14 côtés cachés du travail de préposé aux bénéficiaires

Depuis que je suis préposé aux bénéficiaires, je reçois souvent des félicitations. Aider nos aînés dans leurs tâches les plus basiques alors qu’ils sont en perte d’autonomie, quoi de plus noble comme profession. Or, l’essentiel de notre travail n’a rien de glorieux. En voici quatorze facette peu connues.

1. Le travail consiste surtout à ramasser de la merde.
95% des résidents portent des couches pour adultes (Que l’on appelle simplement « culottes », pour ne pas heurter les sensibilités.) et 80% sont incontinents. Pas besoin d’en dire plus pour que vous comprenniez que, de deux à douze fois par quart de travail, on se retrouve à avoir les mains dans la merde. Certes, on porte des gants de latex, mais tout de même. Et il n’est pas rare que la couche ne puisse pas tout retenir et déborde dans les vêtements, les lits, les meubles. Sérieusement, depuis que je suis préposé, j’ai à faire avec 100 fois plus de merde que lorsque j’étais concierge.

Quant à l’odeur, malgré les puissants détergents et la ventilation, il flotte toujours un léger arôme flatulent dans les corridors. Surtout pendant nos hivers Québécois, avec sa moyenne quotidienne de -10°C à -25°C qui interdit toute fenêtre ouverte.

2. Non, ce n’est pas comme « s’occuper de bébés. »
Bien sûr, il y a des similitudes. On les lève, on les lave, on les habille, on les nourrit, on les distrait, on change leurs culottes, on les met en pyjama et on les couche. Mais la différence, c’est que ces gens sont des adultes dont le poids va de 90 à 350 lb / 40 à 160 kg. Certains ont encore toute leur tête, ou du moins sont assez éveillés pour avoir pleinement conscience de leur état. S’il y en a qui le prennent avec philosophie ou Foi en leur religion, d’autres ont beaucoup de difficulté à accepter leur dévolution. Surtout que…

3. Les gens n’entrent pas en résidences pour prendre du mieux.
Quand une personne entre à l’hôpital, on la soigne. Et tout dépendant de l’état où elle se trouve, et à combien sévère est la raison qui l’a amené là, il y a de bonnes chance que la personne récupère sa pleine santé. Mais en centre d’accueil et résidences pour gens à mobilité réduite, c’est l’inverse. Quand ils y entrent, c’est pour dégénérer peu à peu physiquement et/ou mentalement jusqu’à l’heure du trépas. C’est le côté déprimant de la profession. On ne peut que les soulager à court terme. Mais au bout du compte, rien de ce que l’on fait n’aura servi. Beaucoup de résidents ne le savent que trop bien. Voilà pourquoi…

4. Certains résidents optent pour le suicide par grêve de la faim.
Il y avait un homme dans la soixantaine, souffrant d’une forme de paralysie latente, qui résuisait ses mouvements à une lenteur extrème, en plus d’être incontinent. Et immobile, n’était de son fauteuil roulant électrique. Ça affectait également son langage, alors qu’il ne parlait qu’avec difficulté. Ses journées consistaient à manger, regarder la télé, recevoir des soins, et dormir. Sur son mur, il y avait des photos et articles de journaux à son sujet. Dans sa jeunesse, l’homme était sportif, élancé, énergique, un athlète reconnu.

Le même homme, à trente ans de différence.

Un jour, il en a eu assez de de cette vie sans issue et sans espoir. Il a cessé de se nourrir. Dix jours plus tard, c’était fini.

4. On apprend à devenir menteur.
Beaucoup de résidents sont atteint d’Alzheimer. Ils posent donc beaucoup de questions. Si répondre la vérité à certaines d’entre elles n’aura aucune conséquences fâcheuses, d’autres sont à-même de les faire angoisser, paniquer, déprimer. Notre travail consiste aussi à assurer leur tranquilité d’esprit. Et ceci nous oblige souvent à leur mentir.

Par exemple, certains ne comprennent pas pourquoi ils sont en résidence. On leur dit alors qu’ils ont eu un accident, que ceci est un hôpital, et qu’ils partiront lorsqu’ils auront repris du mieux. Dans l’unité prothétique, une dame vit son jour de la marmotte personnel. À tous les matins, elle croit qu’elle vient d’arriver dans cette chambre d’hôtel, d’où son fils viendra la chercher le lendemain matin. En réalité, voilà six ans qu’elle habite là.

Une autre dame me demande plusieurs fois par jour quand est-ce que ses filles viendront la visiter. Je lui réponds « Le jour des visites est dimanche. Nous sommes samedi. Elles seront là demain matin. » Ce qui me console un peu dans son cas, c’est que lorsque je lui dis ça le samedi, c’est la vérité.

5. L’Alzheimer révèle les secrets du passé.
C’est bien connu, l’Alzheimer attaque la mémoire récente et recule de plus en plus dans les souvenirs. Ainsi, lorsque l’on prodigue des soins d’hygiène au niveau du siège, il n’est pas rare qu’une résidente hurle à son père (mort depuis belle lurette) de ne plus la toucher. Ce qui nous donne une idée des terribles sévices qu’elle a pu subir étant enfant.

Mais parfois c’est un peu plus cocasse, comme la fois où une résidente m’a dit, « Armand, il va falloir qu’on arrête. Mon mari ne mérite pas que je lui fasse ça. » Apparemment, Armand était son amant. Et puisqu’on parle de sexualité…

6. La sexualité gérontologique existe. Et ce n’est pas beau à voir.
Je vous vois venir, les Wokes.  « On n’a pas à se moquer de leurs droits de s’aimer, ils ont droit au respect peu importe leur âge et leur physique. » Je veux bien ! Mais je vous rappelle que l’on parle ici de gens qui sont majoritairement incontinent. Je ne vous raconte pas l’Apocalypse post-coïtal résultant sur eux-mêmes et dans la chambre suite à leurs ébats.

7. On doit préparer les cadavres pour la morgue.
Il n’y a pas de service de morgue sur place. Alors lorsqu’un décès est constaté et enregistré officiellement par le médecin de garde, un préposé doit se porter volontaire pour le préparer à son transport. Ça signifie le nettoyer si besoin, et lui mettre une couche neuve. Avec une ficelle, lui attacher les pieds ensemble, et attacher ses mains en croix sur la poitrine. Attacher une étiquette d’identification aux orteils. L’enrouler dans le linceuil, qui est en fait une grande toile de matière plastique, et en ficeler le centre et les deux extrémités. Enfin, sur la ficelle centrale, attacher la seconde étiquette d’identification.

Il n’est pas rare que je doive emballer aujourd’hui un résident avec qui j’avais une conversation hier. La première fois, ça donne un choc. Mais on s’y fait. Mon plus grand choc a été de constater que certains décès n’ont rien de naturel, alors que…

8. La famille peut se faire offrir l’euthanasie.
Vous connaissez la situation classique : Une personne est dans le coma, les médecins assurent la famille qu’il n’y a plus d’activité cérébrale, donc qu’à toute fin pratique, la personne qu’ils ont connu n’existe plus et ne reviendra jamais. Alors on la débranche et on la laisse décéder naturellement.

Il y a cependant des cas où cette solution est appliquée chez des personnes qui sont bien portantes physiquement. Nous avions une résidente souffrant d’Alzheimer à un stade assez avancé, au point où elle avait régressé à l’état d’animal. En même temps, elle était assez en forme physiquement pour être mobile, et donc constituait un danger envers elle-même et les autres résidents. Il fallait souvent s’y prendre à trois préposés pour la changer et lui prodiguer des soins d’hygiène, dont un juste pour l’immobiliser tellement elle se débattait avec vigueur.

À plus de $2 000 par mois pour les soins, son mari avait dû vendre son chalet et ses véhicules. Le problème avec l’Alzheimer, c’est que sa progression peux fluctuer. Elle pourrait oublier de respirer dans six mois, ou bien vivre encore cinq, dix, voire quinze ans. Il n’y avait que deux choses certaines : De un, cérébralement parlant, la personne qu’elle était n’existait plus. Et de deux, à payer pour les soins d’une personne qui était littéralement un zombie, sa famille s’en allait droit vers la faillite. Ils ont donc opté pour ce que l’on appelle la sédation palliative.  On administre un puissant sédatif à la personne, et on la tient endormie jusqu’à ce qu’elle meurt de faim.

Oui, dans une certaine optique, il s’agit ni plus ni moins d’un meurtre légal. Mais lorsque les deux seules options sont celle-ci ou bien la ruine totale qui ne résoudra rien, c’est à ce genre de choix déchirant que sont parfois réduites les familles.

9. Les personnes à mobilité réduite ne sont pas toutes des vieillards.
Nous avons une femme dans la quarantaine, paralysée du nombril aux orteils, et c’est arrivé comme ça, alors qu’elle était encore adolescente. Une autre a la moitié gauche du corps paralysée et insensible, depuis qu’une violente dispute avec une rivale pour les faveurs d’un homme s’est résolue avec un coup de hâche sur le crâne. On a eu aussi un homme qui, à 22 ans, le jour de son mariage, avait abusé du champagne. Pour rire, il a décidé de piquer une tête tout habillé dans la piscine creusée. Sans se rendre compte qu’il était à l’extrémité contenant moins d’un mètre d’eau. Commotion cérébrale et fracture des vertèbres. Trente-cinq ans plus tard, il avait une partie de la mobilité de ses bras, et ses mains à demi-paralysées. Mais là encore, du nombril aux orteils, plus rien ne fonctionnait.

10. La santé de certains résidents ne tient qu’à un fil.
Et il suffit d’un seul petit problème, parfois extrèmement anodin, pour que tout dégringole.

Certains de nos résidents, en plus d’être incontinents, souffrent de blocage de la vessie. Ils ont donc besoin qu’on leur y enfonce une sonde, afin que l’urine s’écoule dans un tuyau vers un sac. Cette sonde est changée sur une base hebdomadaire. Et malgré toutes les précautions d’hygiène et de salubrité, qui sont respectées à la lettre et même aù-delà, il arrive qu’une simple bactérie arrive à s’introduire. C’est ainsi qu’un des résidents, dans son sommeil, a développé une inflammation de la vessie, qui a fait flancher ses reins, qui lui a empoisonné le sang, qui lui a causé un arrêt cardiaque… Malgré les soins d’urgence et le transfert à l’hôpîtal, il est mort au bout de trois jours, sans jamais s’être réveillé.

Une petite dame de 97 ans très maigre souffrait d’osteoporose, une maladie qui rend les os poreux et fragiles. De sa chaise roulante, elle s’est juste penchée pour ramasser un Kleenex qu’elle avait échappé. Ce simple geste, pourtant effectué avec douceur, lui a fracturé le bassin. Après deux jours de souffrances terribles, à force d’augmenter sa dose de médication, elle s’est endormie pour ne plus jamais se réveiller. Une semaine plus tard, c’était fini.

11. On se retrouve avec des criminels endurcis.
Il n’est pas rare que l’on nous amène des prisonniers dont l’état de santé est trop demandant pour que le système carcéral puisse s’en occuper. Ainsi, violeurs, pédophiles, meurtriers peuvent se succéder dans nos murs. On a même déjà eu un ex casseur de jambes appartenant à un club de motards criminalisé. Un accident vasculaire cérébral l’a laissé plus faible qu’un chaton et incapable de s’exprimer. Mais il avait encore toute sa tête, comme le démontrait son regard qui passait sans cesse de la rage au désespoir. Pour un homme qui avait passé sa vie à s’imposer physiquement à ses semblables et à répandre la terreur, cette fin de vie représentait l’Enfer sur terre.

12. Les résidences sont un paradis pour les fétichistes de dévotion aux handicapés.
À tous les endroits où j’ai travaillé, il y avait toujours au moins une résidente qui s’était faite un amoureux après avoir été admise. Car oui, certaines personnes ressentent une attirance irrésistibles envers les gens qui nécéssitent des soins constants. Ils se présentent alors aux résidences comme bénévoles. Et si une résidente leur tombe dans l’oeil, alors voilà. Bientôt, ils viennent s’en occuper sur une base régulière. Lorsque ça arrive, il y a enquête pour s’assurer que la personne n’est pas un déviant reconnu par la loi. Et la famille, s’il y a, est prévenue. Mais en général, on ne juge pas et on les laisse faire.

13. On voit des horreurs corporelles.
Il y a beaucoup de membres emputés pour cause d’accidents, ou de pieds sans orteils pour cause de diabète. Ça, c’est le moins pire. Par horreur, je parle d’un second anus au bas de la colonne vertébrale, créé par chirurgie, où on y met et retire un bouchon. Ou un pénis fendu sur sa longueur pour y introduire des sondes. Ça a beau avoir cicatrisé depuis des lustres, ça laisse un malaise à voir. Et que dire de ces plaies spontanées qui deviennent des cratères qui puent la viande avariée. Et d’autres trucs dont je vous ferai grâce. On s’y fait à la longue. Mais au début, ça ébranle.

14. Travailler dans ce milieu nous oblige à regarder en face la réalité de la vie, et surtout la fin de celle-ci.
Dans mon cas, à constater les ravages physiques résultant des excès de toutes sortes, ça n’a fait que renforcer ma détermination à bien manger, me modérer dans tout, continuer d’aller au gym et me tenir en forme. Il y a déjà bien assez de maladies dégénératives qui arrivent naturellement comme l’Alzheimer, la sclérose en plaque, le parkinson et plusieurs autres, je tiens à faire en sorte d’éviter ce que je suis en mesure d’éviter, et ce pendant que je peux encore l’éviter.

Ces Red Flags vivants : La mystique qui rejette la réalité (6) la conclusion : Faut-il laisser les Red Flags tout dicter?

