Quand l’intérêt ne comporte PAS de date d’expiration.

AVERTISSEMENT.  Puisque la réalité n’a que faire de la rectitude sociale, certains termes utilisés dans ce texte vont probablement choquer certaines âmes sensibles.

Comme on dit au Québec, cette année, je pogne! 
J’ai d’abord plu à Noémie, jeune femme de 25 ans.  Puis à une seconde Noémie, au gym, dans la mi-trentaine. Parallèlement, une de mes collègues de travail a eu un sérieux coup de foudre pour moi.  Mais celle-là, Pierrette, en avait 60.

Il suffirait de presque rien 25 à 35 ans de moins
Pour être honnête, malgré son âge, Pierrette n’était pas si mal fichue.  Elle avait gardé un corps mince et en forme.  Si on lui mettait un sac de papier sur la tête, on pourrait certainement croire qu’elle a 20 ans.  Mais comme vous l’avez compris en lisant la phrase précédente, c’est au niveau du visage que son âge est évident.  Et aussi dans sa voix, rauque comme si elle avait fumé toute sa vie.  Ceci, et le fait que je ne connais rien à son sujet, explique qu’elle ne fait naitre en moi aucun intérêt pour elle.

Pierrette a commencé à travailler à la résidence en avril, tout de suite après le fiasco de ma relation avec Noémie, celle de 25 ans.  Ce matin-là, nous allions lever, laver, habiller et installer un résident.  Alors que l’on commençait nos soins, celui-ci m’a demandé :

« C’est-y ta femme? »

Amusée, Pierrette lui répond :

« Ben oui! Stéphane et moi, on vient de se marier, même si ça fait juste deux heures qu’on se connait. »

J’entre dans la blague en ajoutant :

« Ouais, et j’ai dû abuser du champagne, parce que je ne me souviens pas du tout de la nuit de noces. »

Pour le reste de la journée, à chaque fois que l’on croisait un collègue, et à chaque résident assez éveillé cognitivement pour comprendre, Pierrette répétait :

« Hey !  Savais-tu que Stéphane et moi, on est mariés ? »

Rendu à midi, je commençais à être un peu moins à l’aise avec cette blague qui, selon moi, n’aurait pas dû sortir de la chambre du résident qui m’avait posé la question.  Voilà pourquoi j’ai cessé d’ajouter ma remarque au sujet de la nuit de noces.  J’expliquais plutôt que c’était un résident qui avait présumé ce matin que nous étions mariés.

Au bout de deux semaines elle continuait de répéter ça à qui voulait ou non l’entendre. je commençais à trouver ça lourd.  Il y a une raison pourquoi on dit que les blagues les plus courtes sont les meilleures.  C’est là que j’ai eu l’impression que l’idée que nous soyons en couple ne devait pas lui déplaire.

Un soir, elle arrive derrière moi, agrippe l’arrière du col de mon uniforme en en vérifie l’étiquette.  Elle s’explique en disant qu’elle me verrait bien dans un gilet de marque Polo jaune moutarde.  Et là, devant moi, sur son téléphone, elle le commande sur Amazon.  Surpris, je proteste.  Et c’est là qu’elle m’exprime le second indice de son intérêt pour moi :

« Je suis comme ça.  J’ai toujours aimé habiller mes hommes. »

C’est mieux que de me déshabiller, je suppose.  J’insiste quand même pour le lui rembourser sur livraison.

Dans les jours qui suivent, nous ne nous voyons presque plus.  Nos horaires cessent de correspondre, alors que nos heures et sections assignées divergent.  Mais un début d’après-midi, alors qu’elle travaillait dans une autre section de la résidence, elle vient me rejoindre.

« Est-ce que tu voudrais m’accompagner à un mariage? »
« Pas le nôtre, j’espère !? »
« Ha! Ha!  Non!  T’sais, la préposée, Danyka ?  C’est ma nièce.  Elle va se marier le 31 août avec son chum, notre collègue, Jasmin.  Lison aussi va venir, c’est sa demoiselle d’honneur. »
« Attend un peu.  Je vais consulter mon horaire. »

Je prends mon agenda.  Et comme je me souvenais, ce jour-là, je travaillerai à temps double, de 7 :00 le matin jusqu’à 23 :00.  Heureux d’avoir une bonne excuse pour décliner, je le lui montre. 

