Ces Red Flags vivants : La mystique qui rejette la réalité (2)

Je sais bien que la morale sociale nous oblige à respecter les croyances d’autrui. Mais ça ne devrait pas nous empêcher d’être réalistes. Vous souvenez-vous de ce livre qui fut un best seller il y a quelques années, Le Secret ? En voici un extrait. 

Ce chapitre affirme que si on reçoit des factures d’électricité, de téléphone, de câble, de loyer et de carte de crédit, ce n’est pas parce qu’on utilise l’électricité, le téléphone, le câble, un loyer et des cartes de crédit. Non ! C’est parce que notre imagination négative fait surgir ces factures de nulle part, sinon elles n’existeraient pas. C’est incroyable d’affirmer des conneries pareilles. Et ça l’est encore plus que ce livre fut, je le rappelle, un best seller.

Je comprends que pour plusieurs personnes, la vie peut être glauque et sans issue, et que leur seul refuge reste la pensée magique. Mais comment peut-on accorder la moindre crédibilité à des affirmations aussi irréalistes que celle au sujet des factures ? Ou leur « Faites-vous une faveur et attendez un chèque » ? Qui d’entre vous n’a jamais attendu en vain quelque chose qu’il espérait très fort voir arriver? Est-ce que cette chose a surgi de l’univers pour arriver parce que vous l’attendiez ? Non, hein !? La réalité ne se plie pas à la volonté de ceux qui se contentent de penser sans agir.

Et ils poussent le bouchon encore plus loin avec « Le désir vous relie aux choses que vous désirez et l’anticipation les attire dans votre vie. » Allez donc dire ça aux femmes et aux enfants victimes de violence et de crimes sexuels. Je suis sûr qu’ils vont être ravis d’entendre qu’ils n’ont fait qu’attirer ce qu’ils désiraient.

On a tous entendu parler de parents qui ont laissé leur enfant mourir d’un appendicite, d’une infection ou du cancer, car ils niaient la réalité de la médecine moderne, en se tournant plutôt vers la prière, les cristaux et des huiles essentielles. Nier la réalité, c’est nier le problème. Et nier le problème, c’est continuer de le subir, parfois jusqu’au point où la catastrophe devient inévitable.

Si ceux qui croient sont des croyants, ceux qui savent sont des savants.
Si je fais quelque chose pour régler un problème, ce n’est pas parce que je me contente de croire que ça va le régler. C’est parce que je le sais. Normal ! Je suis un solutionnaire. S’il y a un problème, je le reconnais comme tel, je l’étudie, j’en trouve la source, je trouve une solution, et je l’applique. Mais comment puis-je résoudre un problème si on me nie son existence ? Ou pire encore, si on tente de me gaslighter comme quoi le véritable problème se situe ailleurs que là où il est vraiment ?

Voilà pourquoi je suis incapable d’endurer ceux qui refusent de regarder la réalité en face, et que je ressens une haine féroce envers ceux qui la remplacent par une vision completement fantaisiste, mensongère, bullshit et irréaliste.

Et malheureusement, Mégane fait partie de ces gens.

Dès le début de notre relation, elle démontra sa tendance à réécrire la réalité. Par exemple, dans les premiers textos qu’elle m’écrivait, elle me comparait à un sorcier qui l’ensorcelait, un prédateur qui l’avait prise comme cible, et qui faisait d’elle la proie de son désir implacable. En réalité, depuis le début, c’est elle qui m’avait choisi et qui s’offrait à moi. Mais bon, je n’en faisais pas de cas. Je suppose que d’inverser nos rôles, ça allégeait quelque peu sa conscience, de trahir ainsi celui qui fut son conjoint des vingt dernières années. Faut dire que ça faisait un bail que ce conjoint ne faisait plus rien pour qu’elle se sente désirée. Je pouvais donc comprendre qu’elle ressentait ce besoin, quitte à le projeter en moi.

Lorsque je me suis installé dans l’appartement qu’elle m’a trouvé, elle est aussitôt arrivée avec son kit de purification. Je l’ai laissé faire sans mot dire. Si c’est ce que ça prend pour qu’elle se sente à l’aise chez moi, alors soit. C’est moi qui récolterai les bénéfices de son sentiment de sécurité et de sa bonne humeur. Elle a fait brûler de la sauge en répandant la fumée dans toutes les pièces pour chasser les esprits maléfiques. Apparemment, il y en avait un dans le détecteur de fumée.

Également, lorsqu’elle m’a donné un bracelet de pierres rouges-brunes-oranges bariolées, en me recommandant de le porter le jour pour chasser le malheur et le mettre à la fenêtre la nuit pour que la lune le recharge d’énergie positive, je n’ai pas crié à la foutaise. Toujours, elle le voyait à mon poignet ou à la fenêtre. Si ça l’empêche de se faire du soucis pour moi, alors why the fuck not, coconut !?

Pendant des années, mon porte-clé était en fait la toute première et massive clé centenaire de la porte principale de la maison familiale que nous avions dans le Vieux Mont-Saint-Hilaire, et dont je représente la 4e génération à y avoir habité. (Mes parents l’ont vendue pour $30 000 en 1990, et elle vaut aujourd’hui $400 000, alors je ne suis pas près de la racheter.) Mégane y a vu un talisman maléfique qui me gardait attaché aux malheurs du passé. Si ça peut apaiser ses craintes, bah, ce n’est pas comme si cette clé était toujours fonctionnelle. Je l’ai enlevé de mon trousseau et elle est allée rejoindre mes autres souvenirs de famille dans une boite à l’entrepôt.

Elle m’a ensuite introduit aux Lettres de Commande à l’Univers. Le principe est simple : Tu écris une lettre destinée à l’Univers dans lequel tu demandes ce que tu veux de la vie. Et l’Univers te l’accordera. J’étais déjà familier avec le principe, c’est juste que dans la version que je connais, il faut adresser la lettre à PÈRE NOËL, PÔLE NORD, H0H 0H0.

Puisque j’ai eu à faire un essai devant elle, j’ai su accorder nos deux écoles de pensées.

  • Au lieu de demander l’argent, j’ai demandé d’avoir la patience de consacrer du temps à faire des recherches, des études, d’apprendre, pour explorer de nouvelles voies. La sagesse de savoir reconnaitre une bonne opportunité au moment où elle passe, et l’intelligence de la saisir au bon moment. Le courage de relever de nouveaux défis. Ce qui me permettra d’avoir un meilleur boulot, donc de meilleurs revenus.
  • Au lieu de demander la santé, j’ai souhaité avoir assez de détermination pour manger bien et m’exercer souvent, ce qui m’apportera la santé.

Après tout, je fais partie de l’univers. Alors si je fais tout ça et que j’obtiens les résultats voulus, techniquement, on pourra dire que l’Univers m’a exaucé.

L’art de savoir choisir ses batailles.
Jusqu’à mes 27 ans, j’avais un Ego fragile qui prennait chaque divergence d’opinion pour une attaque personnelle. Je disais souvent : « Même si tu étais le Premier Ministre, la Reine ou le Pape… Si j’ai raison et t’as tort, ben désolé mais j’ai raison et t’as tort. » C’est à cet àge-là que, suite à un conflit que j’avais initié et qui m’avait fait perdre mon travail, j’ai compris qu’en me donnant une auto-importance démesurée, je cherchais à compenser pour mes complexes causés par mes lacunes de caractère. Si j’avais rencontré Mégane à cette époque, je me serais attaqué à ses croyances sans merci, en lui démontrant avec ma logique inplacable que tout ça n’était que foutaises.

Avec le temps, j’ai travaillé sur moi et j’ai fini par combler mes lacunes. Depuis, je sais faire la part des choses, et je donne le degré d’importance qui sied à chaque chose. Bien que Mégane introduisait peu à peu ses croyances dans mon quotidien, je savais m’en accomoder sans que ça ne dérange ma vie ni mes convictions réalistes. Ces rituels n’ont aucune importance pour moi, mais ils représentent tout pour elle. Alors si ça n’apporte que du positif, pourquoi gâcher tout ça pour une bête question de principes ?

Malheureusement, il semblerait qu’en me montrant assez compréhensif pour être conciliant et faire des compromis, j’ai fait une grave erreur. Je lui ai donné l’impression que je ne mettais pas de limites aux croyances qu’elle pouvait m’imposer. Et ceci allait me revenir sur la gueule avec force.

Tel que mentionné dans le billet précédent, Mégane ne savait pas vraiment tenir un budget. C’était toujours son conjoint qui payait tout. Mais maintenant qu’elle travaillait et gagnait $2 500 aux deux semaines, il ne lui donnait plus un sou. Aussi, à l’automne, lorsque son auto demanda des réparations urgentes qui montèrent à $800, il a fallu qu’elle me l’emprunte. Malgré mon chômage à $1 100 versé le 1er et le 15 du mois, je n’ai eu aucune hésitation à l’accompagner au garage et mettre le tout sur ma Visa. Il m’était évident qu’elle me rembourserait à sa prochaine paie. J’ai déchanté lorsqu’elle m’a appris que maintenant qu’elle est salariée, les dépenses de la famille sont payées 50-50 entre les deux conjoints, ce qui fait qu’elle ne pourra me verser que $100 par mois. L’Idée de devoir attendre huit mois avant d’être remboursé ne me plaisait guère. Mais qu’est-ce que je pouvais y faire ?

Et c’est là où ses croyances ont commencé à me poser problème. Un jour, je l’accompagne alors qu’elle se rend à une boutique New Age de Beloeil. Là, elle y achète des pierres polies représentant force et santé, des cristaux pour la chance et réaligner les auras. Elle y ajoute quelques autres babioles, et termine en incluant ce qui sera son 6e jeu de Tarot. On passe à la caisse. Total : $240, qu’elle paye sans sourciller.