Tout le long de cette série de billets, j’ai fait une longue liste de Red Flags qui auraient dû me prévenir de me tenir loin de Mégane. Et ce dès le départ : une mère en couple depuis 20 ans qui me fait une déclaration d’amour parce que le tarot lui a dit que j’étais l’homme de sa vie. Déjà là, ça en dit long sur sa personnalité, et ça n’en dit rien de bon : infidèle, irréfléchie, qui n’a pas les pieds sur terre, adepte de la pensée magique…

Dans ma jeunesse, à l’époque où je tenais mordicus à avoir un comportement parfait et irréprochable, jamais je n’aurais accepté d’être en relation avec elle. Or, il a a une chose importante à considérer ici, et c’est ma situation. C’était une belle femme, un peu plus jeune que moi mais tout de même de ma génération, qui avait l’intelligence et la volonté de retourner aux études pour faire quelque chose de sa vie. Et elle ressentait pour moi un désir physique irrésistible, suivi d’un amour inconditionnel. J’étais itinérant, sans un sou, criblé de dettes, sans autre transport que mon vieux vélo acheté deux ans plus tôt dans un pawn shop. Même à mon meilleur, je ne crois pas que j’aurais pu trouver mieux qu’elle. En fait, ce serait déjà un miracle que je puisse trouver aussi bien. Je n’avais donc pas tellement d’options. C’était elle, ou alors personne pour encore bien longtemps.

Ensuite, malgré tous les Red Flags initiaux et ceux qui se sont succédés par la suite, il reste que son passage dans ma vie a été le plus bénéfique qui soit. Alors que la majorité de mes relations m’ont enlevé beaucoup, elle au contraire en a apporté comme personne. Sur huit points en particulier, elle a su transformer ma vie pour le mieux. ils sont :

POINT 1: Son influence sur mon décor.
Avant de la rencontrer, lorsque j’avais des appartements, je décorais la place avec ma collection d’antiquités. Elle n’a pas pu en visiter puisque j’étais itinérant lorsqu’on s’est rencontrés, mais elle a vu des photos. Elle m’a fait comprendre que oui, si le décor se doit de refléter les goûts de la personne qui y l’habite, il reste qu’il y a une sacrée différence entre mettre ici et là quelques éléments antiques pour décorer, et carrément vivre dans une boutique d’antiquité. Un salon, une cuisine, une salle à manger, une chambre, tout ça doit rester sobre et accueillant pour les visiteurs. Un décor complet qui ne réflete que tes goûts de manière aussi omniprésente et insistante, ça empêche quiconque de s’y sentir à l’aise. À moins que j’aille la chance extraordinaire de ne fréquenter que des gens qui partagent exactement la même passion au même niveau que moi.

Je n’étais pas à 100% convaincu, mais je voyais de la logique dans ses propos. Aussi, j’ai décidé de garder l’esprit ouvert. À sa demande, lorsqu’elle m’a trouvé mon 3½, je l’ai laissé s’occuper de la déco. Au début, ça détonnait sur mes habitudes. Mais j’ai dû reconnaître qu’elle avait raison. Encore aujourd’hui, je vis dans des décors sobres et accueillants, dans lesquels je me sens tout de même chez moi.

POINT 2 : Mon logis.
C’est elle qui m’a trouvé mon appartement, un 3½ à coût ridicule pour le marché actuel. Et bien que j’ai annuellement maille à partir avec le propriétaire au sujet de ses tentatives abusives d’augmentations contre lesquelles je le traine d’ailleurs en Cour (saga suspendue mais néanmoins à suivre) il reste que c’est grâce à cette adresse officielle que je tombe dans la catégorie « travailleur en région éloignée », qui me rapporte autant d’avantages fiscaux. Et il est d’autant plus économique puisque grâce à Mégane, j’ai …

POINT 3 : Mon pseudo-colocataire.
Le frère de Mégane n’avait pas les moyens de se trouver un logis convenable. Et à cause de mon travail, le mien est vacant l’équivalent de 11 mois par année. Il habite donc chez moi et me paie le loyer, que je refile ensuite au propriétaire. Et puisqu’en Gaspésie, je suis logé gratuitement, c’est d’autant plus d’économies pour moi.

POINT 4 : Mon lit.
En couple et en colocation avec Karine, Flavie, Nathalie, je n’avais pas possédé de lit depuis le siècle dernier, littéralement. Et lors de mes moments de célibat, je dormais sur le divan. Et depuis mon itinérance, je n’avais même plus ça. Je dormais sur une chaise longue de plage. Mégane m’a acheté et fait livrer par surprise un matelas. Quelques semaines plus tard, on y ajoutait une base de lit. Ça peut sembler n’être pas grand chose. Mais jamais on ne m’avait fait un tel cadeau. Grâce à elle, mes nuits sont devenues confortables et reposantes.

POINT 5 : Mon laptop.
En 2020, je me suis acheté un laptop Acer pour $800. Moins d’un an plus tard, j’ai commencé à avoir des problèmes physiques avec. Il fonctionne toujours bien, mais sa… euh… « carosserie », disons, se défait, et l’une de ses pentures a brisé alors que je l’ouvrais. En 2023, ayant appris un truc ou deux de son conjoint spécialiste en informatique, Mégane m’a fait acheter un laptop Lenovo pour $850, dont je ne peux que vanter la qualité, et les qualités.

POINT 6 : Ma carrière.
Il est vrai que ce point n’a pas été amené à moi volontairement ni positivement par Mégane. Elle m’a laissé tomber pour son Bertin. Pour amortir ma chute, je suis allé m’inscrire sur Facebook Rencontre. J’y ai été contacté par une préposée qui m’a parlé des nombreux avantages de travailler pour une agence plutôt qu’un hôpital ou un CHSLD. Elle m’a branché sur son agence. Et depuis, je suis enfin prospère. D’accord, si Mégane m’était restée fidèle, rien de celà ne serait arrivé. Mais sans ce négatif qu’elle m’a apporté, je n’en aurais jamais tiré ce positif. Donc, peu importe comment on retourne la chose, il demeure que sans Mégane dans ma vie, ça ne serait jamais arrivé.

POINT 7 : Mon auto.
La seule et unique fois que je m’étais procuré une automobile, c’était en 1997. J’ai été coincé dans une arnaque pas-possible qui m’avait ruiné en me faisant en plus perdre mon emploi et taper une dépression. Il se trouve que Mégane a eu des autos toute sa vie, et est passionnée par les automobiles. Elle savait donc que choisir, à quel prix, et où s’adresser. Grâce à elle, j’ai pu me procurer une auto qui répond à tous mes besoins et qui ne m’a jamais ruiné.

POINT 8 ; Ma purge du passé.
Peu à peu, les changements que Mégane m’a apporté ont transformé ma vie, au point de me rendre compte que je trainais inutilement des bagages de mon passé, et ce au sens propre. Aussi, dans deux containers géants, l’un pour le recyclage, l’autre poour les ordures, je me suis débarrassé de 90% de mes possessions, après avoir accepté le fait que je ne m’en servais plus et que je ne m’en servirai jamais.

Donc, les Red Flags… On les écoute, ou pas ?
Dans la vie, tout n’est pas à 100% noir ni blanc. J’aurais pu cesser de féquenter Mégane n’importe quand. Particulièrement après qu’elle m’ait laissé tomber pour son Bertin. Mais si je l’avais fait, alors je n’aurais jamais vécu les points 6, 7 et 8, grâce auquele je vis maintenant de la manière dont je l’ai toujours voulu. Soit la vie normale d’un homme normal avec un travail normal et un revenu normal.

Dans mon livre Le Sucre Rouge de Duplessis, je cite un extrait de la lettre d’un ministre, disant : « Il faut prendre les gens tels qu’ils le sont, ni totalement bons, ni totalement mauvais. » Car si Mégane m’a fait vivre beaucoup d’expériences négatives, elle a su en revanche m’apporter le positif requis pour faire de ma vie le succès que j’ai toujours poursuivi sans jamais atteindre.

Mais est-ce une raison pour continuer d’accepter de tout subir ?
Non ! Parce qu’il y a une différence flagrante entre avant et maintenant. Avant, j’étais sans emploi, sans le sou, sans domicile fixe, sans véhicule. Quand on n’a rien, on n’a rien à perdre, et tout à gagner. À l’époque, je n’avais aucune option. Je n’avais pas le choix.

Eh bien maintenant j’ai des options, et j’ai le choix. Et je choisis de ne plus jamais accueillir dans ma vie une mystique qui rejette la réalité.

Ces Red Flags vivants : La mystique qui rejette la réalité (1)

Chacun de nous avons au moins un problème insolvable qui revient périodiquement casser les couilles de notre existence. Dans mon cas personnel, c’est le fait que je semble attirer majoritairement des… Hum… Comment dirais-je?

Avec des amies comme ça…

Depuis le temps, j’ai fini par trouver la solution à ce problème : Choisir plutôt que me laisser choisir. Karine et Flavie, de qui j’ai parlé à de multiples reprises dans ce blog, sont de bons exemples de cette pratique. Dans les deux cas, c’est moi qui leur ai montré de l’intérêt en premier. Dans les deux cas, ce qui nous a séparé, c’était nos évolutions personnelles qui prennaient des chemins différents. Et dans les deux cas, nous sommes restés bons amis.

Mais là, je vais vous parler de la dernière à m’avoir approché d’elle-même, en l’ayant fait non pas sur le net mais en personne. Je vous en ai déjà parlé un peu ici et là dans quelques billets ces trois dernières années, mais seulement de manière anecdotique et en tordant un peu la vérité pour éviter que l’on pose trop de questions. Cette fois, on y va à fond.

Tout d’abord, mise en contexte.  Il y a cinq ans, j’ai suivi une formation afin de devenir préposé aux bénéficiaires.  À ma grande surprise, bien qu’étant âgé de 51 ans, j’étais le second plus jeune homme de ma classe.  Et aussi le plus beau, mes 40 jours d’itinérance ayant fait de moi un athlète.  À ma connaissance, au moins cinq femmes de cette classe se sont intéressées sérieusement à moi. Mais la majorité avaient une personnalité et/ou un physique que je ne trouvais pas attrayant.  Et puis, j’ai toujours évité comme la peste les relations au travail.  Car si ça tourne au vinaigre, il n’y a rien de pire que de d’être obligé de côtoyer son ex cinq jours par semaine.

Cependant, j’ai dû faire exception pour Mégane.  Non seulement était-elle la plus directe et la plus insistante, son langage corporel et ses réactions physiques face à moi démontraient une attirance profonde et un instinct de désir quasi-animal qui allait bien au-delà du simple caprice. En plus d’avoir cinq ans de moins que moi, et de tout de même bien paraître pour ses 46 ans, ce qui ne gâchait rien. 

Simple représentation par I.A, pour donner une idée.

Mégane était un cas classique que l’on retrouve assez souvent. En couple avec le même homme depuis vingt ans, mère depuis dix ans. Elle le décrivait comme un gars sans passion, sans drive, sans grands buts dans la vie. Ça faisait une éternité et demie que la passion et la complicité entre eux était disparue. Même que côté sexe, le gars était le poster-boy du classique et routinier entre-vient-retire-s’endort qui néglige sa partenaire.

Le gars gagnait bien sa vie, avec un revenu équivalent à quatre fois le salaire minimum. Et son père était un riche homme d’affaire qui lui lèguera un jour quelques millions. Pour reprendre ses mots à elle, il est né avec une cuiller en argent dans la bouche et une fourchette en or dans l’cul. Et à cause de ça, depuis son plus jeune âge, il avait entendu son père lui répéter que la fortune familiale faisait de lui une proie de choix pour toutes les profiteuses qui n’en voudraient qu’à son argent. Voilà pourquoi ça a pris dix ans de vie commune avec Mégane avant qu’elle réussisse à le convaincre de fonder une famille.

Et lors de leur vingtième anniversaire de couple, elle lui a sorti le grand jeu. Hôtel de luxe en montagne. Spa. Repas 47 étoiles. Champagne. Chambre nuptiale. Les pétales de roses et les chandelles. La panoplie complète. Et au moment de passer au lit, elle lui sort les alliances et la Grande Demande sur un genou.

… Demande à laquelle il a réagi en lui faisant une crise de panique. Et bien que la soirée se termina au lit, elle le fut avec lui qui sanglottait en demandant à Mégane de comprendre qu’il ne se sent pas prêt pour un tel changement dans leur vie. D’ailleurs, n’a-t-elle pas déjà la vie d’une femme mariée et mère de famille ? Ne manque-t-elle déjà de rien ? Qu’est-ce qu’elle veut de plus ?

C’est là que Mégane a compris que jamais leur relation ne sera officielle, ni entre eux, ni pour la famille, et surtout pas devant la Loi. Ce revers, elle l’a pris comme la pire des claques sur la gueule. Malgré vingt ans à être la femme parfaite et dix à être une mère exemplaire, il n’avait jamais cessé de se méfier d’elle. Les sentiments qu’elle nourissait envers lui avaient beau être sincères, il vient un temps où le manque de réponse positive de son partenaire finit par les éroder. Si vingt ans ensemble n’ont pas suffi pour qu’il lui accorde sa confiance, on ne peut la blâmer si cette distance qu’il persiste à garder entre eux a fini par en venir à bout.