Pour moi, l’affaire est réglée.  Mais pas pour elle.  Elle insiste.  Elle me dit que je devrais demander congé, et que de toute façon je travaille déjà trop.  Mais je refuse.  Mon horaire de travail, c’est sacré. Surtout que, payé à temps et demi, un double équivaut pour moi à $500 clair sur mon chèque de paie.  Je ne cracherai certainement pas là-dessus pour accompagner une femme qui ne m’intéresse pas à un événement dont je n’ai rien à cirer. J’ai toujours gardé ma vie sociale et ma vie professionnelle séparée, et ce n’est pas pour elle que je vais déroger de cette règle. 

Après qu’elle insiste une fois de trop, je lui dit sèchement :

« Et c’est toi qui va me la rembourser, ma paie à temps-et-demi que je vais perdre cette journée-là? »

Avec un petit sourire, elle se contente de rouler des yeux avant de retourner dans sa section.

Deux jours plus tard, elle me rejoint pour me demander :

« Et puis ?  Est-ce que tu as demandé congé pour le mariage ? »

Étant donné que je lui ai déjà dit non plusieurs fois l’avant-veille, je commence à trouver qu’elle insiste lourdement.  Je trouve cependant l’excuse parfaite.

« C’est impossible !  Ce jour-là, Ta nièce va être absente, son fiancé va être absent, sa demoiselle d’honneur va être absente, et toi tu seras absente.  On manque déjà de personnel, c’est la raison pour laquelle je fais régulièrement des 64 à 80 heures par semaine.  Avec vous quatre qui seront absent, je ne peux certainement pas m’absenter aussi.  Surtout sur deux quarts de travail. »

Et je la laisse sur place, allant m’occuper d’un résident dans sa chambre.

Le lendemain, elle revient me voir.

« Je viens d’aller voir Marie-Jeanne. »

Marie-Jeanne, c’est ma patronne immédiate, ma chef de département.  C’est elle qui s’occupe, entre autres, de mon horaire.

« Je suis allé lui demander de te donner congé pour le 31 août.  Mais elle m’a dit que si tu veux avoir ton congé, il va falloir que tu ailles le lui demander toi-même. »

Ces paroles me frappent comme une gifle.  Là, elle va trop loin.  L’une des nombreuses raisons pourquoi j’ai renié mes parents il y a plus de deux ans, c’est parce qu’ils ont toujours fait en sorte de me faire perdre mes emplois en venant y foutre la merde.  Alors je ne vais certainement pas accepter ça de la part d’une vieille peau désespérée qui n’a aucun respect de mes limites, au point où c’en est devenu du harcèlement. 

Je file droit vers le bureau de Marie-Jeanne, à qui je me confonds en excuse, en lui disant que Pierrette avait mal compris mes intentions, et que dans les faits je ne demande aucun congé.  Évidemment, ma patronne veut comprendre la situation. Je me vois donc obligé de lui raconter l’invitation de Pierrette, et son insistance face à mon refus.  Ce qui me contrarie sans bon sens, puisque je déteste mêler vie privée avec vie professionnelle.  C’est en fulminant que je ressors du bureau et retourne dans ma section.  Pour constater que Pierrette est retournée dans la sienne.  Ce qui lui évite de recevoir ma façon de penser.

Pour les deux semaines qui suivent, je ne revois plus Pierrette.  Pas même sur les horaires des différentes sections.  Ce qui me porte à croire qu’elle ne travaille plus pour la résidence.  Tant mieux si c’est le cas.  Je m’abstiens de poser des questions à ce sujet à sa nièce Danyka, au cas où ça puisse être interprété comme étant un signe d’intérêt de ma part. Étant donné la négativité des sentiments que j’ai pour elle, ça serait extrêmement contreproductif.

Pierrette II, le retour.  Cette fois, c’est personnel.
Un début d’après-midi, voilà Pierrette qui réapparait dans ma section.

