Quelques mauvaises traductions qui font maintenant partie de notre culture

Pas besoin d’introduction, le titre dit tout. Commençons donc avec:

La choucroute
Le nom original de la choucroute est saurkraut. Il s’agit d’un mot composé  Saur signifie amer, et kraut le chou.  En allemand, on place le qualificatif avant le sujet. Saurkraut = amerchou = chou amer.  Une description fidèle de ce plat.

En français, par contre, c’est le sujet qui passe avant le qualificatif.  On a donc mis le chou en premier, à la place du saur.  Quant à kraut, on ne s’est pas cassé le cul.  Ça sonne comme croûte?  Ben voilà : Choucroute.  Et c’est comme ça qu’un plat qui ne contient aucune croûte en a un dans son nom.

Choucroute garnie de tout, sauf de croûte.

Les souliers de verre de Cendrillon
Comme toutes les histoires qui prennent leur source dans la tradition orale, l’origine du conte de Cendrillon se perd dans la nuit des temps. Ce qui est certain, c’est que la version écrite par Charles Perrault a servi de base à la version Disney. Or, ni dans celle-ci, ni dans les versions précédentes, n’y fait-on mention du matériel composant le dit soulier.

Apparemment, ce serait Honoré de Balzac qui, en la retranscrivant, aurait décidé qu’il s’agirait de pantoufles en vair, une fine fourrure. De là, beaucoup de gens croient que ce sont les traducteurs de Disney qui ont confondu vair et verre. Logique! Mais même là, il demeure des doutes. Sur Wikipédia, il y a une page consacrée à la controverse sur la composition des pantoufles de Cendrillon.

N’empêche que l’on peut s’entendre sur le fait qu’il n’y a aucune logique à porter des souliers en verre. Même s’ils étaient en plexiglass incassable, ça doit être tout sauf confortable. Et ce n’est d’ailleurs pas le seul illogisme reliés à ces escarpins.

Et pourquoi, à minuit, tout ton attirail est redevenu normal, SAUF ta godasse perdue? C’est louche!

Les Pierrafeu
De l’anglais, The Flintstones, cette série de dessins animés tourne autour du personnage de Fred Flintstone.  Une flint stone, c’est une pierre qui fait des flammèches.  Un silex, comme celui que l’on retrouve dans les briquets. 

Dans la langue française, le mot pierrafeu, ou même l’expression pierre à feu n’existe pas.  L’émission aurait donc dû s’appeler Les Silex, et le personnage principal Fred Silex. 

Au moins, dans la traduction européenne, Pierrafeu est un nom de famille.  Le personnage principal se nomme Fred Pierrafeu.  Mais dans la traduction québécoise, il se nomme Fred Caillou.  Les Pierrafeu devient donc un titre qui n’a aucun rapport avec la série.

Les Frères Lagaule.
Peu connus chez les francophones malgré la version française, The Hardy Boys était une série de romans pour la jeunesse dans lesquels deux jeunes frères, Frank et Joe Hardy, sont des détectives en herbe qui ont le don de se trouver en présence de mystères, et qui ont toujours l’intelligence et la débrouillardise pour les résoudre.  En plus d’être un nom de famille, Hardy signifie vaillant.  Ainsi, le titre est un double sens, interprété à la fois comme étant « les fils (de la famille) Hardy » ainsi que « les garçons vaillants. » 

South Park, reconnu pour égratigner tout ce qui est culture populaire, nous donne une version adulte, dans les deux sens du terme, des frères Hardy.   Dans la version originale anglaise, ils se nomment The Hardly Boys.  Hardly signifie « difficilement », « à peine », « tout juste », « à la limite ».  Dans cette version homo-érotique où ils sont adultes, ça peut être pris dans le sens de « ils sont à peine masculins », ou bien « maintenant qu’ils sont adultes, on peut difficilement les appeler encore des garçons. »

Le traducteur semble avoir pris le côté hard du mot hardly, car il les a appelés carrément les frères l’Érection.  Ou l’équivalent européen : Les Frères Lagaule.  Il faut savoir qu’en plus d’être l’ancien nom de la France, une gaule est une longue perche pour pêcher le poisson.  Une canne à pêche, quoi!  D’où l’expression « avoir la gaule » pour désigner l’érection.  Et à voir le comportement des frères Lagaule, même si c’est une mauvaise traduction de leur nom, on ne peut pas en vouloir au traducteur, ça leur va trop bien.

