Avoir de l’ambition -VS- ambitionner

Il y a quelques mois, j’ai publié ici un billet intitulé Les derniers seront les premiers.  Dans celui-ci, j’explique que lorsque l’on prend ce principe au premier degré, et qu’on l’utilise adéquatement, on peut grandement augmenter notre chance d’être choisi, que ce soit pour un emploi, un concours, ou quelques autres situations qui nous mettent en compétition avec d’autres.

Le concept est simple :  Lorsque l’on attend à la dernière minute pour se manifester, ça nous donne le charme de la nouveauté, et tous les détails de notre candidature sont encore tout frais dans leur mémoire au moment de prendre une décision.  Ceci peut faire toute la différence entre une candidature rejetée et une approuvée.

En relisant ce billet, j’ai constaté une chose : Dans les quatre exemples que je donne dans lequel ce concept a fonctionné pour moi, il n’y en a qu’un seul dans lequel je l’ai délibérément appliqué.  C’était dans un concours de BD, et ça m’a rapporté mille dollars.  Les trois autres fois, c’était le fait du hasard. J’ai juste constaté par la suite que ça entrait dans cette situation.

Et si je recommençais?  Et si j’appliquais de nouveau ce principe délibérément.  Non pas pour gagner un concours, mais pour améliorer ma carrière et mes finances?

Tout d’abord, petit récapitulatif de mon ascension récente dans le domaine de l’emploi.  Elle se divise en cinq situations :

  1. Il y a huit ans, j’étais artiste et auteur à mon compte et sans emploi.
  2. Il y a sept ans, j’ai commencé au bas de l’échelle en allant faire du ménage dans un garage de bus.
  3. Il y a six ans, cette expérience m’a permis de décrocher un emploi comme concierge résident.
  4. Il y a quatre ans, cette expérience m’a permis de décrocher un emploi comme surintendant.
  5. Il y a deux ans, cette expérience m’a permis de décrocher un travail de bureau pour une grande firme, emploi que j’occupe depuis.

En regardant cette liste, je constate une chose :  La seule raison pour laquelle j’ai passé du 4 au 5, c’est à cause qu’une vilaine chute dans un escalier verglacé m’a fendu une vertèbre, m’interdisant le travail manuel.

Si ça n’avait pas été du fait que j’ai été obligé d’évoluer, j’aurais passé le reste de ma vie comme ça, à vivre modestement d’un travail manuel qui me rapportait de quoi vivre sans avoir à me plaindre, mais sans plus.   Autrement dit, je ne me croyais pas capable de faire mieux.  Dans ma tête, j’avais atteint le sommet de mon potentiel.

Et pourtant, me voilà, depuis presque deux ans, avec un travail assis, à faire du support technique informatique, en gagnant assez pour me permettre de vivre dans un 5½, ne manquer de rien, et faire des placements avec mon excédent.  Le genre de travail et de salaire que je ne m’imaginais pas réussir à obtenir un jour.  Mon échelon supérieur à vie.

Et je réalise soudain que là encore, je n’ai jamais cherché à faire mieux.  Parce que là encore, j’ai l’impression d’avoir atteint mon sommet. J’ai beau vivre une situation qui fait de moi un winner, je constate que je continue d’avoir cette mentalité de loser.  Celle qui démontre que dans le fond, je n’ai pas vraiment confiance en moi, ni en mes capacités.  Il est vrai que les vieilles habitudes ont la vie dure, surtout lorsqu’elles sont mauvaises.  C’est comme l’alcoolisme.  Quand on a ça, on est condamné à devoir faire attention pour le reste de notre vie.  Sinon, sans s’en rendre compte, on y glisse de nouveau.

Eh bien là, ça fait deux ans que je glisse.  Il est temps que je recommence à monter.

Si je suis pour changer de carrière et devoir encore déménager, aussi bien que ça en vaille la peine.  J’ai fait quelques recherches, et j’ai trouvé quelques boulots qui paient de une fois et demi à plus du double de mon salaire actuel.  Je veux dire, tant qu’à ambitionner, let’s go all the way!

Je n’ai pas tout à fait les qualifications demandées.  Mais bon, pourquoi est-ce que je me laisserais arrêter par ça?  Je n’avais pas non plus celles requises pour passer d’artiste à concierge.  Ni pour passer de concierge à surintendant.  Ni pour passer de surintendant à support technique pour une grande firme.  Pourtant, j’y suis arrivé.  Et à chaque fois, je les ai acquises, ces qualifications.

Si je décide à la place des employeurs que je n’ai pas ce qu’il faut pour avoir le travail, alors en effet, je ne l’aurai pas.  Mais ce n’est pas à moi de décider ça.  C’est à eux!

Si j’ose.
Si je fais application.
Si je réécris le même genre de lettre de présentation, originale sans être ridicule, qui m’a aidé à obtenir mon emploi actuel.
Si j’applique ma technique des derniers qui finissent les premiers.
Si j’attends la date de tombée avant d’envoyer ma candidature.
Si j’ai le charme de la nouveauté.
Si mon CV et ma lettre de présentation sont toutes fraîches dans leur mémoire quand viendra le temps de faire un choix.

Ça ne garantit pas que je vais réussir. Mais au moins, ça va me mettre parmi les candidats en tête de course.

Qu’est-ce que j’ai à perdre? Rien!  Ce n’est pas du gambling.  Il n’y a aucun risque d’impliqué.  Si je n’y arrive pas, alors rien ne changera dans ma vie.  J’aurai toujours mon boulot actuel, avec mon salaire actuel, à vivre dans mon appartement actuel.  Mais si je réussis, alors là, je pourrai vivre le même train de vie qui était naturel chez mes baby-boomers de parents, même dans la classe pauvre : Maison, terrain, véhicule.

Afin de ne pas me faire torpiller, je ne dirai évidemment pas ici de quoi il s’agit, ni le poste, ni l’employeur.  J’ai vu trop de gens imprudent s’auto-saboter de cette façon, en vendant la peau de l’ours publiquement.  De toute façon, si ça ne marche pas avec cet employeur-là, eh bien j’essaierai ailleurs, voilà tout.  Et je vais recommencer, tant et aussi longtemps que ça ne fonctionnera pas.

De tous les billets que j’ai écrit durant les onze ans d’existence de ce blog, voici en quoi celui-ci se distingue de la majorité.  C’est l’un des rares où le sujet principal n’est pas une réussite de mon passé, mais bien l’effort que je mets actuellement pour une réussite future.  Une que je pourrais aussi bien ne jamais atteindre.  Mais bon, si tout ce que je risque est mon orgueil, je peux vivre avec ça.

Est-ce que j’ai de l’ambition ou est-ce que j’ambitionne?  Une seule chose saura répondre à cette question, et c’est si je réussis ou non.

(À suivre)

Une autre faille dans le concept d’aller refaire sa vie ailleurs

Au mois de mars dernier, j’ai écrit un billet de blog intitulé Se présenter comme étant l’inverse de ce que l’on est.  Si je le déplace ici aujourd’hui, avec ce nouveau titre et quelques modifications, c’est parce qu’il décrit très bien l’une des raisons qui fait foirer le concept d’aller refaire sa vie ailleurs.  Et cette raison est: On ne peut pas éternellement faire semblant d’être autre chose que ce que l’on est.

J’ai rencontré plusieurs personnes qui agirent ainsi.  Je n’en nommerai que quatre.

GENEVIÈVE, la coloc de l’enfer.
Le changement d’univers:  À 18 ans, elle est partie d’Abitibi pour aller vivre à Montréal.
La présentation : 
Elle a fui cette région pour venir à Montréal pour pouvoir enfin étudier et être elle-même, sans devoir subir le harcèlement constant de ses proches.  Elle a des relations tendues avec sa mère, distantes avec son père, et abusives avec son frère qui, bien qu’il soit de deux ans son cadet, la méprise et la maltraite. Elle a passé une partie de son adolescence en refuge pour jeunes filles abusées.  Elle n’a pas d’amis.  Elle est toujours jugée, méprisée, repoussée, sans raisons valables.
Le naturel qui revint au galop : Deux mois plus tard, et pour le reste du temps où elle était dans mon entourage, elle fut rabaissante, méprisante, violente, malhonnête, hypocrite, voleuse, calomnieuse, conflictuodépendanteBref, loin d’être la victime, elle était à 100% l’agresseur.   J’ai déjà écrit une longue série de billets à son sujet.
Le retour à l’expéditeur:  Après ses études, elle est retourné en Abitibi où elle a coincé un homme dans une relation en lâchant la pilule sans lui dire.  Aux dernières nouvelles, elle était tellement mère indigne que la DPJ lui a retiré la garde complète de sa fille cadette.

VICKY.
Le changement d’univers:
À 26 ans, elle est partie des Îles-de-la-Madeleine pour aller vivre à Sherbrooke.  
La présentation :
  Elle a fui un ex violent et rabaissant, et une famille manipulatrice.  Elle se montre tout de suite à moi comme étant une véritable Manic Pixie Dream Girl.  Il n’y a pas de traduction officielle pour cette expression, mais ce qui s’en rapproche le plus selon moi serait  « Fille de tes rêves, fée-marraine, survoltée. »   Dans les films, ce personnage apparaît de nulle part dans l’existence terne et ennuyante d’un homme pour transformer sa vie en lui apportant la joie de vivre par sa présence, son humour, ses compliments et les activités qu’elle concocte pour faire avec lui.  J’ai vécu exactement ça avec Vicky.  Dès le départ, elle dit qu’elle trouve que je n’ai pas vraiment vécu, et elle m’écrit une liste de 14 activités à faire ensemble.  Nous sommes vite devenus bons amis et complices.
Le naturel qui revint au galop : Au cours des trois mois qui ont suivi,
 Vicky s’est vite révélée comme étant une personne déprimée, négative, angoissée au point d’avoir besoin de prescriptions de médicaments.  Et elle traînait dans la boue nos collègues dans nos conversations sur Messenger, tout en leur étant amicale et chaleureuse en personne.  Elle a annulé tous nos plans de sorties et activités à la dernière minutes, sauf trois.  Et ces trois-là furent ennuyants et courts, puisqu’elle n’avait jamais la tête à ça, et elle les a interrompus.  Elle est le sujet de mon récent billet, Mon année 2019, 1 de 3, dans lequel je décris comment elle a porté son choix amoureux et sexuel sur un collègue que tout le monde savait violent et manipulateur. Elle-même manipulatrice, elle cessa aussitôt de me parler et tenta de me causer des problèmes au travail.  Ça s’est retourné contre elle lorsque tous les aspects de sa personnalité merdique furent exposés.  Elle s’est fait  renvoyer, et quatre autres collègues ont cessé de travailler là par sa faute.
Le retour à l’expéditeur:  La dernière chose qu’elle a dit à nos collègues avant de disparaître, c’est que maintenant que plus rien ne la retenait ici, elle repart aux Îles-de-la-Madeleine.