Elle gagne deux fois et demi ce que je reçois du chômage. Et au lieu de me rembourser, elle s’achète des stupides morceaux de roches ? Et un 6e Tarot, qui n’a de différence avec ceux qu’elle possède déjà, que les illustrations ? Incroyable ! Je veux bien croire que ces choses apportent la chance et la fortune. Mais ça ne l’apporte seulement qu’à ceux qui les vendent. Sinon, la seule façon d’influencer le destin de quelqu’un avec une pièce de cristal, c’est en lui balançant sur la gueule avec violence. Mais la seule personne qui en retirera fortune, c’est son dentiste.

Quand on est un adepte de la pensée magique, on est le parfait public cible pour les vendeurs de miracles. Depuis que l’on se fréquente, Mégane a peu à peu pris du poids. Puisque je suis je suis vasectomisé depuis 2019, il ne peut pas s’agir d’une grossesse. Il se trouve que moi aussi, j’aurais quelques kilos à perdre. Je suis habitué aux séances de remises en forme qui durent trois mois, dans lequel on combine la bonne alimentation et les exercices, ce qui garantit à tout coup une perte de 20 lb. Je lui propose un abonnement pour deux au gym. C’est ensemble que l’on ira s’y entrainer. C’est ensemble que l’on fera du vélo. C’est ensemble que l’on ira faire du jogging. Ainsi, chacun d’entre nous soutiendra l’autre moralement. Comme ces couples qui perdent du poids et se remettent en forme ensemble.

Source: https://www.boredpanda.com/couple-weight-loss-success-stories/

Elle refuse. Elle a horreur de la sensation d’être recouverte de sueur. Non, elle va plutôt utiliser une nouvelle procédure qui se nomme Cold Sculpting.

Avez-vous déjà décongelé du jambon? Si oui, vous avez constaté que le gras, après avoir été congelé, devient liquide en dégelant. Ici, c’est le même principe. Il s’agit d’une procédure qui prétend pouvoir congeler la graisse abdominale. Sans affecter la peau, étrangement. Le gras devenant liquide en fondant, celui-ci est rapidement éliminé par l’organisme.

Je fais aussitôt mes recherches sur Google. Et je constate que nulle part ne trouve-t-on de témoignage de gens ayant utilisé ce procédé. Tout ce qu’il y a à ce sujet provient des cliniques qui l’offrent. Puisque cette procédure est nouvelle, elle n’a pas faite ses preuves. Je fais part de mes découvertes à Mégane. Mais celle-ci ne veut rien entendre. Elle CROIT que ça va marcher. Alors ÇA VA marcher.

À chaque mois, elle a subi cette douloureuse intervention. À chaque mois, elle ne constatait aucun résultat. Et à chaque mois, elle se laissait convaincre par les chirurgiens que ce ne sera qu’après plusieurs séances que les résultats seront visibles.

Au final, la seule chose qui a maigri, c’est son compte de banque. De $3 000. Alors qu’elle n’arrive même pas à me rembourser les $800 qu’elle me doit.

Une autre fois, dans son auto, alors qu’elle venait de passer me prendre chez moi, je suis pris d’une crise d’éternuements et d’écoulement nasal. Elle me demande si j’ai le rhume. Je lui répond que non. Mon aspirateur est brisé, alors j’ai passé le balai. Or, je suis allergique à certaines poussières domestiques. Aussi, lui demande d’arrêter à la pharmacie pour que je prenne des pilules anti-allergiques. (De marque Personnelle, fabriquées au Canada, puisque la version américaine en a retiré l’ingrédient actif pour des raisons obscures.) Elle me répond que je ne suis pas allergique du tout. Elle affirme que j’éternue car je me dis que je suis allergique, et c’est ce qui fait réagir mon corps.

Pendant quelques secondes, je ne peux pas croire qu’elle vient de me dire une imbécilité pareille. On croirait lire Le Secret.

Je lui explique donc que j’ai commencé à avoir ces crises d’éternuements au début de la trentaine. Pendant un an, Karine et moi en avions cherché la source. On a changé le savon de la douche, le savon à lessive, la marque et la composition de la litière du chat, les fleurs, etc. Rien n’y fit. Éventuellement, on a constaté que ça n’arrivait qu’après que je fasse le ménage. On pensait qu’il s’agissait des produits nettoyants. Alors là encore, on les a tous essayés, sans résultat. Ce n’est que le jour du déménagement, en déplaçant des meubles qui n’avaient pas bougé depuis six ans, que j’ai recommencé à éternuer. Puisque je n’avais utilisé aucun produit nettoyant ce jour-là, alors la source de mon allergie était claire : La poussière.

ELLE: « Tu cherches tellement à te justifier. Qui est-ce que t’essayes de convaincre, ici? Moi, ou bien toi-même? »

Pardon ?

Je prends la peine de lui expliquer les faits. Et elle juge que mes paroles sont de la bullshit d’un hypocrite !? De la part de la femme qui prétend m’aimer, cette manifestation de mauvaise foi m’insulte profondément. Pour ses croyances, j’ai fait des compromis car je suis compréhensif et conciliant. Mais là, je vois pourquoi ces trois mots commencent par la syllabe CON. Parce qu’au bout du compte, c’est ce que l’on est aux yeux de la personne pour qui on fait ces efforts. Eh bien celle-là, elle ne passe pas. Je le lui fais savoir dans des termes clairs.

MOI: « Les allergies respiratoires sont reconnues par la science et la médecine comme étant des faits réels depuis au moins un siècle. Et toi, tu penses que mes éternuements sont un signe comme quoi j’ai un problème mental ? »
ELLE: « Ben là, « problème mental »... J’irais pas jus… »
MOI: « Et même si t’avais raison, comme quoi les réactions allergiques sont contrôlées par la volonté… Veux-tu bien me dire pourquoi est-ce que j’irais délibérément me causer un problème physique désagréable ? Me penses-tu vraiment imbécile à ce point-là ? »

Devant mon évidente frustration, elle n’insiste pas.

ELLE: « Bon ! Ok ! C’correct ! J’ai rien dit ! »
MOI: « Alors direction la pharmacie, s’il te plaît. »

Bizarrement, l’année suivante, lorsqu’elle a fait entrer un chat dans la maison et que son fils s’y est montré allergique, tiens donc, LÀ, elle y croyait, aux allergies respiratoires. Elle ne l’a pas accusé de se créer lui-même ses allergies, LUI !

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À SUBIR

L’illusion de la neutralité

Il y a au moins une personne parmi vous qui correspond à la description suivante.
C’est une personne aimable, gentille, pleine de bonne volonté, qui fait ce qu’elle a à faire.  Une personne capable de reconnaître la différence entre quand c’est le temps d’être réfléchi et quand c’est le temps d’être impulsif.  Son naturel la porte à être généreuse, donnant du temps pour écouter ou aider autrui.  Mais pas trop, quand même, car il faut bien se protéger de ceux qui pousseraient la chose trop loin.  Elle sait prendre la bonne décision, ou du moins la solution qui lui semblait la plus logique à ce moment-là, selon ce qu’elle savait. Mais puisqu’il est rare que l’on connaisse toutes les facettes d’une situation, et encore moins l’avenir, cette personne regrette parfois sa décision en se disant « Ah, si j’avais su! » Bien sûr, il lui arrive une fois de temps en temps de commettre une vraie erreur de jugement.  Mais bon, qui n’en a jamais fait ?  Cette personne a un entourage composé de gens, somme toute, assez sympathiques. N’empêche que personne n’est parfait. Ainsi, certains sont ennuyeux.  Certains sont maladroits.  Certains sont indélicats, impolis, irrespectueux. Et ils le démontrent en lui servant des paroles offensives, blessantes, en déguisant parfois la chose en tentative de faire de l’humour.  D’autres sont carrément des exploiteurs qui cherchent à obtenir de cette personne le maximum qu’ils puissent en tirer.  Même parmi celles qui aiment le plus cette personne, il y en a qui démontrent par leur comportement qu’ils sont parfois insensibles et qu’ils ne l’apprécient pas à sa juste valeur.  Et le pire, c’est qu’on dirait qu’ils ne s’en rendent pas compte. Sauf dans le cas de certains dont les faits et gestes prouvent hors de tout doute qu’ils ont une personnalité négative, une nature perverse, voire carrément méchante.  Et c’est hélas avec ce genre d’entourage que cette personne doit tant bien que mal composer.

Avouez-le, vous vous êtes reconnus dans le paragraphe précédent. Normal !  C’est que nous vivons tous, comme le dit le titre de ce billet, dans notre illusion de la neutralité.  Être réfléchi et majoritairement irréprochable, tout en subissant les autres, leurs paroles, leurs gestes et les conséquences de leurs stupidité, c’est comme ça que nous nous percevons tous, sans exception. 

Et moi le premier.  La preuve : la majorité des 563 articles de ce blog tombent dans la catégorie « Voyez tout ce que l’on a à subir injustement de la part des autres. »  L’exemple le plus flagrant est ce vieux billet de 2012, 30 comportements qu’il faudrait cesser d’avoir sur Facebook. On y reconnait plein de gens… SAUF soi-même.  (Ou alors si peu).  Pas étonnant que ce billet fut le plus populaire de ce blog, m’ayant rapporté plus d’un demi-million de visites cette année-là.

Et pourtant, je suis probablement moi-même coupable de plusieurs comportements qui dérangent autrui, aussi bien sur le net que dans la vraie vie.  Mais voilà, comme le démontre mon utilisation du mot « probablement », mes défauts personnels, je ne les vois pas.  Je ne vois que ceux des autres.  Sans le savoir, je pourrais être l’exemple parfait décrit dans le proverbe On voit la paille dans l’oeil de son voisin, mais pas la poutre dans le sien. Je ne sais plus qui a dit la phrase suivante mais elle décrit bien la situation: Nos défauts sont comme nos odeurs corporelles : On ne les sent pas soi-même, elles ne dérangent que les autres.