Et voilà comment Mégane s’est retrouvée dans la situation classique de ces femmes que l’on entend souvent dire « Je ne ressens plus rien pour lui, mais je suis obligé de rester pour les enfants et parce que je n’ai pas l’argent pour partir. »

Lorsque la réalité devient trop difficile à vivre, beaucoup de gens ont le réflêxe de la fuir. Voilà comment Mégane a commencé à se tourner vers le mysticisme. Le tarot. Les cartes. Les runes. Les divinités paiennes. Les cristaux. La pensée magique. Tout comme la religion et l’horoscope le font pour certaines personnes, ces pratiques lui apportaient l’espoir que les choses allaient éventuellement s’améliorer pour elle. Ça l’a même guidé vers le chemin de son émancipation en lui montrant la voie à suivre : Débuter une nouvelle carrière. Et puisque nous étions au printemps de 2020, lors du début de la pandémie, et que le Gouvernement a annoncé leur programme gratuit et accéléré pour former 10 000 préposés aux bénéficiaires, elle y a vu un signe du destin.

Lorsqu’elle m’a vu en classe, tout de suite elle y a vu un autre signe. Signe qu’elle a vérifié avec le tarot. Et ce dernier lui a non seulement confirmé que oui, j’étais l’homme que le destin avait mis sur son chemin. Mais il lui annonça aussi un événement prochain qui saura lui démontrer hors de tout doute que dans le cas de son conjoint, c’était définitivement devenu l’inverse. Cet événement arriva vingt-quatre heures plus tard.

Les cartes de Monopoly, ça vaut bien celles du Tarot. Just sayin’.

S’étant abimé la cheville droite, elle ne pouvait plus conduire. Et bien que son conjoint était lui-même en congé forcé à cause de la pandémie, il rechignait à aller la porter à l’école, et encore plus à devoir s’arracher de ses jeux en ligne pour retourner la chercher. Et il lui jetait de nombreux blâmes, comme si cette situation était de sa faute à elle.

Il faut dire que jusque-là, elle avait passé la majorité de leur relation à être femme au foyer. C’était surtout lui qui voulait ça. Je suppose qu’il tenait à la rendre dépendante de lui et s’assurer qu’elle ne la quitte pas. Ce qui expliquerait pourquoi il voyait sa formation d’un mauvais oeil, et ne voulait pas l’aider. Ce qui obligea Mégane à faire un choix : Ou bien elle se paie elle-même le transport, ou bien elle devra renoncer à ses études.

S’il restait à Mégane le moindre doute comme quoi elle n’avait plus rien à faire avec lui, ce comportement les lui a définitivement enlevés.

Quant à moi, je n’avais pas remarqué Mégane plus qu’il le faut. Je croyais qu’elle était mariée car je la savais mère et en couple. Et il y avait deux autres étudiants qui ne la quittaient pas d’une semelle pour l’aider à se déplacer. Enfin, le hasard voulut que pour les travaux d’équipe, nous n’avions jamais été mis ensemble. Ce n’est qu’après la fin de nos deux premier mois de formation, à la veille de notre troisième et dernier qui serait un stage en milieu hospitalier, que son problème de pied se régla. Et qu’elle vint me faire connaître son intérêt pour moi.

Vingt-trois ans plus tôt, lors de mon retour aux études au cégep, j’avais vécu une situation similaire. Ma camarade de classe Océane était une belle jeune femme qui s’intéressait à moi, mais qui était en couple. À l’époque, j’étais un Nice Guy qui tenait mordicus à avoir un comportement parfait et irréprochable. À cause de ça, je me suis montré plus vertueux qu’elle, en la mettant à la porte, en lui précisant bien que si elle n’avait été ni saoule ni en couple, les choses se seraient passées autrement. Par ce geste je croyais avoir sauvé notre amitié d’une possible catastrophe. Je l’ai plutôt gâchée pour de bon. En plus d’avoir détruit ce qui avait le potentiel de devenir l’une des plus belle relation de couple de ma vie jusque-là, avec l’une des plus compatibles filles que la vie avait mis sur mon chemin. Ayant appris ma leçon à la dure, je ne comptais pas refaire cette erreur. D’où mon changement d’attitude face à cette situation. Car comme on dit par chez nous, faut quand même pas être plus catholique que le Pape.

Savoir être un (saint) esprit ouvert.

Dès le départ, Mégane a été très claire avec moi. Je ne suis que son amant, rien de plus. Même si elle ne ressent plus que du mépris pour son conjoint, pour le bien de son fils de dix ans, pas question pour elle de briser ménage. Si nous sommes vraiment les âmes soeurs destinées à passer le reste de notre vie ensemble, telles que les runes et le tarot nous décrivent, on saura bien attendre la majorité de son fils pour qu’elle puisse se séparer d’avec son père. Ça me va !

Bon, en vérité, ça ne me convenait pas vraiment. Quel homme accepterait l’idée d’être cocu volontaire en partageant sa copine avec un autre homme, même si ce dernier est son conjoint des vingt dernières années ? Il est vrai que techniquement, c’était lui qu’elle allait cocufier avec moi. N’empêche que comme situation, ce n’était pas l’idéal. Cependant, l’une des leçon que j’ai apprise avec le temps, c’est qu’il y a des choses qu’il ne faut pas nécéssairement planifier d’avance en se basant sur la situation actuelle. Tout évolue, tout change. Et surtout, la réalité n’a que faire de la rectitude morale. Mon ami André a lui-même été l’amant d’une femme mariée il y a vingt-cinq ans. Elle a divorcé. Ils se sont mariés. Aujourd’hui, ils sont toujours ensemble, heureux en couple et fiers parents de deux grands adolescents. Beaucoup de choses qui débutent dans le vice évoluent vers la vertu. C’est comme ça !

Dès nos premiers instants intimes, ce fut volcaniquement explosif. Rarement ai-je eu une si grande compatibilité sexuelle avec une partenaire, et ce dès la toute première fois.  Malgré ma libido qui avait diminué à cause que ma production de testo avait commencé à baisser, elle a su me la remonter comme dans ma jeunesse. Chacun de nous était convaincu avoir trouvé son match parfait. Elle commençait déjà des plans d’avenir pour nous deux, et parlait même de mariage.

Une chose causait de la friction entre nous : nos situations financières opposées. J’avais passé quarante jours de cet été-là en tant qu’itinérant. Et dès que j’ai appris à quel endroit nous allions faire le stage de notre troisième mois de formation, je suis allé prendre la meilleure option de logis qui s’offrait à moi, c’est à dire habiter une chambre dans une maison privée assez près de mon travail pour me permettre de faire le trajet à pied, même dans les grands froids d’hiver. C’était plus cher que le loyer de ce 3½ que j’occupe aujourd’hui cinq ans plus tard, au moment où j’écris ces lignes. Mais puisqu’il n’y avait rien de plus près, et que je n’avais pas de véhicule, je n’avais pas le choix.

Mégane ne voyait pas la chose du même oeil. Elle avait passé la majorité de sa vie adulte à être une femme au foyer, donc à se faire vivre par son conjoint dans une environnement confortable où elle n’a jamais manqué de rien. Elle ne connaissait donc rien aux réalités économiques. Elle me disait que, maintenant que nous allions gagner le double du salaire minimum, je n’avais qu’à me payer un condo et une auto.

MOI: « Je vais d’abord payer mes dettes. Je n’y arriverai pas si mon argent part à mesure dans mes paiements de condos et d’auto. »
ELLE: « Mais qu’est-ce que tu t’imagines? Tout le monde a des dettes, mon pauvre Stéphane. Quand on est adulte, c’est normal d’être endetté. »
MOI: « Oui, mais les dettes dont tu parles sont contractées pour l’achat d’une maison, d’une auto. En échange de ces dettes, les gens ont des possessions. Moi, je n’ai rien ! Mes dettes, je me les suis fait en perdant mon travail avec la pandémie, à déménager de Sherbrooke à Saint-Hilaire, en devant vivre sans revenus. Et ensuite, pour survivre à mon itinérance. »
ELLE: « Tu n’as qu’à emprunter à la banque. T’as jamais entendu parler des prêts auto et des hypothèques? »
MOI: « Je répète : Je n’ai rien ! Les banques ne prêtent pas d’argent à ceux qui n’ont rien. Et encore moins ceux qui ont plusieurs milliers de dollars de dettes. Ils ont besoin d’une garantie comme quoi je serai en mesure de rembourser. »
ELLE: « T’as une job pis un bon salaire. C’est une garantie, ça. »
MOI: « Une garantie? On commence à peine notre stage d’un mois. On n’est même pas encore salariés, on vit sur nos bourses. Et on a eu juste une formation accélérée de deux mois. Je ne sais même pas encore si j’ai ce qu’il faut pour être embauché à la fin du stage. Mes dettes actuelles peuvent attendre. Mais un prêt auto et une hypothèque, ce sont des dépenses que l’on s’engage par contrat légal à payer à tous les mois. Après le stage, si je ne fais pas l’affaire, on me mettra à la porte et je ne pourrai plus payer. La seule façon de casser ces contrats sera de déclarer faillite. Entretemps, j’aurai multiplié ma dette par dix. Dette que je devrai tout de même rembourser. »

Et c’est là que, pour la première fois, elle me démontre avoir tendance à rejeter la réalité.

ELLE: « Bon ! Ok ! Si tu veux passer ta vie dans une chambre trop chère où t’as pas le droit de recevoir de la visite, c’est ton choix. »
MOI: « HEY! Ça ne me prendra pas toute ma vie pour rembourser mes dettes. Mais si je fais ce que tu dis, même si je garde mon emploi, alors là, oui, assurément, je ne me sortirai jamais de la misère. Laisse-moi le temps de solidifier ma position dans mon travail en prenant de l’expérience. Puis de clairer mes dettes. Après ça, je pourrai épargner. Et un jour, dès que j’aurai en banque la moitié de la valeur d’une maison, la banque m’en prêtera l’autre moitié sans soucis. Parce qu’entretemps, en remboursant mes dettes et en ayant accumulé de l’argent, je leur aurai prouvé que je ne suis pas un risque pour eux. Fais-moi confiance, je sais ce que je fais. Rien ne presse. On a huit ans devant nous. »

Céder à la gratification instantanée, il n’y a pas de meilleure formule pour s’assurer de rester dans la misère toute sa vie. Je le sais ! Je l’ai vécu en étant dépendant de parents qui vivaient au-dessus de leurs moyens. Je l’ai vécu de nouveau avec des conjointes dépensières compulsives. Et surtout, je l’ai vécu quand la mère de mes enfants et ma belle-mère ont tout perdu au Casino, tout en refusant d’ajuster leurs manières de vivre. C’est une erreur que je ne ferai jamais. Je veux bien céder à certains caprices des autres, si ces décisions n’ont pas le potentiel de me causer des ennuis. Mais lorsque je sais que j’ai raison et que d’écouter les autres va me causer des problèmes, personne ne peut me faire céder. Si Mégane n’est pas en mesure de comprendre ça, alors qu’elle reste avec son conjoint riche.

Apparemment, l’idée de me perdre lui était plus insupportable que celle de sortir avec un gars temporairement pauvre. Devant ma détermination, elle a cessé de me mettre de la pression à ce sujet.

Pour l’année et demie qui allait suivre, nous allions vivre notre relation en cachette. Malheureusement, à cause de nos horaires et de sa vie de conjointe et mère, nous n’avions que peu d’opportunités de se voir. On l’avait mis sur l’horaire de nuit, et moi de jour. Aussi, deux ou trois jours par semaine, pendant sa pause d’une heure, je me levais au milieu de la nuit pour aller la rejoindre dans le parking du CHSLD. Et là, dans son auto, on laissait libre cours à notre passion. Je retournais ensuite dormir avant de me relever pour aller travailler.

Tel que déjà abordé dans un billet de 2021 intitulé Préposé aux Maléficiaires, au bout de trois mois, des seize étudiants de ma classe qui furent embauchés, j’ai été le huitième à être congédié de manière abusive. Je me suis félicité d’être resté sur mes positions au sujet de l’auto et du condo.

Mon congédiement ne changeait rien au fait que le milieu de la santé manque cruellement de travailleurs. Aussi, me suis-je rapidement trouvé une place dans une maison de retraite au privé, dans la ville de Saint-Jean-Baptiste. Et c’est Mégane qui m’y a trouvé le petit logis pas cher que je loue toujours aujourd’hui. Mais cinq mois plus tard, à la fin de mai 2021, pour des raisons obscures, ma patronne perdait sa licence et a été obligée de fermer. J’étais de nouveau sans emploi. Mais cette fois avec un bail qui ne prendrait fin que dans quatorze mois. Et ceci m’empêchait de déménager vers là où il y a de l’emploi dans mon domaine.

C’est là qu’il m’est venue une idée. Et si je prennais des vacances d’étudiant ? Deux ou trois mois de vacances d’été. Non seulement n’avais-je plus de dette, j’avais réussi à me mettre un peu d’argent de côté. Avec ça et mon bon crédit, je pourrais me le permettre. Et puis… Pendant les neuf dernières années, je n’ai pas arrêté. J’ai commencé par être gars de ménage dans un garage de bus. J’ai enchainé en tant que concierge dans un édifice d’une vingtaine d’étages. Puis comme chef-concierge dans une tour à condos de luxe de 33 étages. Puis surintendant dans une usine de portes et fenêtres. Technicien aux données pour la BAnQ. Technicien en sécurité et accès aux données pour BMO. Enfin, étudiant puis préposé aux bénéficiaires dans un CHSLD, puis pour une résidence. J’ai eu à déménager dans plusieurs quartiers de Montréal, puis à Sherbrooke, Mont-Saint-Hilaire, Beloeil, Saint-Jean-Baptiste… Sans compter tous les problèmes que mes parents m’ont causés en venant se mêler de ma vie privée et professionnelle, qui furent en partie responsables de certaines de mes obligations de déménager, de changer d’emploi, de conjointes, et même de mon itinérance de l’été 2020. À mes yeux, je méritais bien un repos.