RHONDA
Le changement d’univers:
Un nouvel emploi.
La présentation : Femme de 50 ans et collègue lorsque je travaillais de nuit pour un garage de bus.  Elle se présente comme une bonne mère de cinq, catholique pratiquante, respectueuse envers les gens qui l’entourent, qui considère le sexe hors du mariage comme étant une aberration.
Le naturel qui revint au galop :
Au bout de trois semaines, elle commence à me parler de sa vie sexuelle avec son amant, avec qui elle n’est pas mariée.  4e semaine, elle m’envoie de subtiles invitations à se voir hors du travail.  Quant à l’évolution de ses paroles, eh bien…
6e semaine : 
« Ok, je vais faire un somme pendant la pause.  Profites-z-en pas pour me violer. »
7e semaine : « Tu sais, quand la fille est consentante, c’est pas un viol! »
8e semaine :« Si tu me laisse dormir une heure de plus, je te fais une pipe à mon réveil. »
À force de rester impassible ou à décliner ses offres, elle a fini par comprendre.  Elle a aussi viré en mode full bitch.  Parce que bon, c’est bien connu que l’enfer n’est rien comparé à la furie d’une femme repoussée.
Le retour à l’expéditeur:  Ses frustrations sexuelles la rendirent d’humeur tellement insupportable avec tout le monde qu’elle s’est fait renvoyer. 

MANON
Le changement d’univers:
Passer de Granby à Montréal, où elle s’est décroché un nouvel emploi.  Elle fuyait son lieu d’origine où, depuis l’école secondaire, quelques gars lui ont fait une très nuisible réputation de salope infidèle.
La présentation :
 Dès que l’on commence à travailler ensemble, elle se décrit comme étant en couple, fiancée, et de nature calme, sage et peu portée sur le sexe.
Le naturel qui revint au galop : Au bout d’un mois ou deux, elle me parle d’un ménage-à-trois qu’elle a vécu la veille avec un couple, sans son fiancé.  Et pour les quelques mois où nous travaillerons ensemble, elle ne cesse de me parler de sexe, me faisant des propositions malvenues, allant même jusqu’à m’agresseren s’arrangeant pour me faire passer pour le coupable aux yeux de nos collègues.
Le retour à l’expéditeur: 
Elle est retournée à Granby après que son conjoint lui ait montré la porte, après avoir appris qu’elle le trompait non-stop depuis le début de leur relation.

Et voilà pourquoi, dans leurs cas, leur nouvel univers s’est si vite écroulé.  Quand on se présente comme étant l’inverse de ce que l’on est vraiment, on attire des gens qui apprécient cette façade.  Alors lorsque cette façade s’écroule, ils ne reconnaissent plus en nous la personne qu’ils ont aimé.  Normal, puisque cette personne n’a jamais existé.  

Il est vrai qu’en théorie ça a l’air facile, de changer d’attitude.  Quand on va là où personne ne nous connaît, là où personne ne peut nous empêcher d’évoluer.  Ainsi, les gens qui changent d’univers ont souvent le réflexe de se présenter non pas comme ils sont, mais plutôt comme ils voudraient être.  Fonceurs quand ils sont angoissés.  Prudes quand ils sont obsédés.  Victimes quand ils sont agresseurs.  Intéressants quand ils sont ennuyeux.  Actifs quand ils sont sédentaires.  Or, changer pour le mieux, ça ne s’improvise pas.  Ça demande un long travail d’introspection.  Mais surtout, ça prend beaucoup d’honnêteté et d’humilité pour être capable de reconnaître soi-même ses propres défauts, et ça prend ensuite de la volonté et de la bonne foi pour être capable de vraiment changer.

 

La faille de base dans le concept d’aller refaire sa vie ailleurs

C’est un rêve classique: Insatisfait de la vie que l’on mène, on songe à partir.  Déménager vers une ville où personne ne nous connait, loin des situation et des gens qui nous ont toujours empoisonnés l’existence.  On se dit que de là, on pourra refaire notre vie, passant de loser à winner, de méprisé à respecté, de rejeté à aimé. 

Alors que la majorité vont se contenter d’en rêver, il y en a qui vont vraiment tenter l’aventure.  D’après ce que j’ai pu constater autant par observation que par expérience personnelle, leur nouvelle vie passe généralement à travers les quatre étapes suivantes.

1ère ÉTAPE : l’émerveillement de la découverte.
Nouvelle ville, nouveau quartier, nouvel appartement, nouvelle école et/ou nouveau boulot, ce qui nous amène les nouveaux voisins, nouveaux collègues et/ou camarades de classe.  Tout est beau, la vie est pleine de promesse, l’avenir s’annonce bien.

2e ÉTAPE : La lune de miel.
Sans personne pour nous surveiller et nous imposer sa loi, on peut enfin agir à notre guise. On change d’attitude.  On est fonceur.   Et ici, on possède quelque chose que l’on n’avait pas là-bas : Le charme de la nouveauté.  Par conséquent, les autres s’intéressent à nous et nous approchent.  Les voisins sont polis et affables.  Le patron et/ou les profs sont compréhensifs et sympathiques.  Les collègues et/ou camarades de classe sont irréprochables.  Les nouveaux amis sont intéressants et amusant.  On se retrouve même en couple, ou au moins dans une relation d’amants.  Notre nouvelle vie sociale où on fait plein d’activités en groupe est géniale. 

3e ÉTAPE : Le début des problèmes.
Peu à peu, les choses changent, et pas pour le mieux.
Chez les voisins, certains sont inconfortablement bruyants et ça résonne dans notre appartement.  Il y en a un/une qui commence à s’intéresser à nous de manière un peu trop dérangeante, venant sonner à notre porte n’importe quand pour nous parler de n’importe quoi.  Et il y a un/e qui a décidé de nous prendre en grippe, qui nous reproche des choses totalement fantaisistes et qui nous fait une mauvaise réputation auprès du propriétaire et des autres locataires.  Au travail et/ou à l’école, le patron / les profs sont de plus en plus exigeants et de moins en moins compréhensifs.  Quant aux collègues et/ou camarades de classe, une partie s’est éloignée de nous et ne semblent plus vouloir garder le contact.  Et chez ceux qui restent, il y en a qui deviennent méprisants sans la moindre explication.  On a droit à des insultes déguisées sous forme de sarcasmes, et des reproches faits sur un ton impatient.  Même notre amant(e)/conjoint(e) a toujours le mot pour nous rabaisser depuis quelques temps.  Et toute tentative d’en parler nous mérite des réponses colériques ainsi que le qualificatif de susceptible.  Mais ce n’est rien à côté du choc blessant que l’on reçoit en apprenant que nos copains font maintenant des sorties en groupe sans nous y inviter.

4e ÉTAPE : L’enfer total.
On a perdu nos amis, notre vie sociale, notre vie amoureuse et/ou sexuelle, et les gens au boulot font tout pour nous pousser à démissionner.  Le logement n’est même plus un refuge, à cause du bruit et du harcèlement des voisins.  Plus personne ne veut interagir sauf pour nous saboter, nous mépriser, nous insulter, nous rabaisser ou nous harceler.  Toute tentative de trouver un meilleur travail ne donne rien du tout.  On nous colle la pire des réputations sur tous les points.  On constate que tous les aspects de notre nouvelle vie sont rendus cent fois pire que l’ancienne.  Et le plus désespérant dans tout ça, c’est que l’on n’a pas la moindre idée de la raison pourquoi ça arrive.  Et on en est rendus au point où on n’a plus le choix, il faut retourner d’où on vient, ce que l’on fait de mauvaise grâce en ruminant sur ce frustrant échec.  

Tout dépendant de la personne, ça prend généralement entre trois mois et un an pour que sa nouvelle vie de rêve se transforme en cauchemar.  Non seulement elle a exactement les mêmes problèmes qu’elle tentait de fuir, elle se retrouve avec tout plein de situations négatives qu’elle n’avait jamais vécu avant.  Et le plus surprenant, c’est la vitesse à laquelle notre vie a fait 180° dans le négatif.

Et en effet, pourquoi est-ce arrivé, et surtout si vite?  La raison va vous surprendre, mais elle est parfaitement pertinente.  C’est que, aussi étrange que ça puisse paraître, dans ton coin d’origine, tu avais droit à un genre d’acceptation et de respect.  Oui, vraiment!  Et c’est normal : Depuis le temps que tu habites là, tout le monde est habitué à toi, à ta personnalité, à tes habitudes, à tes mauvaises habitudes…  Ils peuvent bien y réagir une fois de temps en temps, mais plus personne n’en fait de cas, et encore moins de drame, depuis longtemps.  Ça fait tellement partie de leur décor quotidien qu’ils ne le remarquent même plus.  Et les rôles sociaux et hiérarchiques se sont établis tout naturellement autour de toi depuis que tu es en âge d’aller à l’école.  Ta famille est forcément proche de toi.  Tes amis sont près.  Ceux qui n’ont rien à foutre de ton existence restent neutres.  Ceux qui ne t’aiment pas se tiennent loin.  Et ceux qui ne peuvent se tenir loin se sont résignés à t’endurer.  Tout le monde sait si tu es leader, suiveur ou laissé pour compte et agissent avec toi en conséquence.  Bref, tout le monde, toi inclus, connait ta place dans cet univers.

… Ce qui n’est fichtrement pas le cas avec les gens qui peuplent ton nouvel univers.  

Tout à l’heure, je parlais du charme de la nouveauté.  Ben voilà : Quand on change de décor, on devient l’élément nouveau qui détonne de ce décor.  Celui que les gens remarquent parce qu’ils n’y sont pas habitués.  Par conséquent, tous les yeux de cet univers sont tournés vers nous.  Et puisque personne ne nous connait, personne ne peut savoir si entre nous le courant va bien passer ou non.  La seule manière de le savoir, c’est de faire partie de notre entourage, le temps de l’apprendre.  Hélas, c’est quelque chose que l’on va apprendre à la dure. 

L’une des choses que l’on apprend à la dure, ce sont tous les défauts de comportement et de personnalité que l’on nous reproche.  Des défauts qui sont les raisons du revirement négatif de notre nouvelle vie.  Des défauts que l’on ne savait même pas que l’on avait.  Ou alors oui, on le savait, mais puisque personne n’en avait jamais fait de drame avant, on ne s’imaginait pas que c’était aussi pire.  C’est que là encore, puisque les gens de notre nouvel univers n’ont jamais fait partie de notre entourage, ils n’ont pas eu toute une vie pour s’y faire.  Pour eux, c’est quelque chose de nouveau.  De négativement nouveau.  Par conséquent, à leurs yeux, nos défauts sont aussi flagrants qu’insupportables.

À quelque chose, malheur est bon, que dit le proverbe.  Et ça s’applique ici, car cette décevante expérience aura au moins eu le mérite de nous faire prendre connaissance de ce qui ne va pas en nous.  À partir du moment que l’on connait nos défauts, deux choix s’offrent à nous.  On peut travailler sur soi, de manière à devenir une meilleure personne, et ainsi pouvoir vraiment refaire sa vie un jour, cette fois-ci de manière positive.  On bien, si on est aussi lâche qu’orgueilleux, on peut se les nier.  Mais à ce moment-là, il ne faut pas être surpris si l’on vit toujours les mêmes merdes, peu importe le nombre de fois où on tente de refaire sa vie, peu importe où on s’en va pour le faire.

Le handicap du perfectionnisme

Au sujet des entrevues d’emploi tout le monde connait cette grande classique: Lorsque l’employeur demande « Nomme-moi ton pire défaut », il faut répondre « Je suis perfectionniste! »

On se pense bien malin d’ainsi déguiser une qualité en défaut. Mais en réalité, ce n’est vraiment pas chose à dire. Car au contraire, lorsqu’il s’agit de travail, il n’y a pas pire défaut que le perfectionnisme. Je le sais, j’ai eu à faire avec beaucoup trop de perfectionnistes dans ma vie.