« Je ne fais rien subir aux autres, je ne fais que subir les autres. » Ou: Le principe de la Mary Sue.
Dans les créations de beaucoup d’auteurs, aussi bien amateurs que professionnels, on retrouve ce que l’on appelle une Mary Sue Il s’agit d’un personnage qui, volontairement ou inconsciemment, est la représentation de son auteur. Bien qu’il existe plusieurs genres de Mary Sue (ou  Marty Stu / Gary Stu  s’il s’agit d’un homme), la majorité possèdent les mêmes particularités. En voici une courte liste:

  • Peu ou pas de personnalité qui se démarque.
  • Irréprochable dans son comportement.
  • Aucun défaut physique particulier. 
  • Tout tourne autour de ce personnage.
  • Les bonnes choses, tout comme les mauvaises, lui arrivent par elles-mêmes, sans que ce personnage ne les aient provoquées.

Dans les années 90, le personnage titre de l’émission Seinfeld était le parfait Marty Stu.  La preuve: Demandez à ceux qui s’en souviennent encore (ou bien qui en regardent les reprises) de vous décrire les différents protagonistes de la série, et ils vous diront ceci: George est un loser complexé incapable de trouver une femme ou bien de la garder. Kramer est un excentrique sans-gène irréfléchi.  Elaine est une égocentrique.  Newman est un méchant et un lâche. Les parents de Jerry sont des moralisateurs à tort.  Les parents de George sont contrôlants et envahissants. Oncle Léo est un arnaqueur et un profiteur. 

Et Seinfeld lui-même? Eh bien…   

  • Peu ou pas de personnalité qui se démarque.
  • Irréprochable dans son comportement.
  • Aucun défaut physique particulier.
  • Tout tourne autour de ce personnage.
  • Les bonnes choses, tout comme les mauvaises, lui arrivent par elles-mêmes, sans que ce personnage ne les aient provoquées.

À quoi s’attendre d’autre d’une comédie nommée Seinfeld écrite par le comédien Jerry Seinfeld dans lequel le comédien Jerry Seinfeld tient le rôle du comédien Jerry Seinfeld?

En littérature, un exemple flagrant de la Mary Sue classique est le personnage de Bella dans Twilight.  En ne faisant aucun autre effort que d’exister, elle provoque chez un vampire centenaire, jusque-là aromantique et asexué, l’envie de connaître l’amour sous toutes ses formes.  Juste en étant passive, elle amène deux peuples surnaturels à lui graviter autour, faisant d’elle tour à tour source de désirs et de conflits.  En ne faisant rien du tout, à part être aussi bella que son prénom, elle est l’influence qui marquera à jamais l’histoire de ces deux grandes puissances occultes.

Seinfeld ou Twilight, pourquoi croyez-vous que ces séries sont si populaires? C’est justement à cause de la nature Mary-Sue-esque des personnages principaux: Parce qu’il est très facile pour le spectateur de se reconnaitre dans un personnage principal neutre.  Parce que dans nos têtes, nous sommes exactement comme eux: Nous ne faisons rien de mal. Nous sommes irréprochables.  Le monde tourne autour de nous. Nous ne faisons que subir les faits, gestes et paroles des autres. Exactement la perception que Jerry Seinfeld a de lui-même, chose qu’il projette dans son avatar télévisuel.  Exactement la perception que Stephenie Meyer a d’elle-même, chose qu’elle projette dans son avatar littéraire. 

Et c’est exactement la perception que chacun de nous avons de nous-même. Parce que nous vivons tous dans notre illusion de neutralité.

Sans filtre et sans emploi

Vous savez, ces gens qui se vantent de ne pas avoir de filtres ? Ceux qui ne manquent jamais une occasion d’envoyer des paroles agressives et insultantes, et qui justifient leur impolitesse sous l’excuse de « ne dire rien d’autre que la vérité » afin d’exercer leur « droit à la liberté d’expression » ? C’est une personne de ce genre là dont il sera questions aujourd’hui.

Hier, 7 heure du mat’, nous avions une nouvelle à entrainer au travail. Eva, trentaine avancée, grande mince rouquine. Eva est sur mon équipe. Linda, ma partenaire de travail, me demande si je veux lui montrer le travail, ou si je préfère la lui laisser. Je décline, avouant que je suis un bien piètre professeur. Pas de problème, Linda se fera un plaisir de s’en charger.

Vers 10 heures, alors que je termine de m’occuper d’une résidente alitée, Eva entre dans la chambre et me demande.

« Tu travaille pour une agence? »
« Oui! »
« Laquelle? »
« Placement Québec Santé »
« Ah! C’est celle qui paye le moins. C’est quoi ton salaire? »

« Euh… !? »

Déjà que c’est un tabou social de discuter de nos revenus, c’est encore plus effronté de demander ça à la 3e phrase de la toute première conversation que l’on a avec un inconnu.

« Désolé, on ne discute jamais de nos salaire entre collègues. »
« En tout cas, mon agence paie bien mieux. Je sais que je fais beaucoup plus d’argent que toi. »

Ayant fini de ramasser mes affaires, je sors de la chambre en lui disant que c’est tant mieux pour elle. Alors que je dévale le corridor d’un pas ferme, mon air irrité n’échappe pas à mon collègue Lucien.

« Hey, Stef ? Ça va pas ? »
« Ah ! C’est l’autre, là, la nouvelle. Imagine-toi donc qu’elle vient de me demander de lui dire mon salaire. »
« Hein ? Toé aussi ? »

Lucien m’entraine dans la cuisine où Linda discute avec deux préposées et une aide de service. Il leur dit:

« Hey ! Devinez quoi? Stef vient de se faire demander c’est quoi son salaire, par Eva. »

Les filles réagissent aussitôt, choquées et scandalisées.

« Hein ? »
« Pas sérieux ? »
« Non mais c’est quoi son problème, à c’te Guerda-là ? »

Linda me dit que lorsqu’elle a présenté Eva à Cybèle, l’aide de service, Eva a tout de go répondu :

« Les aides de service, ça ne sert à rien. Ça fait toujours semblant de travailler. »

Pendant l’entrainement, Eva a dit à Linda qu’elle voit bien que cette dernière n’est pas faite pour être préposée aux bénéficiaires. Elle devrait plutôt faire du Tik Tok ou du OnlyFans. Lucien a droit aux mêmes questions que moi. Et Monica s’est fait rabaisser de choisir délibérément, et je cite, « D’habiter un coin aussi minable que la Gaspésie. Ce n’est pas comme si c’était seulement une obligation pour l’emploi. »

Et là, je me suis rendu compte de ce que nous étions en train de faire. On se plaignait. Et comme je l’ai dit dans un billet récent: Ne te plaint jamais, mais n’hésite jamais à porter plainte.

Je me suis donc dirigé vers le bureau de la patronne. Mais elle n’y était pas. j’y suis retourné plus tard, en vain. La quatrième fois, j’ai opté pour lui écrire une note. Je lui raconté l’essentiel de ce que vous venez de lire ici. Et je conclus sur le fait qu’Eva met une mauvaise ambiance au travail, et que nous ne l’apprécions pas.

À 15h, alors que je m’apprête à partir, la patronne vient me rejoindre.

« Oui, Stéphane, j’ai lu ta note. »
« Bien! Vous pouvez vérifier auprès de Lucien, Cybè… »
« Pas besoin, je te crois sur parole. Je voulais juste te dire que tu as bien fait de m’en parler. parce que moi, une attitude comme la sienne, je n’accepte pas ça. Je vais appeler son agence et vous ne la reverrez plus jamais ici. »

Elle se vantait d’être sans filtres. Eh bien maintenant elle pourra aussi se vanter d’être sans emploi.

Elle nous traitait comme si nous étions des trous du cul. Elle avait juste oublié que la fonction première d’un trou du cul, c’est de se débarrasser de la merde.

Le moment qui décide du reste de notre vie

Je me suis déjà amusé un jour à retracer le point tournant de ma vie, celui sans lequel mon existence aurait été radicalement différente.  

Ce point tournant, je l’ai vécu il y a 35 ans, à l’été de 1988.  J’avais 19 ans, à la veille d’en avoir 20, et j’habitais encore chez mes parents.  Au début du mois de juin, ils se sont payé un emplacement sur un terrain de camping situé à St-Mathias, pas trop loin de St-Hilaire où nous habitions.

L’emplacement du terrain était parfait pour le timide introverti que j’étais à l’époque.  Car tout introverti que j’étais, je mourrais d’envie de socialiser.  Je ne savais juste pas comment briser la glace. Heureusement pour moi, dès que l’on a pris possession du terrain, mon père s’est vite lié d’amitié avec les voisins.  Ceux-ci avaient tous des enfants de 14 à 20 ans.  En se tenant ensemble, ils allaient forcément me parler, et ainsi je pourrai lier d’amitié avec des jeunes de ma génération.  Nous étions situés à côté de l’entrée du terrain de jeu, donc autre proximité de jeunes de mon groupe d’âge. Mieux encore : Le soleil se levant derrière le terrain de jeu, une aire dégagée, nous avions du soleil du matin au soir. 

… Et c’est justement là que se situait le problème.

Ma mère a une peau très pâle qui brûle facilement au soleil, et elle n’est pas du genre à vouloir se crémer des pieds à la tête pour sortir. D’ailleurs, en 1988, ce n’était pas encore dans les mœurs sociales de le faire. Il lui fallait donc de l’ombre, ce que notre terrain n’avait pas. Sous l’insistance de ma mère, mon père est allé demander à l’administration de changer leur emplacement actuel pour un terrain plus ombragé. Nous avons reçu le seul terrain encore disponible à cette date-là : Le tout dernier au fond du plus récent chemin à peine défriché. Peu importe l’heure du jour, ce terrain était à l’ombre. Le seul soleil qui passait entre les arbres n’éclairait qu’une partie du chemin. Et à cause de son côté encore sauvage, les rares emplacements prêts n’étaient occupés que par des vieux à la retraite qui recherchaient tranquillité et isolation. 

Vous devinez que de passer du plus cool emplacement du terrain au plus ennuyant m’a causé une grande déception.  Ce terrain de camping qui devait m’aider à socialiser est devenu un endroit de plus où je me retrouvais encore une fois isolé des autres, avec mes parents pour toute compagnie.

