Les Pompes Funestes, une tragicomédie. 5e partie.

Tandis que je suis à Québec, je reçois ce courriel de JP, mon ex-beau-frère, qui loge dans mon appartement officiel dans la ville de Saint-Jean-Baptiste.

L’enveloppe est adressée à « Les héritiers de Pierre Johnson » ... Il ne peut s’agir que du certificat de décès de mon père.  (L’autre lettre, c’est mon relevé mensuel de la banque RBC.)

Le lendemain, un petit trois heures de route plus tard, j’arrive chez moi pour constater qu’il y a une seconde enveloppe gouvernementale qui m’attend.  J’ouvre la première.  C’est effectivement une lettre du Registre de l’État Civil, Service de l’Inscription des Décès.  Mais c’est pour me demander de leur envoyer le certificat de naissance de mon père.  Parce que oui, il semblerait que pour déclarer qu’il est décédé, il faut d’abord prouver qu’il est né.  Je devrai donc aller voir ma mère pour fouiller de nouveau dans ses dossiers.

J’ouvre la seconde enveloppe.  Il s’agit d’un chèque gouvernemental au montant de $840, qui comporte mon adresse, mais pas mon nom.  Car là encore, la mention est Hériters de Pierre Johnson.  Je regarde le document joint.  Ce provient de Retraite Québec, de la Régie des Rentes du Québec. Je ne prendrai pas ma retraite avant juillet 2033.  Alors pourquoi est-ce qu’ils m’envoient ça ? 

Je lis le document qui y est rattaché.  Ça parle de comment avoir accès à Mon Dossier en ligne, et comment m’inscrire au dépôt automatique pour les prochaines prestations.  Et c’est tout ! Mais là…  Est-ce pour moi ? Est-ce pour ma mère ?  Est-ce un paiement unique ou bien il y en aura d’autres ?  Est-ce la pension de veuve de ma mère ?   Qu’est-ce que je fais avec ça ?

Si mon raisonnement est exact, je ne dois pas être la première personne dans l’Histoire du Québec à avoir perdu son père.  Donc, logiquement, les banques ont sûrement déjà vu ce type de chèque.  Ils vont pouvoir me renseigner.  

Parlant de perdu son père, je fais un crochet à Beloeil, aux Salons Funéraires Demers pour récupérer ses cendres. Puis, toujours à Beloeil, je me rend à la RBC, à la succursale où je fais affaire.  Et oui, ce type de chèque, la caissière a déjà vu ça.

« C’est un chèque de succession, Monsieur.  Il doit être déposé dans le compte de succession. »

Compte de succession que je pourrai ouvrir à la Caisse Desjardins, dès que j’aurai le certificat de décès de mon père.  Certificat qui ne sera émis qu’après que j’aurai envoyé au Registre de l’État civil son certificat de naissance.  Certificat de naissance que possède ma mère.  Mère que je dois amener à Desjardins pour qu’ils lui fassent une nouvelle carte de guichet.  La piste commence à tourner en rond, mais au moins elle avance.

Je vais à Longueuil, à la résidence où habite ma mère.  Je fouille dans les dossiers de famille et je trouve les documents requis. J’amène ma mère à Beloeil, à sa succursale de Desjardins. Je déclare sa carte perdue ou volée, et je lui en demande une nouvelle. Je montre les documents d’identification requis, et… On m’apprend que ma mère n’a jamais eu de carte de guichet pour son compte personnel.  Je sursaute.

« Hein !? Ben voyons donc ! Je ne peux plus compter le nombre de fois qu’elle est venue ici, dans cette succursale, aux guichets, retirer, déposer et mettre à jour son livret. Je le sais, j’étais là ! »

La caissière vérifie de façon plus approfondie.  Et elle y fait une découverte.

« Est-ce que Madame a perdu son mari dernièrement ? »
« Oui, il y a trois semaines. »
« D’accord !  Alors je vois ici trois comptes relatifs à Madame.  Son compte personnel, le compte de son mari, et leur compte conjoint. »
« D’accord ! »
« Madame n’a jamais eu de carte de guichet pour son compte personnel, car elle a toujours effectué ses opérations avec le compte conjoint. »

Ma mère aurait donc un compte secret qu’elle ne touchait jamais ?  C’est quoi ce délire ?

« Ah bon !?  En tout cas, n’empêche que sa carte de ce compte-là a disparue. »
« Si ça peut vous rassurer, je vois qu’il n’y a pas eu d’opérations faites avec la carte depuis avril 2024. »

Ce qui correspond à quand elle a été placée en résidence. On ne saura donc jamais où ni quand est-ce qu’elle a perdu la carte. Mais au moins, personne ne l’a utilisée.

« Bon !  Alors je suppose qu’avec la nouvelle carte, elle va pouvoir accéder à ses deux comptes. »
« Malheureusement, nous ne pouvons pas lui faire d’une nouvelle carte pour le moment. »
« Hein ? Comment ça ? »
« À cause du décès, le compte de Monsieur a été verrouillé. »

Effectivement, c’est moi-même qui suis venu pour le demander, il y a quelques jours. Mais je ne vois pas le rapport avec le compte de ma mère. La caissière explique.

« Le compte conjoint s’est retrouvé automatiquement verrouillé, puisqu’il porte également le nom de Monsieur. Et puisque le nom de Madame est maintenant associé à un compte verrouillé, alors pour des raisons de sécurité, nous ne pouvons pas lui émettre une nouvelle carte. »
« Pas même pour son compte personnel ? »
« Pas même pour son compte personnel. »

Donc, si je comprends bien, si ma mère et moi avons à faire face à ces nouvelles complications, c’est parce que j’ai fait ce que j’avais à faire, en venant déclarer mon père décédé. Génial !

« Ok ! Alors il va se passer quoi, maintenant ? Ma mère ne pourras plus jamais avoir une carte de guichet de sa vie ? »
« Oh, non, rassurez-vous !  Nous attendons simplement que vous nous apportiez les documents nécéssaires pour pouvoir ouvrir un compte de succession.  C’est à dire le certificat de décès de votre père, votre déclaration de naissance, le certificat de mariage de vos parents, le testament, ainsi que l’attestation qui prouve que vous avez fait votre recherche testamentaire auprès de la Chambre des Notaires, ainsi qu’à l’ordre du Barreau du Québec. »

Incroyable ! Ça n’en finit plus !

« Ensuite, une fois les transferts effectués entre les héritiers inscrits au Testament, et une fois que le compte conjoint et le compte de Monsieur seront fermés, Madame pourra obtenir sa carte de guichets. »

Donc, tant et aussi longtemps que je n’ai pas tous les documents requis pour ouvrir un compte de succession, il m’est impossible de déposer le chèque de $ 840, pas même dans le compte personnel de ma mère.

Qu’est-ce qu’on rigole !

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BIENTÔT : Le service funèbre à l’église.

Les Pompes Funestes ; une tragicomédie. 4e partie

Dans le billet précédent de cette série, j’explique toutes les vaines démarches que j’ai entrepris afin de retrouver ma mère, logée en résidences pour personnes semi-autonomes. N’eut été de Marcel, un ami de la famille qui m’a appelé pour me faire ses condoléances pour le décès de mon père, et qui savait où ma mère avait été placée, je la chercherais encore, car…

Le lendemain de mes plus récentes démarches, je devais recevoir un appel de la dernière travailleuse sociale à s’être occupée de mon père. Ainsi que de Santé Montérégie, section de la santé mentale et dépendance. Aujourd’hui, trois semaines plus tard, alors que j’écris cet article, ni l’un ni l’autre ne m’a contacté.

Le 16 janvier, soit deux jours après m’avoir appelé, Marcel m’amène à la résidence, et je revois ma mère pour la première fois depuis trois ans. Heureux hasard : ce 16 janvier 2026, c’est le jour de son 80e anniversaire. Elle est très heureuse de me revoir. Elle n’arrive pas à croire qu’elle a déjà 80. Elle me posera d’ailleurs la question quatre fois en une heure.

Une autre chose qu’elle a de la difficulté à saisir ; le fait qu’elle est veuve. À trois reprise, elle me redemande.

« T’as-tu dit que Pierre est mort ? »

À chaque fois, avec patience, je lui réexplique les circonstances de son décès, comme si c’était la première fois que je le lui récitais. À tout coup, elle répond :

« Pauvre Pierre ! La dernière fois que je l’ai vu, il m’a regardé pendant un bon cinq minutes. Puis, il a dit « Ma Loulou ! » (Elle s’appelle Louise) … Puis, il n’a plus jamais reparlé. »

L’infirmière-cheffe de la résidence me prend à part et m’explique la situation. En 2023, peu après que mon père ait perdu son permis de conduire à cause de son état cognitif qui en faisait un danger sur la route, son état s’est dégradé, au point où il a fallu le placer en CHSLD. Or, depuis les 2-3 années précédentes, la vie de ma mère se résumait à s’occuper de lui. À partir du moment où mon père est parti, elle n’avait soudainement plus rien à faire de ses journées. Sans devoir le lever, elle ne se levait pas. Sans le diriger à la douche, elle ne se lavait plus. Sans devoir lui dire de s’habiller, elle ne se changeait plus. Sans devoir lui faire à manger, elle ne cuisinait plus. En s’occupant de lui, elle s’occupait d’elle-même par extension, ce qui la gardait active physiquement et mentalement. En perdant son mari, elle perdait du coup son autonomie. Il a fallu la placer en résidence.

À l’époque, alors que j’étais en Gaspésie, effectivement, j’avais reçu l’appel d’une travailleuse sociale pour me demander si je consentais à ce qu’ils envoient ma mère en centre. Et qu’elle allait me rappeler pour me dire où elle sera placée. Je n’ai jamais reçu ce 2e appel. Voilà pourquoi j’ai eu tant de problèmes à la retracer.

J’ai rapidement constaté le changement en elle. Elle est sur le neutre, faute d’une meilleure expression. Si on lui parle, elle a une conversation normale. Mais sinon, elle reste silencieuse. Si on lui dit quoi faire, elle le fait bien volontiers. Sinon, elle reste immobile. Si on lui demande si elle a faim, elle dira que non. Mais si on lui sert une assiette pleine, elle mange de fort bon appétit.

Elle a aussi perdu tout filtre. Avant, par politesse, ma mère pouvait bien s’entendre avec une personne. Puis, dans son dos, en raconter les pires choses. Maintenant, lorsque ses voisines du centre l’approchent pour l’inviter à partager leur table ou bien jouer aux cartes, elle leur répond franchement « Non, ta face d’hypocrite mangeuse-de-marde me revient pas. » Ma mère a toujours eu le jugement facile et gratuit. Mais là, elle ne s’en cache plus.