À 02:28. le doubleur se prend un fou-rire. Pas étonnant avec un texte pareil.

Gros Jambon
Cette chanson fut adaptée pour la première fois au Québec en 1962 par Réal Giguère et Tex Lecor.  Quand j’étais petit, je me souviens qu’elle faisait partie d’un album compilations de chansons drôles.  J’ai été quelque peu déçu en l’écoutant.  À part le titre, et encore, cette chanson n’a rien de drôle.  C’est juste l’histoire d’un colosse introverti qui travaille dans une mine, et qui se sacrifie pour sauver ses collègues.

Lorsque j’ai appris que la version originale anglaise chantée par Jimmy Dean en 1961 s’appelait Big Bad John, j’ai aussitôt compris ce qui a dû se passer lorsque Giguère et Lecor se sont attaqués à sa traduction :

Tex : C’est quelle chanson, que tu veux traduire?
Réal : Big Bad John. 
Tex: “Gros Jean Méchant?”  Pourquoi pas “Gros Jean Bon”, tant qu’à y être!?
Réal : « Gros jambon » …  Et pourquoi pas!?

Je n’ai jamais trouvé de preuve que ça s’est vraiment passé comme ceci, et je ne le saurai jamais puisque Giguère et Lecor ne sont plus parmi nous.  Mais ça me semble être la théorie la plus plausible pour expliquer ce titre.

La Guerre des Étoiles (le premier, devenu rétroactivement Star Wars, Épisode IV)
Si, depuis les années 90, les traductions gardent les noms originaux, les années 60, 70 et 80 ne se contentaient pas de traduire : ils adaptaient à la culture du pays traducteur.  Par exemple, si dans Back to the Future Marty porte des caleçons Calvin Klein, dans Retour vers le Futur il a des slips Pierre Cardin.

Mais les traductions n’ont pas toutes eues des résultats aussi heureux.  La première version française de Star Wars nous en donne de sacrées perles. Commençons par le titre.

Star Wars. War est au pluriel, ce sont donc les guerres et non la guerre. La traduction la plus fidèle aurait été Les Guerres Stellaires. En plus, ça rime. Mais bon, je suppose que pour le français moyen, « des étoiles » était plus facile à comprendre que « stellaire. » Il est vrai qu’à l’époque, les gens étaient moins évolués. La preuve : la dernière personne à être guillotinée en France, Hamida Djandoubi, l’a justement été en 1977, l’année de sortie de Star Wars.

Une pratique courante à l’époque était de traduire également les noms des personnages. Ainsi, pour ceux de Star Wars, ça va comme suit:

  • Han Solo. Han sonne comme Anne, prénom féminin. On ne va quand même pas féminiser un personnage aussi macho. Alors voilà: Yan Solo.
  • Chewbacca ou Chewie. Chewbacca sonne vaguement comme chew tobacco. Il chique du tabac? Alors voilà: Chiktabba ou Chico.
  • Darth Vader. Un français aurait de la difficulté à prononcer Darss Védrr. Alors voilà, on modifie légèrement en Dark Vador.
  • Jabba the Hutt. Hut, c’est une hutte. On suppose qu’il doit habiter une forêt. Alors voilà: Jabba le Forestier. Il n’y a pas un seul arbre sur Tatooine, mais bon, s’il fallait s’arrêter à ces détails.
  • Grand Moff Tarkin. Avec Moff qui sonne comme muff, « la grande touffe de Tarkine » sonne comme quelque chose qui serait annoncé à la porte de certains cabarets adultes louches. Alors voilà: Tarkan. Pour celle-là, je leur accorde, ça fait beaucoup plus sérieux.
  • R2-D2 et C3P-0. Étant donné que la traduction française de ces deux-là était D2-R2 et Z6P-O, j’ai longtemps cru que ces noms étaient des abréviations qui avaient une signification réelle. Ce n’était pas la première fois que je voyais un six américain devenir un trois français. À cause de la conversion du dollar américain en franc français, la série télé américaine The Six Million Dollars Man s’appelait en France L’Homme qui valait trois milliards. Mais ce n’était qu’une coïncidence, car le changement de C3 à Z6 était seulement dans le but de mieux coïncider avec le mouvement des lèvres.
  • Et la meilleure: Luke Skywalker devient Luc Courleciel. Bon, pas dans le film lui-même. Là, il est Luc Skywalker. Mais dans la première édition française, c’était le nom listé à la fin.
Ça ne s’invente pas.

Encore heureux que le traducteur n’a pas confondu Owen avec « oven. » Luke aurait été élevé par Oncle Fourneau.

Sinon, malgré le fait que cette histoire se passe il y a très très longtemps, elle est pleine de technologie futuriste. Et en 1977, quoi de plus futuriste que le laser? Ainsi…

  • Light saber = Sabre laser.
  • Wookie bowcaster = Arbalète à laser.
  • Tractor beam = Aimant laser.
  • Blasters = Pistolasers.
  • Power converters = Pompes à laso-convecteurs. On passe d’un adapteur électrique à une pompe chauffante au laser. Comme s’il ne faisait déjà pas déjà assez chaud comme ça dans le désert.

Tiens, je l’avais oublié, celui-là. En effet, les endroits aussi changent de nom:

  • Toshi Station = Kotoché.
  • Alderaan = Aldérande.
  • The Death Star = L’Étoile Noire.
  • D’ailleurs, tout ce qui a rapport à l’Empire est noir, et dans cette traduction on en rajoute : L’Étoile noire, le côté obscur de la force, l’armure noire de Dark Vador. Et lorsque Obi-Wan relate la Clone War, il parle de la guerre noire.
  • Et n’oublions pas The Millenium Falcon qui devient le Millénium Condor. Là encore, ça coïncidait mieux avec le mouvement des lèvres que ne l’eut fait Le Faucon Millénaire.

Pour une raison inconnue, à chaque fois qu’il s’agissait de traduire une série animée japonaise, les français étaient les seuls à ne pas respecter le titre original. Quatre exemples:

Japonais : UFOrobo gurendaizā
Anglais : Ufo Robot Grendizer
Allemand : Grendizer
Espagnol : Ufo Robot Grendizer
Russe : Грендайзер (Grendizer)
FRANÇAIS : Goldorak

Japonais : Kyaputen Harokku
Anglais : Captain Harlock
Italien : Capitan Harlock
Espagnol : Capitan Harlock
Russe : Космический пират Харлок (Space Pirate Harlok)
FRANÇAIS : Albator

Japonais : Kyaputen Fyūchā
Anglais : Captain Future
Allemand : Captain Future
Italien : Capitan Futuro
Espagnol : Capitan Futuro
FRANÇAIS : Capitaine Flam

Japonais : Mahōtsukai Sally
Anglais : Sally the Witch
Polonais : Sally Czarodziejka
Portugais : Sally, a Bruxita
Espagnol : Sally la Bruja
Russe : Ведьма Салли (Witch Sally)
FRANÇAIS : Minifée

Erratum. On me signale dans les commentaires que Minifée serait en fait une traduction québécoise. J’avoue que le vocabulaire français international et l’absence d’accent régional m’a trompé.

D’accord, mauvais exemple.