Il y a trois ans, j’ai gagné une bourse pour faire un album de BD, avec un an pour le produire. J’ai fini avec un mois d’avance, soit amplement le temps pour le faire imprimer, pour qu’il soit prêt pour le festival de BD. À ce moment-là, un perfectionniste m’a dit :

« Maintenant, il faut juste que tu refasse les quinze premières pages, pour que tes dessins du début ressemblent mieux à ceux de la fin. »

Ce qu’il y a avec l’art, autant dessin que écriture, c’est que plus on le pratique et plus il évolue. Aussi, si je refais mes quinze premières pages, l’art de la seconde version de la page 15 va détonner avec celui de la page 16, ce qui me forcera à continuer de les refaire. Et une fois mes 48 pages refaites, nul doute que de nouveau, l’art de la dernière page sera différent de celui de la première page. Alors si j’écoute le perfectionniste, non seulement n’aurais-je jamais fini mon album dans les temps requis, je vais me condamner à refaire toujours le même travail sans jamais en être satisfait, et sans jamais passer à autre chose. Mon choix se résumera donc à ou bien perdre mon temps à la poursuite d’une perfection que je n’atteindrai jamais, ou bien d’abandonner ce projet éternellement insatisfaisant. Dans les deux cas, ça signifie ne jamais produire l’ouvrage. Je ne l’ai donc jamais écouté, et j’ai produit un album dans lequel mes lecteurs ont pu, en plus de lire les histoires, observer l’évolution du dessin.

Cent fois sur le métier, remet ton ouvrage, que dit le proverbe. Bon, en fait, c’est une déformation populaire. La version originale nous vient de l’écrivain Nicolas Boileau-Despréaux (1636-1711) qui disait :

Hâtez-vous lentement, et, sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage :
Polissez-le sans cesse et le repolissez ;
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.

C’est bien joli, d’essayer d’appliquer à notre époque moderne une opinion tirée d’un poème écrit au XVIe siècle. Mais soyons franc : Je pense qu’on peut s’entendre sur le fait que quand un employé a besoin de se reprendre à vingt fois pour faire son travail correctement, c’est un indéniable signe d’incompétence. Alors à cent fois, imaginez!

À l’époque où j’étais concierge, j’ai passé six mois à être surintendant d’une tour à condos de luxe construite deux ans plus tôt. L’endroit tombait en pièces de tous côtés, car construit trop vite, avec des matériaux de trop mauvaise qualité. L’endroit aurait pu être bien mieux fait. Mais voilà, il aurait coûté beaucoup plus cher, et il n’aurait jamais été terminé dans les temps. C’est que les résidents n’en avaient rien à faire, de la qualité. Ils avaient payé d’avance pour avoir leurs condos à telle date, les condos devaient donc être terminés à telle date, point! Ce qui fut fait, à la satisfaction de tous. Mon travail était donc de réparer les défauts de l’ouvrage à mesure que ceux-ci apparaissaient.

D’ailleurs, l’entrainement pour faire mon travail de concierge, au début, ça a été ça : On me donne les outils, on me donne une description sommaire de la tâche, puis je me débrouille. Mes erreurs, je les fais pendant que je sers le client, et je les corrige immédiatement ou plus tard, tout dépendant s’ils sont visibles immédiatement ou plus tard.

Ça peut sonner cynique, mais de nos jours, les gens ne veulent pas d’une personne qui va faire le travail à la perfection. Ils veulent quelqu’un qui va faire le travail, point! Et si le travail est mal fait, qu’importe! Se plaindre contre tout et contre tous, ça fait tellement partie de notre culture actuelle que même lorsque les gens n’ont rien à nous reprocher, ils le font quand même, en inventant des raisons et/ou en déformant les faits. Les gens ne veulent pas d’un service parfait, ils veulent juste d’un bouc émissaire. Pourquoi croyez-vous que les américains ont élu Trump, après avoir passé huit ans à crucifier Obama.

L’imparfait fera peut-être mal son travail.  Mais il le fera, ce travail. Tandis que le perfectionniste, à toujours poursuivre une perfection qu’il n’atteindra jamais, va toujours travailler plus que tout le monde, pour ne jamais rien terminer. Si Boileau avait vécu de nos jours, sa poésie aurait été toute autre.

Travaillez de votre mieux et dans les temps requis
Oubliez la perfection, c’est une utopie.
Et comme perfectionniste, ne jamais s’afficher.
Sauf si vous ne voulez jamais rien achever.

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Y’A LIENS LÀ.

Dans le même ordre d’idées :
L’inutilité de la perfection.
L’altruisme égocentrique.

La prétention par réflexe de survie

On a tous déjà rencontré ce genre de personnes hyper-vantardes. Et elles ont toutes ceci en commun : Pour le moment elles traversent une période creuse. Mais à les entendre, ce n’est que temporaire car elles sont appelés à de grandes destinées dans laquelle gloire et richesse les attendent. C’est ce que j’appelle, comme le dit le titre, la prétention par réflexe de survie.

Qu’est-ce qui distingue les prétentieux par survie des autres vantards? Simple : Un vantard classique va parler de faits et d’accomplissements présents et passés. Il manque de modestie, n’empêche qu’il a des raisons de se vanter. Le survivant par prétention, par contre, n’a encore rien accompli. Ses vantardises sont au sujet d’un futur hypothétique qu’il se planifie.

Et si je dis que c’est un réflexe de survie, c’est parce que :

Ce sont des gens complexés.
Par leur origine, par leur poids, par leur faciès, par leur pauvreté, par leur virilité comparable à celle d’un escargot, par leur piètre performance scolaire et/ou athlétique, par leur historique sentimental inexistant, peu importe la raison, ces gens ont un sentiment d’infériorité qui est profondément ancré en eux. Et lorsque l’on sent à ce point inférieur, l’idée que l’on puisse être capable de s’améliorer ne nous vient même pas à l’esprit. Alors que ce soit dans leurs têtes ou bien inconsciemment, ils sentent qu’ils ne valent rien et n’ont aucun avenir.

Quand on a la conviction profonde que notre vie est un cul-de-sac, deux choses peuvent arriver : La dépression, ou bien le déni total de la réalité. Si c’est le second cas, alors compenser pour nos lacunes ne suffit pas. Il nous faut surcompenser. On commence alors à se croire meilleurs que tout le monde, ce qui est un peu culotté quand on n’est même pas capable de s’élever à leur égalité. Mais bon, pour les gens qui souffrent d’un tel complexe, penser ainsi est une question de survie morale. Et c’est ce qui les pousse à adopter la mentalité et les comportements qui suivent.

Leur but dans la vie est de passer directement de moins-que-rien à plus-que-tout.
Directement, dans le sens qu’ils ne vont pas avoir envie travailler pour. Ils vont vouloir que ça soit quelque chose d’instantané.  Pour ça, ils comptent sur la chance. Par exemple, ils rêvent d’un héritage surprise d’un parent fortuné inconnu. Ou de gagner quelques millions à la loterie. Ou d’avoir la chance de se trouver au bon endroit au bon moment dans mille situations avantageuses hors de l’ordinaire. Ou de rencontrer une personne fortunée qui, pour aucune raison logique, va consacrer sa vie à améliorer la leur. C’est que quand on ne pense pas pouvoir compter sur ses propres capacités, on ne compte que sur la chance.

Ce sont très souvent des artistes.
Leur manque de confiance en soi est tel que tu ne les verras jamais étudier pour décrocher un boulot traditionnel qui les rendra prospères mais anonymes. Non! Ils cherchent à devenir riches, célèbres, adulés. La seule manière qu’ils se voient y parvenir, c’est par la voie artistique : Dessin, peinture, écriture, musique, arts de la scène, télé, cinéma, etc.

Ils croient au American Dream (ou à son équivalent régional)
Le genre de personne qui déménage de Ste-Antoinette-du-Ouaouaron vers Montréal en affirmant que son manque de succès jusqu’à maintenant est dû au manque d’opportunité dans son coin d’origine. Et elle raconte à qui veut l’entendre (ou non) que d’ici trois ans elle animera sa propre émission de télé.

Cinq ans plus tard, elle fêtera plutôt ses quatre ans et neuf mois d’embauche au Dollarama de Hochelaga. Et ça, c’est à cause que…

Ils ont des buts qui sont totalement hors de leur portée.
Le problème, c’est qu’ils ne connaissent jamais rien aux industries dans lesquelles ils veulent percer. Par exemple, c’est le genre de personne capable de mettre le temps et l’effort pour écrire toute une saison d’une série télé (autobiographique dans 75% des cas que j’ai pu observer), mais qui ne saura pas où, à qui et comment la proposer. En fait, cette personne ignore tellement tout du milieu qu’elle ne saura même pas où aller se renseigner pour l’apprendre.

Leur motivation première : Faire chier les autres.
L’un des moyens qu’ils ont de survivre moralement à leur manque de confiance en soi, c’est de prétendre que ce sont tous les autres autour de lui qui ne croient pas en lui. Donc que tout le monde cherche à le saboter. Par conséquent, ils ont des comptes à régler avec l’humanité entière. Alors quand on leur demande quel est leur ultime désir, ils répondront sans hésiter un truc du genre de « Réussir à percer dans le milieu au plus vite, afin de faire chier tous ceux qui m’en ont toujours cru incapables. »

Ils sont mauvais perdants.
À chaque fois qu’ils essuient un revers, ces gens-là ne vont jamais se questionner sur eux-mêmes, leur capacités, leur manière d’agir ou de faire. Par contre, ils ne manqueront pas d’excuses et d’accusations pour expliquer leurs échecs : C’est toujours à cause que les autres les sabotent, ou à cause de hasards extrêmement malchanceux, d’une injustice quelconque ou bien d’un préjugé dont ils sont toujours la victime.

Une, deux, trois fois, passent toujours, car il se peut très bien que ça arrive. Mais plus les mois et les années passent, et plus ces personnes accumulent les « échecs explicables par toutes les raisons (in)imaginables, sauf moi-même. »

Et ils sont encore plus mauvais gagnants.
Chez les gens normaux, une victoire ou une réussite apporte un sentiment de joie et d’accomplissement. Chez les survivants par prétentions, ça apporte plutôt une incontrôlable arrogance haineuse. Ainsi, au lieu de se réjouir pour eux-mêmes, leur premier réflexe sera d’utiliser cette opportunité pour régler leurs comptes, rabaisser, insulter. En général, avec des commentaires sur le thème de « Ha! Ha! Vous pensiez que j’étais pas capables, hein!? Vous vous pensiez meilleurs que moi, hein!? DANS VOS FACES, LES LOSERS! ».

En réagissant de cette manière, cette personne démontre deux choses : Premièrement, le fait qu’elle ne s’attendait pas elle-même à remporter cette victoire. Car en effet, quelqu’un qui a confiance en soi et en ses capacités ne va jamais agir comme si ses réussites étaient des événements aussi extraordinaires. Et ensuite, ça démontre un total manque de confiance en soi, sentiment qu’elle projette sur tous ceux qui considéraient (avec raison) que ses chances de l’emporter étaient minces.

Quand on considère que chaque réussite personnelle est en fait une victoire contre le reste de la population, ça donne une idée du nombre de gens envers qui on se sent en compétition, et inférieur. Ceci dit, ce n’est pas comme si ce genre de personne allait savourer longtemps sa victoire. Car plus souvent qu’autrement…

Leur besoin irrésistible de se vanter les sabote.
Lorsque c’est le genre de travail qui demande signature de contrats, le secret est souvent de mise. Mais chez ces gens-là, leur besoin de se vanter est tel que même si on leur fait signer une entente de confidentialité, ils vont la violer avant même que l’encre soit sèche, en s’en vantant à tous, aussi bien en personne que sur le net.