Et surtout, être libre de tout horaire de travail m’a permis de voir Mégane bien plus souvent. Elle avait ajusté son horaire comme suit :

  • La nuit, elle travaille.
  • Au matin, elle dort pendant quatre heures.
  • Elle vient me voir de jour, tandis que son conjoint est au travail et son fils à l’école. Ou au camp de jour pendant l’été.
  • Elle repart chez elle pour leur retour.
  • Elle dort quatre autres heures en soirée.
  • Puis elle repart travailler.

Ma situation de vacancier allait vraiment améliorer notre relation. On se voyait de deux à cinq fois par semaine. Elle venait chez moi. On faisait l’amour jusqu’à épuisement. Puis, on partait explorer les villes avoisinantes, faire du shopping, aller en ballade à pied, s’arrêter à des restos, partir en road trip. Pas trop loin puisque son temps était compté, mais assez pour ne pas craindre d’être vus par des gens qui la connaissent. Le bonheur presque parfait. Et pendant les weekends qu’elle était bien obligée de consacrer à sa famille, je travaillais sur mes projets de BD et d’écriture. Entre autres, un projet d’album de Lucky Luke, sur un scénario que j’avais en tête depuis plusieurs années.

Faut reconnaître que c’est bien imité, quand même.

Au bout de trois mois, j’étais de nouveau légèrement endetté. Il était donc temps de redevenir travailleur salarié. Je n’avais pas de regrets. Je m’étais offert de longues vacances reposantes pour le corps et l’esprit, sans le moindre soucis, dans un très bel été, et j’avais passé celui-ci en compagnie de la femme que j’aime et qui m’adore. Je ne demandais rien d’autre de la vie.

Dans un village agricole comme Saint-Jean-Baptiste, les opportunités de travail sont peu nombreuses, surtout à la fin de la saison des récoltes. Ma meilleure option était de joindre l’abattoir de dindes pas loin de chez moi, à travailler sur une chaîne de production.  Et ceci me pose deux problèmes. 

Premier problème : Un calcul rapide me démontre qu’une fois les déductions salariales retirées, travailler à l’abattoir me rapportera bien en dessous du salaire d’un préposé aux bénéficiaire. Ce n’est pas avec ce revenu que je pourrai me payer un véhicule qui me permettra d’aller chercher un meilleur travail ailleurs.  Je me vois donc condamné à passer le reste de ma vie pauvre.  Pauvre et seul.  Car, second problème, l’abattoir n’a qu’un seul quart de travail, et c’est de jour, du lundi au vendredi. C’est-à-dire les seuls moments où Mégane et moi pouvons nous voir.

À tout hasard, puisque j’ai un projet de livre en chantier, je fais une demande de bourse auprès du Conseil des Arts et Lettres du Québec. Mais celle-ci est rejetée.

Sans autre choix, je postule à l’abattoir. Je suis aussitôt embauché. Malheureusement, les bottes qu’ils fournissent pour le travail me sont inconfortables, même avec mes orthèses. La douleur me force à arrêter au bout de quatre heures. Je recevrai tout de même une paie d’un jour complet de travail, étrangement.

Sans trop y croire, mais ne voyant pas d’autres options, je dépose une demande au chômage. À ma grande surprise, non seulement celle-ci fut acceptée, j’ai droit à cinquante semaines, à $2 200 par mois. Avec un loyer de $500 pour un 3½ un peu délabré mais propre, et mon train de vie modeste, ça m’est plus que suffisant pour vivre. Et ça va me permettre de consacrer tout mon temps libre à terminer mon projet de livre Le Sucre Rouge de Duplessis sur lequel je travaille depuis déjà deux ans. Et qui sait, peut-être que dans cette année-là, d’autres opportunités se présenteront, ou bien je verrai d’autres options que je n’ai pas maintenant. L’avenir s’annonce donc plutôt bien.

Bien que je devais notre relation aux croyances mystiques de Mégane, celles-ci n’avaient pas vraiment eu l’occasion de s’infiltter dans notre couple. Ça allait changer. Et pas de manière positive.

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À CONCLURE.

L’intimidation légitimisée, 1 de 4.

Toute notre vie, on nous a bourré le crâne avec le concept de la personne bienveillante qui fait dans le « Je suis dur avec toi mais c’est pour ton bien. »
Il est vrai que sur papier, le concept de la personne sévère mais juste, ça semble légitime.

Malheureusement, la majorité des gens qui clâment haut et fort en faire partie ne sont, au final, que des intimidateurs. Ils se dissimulent derrière une façade altruiste dans une tentative de justifier leur besoin de rabaisser les autres.

La preuve qu’il ne s’agit que d’une facade. À chaque fois que je démontre à quelqu’un que je suis ouvert à ses critiques constructives, qu’il s’agisse d’un homme ou d’une femme, c’est toujours pareil. Sur une période allant de quelques semaines à quelques années, j’écoute ce que l’autre a à dire à mon sujet, démontrant ainsi un esprit ouvert et désireux d’apprendre. Mais il arrive toujours un moment où il me lance une critique impertinente et abusive. À ce moment-là, je lui explique où se situe son erreur de jugement, en lui précisant les faits.

À tout coup, ça ne rate pas. La personne en prend ombrage. Elle préfère désormais en rester là et limiter les contacts. Et ça, c’est quand la personne ne fait pas un volte-face pour devenir brusquement un(e) ennemi(e) acharné(e).

Ce qui démontre à chaque fois, et à ma grande déception, qu’aucun apôtre de la critique constructive ne semble être capable de pratiquer ce qu’il prêche.

Avec les années, j’ai constaté que nous pouvons séparer ces gens en quatre catégories distinctes. La première est le sujet du billet d’aujourd’hui.

CATÉGORIE 1) La personne qui cherche à s’approprier le crédit des réussites des autres.
Mise en contexte : Ça remonte à l’époque où Quebecor tentait de s’approprier une part du marché de l’internet avec son Portail Canoë. En décembre 2006, ils estimaient rejoindre 84,1 % des internautes Québécois.

En janvier 2007, ils ont lancé Espace Canoë, une plateforme permettant aux Québécois de partager des vidéos, des photos, des opinions, avec leurs familles, leurs amis, leurs collègues de travail et les gens qui ont les mêmes passions.

Traduction: ils offraient des équivalents québécois de MSN, Google, Messenger, MySpace et YouTube. (Twitter et Facebook existaient, mais étaient encore largement inconnus du grand public francophone.)

En janvier 2008, Portail Canoë lança le concours Défi Diète. Ils recherchaient dix candidats désireux de perdre du poids et de le stabiliser. Il fallait s’ouvrir un blog sur Espace Canoë pour y soumettre nos candidatures. Les lauréats iraient se réunir une fois par mois dans le même gym. Les caméras allaient les filmer tandis qu’ils feraient des exercices coachés par Josée Lavigueur, qu’ils recevraient des conseils en nutrition par Isabelle Huot, et qu’ils seraient motivés par les speechs de Guy JsaisPlusQui. Puis, entre les réunions, les lauréats auront droit à un entraineur privé au Énergie Cardio le plus près de chez eux, où ils s’engageront à aller trois fois par semaine. Enfin, ils devront utiliser leur espace blog pour y chroniquer leurs progrès avec textes et photos.

Ayant de la difficulté à maintenir un poids stable depuis que j’ai atteint mes trente ans, j’ai tenté le coup. J’ai ouvert un blog…

… et j’ai été le premier choisi sur les dix, grâce à mon vidéo de candidature qu’ils ont trouvé désopilant.

Le défi qui dure pendant trois mois était en partenariat avec la chaine de gym Énergie Cardio, et publicisé à la télé dans l’émission matinale Salut Bonjour sur TVA, ainsi que dans le magazine Dernière Heure et le Journal de Montréal. Là encore, grâce à mon humour, je fus celui que l’on a mis en avant.

Et bien sûr, c’était aussi chroniqué sur Portail Canoë, avec des articles comme celui-ci.

C’est dans cette période que je tire l’exemple de la personne négative qui cherche à s’approprier le crédit des réussites des autres. Il s’agit de l’un des candidats, qui s’était donné le nom de SebXtremVision. Et qui aurait plutôt dû s’appeler SebVisionXtrèmementÉtroite. Depuis le temps, j’ai perdu la majorité des captures d’écran qui le concernent, sauf les trois que vous verrez plus bas.

Au meilleur de mes souvenirs, dans son blog de candidature, il disait qu’il était pompier à Montréal et que dans sa jeunesse il arrivait à garder la forme. Mais voilà, ajouta-t-il comme exemple, avec les sacs de chips qui affichent sur la section des valeurs nutritives « 120 calories pour trois croustilles », il posait la question bien légitime : « Mais QUI va se limiter à trois chips par jour ? »

Il parlait également de son fils de huit ans qui se nourrissait mal, et dont l’exemple l’influençait lui-même à malbouffer. Car quand on réchauffe une Pizza Pochette™ pour son fils, comment résister à la tentation de s’en ajouter une autre pour soi-même ?

Puis, son texte prennait un virage égocentrique et prétentieux. Il affirmait être un bon candidat car il se donnerait comme mission d’encourager les autres, de les aider, de faire en sorte qu’ils n’y renoncent pas en cours de route. Jamais il ne laissera quelqu’un abandonner, et toujours il saura les conseiller pour les aider à atteindre leur but de santé, force et bonne forme.

Dose de réalité : Le gars n’est même pas capable d’atteindre la bonne forme par lui-même… Hey, il laisse son fils de huit ans l’influencer à se nourrir mal. Et il prétend avoir ce qu’il faut pour aider les autres à réussir ? Wow !

Malgré ses lacunes évidentes, il ne se voit pas au même niveau que les autres candidats. Il se voit au-dessus d’eux. À ses propres yeux, sa place est parmi les entraineurs et des nutritionnistes. Il n’est pas là pour apprendre. Il est là pour nous apprendre. Et ce, je le répète, pour quelque chose dans lequel il échoue lui-même.

Puisque j’ai été le premier à être choisi (mais pas encore annoncé publiquement), je suivais l’affaire de près pour le choix des candidats suivants. La veille du jour où ils devaient annoncer les lauréats, j’ai été surpris de voir son nom sur la liste. Et ceci m’a fortement déplu. Il se trouve que quelques jours plus tôt, il avait posté un billet de blog qui disait à peu près ceci:

Espace sebXtremvision
Mes prédictions pour Défi Diète 2008.
Parmi les neuf autres candidats choisis (le premier étant moi hi hi), voici mon prognostic:
– Deux candidats vont abandonner en cours de route.
– Trois réussiront à perdre beaucoup de poids, mais vont tout le reprendre à la fin des trois mois.
– Trois vont perdre très peu de poids, car ils n’en feront qu’à leur tête
– Un, peut-être deux, vont en perdre un bon montant et arriveront à rester stable.
– Il y en aura peut-être même un qui va continuer de s’améliorer seul, après la fin des trois mois. Je n’y crois pas. Mais on ne sait jamais, un miracle pourrait arriver.

Les lauréats n’étaient pas encore annoncés –ils n’étaient même pas encore tous choisis pour commencer– qu’il se permettait déjà de porter des jugements négatifs contre eux.

J’ai aussitôt écrit aux organisateurs afin d’attirer leur attention sur ce billet. Je leur ai exprimé qu’à mon humble avis, une personne qui fait preuve d’une personnalité aussi condescendante et qui se permet de porter de tels préjugés négatifs sur les lauréats potentiels de Défi Diète, et ce sans même les connaître, n’a certainement pas sa place parmi eux. On m’a entendu. Quinze minutes plus tard, son nom disparaissait de la liste des finalistes et était remplacé par celui d’une femme.

Je suppose que SebXtremementChiant n’a jamais su qu’il avait été sélectionné puis rejeté. Il en aurait certainement parlé sur son blog.

Jeudi le 24 janvier. Les dix lauréats de Défi Diète 2008 sont annoncés. En constatant qu’il n’en faisait pas partie, SebXtremLoser nous annonce qu’il va poursuivre dans sa voie du jugement négatif. Cette fois, je lui répond dans les commentaires.

Il me répond par message privé. D’abord, il tente d’anoblir sa négativité, en disant (si on arrive à déchiffrer son français de maternelle) que grâce à son jugement négatif, les candidats vont se motiver à aller jusqu’au bout afin de lui prouver qu’il se trompe. Voilà qui donne une petite idée du niveau de l’importance qu’il se donne.

Et ensuite, pour m’amadouer, malgré le fait qu’il n’en sait pas plus sur moi que sur les autres candidats, il me porte un jugement positif, dans lequel il exprime n’avoir aucun doute sur ma réussite.

Entretemps, sur son blog, j’ai attiré l’attention des lauréats, ainsi que de plusieurs autres candidats non-choisis mais sympathiques. Il s’est pris plusieurs commentaires pas cool sur la gueule. Tellement qu’il a réécrit le billet et son titre, pour nous répondre à tous en même temps.

Je me souviens très bien que sa dernière réponse dans la section des commentaires disait un truc du genre de « Mais oui, justement ! Prouvez-moi que je suis un con en me faisant mentir, en mettant l’effort requis pour réussir le défi.» À ça, ma réponse était « Je n’ai jamais vu quelqu’un qui ressent à ce point-là le besoin de s’approprier le crédit pour la réussite des autres. C’est vraiment malsain.»