Mes parents sont devenus amis avec Jean-Jacques et Monique, leurs voisins d’en face. C’était un couple dans la fin-cinquantaine qui consommaient cigarettes et bière en chaine du matin au soir, ne portant rien d’autre comme vêtements que gougounes et maillots trop petits pour contenir leurs chairs flasques.

Leurs sujets de conversation étaient très variés.  Ça allait de parler de cul, à faire des blagues de cul. Quand, comme moi à l’époque, on est un jeune snob intello à prétentions culturelles et artistiques, on ne peut pas imaginer endroit où on est le moins à sa place que celui-là. J’ai donc cessé d’accompagner mes parents au terrain de camping.  Tant qu’à être isolé, aussi bien l’être dans la maison familiale, là où je n’aurai pas à souffrir de la présence envahissante parentale. 

Puis, est arrivée une remarquable série de coïncidences qui allaient tracer ma vie jusqu’à aujourd’hui.

Par un très beau jour chaud et ensoleillé de mi-juillet, je décide exceptionnellement d’aller au camping, histoire de profiter de la piscine. Jean-Jacques a reçu ce jour-là la visite de sa sœur Alice. Alice était accompagnée de son conjoint Roger. Roger a eu deux enfants d’un mariage précédent. Les enfants habitent chez leur mère mais il se trouve qu’ils étaient justement en visite chez Alice et Roger cette fin de semaine-là. Ils sont donc venus avec eux au camping. 

À peine débarque-t-on de l’auto que Monique m’accroche et me présente aux enfants.  André a 14 ans, et sa grande sœur Édith en a 16.  Elle me charge de leur faire visiter le terrain, et de les amener à la piscine.  Je m’exécute avec joie.

Il y a tout de suite attirance réciproque entre Édith et moi.  Mais ça ne va pas loin puisqu’elle est déjà en couple, qu’elle est fidèle. Nous gardons quand même le contact via téléphone et Postes Canada. Pas plus que quelques semaines hélas, comme ça arrivait trop souvent dans la période pré-internet.

Un an s’écoule. Elle me rappelle à la fin de l’été 1989. Elle est célibataire. On commence à sortir ensemble. Elle me trouve un travail au Dunkin Donuts où elle est employée à Montréal, dans le quartier Ville-Émard. Je déménage à Montréal et habite avec elle chez sa mère. Nous formerons un couple pendant deux ans et demi. Notre relation s’effrite lorsqu’elle part étudier à l’Université Laval à Québec.

Au Dunkin, je rencontre Kim avec qui j’ai 4 enfants, chose qui m’a forcé à vivre sous le seuil de la pauvreté jusqu’à mes 48 ans, en 2017.  Et c’est suite à ça, comme je l’ai maintes fois raconté sur ce blog, que j’ai enfin pu commencer à grimper les échelons sociaux et financiers, jusqu’à ce que je devienne le préposé aux bénéficiaires que je suis en ce moment.

Si ma mère avait apprécié le soleil, on n’aurait pas changé d’emplacement.  Mes parents n’auraient pas connu Jean-Jacques et Monique.  Je n’aurais pas rencontré Édith.  Je ne serais pas déménagé à Montréal.  Je n’aurais pas travaillé dans un Dunkin Donuts à Ville-Émard.  Je n’y aurais pas rencontré Kim.  Je n’aurais pas eu quatre enfants avec elle, qui ne m’auraient pas fait quatre petits-enfants.  Et ma vie professionnelle aurait été complètement différente.

Est-ce que ma vie aurait-elle été mieux ? Aurait-elle été pire ? Je ne le sais pas. Tout ce que je peux dire, c’est que rien n’aurait été pareil.

Et tout ça à cause du détail anodin que ma mère n’aimait pas le soleil.

Le sucre rouge de Duplessis

Ça y est, il existe, et il est disponible chez Archambault, Renaud-Bray, Buropro Citation ainsi que plusieurs librairies qui ne font pas partie de chaînes. Et puisque le sujet est sérieux, je le signe sous mon vrai nom.

Le sujet: Assurer l’indépendance sucrière du Québec et la prospérité des agriculteurs, ou bien avoir l’appui financier des magnats du sucre ontarien qui ne veulent pas perdre leur monopole chez nous. Maurice Duplessis doit faire un choix. L’histoire de la raffinerie de sucre de Saint-Hilaire a été au centre d’un énorme scandale qui a secoué tout le Québec durant la première moitié des années 50, avant de tomber dans l’oubli.

C’était sans compter Louis Pasquier, ingénieur agronome que l’on a fait venir de France dans le but de sauver notre industrie sucrière, en devenant gérant de la raffinerie de 1946 à 1951. La raffinerie étant une création des rouges Libéraux, son succès déplut au bleu Duplessis qui renvoya Pasquier. Avant de partir, l’ingénieur Français s’empara de la totalité des notes et dossiers en rapport à son travail. Aujourd’hui, ces documents qu’il a sauvé nous permettent de reconstituer une hstoire que l’Union Nationale a réussi à faire oublier pendant plus de 70 ans.

Voilà 60 ans que l’on remâche les mêmes scandales au sujet de Duplessis. Avec ce livre, on ne fait pas qu’ajouter des nouveaux détails à la biographie de ce premier ministre. On écrit une page inédite de l’Histoire du Québec.

Quelques mauvaises traductions qui font maintenant partie de notre culture

Pas besoin d’introduction, le titre dit tout. Commençons donc avec:

La choucroute
Le nom original de la choucroute est saurkraut. Il s’agit d’un mot composé  Saur signifie amer, et kraut le chou.  En allemand, on place le qualificatif avant le sujet. Saurkraut = amerchou = chou amer.  Une description fidèle de ce plat.

En français, par contre, c’est le sujet qui passe avant le qualificatif.  On a donc mis le chou en premier, à la place du saur.  Quant à kraut, on ne s’est pas cassé le cul.  Ça sonne comme croûte?  Ben voilà : Choucroute.  Et c’est comme ça qu’un plat qui ne contient aucune croûte en a un dans son nom.

Choucroute garnie de tout, sauf de croûte.

Les souliers de verre de Cendrillon
Comme toutes les histoires qui prennent leur source dans la tradition orale, l’origine du conte de Cendrillon se perd dans la nuit des temps. Ce qui est certain, c’est que la version écrite par Charles Perrault a servi de base à la version Disney. Or, ni dans celle-ci, ni dans les versions précédentes, n’y fait-on mention du matériel composant le dit soulier.

Apparemment, ce serait Honoré de Balzac qui, en la retranscrivant, aurait décidé qu’il s’agirait de pantoufles en vair, une fine fourrure. De là, beaucoup de gens croient que ce sont les traducteurs de Disney qui ont confondu vair et verre. Logique! Mais même là, il demeure des doutes. Sur Wikipédia, il y a une page consacrée à la controverse sur la composition des pantoufles de Cendrillon.

N’empêche que l’on peut s’entendre sur le fait qu’il n’y a aucune logique à porter des souliers en verre. Même s’ils étaient en plexiglass incassable, ça doit être tout sauf confortable. Et ce n’est d’ailleurs pas le seul illogisme reliés à ces escarpins.

Et pourquoi, à minuit, tout ton attirail est redevenu normal, SAUF ta godasse perdue? C’est louche!

Les Pierrafeu
De l’anglais, The Flintstones, cette série de dessins animés tourne autour du personnage de Fred Flintstone.  Une flint stone, c’est une pierre qui fait des flammèches.  Un silex, comme celui que l’on retrouve dans les briquets. 

Dans la langue française, le mot pierrafeu, ou même l’expression pierre à feu n’existe pas.  L’émission aurait donc dû s’appeler Les Silex, et le personnage principal Fred Silex. 

Au moins, dans la traduction européenne, Pierrafeu est un nom de famille.  Le personnage principal se nomme Fred Pierrafeu.  Mais dans la traduction québécoise, il se nomme Fred Caillou.  Les Pierrafeu devient donc un titre qui n’a aucun rapport avec la série.

Les Frères Lagaule.
Peu connus chez les francophones malgré la version française, The Hardy Boys était une série de romans pour la jeunesse dans lesquels deux jeunes frères, Frank et Joe Hardy, sont des détectives en herbe qui ont le don de se trouver en présence de mystères, et qui ont toujours l’intelligence et la débrouillardise pour les résoudre.  En plus d’être un nom de famille, Hardy signifie vaillant.  Ainsi, le titre est un double sens, interprété à la fois comme étant « les fils (de la famille) Hardy » ainsi que « les garçons vaillants. » 

South Park, reconnu pour égratigner tout ce qui est culture populaire, nous donne une version adulte, dans les deux sens du terme, des frères Hardy.   Dans la version originale anglaise, ils se nomment The Hardly Boys.  Hardly signifie « difficilement », « à peine », « tout juste », « à la limite ».  Dans cette version homo-érotique où ils sont adultes, ça peut être pris dans le sens de « ils sont à peine masculins », ou bien « maintenant qu’ils sont adultes, on peut difficilement les appeler encore des garçons. »

Le traducteur semble avoir pris le côté hard du mot hardly, car il les a appelés carrément les frères l’Érection.  Ou l’équivalent européen : Les Frères Lagaule.  Il faut savoir qu’en plus d’être l’ancien nom de la France, une gaule est une longue perche pour pêcher le poisson.  Une canne à pêche, quoi!  D’où l’expression « avoir la gaule » pour désigner l’érection.  Et à voir le comportement des frères Lagaule, même si c’est une mauvaise traduction de leur nom, on ne peut pas en vouloir au traducteur, ça leur va trop bien.

À 02:28. le doubleur se prend un fou-rire. Pas étonnant avec un texte pareil.

