction.  Je m’y attendais.  Aussi, je lui dis en souriant:

« Ha! Ha! Mais non, voyons! C’est pas comme tu penses.  Je te rassures tout de suite, chuis pas venu ici pour t’engueuler ou te convaincre de reprendre, et encore moins pleurnicher en te demandant « Pourquôaaaaa? »  Je veux juste te dire que t’as pas à t’en faire, ok?  Je comprends ta décision, je la respecte et je l’accepte.  T’as pas à avoir peur de moi ou de ma réaction.  Regarde, avant de sortir ensemble, on était des bons amis et on s’entendait bien.  Je ne vois pas pourquoi ça devrait être différent maintenant qu’on a vu qu’on n’était pas fait pour être en couple.  Comme tu me l’as demandé, je vais te foutre la paix durant nos vacances de Noël.  Mais je tenais quand même à te préciser que pour moi, tout est correct, je n’ai aucun problème avec ta décision.  Ça te va? »

Tout le long de mon discours, elle reste en retrait.  Elle a l’air incertaine, mal à l’aise, voire même quelque peu craintive.  J’aurais dû m’y attendre.  Si elle a passé sa vie à être aussi abusée qu’elle me l’a dit, je peux comprendre pourquoi elle a peur de moi en ce moment.  Aussi, lui ayant dit ce que j’avais à dire, je n’insiste pas.   Je la salue, lui souhaite un bon congé de Noël, puis je remonte dans l’auto et repars en direction de chez moi, à St-Hyacinthe. 

« Bon! C’est un peu décevant que je ne saurai jamais exactement pourquoi elle a passé une semaine et demi à me maltraiter de la sorte.  Mais dans le fond, ça n’a aucune importance.  Ce qui compte, c’est que maintenant que je ne sors plus avec elle, les abus sont terminés. »

Next: Un an plus tard.

Geneviève, la coloc de l’enfer, 1e partie: La rencontre.

(Ce texte fait partie de la série La Conflictuodépendance.)

C’est au début d’octobre de l’an 1995 que j’ai rencontré Geneviève. Ou plutôt, qu’on m’a chargé de m’en occuper. J’avais 27 ans et j’étais de retour aux études, au cégep, après dix ans de vie adulte. Geneviève avait 18 ans et a dû commencer en retard à cause qu’elle avait passé son été à l’hôpital psychiatrique Douglas, ce qui lui fit rater la rentrée et le premier mois. La prof de français m’a porté volontaire pour l’aider à se rattraper, rapport que j’étais un des meilleurs de la classe. C’est ainsi que, par obligation de travail, nous sommes devenus amis.

Originaire d’Abitibi, à Montréal depuis peu, elle connait très peu de gens ici et a encore moins d’amis. Ses parents sont divorcés, elle a des relations tendues avec sa mère, distantes avec son père, et abusives avec son frère qui, bien qu’il soit de deux ans son cadet, la méprise et la maltraite. Cette situation n’est pas nouvelle pour elle, qui a passé une partie de son adolescence en refuge pour jeunes filles abusées. C’était d’ailleurs l’une des rares du refuge à être encore vierge.

« Remarque, j’me plains pas de jamais m’être fait violer. Au contraire! » me dit-elle. « Mais en même temps, ça montre à une fille qu’elle peut être tellement reject que même sexuellement, personne n’en veut. »

Elle s’est retrouvée à Douglas suite à un genre de tentative de suicide par grève de la faim progressif. Puisqu’elle n’était pas vraiment anorexique, son geste a été diagnostiqué comme étant un simple appel à l’aide. Dès qu’on le lui a fait comprendre, elle a pu être relâchée. Sortant moi-même d’une longue relation abusive avec la mère de mes enfants, je pouvais parfaitement comprendre pourquoi elle avait craqué. J’ai donc décidé de lui donner un break en l’aidant, et pas seulement dans le cours de Français. J’étais, depuis peu, rédacteur en chef du Vox Populi, le journal étudiant de mon cégep. Ce poste venait avec un groupe de collaborateurs qui sont vites devenus amis. Nous recevions toutes sortes d’invitations pour des premières, films, théâtre, lancements, etc. Puisque nous n’avions pas de photographe officiel, je lui ai offert la place. Elle a accepté. Et c’est ainsi qu’elle s’est retrouvé avec un poste officiel, une utilité, des amis et une vie sociale. Elle était heureuse et m’en fut reconnaissante.