Avec sa déclarations comme quoi il allait tout faire pour nous assurer notre réussite, il se plaçait au-dessus de nous. Et avec ses préjugés comme quoi nous allions majoritairement échouer, il nous rabaissait plus bas que lui. Il avait beau tenter de se légitimiser en prétendant que ce n’était que dans l’esprit du « Je suis dur avec toi mais c’est pour ton bien » , il n’était en réalité rien de plus qu’un intimidateur qui se défoulait sur des inconnus de la frustration que lui apportait sa propre lâcheté, son manque de volonté, et sa force de caractère d’une nouille trop cuite. Choses qu’il démontrait, entre autres, en responsabilisant son fils de huit ans pour justifier ses propres mauvais choix alimentaires.

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À SUIVRE

La responsabilité, l’irresponsabilité et la SURresponsabilité.

Avez-vous déjà remarqué que ceux qui vont vous accuser de jouer à la victime, ce sont les mêmes personnes qui vont vous reprocher d’avoir fait ce que vous aviez à faire pour ne plus en être une ?

La semaine dernière, j’écrivais une série de deux billets de blog au sujet d’Ariane, une ex-amie et ex-collègue de travail. J’ai raconté que, suite à avoir eu à endurer ses insultes pendant trois heures et demie dans mon auto, j’ai mis fin à la relation. Je ne l’ai pas confrontée. Je n’ai pas tenté d’ouvrir le dialogue. Je suis juste parti sans même lui dire au-revoir. Je l’ai bloquée de partout, la bannissant de ma vie pour toujours.

J’ai reçu en privé un commentaire d’un lecteur qui, après avoir lu ce billet, me reprochait mon évitement de la confrontation, et surtout ma fuite, tout en affirmant que je n’avais qu’à dire à Ariane un truc du genre de « Je ne me sens pas respecté » ou bien « Cette communication ne me convient pas » pour que tout s’arrange.

Il se trouve que tenter d’ouvrir le dialogue en m’exprimant de manière neutre et objective sur le sujet, c’est exactement ce que j’ai fait toute ma vie, et ce depuis que j’ai dix ou onze ans. Et à chaque fois, sans la moindre exception, ça n’a fait qu’empirer les choses. Car lorsque l’on exprime à l’autre nos sentiments de malaise face à son comportement, on lui dit en fait que son comportement est inacceptable. Ce qui l’insulte. Ce qui provoque chez l’autre une explosion de colère. Ce qui met fin à la relation de toute façon. Sauf que dans ce cas-ci, ça y met fin dans la haine. En 2015, j’ai fait cette petite BD qui représente parfaitement la chose.

Il y a d’ailleurs trois cas dans lesquels mes tentatives d’en discuter entre adultes matures ont dégénérés en croisades ouvertes contre moi qui perdurent depuis les 11, 21 et 22 dernières années. Car oui, on me rapporte souvent que ces gens continuent régulièrement de parler en mal à mon sujet à qui veulent (ou non) l’entendre. Ce qui est ironique, c’est que dans les trois cas, ces personnes sont trop orgueilleuses pour reconnaître les vraies raisons de notre conflit. L’expliquer, ça les obligerait à avouer publiquement leurs torts. Ainsi, pour justifier leur acharnement, elles sont obligées d’inventer toutes sortes de raisons bidon, en me collant des défauts, faits et gestes qu’elles sont les seules à voir en moi. Ce qui ajoute une couche d’ironie supplémentaire, c’est qu’en agissant ainsi, ces personnes démontrent posséder elles-mêmes de bien pires défauts que ceux qu’elles m’inventent.

La raison pourquoi il est impossible de dialoguer objectivement avec ce genre de personnes, c’est qu’on ne peut raisonner qu’avec des gens raisonnables. Si la personne avait été raisonnable, elle n’aurait pas créé ce conflit pour commencer. Il ne faut donc pas s’attendre à ce qu’elle devienne soudainement raisonnable si on lui remet ses abus en face.

Il y a une école de pensée qui affirme que chaque personne est responsable de ce qu’elle subit. Là où cette doctrine démontre avoir zéro logique, c’est que si tu prends sur toi la responsabilité des agressions que tu reçois, ça signifie automatiquement que tu déresponsabilise ton agresseur. Comment peut-on à la fois affirmer qu’il faut être responsable, tout en surresponsabilisant l’un afin de déresponsabiliser l’autre?

Ce réflêxe social qui est hélas beaucoup trop répandu, provient d’une logique qui va comme suit: Ça prends deux personnes pour créér un conflit. Traduction : Tant et aussi longtemps que tu vas endurer les abus avec le sourire tout en fermant ta gueule, tout ira bien. Mais à partir du moment où tu refuses d’en subir davantage, alors là, c’est TOI qui cause la merde.

En 2014, lorsqu’il a été poursuivi en justice pour propos haineux, Gab Roy (et ses supporters) avait le même discours.

Et un an plus tard, il entrait en prison pour agression sexuelle sur une fille de 15 ans.

En 2016, même chose avec l’humoriste (?) Mike Ward.

Et rappelez-vous en 2017, lorsque Gilbert Rozon a été accusé d’agression sexuelle par plusieurs femmes, beaucoup ont jeté le blâme sur ces femmes, les tenant pour responsables de la débâcle de l’empire Rozon qui a suivi.

Pourquoi est-ce que ce serait la responsabilité de la personne qui subit, de porter seule tout le poids de l’harmonie de la relation? J’en reviens à Ariane. Certains diront que la vitesse à laquelle j’ai mis fin à notre amitié, ça démontre que celle-ci n’avait pas grand valeur à mes yeux. Étrangement, ils ne leur viendra jamais en tête de se demander quelle valeur notre amitié avait aux yeux d’Ariane, pour avoir passé trois heures et demie à me faire subir ses insultes non-stop, et ce sans la moindre raison valable. Elle est où, sa responsabilité, là-dedans?

À l’été de 2012, je m’exprimais déjà sur le sujet, en utilisant des personnages de Rage Comics d’internet. À commencer par cette citation faussement attribuée à Marylin Monroe.

Je me suis également attaqué à cette pensée gaslight-ogène qui semble avoir été créee dans le but de manipuler les gens à endurer les abus qu’ils subissent dans les relations de couple.

Et ça vaut tout autant pour les relations d’amitié.

Et je ne suis pas le seul à le dire.

Source: https://www.avancersimplement.com/la-culpabilite/

L’un des premiers billets de ce blog a pour titre Insulter en prétendant que c’est de l’humour, et a été écrit en juillet 2009. J’y donne quelques exemples vécus de gens qui faisaient partie mon entourage, qui faisaient sans cesse des remarques rabaissantes, blessantes, condescendantes, toujours en affirmant qu’il ne s’agit que de blagues, et que je serais vraiment susceptible de leur en tenir rigueur. Là encore, même si ces remarques se prétendaient être « des jokes sans importance entre bons amis », le fait de leur demander poliment d’arrêter a déclanché de violentes hostilités. Ce qui, ironiquement, démontrait clairement deux choses. De un, contrairement à ce qu’ils affirmaient, avoir le droit de rabaisser autrui avait beaucoup d’importance pour eux, au point de piquer des crises d’hystéries si on leur refusait ce droit. Et de 2, par leur réaction, le fait que le plus susceptible de nous deux, ce n’était certainement pas moi.

Ça m’a pris 45 ans d’essais à tenter d’ouvrir le dialogue lorsque je vivais cette situation, et à échouer à tout coup, pour enfin apprendre la leçon qui suit: Face à ce genre d’individu, tenter d’en discuter ne sert à rien. Il n’y a que deux voies que l’on puisse prendre.

  1. La voie de la confrontation. Conséquences : on transforme une amitié en haine féroce, et un(e) ami(e) en ennemi acharné(e) qui tentera de te causer du tort dans ta vie sociale, dans ton travail, dans ta famille, dans ton couple, pendant des mois, des années, voire des décennies.
  2. La voie de la fuite et du ghosting. Conséquences : On passe pour un susceptible, voire un lâche, aux yeux de notre agresseur. Mais ça finit là.

Voilà pourquoi je ne tente plus de dialoguer et que je prends maintenant la voie de l’évitement. Parce que cette situation négative dans laquelle l’autre t’entraine sans ton consentement, c’est la raison pourquoi existe le proverbe « De deux maux, il faut choisir le moindre. » Quand tu ne peux pas éviter les dégats, ton choix se résume à les limiter, ou à les empirer.

S’accrocher à une relation toxique, c’est affirmer que notre estime de soi est tellement basse que l’on a l’impression que l’on ne mérite pas mieux. On démontre que l’on se croit tellement loser et désespéré, que notre choix se limite à endurer les abus, ou bien passer sa vie seul. C’est faux. Il y a là, ailleurs, des gens respectueux. J’ai plusieurs amis de longue date qui le sont. Ils sont là, ils existent. Il suffit juste de les trouver. Chose qui n’arrivera pas si tu t’obstines à rester dans une relation dans laquelle l’autre ne cessera jamais d’être ce qu’il est : un agresseur qui t’a choisi comme cible pour ses comportements merdiques, et de qui tu restes la victime volontaire.

Et c’est là où elle se situe, ta responsabilité. Envers toi-même. Devenir ton agresseur, c’est son choix. Ne pas rester sa victime, c’est le tiens.

Je terminerai avec cette phrase que j’ai lu quelque part sur le net: Personne n’a jamais ressenti le besoin de rabaisser quelqu’un qui lui était déjà inférieur. Alors si une personne tente sans cesse de te rabaisser sans raison valable, sans argument pertinent et surtout sans provocation, sache que ça en dit bien plus sur sa propre valeur que sur la tienne.

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Y’A LIENS LÀ

Depuis que ce blog existe, nombreux sont les billets au sujet des gens déraisonnables qui vont te rabaisser et te faire subir encore pire si tu oses leur tenir tête. J’ai réuni la majorité d’entre eux sous ce lien: SÉRIE : La Conflictuodépendance.

L’âgisme réel et imaginaire

À mon travail, à chaque fois que je dis mon âge, mes collègues sont toujours étonnés d’apprendre que j’ai 56 ans.  Il est vrai que j’ai eu de la chance.  Ma peau ne ride presque pas et n’a pas encore perdu son éclat.  Et à ça je combine l’exercice cardio et musculaire.  Ajoutons la teinture pour dissimuler mes poils blancs, et tout cela ensemble me donne une apparence rajeunie.  Voilà pourquoi on me répond toujours que l’on me donnait entre 35 et 45 ans, ce qui est très satisfaisant pour mon orgueil. 

Sourire? Ça donne des rides.

Il arrive cependant des moments où je ressens une certaine hésitation à avouer mon âge.  Et c’est lorsqu’une intéressante jeune femme me le demande.  Si vous êtes un homme, ça vous est probablement déjà arrivé.  Sinon, ça ne saurait tarder. 

Que faire à ce moment-là ?  Avant toute chose, sachez qu’il y a cinq mauvaises réponses à ne pas donner, et une bonne.  Commençons avec : 

MAUVAISE RÉPONSE no.1 : Mentir. 
S’il est vrai que j’ai l’air d’avoir entre 35 et 45, je pourrais certainement dire à cette jeune femme que j’ai 39, tiens.  Et elle le croirait.   

Et c’est une mauvaise idée, parce que ? 
Plus longtemps je vais lui cacher mon âge véritable, et plus il me sera difficile d’oser le lui avouer.  Alors si on se retrouve en relation de couple, et que le temps passe au point où ça devient vraiment sérieux, je devrai passer le reste de notre relation, peut-être le reste de notre vie, à le lui cacher. Et à vivre dans l’angoisse qu’elle découvre un jour la vérité. Or, ce genre de chose ne peut se cacher éternellement. Lorsqu’elle le découvrira, le choc de constater que je lui aurai menti pendant tout ce temps sera suffisant pour qu’elle se pose la question « S’il m’a caché quelque chose d’aussi anodin tout ce temps-là, quoi d’autre de bien pire est-ce qu’il me cache? » Ce qui mettra automatiquement fin à la relation, et ce dans une atmosphère extrêmement négative, dans laquelle je subirai tous les soupçons imaginables, allant de la polygamie jusqu’au passé criminel.   

MAUVAISE RÉPONSE no.2 : Répondre par une question. 
En particulier « Pourquoi tu veux savoir ça? » 

Et c’est une mauvaise idée, parce que ? 
Si c’était une question vraiment personnelle du genre de « Quel est ton numéro de carte de crédit? » ou bien « Quel sont tes légumes préférés pour le massage des hémorroïdes? », là, d’accord, c’est normal de demander pourquoi elle te la pose. Mais quelque chose d’aussi anodin que ton âge? Les seules personnes qui répondent « Pourquoi veux-tu le savoir? » sont ceux qui tiennent à le cacher.

MAUVAISE RÉPONSE no.3 : Refuser de répondre et/ou détourner le sujet. 
Il m’est arrivé, sur le ton de la blague, de répondre « Assez vieux pour savoir qu’il vaut mieux pour moi de ne pas répondre pas à ça. ».  Ou bien plus sincèrement « Assez vieux pour que ça me dérange de le dire. » 

Et c’est une mauvaise idée, parce que ? 
Alors que la réponse précédente, « Pourquoi tu veux savoir ça? » , donne l’impression que l’on n’assume pas son âge, refuser de répondre et/ou détourner le sujet confirme qu’on ne l’assume pas.  Ce qui démontre un grand manque de confiance en soi.  C’est également perçu comme mettre de l’importance dans les apparences, dans les choses frivoles, non-importantes. 

MAUVAISE RÉPONSE no.4 : Donner une réponse compensatoire. 
Par exemple, cette réponse typique des hommes dans la quarantaine : « 45, mais j’ai l’énergie et/ou la libido d’un gars de 25. »

Et c’est une mauvaise idée, parce que ? 
Lorsque tu ressens le besoin de compenser pour ton âge, c’est signe que tu ne te sens pas en sécurité avec celui-ci. De plus, tu exprimes que tu crois qu’avoir 45 ans, c’est être inférieur à ceux qui sont dans leur prime jeunesse. Ça exprime donc tes complexes, voire même ton auto-âgisme.