Gros Jambon
Cette chanson fut adaptée pour la première fois au Québec en 1962 par Réal Giguère et Tex Lecor.  Quand j’étais petit, je me souviens qu’elle faisait partie d’un album compilations de chansons drôles.  J’ai été quelque peu déçu en l’écoutant.  À part le titre, et encore, cette chanson n’a rien de drôle.  C’est juste l’histoire d’un colosse introverti qui travaille dans une mine, et qui se sacrifie pour sauver ses collègues.

Lorsque j’ai appris que la version originale anglaise chantée par Jimmy Dean en 1961 s’appelait Big Bad John, j’ai aussitôt compris ce qui a dû se passer lorsque Giguère et Lecor se sont attaqués à sa traduction :

Tex : C’est quelle chanson, que tu veux traduire?
Réal : Big Bad John. 
Tex: “Gros Jean Méchant?”  Pourquoi pas “Gros Jean Bon”, tant qu’à y être!?
Réal : « Gros jambon » …  Et pourquoi pas!?

Je n’ai jamais trouvé de preuve que ça s’est vraiment passé comme ceci, et je ne le saurai jamais puisque Giguère et Lecor ne sont plus parmi nous.  Mais ça me semble être la théorie la plus plausible pour expliquer ce titre.

« Paix sur terre aux hommes de bonne volonté »
La version originale anglaise est « Peace on earth, good will to man », soit « Paix sur terre, bonne volonté à l’homme ». L’origine est chrétienne, possiblement d’un prêtre de l’Unitarianisme. Le bouquin The Christian Life vol.X, publié en 1884, parle de chroniques religieuses publiée dans les journaux de Londres. L’une d’elle disait ceci: « I believe the Christianity of Christ to be ‘Peace on earth, good will to man’, the love of God and our neighbour, universal charity and benevolence. »

Il y en a possiblement d’autres qui ont dit ça avant lui, surtout si c’est une formule qui fait partie de leurs écritures religieuses. D’après Wikipedia, les origines de l’église de l’unitarisme remonte en 1556. Pour ce qui est de la langue, wiki dit également « Unitarianism, both as a theology and as a denominational family of churches, was defined and developed in Poland, Transylvania, England, Wales and the United States. » Donc, logiquement, cette phrase a été traduite de l’anglais au français. Cette mauvaise traduction a été adoptée officiellement comme telle, puisque peu de gens étaient bilingues à l’époque. Époque misogyne, d’ailleurs, où la femme n’était rien. Ce qui fait que le mot « homme » était synonyme pour « être humain » ou « humanité ».

Robin des Bois
Ce personnage fait partie du folklore Anglais depuis si longtemps que son origine se perd dans la nuit des temps, ou presque. La plus vieille mention encore existante date du 14e siècle, où il est nommé Robin Hode. Devenu Robin Hood, on suppose que le traducteur a fait le rapprochement entre hood et wood, pour l’appeler Robin des Bois. Ce qui lui convenait, rapport qu’il hantait la forêt de Sherwood.

Soleil Vert
Sorti en 1973, Soylent Green est ce que l’on appelle un film d’anticipation. En ce sens qu’il s’agit d’un film de science fiction qui décrit la société telle qu’on imagine qu’elle pourrait devenir dans un avenir plus ou moins lointain. Dans ce cas-ci, l’action se passe en 2022, alors que la pollution, l’effet de serre, la surpopulation et la dilapidation des ressources naturelles ont eu comme conséquence que la nourriture se fait rares. Pour nourrir la majorité de la population à coût abordable, il existe un aliment à base de soya et de lentilles. Celui-ci en porte le mot valise Soylent.

Le mot fonctionne tout autant dans les deux langues, à ceci près que le T sera muet en Français. Cependant, les traducteurs ont préféré le remplacer par Soleil. Aucune explication n’a pu être trouvée. Mais on devine que c’est probablement à cause que le mot Soylent ne roule pas très bien dans la bouche d’un francophone. Et que Soylent Vert sonnerait comme souille l’envers.

La Guerre des Étoiles (le premier, devenu rétroactivement Star Wars, Épisode IV)
Si, depuis les années 90, les traductions gardent les noms originaux, les années 60, 70 et 80 ne se contentaient pas de traduire : ils adaptaient à la culture du pays traducteur.  Par exemple, si dans Back to the Future Marty porte des caleçons Calvin Klein, dans Retour vers le Futur il a des slips Pierre Cardin.

Mais les traductions n’ont pas toutes eues des résultats aussi heureux.  La première version française de Star Wars nous en donne de sacrées perles. Commençons par le titre.

Star Wars. War est au pluriel, ce sont donc les guerres et non la guerre. La traduction la plus fidèle aurait été Les Guerres Stellaires. En plus, ça rime. Mais bon, je suppose que pour le français moyen, « des étoiles » était plus facile à comprendre que « stellaire. » Il est vrai qu’à l’époque, les gens étaient moins évolués. La preuve : la dernière personne à être guillotinée en France, Hamida Djandoubi, l’a justement été en 1977, l’année de sortie de Star Wars.

Une pratique courante à l’époque était de traduire également les noms des personnages. Ainsi, pour ceux de Star Wars, ça va comme suit:

  • Han Solo. Han sonne comme Anne, prénom féminin. On ne va quand même pas féminiser un personnage aussi macho. Alors voilà: Yan Solo.
  • Chewbacca ou Chewie. Chewbacca sonne vaguement comme chew tobacco. Il chique du tabac? Alors voilà: Chiktabba ou Chico.
  • Darth Vader. Un français aurait de la difficulté à prononcer Darss Védrr. Alors voilà, on modifie légèrement en Dark Vador.
  • Jabba the Hutt. Hut, c’est une hutte. On suppose qu’il doit habiter une forêt. Alors voilà: Jabba le Forestier. Il n’y a pas un seul arbre sur Tatooine, mais bon, s’il fallait s’arrêter à ces détails.
  • Grand Moff Tarkin. Avec Moff qui sonne comme muff, « la grande touffe de Tarkine » sonne comme quelque chose qui serait annoncé à la porte de certains cabarets adultes louches. Alors voilà: Tarkan. Pour celle-là, je leur accorde, ça fait beaucoup plus sérieux.
  • R2-D2 et C3P-0. Étant donné que la traduction française de ces deux-là était D2-R2 et Z6P-O, j’ai longtemps cru que ces noms étaient des abréviations qui avaient une signification réelle. Ce n’était pas la première fois que je voyais un six américain devenir un trois français. À cause de la conversion du dollar américain en franc français, la série télé américaine The Six Million Dollars Man s’appelait en France L’Homme qui valait trois milliards. Mais ce n’était qu’une coïncidence, car le changement de C3 à Z6 était seulement dans le but de mieux coïncider avec le mouvement des lèvres.
  • Et la meilleure: Luke Skywalker devient Luc Courleciel. Bon, pas dans le film lui-même. Là, il est Luc Skywalker. Mais dans la première édition française, c’était le nom listé à la fin.
Ça ne s’invente pas.

Encore heureux que le traducteur n’a pas confondu Owen avec « oven. » Luke aurait été élevé par Oncle Fourneau.

Sinon, malgré le fait que cette histoire se passe il y a très très longtemps, elle est pleine de technologie futuriste. Et en 1977, quoi de plus futuriste que le laser? Ainsi…

  • Light saber = Sabre laser.
  • Wookie bowcaster = Arbalète à laser.
  • Tractor beam = Aimant laser.
  • Blasters = Pistolasers.
  • Power converters = Pompes à laso-convecteurs. On passe d’un adapteur électrique à une pompe chauffante au laser. Comme s’il ne faisait déjà pas déjà assez chaud comme ça dans le désert.

Tiens, je l’avais oublié, celui-là. En effet, les endroits aussi changent de nom:

  • Toshi Station = Kotoché.
  • Alderaan = Aldérande.
  • The Death Star = L’Étoile Noire.
  • D’ailleurs, tout ce qui a rapport à l’Empire est noir, et dans cette traduction on en rajoute : L’Étoile noire, le côté obscur de la force, l’armure noire de Dark Vador. Et lorsque Obi-Wan relate la Clone War, il parle de la guerre noire.
  • Et n’oublions pas The Millenium Falcon qui devient le Millénium Condor. Là encore, ça coïncidait mieux avec le mouvement des lèvres que ne l’eut fait Le Faucon Millénaire.

Pour une raison inconnue, à chaque fois qu’il s’agissait de traduire une série animée japonaise, les français étaient les seuls à ne pas respecter le titre original. Quatre exemples:

Japonais : UFOrobo gurendaizā
Anglais : Ufo Robot Grendizer
Allemand : Grendizer
Espagnol : Ufo Robot Grendizer
Russe : Грендайзер (Grendizer)
FRANÇAIS : Goldorak

Japonais : Kyaputen Harokku
Anglais : Captain Harlock
Italien : Capitan Harlock
Espagnol : Capitan Harlock
Russe : Космический пират Харлок (Space Pirate Harlok)
FRANÇAIS : Albator

Japonais : Kyaputen Fyūchā
Anglais : Captain Future
Allemand : Captain Future
Italien : Capitan Futuro
Espagnol : Capitan Futuro
FRANÇAIS : Capitaine Flam

Japonais : Mahōtsukai Sally
Anglais : Sally the Witch
Polonais : Sally Czarodziejka
Portugais : Sally, a Bruxita
Espagnol : Sally la Bruja
Russe : Ведьма Салли (Witch Sally)
FRANÇAIS : Minifée

Erratum. On me signale dans les commentaires que Minifée serait en fait une traduction québécoise. J’avoue que le vocabulaire français international et l’absence d’accent régional m’a trompé.

D’accord, mauvais exemple.

En conclusion, il y a un truc amusant que j’ai constaté sous la douche, car c’est l’endroit par excellence pour se faire des réflexions philosophiques : Lorsqu’un nom étranger se termine par O, il suffit d’y ajouter un N pour en faire une version française. Les exemples sont nombreux.