« Allo Stéphane.  J’ai quelque chose pour toi. »

Elle me remet un colis.  C’est le chandail Polo jaune moutarde qui a fini par arriver.  Tandis que j’ouvre le paquet, Pierrette me caresse doucement les cheveux et me susurre :

« Je suis contente de te revoir.  Tu m’as beaucoup manqué, tu sais! »
« Euh… Ça doit bien faire deux semaines que je ne te voyais plus ici.  Je pensais que tu ne travaillais plus. »
« Je ne suis plus préposée.  Mais je viens de me faire réembaucher, cette fois en service privé. »

Le service privé consiste à faire de la surveillance, assis dans le corridor, devant la chambre des résidents qui peuvent avoir un comportement dangereux envers les autres et/ou eux-mêmes.  Je ne le savais pas à ce moment-là, mais peu après que j’ai été obligé de raconter mes ennuis à ma patronne, Pierrette a été convoqué au bureau de la direction.  La piètre qualité de son travail a été évoquée pour mettre fin à son contrat.  Et j’ai l’impression que se mêler de mes affaires n’a pas dû aider sa cause.  On pourrait croire qu’elle en aurait tiré une leçon.  Malheureusement…

« Et puis ?  Est-ce que t’as réussi à avoir congé le 31 août ? »

Ironiquement, oui, entretemps, j’ai obtenu congé pour cette date.  Mais c’est pour pouvoir participer à l’exposition Couples Artistes qui va se dérouler les 30 et 31 août ainsi que le 1er septembre, au Manoir Rouville-Campbell de Mont-Saint-Hilaire.  Aussi, sans lui préciser le comment du pourquoi, je lui montre mon agenda.

« Comme tu vois, j’ai pris toute la semaine, trois jours avant cette date et trois jours après. »

Décidant qu’il était temps d’en finir pour de bon avec elle, j’ajoute :

« Étant donné que nos horaires ne correspondent pas, donne-moi donc ton numéro de téléphone.  Ça va faciliter les choses pour la planification. »

C’est toute heureuse qu’elle me le donne, avant de repartir faire sa surveillance.

15 :00, je termine mon quart de travail.
15 :14, j’entre chez moi.
15 :16, j’ouvre mon ordi.
15 :17, j’ouvre Word et je lui prépare un texte court, droit au but.
15 :41, je le lui copie-colle, un paragraphe à la fois.

Eh oui ! J’ai utilisé la ruse toute féminine de m’inventer une relation afin de la décourager pour de bon de m’approcher. Étant donné qu’elle n’a accepté aucun de mes refus, ce n’est pas comme si elle m’avait laissé le choix.

Alors voilà, problème réglé.  Au moment d’écrire ces lignes, je ne l’ai pas revue depuis à la résidence.  Je suppose que si, comme je l’imagine, elle ne s’était fait réembaucher que dans le but de se rapprocher de moi, alors ma réponse fit qu’elle n’avait plus aucune raison d’y rester.

De cette mésaventure, j’aurai au moins tiré un joli gilet jaune moutarde.  Dommage que ce ne soit, au bout du compte, qu’une imitation de Polo.

En avril dernier, je publiais une série de trois billets intitulés L’intérêt d’une femme vient avec une date d’expiration.  Je racontais qu’à six reprises dans ma vie, je n’avais pas répondu à temps aux avances de jeunes femmes qui pourtant m’intéressaient.  Par conséquent, leur intérêt pour moi a disparu pour de bon.

Or, dans mon dernier billet, celui qui précède celui que vous lisez en ce moment, je parle de Nathalie.  À 50 ans, elle m’a démontré s’intéresser à moi.  Et moi, dans l’espoir qu’elle comprenne que ce n’était pas réciproque, j’ai passé deux ou trois mois à jouer au nigaud trop cave pour comprendre.  Tout en ne démontrant moi-même aucun intérêt autre qu’amical pour elle.  Mais tout comme avec Pierrette, j’espérais pour rien, puisque l’intérêt de Nathalie envers moi n’avait PAS de date d’expiration.

Pourquoi l’intérêt de certaines femmes vient avec une date d’expiration et d’autres non?  Je pense que l’indice principal se trouve dans leurs descriptions physiques.

Océane. 18 ans.  Très belle.
Daniella. 19 ans.  Très belle.
Noémie.  25 ans.  Très belle

Tandis que…

Pierrette. 60 ans, avec le visage qui le démontre.
Nathalie.  50 ans.  Obèse.  Divers problèmes de santé. Le corps et le visage ravagé par une vie d’abus d’alcool, drogues, cigarettes, et accident de la route.