MAUVAISE RÉPONSE no.5 : Décider à sa place que ton âge est quelque chose de négatif pour elle.  
C’est quelque chose que je faisais encore au printemps dernier, comme on a pu le voir dans mon premier billet de la série Noémie, ou le rêve devenu réalité

Elle a mis son profil accessible aux gars de mon âge. Mais JE SAIS que je suis trop vieux.

Et c’est une mauvaise idée, parce que ? 
Si une femme constate qu’un homme s’intéresse à elle, mais qu’elle ne ressent rien pour lui, elle tentera de le décourager.  Pour ce faire, elle glissera sans cesse dans leurs conversations des indices comme quoi ils sont incompatibles.  Alors si tu lui énumère toutes les raisons pourquoi votre différence d’âge pourrait se mettre entre vous deux, c’est exactement ce que tu as l’air toi-même de faire : vouloir la décourager de se rapprocher de toi.  Ce genre de comportement a le don de se transformer en prophétie autoréalisatrice.

Laisse-moi t’apprendre quelque chose qui est pourtant logique quand on y pense : Si la femme te demande quel est ton âge, c’est parce qu’elle est déjà intéressée à toi.  La preuve : as-tu déjà été curieux de savoir l’âge de quelqu’un qui ne t’intéressait pas ?  Ben non, hein !?  Alors si elle te pose cette question, ce n‘est pas dans le but de voir si tu es trop vieux pour elle.  C’est tout simplement pour en savoir plus sur toi.  Parce que tu l’intéresses.  

Mauvaise réponse no.5 : Ne dire que le chiffre. 
« C’est quoi ton âge ? »
« 56 ! »

Bon, oui, techniquement, c’est une réponse franche, claire, précise, droit au but.  Maaaaaaais… 

… C’est une mauvaise idée, parce que ? 
Nous avons déterminé que si une femme te demande ton âge, c’est parce qu’elle a de l’intérêt pour toi.  Est-ce que tu en as pour elle en retour?  Oui ? Alors montre-le lui mieux que ça.  Parce qu’une réponse comme celle-là peut donner l’impression que tu espères que la conversation se termine là. 

Alors quelle est la bonne manière de répondre ? 
Une variante de ma propre réponse. Avant mon anniversaire, je disais : « J’aurai 56 ans le 21 juillet.  Et toi? »  Et depuis, je dis : « J’ai eu 56 ans le 21 juillet.  Et toi? » 

Et ça, c’est une bonne idée, parce que ? 
Tout d’abord, en répondant ceci, tu cesses d’être la personne qui subit un interrogatoire.  Tu es maintenant celui qui prends le contrôle de la conversation.  En répondant une phrase détaillée, tu prolonges la conversation.  Ceci est un signe d’intérêt.  Et tu lui renvoie sa question.  Ceci est un autre signe d’intérêt.  Et cette information supplémentaire qu’est ta date de naissance lui donne l’opportunité d’apporter du neuf sur le sujet.  Car si je me fie à mes expériences personnelles, 75% des femmes s’intéressent à l’astrologie.  Elle ne manquera donc pas cette opportunité de comparer vos signes, et d’y voir de la compatibilité.  Et si elle s’intéresse à vous, croyez-moi qu’elle saura les trouver, ces compatibilités.  La preuve : une de mes ex, Mégane.  Lorsque l’on a commencé à se fréquenter, elle nous avait tiré aux cartes, au tarot, aux runes, etc.  Et toutes ses lectures étaient claires sur le fait que j’étais l’homme de sa vie, son âme sœur, la seule, l’unique.  Deux ans plus tard, ces mêmes cartes, tarots et runes lui disaient exactement la même chose au sujet de celui pour qui elle m’a quitté. 

Et si, au contraire, après avoir appris ton âge, elle exprime que votre différence d’âge la répulse? Ça veut tout simplement dire que cette fille ne cherche qu’à te passer le message comme quoi elle n’est absolument pas intéressé à toi. Ce qui signifie que si elle n’avait pas utilisé la différence d’âge pour le faire, elle aurait trouvé autre chose pour bien te faire comprendre qu’entre elle et toi, il ne se passera jamais rien.

De toute façon, que ce soit au sujet de l’âge ou de toute autre différence entre vous deux, les anglophones ont un dicton qui résume très bien la situation : « Those who matter don’t mind. Those who mind don’t matter. » Ceux qui comptent n’y attachent pas d’importance. Ceux qui y attachent de l’importance ne comptent pas.

Ariane, 1 de 2 : une amitié parsemée de Red Flags

À notre époque, les gens voient des Red Flags partout.  En fait, c’est rendu tellement normal d’avoir des Red Flags que le fait de ne pas en avoir est considéré comme étant louche, ce qui soulève un Red Flag.  C’est que puisque personne n’est parfait, chacun de nous va forcément évoquer des Red Flags aux yeux de quelqu’un.  Voilà pourquoi on a appris à les tolérer.  Parce que si on se coupait de tous ceux en qui on voit des Red Flags, on ne fréquenterait plus jamais personne. 

Ariane est devenue ma collègue en juin dernier.  48 ans, belle grande femme, en forme, énergique, elle travaillait toujours avec sourire et enthousiasme.  

Représentation aproximative d’Ariane via I.A.

Peu après son arrivée, elle a commencé à se plaindre comme quoi elle était la cible de harcèlement constant de la part de notre collègue Kevin.  Ariane m’a montré des textos qu’il lui envoyait.  Le gars ne faisait pas dans la subtilité.  Déclarations d’amour, propositions sexuelles…  Et, voyant qu’elle ne lui répondait plus, il lui a même écrit : « Réponds-moi sinon je t’embrasse passionnément au poste des infirmières devant tout le monde lol. »  Elle a fini par porter plainte à la direction, textos comme preuves, et il a été immédiatement congédié.

J’ai déjà parlé ici, il y a quelques années, de l’importance de la première impression que l’on fait sur les autres.  Par exemple, lorsqu’un conjoint devient abusif, sa femme va continuer de s’accrocher à l’image de l’homme bon, respectueux et romantique qu’il était au début.  C’est comme ça qu’elle l’a connu, alors c’est comme ça qu’est « le vrai lui » à ses yeux.  Ainsi, à cause du harcèlement qu’Ariane a subi dès son entrée en poste, elle a obtenu dès le départ une image de victime pure et innocente, s’attirant la sympathie et la solidarité de tous.

Et voilà pourquoi je serai porté à fermer les yeux devant les Red Flags que soulèveront les comportements d’Ariane dans les semaines qui allaient venir. 

1er RED FLAG : La vérité au sujet de sa relation avec Kevin.
Elle a fini par m’avouer certains trucs qui remettent les choses en perspective. Quelques semaines plus tôt, le 24 juin, jour de la Saint-Jean-Baptiste, elle était allé sur la plage pour voir les feux d’artifices. Elle y a croisé Kevin par hasard. Ils ont passé la soirée sur la plage, ensemble, à boire et s’amuser. Puis, il l’a reconduit chez elle. Et là, au moment où elle allait entrer, elle cède à une impulsion. Elle l’agrippe, l’embrasse, lui dit bonne nuit, entre chez elle et ferme la porte.

Le reste de leur courte relation diverge selon qui me la racontait. Mais une chose concorde, et c’est qu’elle avait un comportement envers lui qui changeait sans cesse, passant d’amicale à froide et inversement. Disons que je comprennais un peu mieux pourquoi il lui envoyait des textos comme s’ils étaient en couple. Le gars ne savait plus sur quel pied danser.

Tout Red Flag que c’était, je me disais que, bof, la personnalité de cette fille ne m’attire pas. Alors si elle tente ce genre de repprochement avec moi, je lui ferai comprendre immédiatement que non, désolé, je ne le sens pas. Donc, pas de risque pour moi.

2e RED FLAG : Les conflits de plus en plus nombreux avec les collègues.
Un jour, alors qu’il y avait une section isolée pour cause de covid, il fallait bien évidemment porter l’uniforme de sécurité, incluant gants, masque et visière.  Lors d’une conversation sur Messenger avec notre collègue Francine, cette dernière avait écrit à Ariane qu’elle détestait porter le masque et qu’il n’était pas question qu’elle le mette.  Elle ajouta même que, devant les patrons, elle le mettra.  Mais dès qu’elle sera dans la section isolée, là où les patrons ne vont pas, elle le retirera.

Ariane considérait que l’attitude de Francine représentait un danger de contamination pour les résidents sains.  À juste titre, je dois dire.  Elle a donc envoyé des captures d’écran de cette conversation aux patrons.  Et ceux-ci ont tôt fait de renvoyer Francine. 

Mais bientôt, pour diverses raisons, elle déposait des plaintes au sujet d’un autre collègue.  Et d’un autre.  Et d’un autre.  Rendu à sa sixième plainte en deux mois, c’en était rendu un peu n’importe quoi: Une collègue avait demandé congé pour deuil. Il se trouve que la collègue était sa voisine d’en face, leurs deux portes étant opposées. Ariane ayant entendu la collègue rire et recevoir des amis, elle l’a dénoncé au directeur, comme quoi elle n’avait vraiment pas l’attitude d’une personne en deuil. Donc qu’elle avait demandé congé pour des raisons bidon.

À partir de ce point, le directeur lui a carrément dit que là, puisque ça sortait du cadre du lieu de travail, c’était une atteinte à la vie privée. Et qu’à partir de maintenant, il ne voulait plus l’entendre se plaindre de qui que ce soit.  Il est vrai que si on l’écoutait, il faudrait mettre tout le monde dehors, alors que nous sommes déjà en manque de personnel

De plus, elle me parlait souvent des conflits qu’elle avait eu avec les différents propriétaires des logis successifs qu’elle a occupé.  Dont le proprio actuel et les deux précédents, et ce simultanément.  Elle leur adressait des plaintes, des menaces d’appels à la police, ils ont eu droit à des mises en demeure et à des poursuites à la Régie du Logement, et aux tribunaux légaux, au civil et au criminel.

Tout Red Flag que c’était, je me disais que, bof, personnellement, je ne risquais rien.  Je n’avais aucun comportement répréhensible, ni dans mon travail, ni envers elle.  Elle n’avait donc aucune raison de me causer des problèmes avec mon travail et/ou avec la loi. 

Puisqu’elle habitait sur mon chemin, que nos horaires correspondaient et qu’elle n’avait pas de véhicule, elle a commencé à me demander de passer la prendre.  Ce que j’ai accepté.  Et c’est comme ça qu’on a commencé peu à peu à se voir en dehors des heures de boulot.

Au travail, notre complicité était évidente.  Ce qui fait que la moitié de nos collègues croyaient que nous formions un couple.  Et l’autre moitié, qui savaient que ce n’était pas le cas, trouvaient néanmoins que l’on irait bien ensemble. Je n’étais pas de cet avis.  Premièrement, tel que je l’explique dans ce billet, pour douze raisons, je suis radicalement opposé aux relations amoureuses et/ou sexuelles avec une collègue de travail.  Surtout qu’à partir du moment où tu es en couple, l’autre se croit en droit de t’imposer des exigences de toutes sortes.  Je connais assez Ariane pour savoir qu’elle est facile à contrarier.  Être avec elle deviendrait pénible assez vite.

3e RED FLAG : Son alcoolisme.  
Un jour, elle me demande s’il y a de bons restos et bars dans le coin.  Il y en a près de chez moi.  Puisqu’elle n’a pas de transport et moi oui, c’est ainsi qu’on a commencé à faire des sorties ensemble.  Elle ne buvait jamais de bière, mais se rattrapait amplement dans les cocktails.  Elle en buvait d’ailleurs beaucoup lors de ces sorties.

Au fil des semaines, je constate que lors de nos pauses de diner au travail, elle boit du vin rouge, du rosé, du mousseux.  Un matin alors que je vais la chercher avant le travail, je la réveille.  Elle se lève, va à la cuisine, ouvre le frigo, prend une bouteille de vodka, en boit deux ou trois gorgées.  Puis, elle remet la bouteille au frigo et se prépare un café. 

Tout Red Flag que c’était, je me disais que, bof, qu’est-ce que ça donnerait que je lui en parle?  Elle a 48 ans.  Elle doit bien le savoir, qu’elle est alcoolique.  Tout commentaire de ma part à ce sujet serait considéré comme étant jugemental. 

Un soir, au travail, alors que nous mangions à une table à l’extérieur, elle a bu la moitié d’un carton d’un litre de vin pendant son repas, et elle a vidé le reste dans sa gourde pour pouvoir continuer de boire pendant le reste de son quart de travail.  Le lendemain, elle était congédiée.

4e RED FLAG : Son côté revanchard, impulsif et irréfléchi.  
Dès qu’elle a appris qu’elle était renvoyée pour consommation d’alcool sur les lieux de travail, j’ai été le premier qu’elle a soupçonné de l’avoir dénoncé.  Par écrit et par message vocaux, j’ai eu droit à ses menaces, comme quoi elle avait contacté plusieurs de nos anciens collègues de travail, afin de déposer des plaintes contre moi à la direction, également pour consommation d’alcool au travail.   Qu’importe que ce soit faux, l’important était que je ne me tire pas impunément de cette trahison. 

Tout Red Flag que c’était, je me disais que, bof, il est vrai que de son point de vue, j’étais effectivement la seule personne qui savait qu’elle buvait au travail.  Il était donc normal que je sois le premier suspect de cette délation.  Et qu’avec sa promptitude explosive à réagir face aux comportements négatifs des autres, il fallait que je m’attende à ses plans de vengeance. 