  • Nero, Néron.
  • Cicero, Cicéron.
  • Plato, Platon.
  • Leo, Léon.
  • Apollo, Apollon.
  • Scipio, Scipion. (Ennemi de Jules César)
  • Milo, Milon (Autre ennemi de César)
  • Pluto, Pluton.
  • Scorpio, Scorpion.
  • Frodo, Frodon.  
  • Fellatio, fellation.  

D’accord, ce dernier exemple n’est pas un nom. N’empêche que là encore, on peut dire que ce mot coïncide avec le mouvement des lèvres.

L’anneau de Gygès et l’exploration urbaine (1 de 2)

J’ai pris goût à l’exploration urbaine à l’été de 2020, alors que je n’avais pas grand chose à faire de mes quarante jours d’itinérance. Je m’y suis remis quelquefois l’été suivant, en 2021, et je compte bien continuer à chaque fois que l’occasion se présentera de nouveau.

Pour les non-initiés, l’exploration urbaine, ou urbex, consiste à visiter des endroits abandonnés, généralement en ville mais aussi en campagne. Maisons, églises, espaces commerciaux, manufactures, station de métro… Sur papier, cette pratique est illégale, car peu importe l’état des lieux, l’endroit a un propriétaire. Et si tu es sur sa propriété sans y avoir été invité, ou sans y avoir légalement à faire (Policier, pompier, concierge, inspecteur), alors tu es un intrus passible d’amendes.

Quels sont ces endroits abandonnés, et comment le deviennent-ils?
(NB: Les photos sont utilisées ici en guise d’exemple et ne sont pas à 100% reliées à la situation présentée dans ce texte. Mais dans l’ensemble, ouais, en général, ça se passe comme ça.)
Lorsque c’est en ville, le lieu abandonné est souvent une propriété rachetée par une firme qui cherche à y développer des condos et/ou des édifices à bureaux. Je vais vous donner un exemple inspiré de faits réels survenus récemment.

Voici un motel construit dans les années 1960 par le grand-père du propriétaire actuel. C’est un commerce familial qu’ils se passent d’une génération à l’autre.

Le motel…
… et sa station d’essence.

Le look rétro authentique de la place est fort prisé par la clientèle. Entre ses clients de passage, le propriétaire loue souvent l’endroit pour diverses productions télévisuelles et cinématographiques. Par exemple, en 1987, le chanteur Pierre Flynn y a tourné le vidéoclip de Sur la Route.

Le film Les Dangereux y a une scène qui commence à exactement 01:00:00 du début.

Il apparaît également dans la scène finale du film américain The Jacket, connu au Québec sous La camisole de force.

Ainsi que plusieurs autres productions dont la liste serait trop longue.

Sans pour autant faire des affaires d’or, son propriétaire en tire de quoi vivre et payer ses taxes commerciales. Rien ne l’empêche de continuer comme ça jusqu’à l’âge de la retraite où il pourra, s’il le désire, vendre son commerce à ses enfants qui poursuivront la tradition familiale, tandis qu’il se la coulera douce jusqu’à la fin de ses jours.

Mais voilà, ce qui fut autrefois un village tranquille sur le bord de l’autoroute 20 est aujourd’hui une ville où le développement urbain a fait un bond monstrueux depuis le début du 21e siècle. Par conséquent, la valeur immobilière a monté en flèche.

Un promoteur immobilier (qui n’est jamais établi dans la région, ni même originaire de celle-ci) constate que le terrain du motel, bien que situé dans la ville, est tout de même assez loin des nouveaux développements. Par conséquent, la valeur du terrain est encore très abordable. Reniflant la bonne affaire, le promoteur s’en va rencontrer le maire. Ce dernier se laisse aisément tenter. Pourquoi se contenter d’une seule taxe municipale d’un minable commerce dépassé, alors qu’il pourrait collecter trente-quatre taxes sur un édifice abritant quatre commerces et trente condos? Et on parle de taxes qui, individuellement, seront le double, voire le triple de ce que paie le motel, puisque cette fois ça proviendra d’un édifice à condos de luxe.

$25 000 de taxes municipales en moyenne, multiplié par 34 unités = $850 000 par année. Bien plus alléchant que les $10 000 que la ville reçoit actuellement avec le motel.

Avec le développement urbain à la hausse, la Ville doit payer pour construire toutes ces nouvelles rues, monter le nouveau système électrique, bâtir le nouveau réseau d’égouts. Tout cela est payé avec les taxes. La ville a besoin de ce revenu. Elle a donc intérêt à faire en sorte que le promoteur puisse aller de l’avant avec son projet.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, en matière de zonage urbain, les pouvoirs d’un maire sont limités. Il y a des règles imposées par la Province, et le maire est obligé de les respecter. Il ne peut donc pas changer une zone agricole et/ou commerciale en zone urbaine, et ainsi expulser le propriétaire du motel pour y faire bâtir des condos. Par contre, ces lois qui l’empêchent d’abuser de cette manière, ce sont les mêmes lois qui lui permettent d’abuser d’une autre manière, celle-là en toute légalité.

Tout d’abord, le maire envoie des inspecteurs de la Ville inspecter le motel. Lorsqu’il s’agit d’une propriété construite il y a plus de cinquante ans, ils vont trouver bon nombre de violations aux nouveaux codes de sécurité des bâtiments. C’est inévitable. Une fois leur rapport établi, ils le remettent au propriétaire. Dès que le propriétaire a le document en main, il doit aussitôt fermer son commerce. Il ne pourra le rouvrir tant que les réparations, ajustements et rénovations ne seront pas faites et dument réinspectées et approuvées par la Ville.

Le coût des rénovations est estimé à $100 000, soit la valeur actuelle du terrain et du commerce. Le problème, c’est qu’avec son commerce maintenant fermé, il n’a plus de clients, et donc plus aucun revenu. Impossible dans ce temps-là de payer les rénovations.

Voilà qu’arrive le promoteur immobilier avec une offre d’achat. Il est honnête, il lui propose les $100 000 représentant la valeur actuelle de l’endroit. Mais le propriétaire ne veut pas vendre. Ce commerce a appartenu à sa famille depuis trois générations, et il y tient. Le motel reste donc fermé, en attendant de trouver une solution.

Le propriétaire va à sa banque dans le but de prendre une hypothèque sur ses propriétés (motel et maison familiale) afin de pouvoir emprunter l’argent nécessaire pour faire ses rénovations. Hélas, depuis environ 2010, les institutions financières du Québec ne prennent plus les propriétés en garantie. C’est parce que tout le processus d’envoyer un inspecteur pour estimer la valeur immobilière, la saisir si défaut de remboursement, la vente, etc, c’est coûteux en temps et en argent. Voilà pourquoi les banques y ont renoncé. Sa seule manière d’avoir de l’argent serait de vendre son motel, mais à ce moment-là, il n’aurait plus de motel à rénover.

Fermée ou pas, une propriété commerciale reste une propriété commerciale. Et celle-continue de lui coûter $10 000 de taxe municipale sur une base annuelle.

Au bout de trois ans sans avoir trouvé de solution, à s’appauvrir plutôt qu’à ramasser l’argent requis pour rénover, le propriétaire n’a plus le choix. Il appelle le promoteur pour accepter son offre. Une mauvaise surprise l’attend. C’est qu’après trois ans à être fermé et livré à l’usure naturelle du temps, le motel a subi une dévaluation inévitable. Le promoteur lui en offre $30 000. C’est à dire la valeur des taxes qu’il doit à la ville pour ces trois années d’inactivités. Le propriétaire est obligé d’accepter, il n’a aucun autre choix. Se retrouvant avec tout juste de quoi payer ses dettes, la vente de sa propriété ne lui a pas rapporté un sou. Le voilà donc dépossédé de ce commerce qui, pendant soixante ans, a fait vivre quatre générations de sa famille, incluant ses enfants qui se retrouvent ainsi dépouillés de leur héritage. Et tout ça dans la légalité la plus totale.

De par son âge et sa situation géographique, ce motel a une certaine importance historique. Selon la Loi sur le Patrimoine Bâti, la Ville ne peut pas accorder au promoteur de permis pour raser la place et y construire ses condos. Il a seulement le droit de rénover la bâtisse dans le but de la remettre en état.

Par contre, tant qu’il paie ses taxes à la Ville, aucune loi ne peut l’empêcher de simplement laisser la place à l’abandon. C’est ce qu’il fait, jusqu’à ce que la dégradation naturelle et le vandalisme rende la place irrécupérable.

Avant et après l’oeuvre des vandales: fenêtres du motel brisées, poste d’essence incendié.

Pourquoi pensez-vous qu’un promoteur ne fera jamais clôturer ni surveiller adéquatement un terrain qu’il a acquis? Il en a pourtant les moyens. Ce n’est pas de la négligence de la part du promoteur. Il sait ce qu’il fait!

Il ne lui reste plus qu’à y envoyer de nouveau un inspecteur de la Ville, pour que ce dernier confirme qu’en effet, il n’y a plus rien à faire. Légalement, la bâtisse doit obligatoirement être démolie pour raisons de sécurité. Dès que l’on a atteint ce point de non-retour, le projet de construction moderne peut aller de l’avant.

Tout le processus de l’achat, la démolition, la construction et la vente peut prendre de cinq à dix ans. Ça ne dérange pas le promoteur. Bien au contraire. Car pendant ce temps-là, le développement urbain de la ville continue. Les terrains deviennent donc plus rares, et par conséquent la valeur du motel vacant ne fait qu’augmenter. Alors dès qu’il a terminé son édifice de quatre commerces et trente condos, il peut en récolter les bénéfices. En sachant qu’un condo de ce genre vaut autour d’un demi million de dollar, ceux-ci lui rapportent $15 millions. Ajoutons le terrain et les commerces, il se fait le double.

Achat: $30 000.
Vente: $30 000 000.
Profit: 1000%.

Même si on enlève les coûts de construction, disons $4.7 millions pour l’exemple, ça lui laisse $25 millions de profit.

Et voilà comment, entre le rachat d’une propriété et sa démolition, se créent une bonne partie des endroits abandonnés qui font le plaisir des explorateurs urbains.