Deux mois et demi plus tard, mi-décembre 1995. Vendredi midi, après notre dernier cours de la journée, alors que je m’apprête à aller la reconduire chez elle en auto, elle me demande ce que je fais ce weekend.  Elle n’a rien à faire, pas d’amis libres, et craint de s’ennuyer ferme.  Je lui propose donc de m’accompagner en venant passer le weekend chez mes parents, à St-Hyacinthe. Elle accepte. Je n’avais aucune idée derrière la tête, mes intentions n’étaient qu’amicales. De toute façon, jamais je n’aurais imaginé qu’une fille de 18 ans pouvait s’intéresser à un vieux de 27. Pourtant, ce soir-là, à ma grande surprise, elle m’a offert sa virginité. Ce geste m’a touché car je considère que c’est un grand honneur. Surtout que je n’aurais jamais imaginé qu’à mon âge, je puisse encore recevoir ce genre de cadeau. Une fois l’acte terminé, je le lui dis.  Elle répond:

« Ben là? C’est pas ce que tu voulais? Pourquoi tu m’as invité à passer la fin de semaine avec toi, d’abord? »
« Euh… Pour pas que tu t’ennuies chez vous, comme tu m’as dit que tu craignais qu’il arrive? »

Elle ne répond pas.  On garde le silence une minute ou deux.  Puis, avant de s’endormir, je lui ai demandé si ça signifiait qu’on était un couple. Elle m’a dit que oui, mais…

« Si ça t’dérange pas, j’aimerais mieux que personne le sache. »

Oui, j’avoue, ça me dérangeait un peu. Depuis mon retour au cégep, mes excellentes notes, la vie sociale qui m’est tombée dessus par elle-même, le poste de rédacteur en chef que l’on m’a offert sans que je le demande alors que je ne me m’y étais présenté que comme simple illustrateur, mon texte au sujet des décrocheurs que le prof de Philosophie utilise en tant que sujet de devoir pour ses cours, tout ça me démontrait que ma période reject et loser était définitivement derrière moi. Aussi, devoir revivre la situation de la fille qui a trop honte que l’on sache qu’elle a une relation avec moi, ça me rabaissait inconfortablement à cette période de ma vie que je croyais révolue. Mais bon, comme je le disais plus tôt, ça m’étonnait, aussi, qu’une fille de 18 ans puisse s’intéresser à un vieux de 27. Et puisqu’elle est à l’âge où les apparences comptent, surtout dans le cercle social, je peux comprendre pourquoi elle pourrait ressentir une certaine gêne à avouer qu’elle est en couple avec moi. Aussi, je l’ai rassurée comme quoi je comprenais et acceptais.

Et sur ce, je m’endormis, loin de me douter que c’était la dernière fois que je verrai cette version de Geneviève, une version douce, gentille et amicale.

à suivre

2e partie: Savoir reconnaitre la conflictuodépendance.

Une personne qui initie un conflit n’est pas nécessairement conflictuodépendante. En fait, il y a trois raisons qui poussent les gens à initier des conflits :

Par obligation. Dans ce premier cas, la personne est mêlée à une situation qui ne peut plus durer, ou bien elle voit la situation arriver. Elle est donc obligée d’intervenir, soit pour prévenir, soit pour guérir. Cette personne a généralement des raisons pertinentes d’initier ce conflit. Ce dernier se règle donc pour peu que l’autre reconnaisse et/ou cesse ses agissements reprochables. Ce n’est pas de ce genre de personne dont il sera question dans cette série de billets.

Par plaisir personnel. Il y en a qui aiment la confrontation. Qu’ils aient tort, qu’ils aient raison, ils vont l’initier. Si l’autre se défend, on va assister pendant quelques heures, voire quelques jours, à des attaques, défenses, arguments, contre-arguments, répliques, jusqu’à ce que, à court d’arguments, l’un, l’autre ou les deux abandonne(nt), laissant le conflit dans une impasse, chacun restant sur ses positions. Là encore, ce n’est pas d’eux dont nous parlerons.