Une chose qui n’a heureusement pas changé, c’est son classement méthodique. Dans ses dossiers, je retrouve rapidement copies de leurs assurance-vie, et surtout de leurs testaments. Ce dernier point me réjouis, puisque ça signifie que je n’aurai pas à payer $901 inutilement pour que le notaire fasse une recherche à la Chambres des Notaires ainsi qu’au Barreau du Québec pour le retrouver.

Parler d’argent me fait réaliser un truc : Mes deux parents ont des comptes à la Banque Nationale ainsi qu’à Desjardins. Maintenant que mon père est décédé, il faudrait transférer le contenu de ses comptes dans ceux de ma mère. Celle-ci me donne son portefeuille, et je fais une constatation inquiétante : ses cartes de guichet ont disparu. Alors… Perdues ? Volées ? Une chose est sûre, je dois agir vite, bien que je crains qu’il soit déjà trop tard.

Je me rends à la succursale de Desjardins à Beloeil, celle de mes parents. J’explique la situation. On me répond :

« Puisque votre père est décédé, nous devons geler son compte. Ensuite, il faudra ouvrir un compte de succession, dans lequel l’argent sers transféré. Ensuite, il sera réparti entre les compte de ses héritiers. »
« Ah !? euh, ok ! »

Elle me dit ensuite que pour ouvrir le compte de succession, je dois leur apporter les documents suivants:

  • La déclaration de décès de mon père.
  • Ma déclaration de naissance, pour prouver que je suis bien le fils de mon père.
  • Le certificat de mariage de mes parents.
  • Le testament.
  • Une attestation de notaire, prouvant que fut effectuée une recherche testamentaire auprès de la Chambre des Notaires, ainsi que du Barreau du Québec.

… Phoque !

Ça signifie que je n’y échapperai pas : je devrai payer $901 pour que se fasse cette recherche.

« Et pour ce qui est de la carte de guichet de ma mère ? »
« Si madame le peut, qu’elle vienne ici, et on va lui en refaire une. »

Ce qui devra attendre à la semaine prochaine, car je dois retourner à Québec. De toute façon, je dois attendre de recevoir le certificat de décès, donc rien ne presse. En attendant, je donne mon OK au notaire pour que s’effectue cette recherche inutile qui me coûtera $901.

Trois heures de route plus tard, j’arrive chez moi, à Québec. Je n’ai même pas encore enlevé mon manteau que le téléphone sonne.

« Monsieur Johnson ? Ici le Salon Funéraire Demers. C’est pour vous dire que vous pouvez venir passer prendre les cendres de votre père à notre succursale de Beloeil. »

Beloeil ? Mais j’en reviens !

J’ai comme une impression de déjà vu.

Encore heureux que je ne sois plus en Gaspésie, ce qui signifiait de 8 à 9 heures de route.

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À SUBIR

Les Pompes Funestes ; une tragicomédie. 3e partie

Mercredi le 14 janvier.
La travailleuse sociale de mon père ne sera disponible que demain. En attendant, je ne reste pas les bras croisés. Je parcours Google, à la recherche de quelque chose qui puisse m’aider à retracer ma mère. À tout hasard, je me dis qu’il existe peut-être une centrale des résidences pour personnes âgées au Québec. Je tombe sur exactement ça : Résidences Québec. Je leur écrit.

« Bonjour.
Ma mère a été placée dans un centre, suite à une perte d’autonomie, alors que je travaillais en région éloignée. Mais je ne sais pas où ils l’ont mis. Mon père est décédé vendredi le 9 janvier. Je dois retrouver ma mère pour la suite des procédures légales. Voici son nom et sa date de naissance.
« 

Quelques minutes plus tard, je reçois confirmation.

Et dix minutes après, on m’appelle. On me dit qu’ils n’ont personne du nom de ma mère parmi leurs résidents. On me précise que Résidences Québec est un répertoire de résidences privées. Alors si elle n’habite pas au privé, ça signifie qu’elle est au public, donc dans un CHSLD. On me conseille de consulter le CLSC de sa région. J’explique que je l’ai fait hier, mais qu’à cause de la Loi 25, ils ne peuvent pas me donner cette information, aussi illogique que ça puisse être. Elle me suggère donc la Curatelle Publique. Ou mieux encore, Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Montérégie Est. Je la remercie et je raccroche.

Je commence par la curatelle publique. Je trouve la page de demande de renseignement. Je remplis la fiche et la demande.

« Bonjour.
Ma mère a été placée dans un centre, suite à une perte d’autonomie, alors que je travaillais en région éloignée. Mais je ne sais pas où ils l’ont mis. Mon père est décédé vendredi le 9 janvier. Je dois retrouver ma mère pour la suite des procédures légales. Voici son nom et sa date de naissance.
« 

Une heure et demie plus tard, j’ai un appel.

« Allo ? »
« Bonjour monsieur Johnson. Mon nom est Yasmine et je vous appelle de la curatelle publique. »

Elle me demande si le nom et la date de naissance de ma mère, tels qu’inscrits dans mon courriel, sont exact. Je le confirme.

« Malheureusement, votre mère n’est pas inscrite dans notre base de données. Je vous souhaite bonne chance dans vos recherches. »

Ok alors, va pour le CISSS de la Montérégie Est. Je trouve les coordonnées sur Google. Ce qui me permet de constater que …

« Tu me fucking niaises ? Leurs bureaux sont situés à l’hôpital Honoré-Mercier de St-Hyacinthe ? J’aurais donc pu me renseigner dès le départ LÀ OÙ MON PÈRE EST MORT ? »

Incroyable !

Puisque je suis à Québec, je ne vais pas faire encore 2h30 de route vers St-Hyacinthe. Je clique sur le lien du site web, que je parcours à la recherche d’un numéro où les appeler. Mais d’un lien à l’autre, je finis par me faire suggérer le 811, option 2, info social. J’appelle. Après un quart d’heure d’attente, on me répond.

« 811 info social, mon nom est Fatima, comment puis-je vous aider ? »
« Bonjour. Ma mère a été placée dans un centre, suite à une perte d’autonomie, alors que je travaillais en région éloignée. Mais je ne sais pas où ils l’ont mis. Mon père est décédé vendredi le 9 janvier. Je dois retrouver ma mère pour la suite des procédures légales.« 
« Est-ce que vous habitez à Québec ? »
« J’y suis présentement, mais mon adresse officielle est à St-Jean-Baptiste. »
« Et votre mère, résidait-elle à Québec ? »
« Non, à Beloeil. »

Étant donné que j’appelle de Québec, il semblerait que je me suis automatiquement retrouvé aux services de la ville de Québec. On me transfère donc à l’équivalent, mais situé dans la ville de Beloeil. Mais avant, elle me demande :

« Sinon, de votre côté, est-ce que vous avez besoin de soins ? Ressentez-vous de la déprime ou bien des idées suicidaires ? »
« Hein ? Moi ? Non ! Je suis bien correct ! Je suis préposé aux bénéficiaires, alors j’en ai vu d’autres. »
« D’accord ! Alors je vous transfère. »

Et c’est reparti pour l’attente, qui dure cette fois 1h34.

« Centre intégré de santé et de services sociaux de la Montérégie Est. Mon nom est Membayé. Comment puis-je vous aider ? »
« Bonjour. Ma mère a été placée dans un centre, suite à une perte d’autonomie, alors que je travaillais en région éloignée. Mais je ne sais pas où ils l’ont mis. Mon père est décédé vendredi le 9 janvier. Je dois retrouver ma mère pour la suite des procédures légales.« 

Il me pose quelques questions. La première étant de savoir s’il y a en ce moment contre moi une raison légale ou judiciaire de ne pas avoir de contacts avec elle. Je le rassure que non.après quelques autres échanges, il me dit qu’il n’a pas accès à ces renseignements. Mais que je dois appeler à Santé Montérégie, section de la santé mentale et dépendance.

« Vous ne parlerez pas à un être humain. Ce sera un répondeur. Vous devrez donner la raison de votre appel. Le nom de votre mère et sa date de naissance. Le nom de votre père, sa date de décès, et le nom de sa travailleuse sociale. Enfin, votre nom et numéro de téléphone. Dans les 24 heures, vous aurez droit à un retour d’appel. Avez-vous un papier et un crayon ? »
« Oui ! »
« Parfait. je vous donne leur numéro de téléphone. »

J’ai noté. J’ai appelé. J’ai dit tout ça. Il ne me reste plus qu’à attendre demain les rappels de la travailleuse sociale de mon père, ainsi que du préposé de Santé Montérégie. Ce fut beaucoup de travail. Mais au moins, là, j’ai doublé les chances de retracer ma mère.

Et là, DÉNOUEMENT INATTENDU !
Une heure après avoir terminé le dernier appel, j’en reçois un autre.

« Allo ! »
« Stéphane ? J’m’appelle Marcel, chus un ami de ton père. J’ai appris pour Pierre. Mes condoléances. »
« Merci ! »
« J’va aller voir ta mère tantôt, faut que j’y annonce ça délicatement. »
« Que… VOUS SAVEZ OÙ EST MA MÈRE ? »


Non seulement il le sait, c’est lui qui possède tous leurs documents, et qui a récupéré leurs possessions. Incluant le portefeuille de mon père ainsi que toutes ses cartes. Il me dit que ma mère réside aux Habitats Lafayette de Longueuil. Je prend le nom en note pour chercher l’adresse plus tard sur Google. Il me donne les deux numéros d’assurance sociale de mes parents. Pour la date de mariage, il va le demander tantôt à ma mère, et il me rappellera. Ce qu’il fit. Alors voilà, enfin, j’ai tout ce qu’il faut pour que commencent les procédures légale du certificat de décès et de la succession.

Ce qui signifie que j’aurai passé les derniers 48h à me démener comme un malade, et ce absolument pour rien, puisque je n’avais qu’à rester évaché sur mon cul à attendre l’appel de ce Marcel dont j’ignorais l’existence.

Mais attendez, ce n’est pas tout.
Vous savez, les Habitats Lafayette où réside ma mère ? Voici leur page web, que j’ai cherché pour en obtenir l’adresse.

Vous voyez ce qu’il y a d’écrit en haut à gauche ? RÉSIDENCES QUÉBEC. Ce même Résidences Québec qui, au tout début de mes recherches d’aujourd’hui, m’a appelé pour m’affirmer que ma mère ne faisait pas partie de leurs résidents.

Ce qui signifie que je m’enlignais pour passer encore des jours, des semaines, des mois, à rechercher ma mère dans le système public. Système public dans lequel je ne ne l’aurais évidemment jamais trouvée, puisqu’elle était au privé.

La voilà, la manière on est servis, dans le domaine de la santé, au Québec.

Il aura fallu qu’un simple citoyen que je ne connaissais pas, décide comme ça, par hasard, de m’appeler pour me faire ses condoléances, pour que tous mes problèmes se règlent, là où deux jours de recherches, de déplacements et d’appels auprès des autorités dites « compétentes » n’ont rien donné.