À SUIVRE

Une trouvaille historique?

Recherchiste à temps perdu et historien amateur, je me consacre depuis quelques mois à deux hommes qui ont laissé leur marque dans l’Histoire du Québec. Le premier, Louis Pasquier, est un nom qui ne vous dira probablement rien, puisque le gouvernement de Duplesis à tout fait dès 1951 pour qu’on l’oublie au plus vite. Mais le second, Jordi Bonet, vous en avez peut-être entendu parler. Surtout si vous habitez autour du Mont-Saint-Hilaire, puisque c’est le nom du pont qui enjambe la rivière Richelieu, pont de l’autoroute 116, aussi connu sous le nom de Boulevard Sir Wilfrid Laurier.

Avant d’avoir donné son nom à un pont, Jordi Bonet était un peintre, céramiste, sculpteur et muraliste québécois. Si vous êtes Montréalais et empruntez le métro Pie-IX, alors vous êtes familier avec l’une de ses oeuvres. Tous les murs de béton sculptés qui se trouvent dans cette station sont de lui.

D’origine catalane, Jordi Bonet est venu s’installer au Québec en 1954 où il commença aussitôt à se faire un nom par son grand talent et son art d’un style encore unique pour l’époque. Quant à l’artiste lui-même, bel homme, accent espagnol qui fait craquer, et amputé du bras droit suite à un accident survenu dans son enfance.

Eh oui, un sculpteur manchot. Voilà qui ne passe pas inaperçu. De 1958 à 1978, il créera plus d’une centaine de murales et de sculptures pour des lieux public partout à travers le monde.

Claude Péloquin est un poète, auteur et parolier. On lui doit entre autres le grand classique Lindberg, interprété par Robert Charlebois et Louise Forestier. De 1963 à 2017, il publiera une trentaine de livres, surtout de la poésie.

Vers 1968, les deux hommes deviennent amis. Péloquin lui fit un petit cadeau: Une copie de Jéricho, son premier livre paru cinq ans plus tôt. Il le lui dédicace dans ces termes: “Premier jet pour Jordi. Un ami, Péloquin / 68.”

Les deux hommes passent des soirées à s’échanger des réflexions philosophiques sur le monde et l’existence. Un soir, alors que Bonet lui raconte la guerre qu’il a vécu en Espagne dans son enfance, Péloquin fait le rapprochement avec la guerre du Vietnam qui faisait rage à ce moment-là. Dénonçant la stupidité de s’entretuer depuis l’aube de l’humanité, Péloquin se serait écrié: “Vous êtes pas écoeurés de mourir, bande de caves!? C’est assez!” Cette phrase marqua Jordi Bonet.

Trois ans plus tard, alors qu’il fut embauché pour faire une immense murale sculptée dans le béton au Grand Théâtre de Québec, il y inscrivit la phrase de Péloquin.

Ça fit un scandale énorme qui alimenta les médias pendant près de deux ans.

De 1969 à 1979, Jordi passa les derniers dix ans de sa vie à St-Hilaire. Il y acheta le Manoir Campbell, s’y installa avec sa famille, et y travailla son art. Lorsqu’il mourut prématurément à l’âge de 47 ans pour cause de leucémie, il était le sculpteur québécois le plus connu et le plus populaire de sa génération, et ce à l’échelle de la planète.

Ma passion pour l’histoire, les arts ainsi que le Mont-Saint-Hilaire de mon enfance m’ont amené à faire des recherches sur Jordi Bonet. Et c’est ainsi que, depuis juin dernier, je parcours les bouquineries antiques et les librairies usagées du Québec, à la recherche de livres relatifs à Jordi Bonet. Ou bien des livres à son sujet, ou bien des livres auquel il a collaboré.

Par exemple, il y a quelques semaines, j’ai trouvé le premier livre à lui être consacré : Jordi Bonet, le signe et la terre.  par J. Folch-Ribas, dans la collection Artistes Canadiens, dirigée par Guy Robert. Éditions du Centre de Psychologie et de Pédagogie, Ottawa, février 1964

Puis, j’ai réussi à mettre la main sur une publication rarissime: Chansons Très Naïves de Gérald Godin. Premier recueil de poésie de ce journaliste devenu poète devenu auteur devenu politicien, qui fut également le conjoint de Pauline Julien pendant trente ans, jusqu’à son décès en 1994. Le livre est paru en 1960. Le dessin de couverture est de Jordi Bonet. 500 copies. Non réédité.

Sur ces 500, seules les 50 premières copies sont numérotées et initialées par l’auteur.  Et il se trouve que c’est le no.29.

Avec ce livre, je croyais avoir trouvé le clou de ma collection.  Eh bien je ne me doutais pas que la chance allait mettre sur mon chemin quelque chose d’encore mieux.  Et cette petite merveille, la voici:

Ceci est une copie de Jéricho, le premier recueil de poésie de Claude Péloquin.  Et mieux encore, il s’agit de l’édition originale de 1963.  Sur les 1000 exemplaires de ce premier tirage, c’est la copie no.573.

Jusque là, rien de vraiment extraordinaire.  Même 56 ans après sa publication, il est toujours possible de tomber par hasard sur un livre qui fut tiré à mille exemplaires.  Eh bien je n’étais pas au bout de mes surprises.  Car sur la page de garde, il y a ceci:

Oui! Cette copie est celle que Claude Péloquin avait offert à Jordi Bonet.  Par quel tour du destin s’est-elle retrouvée parmi les bouquins empilés pèle-mêle de cette bouquinerie poussiéreuse?  Mystère!

Et comme si ça ne suffisait pas, entre les pages, j’y ai trouvé une feuille pliée en quatre.

Il s’agit de papier à lettre à en-tête de Jordi Bonet.  Sur celle-ci, un texte au stylo rouge, puis vert, de la main de Claude Péloquin.  Un premier jet un peu maladroit de réflexions philosophiques sur l’inconscient, l’intemporel et la réincarnation, qui sont des thèmes récurrents dans l’oeuvre de Péloquin.  Ne vous cassez pas les yeux, en bas de ces images je reproduis le texte fidèlement sans rien y corriger.

Mes réflexions sur ce que je lis concernant les phénomènes parapsychologiques m’indiquent le chemin à suivre pour percer certains mystères de l’eau de là. Ce que nous mangeons comme la viande les pâtes alourdit notre circulation et empêche notre d’être disponible physiquement et écouter notre inconscient. Ensuite les études sur la réincarnation me confirme dans ma théorie “ qu’après notre mort nous sommes des germes condensé qui attend l’instant favorable pour se greffer à nous nouveau sur l’humain qu’il a besoin d’un corps physique pour pour s’instruire sur le sens de l’existence qu’une et même plusieurs vies ne suffise pas selon le cas à faire le tour des choses à savoir. Je suis donc d’accord avec Jung sur cela. Je pense aussi que pour certains âmes aussi appelons-les ainsi.” Il restent longtemps dans l’intemporel avant de se réincarner. Dans ce sens, Jung a raison en (verso) disant que les mots posent des questions. Le mariage, quand il réunit des inconscient sensible, l’évolution est beaucoup plus profonde, alors plusieurs questions trouvent leur réponses. Le phénomène mariage pour donner une image valable est comme les (cromosome?) 2 vies se greffe insensiblement et se féconde jusqu’à l’accouchement, mais il aussi souvent pour les âmes des fausses couches et des avortements

Le fait que ce texte soit écrit sur du papier au nom de Jordi Bonet me porte à croire que ce jour-là, Claude Péloquin était chez Jordi et lui a emprunté du papier pour y écrire ses réflexions.  Il est probablement reparti chez lui en oubliant là son texte.  Je suppose donc que Jordi l’a lui-même pliée en quatre (la feuille est pliée inégale, donc possiblement d’une seule main) et l’a rangée dans le livre de Péloquin, où elle a été tout simplement oubliée.  C’est la théorie qui me semble la plus crédible pour expliquer à la fois pourquoi Péloquin a écrit sur du papier à lettre de Jordi, et pourquoi cette feuille s’est retrouvée dans le livre qu’il lui avait donné.  Bon, ça n’explique toujours pas pourquoi le livre a cessé d’être en sa possession pour se retrouver dans une bouquinerie 51 ans plus tard, mais ça permet de reconstituer une parcelle d’Histoire.

Et maintenant, considérez ceci:

  • C’est la première édition du premier livre d’un auteur important.
  • Le fait que ce premier jet ait été rangé et oublié dans ce livre peu après avoir été écrit, ça signifierait que ce texte est toujours inédit.
  • 2019 est le 40e anniversaire du décès de Jordi Bonet.
  • Le Grand Théâtre de Québec fêtera en 2021 le 50e anniversaire de la fameuse murale de Jordi Bonet. Celle-là même où il a gravé le “Vous êtes pas écoeurés de mourir, bande de caves!? C’est assez!” de Péloquin.
  • Ce livre marque le début de leur amitié et de leur collaboration. Il est donc le point de départ qui a amené Péloquin à faire cette réflexion, et à Bonet à la couler dans le béton.

Pour toutes ces raisons, je crois que cet exemplaire de Jéricho est un artefact qui a sa petite importance dans l’Histoire de l’Art et de la Culture du Québec.

Modification du 12 décembre 2019.
Ce livre ayant vraisemblablement été volé à la famille Bonet par un invité indigne il y a quelques décennies, il a maintenant repris sa place dans leur bibliothèque.  Je leur ai revendu au prix que je leur avait acheté, facture à l’appui.

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Y’a liens là:

Faire Hurler les Murs.  Reportage de 22 minutes sur la murale de Jordi Bonet au Grand Théâtre de Québec, filmé pendant qu’il est en train de la sculpter.
1971 – Vous êtes pas écoeurés de mourir bande de caves.  Reportage de deux minutes au sujet de la murale.
Claude Péloquin sur Wikipedia.
Jordi Bonet sur Wikipedia.
Gérald Godin sur Wikipedia.

 

10e anniversaire, 450e billet!