Quand on a une personnalité aussi merdique, on se crée forcément quelques ennemis au fil des ans.  Annoncer d’avance un projet en cours de réalisation, c’est donner à ces ennemis l’opportunité de nous offrir un bien mérité retour de karma en nous le sabotant.

Ils vendent la peau de l’ours.
Le problème lorsque l’on vit de rêves au lieu d’être réalistes, c’est que l’on prend ses rêves pour des réalités. Par exemple :

Les faits : Une personne qui travaille pour la télé l’a complimenté sur un de ses dessins.
Son interprétation des faits : « YES! Télétoon va faire une série avec mes personnages! »

Les faits : Un chef d’équipe d’un boulot quelconque lui suggère d’envoyer sa candidature.
Son interprétation des faits : « YES! On m’offre un poste à la vice-présidence avec un salaire de $80 000.00 par année pis j’commence la semaine prochaine! »

Les faits : Elle a eu une conversation avec une personnalité publique quelconque.
Son interprétation des faits : « YES! Il est full amoureux de moi, tous les signes sont là, juste de la façon dont il m’a regardé en éternuant dans son café! »

Ses fabulations ont toutes ceci en commun : Aucune ne se réalisera.

Cependant…

Ils arrivent parfois à se créer des opportunités extraordinaires.   …  Trop extraordinaires pour pouvoir en profiter. 
J’en ai connu deux qui ont visé très haut et qui ont atteint leurs cibles: Hollywood!  En envoyant art et textes, ils ont fini par attirer l’attention d’une personnalité du milieu.  Les pourparlers se sont écroulés dès le départ.  Citoyen américain?  Non!  Membre de l’union des artistes?  Non!  Membre du Writers Guild (union des auteurs) ?  Non!  Assez riches pour faire une demande d’immigration? Non!  Impossible de travailler à Hollywood dans de telles conditions.  Depuis, ces deux personnes vivent avec la torture morale de savoir qu’ils « auraient ce qu’il faut pour réussir, si les choses avaient été différentes », au lieu de commencer par des buts qui sont à leur portée, pour ensuite grimper aux buts suivants.

Céline Dion n’est pas passée directement de petite inconnue de la ville de Charlemagne, Qc, à superstar de Las Vegas.  il y a eu du parcours.

Ils n’ont que deux opinions aux sujet des autres : Ou bien extrêmement positive, ou bien extrêmement négative.
Quand elle a l’œil sur un homme, alors elle en parle comme étant la plus parfaite représentation de l’humanité dans son entier. Mais dès qu’il repoussera ses avances, alors là il sera imbécile, macho, misogyne, pédosadozoophile. Le même principe va s’appliquer à tout ce qui ne lui donnera pas ce qu’elle demande : Les gens, les boulots, les associations et organismes, etc.

Ils n’ont que deux opinions à leur propre sujet : Ou bien extrêmement positive, ou bien extrêmement négative.
Quand ils ont l’opportunité unique d’avoir du succès, par exemple sous la promesse de décrocher un emploi de rêve, haut placé, bien payé, c’est « OMG je suis le plussse meilleur winner de tous les temps de toute l’Histoire de l’humanité dans toute son entier » … Mais si au final ils ne l’obtiennent pas, c’est « OMG je suis la pire des merdes de ce cloaque de purin qu’est mon existence depuis toujours. »

Ils ont toujours besoin de se faire réconforter par les autres.
Incapables de se trouver du (vrai) mérite, ils ont besoin que ce soit les autres qui leur en trouve. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle ils vont se plaindre publiquement en s’accusant d’être des moins que rien. En le faisait de manière exagérée, ils savent (ou du moins ils espèrent) que leurs amis vont venir leur remonter le moral en leur vantant leurs mérites.

… ce qui ne donne pas toujours les résultats escomptés.

Ceci dit, l’image précédente n’est qu’un gag irréaliste. Dans la réalité, ces gens-là ne recevraient jamais ce genre de réponses. Et la raison est simple :

Ils ne s’entourent que de lèche-culs.
Tout le long de leurs vies, leur entourage va se diviser en quatre groupes :

  1. Ceux qui en ont vite marre de son attitude merdique. Ces gens-là vont juste s’en éloigner.
  2. Ceux qui ne sont pas dupes de sa bullshit et qui n’hésitent pas à la confronter. Dans ce cas-ci, c’est elle qui va les bannir.
  3. Les membres de la famille, obligés d’être là parce que membres de la famille.
  4. Et ceux qui, pour diverses raisons, acceptent son attitude, s’en foutent, ou (étrangement) l’y encouragent. C’est ceux-là qui vont constituer son entourage.

Ils ne vont jamais reconnaître leurs erreurs…
… et ils refusent de faire tout effort pour s’améliorer. Parce que changer leur façon de faire, c’est l’équivalent d’avouer avoir fait erreur. Et ça, ils sont trop orgueilleux pour l’admettre, même envers eux-mêmes. En fait, la seule fois où ils vont l’admettre, c’est en disant un truc du genre de: « Ma seule erreur fut d’avoir fait confiance aux mauvaises personnes. », Ce qui est une façon détournée de mettre encore la faute sur les autres.

Leur haine est éternelle et ils ne décrochent jamais.
J’ai un jour rencontré un gars de 38 ans qui parlait encore en mal de sa prof de maths du secondaire III. Jusque-là, passe encore, même si c’est rare qu’on voit des gens qui restent aussi longtemps accro à ce genre de truc. Mais lui, sur ma console de jeu vidéo, il a créé un joueur au nom et à l’effigie de cette prof. Puis, il s’amusait à jouer ce personnage en s’arrangeant pour obtenir les scores les plus minables qui soient. Pour ensuite me montrer ça en riant d’elle.

Je répète : Le gars avait trente-huit ans.
Et c’était vingt-cinq ans après avoir eu cette prof.
Oui!
Vraiment!

Ils passent plus de temps à planifier comment détruire moralement / physiquement / financièrement / socialement /  ceux qui les ont rejetés, que de trouver le moyen d’être acceptés.
Par exemple:

  • Un employeur refuse de l’embaucher? Il part en campagne de salissage publique contre cet employeur. Et il rêve du jours où ils sera assez riche pour racheter la compagnie afin de pouvoir congédier cet abruti.
  • Un homme / une femme refuse ses avances? Il part en campagne de salissage publique contre cet homme / cette femme. Et il rêve du jour où il sera méconnaissablement beau pour le/la séduire, et lui briser le cœur en le/la repoussant.
  • Au fil des années, il a vu un de ses amis commencer à jouer du violon, passant d’amateur minable à véritable musicien, à professionnel, à l’orchestre Symphonique de Montréal? Alors il rêve de pouvoir un jour posséder un Stradivarius, juste pour le plaisir de le briser à coup de massue devant ses yeux horrifiés, en brûler les morceaux, manger les cendres et les chier dans une assiette avant de lui écraser au visage.

Et quel fut le crime de son ami pour mériter ça?  Avoir réussi dans la vie.

Du reste, ce genre de personne a très hâte d’être couverte de gloire, d’argent et de pouvoir, pour ensuite retourner dans son village d’origine pour en faire baver à tous ceux qui ont commis le crime de ne pas l’avoir mise sur un piédestal pendant les vingt-et-quelques premières années de sa vie.

Avec les années, ils accumulent un nombre de plus en plus aberrant d’ennemis.
Tel que démontré plus haut, non seulement ils finissent par détester chaque personne, chaque entreprise, chaque organisme, chaque TOUT qui passe dans leur vie, leur rancune est perpétuelle et éternelle. Ce qui fait que, dès la mi-trentaine et jusqu’à leur mort, ils n’ont plus que deux sujets en bouche : Parler en bien de leurs projets, et parler en mal contre tous ceux qui (à leurs yeux) les ont sabotés, causés du tort, snobés, ignorés. Et plus les années passent, moins il parle de projets, plus il gueule contre les autres.

Ceci dit, la liste de ses ennemis peut se diviser en trois :

  • 20% de vrais ennemis, avec qui le sentiment négatif est réciproque.
  • 30% qui lui font la belle façon car ils ignorent que telle est leur relation.
  • 50% qui ne savent même pas que cette personne existe, ou qui ne se souviennent même plus d’elle.

Si le moindre revers lui cause tant de haine, c’est que cette personne perçoit chaque échec comme preuve de plus qu’elle n’est pas à la hauteur. Et quand on a besoin de se prétendre mieux que tout le monde par réflexe de survie, on ne peut pas laisser passer ça. Chaque personne qui nous ramène à cette réalité insupportable devient donc la personne à abattre, celle qui en sait trop.

Heureusement pour leur ennemis, ses planifications ne dépasseront jamais le stade de la fantaisie. Normal : Si cette personne était capable d’accomplir tout ceci, elle serait déjà une personne à succès pour commencer.

Mais tant et aussi longtemps que cette personne perdra son temps et ses énergies dans la prétention et les apparences et les buts hors de sa portée, plutôt que d’apprendre de ses erreurs et de s’investir dans les moyens de se réaliser, son succès ne risque pas d’arriver de sitôt.

Quand la persévérance devient de l’acharnement et du harcèlement.

Persévérer –VS– s’acharner.
Dans ma jeunesse, on m’a bourré le crâne de belles phrases préfabriquées qui devaient être les clés du succès :

Quand on veut, on peut.
Il ne faut pas se décourager.
Un gagnant ne lâche jamais, un lâche ne gagne jamais.
Il ne faut jamais abandonner.

Si tout le monde me le disait, ça devait être vrai.  J’y ai donc cru.  À quinze ans, âge où on est généralement portés à rêver d’un travail qui ne sera qu’un passe-temps qui nous rendra riche, j’ai choisi quel sera mon métier : Humoriste.  Si je le voulais, je le pouvais.  J’avais juste à ne jamais me décourager ni abandonner car si un gagnant ne lâche jamais, un lâche ne gagne jamais, n’est-ce pas!?

De mes quinze à trente-trois ans, j’ai essayé à d’innombrables reprises de devenir humoriste.  Tout y est passé : L’École nationale de l’humour, les Lundis des Ha-Ha, Laval qui Rit, les Mard’hilarants, des émissions de variétés à la télé, des spectacles amateurs, des concours…  J’ai écrit je ne sais plus combien de monologues sur divers sujets.  Après chaque audition, j’étais refusé. 

En fait, ce n’est pas tout à fait exact.  Pendant ces dix-huit ans d’essai, j’ai été choisi deux fois pour faire partie de spectacles.   La première, c’était dans un spectacle de Noël dans lequel les organisateurs n’avaient pas fait passer d’auditions.  Ils auraient dû!  J’étais tellement mauvais qu’on m’a coupé le micro sur scène au 2/3 de mon monologue. 

La seconde fois où j’ai été pris, c’était à Cégeps en Spectacle, lors de mon retour aux études.  Cette fois-là j’avais été habile.  J’ai changé totalement mon style d’humour et de numéro.  Habillé en Rockabilly et guitare à la main, au lieu de parler aux gens, je chantais un pot-pourri de parodies de chanson des années 50.  J’ai eu un grand succès, autant à l’audition que lors du spectacle. 