Par besoin. Comme dans le cas précédent, cette personne ira initier le conflit.  Et peu lui importe si elle a raison ou tort, puisque son but premier n’est pas de chercher la vérité mais bien de gagner le conflit.  Elle tient tellement à cette victoire que tant et aussi longtemps que l’autre ne lui dira pas ce qu’elle veut entendre pour le caler, elle insiste, persiste, s’acharne.  Mais dans ce cas-ci, elle prend toute défense comme une attaque personnelle. Dans sa tête, consciemment ou non, quand on l’empêche de rabaisser les autres plus bas qu’elle, c’est comme si on la rabaissait elle plus bas que les autres.  Il n’en faut pas plus pour qu’elle se sente attaquée, insultée et blessée. Elle réagit donc en sautant une coche, attaquant l’argumenteur plutôt que l’argument, traitant l’autre de susceptible, s’abaissant à l’accuser de mille choses rarement pertinentes. Et toute tentative pour essayer de discuter avec elle des raisons de ce comportement ne produira de sa part que fuite et/ou déni. Elle ira plutôt se victimiser en accusant les autres de chercher à la faire se sentir inférieure, l’écraser, lui faire du mal. Avec elle, il n’y a pas d’entre-deux : Ou bien elle agit de façon abusive, ou bien elle se décrit comme étant abusée. Puisque son bien-être moral dépend de sa capacité de créer et gagner des conflits, ça en fait une conflictuodépendante.  C’est de ces personnes-là dont il sera question.

Je ne m’en suis pas rendu compte sur le coup, mais j’ai plusieurs fois écrit des billets de blogs où il était question de gens conflictuodépendants. Par exemple, dans le billet 50 personnalités clichés que l’on retrouve dans les communautés virtuelles, il y en a plusieurs qui peuvent entrer dans cette catégorie.  Par exemple:

15- Le RéponDétourneur / La RéponDétourneuse
Lorsqu’on lui parle à raison des torts qu’elle a, cette personne répliquera avec une question au lieu d’adresser le sujet. Une question qui essaye nous faire passer comme ayant un problème mental ou comportemental. Une question du genre de: « Bon, t’as-tu fini, là? », « Bravo, tu as exprimé tes frustrations. Ça va mieux? » ou bien « Coudonc, t’es-tu en SPM? ». Ce qui apporte l’aberration de cette dernière phrase à l’échelon supérieur, c’est que dans 90% des cas, c’est une fille qui la pose à un homme, et que c’est le genre de fille qui ferait une révolte monstre si c’était un homme qui la poserait à une femme.

16- La MartyRisible
Cette fille se permet tous les écarts de conduites possible sur un forum et/ou un chat: Insultes déguisées en blagues, mensonges compulsifs et sans fin, humiliation d’autres membres sur un coup de tête, harcèlement, etc. Mais quand on essaye de discuter avec elle au sujet de ces comportements inacceptables, alors là elle part à brailler que son loyer est en retard, sa grand-mère vient de se faire diagnostiquer un cancer, son beau-frère est dans le coma, ses ex la battaient, sa cousine lui pique tous ses amoureux potentiels, son patron cherche juste une bonne excuse pour la mettre dehors, elle a été victime d’un viol collectif à l’age de 4 ans au mariage de sa tante par les 97 gens présent incluant le prêtre et le traiteur, elle n’arrête pas de grossir même si elle prend juste un repas à tous les 48 heures, et maintenant on l’accuse d’être la cause de tous les problèmes du forum incluant probablement ceux arrivés 7 ans avant qu’elle en devienne membre. C’EST TROP INJUSTE!!! Elle conclut alors qu’elle va quitter la place pour toujours… Ce qu’elle fera, pendant environs 36 à 48 heures, avant de revenir et de recommencer.

19- L’AutoMartyr
Celui-ci possède deux caractéristiques particulière. La première: Il se choisit un nom dans le style de Le Maudit, Martyr, Le Banni, Cursed, Reject, Paria, et autres mots pouvant signifier « Pauvre de moi, tout l’monde me haït. »  La seconde: Il se comporte de façon à mériter ce nom en faisant tout pour se faire haïr des autres. Bref, il s’agit d’un passif-agressif qui manipules les gens dans le but de faire de son nom une prophétie autoréalisatrice. Ça a un double but: D’abord pour le fun de pouvoir contrarier les autres à loisir, et ensuite  pour pouvoir blâmer les autres en les accusant d’être des bitchs qui l’attaquent par mesquineries personnelles.