Incroyable !

Mais bon, peu importe comment le problème a pu se régler, l’important, c’est que le problème a pu se régler.

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À CONCLURE

Les Pompes Funestes ; une tragicomédie. 2e partie

Mardi le 13 janvier.
13h. Je suis au Salon Funéraire Demers. L’employée me donne ses sympathies. On passe à son bureau.

Il y a quatre jours, au moment du décès de mon père, je n’avais que trois souhaits. Le premier, d’être présent pour l’accompagner jusqu’à la fin. Chose que je n’ai pas pu faire, puisqu’il est mort quelque part dans la nuit. C’est que, de tous les hôpitaux que j’ai visité dans ma vie, celui-là était le seul où, dans la chambre, il n’y a pas de chaise qui s’allonge, pour les visiteurs. Impossible pour moi de pouvoir y dormir. Ce qui m’a obligé à retourner chez moi à Québec. Ce qui a résulté à mon absence lors du décès.

Le second souhait, pouvoir le mettre moi-même dans son linceuil. Chose que je n’ai pas pu faire, puisqu’ils s’en sont occupés eux-mêmes tandis que j’étais en route vers l’hôpital.

Et le troisième souhait, donner son corps à la science, pour la recherche sur l’Alzheimer. La maladie de mon père fut exceptionnelle, étant donné la lenteur à laquelle elle a progressée, c’est à dire sur une période de vingt ans. Qui sait, peut-être trouveront-ils en lui un gène, un enzyme, une molécule, quelque chose qui pourrait être reproduite chez les autres, afin de pouvoir freiner cette horrible maladie. L’employée du salon funéraire me répond :

« C’est une très bonne idée, monsieur. Malheureusement, il aurait fallu en discuter avec l’Hôpital, le jour de son décès. C’est quelque chose qui doit être fait dans les douze heures. Alors après quatre jours, vous pensez bien… »

QUOI !? Mais J’AI voulu en parler à l’hôpital. Je l’ai dit à l’infirmière, après avoir fait mes adieux à mon père. Mais elle m’a répondu que ce serait le salon funéraire qui s’occuperait de tout.

Incroyable !

Je ne dis rien. Inutile d’exploser à la face de cette employée, qui n’a de toute façon rien à voir là-dedans. Il ne me reste plus qu’à me résigner au fait que, lorsqu’il s’agit de mes parents, « Que ma volonté soit faite ! » n’a jamais été et ne sera jamais un adage respecté. Qui sait, peut-être que mon père aurait pu aider, par sa mort, à faire progresser la médecine, et par le fait même, l’Humanité. Et peut-être que je me fais des illusions aussi. N’empêche qu’à cause d’une infirmière ignorante ou négligente, nous ne le saurons jamais.

Du coup, maintenant qu’il faut disposer du corps, je serai obligé de payer les frais de la crémation et des autres services.

J’explique que dans le cas de mon père, on peut oublier les traditions. Il ne lui reste plus un ami de vivant. Pareil pour la famille, pas de frère, soeur, parent, oncle, tante, cousin. Il n’y a que ma mère, placée dans un foyer d’accueil depuis qu’elle a commencé à dégrader cognitivement il y a un an. Donc, inutile de payer un cercueil, une exposition, une messe, des signets, ou même une annonce dans le journal. Il n’y aurait qu’à moi que tout ça s’adresserait. Je vais donc pour le plus économique. De toute façon, mes deux parents m’ont toujours répétés qu’ils ne voulaient pas de chichis. Incinérés, et hop, fini. Ce que je fais, avec l’urne de base, une simple boite de métal, ouvrable. (Car il y a également des modèles scellés.) Et pas de colombarium, je garde le tout. Un jour, je planterai un arbre, avec ses cendres sous les racines. Ça vaudra bien toutes les pierres tombales. Le tout me coûte $3 000.

Je réponds aux questions du formulaire d’usage. Bonne nouvelle, j’apprend qu’il existe un octroit gouvernemental qui me permet de recevoir $2 500 pour contribuer aux frais des funérailles. Cependant, il manque quatre renseignements pour que je puisse y avoir droit.

  • Le numéro d’assurance sociale de mon père
  • Le numéro d’assurance sociale de ma mère.
  • Leur date de mariage.
  • L’adresse de ma mère, c’est à dire là où elle réside actuellement.

Et c’est également requis pour le certificat de décès, que je ne pourrai obtenir sans ces renseignements pour compléter le dossier. Et aussi pour me permettre d’avoir droit à son assurance-vie. Et prendre en charge leurs affaires, les assurances, la banque.

Par contre, pour ce qui est d’arrêter les versements de sa pension, alors là, bizarrement, l’employée peut le faire imédiatement, car le Gouvernement n’a besoin que de son nom et de sa date de naissance.

L’employée m’apprend aussi qu’au sujet du testament, on peut maintenant s’adresser à n’importe quel notaire. Celui-ci s’adresse à la Chambre des Notaires du Québec, qui fait une recherche dans les archives de tous les bureaux de notaires du Québec. C’est que trop souvent par le passé, les héritiers ignoraient avec quel notaire leurs parents faisaient affaire. Cette méthode leur est donc très utile. Ce qui ne sera pas le cas dans le mien, puisque je sais déjà que mon père faisait affaire avec le notaire Handfield. Pas le choix. À l’époque, c’était le seul du village.

Étant donné que mes parents n’ont jamais tenus leurs affaires en ordre, et qu’ils ont été placés dans des foyers alors que j’étais en région éloignée, je me retrouve avec trois problèmes de taille.

  • 1- Où est le portefeuille de mon père ? Sans ses cartes, j’ignore son numéro d’assurance sociale.
  • 2- Où est donc placée ma mère ? Parce qu’on ne me l’a jamais dit. Or, il me faut son adresse. Et il faut bien qu’elle aprenne que son mari est mort. De plus, elle a droit à une pension de veuve. Il me faut donc ses cartes, ses papiers. Et elle seule peut me fournir son numéro d’assurance sociale, ainsi que leur date de mariage.
  • 3- Que sont devenus leurs possessions ? Après que ma mère ait eu à quitter l’appartement, où sont les meubles, les souvenirs de famille, mais surtout les documents ? Est-ce que ça a été entreposé quelque part ? Ou est-ce que le propriétaire a tout jeté ?

L’employée me donne la carte d’assurance maladie de mon père, que lui a rendu l’hôpital lorsqu’ils sont allé chercher le corps. Elle me suggère de commencer par aller chercher ses affaires au foyer où il résidait ces deux dernières années. Elle attendra de mes nouvelles par courriel, pour lui fournir les quatre renseignements qui manquent pour démarrer les procédures gouvernementales.

Première étape : la dernière résidence de mon père.
Je me rend à la résidence de soins pour personnes âgées.

« Bonjour ! Je suis le fils de Pierre Johnson. Je viens chercher ses affaires. »

Elle me regarde avec des grands yeux ronds, bouche bée, muette pendant un bon cinq secondes. Elle retrouve l’usage de la parole pour me dire :

« Euh… c’est que sa chambre a été vidée il y a trois jours. »
« HEIN ? Mais ses cartes ? Son portefeuille ? J’ai besoin de ça pour les procédures gouvernementales. »

Elle me demande de retourner à l’entrée, m’assoir et attendre, le temps qu’elle aille voir l’infirmière-cheffe pour démêler tout ça. Dix minutes plus tard, celle-ci vient me rejoindre. Elle me rassure que ses affaires sont toujours ici, en storage, au sous-sol. Je rapatrie donc ses vêtements, ses lunettes, ses cadres au mur, et même ses médicaments. Mais il me manque le plus important.

« Et son portefeuille ? »
« Pour autant que je sache, monsieur Johnson n’a jamais eu son portefeulle avec lui. Nous, on avait juste besoin de sa carte d’assurance maladie. Ses autres cartes sont restées chez lui, avec votre mère. »
« C’est que ma mère a été placée en foyer elle aussi. Mais je ne sais pas lequel. C’est arrivé alors que je travaillais en région éloignée. »
« Ah ? Bon eh bien, ce que je peux faire, c’est vous donner le nom et le numéro de la travailleuse sociale de votre père. Elle pourra sûrement vous aider. »

Deuxième étape, la travailleuse sociale.
Dans le parking, assis au volant, je compose son numéro. C’est un répondeur.

« Bonjour veuillez prendre note que je serai indisponible les 13 et 14 janvier. »

Et quelle date sommes-nous aujourd’hui ? MARDI LE 13 JANVIER, BOUT D’VIARGE ! Le premier de ses deux jours de congés. J’en ai donc pour 48h. Alors en attendant…

Troisième étape, le notaire Handfield.
Je compose son numéro. C’est un système téléphonique automatique. J’appuie sur les bons boutons, et je finis par parler à une personne. Qui me transfère à une autre. Qui me transfère à une autre. Qui me transfère à une autre.

« Coudonc ! C’est donc ben compliqué, pour un petit notaire de village. »

On finit par me répondre. J’explique que mon père a déposé son testament chez eux dans les années 90. Elle me demande son nom et sa date de naissance. Je lui donne.

« Très bien monsieur. Alors nous, on va s’adresser à la Chambre des Notaires, qui va faire une recherche dans les archives de tous les bureaux de notaires du Québec. Et s’il y a un testament à son nom, nous vous contacterons. Le tout va prendre entre quatre et huit semaines. »

DAFUQ !? J’appelle le notaire Handfield parce que mon père a déposé son testament au notaire Handfield. Et là, le notaire Handfield doit passer par la Chambre des Notaires du Québec pour trouver son testament, ALORS QU’IL EST DÉJÀ DANS LES ARCHIVES DU NOTAIRE HANDFIELD !!!

Incroyable !

Et comme on s’en doute, ces complications ne font rien pour baisser la facture.

Bon eh bien, il me reste encore un détail à vérifier.

Quatrième étape, leur dernier appartement.
Je m’y rend. Je constate que leur place de stationnement est occupée, ce qui signifie que l’appartement est loué à un autre. Je sonne chez le concierge une fois. Deux fois. Trois fois. Aucune réponse. Sans concierge, je ne peux pas connaitre le nom du propriétaire, et encore moins son numéro de téléphone. Je ne peux donc pas savoir ce qui est advenu de leurs possessions.

Je soupire ! Qu’est-ce que je fais, maintenant ?

À tout hasard, je prends mon téléphone. J’ouvre le micro de Google et je demande :

« Au Québec, comment retrouver quelqu’un qui habite en CHSLD ? »

La réponse ne tarde pas.

Cinquième étape, le CLSC.
Le CLSC n’est pas loin. Je m’y rend. Il n’y a personne qui attend à l’entrée, ce qui me permet d’être accueilli rapidement au comptoir.