À partir de là, j’aurais pu continuer à persévérer car selon toute apparence, j’avais enfin trouvé la formule gagnante.  Mais voilà, ça n’était en effet que ça : Une apparence.  J’avais payé des musiciens et un studio pour avoir une musique préenregistrée, car je ne suis pas du tout musicien.  Comme chanteur, je suis très moyen, avec une voix baryton-basse monotone.  Enfin, pour un numéro dans un spectacle de variété, mon truc pouvait passer.  Mais jamais je n’aurais pu faire tout un spectacle juste de ça, et encore moins une carrière.  Me rendre compte de ceci m’a enfin permis de remettre les pieds sur terre et de quitter cette voie qui était pour moi sans issue.

Une chose qui a influencé ma décision, c’est qu’au début des années 2000, j’ai vu sur le net l’une des plus pertinentes pensées qu’il m’ait été donnée de lire.  C’était en anglais mais je vous la traduis : Un lâcheur ne gagne jamais.  Un gagnant ne lâche jamais.  Mais quand tu ne gagnes jamais et ne lâches jamais, tu es juste stupide. 

Et en effet, dans mon cas, voilà longtemps que c’était rendu de la stupidité.  Je n’ai réussi à pondre qu’un seul bon numéro en dix-huit ans de travail.  Et pour y parvenir, il a fallu que je prétende être deux choses que je ne suis pas : Musicien et chanteur.  Ce qui signifie que non seulement je n’avais pas ce qu’il faut pour réussir, même lorsque j’ai réussi je n’avais toujours pas ce qu’il faut.   

Je venais de comprendre qu’il y avait une différence entre persévérer et s’acharner.  Persévérer, ça permet de réussir dans un domaine qui est à notre portée.  Tandis que s’acharner, c’est perdre son temps sur une cause perdue.  Il y a des humoristes qui ont eu le temps de démarrer leur carrière, de l’exercer et de prendre leur retraite, dans le temps que ça m’a pris pour ne pas réussir à commencer la mienne. 

Le problème, c’est qu’on ne m’avait jamais appris que pour réussir, il ne suffit pas que de vouloir quelque chose.  Il faut d’abord avoir ce qu’il faut pour l’obtenir.  Même le travail non-artistique qui ne demande aucun talent spécial est soumis à cette règle.  Par exemple, il y a sept ans, si j’avais essayé d’obtenir mon boulot actuel, je n’y serais jamais parvenu.  J’ai donc commencé au bas de l’échelle : J’ai passé d’artiste à gars de ménage dans un garage de bus.  Cette expérience m’a permis de devenir concierge résident.  Cette expérience m’a permis de devenir surintendant.  Cette expérience m’a permis de devenir employé de bureau.

La différence entre cette réussite qui m’a pris sept ans, et mes dix-huit ans d’échecs dans l’humour?  C’est que cette fois, j’ai mis ma persévérance au bon endroit, c’est-à-dire dans l’apprentissage.  Et j’ai appris des choses qui étaient à ma portée.  Je ne pouvais pas apprendre à être drôle, par contre je pouvais apprendre la plomberie, l’électricité, la menuiserie, et le travail de bureau.  

Être persévérant –VS– être harceleur.
S’il y a un sujet dans lequel la persévérance n’a pas sa place, c’est dans le cliché fort répandu où un homme poursuit une femme qui ne s’intéresse pas à lui.  Voilà bien longtemps que je ne suis plus un téléspectateur, mais je me souviens que cette aberration était utilisée beaucoup trop souvent dans les séries, en particulier dans les comédies.

Que ce soit dans Family Matters dans les années 80, Friends dans les années 90 ou The Big Bang Theory dans les années 2000, on nous y montrait sans cesse que pour obtenir la fille, l’homme doit juste faire preuve de persévérance.  Ils ont beau ne rien avoir en commun, elle a beau ne pas être attirée par lui, ça n’a aucune importance.  Tout ce qui compte, c’est qu’elle soit belle et gentille.  Ça fait d’elle le but à obtenir, le prix à gagner, le trophée de la vie de ce gars-là.  Peu importe le nombre de saisons qu’il y mettra, il finira par l’avoir à l’usure.  Et, chose extrêmement rare dans la vraie vie mais constante à la télé, elle en tombera profondément amoureuse après des années de fréquentation en tant que simples amis platoniques.

Mais voilà, dans la vraie vie, ça ne marche pas comme ça.  Une personne, ce n’est pas une chose.  Par conséquent, elle ne doit jamais être un but.  Et pour être franc, le concept même de la séduction, c’est quelque chose qui n’est pas naturel.  Faire l’effort de séduire quelqu’un, c’est utiliser des ruses calculées dans le but de lui donner l’illusion que vous êtes la personne qui lui convient.  Tandis que si vous avez de vraies affinités, alors là vous serez attirés l’un par l’autre tout naturellement.  Et cette attirance-là ne sera jamais à sens unique. 

Évidemment, ça n’empêche en rien de faire les premiers pas quand le rapprochement n’est ni instantané ni mutuel.  Par exemple, en 2013, j’ai rencontré Flavie.  Mignonne, artiste, ex-mannequin, de 20 ans ma cadette.  Nous avions beaucoup en commun alors nous sommes vite devenus amis et on se voyait plusieurs fois par semaine.  Plus je la connaissais, plus je la trouvais intéressante.  Alors à la fin de la 3e semaine de fréquentation, j’ai tenté ma chance.  Devant mes avances, elle a reculé.  J’ai alors arrêté et j’ai fait machine arrière.  Je lui ai fait mes excuses, lui disant que j’avais cru voir dans ses gestes et paroles quelque chose qui n’y était pas.  Mais que c’était mon erreur et non la sienne.  Elle a compris et la relation a continué dans la même atmosphère de grande amitié qu’elle avait eue jusque-là.

(Deux semaines plus tard, Flavie changeait d’idée à mon sujet et m’a fait sa déclaration d’amour.  Et ça, c’est quelque chose qui ne serait pas arrivé si j’avais persévéré à la harceler.)

Il ne suffit pas de savoir faire la différence entre la persévérance et l’acharnement et/ou le harcèlement.  Il faut aussi être capable de faire la différence entre le découragement et le bon sens.  Abandonner face à une cause perdue, ce n’est pas un signe de lâcheté.  C’est faire preuve d’intelligence et de logique.

15 signes démontrant qu’une relation mieux-que-rien est une relation pire-que-tout!

Il y a des gens qui ne supportent pas le célibat.  Pour eux, être seul, ça signifie ne pas être aimé, donc être rejeté, donc être loser.  Il doivent absolument être en couple, c’est un besoin vital.

Leur premier but dans la vie étant d’être en couple, ils choisissent n’importe qui, sans se soucier d’avoir des affinités avec cette personne.  Pour eux, tant que tu es célibataire et que ton orientation sexuelle est compatible avec la leur, vous avez tout pour être ensemble.

Mais voilà, le couple, ça ne fonctionne pas comme ça.   Sans affinités, tu ne pourras pas répondre à ses attentes, ses besoins et ses envies en matière de partenaire.  Alors à partir du moment où la relation commence, la personne te traite comme une obligation et non un désir.  Ce qui fait que l’autre te fait vivre sa frustration d’être dans une relation qui ne lui convient pas.  De la part de la personne qui t’a draguée, c’est un comble.

Voici 15 signes qui prouvent sans l’ombre d’un doute que tu es dans ce genre de relation avec ce genre de personne.

SIGNE 1 :   La personne n’a pas l’air de vouloir être avec toi.
Tu es là mais tu fais partie du décor.  Plus souvent qu’autrement tu as l’impression de déranger.  Même quand l’autre t’invite à son domicile, tu passes après son temps de jeu, ses épisodes de séries, sa lecture et réponse à ses mails, son Facebook, ses appels…

SIGNE 2 :   La personne semble toujours frustrée et contrariée.
Certains jours où vous êtes ensemble, la personne est distante, semble contrariée, frustre silencieusement contre tout, mais ne va jamais te dire ce qui ne va pas.  Une fois, passe encore.  Mais ça arrive tellement souvent que tu finis par te demander si c’est ta présence qui dérange.  Le lui demander rapporte généralement une réponse évasive du style de : « Ben non… Tu comprends pas… Laisse faire! »

SIGNE 3 :   Tu dois lui rembourser la relation.
Même si tu payes ta part des dépenses quand vous sortez, voilà que l’autre commence à dire, de façon sérieuse et légèrement irritée, que de sortir avec toi, ça lui coûte cher.  Il y a l’essence pour l’auto.  Et puis, tout ce que tu manges quand tu es à son logement, ça gonfle sa facture d’épicerie.  Sans oublier les sorties.  Parce que bon, tu as beau payer ta part, n’empêche qu’il ne ferait pas ces sorties et ces dépenses s’il n’était pas en couple avec toi, hm!?

SIGNE 4 :   L’autre fait tout pour cacher votre relation.
Qu’il/elle ne veuille pas changer son statut de  célibataire pour  en couple sur Facebook passe encore.  Mais qu’il/elle ne veuille faire aucune activité en groupe.  Qu’il/elle ne te présente pas à ses amis, et encore moins aux membres de sa famille.  Qu’il/elle ne veut même pas que vous soyez vus ensemble en public, du moins pas dans son quartier.  Rendu là, il est évident que quelque chose ne tourne pas rond dans la relation.  

SIGNE 5 :   Et il/elle ne veut rien savoir de ton entourage non plus.
C’est comme s’il/elle avait peur que votre relation soit vue comme étant officielle aux yeux des autres.  En tout cas, à force de parler à ton entourage d’un partenaire de couple qu’ils ne voient jamais, ils vont finir par croire que tu l’as inventé.

SIGNE 6 :   Tous tes amis et les membres de ta famille désapprouvent votre relation.
C’est sûr que votre relation, c’est de vos affaires, pas les leurs.  Et peu importe avec qui tu sortiras, il y en aura toujours un ou deux qui vont désapprouver.  Mais là on ne parle pas juste d’une coupl’ de personnes.  On parle de la majorité d’entre eux.  Et même s’il y en a qui restent neutres, ils vont se contenter de dire « C’est ta relation, pas la mienne! »,  Et ça, ce n’est pas quelque chose qu’ils diraient si tu étais dans une relation saine qu’ils approuvent.

SIGNE 7 :   Il ne veut rien faire sauf baiser.  (Et ta présence n’est plus requise une fois ce but atteint.)
Oui, je dis « il » parce que bon, ça a beau être un cliché, les clichés existent pour une raison.  Mais au-delà de la généralisation disant que les hommes ne pensent qu’au sexe, il reste que si c’est tout ce qu’il veut faire avec toi, alors ça veut dire que la seule utilité qu’il te trouve dans le couple est sexuelle, donc que c’est la seule valeur que tu as à ses yeux.  Si vous aviez des choses en commun, vous feriez des activités en dehors du lit.  Mais là?  Non!  Rien!  La preuve, c’est qu’il perd même intérêt en ta présence une fois ses pulsions satisfaites.

SIGNE 8 :  Elle fait tout pour repousser à plus tard le sexe promis.
Oui, je dis « elle », parce que bon, ça a beau être un cliché, les clichés existent pour une raison.  Mais au-delà de la généralisation disant que les femmes font des promesses  sexuelles vides pour manipuler les hommes à avoir de l’intérêt pour elles, il reste que si elle agit ainsi, c’est parce qu’elle-même est incapable de voir de quelle autre façon elle pourrait être intéressante à tes yeux.  Ce qui démontre vraiment à quel point vous n’avez rien à faire ensemble.  Preuve de plus : Même sexuellement, malgré le fait qu’elle va délibérément t’allumer, elle n’a aucun intérêt pour toi.