Le lendemain, elle m’appelle en larmes et implore mon pardon. Elle a appris qu’en fait, c’était un collègue dans une auto, dans le parking, qui l’avait vu faire, et qui l’a dénoncé à la direction.  On a donc pu faire la paix. Puisqu’en perdant son emploi elle perdait automatiquement son logis, elle a eu à retourner à Laval. Je l’ai amené prendre le bus à Rimouski, à trois de route heures d’ici, ce qui a grandement diminué son temps de voyagement.  Elle n’a pas pu emporter son encombrant équipement de gym.  Je l’ai laissé dans mon auto, en lui promettant que je le lui apporterais lors de ma prochaine semaine de congé dans trois semaines.

On a continué de se texter à tous les jours.  Et c’est là, à l’avant-veille de mon départ, que j’ai eu mon…

5e RED FLAG : Son passé criminel. 
Déjà qu’il est difficile de se retrouver un emploi si on s’est fait renvoyer pour consommation d’alcool au travail, voilà qu’elle se plaint que les enquêtes des employeurs où elle a soumis sa candidature ont révélés la présence de plumitifs à son nom. Les plumitifs, ce sont les registres publics informatisés qui contiennent l’historique des dossiers judiciaires des gens et des entreprises au Québec.  Elle en aurait trois en tout. Un datant de 1995, dont elle ne se souvient plus la raison. Un de 2005, pour violence conjugale. Et le dernier, pour harcèlement, pas plus tard qu’il y a trois ans, en 2021.

Elle m’explique l’accusation de 2005. Alors qu’elle était enceinte, le (futur) père de sa fille aurait appelé la police afin de la faire sortir du logis commun, après qu’elle l’aurait menacé de l’agresser avec un pic à glace pendant son sommeil.  C’est ainsi qu’elle a passé quelques temps à Tanguay, la prison pour femmes.

Bien sûr, elle nie tout.  Elle affirme que, suite à une violente dispute, il voulait la jeter dehors.  Puisqu’elle refusait de partir, il aurait appelé la police et l’a fait sortir en portant de fausses allégations contre elle.

Je dois avouer que je ne suis pas prêt à 100% à croire qu’il mentait.  Lorsque je repense aux menaces qu’elle m’a écrit alors qu’elle croyait à tort que j’avais dénoncé son alcoolisme au travail, je l’imagine aisément être capable de dire n’importe quoi dans le cadre d’une violente dispute de couple.

Tout Red Flag que c’était, je me disais que, bof, je ne suis pas en couple avec elle et je ne le serai jamais. Elle n’a donc aucune raison d’avoir la moindre exigence à mon égard. Cela me met à l’abri de ses menaces de voies de fait.

Et c’est là qu’elle me sert le…

6e RED FLAG : Ses propres allégations mensongères.
Elle me dit que dans le fond, avoir été la cible de plaintes mensongères à la police, c’était un simple retour de karma. Car c’est quelque chose qu’elle faisait déjà elle-même lorsqu’elle avait 18 ans, alors qu’elle était en appartement avec son conjoint de l’époque.  Un soir où elle s’était disputée avec lui, elle l’a fait arrêter en mentant aux policiers, en l’accusant de violence conjugale.  Le pauvre gars a passé la nuit au poste de police.  Mais elle me conclut son anecdote en me disant que le lendemain, elle retirait sa plainte, donc que tout était OK.

Le problème, c’est que non, je sais très bien qu’avec ce genre d’accusations, tout n’est pas OK.  Lorsque la femme retire sa plainte, la loi applique une mesure préventive, au cas où elle ne la retirerait que par peur des représailles de la part de l’homme.  L’homme se voit donc être mis sous probation pendant deux ans.  Deux ans pendant lesquels il lui est interdit d’avoir le moindre démêlé avec la Justice, sinon c’est la prison directe.  Ce qui signifie qu’elle l’a mis en position pour pouvoir abuser de lui à loisir pendant deux ans, à obéir à ses moindres caprices, sinon elle avait le pouvoir de ruiner sa vie, en faisant de lui un criminel.  Et après la fin de la probation, c’est trois ans d’attente avant d’avoir le droit de demander un pardon judiciaire qui effacerait son dossier.  Et c’est un procédé qui prend aisément un an, sinon deux. Ce qui signifie de six à sept ans à avoir un dossier judiciaire.  J’espère qu’il avait déjà un emploi.  Parce qu’il est difficile de touver un employeur qui ne fera pas d’enquête avant l’embauche.  Comme le constate actuellement Ariane avec son plumitif, puisqu’elle ne s’est jamais donné la peine de faire effacer son propre dossier.

À ce Red Flag-là, par contre, je n’ai pas dit bof ! Ses méthodes d’attaques en situation de conflit me rappellent inconfortablement ce que je subissais moi-même de la part de la mère de mes enfants. J’ai toujours trouvé étrange que les femmes victimes de violence conjugale ou d’agressions sexuelles affirment ça ne sert à rien de porter plainte car la loi ne fait rien contre les hommes. Par contre, chaque fois qu’une femme dépose une plainte mensongère à la police contre un homme, ce dernier se retrouve avec des problèmes judiciaires et sociaux pendant de nombreuses années. Il y a quelque chose qui m’échappe dans tout ça.

Mais bon, là encore, puisque je ne serai jamais son conjoint, son amoureux, son amant, ni même son colocataire, et que jamais je n’ai mal agi envers elle, je suis à l’abri de son attitude revancharde. Je suppose que je peux me permettre de fermer les yeux encore une fois sur son comportement.

Pour ma semaine de congé qui approche, Ariane m’invite chez elle, m’offrant l’hébergement pour toute sa durée. Je vais accepter pour le premier soir, puisqu’il est prévu que je passe une partie de mon séjour chez Flavie. (Une ex avec qui j’ai toujours été en bons termes, et avec qui on se partage parfois la garde de nos deux chats.) L’une des raisons pour laquelle je reviens dans la région, c’est que nous voilà au temps de la révision annuelle de mon véhicule, ainsi que la pose des pneus d’hiver. Mes pneus sont dans mon entrepôt à Beloeil, ville située peu avant Montréal. Mais je ne peux pas les embarquer puisque mon auto est encombrée avec les machines de gym d’Ariane. Je dois d’abord aller déposer ces dernières chez elle samedi. J’irai récupérer mes pneus à Beloeil dimanche. Et j’irai à mon rendez-vous au concessionnaire lundi.

Alors que je parcours les 800 km qui nous séparent, je ne me doute nullement que dans 24h, tout va s’écrouler entre nous.

À CONCLURE. Suite et fin juste ici.

L’approche négative et la manipulation (2 de 2)

Tout d’abord, rappel important. Le but premier de ce billet n’est pas de vénérer la manipulation. C’est d’en dénoncer les techniques.

Le lendemain, je reçois une réponse. Et celle-ci est tout ce que j’espérais. Tout d’abord, elle admet ses torts et me présente ses excuses.

Ensuite, comme je m’en doutais, lui dire que FB Rencontre ne me propose que des gens peu éduqués dans le coin, ça résonne avec sa propre expérience.

Je comprends que la précision qu’elle me fait entre parenthèse est née de sa peur de passer pour étant prétentieuse. Je ne crois pas qu’elle l’est. Elle ne fait que dire les choses telles qu’elles le sont. Mais le fait qu’elle me fasse cette précision, ça démontre qu’elle veut éviter de mal paraître à mes yeux. Ce qui augure bien pour notre potentielle relation future.

Ho! Ho! Je vois dans cette dernière phrase la manifestation de son orgueil. Puisque je lui ai dit que j’en étais arrivé à la conclusion que nous sommes incompatibles, il faut qu’elle sauve la face en me disant un truc semblable. Mais attention, elle ne nous ferme pas la porte. Elle n’a pas confirmé que nous sommes incompatibles. Elle dit juste que l’on ne communique pas si bien ensemble. Ça laisse la porte ouverte à quelque chose, si on arrive à mieux communiquer.

Pardon?

J’éclate de rire. Incroyable ! Elle m’a fait la leçon, défendant la valeur de cette oeuvre littéraire… alors qu’elle ne l’a même pas lue. Je ne peux qu’apprécier son humilité et son honnêteté, de me l’avoir avoué.

Alors voilà, ça y est. Le dialogue est établi entre nous. Et c’est un beau dialogue. Amusant. Honnête. Positif. Qui nous permet de voir nos points en commun. Bref, mon but recherché depuis la toute première fois où je suis tombé sur sa fiche au printemps dernier. C’est quand même dommage de constater que pour avoir enfin obtenu ce résultat, il m’a fallu opter pour l’approche négative, puisque mes deux premières tentatives de rapprochement, qui étaient positives n’avaient rien donné. Mais maintenant que j’ai obtenu le résultat escompté, je n’ai plus besoin d’user de négativité ni de negging.

En un paragraphe, j’arrive simultanément a me vanter et à la complimenter.

Vingt-quatre heures passent. Aucune réponse de sa part. Voilà qui me déçoit quelque peu. Je ne dois pas oublier que nous sommes sur une app de rencontre. Et puisque Lyne est une belle femme, j’ai certainement pas mal de compétition. Aussi, je décide de passser à l’étape suivante : la proposition de rencontre.

Pour ce faire, je commence par appliquer un petit gaslighting de rien du tout : je fais de la projection en inversant nos rôles. Afin de cacher le fait que je l’ai mise dans une position où elle a eu à se défendre, je vais prétendre que c’est le contraire qui est arrivé. Et de la manière dont j’en parle, ça se tient.

J’enchaine avec le parfait argument pour l’influenser à accepter l’invitation qui suivra.

Enfin, il est toujours de bon ton de montrer à une femme que l’on écoute ce qu’elle dit. Chose que je fais en concluant avec :

La seule raison pour laquelle j’ai utilisé l’approche négative, le negging, le gaslighting, c’était uniquement dans le but de la rencontrer. Tout ce que je veux depuis le début, c’est une chance de voir si nous pouvons être compatibles. Et pour ça, ça prend au moins une rencontre en personne. Maintenant que ce but est pratiquement atteint, je n’aurai plus jamais besoin d’utiliser ces méthodes. Elles ont beau fonctionner mieux que l’approche positive et sincère, il reste que je n’ai pas vraiment apprécié de devoir m’y abaisser.

Sa réponse m’arrive quelques heures plus tard.

Oui, bon, elle a une vie en dehors des réseaux sociaux. Je m’y attendais. C’est nornal, et même très sain.

Oh?

Bon ! Eh bien… Il n’y a qu’une chose que je puisse répondre à ça.

Bon ben voilà. C’est terminé. Il n’y aura jamais rien entre elle et moi. Les deux premières fois que j’ai tenté de la contacter, je pouvais encore espérer. Mais cette fois, c’est officiel.

Cette expérience m’a donnée une bonne leçon. En fait, elle a surtout confirmé ce qui était pour moi une théorie à laquelle je souscris depuis mon adolescence : en amour, la manipulation, ça ne sert à rien au bout du compte. Sûr, j’ai pu la manipuler à communiquer avec moi. J’ai pu la manipuler à m’attaquer. J’ai pu la manipuler à admettre ses torts. J’ai pu la manipuler à me faire ses excuses. Mais je ne pouvais pas la manipuler à ressentir de l’attrait pour moi. Elle n’en avait pas les deux premières fois. Elle ne pouvait donc pas en avoir à la troisième.

L’approche négative et la manipulation (1 de 2)

Intro 1 : Le but premier de ce billet n’est pas de vénérer la manipulation. C’est d’en dénoncer les techniques.

Intro 2: Il existe une organisation sportive américaine nommée Special Olympics réservée aux enfants et adultes ayant une déficience intellectuelle. En 2017, il y a eu cet échange sur le mur du Facebook d’Arnold Schwarzenegger. Je vous l’ai traduit.

Cette capture d’écran, ou du moins sa version originale Anglaise, se promène sur Internet depuis mars 2017. Et ceci démontre plusieurs choses, La première, c’est que contrairement à ce qu’affirme Arnold, grâce au contenu négatif de son message, personne ne l’oubliera jamais.

Et ceci m’a fait réaliser que c’est justement grâce au contenu négatif de son commentaire que ce type a su attirer sur lui l’attention d’Arnold Schwarzenegger. Il doit bien y avoir des centaines, des milliers de personnes qui lui ont écrit des commentaires positifs. Arnold n’a répondu à aucun d’entre eux. Par contre, il suffit qu’une personne lui écrive un commentaire teinté d’ignorance et de négativité, alors , il ne peut s’empêcher de répondre.

Ce qui signifie que si, quelques temps plus tard, ce même troll était revenu lui dire qu’il a réfléchi, qu’il a suivi sa suggestion, et qu’il avait réalisé ses torts, alors sûrement qu’Arnold lui répondrait quelque chose de positif, ce qui amorcerait le dialogue entre eux.

En conclusion, la négativité d’un troll est potentiellement plus efficace pour se rapprocher d’une vedette internationalle, que le positif de la part d’un fan. Mais bon, ce n’est pas d’hier que je connais ce navrant principe. J’en parle pratiquement depuis la création de ce blog. Un exemple au hasard: mon billet 40 gars typiques de sites de rencontres.

Intro 3 : Comme je crois l’avoir déjà écrit ici dans un billet précédent, depuis deux ans, je vais régulièrement me faire un compte sur Facebook rencontre. En général, au bout de quelques semaines à quelques mois, je perds intérêt et je le ferme. Par conséquent, à chaque fois que j’en ouvre un autre, je revois beaucoup des mêmes candidates que j’avais vu lors de mes tentatives précédentes.