« Bonjour. Comment puis-je vous aider ? »
« Oui, c’est pour un renseignenent… Ma mère a été placée en CHSLD tandis que je travaillais en région éloignée. Mais on ne m’a jamais dit où ils l’ont mis. Et là, mon père est mort, alors vous comprenez que je dois la retrouver. »
« Oh ! Euh… Ok ! Ben, mes sympathies. »
« Merci ! Fa que, puisque les CLSC ont des liens avec les CHSLD, je me demandais si vous pourriez la retracer. »
« Moi, non. Mais attendez, je vais demander à une secrétaire administrative. Donnez-moi le nom de votre mère et sa date de naissance. »

Quelques minutes plus tard, elles reviennent toutes les deux. La secrétaire administrative se montre empathique. Mais hélas, elles n’ont pas accès à ces renseignements. Et c’est là qu’elle rajoute un détail que je considère comme étant inhumain.

« De toute façon, même si on le savait, on n’aurait pas le droit de vous le dire, puisque ça fait partie des renseignements confidentiels, en rapport à la loi 25. »

Tu me fucking niaises ?

Il faut que j’annonce à ma mère que son mari est mort. Il faut qu’elle reçoive sa pension de veuve. Il me faut ses renseignements légaux pour produire un certificat de décès, enclancher les procédures testamentaires, les assurances, la succession, les prises en charge. Et je n’ai pas le droit de savoir où elle réside, parce que c’est un renseignement confidentiel ? ALORS QUE JE SUIS SON PROPRE FILS, BOUT D’VIARGE !

Incroyable !

Il ne me reste plus qu’à attendre jeudi le 15 janvier, pour pouvoir contacter la travailleuse sociale de mon père, en espérant qu’elle pourra m’aider à démêler tout ça.

____
À SUBIR

Les Pompes Funestes ; une tragicomédie. 1e partie

Il y a environ vingt ans, sont apparus les premiers signes de démence chez mon père. Celle-ci allait évoluer en Alzheimer. Or, le hasard a fait que mon père pratiquait déjà les exercices requis pour retarder la progression de cette maladie : Mots mystères, Sudoku, mots cachés, mots croisés… Bricoleur, il occupait ses temps libres à faire des cabanes d’oiseaux. Mais attention : il reproduisait à échelle de véritables maisons. Il était extrêmement méticuleux dans cet ouvrage, ce qui demandait une impressionnante quantité de calculs. Et ceci gardait son cerveau actif.

Il y a environs dix ans, il a commencé à avoir ce que j’appelle la mémoire miroir. Par exemple, en auto, si sa destination était à droite, il croyait qu’elle était à gauche. Il a même quelquefois roulé en sens inverse de la circulation. Il y a trois ans, ça a provoqué un accident d’auto qui lui a retiré son permis de conduire.

Depuis deux ans, il ne reconnaissait plus personne.

Depuis un an, la dernière fois que je l’ai vu, il ne parlait plus.

Notre dernier selfie, octobre 2024

Mardi 6 janvier.
Je reçois un appel de l’hôpital Honoré-Mercier de St-Hyacinthe. On m’apprend que mon père vit ses derniers jours. Comme on a pu le lire ici à de maintes reprises, mon père et moi n’avions pas la meilleure des relations. Mais bon, il reste que c’est le seul père que j’aurai jamais.

Mon métier de préposé aux bénéficiaires m’a quelques fois amené à accompagner des résidents lors de leurs derniers instants. Je peux donc bien faire ça pour mon propre père.

Mercredi 7 janvier.
Je pars de Québec et après deux heures trente de route (Je me suis juré de n’avoir aucune contravention pour excès de vitesse en 2026) j’arrive à l’hôpital à St-Hyacinthe. J’entre dans la chambre de mon père, et… Il est là, debout, avançant doucement avec sa marchette, avec deux préposés qui lui tiennent les bras.

« Que… !? Hier, on m’appelle pour me dire qu’il est à l’article de la mort. Et aujourd’hui, IL MARCHE !? »
« Votre père était très agité aujourd’hui, et n’arrêtait pas d’essayer de se lever. On s’est dit qu’en le faisant marcher un peu, ça allait le fatiguer, et il serait plus tranquille. »

Je regarde le vieillard squelettique qui se tient péniblement debout devant moi. Mon père a toujours pris soin de sa santé. Toujours actif, il ne consommait ni tabac ni alcool ni drogues, et il a toujours mangé modérément. À 81 ans, il n’a aucun problème de coeur, de poumons, de reins, d’intestin, de prostate ou d’articulations. Pas de diabète, de cholestérol, de haute ou basse pression. Il aurait pu vivre cent ans et au-delà. Mais l’Alzheimer en avait décidé autrement. En lui enlevant d’abord sa mémoire, puis sa conscience, puis son appétit, d’où sa maigreur actuelle. Et bientôt, elle lui fera oublier de respirer, et ce sera fini. Mais en attendant, pour un mourant, il est encore bien vif.

Jeudi 8 janvier.
Aujourd’hui, mon père est allongé, plongé dans un sommeil agité. Il est tellement maigre que ses narines se sont refermées. Aussi, il dort avec la bouche grande ouverte. Il n’est branché à rien. Normal ! N’était de cette maladie dégénérative, il serait en pleine forme.

Une infirmière arrive et se présente. Elle lui parle doucement, lui disant qu’il est vraiment un beau monsieur, avec sa belle barbe blanche bien fournie. Je me retiens de lui préciser que mon père n’a jamais porté la barbe de sa vie. Que celle-ci est le résultat de la négligence du centre d’accueil où il loge depuis deux ans. Et que, par conséquent, il ne pourra même pas mourir avec son propre visage.

L’Infirmière-cheffe arrive. Elle engueule l’infirmière auxiliaire pour avoir négligé de retirer le dentier de mon père. Jusqu’à ce qu’elle réalise, en tentant de le lui enlever, que certaines de ces dents sont plombées. Car effectivement, il n’a jamais porté de dentier. L’infirmière n’avait encore jamais vu ça, un Baby Boomer de 81 ans qui posséde encore toutes ses dents naturelles. Quand je disais qu’il prenait grand soin de lui.

Au bout de quelque heures, je suis allé chez moi, me promettant de revenir le lendemain matin.

Vendredi 9 janvier.
06h22. le téléphone sonne. On m’apprend que mon père est mort à 6h10 ce matin. Je comprends immédiatement que c’est de la bullshit ! 6h, c’est l’heure du changement de quart. Il a été découvert mort lors de la première tournée du matin, voilà tout. En réalité, il a dû décéder pendant la nuit. Mais puisqu’il n’était branché sur aucune machine, aucun moniteur, son heure de décès véritable ne sera jamais connue.

Puisque je n’ai pas pu être là pour sa mort, je vais leur demander une faveur. Le mettre moi-même dans son linceuil. J’ai exécuté cette manoeuvre une dizaine de fois dans mon travail. J’accepterai volontiers la présence d’un préposé pour surveiller. Après un décès, on peut laisser le corps jusqu’à douze heures dans son lit, sans que ça ne cause le moindre problème. Ça me laisse largement le temps d’arriver.

Lorsque je me présente à l’hôpital, je suis surpris de voir sa chambre vide, son lit défait, le matelas enlevé pour désinfection. Je demande à une infirmière qui passe :

« Euh… Excusez-moi… Où est-ce que vous avez mis mon père ? »

L’infirmière me regarde, surprise.

« Vous êtes son fils ? »
« Oui ! »
« Vous n’étiez pas là ce matin ? »
« Non, je viens d’arriver. »
« C’est parce que ce matin, quelqu’un est venu réclamer le corps de votre père. »
« HEIN !? Mais voyons ! C’est impossible. À part moi et ma mère qui est en foyer d’accueil, il ne reste plus personne de vivant de sa famille immédiate. »

On me fait asseoir dans une pièce vide, le temps de démêler ça. Finalement. il y a eu erreur sur la personne. Il y a eu un autre décès au même étage cette nuit, et c’est lui dont le fils est venu ce matin. Quant à mon père …

« Votre père est à la morgue, au sous-sol. »
« Mais… On m’avait dit qu’il resterait dans son lit jusqu’à mon arivée. »
« C’est que vous savez, monsieur, après le décès, on n’a qu’une fenêtre de deux heures, avant de devoir mettre le corps en conservation. »

Je me retiens de lui dire que, moi-même préposé aux bénéficiaires, je savais très bien qu’en réalité j’avais douze heures devant moi. Mais bon, j’ai quand même conscience qu’ici, ce n’est pas un CHSLD. C’est un hôpital. Et dans un hôpital, les lits libres sont rares, et les chambres libres, encore plus. N’empêche qu’à cause de ça, après avoir raté son trépas, j’ai raté l’opportunité de le mettre en linceuil.

« Est-ce que vous désirez le voir ? »
« Oui s’il vous plaît ! »

Elle fait un appel, puis me demande de la suivre. Elle m’entraine dans une pièce au sous-sol. Mon père y est, linceuil ouvert jusqu’à la poitrine. Il repose sur l’armature en fer d’un lit sans matelas. On me demande si je veux rester seul avec lui. Je dis oui. Elle me laisse.

Lorsque l’on parle d’une personne qui décède dans son sommeil, on l’imagine le visage doux, une expression sereine, le corps détendu. Mon père a un oeil fermé et l’autre ouvert depuis tellement longtemps qu’il est vitreux. Les narines fermées. La bouche grande ouverte. Les dents qui ressortent. Le corps recroquevillé. Les mains crispées sur sa poitrine, les doigts crochus. Je me penche contre sa poitrine et je le blottis contre moi. Et moi, pourtant si cartésien, si en contrôle de ses émotions, voilà que je me mets à pleurer à chaude larmes. Quelques longues minutes plus tard, je lui fais mes adieux en l’embrassant sur le front.

Avant de le quitter, je songe à le renfermer dans son linceuil. Mais la corde a été coupée à pluisurs endroits, la rendant inutile. En soupirant, j’ouvre la porte et je quitte la pièce. Je n’ai pas pu être là à son décès. Je n’ai pas pu le mettre dans son linceuil. Espérons que je pourrai au moins réaliser mon troisième souhait qui est :

« J’aimerais donner son corps pour la recherche contre l’Alzheimer. »
« C’est le salon funéraire qui va s’occuper de tout ça. Appelez-les. Ils vont venir chercher le corps, et ils vont tout vous expliquer. »
« Ah ? Ok ! Bon, ben, pour le certificat de décès, qu’est-ce que je dois signer ? »
« Vous n’avez rien à signer ici. Le salon funéraire va pouvoir répondre à toutes vos questions. »

Bon ! Je repars et me rend à mon auto.

Depuis toujours, je sais avec quel salon funéraire mes parents font affaire. Tout comme avec quel notaire. Aussi, je décide de commencer par aller rendre visite au notaire.