SIGNE 9 :   Tu n’as jamais l’impression que votre relation est normale.
Quand tu regardes autour de toi, tu vois les autres couples agir.  Ils parlent.  Ils rient.  Ils se donnent la main.  Ils se donnent des signes d’affection.  Ils sont complices.  Ils font des choses ensemble.  Et surtout; Ils ont l’air heureux d’être ensemble.  Et toi, qui regarde ça, tu ne reconnais pas du tout ton couple là-dedans.

SIGNE 10 :   L’autre ne donne des signes d’affection que rarement, et ce n’est toujours qu’au moment où tu  arrives au bout de ta patience.
Par exemple, après avoir passé plusieurs heures à t’ignorer, l’autre rend compte que tu es à deux doigts de te lever et partir.  L’autre t’approche, t’embrasse et s’excuse, c’est juste qu’il/elle est très préoccupé(e) en ce moment.  Mais un peu de patience et il/elle sera à toi bientôt.  Rassuré et surtout soulagé de voir que ton calvaire prendra bientôt fin, tu restes.  Mais ça ne change rien à rien.  Et la situation se répète encore et toujours.

SIGNE 11 :   Tu passes toujours après ses amis.
Tu lui propose une activité à deux.  Pas de chance, il avait réservé ce temps avec ses amis.  Bon, une fois de temps en temps, ça peut arriver.  Ce qui est plus décevant, c’est quand ça arrive a répétition.  Ou pire encore: Quand vous aviez quelque chose de prévu, mais qu’il annule parce que des amis lui ont ensuite proposé autre chose.  Et ce sont toujours des choses dans lesquelles tu es exclus.

En tant que partenaire de couple, dans la hiérarchie sociale, tu serais logiquement supposé te situer à au moins une coche au-dessus de ses amis.  Ou au pire, à leur égalité.  Pas plusieurs niveaux en-dessous.

SIGNE 12 :   L’autre te garde à sa disposition toute la journée, juste au cas-où.
10:00 am.  Vous avez congé tous les deux.  Allez-vous passer la journée ensemble?  Ben, ça dépend.  L’autre a deux-trois petites choses à faire, des gens à appeler… Il/elle ne sait pas trop.   L’autre te demande de lui envoyer un texto dans quelques heures.  On verra bien à ce moment-là.

Après quelques heures et quelques textos de ta part qui ont droit à une réponse vague (si réponse il y a pour commencer), tu décides en milieu d’après-midi de lui dire de laisser faire.  Pour celle-là, par contre, la réponse arrive sans tarder, te demandant un peu de patience s’il te plait.  Alors tu restes sur la touche.  Jusqu’à ce que, rendu à 19:00, tu reçois un texto de sa part, disant qu’après la journée qu’il/elle a eu(e), il/elle a besoin de se reposer et décompresser.  Tu as donc perdu ton temps à attendre, sans avoir eu le droit de faire quoi que ce soit de toute ta journée.  Pour rien!

Déjà que passer après tout le monde, c’est rabaissant.  Ceci est un niveau encore plus bas :  Avoir laissé passer tout le monde devant toi, pour ensuite ne pas te laisser passer du tout.

SIGNE 13 :   L’autre créé des situations de conflits totalement cul-de-sac à partir des choses les plus basiques, dans lequel c’est toi qui est le gros méchant.
Avec ce genre de partenaire, tu as toujours l’impression que tu déranges.  Et même si tu prends bien soin de ne jamais rien faire de mal, alors tu auras droit à des reproches sur des choses ridicules.  Et l’autre prendra bien soin de ne choisir que des choses inévitables pour en faire des sujets de discorde.  Par exemple, si tu vas à la toilette la nuit, il va prétendre que le bruit de la chasse d’eau va réveiller les voisins et il se fera engueuler par ta faute.  Si tu proposes alors de ne pas tirer la chasse, alors tu es dégueulasse.  D’ailleurs, ce va-et-vient dans le lit le réveille.  Déjà que le son de ta respiration l’empêche de dormir.  Et dire que si tu as passé la nuit là, c’était sur son invitation.

Même quelque chose d’aussi insignifiant que de vouloir prendre un verre d’eau peut dégénérer en la proverbiale tempête.  Je le sais, je l’ai vécu.  J’étais chez cette fille, et alors que je me dirigeais vers sa cuisine, elle me demande:

« Où tu vas? »
« Boire de l’eau! »
« Tu vas quand même pas boire l’eau du robinet!? »
« Ben oui, pourquoi pas?! »
« Elle est dégueulasse. »
« Ah!?  Pourtant, l’eau de Montréal est réputée pour être l’une des meilleures au Québec. »
« R’garde, si tu dois absolument boire, je vais te refiler une bouteille d’eau. »
« Ok! »

Elle va me chercher une bouteille d’eau.  Je l’ouvre et je bois sous son regard sévère.  Alors que je viens d’en avaler le deux-tiers, elle me dit sur un ton amer :

« Mes chats et moi, on n’aura rien à boire demain.  Mais bon, c’est pas grave! »
« Ben là!?  Pourquoi tu me l’as pas dit? »
« À t’entendre, il fallait ABSOLUMENT que tu boives. »
« Bon, regarde, c’est pas si grave.  Je vais aller à l’épicerie du coin et t’en acheter d’autres, c’est tout. »
« Y’ont pas la marque que je bois! »
« Où est-ce que tu les achète, tes bouteilles? »
« Au Costco! »
« Bon ben allons-y! »
« J’ai pas d’argent. »
« Moi oui!  Je vais t’en acheter une nouvelle caisse. »
« Non!  J’aime pas que les autres paient pour moi. »
« Quand est-ce que tu vas avoir de l’argent? »
« Mercredi, dans trois jours. »
« Et tu essayes de me faire accroire que tes chats et toi alliez vivre sur une seule bouteille d’eau pendant trois jours? »
« Ben non! Ma mère va m’avancer l’argent demain. »
« Ah bon!?  Il me semblait que t’aimais pas que les autres payent pour toi! »
« C’pas pareil, c’est ma mère! »
« Bon ben voilà, problème réglé! »
« Sauf qu’elle finit de travailler à 17 :00 demain, ce qui va nous laisser 24 heures sans rien à boire. »
« Pardon?  Premièrement, j’ai vu dans ton frigo que tu as du lait et des jus, t’auras qu’à boire ça.  Quant à tes chats, tiens, reprends donc la bouteille, il en reste un tiers, c’est suffisant, ils mourront pas de soif.  Alors avant de dire que tes chats et toi aurez rien à boire… »
« J’respecte mes chats.  J’leurs donne pas de l’eau usagée.   Et je tiens trop à leur santé pour leur refiler de l’eau pleine des microbes des autres! »

Ses chats, comme tous les chats de la planète, se servent de leurs propres langues comme papier-cul.  Alors elle ne me fera pas accroire qu’un atome de ma salive sur un rebord de goulot va les empoisonner.  Mais bon, quand la personne tient à ce que tu sois le problème, elle tient mordicus à ce qu’il n’y ait pas de solution.

SIGNE 14: L’autre évite toute tentative de ta part pour discuter de son comportement à problème.
Personne n’aime la confrontation, et encore moins être la personne qui se fait confronter, surtout si tu as des raisons pertinentes de le faire, contre lesquelles l’autre ne pourra pas se défendre.  Alors dès que tu essayes de lui en parler, oups, un instant, il faut que l’autre aille aux toilettes.  En ressortant, une minutes s’il-te-plaît, l’autre est au téléphone.  L’appel est fini?  Bien!  Là vous allez pouvoir parl-Un instant SVP!  L’autre doit absolument aller chercher le courrier / parler au propriétaire / demander un truc au voisin.  Et à son retour, minute, il a ce mail très important à lire.

Si l’autre n’arrive pas à t’avoir à l’usure et que tu réussis à le confronter avec tout ce qu’il/elle te fait subir, alors tu recevras des accusations d’exagérer, ou d’avoir une idée trop parfaite de ce que devrait être une relation, probablement influencé par tes lectures ou les séries que tu regardes. 

« Dans la vraie vie, ce genre de couple n’existe pas, alors redescends un peu sur terre, veux-tu!? »

SIGNE 15 : L’autre ne s’intéresse à toi qu’à partir du moment où tu mets fin à la relation.
Éventuellement, tu finis par en avoir ras le bol de cette situation et tu mets fin à la relation.  L’autre se met soudain à te traiter comme si tu étais la chose la plus précieuse au monde, et te demande de revenir sur ta décision.  Mais à partir du moment où tu le fais, tout recommence, rien ne change.

C’est que, vois-tu, peu importe à quel point le fait de sortir avec toi rend  l’autre personne malheureuse, il n’y a qu’une seule chose qui puisse la rendre encore plus misérable, et c’est d’être célibataire.

Cette personne est un problème pour lequel tu ne seras jamais une solution.

La différence entre la fierté et l’orgueil

Je m’amuse souvent à me qualifier moi-même d’orgueilleux.  Il faut dire que j’ai toujours eu du mal à gérer les compliments.  Ça vient du fait que dans les vingt-sept premières années de ma vie, j’ai appris à survivre dans la discorde plutôt que de vivre dans l’harmonie.  Alors lorsque je me fais complimenter, je ne sais pas trop comment réagir.  Par exemple, ces temps-ci, lorsque l’on me rencontre, je me fais généralement complimenter sur le fait que j’ai l’air beaucoup plus jeune que mes 51 ans.  J’ai donc développé une routine qui m’empêche de perdre mes moyens : Lorsqu’on me dit ça, je me passe la main dans la barbe et les cheveux en répondant :

« Ah ça, c’est grâce à Miss Clairol.  Mais bon, que voulez-vous, chuis orgueilleux comme ça! »

Ça fait sourire, on jase un peu sur le sujet, et on passe à autre chose.  Bon, si j’étais vraiment orgueilleux, jamais je n’irais avouer me teindre, et encore moins avec des produits pour femmes.  Mais en même temps, si vous lisez ce blog depuis longtemps, vous m’avez vu de nombreuses fois montrer de mes photos avant-après à chaque fois que je mets l’effort de travailler sur ma santé, ma forme physique et mon look.  J’ai même créé un autre blog, Diesel Ego, pour chroniquer en temps réel ma remise en forme du printemps 2019.  Alors puisque je m’attends toujours à me faire traiter d’orgueilleux, je prends les devants.  Après tout, on ne peut pas me faire honte sur un point de ma personnalité si c’en est un que je reconnais déjà volontiers.

Ceci dit, je me suis rendu compte avec les années que la différence entre la fierté et l’orgueil est toute simple :

  • La fierté, c’est un sentiment que l’on ressens envers soi-même, pour soi-même.  On ne ressens pas le besoin de prouver quoi que ce soit à qui que ce soit.
  • Tandis que l’orgueil, c’est quelque chose qui demande un public.  C’est ressentir le besoin irrésistible de voir nos mérites reconnus par les autres.  

Dans cette optique, l’orgueilleux peut facilement se faire contrôler par toute personne manipulatrice.