20- L’HypoCritique
Elle commence par faire des critiques rabaissantes. Lorsque la personne visée par ces critiques ose lui répondre, l’HypoCritique va devenir susceptible et se mettre sur la défensive en lui répliquant hypocritement : « Hostie que t’es susceptible et/ou sur la défensive. » C’est ça l’avantage d’être attaqué par une personne HypoCritique: Tout ce dont elle t’accuse après ta première réponse s’applique d’abord à elle-même.

21- Le ManipulActeur / La ManipulActrice
Cette personne constate qu’elle ne peut pas avoir le dessus sur toi parce que tu as des arguments pertinents pour appuyer ton opinion, tandis qu’elle n’en a aucune pour justifier d’être contre. Elle essaye donc de te manipuler à te taire, en t’accusant d’être un manipulateur, donc que tes arguments ne sont que manipulations. Bref, elle te donne son rôle tout en essayant de prendre le tien.

28- L’insulTannant / L’insulTannante
Cette personne considère qu’insulter quelqu’un est une forme d’humour acceptable, alors elle ne s’en gêne pas. Et si son commentaire est suivi d’un lol ou d’un 😉 alors il faut s’attendre à ce que le dit commentaire soit particulièrement rabaissant. Si on le lui fait remarquer, l’InsulTannant va se montrer très surpris qu’on prenne son commentaire si mal, et il s’en défendra en utilisant la grande classique « J’essayais juste de détendre l’atmosphère » en rajoutant que les gens de ce forum sont vraiment susceptibles.

Dans la série Les dommages collatéraux de l’auto-importance démesurée, je raconte comment je provoquais Allen, mon supérieur immédiat au travail, afin de pouvoir ensuite me plaindre à notre patron comme quoi, pauvre de moi, Allen cherche juste à me causer des problèmes. Mon but en faisant ça était de rabaisser Allen.  Mon orgueil avait besoin de ça.  Mais quand le patron a vu clair dans mon jeu et m’a congédié, j’ai passé une partie de l’après-midi à me plaindre comme quoi la société est injuste envers les gars comme moi.  Tout est là:

  • Initie le conflit.
  • Cherche à rabaisser l’autre plus bas que moi.
  • Insiste, persiste, s’acharne. (à manipuler Allen à me chercher du trouble, à prouver au patron qu’il fait erreur de le garder à son emploi)
  • Refuse de discuter avec le patron sur les raisons de mon comportement.
  • Passe aux accusations/insultes.
  • Me victimise.

Dans le premier chapitre de la série Fantasme VS réalité: Le ménage à trois, il y a ce passage dans lequel non seulement une fille essaye de me faire passer pour ce que je ne suis pas, et ce de façon particulièrement persistante.  Et elle réagit très mal lorsque je lui explique de façon objective pourquoi elle se trompe à mon sujet:

TAMARA: Pis toi, Steve, t’es tu bi?
MOI: Non, straight!
TAMARA: Comment tu l’sais?
MOI: Le fait que je suis attiré par les filles et non par les gars, j’dirais que c’est un assez bon indice comme quoi chus hétéro.

TAMARA: Mais t’as jamais couché avec un gars?
MOI: Non.
TAMARA: Comment tu l’sais que t’es pas bi d’abord?
MOI: Parce que ‘me semble que c’est pas mal difficile de se prétendre bi quand on a toujours eu rien que des relations hétéros.
TAMARA: Ça veut rien dire.
MOI: Euh… J’comprends pas.

TAMARA: Tu dis que t’as jamais couché avec un gars.
MOI: Exact!
TAMARA: Ben dans ce cas-là, comment tu l’sais, que t’es pas bi, si t’as pas essayé?
MOI: Pour autant que je sache, la raison pourquoi on a du sexe, c’est pour répondre à nos désirs sexuels. Puisque je n’ai jamais eu de désirs sexuels pour les gars, je peux donc affirmer être straight.

C’est pourtant logique. Je ne vois pas comment on pourrait être plus clair.

TAMARA: Oui mais r’garde… Si t’as jamais couché avec un gars, tu peux pas dire que t’aimes pas ça.
MOI: Ben oui!
TAMARA: Ben non! Tu peux pas dire que t’aimes pas kek’chose sans l’avoir essayé.
MOI: Mais oui je peux: Puisque je n’ai pas envie de le faire, alors c’est évident que je n’aimerais pas le faire.