J’arrive au Mont-Saint-Hilaire à midi pile. Usant de ma logique, je me dis que rien ne sert de se présenter là pendant l’heure du dîner. Mieux vaut aller moi-même manger. Je regarde sur Google, et je vois que le bureau du notaire est ouvert jusqu’à 16h30. Je m’arrête donc au Shack Attakk.

13h05. J’arrive au bureau du notaire, et je me bute sur une porte fermée. Toutes les lumières sont éteintes. Je les appelle. C’est un répondeur.

« Bonjour ! Veuillez noter que nos heures de bureau sont de 9h à 16h30 du lundi au jeudi, et de 9h à 13h le vendredi. »

Et quel jour on est aujourd’hui ? Vendredi ! Ce qui signifie que, si je m’étais présenté comme un cave pendant l’heure du diner, j’aurais pu parler au notaire. Mais parce que j’ai eu l’intelligence de prendre en compte l’heure du diner, je dois attendre à lundi.

Incroyable !

Bon, eh bien il ne me reste plus qu’à appeler le salon funéraire. J’ouvre le micro de Google et je dis :

« Salon funéraire Demers, Mont-Saint-Hilaire. »

Je clique sur le symbole du téléphone du premier résultat.

« Oui allo ? »
« Bonjour ! C’est pour un renseignement. Mon père vient de décéder à l’Hôpital Honoré-Mercier de St-Hyacinthe. »
« Mes sympathies. »
« Merci ! Donc,. j’appelle au sujet des préarrangements funéraires qu’il avait chez vous. »
« Euh… Je suis désolé. Mais ici, c’est la Clinique Éterna. »

Dafuq !? Je veux bien croire que les premiers résultats des recherches sur Google sont des liens sponsorisés. Mais voulez-vous bien me dire comment est-ce qu’une recherche sur un salon funéraire a pu générer une pub pour une clinique de soins esthétiques ?

Nouvelle recherche. Cette fois, c’est la bonne. La personne avec qui je parle me demande le nom de mon père et sa date de naissance. Je lui dis.

« Ah, oui, ici, je vois qu’il y a eu une demande de soumission pour un préarrangement, qui date de 2001. »
« Bien ! »
« … Mais, euh … Ça n’a pas dépassé l’étape de la demande. Le contrat n’a jamais été signé. »

« Ah !? »

Bon ! De deux choses l’une. Ou bien mon père a fait affaire ailleurs, ce qui m’étonnerait. Ou bien il m’a menti, ces trente dernières années, en disant qu’il avait fait ses préarrangements. Ce qui serait tout-à-fait lui.

« Voulez-vous que l’on s’en occupe tout de même ? »

Ou bien j’accepte, ou bien je m’enligne pour appeler tous les salons funéraires de la région. Aussi …

« Oui s’il vous plaît ! »
« D’accord. Seriez-vous disponible pour une rencontre mardi le 13 janvier à 13h ? »
« Ça me va. »


À SUIVRE

L’hypocrisie de la fausse noblesse.

Durant les premières années d’activité de ce blog, l’un de mes thèmes les plus récurrents était les forums.  Je fréquentais ces endroits depuis mes débuts sur le net, c’est-à-dire dès 1997.  Je me suis peu à peu détaché de ce thème, à mesure où moi-même je cessais peu à peu d’en fréquenter.  Mais depuis un an, je suis activement …

En plus d’un quart de siècle, certaines choses ont changé.  La plus grande différence étant qu’à l’époque, des forums, il en pleuvait.  Aujourd’hui, ils sont plus rares.  Les gens ne se donnent plus la peine d’en monter un, puisqu’il est bien plus simple de créer un groupe sur Facebook.  Les forums encore existants sont majoritairement réservés à certains sites spécialisés.  Particulièrement les sites de rencontres. Endroits que je recommence à fréquenter, et grâce auquel j’ai publié mon second livre l’Amour est dans le champ de patates.

Autre chose qui a changé depuis le tournant du siècle, c’est le fait qu’Internet a perdu son statut d’endroit où tous peuvent se laisser aller sans limite ni contrôle.  Il est fini, le temps où les gens pouvaient insulter et menacer les autres, tout en se lavant les mains en se cachant derrière l’excuse que « le net, c’est pas la vraie vie. »  Maintenant que la cyberintimidation est reconnue par la loi, les forums sont maintenant bien plus réglementés.

Ce qui n’a pas changé, par contre, c’est l’attitude des gens que l’on y retrouve. Aujourd’hui, je vais vous présenter l’un d’eux, j’ai nommé le faux noble. J’ai deux exemples. Le premier, appelons-le CochonnetPuissant.

Pour une raison qui m’échappe, le gars a décidé de me prendre en grippe dès mon arrivée sur le forum il y a un an. C’était dans un sujet en rapport au consentement. J’avais donné un résumé de mon vieux billet, Elle a dit OUI par peur des conséquences de dire NON. Dans celui-ci, je démontrais qu’il fallait être attentif aux signes, comme quoi même si un consentement est donné, ça ne signifie pas pour autant que celui-ci est sincère.

CochonnetPuissant a alors répliqué un truc dans le style de : « Ceci est l’exemple parfait du beau parleur qui dirait n’importe quoi pour mettre les femmes en confiance. C’est le plus grand signe d’une personnalité perverse narcissique. Ne tombez pas dans le piège, et méfiez-vous de ceux qui vous baratinent comme dans Le Corbeau et le Renard. »

Quand un gars se montre à ce point-là irrité par un homme qui colporte l’idée que l’on doit respecter le consentement, on est en droit de se poser de sérieuses questions à son sujet. Voilà ce que j’aurais pu répliquer. Mais je m’en suis abstenu. Si moi je suis arrivé à ce raisonnement, c’est certainement le cas des femmes de ce forum. Inutile de leur faire du mansplaining. J’opte donc pour lui faire le traitement du silence, sauf s’il s’adresse à moi directement.

Je suis tout de même allé cliquer sur son profil, pour voir aussitôt qu’il m’en avait bloqué. De toute manière, je n’avais pas besoin de cliquer dessus pour le savoir. Il se trouve que sur ce forum, lorsqu’une personne nous bloque, les boutons J’AIME et RÉPONDRE n’apparaissent pas sous leurs commentaires.

Je suppose que c’est pour éviter de se faire narguer de manière passive, en recevant sans cesse des J’AIME de la part de gens que l’on bloque.

Durant l’année qui suivit, il lui est arrivé à cinq ou six reprises d’attaquer ma réputation. Toujours de la même manière, soit en sous-entendant que chacune de mes paroles positives et bienveillantes n’est motivée que dans le but de tromper les femmes sur mes véritables intentions. Là encore, je le laisse parler. Je n’ai pas besoin de me défendre. Depuis un an, mes interactions sur le forum parlent d’elles-mêmes. Je considère même que ses attaques constituent un excellent filtre. Ceux qui ne sont pas dupes interagissent avec moi. Et ceux qui croient à sa merde se tiennent loin de moi, ce qui est positif, car il n’y a rien de plus toxique que d’avoir dans notre entourage des gens qui sont volontiers prêts à croire le pire de nous, surtout sans preuves pertinentes.

Comme je l’ai annoncé ici, mon père est décédé le 9 janvier dernier. On ne s’est jamais entendus sur rien. Et comme je le souligne dans ma série de billets Un câble d’acier ombilical, je lui dois la majorité des déboires de ma vie, incluant ma colonne vertébrale déviée et ma jambe croche, due à la râclée qu’il m’a donnée lorsque j’avais six ans.. Mais bon, c’est le seul père que j’aurai jamais. Aussi, j’en ai parlé sur le forum.

Quelques jours plus tard je vois ceci :

À moins qu’il y a une autre personne sur ce forum avec qui il ne s’entend pas, qu’il a l’habitude de le comparer au renard beau-parleur de la fable de La Fontaine, et qui a également perdu son père, alors je suppose qu’il parle de moi. Je retourne sur le sujet où j’ai parlé de mon père. Et effectivement, j’y vois un commentaire de CochonnetPuissant. Du moins, je vois qu‘il y a eu un commentaire, avant qu’il l’efface.

J’en arrive à la conclusion logique qu’un membre du forum n’a pas cru en la sincérité de CochonnetPuissant et qu’il l’a insulté. Et que, pour y mettre fin, il a effacé son message. J’exprime donc la chose dans cette réponse. Réponse qui, je le précise, n’a autre choix que d’être publique. Étant bloqué de son profil, je ne peux pas lui répondre par message privé.

Si je dis ON s’est bloqués, plutôt que la vérité qui est que c’est lui qui m’a bloqué, c’est pour éviter les accusations du style de ceci est un réglement de compte.

Là encore, choix de mots pour éviter la confrontation : Celui-ci a été effacé, plutôt que le plus réaliste TU L’AS effacé.

Ce à quoi il répond :

… Euh !? Alors si je résume la situation :

  • Le gars me bloque.
  • Par conséquent, je n’ai pas accès au bouton J’AIME sous ses commentaires.
  • Il m’adresse ses condoléances. (Que je n’ai pas eu le temps de voir.)
  • Il m’est impossible de cliquer sur J’AIME. (Même si j’avais vu ses condoléances.)
  • Il frustre parce que je n’ai pas (pu) cliqué(r) sur J’AIME.
  • Il efface ses condoléances.
  • Il peut maintenant se permettre de se plaindre publiquement que son geste de décence a été reçu avec mépris. Ce qui démontre clairement lequel de nous deux est noble, et lequel se comporte en anus total. Et il en a remis une couche avec sa fable de La Fontaine.

Voilà ce que j’appelle l’hypocrisie de la fausse noblesse.

Il ne s’attendait probablement pas à ce que je m’adresse à lui directement, en public, en le nommant, alors que je croyais naïvement à la sincérité de sa démarche. Il n’a donc eu d’autre choix que de reconnaitre que je ne pouvais voir le bouton J’AIME. Et, par conséquent, démontrer clairement que ses accusations envers moi, comme quoi j’étais un beau parleur incapable de faire la différence entre une divergence d’opinion et des condoléances sincères, n’étaient pas fondées.

Ouais… Des condoléances tellement sincères qu’il a vite fait de les effacer.

Il y aura au moins ceci de bon à cette nouvelle tentative hypocrite de me trainer dans la boue : ça l’a forcé à faire la paix publiquement.

Au prochain billet, je vous parlerai d’un exemple encore plus risible. Celui-là, avec un membre que j’appellerai CanicheGrisonnant.

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Y’A LIENS LÀ

Par nostalgie pour mes anciens abonnés, et par découverte pour les nouveaux, voici quelques anciens billets au sujet des sites de rencontres, des gens que l’on y retrouve, et de l’attitude que ces derniers mettent de l’avant.

54 personnalités clichés que l’on retrouve sur le net. On les voyait en 1997. Et on les voit toujours en 2026.

Les 9 étapes de la naisssance, le vie et la mort d’un forum. L’une des raisons pourquoi 95% de ceux-ci ont disparus.