Exemple vécu il y a une vingtaine d’années : J’étais à une sortie en petit groupe d’amis.  Ayant besoin d’avoir momentanément les mains libres pour remettre de l’ordre dans sa tenue, une amie me refile son grand sac à bandoulières.  Puis on poursuit notre chemin tandis qu’elle me laisse son sac.  Quatre ou cinq minutes plus tard, comme si elle se rappelait soudain me l’avoir refilé, elle se retourne presque en sursaut, et me dit :

« Oh! J’m’excuuuuse!  Si c’est trop lourd, je vais le reprendre, si tu veux. » 

Je suppose que j’étais un brin orgueilleux, ou alors qu’elle était une excellente manipulatrice, ou bien les deux.  Mais son attitude et sa phrase ont créé en moi deux sentiments simultanés :  Celui de me sentir injustement diminué à ses yeux, et celui de vouloir lui remettre les pendules à l’heure en lui démontrant qu’elle se trompait à mon sujet.  Mon réflexe spontané fut donc de vouloir continuer à lui porter son sac en la rassurant comme quoi j’en étais capable.

Avant même que les mots sortent de ma bouche, j’ai senti que quelque chose ne tournait pas rond dans cette situation.  De un, avant qu’elle me dise ceci, j’avais juste hâte qu’elle le reprenne, son sac.  Le fait que j’aille soudainement envie de le lui porter, c’était un illogisme flagrant dans lequel je ne me reconnaissais pas.  Et de deux, sans pour autant être un athlète, j’avais quand même un physique costaud, tandis qu’elle passait souvent pour une anorexique.  Il était donc impossible qu’elle puisse vraiment croire son sac plus lourd pour moi que pour elle. 

J’ai donc compris qu’elle cherchait à me manipuler à lui servir volontairement d’esclave.  Sur le coup, j’étais furieux qu’elle me croit aussi crédule.  Mais ça n’était rien à côté du sentiment de déception que je ressentais.  De la trahison, de voir qu’une personne que je croyais mon amie puisse me considérer comme un imbécile manipulable juste bon à exploiter. 

Consciemment ou non, en me faisant ça devant nos amis, elle avait bien calculé son coup.  Si je garde son sac, je subis l’humiliation personnelle d’être son larbin.  Si je lui rends son sac, je subis l’humiliation publique  de confirmer son affirmation qu’il est trop lourd pour moi.  Et si je la confronte sur cette tentative de manipulation, je subis l’humiliation publique et privée d’être le parano qui met une mauvaise ambiance dans notre sortie entre amis, ce qui fait qu’ils risquent d’y repenser à deux fois avant de m’inclure de nouveau dans nos activités de groupe.  Elle croyait donc probablement m’avoir peinturé dans un coin.

C’était mal me connaitre. 

En courbant l’échine, j’ai retiré son sac de mes épaules en tremblotant comme s’il pesait des tonnes.  Je lui ai dit avec une voix faible et essoufflée :

« Oh!  Oui!  Ton sac est tellement louuuuurd.  Par pitié, vient en aide à la pauvre petite lavette que je suis. »

Devant les regards amusés de nos amis, elle n’a eu d’autre choix que de reprendre le sac que je lui tendais.  Ce qui m’a permis de rajouter un truc avec une voix admirative, ce qui a bien fait rigoler tout le monde.

« Woah! Toi t’es un homme!  Un vrai! »

Si j’avais été orgueilleux, j’aurais eu peur de passer pour une mauviette, et je le lui aurais volontairement porté, son sac.  Mais voilà, je n’étais pas orgueilleux.  J’étais fier.  Trop fier pour accepter de me laisser manipuler.  Et puis sérieusement, juste à nous regarder, personne ne pouvait vraiment s’imaginer que j’étais plus faible qu’elle.  Je n’avais donc rien à prouver à qui que ce soit, et encore moins à moi-même.

D’autres membres de ma famille ne sont hélas pas aussi auto-observateurs.  Par conséquent ils se font exploiter sans limite.  Par exemple, mes parents.  Mon père est menuisier à la retraite, et ma mère a un frère qui a toujours une rénovation ou une autre à faire dans les nombreuses propriétés qu’il possède.  Alors il embauche mon père pour rénover un appartement, repeindre une maison, construire un patio, etc.  Il s’entendent sur un tarif en-dessous du salaire minimum parce que bon, en famille, faut bien s’entraider hein!? 

Mais quand le travail est terminé et que vient le temps de payer, ma tante (qui gère les finances du couple) le fait, mais en chialant comme quoi ils les ont logés, nourris, qu’ils ont pris des douches quotidiennes et fait du lavage, donc utilisé de l’électricité, et que rien de tout ça n’est gratuit.  Ma mère, insultée, lui remet alors son argent en lui disant que s’ils sont avares à ce point-là, qu’ils le garde donc, leur argent.  Ils repartent, furieux, mais fiers de lui avoir démontré que moralement, ils valent mieux qu’eux.

Les manipulateurs sont très intelligents.  Ce qui aide ma tante à manipuler ma mère à lui rendre l’argent, c’est justement le fait qu’ils commencent à s’entendre sur un salaire de misère.  Si mon oncle payait à mon père la valeur véritable de son travail, alors là ce serait plusieurs milliers de dollars qui seraient en cause.  Ma mère serait beaucoup plus réticente à y renoncer.  Son frère s’en doute bien.   Mais là?  Quand il ne s’agit que trois ou quatre cent dollars?  Sur lesquels ils rechignent ensuite sur le coût des repas et de l’électricité?  C’est beaucoup plus facile pour ma mère de se scandaliser de son avarice et de tout lui remettre sur un coup de tête.  Mon oncle a donc eu tous les services de menuiserie et de rénovation dont il avait besoin, pendant deux semaines, et ça ne lui a coûté que quelques repas maison.

Le problème, c’est que mes parents n’ont aucune fierté.  Ils n’ont que de l’orgueil.  S’ils avaient de la fierté, ils refuseraient de se faire exploiter, et ils prendraient leur juste dû.  Mais puisqu’ils sont orgueilleux, leur premier (et unique) réflexe est de faire la leçon de morale à mon oncle.  Leçon qui n’a autant d’effet qu’un coup d’épée dans l’eau, puisque quand on est exploiteur on se fout bien de la morale.  

De quelques mois à quelques années plus tard, mon oncle récidive en réembauchant mon père pour d’autres travaux.  Et mes parents, éternelles bonnes poires, s’imaginent qu’il a honte de son comportement passé et qu’il ne récidivera pas.  Et ça se termine encore et toujours de la même façon.  Et ça fait cinquante ans que ça dure!

La fierté naît de la confiance en soi et en ses propres capacités.  On sait ce que l’on vaut, ni plus, ni moins, et on ne laisse pas les autres décider de notre valeur à notre place.  Inversement, l’orgueil est le symptôme d’un manque total de confiance en soi.  En étant incapable de se rassurer soi-même sur sa propre valeur, l’orgueilleux a toujours besoin de se comparer favorablement à d’autres, et à recevoir l’approbation des autres. 

Et c’est ce besoin vital de trouver grâce aux yeux des autres qui fait de l’orgueilleux une personne aussi facile à manipuler et à exploiter.

Le manque de confiance en soi n’est qu’une mauvaise habitude

Je ne sais pas si je l’ai déjà écrit ici, et j’ai la flemme de fouiller dans une décennie de billets de blogs.  Mais lorsque j’étais enfant et jeune ado, j’étais le plus maigre et faible des garçons de la classe.  Je me souviens d’un jour de printemps, alors que j’avais 10 ans, en 5e année du primaire.  Le prof d’éducation physique a fait sortir les quatre classes de 5e.  Tous ensemble, nous avons eu à faire un sprint d’un bout à l’autre de la cour d’école.  Je suis arrivé l’avant-dernier, devant Manon la fillette rachitique.

Une autre fois, peut-être la même année, peut-être la suivante, je ne sais plus…  Même scénario, dans le sens que toutes les classes du même cycle furent réunies dans le gymnase, dans le but de créer plusieurs équipes pour un tournoi olympique.  Avez-vous déjà vécu la situation humiliante d’être choisi en dernier pour une équipe sportive?  Même humiliation ici, mais multipliée à l’infini, du fait que c’est devant tous les élèves de ton cycle, rendant du même coup ta honte universelle parmi tes pairs. 

Ce genre d’expérience m’a donné une sainte horreur des événements sportifs.  De toute façon, ce n’est pas comme si je pouvais en pratiquer un seul.  Mes parents étaient trop pauvres pour m’acheter des patins, un bat de baseball, un ballon de basket, un skate…  Pour vous donner une idée, ce n’est qu’à l’âge de onze ans, lorsque mon père travaillait à la Baie James à l’époque de la construction des grands barrages, que j’ai eu mon premier vélo. 

Ce vélo fut l’un des points les plus positifs de ma vie à ce moment-là.  À une époque où la télé n’avait que trois chaines francophones, et où les optométristes croyaient que regarder la télé plus d’une heure par jour causait la myopie chez l’enfant, je n’avais pas grand distraction.  Internet n’existait pas encore, et même si c’eut été le cas, nous n’avions pas le budget pour une connexion et encore moins un ordinateur.  Aussi, pour me distraire, je suis devenu explorateur urbain.  Je parcourais le quartier, puis la ville, la montagne, les villes environnantes.  Et puisque c’était ma seule distraction, je passais la majorité de mes temps libres sur ce vélo, de la fonte des neiges au printemps jusqu’à la première neige de l’hiver suivant.

Petit saut, trois ans plus tard.   J’ai 14 ans et je suis à la Polyvalente en secondaire III.  Pendant le cours d’éducation physique, notre prof nous amène dehors sur le terrain de sport.  Sur celui-ci, il y a une piste à deux voies pour faire des sprints sur une distance d’environ vingt-cinq mètres.  On me jumelle avec Dominic, le petit sportif toujours premier en tout.  On s’installe sur les blocs de départs.  Le prof nous donne le signal.  Je pars comme une flèche.  Je cours et…  Je m’arrête soudain, frappé par le doute.  Dominic me dépasse et termine le sprint, transformant mon doute en incompréhension.  Le prof me demande :

« Eh bien?  Pourquoi t’as arrêté? »
«  Ben… Je pensais avoir fait un faux départ. »

Je suis revenu sur mes pas, m’interrogeant encore sur ce qui venait de se passer.  Le prof m’a jumelé avec un autre.  J’ai refait le sprint, cette fois-ci en courant au maximum de mes capacités.  Et je l’ai terminé d’un bon trois mètres avant l’autre gars.

Je n’en revenais pas.  J’étais devenu rapide.  Bon, je n’avais toujours pas la résistance cardio pour être capable de faire un marathon ou un cross-country.  Mais sur de courtes distances, j’étais maintenant un remarquable sprinteur.  Et c’est avec un sentiment de surprise autant que d’incrédulité que j’ai vu mon nom en tête de la liste des coureurs, en tant que celui qui a réalisé le meilleurs temps.   Ça n’a eu que peu d’importance au bout du compte, car la moyenne de la note était établie sur une dizaine d’activités dans lesquelles j’étais toujours aussi médiocre.  Mais je m’en foutais.  Car pour la première fois de ma vie, j’étais le premier de classe dans une discipline sportive.  Après toute une vie à avoir été le gars le moins athlétique de toute l’école, le sentiment était euphorisant.

N’empêche que je me suis demandé en quel honneur est-ce que j’avais fait un bond si spectaculaire dans cette discipline sportive en particulier, et pas du tout dans les autres.  Il ne m’a pas fallu réfléchir longtemps pour comprendre que ça avait rapport à mes trois dernières années d’utilisation de mon vélo.  C’est que Saint-Hilaire, ma ville d’origine, est à flanc de montagne.  Alors évidemment, à part quelques plateaux, le terrain est tout en pentes.  Ça prend beaucoup plus d’efforts pour parcourir la place que sur terrain plat.  Ainsi, sans m’en rendre compte, j’ai musclé mes jambes et j’en ai augmenté la force.