Dans ce texte, chaque lien ouvre un nouvel onglet, ce qui vous permet de les ouvrir pour plus tard, et de continuer votre lecture ici.

Il y a dix ans, à pareille date naissait ce qui allait devenir Mes Prétentions de Sagesse.  Ce jour-là, j’ouvrais sur la plateforme spaces.live.com (un dérivé de MSN), un tout nouveau blog nommé Le Sélectif.

À l’époque, beaucoup de gens avaient des blogs. Ça leur servait surtout de journal personnel en ligne. Dans mon cas, ce blog était pour me servir d’archives pour les chroniques que j’écrivais pour un site de rencontres sexuelles. C’est leur graphiste qui m’a fait ma mini-bannière ci-haut.

Pour eux, j’écrivais des textes du même genre que je fais encore maintenant, sur les relations interpersonnelles. C’est juste qu’il y avait plus de contenu sexuel, beaucoup plus d’humour, et étrangement plus de situations fictives. Et aussi, je m’y prenais beaucoup moins au sérieux. Par exemple :

12 mensongères phrases de rupture
18 inventions futures au service de la drague
15 choses à ne jamais faire à un gars
26 signes que vous vivez dans un film porno
Les signes comme quoi ce n’était pas une bonne baise

Quelques mois plus tard, je mettais fin à mon association avec le site en question. C’est que j’ai vécu une situation classique chez tous ceux qui sont dessinateurs / illustrateurs / graphistes : Ils voulaient que le leur fasse 25 illustrations, sans me payer, en échange d’exposition, et d’un abonnement VIP d’un an sur leur site.  J’ai refusé.

  • De un, l’abonnement coûtait le tiers de mon tarif.
  • De 2, je ne considère pas que quelques semaines de travail contre quelques secondes à taper sur un clavier pour me mettre VIP, ce soit un échange équitable.
  • Et de trois, qu’est-ce que j’en avais à foutre, de leur abonnement? J’étais déjà leur associé, et j’étais déjà en couple.

Ils m’ont alors répondu que dans ce cas-là, ils iraient « faire affaire avec un VRAI professionnel », et ils m’ont expulsé du site, effaçant du même coup mes chroniques. Bref, c’était un site pour se faire baiser, dans tous les sens du terme.

Sans être obligé de me limiter au côté sexuel des relations, j’ai commencé à écrire des trucs un peu plus sérieux.

Un an et demi après la création de mon blog, spaces.live annonçait qu’il allait fermer. On nous offrait de transférer nos données sur l’une des plateforme proposée. J’ai choisi WordPress.  Avec la nouvelle direction qu’avait pris mon blog, un titre comme Le Sélectif  ne le représentait plus tellement.  J’en ai donc fait Mes Prétentions de Sagesse, qui en décrit mieux le contenu. Et tant qu’à faire, puisque WordPress m’en offrait la possibilité, je leur ai acheté l’adresse steverequin.com.

Dans le temps, les forums étaient encore très populaires. Je participais aux discussions, et nombreux furent les sujets où je trouvais de quoi à dire. Et lorsque je voyais que de nombreuses personnes se reconnaissaient dans mes dires, je recyclais mes commentaires sous forme de billet de blog. Par exemple :

L’amie mariée qui veut devenir l’amante.
Commettre l’erreur de pardonner.
6 raisons fallacieuses de snober la St-Valentin
26 phrases clichés que l’on retrouve sur tous les sites de rencontres.

Et j’en profitais même pour régler mes compte de manière subtile, en dénonçant le comportement négatif de ceux qui m’attaquaient sur les forums. Car quoi de plus insultant face à un condescendant que de lui montrer que son attitude est tellement cliché qu’il en est aussi prévisible que risible.

Internet et le déclin des valeurs sociales.
Si, sur le net, tu oses écrire « Aujourd’hui y’a du soleil »…
5 insultes anglaises qui sont en fait des compliments
52 personnalité cliché que l’on rencontre sur le net
Devenez membre de la CIA (Cyber Irresponsible Assholes)

Bien que je marque ce 10e anniversaire avec un 450e billet, j’ai bien dû en écrire entre 480 et 500 en tout. Quelques-uns ont été mis en privé puisque, ma situation changeant, ils auraient pu me saboter.  J’ai connu bien assez de gens qui ont ruiné leur couple et/ou de géniales opportunités de carrière en parlant trop en ligne, je ne vais certainement pas répéter leurs erreurs.  D’autres billets étaient trop reliés à l’actualité, et il n’y a rien qui passe date plus vite que ça. Et il y a ma série Harceler Nathalie que j’ai retravaillé et que j’ai transformé en étude psychosociale sous forme de roman autobiographique en ligne, renommé Surveiller Nathalie;  Dans la tête d’un harceleur.  Inutile de la laisser encore ici à ce moment-là.

Durant ces dix ans, certains de mes billets ont eu beaucoup de succès, certains temporaires et d’autres permanents. Par exemple, en chronologie :

1er octobre 2010 : L’Échelle de Kev, pour mesurer l’appétit sexuel de votre copine. Créé à l’époque où je travaillais pour le magazine Summum. Le rédacteur en chef l’a jugé comme étant trop heavy, même pour eux. Par contre, beaucoup de forums et de sites de rencontres sexuelles en ont parlé, l’ont cité, ou l’ont reproduit.  Un site gai a même essayé d’en faire une version masculine, mais ça ne pouvais juste pas marcher, étant donné les différences physiques, psychologiques et biologiques entre l’homme et la femme.

8 octobre 2010 : Autopsie du loser. Ça a commencé par une très longue introspection pour comprendre ce qui ne va pas chez moi, et ça a fini par devenir un texte qui, si j’en crois les commentaires que je reçois, est une douche froide qui a ouvert les yeux à plusieurs hommes.

4 mai 2011 : Le fameux « Hommages aux bons gars », et ce que j’en dis. L’art de surfer sur la viralité d’un texte qui devint populaire pour les mauvaises raisons.  Je parle de Ode to the Nice guys.  Étrangement, bien que la version originale anglaise est toujours présente sur le net, la version française que j’y décortique ici ne se trouve plus aujourd’hui que sur un seul vieux blog abandonné

5 janvier 2012 : Les 9 étapes de la naissance, le vie et la mort d’un forum. Cité, copié-collé ou lien-é sur plusieurs forums par des membres qui voyaient l’endroit dériver dans le sens décrit dans mon texte.

26 juillet 2012 : 30 comportements qu’il faudrait cesser d’avoir sur Facebook. Mon second article viral. Quatre jour après l’avoir écrit, on en parlait à l’émission matinale Salut Bonjour. À ce jour, une trentaine de liens et articles sur diverses pages, 394 commentaires, plus d’un demi-million de visites, soit 665 701. L’avantage de parler du site web le plus populaire de la planète.

(Je dis que c’est mon second article viral.  C’est que mon premier, vous le connaissez sûrement, il date de 1996, donc précède ce blog, et est également le premier texte viral québécois du net.

8 octobre 2014 : L’influence de la personnalité sur les relations et conditions de travail. Un jour, je me suis rendu compte que je recevais beaucoup de visites en provenance du site du Lycée Léonard de Vinci (Levallois-Perret, Hauts de Seine, France) Il se trouve que ce billet fait partie des lectures suggérées à leurs étudiants en Science de Gestion. J’ai donc rajouté un en-tête pour leur souhaiter la bienvenue, histoire de rendre la chose officielle. D’accord, je n’en reçois pas un sou. Mais hey, on parle ici d’un billet québécois, jugé assez pertinent par des professeurs français, au point de l’inclure dans leur programme. Ça, c’est du prestige!

27 avril 2018 : Truc simple pour savoir (gratuitement) qui vous a choisi sur Tinder. Apparemment, j’ai su mettre le doigt sur un sujet de grand intérêt.  Normal, puisqu’il s’agit d’augmenter nos chances de baiser sans débourser un sou.  Ce billet me rapporte de 350 à 800 visites par jour. Bonne chose, car sept ans après sa création, mon billet sur les comportements Facebook s’est beaucoup essoufflé, avec ses 14-à-30 visites quotidiennes.

Mais dans le fond, ce blog existe pourquoi, au juste?
Quand on me le demande, alors je décris Mes Prétentions de Sagesse comme étant le disque dur externe de ma mémoire. C’est que, apprendre des leçons de vie, c’est une chose. Mais ne pas les oublier, c’en est une toute autre. Et de pouvoir ainsi relire ce que j’ai découvert et ce que j’ai compris, ça me permet de ne jamais oublier ces leçons, et ça m’aide à devenir une meilleure personne.

J’ai encore beaucoup de chemin à faire. N’empêche que ça m’a vraiment aidé à évoluer pour le mieux. Par exemple, juste en relisant mon tout premier billet, on voit clairement qu’il y a dix ans, j’avais un côté passif-agressif, arrogant et belliqueux. J’ai pris pas mal de degrés de zen depuis. Également, je constate que, dans la 4e et 5e année d’existence du blog, j’ai progressivement passé de misogyne ordinaire à féministe. Mais pour cette évolution-là, je n’ai pas de mérite. C’est l’influence de mes amies et de mes récentes conjointes. En fait, éducation serait ici un meilleur mot qu’influence.

Et tant qu’à avoir eu à apprendre ces leçons de vie à la dure, aussi bien en faire profiter les autres en les partageant.

Nouveau blog de remise en forme

Les lecteurs de Mes Prétentions de Sagesse n’étant pas tous fans d’activité physique, je serais malvenu de leur imposer ma nouvelle remise en forme. Aussi, les gens intéressés peuvent venir me suivre sur Diesel Ego

On dirait une étiquette de marque de jeans.

En plus de mes progrès, retranscrits sur une base hebdomadaire, je vais y reprendre la majorité des billets d’exercices et d’alimentations déjà publiés ici ces dix dernières années. Comme ça, ceux qui s’intéressent à ce genre de chose n’auront plus à devoir fouiller ici partout.