En conclusion, il y a un truc amusant que j’ai constaté sous la douche, car c’est l’endroit par excellence pour se faire des réflexions philosophiques : Lorsqu’un nom étranger se termine par O, il suffit d’y ajouter un N pour en faire une version française. Les exemples sont nombreux.

  • Nero, Néron.
  • Cicero, Cicéron.
  • Plato, Platon.
  • Leo, Léon.
  • Apollo, Apollon.
  • Scipio, Scipion. (Ennemi de Jules César)
  • Milo, Milon (Autre ennemi de César)
  • Scorpio, Scorpion. (Le signe astrologique)
  • Frodo, Frodon.  
  • Fellatio, fellation.  

D’accord, ce dernier exemple n’est pas un nom. N’empêche que là encore, on peut dire que ce mot coïncide avec le mouvement des lèvres.

3 réflexions au sujet de « Quelques mauvaises traductions qui font maintenant partie de notre culture »

  1. Il y a eu une version québécoise de Minifée – en fait il n’y a guère eu que celle-là, la première série n’a jamais été diffusée en France. Bon je suppose que c’était du français de Radio-Canada donc sans trop d’accent dans les années 60. En fait, c’est probablement la première série animée japonaise à avoir été diffusée régulièrement sur une chaîne francophone. Bernadette Morin interprétait le rôle-titre et sa fille Amélie âgée d’une petite dizaine d’années a également participé, une expérience qu’elle a dû apprécier puisqu’après avoir émigré en France, elle a mené une carrière de doubleuse et de chanteuse reconnue.

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    • Merci de ces précisions. Je n’ai jamais pensé à en chercher l’origine. Mais il est vrai qu’à l’époque, il y avait beaucoup de doublage au Québec. J’ai modifié l’article. en mettant un petit erratum en haut de mon image de Minifée. Et la meilleure, c’es que ça améliore la joke.

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  2. Autre anecdote amusante : les adaptations animés des Peanuts réalisées par Bill Melendez n’ont pour la plupart connu qu’un doublage québécois. Je précise « pour la plupart » et pas toutes car celles sorties en salles comme Un Petit Garçon Nommé Charlie Brown (avec Gainsbourg dans la bande originale) ont probablement bénéficié d’un doublage français de France. Mais les autres non, et c’est avec leurs voix québécoises qu’elles ont été diffusées dans l’hexagone ! Certes, une diffusion tardive et relativement confidentielle – sur les chaînes du satellite comme Boomerang à partir des années 90. Il n’empêche que ça reste un exemple isolé et relativement frappant ; pas de français dit international pour ces doublages, les accents québécois sont plutôt marqués et pas dissimulés. Qu’en a pensé le téléspectateur français ? Vraisemblablement pas grand chose.

    En ce qui concerne les Pierrafeu, je ne serais pas étonné que leur diffusion au Québec ait précédé celle en France – tardive puisque si j’en crois Wikipédia, elle n’eut lieu que trois ans après la création de la série. Le succès des Pierrafeu a été bien plus conséquent au Québec qu’en France et le doublage local n’y est sans doute pas pour rien. Satire des moeurs nord-américains dans les années 50 à la façon d’I Love Lucy, les Pierrafeu reposaient sur un phénomène d’identification du téléspectateur sans doute moins efficace en France durant les trente glorieuses. La localisation a joué un rôle essentiel dont n’ont pas manqué de s’inspirer les Simpson, leurs héritiers spirituels qui ont systématisé la pratique d’un doublage local empreint de nombreux idiomes spécifiques avec le succès que l’on sait. Plutôt que dans l’animation, je vois un précédent à cette démarche dans les bandes quotidiennes type Philomène, Blondinette ou la Souris Miquette – dont les dialogues étaient si spécifiquement québécois que le lecteur ne se posait pas la question de leur origine. Cela vaut également pour Archie dont les adaptations semblent te passionner !

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