La meilleure, c’est que si j’avais commencé à faire du vélo dans le but de renforcer mes jambes, je me serais probablement découragé au bout de quelques jours, voire quelques semaines.  Mais le fait que mon but unique était l’exploration, je ne me rendais pas compte de l’effort que je donnais.  Et ainsi, cette amélioration n’a été qu’un heureux bonus surprise.  Et surprise est le bon mot, car à ce moment-là, dans ma tête, il était tout à fait normal que je me fasse dépasser et distancer dès le départ.  Ça avait toujours été le cas.  Alors quand je n’ai pas vu Dominic devant moi, jamais je n’ai pensé que j’étais en train de le battre.  J’ai automatiquement cru que j’avais fait un faux départ.  Ce qui signifie qu’au sujet de la course, je n’avais aucune confiance en moi.  Et c’est normal.  Je ne faisais pas que me croire inférieur.  Je me savais inférieur.  J’avais de eu nombreuses expériences humiliantes dans mon passé pour me le prouver.

J’ai appris ce jour-là que quelque chose qui est la vérité absolue à une période de notre vie peut se transformer en impression erronée quelques temps plus tard.

Que l’on s’en rende compte ou non, nous sommes constamment sujet à l’évolution.  Souvent dans le négatif, il est vrai.  Mais parfois aussi dans le positif.  C’est exactement ce qui s’est passé ici :  Si le prof ne m’avait pas obligé à courir, jamais n’aurais-je essayé de le faire, et jamais n’aurais-je appris que j’étais devenu bon sprinteur.  J’aurais passé le reste de ma vie à penser que j’étais nul en course.

26 ans plus tard, je portais la flamme olympique

 Ce qui démontre qu’il ne faut jamais avoir d’idée préconçues à son propre sujet.  Surtout si cette idée est négative.  La mauvaise confiance en soi, c’est juste une mauvaise habitude qui ne fait que dresser devant nous des obstacles inutiles, et trop souvent sans pertinence.  Voilà pourquoi c’est une habitude qu’il faut s’efforcer à perdre.

Les derniers seront les premiers

Au-delà de la parabole biblique et des considérations morales, j’ai constaté plusieurs fois que oui, le fait que les derniers se retrouvent premiers, c’est une réalité psychosociale.  Et après l’avoir constaté, j’ai trouvé le moyen d’utiliser la chose à mon avantage.  Je vais vous donner quatre exemples vécus.

 1) Le titre du journal étudiant.
Je vais commencer par l’anecdote qui m’a permis de découvrir ce phénomène.  C’était un hasard, vraiment!  C’était en 2006.  Je faisais partie de l’École nationale de l’humour, programme auteur.  La classe avait décidé de créer un journal étudiant.  Il ne restait plus qu’à en trouver le titre.  Tout le monde y est allé de ses 2-3 suggestions, qui furent écrites au tableau.  Il ne restait plus qu’à les éliminer une à une.

 Quinze minutes plus tard, rendu au trois quart des éliminatoires, un jeu de mots me vient en tête.  Je claque des doigts et je le dis à voix haute :

« L’Obsédé Textuel! »

 Toute la classe se retourne vers moi.  Après une seconde ou deux de silence, tout le monde approuve joyeusement en me complimentant.  Le tableau fut effacé. Un journal étudiant était né. 

… Et mourut après son unique numéro.  Personne ne se doutait à quel point tous nos travaux, études et devoirs allaient accaparer notre temps.  Mais qu’importe!  Ça m’avait permis de me rendre compte de quelque chose qui allait me servir plus tard :  Si j’avais suggéré mon titre au tout début, peut-être qu’il aurait été choisi, et peut-être pas.  Mais je l’ai amené à la toute fin, alors que tout le monde avait passé 30 minutes à entendre ces titres, dont les 15 dernières à les regarder au tableau.  Mon titre avait donc quelque chose que les autres n’avaient plus : Le charme de la nouveauté. 

2) Le jury.
J’ai toujours voulu faire partie d’un jury dans une cause légale.  L’opportunité s’est présentée en 2009, lorsque j’ai été convoqué à ce sujet.  Une fois éliminés ceux qui ont refusé de le faire, il ne restait plus que quarante personnes qui devaient aller se placer devant la porte d’une salle en file Premières Nations (indienne n’est plus un terme acceptable) en attendant de se faire appeler par le gardien.

Le choix du jury se fait ainsi : On passe devant six personnes : Trois qui représentent la partie défenderesse, et trois qui représentent la Couronne. On doit dire notre prénom, âge et profession.  Si les deux parties sont d’accord, on est choisi pour faire partie des douze jurés. 

Or, cette méthode comporte un défaut, en ce sens qu’elle provoque chez ces six personnes un réflexe psychologique facile à exploiter : Dès qu’ils ont choisi les onze premiers jurés, ils choisissent avec beaucoup plus de précaution celui qui sera le 12e et dernier.  Face à chaque candidat, ils ont toujours un doute, au cas où le suivant conviendrait mieux.  Ainsi, lorsque le dernier de la queue entre dans la salle, il est annoncé comme tel par le gardien.  À ce moment-là, ils n’ont plus le choix : Ils le prennent!

Ce jour-là, je n’ai pas eu à utiliser ce truc, puisque j’ai été le 4e juré choisi.  Mais justement, le fait d’avoir été pris m’a permis de rester dans la salle de tri.  J’ai donc pu voir comment ces éliminatoires fonctionnaient.  À partir ce moment-là, à toutes les autres fois où j’ai participé à des éliminatoires de ce genre, je me suis placé à la fin de la ligne, et j’ai fait partie des lauréats à tous les coups.

3) Défi Diète 2008
Ici encore, c’est un peu par hasard que j’ai appliqué cette méthode.  N’empêche que les résultats furent les mêmes.  En 2007, du 1er au 22 décembre, on pouvait soumettre notre candidature pour Défi Diète 2008.  Celle-ci devait être sous forme de vidéo.  Et les vidéos étaient mises en ligne à mesure qu’elles étaient reçues.  Pendant les deux premières semaines, je les ai regardées.  En fait, j’en ai rarement regardé plus que deux par jour.  Il ne m’a pas fallu grand temps pour constater qu’elles avaient toutes les mêmes lacunes.

  • Caméra fixe, sans le moindre mouvement.
  • La personne assis ou debout, qui bouge à peine.
  • Qui improvise un discours, donc bafouille et se répète.
  • Ou qui récite un discours appris, donc d’un débit de voix non-naturel.
  • Qui dure de quatre à douze minutes.

Je plaignais les juges qui avaient à passer à travers tous ces clips, chacun plus ennuyant que le précédent.  J’ai donc décidé de leur offrir quelque chose qui allait détonner du reste des candidats, qui allait se distinguer, et qui allait le faire de manière positive.  Mon vidéo aura de la musique, de l’humour, des changements de plans, plusieurs personnages.  Et surtout, il ne durera que deux minutes et demie.

Deux jours avant la date de tombée, le 20 décembre à 11 :00, j’envoie ma vidéo, Un vaniteux pour Défi Diète.  Trois heures plus tard, à 14 :00, je reçois un courriel d’un gars de Québécor qui me dit : « Garde ça pour toi mais tu es l’un des 10 gagnants du concours.  Ta vidéo fait le tour des bureaux depuis qu’on l’a reçu et tu nous a vraiment fait passer un bon moment.  Félicitations! »

J’avais raison!

La période de recrutement des candidats n’était même pas encore terminée, que j’avais déjà gagné ma place parmi les lauréats. 

D’accord, techniquement, je n’étais pas LE dernier à avoir appliqué.  N’empêche que j’ai attendu que la majorité des candidats soumettent leur vidéos avant d’en produire un bien meilleur.  Et lorsque Québécor l’a mis en ligne, même si quelqu’un aurait voulu faire mieux que moi, il n’aurait jamais eu le temps.  Ainsi, en étant l’un des derniers, j’ai été littéralement le premier.

4) La bourse d’album de BD.
Il y a quelques années, un festival de BD offrait une bourse destinée à ceux qui travaillaient à créer leur premier album.  Le projet le plus intéressant se méritait mille dollars, et une table au festival de l’année suivante pour présenter son album.  J’ai donc mis en application ce que j’ai appris lors de l’anecdote de l’Obsédé Textuel : J’ai attendu le dernier jour de la date de tombée pour soumettre mon dossier.   Parmi les premiers dossiers qu’ils avaient reçu, et fort probablement tous lus dès la réception, il y en avait certainement dont la qualité devait être égale ou supérieure à mon projet.  Mais voilà, ils avaient été lus depuis une, deux, trois semaines.  Non seulement le charme de la nouveauté n’y était plus, les juges avaient amplement eu le temps d’en oublier.  Alors quand ils ont reçu mon projet, il avait le charme de la nouveauté, et il était tout frais dans leur mémoire au moment de prendre la décision.  Nul doute que ça m’a grandement aidé à remporter la bourse.

Il y en a qui vont dire : « Oui, mais tu ne trouverais pas ça mieux, de savoir sans l’ombre d’un doute, si tu aurais réussi, sans avoir recours à ces trucs? »  À ça je réponds que oui, dans un monde idéal, je préférerais.  Mais voilà, nous ne sommes pas dans un monde idéal.  Quand tu constates que la valeur des choses et des gens dépendent entièrement du moment où la dite chose ou personne se pointe, c’est là que tu réalises que la valeur psychosociale n’est ni une valeur sure ni une qui est constante.

Lorsque j’étais plus jeune, je frustrais toujours face à ce genre de situation.  Je prenais toujours la peine d’être le premier à donner ma candidature, histoire de montrer mon sérieux et mon désir d’avoir la place, et j’étais parfaitement qualifié.  Mais trop souvent, il arrivait exactement ça : Un dernier arrivé, quand ce n’était pas carrément un retardataire, souvent moins qualifié que moi, qui se retrouvait avec le poste.  Ça me révoltait!  Je protestais!  Je dénonçais!  Mais tout ce que ça m’apportait, c’était le mépris de la part des patrons qui n’aiment pas se faire dire qu’ils ont fait une erreur de jugement.  Ça me valait aussi des accusations d’être un loser jaloux du succès des autres. 

Avec le temps, j’ai fini par accepter le fait que ces faiblesses de comportements et de méthodes sont universelles, perpétuelles et éternelles.  Oui, les gens vont toujours avoir leur jugement influencé par le charme de la nouveauté.  Et oui, beaucoup de méthodes de classements, de choix et de qualifications sont imparfaites et ne mettent pas les candidats sur le même pied d’égalité.  Et non, ce n’est pas moi qui va pouvoir y changer quelque chose.  Il me reste donc deux choix : Ou bien je passe le reste de ma vie comme un loser frustré à brailler que c’est injuste.  Ou bien j’exploite ces failles à mon avantage et je suis un winner satisfait.

Il y en a qui vont voir cette méthode d’un mauvais œil.  Laissez-moi pourtant vous faire remarquer que vous connaissiez déjà ce principe depuis longtemps, et que vous l’avez toujours vu de manière positive.  Ça s’appelle « Être au bon endroit au bon moment. »   

La différence, c’est qu’avec ma méthode, je ne laisse pas mon sort aux mains du hasard comme un irresponsable.  Ce que je fais, c’est prendre le contrôle de ma vie.