Loin de voir mon point de vue, Tamara soupire de découragement.

TAMARA: Pffff….  Ah, moi, le monde qui ont des préjugés…
MOI: Des préjugés?
TAMARA: Tu juges sans savoir si t’aimerais vraiment ça ou non baiser avec un gars. Tu peux pas l’savoir sans l’avoir fait. Tsé, quand t’es dans l’noir total pis que tu te fais sucer, tu peux pas l’savoir si c’est un gars ou une fille qui te suces.  Tu vas trouver ça bon pareil.  Fa que c’est quoi la différence, d’abord? Y’en a pas!

Sophisme à l’état pur.  Tandis que je compose mentalement une réplique pour lui expliquer où se situe l’erreur dans son jugement, elle conclut avec une phrase qui m’insulte quelque peu.

TAMARA: T’sé, on ne peut pas être épanoui sexuellement quand on n’a pas l’esprit ouvert.

[…]

MOI: Puisque tu es une personne ouverte d’esprit, tu pourrais peut-être répondre à une question qui me tracasse depuis ben longtemps.
TAMARA: Vas-y!
MOI: Pourquoi est-ce que les personnes qui se disent être ouvertes d’esprit sont toujours celles qui ont l’esprit le plus fermé au fait que les autres puissent avoir des goûts différents des leurs?

Elle ne répond pas.  Je continue:

MOI: En fait, il me semble que la première chose qu’on est supposée démontrer quand on a un esprit ouvert, c’est avoir du respect pour les gens qui sont différents de nous. Par exemple: Toi t’es bi.  Donc t’es différente de moi qui suis straight.  Moi, je respecte ton orientation sexuelle et je ne la questionne pas, même si elle est différente de la mienne.  Pourquoi est-ce que faire pareil avec les autres, c’est si difficile pour toi?

[…]

MOI: Tu vois, quand je suis retourné aux études il y a 3 ans et que je restais aux résidences étudiantes. Il est arrivé un soir qu’on se retrouve à 5 personnes à baiser dans ma chambre: Moi et ma blonde de l’époque, l’amie de ma blonde, son chum et une de leurs amies. Il n’y avait pas d’échange, c’était plus un trip de voyeurisme qu’autre chose.  Mais je me suis rendu compte que la présence d’un autre gars tout nu dans la pièce, ça m’intimidait. C’était la première fois de ma vie que je bandais mou alors que j’étais en contexte sexuel. Si chus juste capable de la garder raide à 60% rien qu’à voir un gars tout nu, j’ose à peine imaginer ce que ça va être s’il me touche.
TAMARA: Ben là, c’est parce que tu t’es pas donné la chance d’apprendre à aimer ça. Faut se forcer au début, tsé. Faut que tu te donnes le temps de t’y faire.
MOI: Euh… C’parce que, me semble que le sexe, c’est laisser libre cours à ses désirs et à ses envies. Pourquoi est-ce que j’aurais du sexe avec quelqu’un pour qui je ne ressens ni désir ni envie? À partir du moment ou il faut apprendre à aimer ça, c’est parce qu’on n’aime pas ça. Quand le sexe arrête d’être quelque chose que l’on aime, ça devient quelque chose que l’on est obligé de faire. Quand c’est une obligation, c’est pu du plaisir. Pis pour être franc… Me semble que juste le principe d’être forcé à faire quelque chose sexuellement… C’est un viol. Non?

Tamara ne répond pas à ça. Je suppose qu’elle voit la logique dans mon explication. Je conclus donc mon point avec la réplique que je planifiais lui servir plus tôt, soit celle qui explique où se situe l’erreur dans son jugement,:

MOI: Pis, ben, ton histoire comme quoi je devrais aimer coucher avec un gars parce que dans le noir je ne peux pas voir la différence entre un suceur masculin ou féminin… C’est comme si je te disais que tu devrais aimer l’inceste, parce que dans le noir, tu ne saurais pas faire la différence entre un cunnilingus donné par ton chum ou un donné par ton père. C’est pas une question qu’une bouche sera pas aussi bonne que l’autre. C’en est une de désirer un partenaire plutôt que l’autre. D’être à l’aise avec un partenaire plutôt qu’un autre. C’est tout. J’veux dire, peu importe la raison pourquoi tu veux pas coucher avec quelqu’un, le simple fait que tu veux pas coucher avec, c’est une raison suffisante pour pas le faire. Non?