Si, dans un forum, tu oses écrire « Aujourd’hui y’a du soleil » 59 réponses qui semblent exagérées, mais n’en demeurent pas moins réalistes.

Devenez membre de la CIA en 5 leçons faciles. Ce comportement est en perte de vitesse, maintenant que la censure a la gâchette facile. Mais ouais, c’était le bon(?) vieux temps d’internet.

Lancements simultanés de Steve Requin et Stéphane Lussier Johnson

Il y a treize mois, j’annonçais que je mettais mon identité de Steve Requin derrière moi. Il est vrai que je n’avais plus rien signé sous ce nom depuis mon album de BD La Clique Vidéo en 2018. Et je ne faisais pratiquement plus rien sous ce nom. Mon premier bouquin sorti en 2023, Le sucre rouge de Duplessis, une étude sérieuse sur l’Histoire du Québec, est signé Stéphane Lussier Johnson. Tout comme mon roman constitué d’anecdotes autobiographiques, l’Amour est dans le champ de patates, disponible depuis quelques semaines.

Il y a dix ans, en automne 2015, je sortais le premier numéro de l’Héritage Comique. Un fanzine de 88 pages consacré aux comics de super héros de Marvel et DC traduits au Québec par les Éditions Héritage de 1969 à 1986. Trois ans plus tard, été 2018, je publiais un second numéro.

À la dernière page de ce second numéro, j’annonçais que le 3e sera consacré à Pif Gadget. Mais la vie m’a amené dans plusieurs autres directions qui n’avaient rien d’artistique. Ce 3e numéro n’a donc jamais vu le jour.

En septembre dernier, il me prend l’impulsion soudaine de le faire, ce 3e numéro. Je m’y suis attelé sérieusement. Et six semaines plus tard, c’était fait. L’Héritage Comique No.3, spécial Pif Gadget 1969-1982, 108 pages. format magazine avec reliure allemande (dos carré collé) ce qui lui donne le format d’un vieux PIForama. Ce qui était l’effet recherché, puisque j’en reprends la design de couverture.

Or, je ne pouvais pas le signer Stéphane Lussier Johnson alors que les deux premiers étaient signés Steve Requin. Surtout que, malgré tout ce que j’ai produit sous ce nom, il n’y a que l’Héritage Comique qui a eu du succès auprès des collectionneurs. Alors pour cette communauté, Steve Requin, c’est indissociable avec l’Héritage Comique.

Aussi, un an aprèes l’avoir enterré, j’ai exhumé mon alter ego requinesque. Et c’est sous ce nom que je l’ai signé. Ce qui fait que, samedi le 22 novembre 2015, au Salon du Livre de Montréal, de 15h à 18h, kiosque 2129, je lancerai simultanément l’Héritage Comique no.3 par Steve Requin, et L’Amour est dans le champ de patates par Stéphane Lussier Johnson.

Pour quelqu’un qui avait mis la vie artistique et la création derrière lui, je produis sans bon sens ces jours-ci.

Le bon prof et le mauvais prof

Le bon prof va commencer par donner la bonne méthode à ses élèves. Il leur demandera ensuite s’il y en a parmi eux qui utilisaient une autre méthode. Les élèves, sachant d’avance qu’ils vont avouer utiliser une mauvaise méthode, vont décider eux-mêmes s’ils veulent s’exposer à ça ou non. Ceux qui décident que oui, ce sont ceux qui demandent à savoir. En leur disant où se situaient leurs erreurs et pourquoi elles en sont, le prof répond à leur demande. Il est donc considéré comme étant sympathique et il aura l’attention de ses élèves qui auront du plaisir à suivre ses instructions.

Le mauvais prof va commencer par demander à ses élèves quelle méthode ils utilisent, pour leur dire aussitôt qu’ils sont dans l’erreur. Il va refaire la chose plusieurs fois, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus personne qui réponde à la question. C’est seulement après cela qu’il leur donnera la bonne méthode. Ça met dès le départ une ambiance dans laquelle les élèves le perçoivent comme quelqu’un qui prend plaisir à les humilier pour leur ignorance. Par conséquent, lorsqu’il leur donne la bonne méthode, personne n’a envie de l’écouter. Qui a envie d’obéir à quelqu’un qui nous fait chier?

Si on explique au mauvais prof l’erreur dans sa façon d’apprendre aux élèves et qu’il comprend et change sa façon de faire, alors c’est que c’était un bon prof au fond, il avait juste un problème de communication. Mais s’il répond qu’il n’est pas là pour se faire aimer mais bien pour faire réussir ceux qui vont lui obéir, alors oui, définitivement, c’est un mauvais prof. Parce que son but premier n’est pas d’enseigner aux élèves. C’est de les humilier, les briser, les rabaisser. Enseigner ne vient qu’ensuite.

Lorsque j’allais au cegep, au cour de Littérature Québécoise, nous avions cette prof fraîchement sortie de l’université qui semblait penser qu’on était tous au même niveau intello qu’elle. On avait eu une question d’examen où elle avait utilisé le mot nuancez au lieu du mot décrivez. Donc, plutôt que d’apporter des faits, nous avons tenté, tant bien que mal, d’y apporter des nuances, même si on ne comprennait pas vraiment le but de cet exercice. Puisque personne n’a compris la question, personne n’a bien répondu. Et devinez quoi ? Elle nous a tous fait couler l’examen. Jamais elle n’a remis en question ses compétences de communicatrice. Quand personne dans la classe n’a compris une question, les chances que tu sois tombé sur 35 débiles mentaux sont quand même plus minces que celles que tu ailles mal formulé ta question.

Le bon prof est celui qui est prêt à se remettre en question. Elle n’était définitivement pas un bon prof.

Il en va de même pour les gens qui t’entourent. Il y a ceux dont le but sera de te renseigner clairement. Et il y aura ceux qui chercheront à t’humilier et te rabaisser pour ton ignorance. Reste près du premier, et fuis le second.

Ça a dégringolé rapidement. Ou : une courte CONversation

Tel que j’en ai parlé il y a quelques semaines, je me suis inscrit sur un forum de rencontres. MeetMeat, de son nom fictif. J’y ai concocté un profil dans lequel je présente une parodie de tous les clichés que l’on retrouve dans les profils masculins de ce genre de site. Ceci m’attire au moins deux messages privés par semaine, de femmes qui me félicitent pour mon humour. Parfois ça ne va pas plus loin. Et parfois, la conversation se prolonge et va même déboucher sur une rencontre.

Je venais justement de raconter sur le forum une histoire de rencontre dans laquelle rien ne s’était passé comme prévu. Cette anecdote a attiré la curiosité d’une femme à mon sujet.

L’autocorrecteur a encore frappé. Je voulais dire en mâle typique. Mais qu’importe. Je lui ai envoyé cette image :

En attendant sa réaction, je vais jeter un oeil à son profil. Son texte de présentation est bien écrit. De courts paragraphes, qui parlent d’elle, de ses désirs, ses attentes, ses espoirs, sa philosophie. Je lui fait part de mes impressions dès que le dialogue reprend.

Cette dernière réplique me fait l’effet d’une gifle. Et pour cause : Il y a deux mois, j’ai justement posté ici un billet qui s’intitule « Hostie qu’t’es con ! » ou: Le Red Flag qui ne trompe jamais. J’y démontre qu’à chaque fois que j’ai eu une personne dans mon entourage qui m’a traité de con de façon joyeuse et en riant, dans 100% des cas, cette personne était condescendante, rabaissante, et avait comme opinion de moi que je lui étais inférieur. Chose qu’elle démontrait en ne m’accordant aucune crédibilité et encore moins de respect.

Et c’est quelque chose que cette femme me démontre déjà avec sa tentative de gaslighting, en essayant de me convaincre que ses insultes sont des compliments. Un comportement que l’on retrouve chez ceux qui cherchent à te manipuler à accepter leurs remarques insultantes. Ça signifie que si je laisse passer celle-là, ça n’arrêtera pas. D’ailleurs, j’ai assez d’expérience avec ce genre de personne pour savoir d’avance que je perdrais mon temps à lui demander respect. Les gens ne changent jamais, surtout quand il s’agit de leurs défauts.

Avec un petit soupir résigné, je choisis de régler le problème sans tarder en lui claquant la porte au nez. Non sans d’abord lui faire la leçon au sujet de sa personnalité merdique.

Sur MeetMeat, on ne peut pas partager de lien. Alors je lui ai fait une capture d’écran du début de mon article, avant de la lui ai envoyer.

Il s’agit d’un seul moment de panique pour que « le Français qui est important pour elle » se fasse automatiquement négliger.

Il est tellement naturel chez ces gens-là de descendre les autres, qu’ils deviennent désemparés dès qu’on leur fait remarquer que c’est un comportement inacceptable. Que ce soit de la mauvaise foi ou de la sincère naïveté, sa réponse en est presque attendrissante.

Je dis bien « presque ! »

La langue française contient déjà assez de mots, tels drôle, amusant, cocasse, etc, qui auraient parfaitement convenu à la situation. Mais elle a porté son choix sur un mot qui est reconnu et utilisé comme insulte méprisante dans toute la Francophonie planétaire. Sa tentative de justification, comme quoi on ne peut pas savoir sur quel ton une remarque est dite lorsqu’elle est sous forme de texte, ça n’a aucune pertinence. Car, que ce soit dit en riant ou bien que ce soit dit sérieusement, ça ne change rien au fait qu’elle considère que je suis un con, qu’elle veut que je le sache, et qu’elle tient à ce que je l’accepte avec le sourire.

D’ailleurs, si on pousse l’analyse plus loin, on constate un détail important. Sur le forum, il y a des milliers de messages. Des gens qui parlent de leurs goûts. De leur travail. D’aventures hors de l’ordinaire. De réussites et de victoires. Or, laquelle de ces anecdotes a attiré son attention au point de faire naître en elle le désir de contacter son auteur pour le draguer? C’est celle dans lequel j’ai vécu une situation qui me rendait loser. Lorsque l’on constate ceci, on comprends mieux le plaisir qu’elle démontrait en me traitait de con. Parce qu’elle voulait un loser. Le genre de gars qui va accepter de se faire moquer et rabaisser, en échange d’un peu d’attention féminine. Ou, pour reprendre ses paroles, un très gentil con. Voilà qui en dit long sur sa personnalité. Et ça n’en dit rien de bon.

Et bien moi aussi j’ai quelque chose à lui faire savoir, au sujet d’être con.

Et dire que je venais tout juste de la complimenter sur sa bonne éducation et son intelligence. Comme quoi des fois, il ne faut pas se fier à la première impression que l’on puisse avoir de quelqu’un.

« Hostie qu’t’es con ! »  ou : le Red Flag qui ne trompe jamais.