Intro 4 : Tout le long de ma vie, j’ai souvent été exposé aux manigances de gens qui voulaient me contrôler et/ou tirer un quelconque profit à mes dépends. Par conséquent, je connais toutes les techniques de manipulation. C’est juste qu’avant cette semaine-là, il ne m’était jamais venu en tête de les utiliser moi-même dans un contexte de rencontres.

Ainsi, ai-je eu l’envie de me livrer à une petite expérience. Ce qui nous amène au sujet de ce billet : L’approche négative et la manipulation.

À chaque fois que je suis sur Facebook Rencontres, l’app me montre ce profil qui me plaît à tout coup.

Afin de protéger son identité, sa photo a été remplacée par une image créée par intelligence artificielle.

Cette femme me plait pour trois raisons. Les voici par ordre d’importance:

  1. Elle est professeure de littérature. On ne se mentira pas, en région éloignée, pour la majorité de la population, « culture » est un mot qui évoque surtout les champs de maïs et de patates. Aussi, l’idée de rencontrer une femme encore plus cultivée que moi n’est pas pour me déplaire.
  2. Elle a onze ans de moins que moi. J’ai 56 ans. Je ne les fais pas car je me tiens en forme et en santé. Ce n’est malheureusement pas le cas de la majorité des femmes célibataires de ma génération, qui ont passé leur jeunesse à se négliger et se soumettre à des abus de toutes sortes. En fait, même pour ses 45 ans, elle parait très bien.
  3. Elle habite dans la même ville que moi. Ma dernière relation sérieuse habitait à une heure trente de route. Je trouvais ça plutôt long. Et si j’avais sauté sur l’opportunité d’avoir une relation avec Noémie au printemps dernier, c’eut été deux heures quinze. Alors un aller-retour la même journée, c’est toute une perte de temps.

La première fois que j’ai vu son profil,je me suis contenté d’appuyer sur le coeur. Elle n’a pas répondu.

La seconde fois que je suis tombé sur son profil, je suis allé modifier la photo principale sur le mien. J’en ai mis une sur laquelle je tiens fièrement un exemplaire de mon livre, Le sucre rouge de Duplessis. Puis, je suis allé mettre un commentaire sur une de ses photos, ce qui déclanche un LIKE automatiquement. J’ai écrit « Tu es prof de littérature. Je suis auteur. Nous sommes faits pour nous entendre. » Mais là encore, aucune réponse de sa part.

La troisième fois que FB Rencontres m’a montré son profil, j’y étais revenu avec un nouveau compte avec de nouvelles photos. Cette fois, je décide d’y aller avec une stratégie totalement différente : l’approche négative. On verra bien si celle-la aura plus de succès que mes précédentes. Mais attention, je le fais dans la subtilité. J’écris ce commentaire sur sa photo principale.

Je m’arrange de façon à ce que l’intention de ce premier message ne soit pas clair. Ainsi, tout dépendant de son humeur, elle pourrait le prendre à la négative.

Comme de fait :

Et voilà ! Elle l’a pris comme une attaque personnelle. Elle ne pouvait pas laisser passer ça sans répliquer. Et elle le fait en beauté. Exactement comme Arnold avec son troll.

Maintenant que le dialogue est ouvert, il ne me reste plus qu’à jouer habilement de mes cartes. Pour ce faire, pas question pour moi d’être sur la défensive. Un homme qui se montre offensé est un faible et un irritant. Je ne dois pas non plus adopter une attitude condescendante. Ça dépeint comme étant un orgueilleux et un fake. Et je ne dois surtout pas me confondre en excuses et implorer son pardon. Ça ferait de moi un minable. La meilleure attitude à avoir face à son commentaire, c’est la compréhension et l’ouverture d’esprit.

Je n’essaye pas de l’éblouir en parlant comme un dictionnaire, mais le simple fait que j’utilise le terme question réthorique lui démontre que j’ai une certaine éducation. Je ne prétend pas être à son niveau littéraire, mais si j’ai eu à lire ce roman au cégep, ça signifie que j’ai moi-même étudié en Lettres, ce qui sera perçu par son inconscient comme un bon point en commun entre nous. Sinon, mes paroles sont celles d’un homme poli, raisonnable, qui reconnait ses torts. À côté de ça, elle fait piètre figure, avec sa réponse brusque dans laquelle elle démontre n’avoir rien compris de mon approche.

Ma conclusion à ce message, « Merci d’avoir répondu et bonne journée » , indique que je m’attends à ce que la discussion se termine là. Ce qui lui passe en sous-entendu l’idée que je suis prêt à mettre fin à nos communications avec cette image négative que j’ai à son sujet. Si elle a le moindre orgueil, elle ne voudra pas me laisser sur cette impression.

Et effectivement…

Voyez vous ça. Malgré le fait qu’elle reconnait ses torts, elle s’en justifie en étant vraiment bloquée sur l’idée que mon message était une attaque. Voilà qui va me servir au-delà de mes espérances.

Vous connaissez la technique du negging? C’est démontrer à l’autre qu’elle pourrait bien nous plaire, sauf qu’elle n’a pas tout à fait ce qu’il faut pour y arriver. Lorsque c’est fait de façon habile, le negging provoque chez l’autre le réflexe de vouloir nous prouver qu’au contraire, elle a ce qu’il faut. Autrement dit, c’est manipuler l’autre de manière à lui donner l’envie de vouloir nous plaire.

Avec son accusation d’avoir attaqué son travail et sa discipline (qui la passionne), elle me donne la plus pertinente des raisons de la soumettre au negging. Le défi ici est de faire ça sans lui donner l’impression que je lui porte un jugement.

Laisse-moi te traiter de bitch sans clairement te traiter de bitch.

Cette subtilité est atteinte ici juste en choisissant bien mes mots. Si j’avais écrit « Tu as perçu ça comme étant attaquer ton travail », ça aurait été un reproche. Mais en optant pour dire « C’est perçu comme étant attaquer ton travail », j’expose seulement un fait.

Et pour bien m’assurer qu’elle ne le prenne pas comme un reproche, j’ajoute ceci:

Le sentiment qui passe en douce dans ce message est « Tu ne mérites pas d’être en couple car tu es du genre à avoir des soupçons négatifs contre autrui sans raisons valables. » Et ça, c’est quelque chose qu’elle voudra certainement me prouver comme étant faux. Il n’en tient qu’à moi de lui en donner l’opportunité.

Une technique que maîtrisent les plus grands manipulateurs, c’est de reconstruire l’orgueil de la femme tout juste après l’avoir détruit. Ainsi, en ayant compris qu’elle tire fierté de son éducation et de sa culture, c’est sur ces points que je la valorise.

Les hommes ont tous cette réputation d’obsédés sexuels, surtout les célibataires d’apps de rencontres. Alors lorsqu’un homme fait comprendre à une femme que même sexuellement il n’en veut pas, elle a de quoi se taper une sérieuse remise en question. En lui laissant la porte ouverte avec mon offre d’amitié, je lui donne l’opportunité de se racheter. De plus, en tant que femme éduquée, il est évident qu’elle a eu droit à plus que sa part d’ignorants qui l’ont approchée. En lui disant que c’est moi-même ce que j’ai vécu ici, je lui démontre que nous avons ça en commun.

Enfin, je conclus humblement, sans lui mettre de pression, et en lui faisant même des excuses.

Comment réagira-t-elle ? Est-ce qu’elle verra clair dans mon jeu ? Ou bien se laissera-t-elle manipuler aussi docilement que je me l’imagine ?

À CONCLURE

Deux leçons tirées de la procrastination

Printemps 1997. Afin de fêter le 100e anniversaire de la sortie de Dracula par Bram Stoker, le bédéiste Marc Jetté avait comme projet de sortir une publication au sujet des vampires. André Poliquin devait faire la couverture avant. Et Marc m’a offert la couverture arrière. J’ai accepté.

À l’époque, j’étais encore plus procrastinateur qu’aujourd’hui. Aussi, à force de toujours remettre ça au lendemain, j’ai fini par arriver au matin de la date de tombée. Je devais rencontrer Marc et André le soir-même, vers 20h. Je m’installe donc à ma table à dessin au matin à 08:00, en me disant que je n’en aurais que pour trois heures, peut-être quatre, à faire ce dessin.

Pour faire original, je décide d’éviter le cliché de la vampiresse en robe de soirée gothique / médiévale / BDSM d’une famille noble et richissime habitant un château. Ma vampiresse sera une jeune fille moderne, style gang de rues, en jeans et en veste de cuir. D’ailleurs, pour gagner du temps, je vais calquer une version miroir d’un autre de mes dessins intitulé Catherine.

Celui-ci.

Quand à sa victime, comme modèle, je me prends en photo dans la pose requise. Je n’aurai qu’à m’y ajouter le genre de barbe qui était à la mode à ce moment-là pour dissimuler que c’est mon visage. (peine perdue, on me reconnaîtra à tout coup.)

Puisque c’était au début du digital et que je ne possédais pas encore d’appareil photo numérique, et que les téléphones de l’époque n’avaient pour toute fonction que de téléphoner, j’ai eu à me payer un petit aller-retour à la plus proche boite publique de photos.

Pour mon dessin, pas besoin de gribouiller un brouillon. J’ai confiance en mon talent, je suis convaincu que le premier jet sera parfait. Ça devrait donc se faire en un rien de temps.

J’avais surestimé mon talent et sousestimé ma vitesse. Ça m’a pris huit heures pour dessiner les personnages, le muret de briques, et les colorer. Au crayons Prismacolor et aux feutres Steadler. Parce que tout artiste que je prétendais être, je ne me suis jamais soucié de m’acheter de l’équipement de pros.

Je n’avais pas l’habitude de planifier d’avance mes mises en page. Ça se voit clairement ici, alors que ma signature, encrée dès le départ, m’empêche de placer la main droite de la fille là où elle aurait dû naturellement être. J’ai donc eu à « briser » le muret de briques pour l’y poser. Mais ce n’était rien à côté du problème suivant: C’est une vampiresse. Je dois donc faire un décor de nuit. Je réalise que de faire un ciel noir allait poser un problème avec le manteau de cuir qui allait se fondre dans le décor. Et je n’ai vraiment plus le temps de l’habiller autrement, ni de remplir le fond complet de briques pour en faire un mur. Je n’avais pas de scanner, pas d’ordi, et du reste je ne pense pas que Photoshop existait. Dommage, ça m’aurait permis de réduire sa main gauche qui est beaucoup trop grande.

La solution qui me vient en tête pour le décor, c’est de faire un collage sur une image déjà existante, et de bon format. Mais laquelle?

Je fouille fébrilement ma collection de vieilles BD, et je tombe sur cet album d’une série belge obscure des années 80: Serge Morand, détective. La page de garde est une peinture d’une scène de nuit d’extérieur. Exactement ce qu’il me faut. De plus, la série est si peu connue au Québec que le risque que l’on découvre mon repiquage est mince.

Je découpe donc la page et j’y colle mon dessin. Je n’aime pas être obligé d’avoir recours à cette technique. Mais pour cause de manque de temps, je n’ai aucun autre choix. Et puis, c’est juste pour la couverture arrière. Ce n’est pas comme si ça allait passer à la postérité.

Afin d’aider à dissimuler mon vol, je décide de donner à ce décor un cachet local. Avec mon crayon de liquid paper et une règle, j’y ajoute la croix du Mont Royal. Mais le seul endroit où je pouvais la dessiner donne l’impression que la croix surgit de la tête de la victime. Au moins, ça a l’air peint, comme le reste du décor.

Quant au lettrage, c’est du fait main, découpé, collé… et mal centré. Le mot porte trop vers la gauche. Pour éviter de devoir tout décoller et recentrer, je tente de camoufler la chose en y ajoutant trois petits points. Et voilà le résutat.

La colle n’est même pas encore sèche que c’est le temps de partir. J’apporte le tout à Marc et André. Et c’est là qu’ils ont une réaction à laquelle je ne m’attendais pas. Ils aiment tellement le résultat qu’ils décident d’en faire la couverture avant. André, à qui devait revenir cet honneur, ne fait pas que me céder sa place. Il me la donne volontairement.

Cette situation me cause un grand malaise. Mais surtout un grand étonnement. Ne voient-ils pas l’énorme différence de style entre mon dessin et le décor? Sont-ils incapable de voir que mon décor est une image imprimée, contrairement au reste de mon dessin?

Eh bien, apparemment, non, ils ne constatent rien de tout ça. Ma croix du Mont Royal y est peut-être pour quelque chose.

Refuser cet honneur m’aurait obligé de leur en expliquer les raisons. Et je ne voulais pas. J’avais commis un vol d’image, chose déjà réprimandable à mes propres yeux, je ne voulais certainement pas l’avouer à d’autres. J’ai donc accepté leur offre, signant ainsi la couverture avant de ce recueil de BD. Et pour les quelques années qui viendront, je vivrai dans l’angoisse que quelqu’un finisse par se rendre compte de mon vol.

… Ce qui n’est jamais arrivé. Serge Morand n’avait pas grands fans au Québec.

J’ai quand même tiré deux leçons profitables de cette expérience. la première, c’est de ne plus jamais procrastiner, surtout pour quelque chose qui doit être fait pour une date déterminée. Et la seconde, c’est de prendre d’abord le temps de bien planifier. Deux leçons que je continue d’appliquer à divers aspects de ma vie.

Il ne me reste plus qu’à avouer la chose à Marc et André, en espérant qu’ils me pardonnent 27 ans plus tard pour cette supercherie, la seule du genre de toute ma carrière d’artiste.