Tamara garde le silence. En fait, pendant près d’une minute, personne ne dit rien. J’ai comme une vague impression qu’un malaise plane dans le véhicule. Ce malaise se confirme lorsque Tamara brise son silence et demande à Britney de lui refiler le premier album des Colocs, qu’elle met dans le lecteur CD et fait aussitôt jouer à tue-tête.

Et dans ce chapitre, son comportement m’est expliqué par une amie commune:

MOI: Pis sa remarque, là, comme quoi j’allais encore l’engueuler comme dans le char… Que c’est ça, cette insistance-là qu’elle a à me faire passer ou bien pour un cave ou bien pour un chialeux?
JULIE: C’parce qu’à pense que tu la juges sur sa sexualité.

Cette accusation injustifiée me fait sauter au plafond.

MOI: Que…?  Moi, la juger ELLE? Alors que c’est elle qui n’arrête pas de me chier dessus parce que chus straight!?
JULIE: C’est parce que pour elle, le fait que tu lui ais dit que t’étais straight, sans vouloir essayer autre chose, c’est comme si tu lui disais que c’t’une salope d’être bi.

Je suis en totale aberration devant ces paroles.

MOI: Ben voyons donc? Comment est-ce que la sexualité de quelqu’un pourrait constituer une attaque personnelle contre la sexualité d’une autre? Ça n’a pas de bon sens.

Tout est là:

  • Initie le conflit sans raison valable.
  • Insiste, persiste, s’acharne. (sur la bisexualité de l’autre)
  • Passe aux accusations/insultes (Accuser l’autre d’avoir des préjugés, d’avoir l’esprit fermé)
  • Refuse de discuter sur les raisons de son comportement.
  • Fuit le conflit (en mettant de la musique tellement fort que ça empêche de parler) lorsqu’elle est confrontée à la preuve indéniable qu’elle était dans le tort.
  • Se victimise en prenant mes explications pour des attaques personnelles.

À la fin de ce chapitre de la série Harceler Nathalie, j’ai ce joyeux exemple avec mon père :

Ce n’est pas faute d’essayer d’être conciliant.  Par exemple, un soir alors que j’ai terminé de regarder la télé au salon, mon père est assis à la table de la salle à diner adjacente. Là où il est, il peut apercevoir l’écran de télé.  Histoire de faire plaisir à ma mère, même si elle n’est pas là, j’opte pour faire en sorte de ne pas provoquer sa colère en gardant la télé allumée ou bien fermée par erreur. Il m’a déjà disputé par le passé dans les deux cas.  Mais bon, à quoi s’attendre d’autre d’un gars qui m’a engueulé sans retenue il y a 2 ans en m’accusant d’avoir détraqué la couleur de la TV sur la chaine 12, parce que les reprises de l’émission The Honeymooners (diffusée originalement en 1955-1956) qui y passaient était en noir et blanc. Voilà pourquoi je choisis d’être prudent et de poser lui la question suivante:

MOI: Est-ce que je ferme la télé ou bien tu veux l’écouter?

De son habituel ton sévère et méprisant, il me répond:

PÈRE: Rouvre tes yeux, tabarnak! Chus dans’ cuisine, je r’garde pas la TV. Pense avec ta tête, calice!

Révolté, je me lève, monte le ton et lui dit d’un air exaspéré:

MOI: Quand je ferme la TV, tu chiales parce que tu veux l’écouter.  Quand je laisse la TV allumée, tu chiales parce que personne ne l’écoute.  Pis quand je prends la peine de te poser la question justement pour pas t’entendre faire du chialage, là tu…

Pour toute réponse, mon père se lève, me tourne le dos en levant les bras et dit un très impatient « OK! OK! OK! OK! » avant de sortir de la maison. Tandis qu’il passe dehors devant la fenêtre du salon, je l’entends se parler à lui-même:

PÈRE: Christ d’enfants de cul de tabarnak, il faut toujours qu’ils aillent raison, hostie. Ça mériterait juste une bonne coupl’ de calice de coups de pieds dans l’cul.