Bien que ce blog soit Québécois, 80% de mes lecteurs sont Européens.  Alors pour eux, je suppose que l’équivalent serait « Putain qu’t’es con ! » (Exemple d’ailleurs présent une fois dans cet article) Ceci étant dit, je ne sais pas si la situation que je vais décrire ici est aussi répandue socialement dans les vieux continents qu’elle l’est ici en Amérique. Mais bon, allons-y tout de même.
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Il y a trois raisons qui peuvent pousser quelqu’un à te dire « Hostie qu’t’es con! »

  • Par haine. Quoiqu’il est très rare qu’une personne qui te déteste aille te le dire en face. Elle se contentera de te décrire comme tel à qui veulent bien (ou non) l’entendre.
  • Par exaspération. À cause que tu viens de faire une connerie. La personne qui te le dira le fera sous le coup de la colère. En général, elle te présentera plus tard ses excuses, disant que ses paroles ont dépassé sa pensée.
  • Par mépris. Il s’agit de quelqu’un qui fait partie de ton entourage : cercle d’amis, famille, collègues. Cette personne te considère comme étant inférieure à elle, et elle tient à te le faire savoir. Ce qui constitue un Red Flag, c’est qu’elle le fera sous le couvert de votre relation d’apparence amicale. D’ou son attitude amusée, joyeuse, riante. Et surtout, contrairement aux deux raisons précédentes, tu y auras droit pour tout, pour rien, pour n’importe quoi.

C’est de ce dernier cas dont il sera question dans ce billet.

EXEMPLE 1 : Martine.
À 22 ans, lorsque j’étais pâtissier de nuit au Dunkin Donuts, j’ai commencé à sortir avec Martine, une jolie collègue.  Un matin après notre quart de nuit, nous rentrons chez moi. Ça fait cinq jours que nous sommes en couple. Ce sera la première fois qu’elle vient y dormir. 

Vers 14h00, je me réveille et je constate que je suis seul dans ma chambre.  Martine s’est réveillée avant moi. Pour me faire une bonne surprise, elle a entrepris de faire le ménage de la salle à dîner et de la cuisine.

Je n’ai jamais apprécié qu’une personne prenne l’initiative de faire le ménage chez moi sans m’en parler, puisqu’elle ne peut pas savoir ce que je planifie de garder ou de jeter. Ce qui est le cas ici, alors que je vois qu’elle a jeté la boite de carton qui contenait les douze canettes de Coke qui sont dans mon frigo. 

Mais bon, soyons conciliant.  L’ignorance n’est pas un crime. Et ça a le mérite de se guérir, pour peu qu’on lui explique. Aussi, je reprends la boîte de la poubelle et je la déplie pour lui redonner sa forme originale.

« Ça, je le garde.  C’est parce que quand je vais rendre les canettes vides au marché, je les remets dans la boîte. Ça se transporte mieux, et c’est plus facile pour la caissière de les compter. »

Pendant quelques secondes, Martine me regarde en ayant l’air de ne pas trop comprendre.  Puis, elle éclate de rire. Elle m’arrache la boîte des mains et la déchire.

« Ha! Ha! Ha!  Hostie qu’t’es con ! »

Tandis qu’elle renvoie les morceaux de la boîte dans la poubelle, je reste là, figé, bouche bée, tellement je n’arrive pas à croire qu’elle vient vraiment de faire ça. 

À 22 ans, c’est la première fois que le comportement d’une amante provoque en moi une intolérance plus grande que mon désir sexuel. Je suis pourtant pleinement conscient que si je cassais avec elle, je ne pourrais pas la remplacer de sitôt. Avec ma tronche et mon physique, ce n’est pas comme si les femmes faisaient la queue pour s’occuper de la mienne.

Printemps 1991, 22 ans.

Alors pour me donner envie d’y renoncer, malgré la libido que je me trimballais, il fallait que son comportement me hérisse quelque chose de grave.

M’avoir enlevé des mains une boite que je voulais garder, c’est un geste à la limite de la violence. L’avoir remise aux poubelles malgré mes explications démontre qu’elle ne m’accorde aucune crédibilité, aucun respect pour mes choix et mes besoins. Et la déchirer afin de m’empêcher de la reprendre, ça devient carrément de la dictature.  Et tout ça en me rabaissant. En me traitant de con.

Et si un jour je dois l’appeler dans une situation d’urgence, va-t-elle encore me rire au nez en me traitant de con, avant de couper la ligne ? Et si elle ne m’accorde aucune crédibilité, comment pourra-t-elle croire la moindre parole qui sort de ma bouche, lorsqu’il lui prendra l’envie de me soupçonner irrationnellement de quoi que ce soit ? Déjà qu’elle ne démontre aucun respect pour moi, impossible de me sentir en sécurité dans de telles conditions.

24h plus tard, je mettais fin à la relation. Puisque j’étais obligé de travailler avec elle, je ne tenais pas à pourrir l’ambiance au boulot en lui disant la vérité. J’ai plutôt évoqué le fait que je ne me sentais pas prêt à me remettre en couple aussi rapidement après ma dernière rupture. 

Malheureusement, avoir cassé avec elle ne me mettait pas à l’abri de son manque de respect. Je m’en rendrai compte rapidement une nuit où on travaillait ensemble. 

À l’époque, la nuit, on n’avait droit qu’à 15 minutes de pause.  Ça me laisse tout juste le temps de préparer un sandwich grillé et de le manger.  Je vais au comptoir à l’avant, je sors le fromage, la salade, la mayonnaise, je fais cuire les oeufs, je monte mon sandwich et je le mets dans le four grille-pain.  Le temps que ça chauffe, je vais aux toilettes.  À mon retour, j’ai la désagréable surprise de voir que le grille-pain est vide.  Martine me dit en riant qu’un client voulait un sandwich œuf, fromage et mayonnaise.  Alors pour l’impressionner avec son service rapide, elle lui a donné le mien.  (Probablement plus pour s’éparger de l’ouvrage, en fait.) Je regarde l’horloge.  Il reste sept minutes à ma pause.  Pas le temps de me faire un nouveau sandwich, et encore moins le manger.

Cette expérience sera l’une de celles qui me feront renoncer à la drague en milieu de travail. Mais surtout, ça m’a démontré que c’est ÇA, la personnalité et le comportement de quelqu’un qui sera porté à te dire joyeusement « Hostie qu’t’es con ! »

EXEMPLE 2: Mon (ex)-bon copain Carl.
J’ai parfois parlé ici de celui que je considérais comme étant mon meilleur ami de l’école secondaire. Je ne saurais compter le nombre de fois où j’ai entendu de sa bouche un joyeux « Hostie qu’t’es con ! » qui m’était adressé. Ça inclut une case dans la petite BD qu’il m’avait gribouillé dans mon album des finissants. Une où il me dessine me prosternant devant lui.

Une autre de ces fois était lors de mon 23e  anniversaire. Sa (future) femme et lui m’avaient offert un walkman radio et cassettes, incluant les piles. J’y mets les piles et je l’essaye. La radio n’allume pas, et le moteur du lecteur de cassettes ne tourne pas. Je dis à Carl que le walkman est défectueux. En riant, il me l’arrache des mains.

« Même pas capable d’allumer un walkman.  Hostie qu’t’es con !« 

Je le vois manipuler tous les boutons. Rien ne fonctionne. Toujours en riant, il m’accuse alors d’avoir mis les piles à l’envers. Il ouvre le boitier, enlève les piles, les remet, joue avec les boutons. Rien à faire. Il re-change la position des piles. Aucun résultat. Avec un petit sourire moqueur, je lui rend calmement ses paroles :

« Même pas capable d’allumer un walkman.  Hostie qu’t’es con !« 

Piquée au max, sa (future) femme m’engueule.

« On s’est donné la peine de faire l’effort pour te trouver un beau cadeau de valeur.  J’pense que ça mérite autre chose que des insultes. C’est quand même pas de notre faute s’il ne marche pas. »
« Ben quoi ?  Je fais juste répéter les paroles qu’il m’a envoyées quand je lui ai dit que le walkman était défectueux. »
« Oui, mais tantôt, on ne le savait pas, qu’il était VRAIMENT défectueux. »

Donc, en résumé:

  • Quand je n’arrive pas à faire fonctionner le walkman, le problème c’est moi.
  • Quand Carl n’arrive pas à faire fonctionner le walkman, le problème c’est le walkman.

Là encore, tout comme Martine, ils n’avaient accordé aucune crédibilité à ma parole. Parce qu’à leurs yeux, même si c’était toujours dit sur le ton de la blague, j’étais vraiment un con.

Je jetterai définitivement Carl hors de ma vie après qu’il m’ait embauché pour faire du design d’animation 3D pour une série télé nommée Klootz. Et que ça ne m’ait rapporté que des insultes, du mépris, et une fraction du salaire normal. Et bien que tous mes designs aient été utilisés dans les épisodes, incluant ceux que je proposais de mon propre chef, je n’ai même pas eu droit à avoir mon nom dans les crédits à la fin. (Voir le billet Ma courte carrière en design animation 3D)

Parce que c’est ÇA, la personnalité et le comportement de quelqu’un qui sera porté à te dire joyeusement « Hostie qu’t’es con ! »

EXEMPLE 3: Stéphane de La Firme
À l’époque où je travaillais pour La Firme à Sherbrooke, j’avais deux chefs d’équipe, Philippe et Stéphane. En décembre, j’ai acheté quelques boites de petits chocolats creux remplis de bourbon Jim Beam. À chacun de mes collègues qui passait, j’en offrais. Arrive Philippe, à qui j’en donne. À la blague, je lui dis :

« C’est le meilleur moyen que j’ai trouvé pour pouvoir boire au travail. »

Philippe enchaine aussitôt en disant joyeusement :

« Tu t’y prends mal.  Moi, à ta place, j’ouvrirais tous les chocolat pour les vider dans un verre.  Et hop ! Cul sec ! »

Sur ce, il repart vers son bureau. Quelques minutes plus tard passe Stéphane, à qui j’en donne aussi. À la blague, je lui dis :

« C’est le meilleur moyen que j’ai trouvé pour pouvoir boire au travail. »

En souriant, il répond joyeusement :

« Hostie qu’t’es con ! »

Quelques mois plus tard arrivèrent au travail quelques complications que je vais essayer de résumer ici au max : Vicky était une nouvelle collègue que l’on m’avait chargé de former. Elle a tombé ensuite dans l’oeil de Sébastien, un programmeur. Celui-ci voyant d’un mauvais oeil notre relation pourtant platonique, a commencé à porter atteinte à ma réputation auprès de Vicky en inventant toutes sortes de merdes à mon sujet. Vicky et Sébastien ont commencé à sortir ensemble. Afin de s’assurer que je ne travaillerais plus avec elle, Sébastien a convaincu Vicky de porter plainte contre moi pour harcèlement, puisque c’est le genre d’accusation que l’on croit toujours sur parole lorsque portées contre un homme. Ils en ont parlé à Stéphane. Au lieu de faire ce qu’il aurait dû, c’est-à-dire en parler aux ressources humaines, interroger les collègues, me rencontrer, etc, il m’a expulsé de l’équipe, en allant ensuite colporter ces mensonges au grand patron.