Tout est là:

  • Initie le conflit sans raison valable. 
  • Refuse de discuter sur les raisons de son comportement.
  • Fuit le conflit lorsqu’il est confronté à la preuve indéniable qu’il n’avait aucune raison valable de l’avoir initié. 
  • Passe aux accusations/insultes. 
  • Se victimise. 

Sinon, mon billet sur La lâcheté davidienne décrit un comportement typique de gens souffrant de conflictuodépendance.   Et que dire du billet Insulter en prétendant que c’est de l’humour.  Je n’y parle que de ça. On y retrouve d’ailleurs quelques phrases dites par Geneviève la coloc de l’enfer, dont je ne cesse de promettre de remettre son histoire en ligne.

À suivre

Prochaine série / prochain billet: La conflictuodépendance

Je me suis rendu compte aujourd’hui que dans ma vie, j’ai eu à faire avec six personnes qui, sans ne jamais s’être rencontrées, avaient exactement le même comportement négatif envers moi ainsi qu’avec la majorité de leur entourage.  Faute d’un meilleur mot, j’ai nommé ce comportement la conflictuodépendance.

Qu’est-ce que la conflictuodépendance?
Il ne s’agit pas simplement de quelqu’un qui aime les situations de conflits.  C’est également quelqu’un qui en a besoin pour vivre.  Cette définition n’est ni un sarcasme ni une exagération.  De mon père à quelques une de mes ex en passant par la légendaire Geneviève la coloc de l’enfer, de quelques amis que j’ai eu aussi bien sur le net que dans la vraie vie, ils avaient tous ces quelques points en commun:

  • Recherche constamment à démontrer aux autres qu’il vaut mieux qu’eux, en sait mieux qu’eux, est plus logique qu’eux.
  • Recherche constamment à rabaisser les autres plus bas que lui.
  • Utilise la moindre opportunité de trouver une bonne raison de le faire.
  • Au besoin, s’invente des raisons: Mensonges, exagérations, déformations des faits, interprétation farfelue (et négative) des faits, gestes et paroles des autres.
  • Tant et aussi longtemps que l’autre ne lui dira pas ce qu’il veut entendre pour le caler, il insiste, persiste, s’acharne.
  • Ne réserve pas ce comportement que pour ses ennemis/rivaux.  Il s’attaque tout autant à ses amis, membres de sa famille, conjoint(e), etc.
  • Et surtout, et c’est là que se justifie la section dépendance du mot, il prend très mal la moindre contrariété dans ses efforts de démolition d’autrui.  Même si cette contrariété est aussi anodine que de lui pointer une erreur dans un aspect de son jugement de l’autre, ce sera suffisant pour qu’il entre dans une colère noire.
  • Colère qui se manifestera ironiquement en accusant/projetant sur l’autre, à tort, son propre comportement négatif.  Exemple: Accuser l’autre de vouloir rabaisser son entourage, alors que c’est lui-même qui l’a fait en attaquant l’autre pour commencer.  Accuser l’autre d’être frustré, même si l’autre reste calme. 
  • Refuse de reconnaitre qu’il a tort d’agir ainsi avec son entourage et préfère (essayer de faire) croire que l’autre a des motifs négatifs/immoraux de se défendre de ses attaques.
  • Fuit le conflit lorsqu’il réalise que celui-ci n’est pas en sa faveur car il n’a pas raison. 
  • Si on insiste à lui faire reconnaitre que ce comportement est négatif, il ira se victimiser: Accuser les autres d’essayer de la démolir, de l’humilier, de le rabaisser, jusqu’à faire semblant de sombrer dans la dépression, en accusant ceux qui n’acceptent pas sa bullshit d’être la cause de son état.
  • Cherche à rallier à sa cause les amis que sa cible et lui ont en commun.

La seconde moitié de cette liste démontre que les gens conflictuodépendants ont tellement besoin de rabaisser les autres que même si on ne les attaque pas en retour, le simple fait de les empêcher de le faire est suffisant pour les perturber.

Dans les jours et semaines qui vont suivre, je vais vous raconter mes expériences avec ces six personnes.  Et, à la demande générale (oui, on me l’a vraiment demandé plusieurs fois) je vais commencer avec Geneviève la coloc de l’enfer.