Comme ça, à tes yeux , je suis un hostie de con, hm ? Très bien! Alors voyons lequel de nous deux l’est le plus. Avec tout ce que je sais sur toi, la question devrait être vite réglée.

Sur le courriel des employés, je lui ai envoyé un message qui disait à peu près ceci:

« Il parait que tu racontes des merdes à mon sujet au grand patron, et ce sans passer par les procédures des Ressources humaines?  Ok alors !  Si c’est à ça que tu veux jouer :

Depuis que tu as commencé à draguer Hélène, chose interdite par les réglements de La Firme, elle envoie à Vicky des captures d’écran de vos conversations intimes. Vicky trouve ça drôle et a envoyé ça à plein de gens au travail, dont moi, en la qualifiant de salope.  Et puisque je n’approuve pas qu’elle humilie une collègue et un chef de département auprès des employés de La Firme, j’ai cessé de la fréquenter. D’où le fait qu’elle frustre, d’où le fait qu’elle cherche à me faire perdre mon emploi. Et toi, t’as embarqué là-dedans à pieds joints. Félicitations !

Je ne voulais pas avoir à en parler, ni à toi ni au grand patron.  Mais en même temps, quand un chef de département comme toi dépose plainte contre moi auprès de lui, et ce sans faire la moindre vérification, c’est ma carrière est en jeu.  Tu m’obliges donc à tout lui dévoiler, captures d’écran inclus. Ce n’est pas comme si tu me laissais le choix.»

Je ne sais pas si c’est le cas partout. Mais ici, au Québec, il est formellement interdit à toute personne en position de pouvoir d’avoir des relations autres que professionnelles avec ses subordonnés.  C’est pour éviter plusieurs problèmes sociaux et légaux : Harcèlement sexuel par chantage, favoritisme, partage de renseignements confidentiels, etc.  Voilà pourquoi la relation entre Stéphane le chef d’équipe et Hélène membre de l’équipe devait rester secrète. 

Le lendemain matin, une note de service annonça officiellement que Stéphane « a remis sa démission afin de poursuivre l’étape suivante de son plan de carrière. » Il avait beau tenter de sauver la face en feignant que c’était un départ volontaire, maintenant que j’avais tout révélé, on savait bien que c’était la Direction qui lui avait montré la porte. À cause de son attitude au travail, incluant celle qu’il a eu envers moi suite aux accusations mensongères de Vicky.  (Tous les détails dans le billet Mon année 2019, 1 de 3.)

Parce que c’est ÇA, la personnalité et le comportement de quelqu’un qui sera porté à te dire joyeusement « Hostie qu’t’es con ! »

EXEMPLE 4 : Kevin le préposé.
Au printemps de l’année dernière, la résidence où je travaille a embauché un nouveau préposé. Et le hasard a voulu qu’il soit logé dans l’appartement voisin du mien.

Kevin est le genre de gars qui cherche à avoir l’attention. Et il le fait avec une forme d’humour que je qualifie d’agressante. Un jour, en réponse à une de ses blagues, je lui dis un truc amusant. Je ne me souviens plus de ce que c’était. Mais je ne risque pas d’oublier sa réponse de sitôt.

« Ha! Ha! Ha!  Hostie qu’t’es con ! »

À partir de là, j’ai compris que de l’avoir comme collègue, et surtout comme voisin, ça n’allait pas être drôle. Et effectivement, il pouvait venir me déranger de deux à dix fois par jour. Ça pouvait être pour parler de n’importe quoi, ou bien pour me faire ses blagues idiotes. Par exemple, en faisant disparaître du linge que je faisais sécher. Ou bien en allant cacher mon vélo derrière mon auto.

Un jour, on a une nouvelle voisine, Danyka, qui est infirmière à l’hôpital. Pendant les trois semaines qu’elle habitera ici, j’ai pu avoir un peu la paix, puisque Kevin trouvera son voisinage bien plus intéressant que le mien. Mais dès qu’elle est partie, je suis redevenu sa cible.

Pour une raison que j’ignore mais qui m’a fait particulièrement chier, le CHSLD nous donna des horaires semblables. Donc, quand je suis au travail, je le subis. Et quand je suis chez moi, je le subis. Sur une période de deux semaines, son gros fun était d’arriver par surprise derrière moi et me crier dessus pour me faire sursauter. Et s’il y a une chose qui me rend agressif depuis toujours, c’est bien ça.

Est-ce que je vous ai précisé qu’il avait 46 ans ? Comme quoi la maturité n’a aucun rapport avec l’âge.

Seule la perspective de me retrouver avec un dossier judiciaire me retient de lui casser la gueule.  Aussi, avant de poser un geste que je pourrais regretter (En fait, ce sont les conséquences du geste et non le geste lui-même qui me poserait problème) j’ai demandé à mon proprio s’il avait des logis libres ailleurs, que je puisse y déménager. Je lui ai expliqué pourquoi. Il me répond que non.  Il m’apprend cependant que Kevin est la raison pourquoi Danyka l’infirmière n’est restée que trois semaines. À force de ne jamais pouvoir mettre un orteil dehors sans qu’il aille aussitôt la rejoindre, elle a fini par craquer.

Tel que j’en ai déjà glissé mot dans le premier de deux billets au sujet de mon ex-collègue Ariane, Kevin a fait d’elle la cible de son harcèlement sexuel. Lorsqu’elle porta plainte, j’ai appuyé son témoignage en écrivant à la direction un résumé de ce que vous avez lu ici.  Kevin a aussitôt été renvoyé, ce qui l’obligea à quitter l’appartement le jour même, puisque le logis vient avec le contrat. 

Je crois inutile de préciser que personne n’a regretté son départ.

Je pourrais ajouter encore d’autres exemples.  Mais je crois bien que ces quatre-là suffisent pour démontrer que c’est ÇA, la personnalité et le comportement de quelqu’un qui sera porté à te dire joyeusement « Hostie qu’t’es con ! » À tout coup, cette personne toxique sera pour toi une source de problèmes. Je l’ai vécu assez souvent pour pouvoir affirmer que cette phrase est un Red Flag qui ne trompe jamais.

Il y a au moins une consolation du fait que, lorsque l’on regarde leurs agissements, on constate que le plus con des deux n’est jamais celui qu’ils prétendent. 

EN CONCLUSION.
Depuis l’époque de Martine, je suis contre le flirt avec les collègues de travail. Mais il arrive parfois que je sois tenté de faire exception pour une personne exceptionnelle. Il y en a eu une comme ça, gentille, mignonne, qui me donnait l’impression qu’elle pouvait peut-être s’intéresser à moi.

Un jour, au travail, elle me lance une petite taquinerie. Devant mon air surpris, elle rit en me disant :

« C’est juste des blagues. Tu l’sais bien que j’aime t’agacer. »

Pour mes lecteurs Européens, il faut savoir qu’ici, au Québec, agacer peut vouloir dire taquiner. Mais le mot agace est aussi utilisé pour désigner une allumeuse, une femme qui s’amuse à exciter sexuellement un homme, mais qui ne voudrait jamais passer à l’acte avec lui. Et en ce moment, j’habite et travaille dans une région appelée La Gaspésie. D’où ma réplique calembourgeoise suivante :

« Oh, je l’sais bien que tu m’agaces. Après tout, nous sommes dans la capitale des agaces : l’Agace-pésie. »

Elle éclate de rire.

« Ha! Ha! Ha!  Hostie qu’t’es con ! »

Ces paroles me font l’effet d’une douche froide. L’attirance que je ressentais jusque-là pour elle disparaît aussi sec. Fort de mon expérience avec toutes les personnes qui m’ont adressé cette phrase par le passé, j’ai compris qu’il valait mieux que je garde mes distances avec cette femme. Je ne sais pas ce qu’elle me ferait subir. Mais je préfère ne jamais avoir à l’apprendre.

Depuis, lorsque je m’adresse à elle, c’est toujours en rapport à notre milieu de travail, et avec sérieux. Et lorsqu’elle me lance des taquineries (Ce qui est de plus en plus rare maintenant), je réagis en souriant, mais sans en rajouter. De toute façon, elle n’a jamais manifesté d’intérêt pour moi. Et c’est très bien comme ça.

Lorsque je coupe brusquement de ma vie ceux qui me manquent de respect, on me pose parfois les questions suivantes : Pourquoi est-ce que je ne dis pas à la personne que ses paroles m’offensent ? Que je ne tolèrerai pas ce manque de respect ? Et que je lui serais gré de ne pas recommencer ? La réponse est simple : Parce que les gens agissent toujours en accord avec leur nature profonde. Demander à cette personne de me respecter, ce serait lui demander d’agir contre sa nature. Or, personne ne peut changer sa nature. On ne peut que la dissimuler. Si tu lui demandes de ne plus te manquer de respect, vrai, elle peut le faire. Mais le fait qu’elle n’exprime pas le mépris qu’elle ressent pour toi, ça ne change rien au fait qu’elle ressent du mépris pour toi. Un jour, il y aura entre vous un accrochage, réel ou né de son imagination. C’est inévitable. À ce moment-là, elle te déversera sans la moindre retenue le tsunami des sentiments négatifs qu’elle a si longtemps retenu et accumulé contre toi.

Ce n’est pas pour rien qu’existe le proverbe « Chassez le naturel, il revient au galop. » Tôt ou tard, sa facade va craquer, et tu réaliseras que tu auras perdu ton temps en illusions, à t’imaginer qu’il y avait du respect là où il n’y avait que du mépris.

Parce que c’est ÇA, la personnalité et le comportement de quelqu’un qui sera porté à te dire joyeusement « Hostie qu’t’es con ! »

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Y’A LIENS LÀ.


Voici les liens vers les billets auquel je fais référence dans cet article.

Ma courte carrière en design animation 3D. Si ma carrière fut courte, le billet est long, car j’y résume ma relation avec Carl, amicale comme professionnelle.
Mon année 2019, 1 de 3. Je dois avouer que je ne me suis jamais donné la peine d’écrire les parties 2 et 3. Mais celle-ci est consacrée à ma relation avec Vicky, et tous les problèmes qu’elle a pu causer au bureau. Et pas juste à moi. Par ses agissements, ce sont cinq personnes qui y ont perdu leur emploi.
Le premier de deux billets au sujet de mon ex-collègue Ariane. Elle a beau avoir été victime du harcèlement de Kevin, elle n’en était pas blanche comme neige pour autant. Ce n’est pas pour rien que cette première partie s’intitule Une amitié parsemée de Red Flags.