Le premier groupe est constitué de belles jeunes femmes.  Quand un gars n’en veut pas, elles peuvent aisément passer au candidat suivant.  Grâce à leur jeunesse et leur beauté, elles ont des options.  Ce qui n’est malheureusement pas le cas du second groupe.

C’est triste pour elles, mais c’est ça quand même.

La relation toxique qui a changé ma vie pour le mieux.

Je vais essayer de résumer autant que possible, parce que si je me perds dans les détails, ça n’en finira plus.

Décembre 2018.  J’ai 50 ans et j’habite à Sherbrooke.  Je reçois le message suivant sur Facebook : « Bonjour Stéphane.  Tu te souviens de moi?  Nathalie ███████ .  On allait à l’école ensemble à Saint-Hilaire.  Je me demandais ce que tu devenais.  Bonne journée. »

Ma première réaction a été de me dire : « Ah bon ?  Durant les onze ans où nous avons fréquentés les mêmes écoles, et parfois les mêmes classes, nous n’avons même pas échangés un #/$%?& de mot.  Et là, trente-trois ans plus tard, tu me parles comme si nous étions de vieux amis d’enfance qui s’étaient retrouvés ? »  Je m’astiens cependant de lui faire cette réflexion en lui répondant.  

Au fil des semaines, après avoir échangé des banalités sur ce que nous sommes devenus, voilà qu’elle commence à devenir de plus en plus flirt avec moi.  Au début, je ne réagis pas, espérant que mon manque de réaction sera suffisant pour qu’elle comprenne le message.  C’est que physiquement, Nathalie ne me plaisait pas.  Dans ma jeunesse, j’étais laid avec un physique mal foutu.  Mais là, rendu à 50 ans, je suis fort attrayant en ayant l’air d’avoir quinze ans de moins.  Dans le cas de Nathalie, tout comme pour la majorité des gens de ma génération, c’est l’inverse. Je terminais justement mon programme Diesel Ego de remise en forme. Et mon orgueil me disait qu’après tous les efforts que j’y ai mis, je méritais mieux que ça.

Il y a cependant quelque chose dans mes échanges avec Nathalie que je n’ai jamais retrouvé avec toutes les autres filles que j’ai fréquenté dans ma vie : un passé commun.  Nous avons été élevés dans la même ville.  Nous avons fréquenté les mêmes écoles, les mêmes élèves, les mêmes profs, pendant les mêmes années.  Nous avons assisté aux mêmes événements, avons marché les mêmes rues, visité les mêmes commerces, lu à tous les mercredis le même journal régional livré à la porte.

Jusque-là, j’avais toujours été en relation avec des filles de la région de Montréal, dont la majorité n’avaient jamais mis les pieds à St-Hilaire.  Alors si je voulais leur raconter une anecdote au sujet d’André Boileau-Desmarais, par exemple, je devais leur expliquer qui était André, le fait que c’était un camarade d’école, faire un survol de sa personnalité, avant de raconter l’anecdote elle-même.  Tandis qu’avec Nathalie, j’avais juste à dire « Ça me rappelle la fois où André Boileau-Desmarais a [insérer anecdote quelconque]», et elle partait à rire en disant « Ha! Ha! C’est bien lui, ça ! »  Alors même si l’on ne s’était jamais parlé avant nos 50 ans, nous avions cette forme de complicité que jamais je n’avais vécu dans mes relations précédentes. 

Aussi, lorsqu’elle a vu que son approche subtile ne fonctionnait pas avec moi et qu’elle a décidé de me faire part de ses sentiments franchement et directement, je devais faire un choix.  Perdre cette relation que j’appréciais beaucoup. Ou bien me résigner à adopter la doctrine disant que c’est l’intérieur qui compte

J’étais loin de me douter que cette relation allait changer le cours de mon existence.

Quelques années plus tôt, en 2013, j’avais créé un groupe sur Facebook.  Je l’avais appelé Le Saint-Hilaire / Beloeil / St-Hyacinthe d’hier.  J’y avais mis vingt cartes postales de ces villes, datant des années 1950-60-70.  La majorité montraient des commerces qui n’existaient plus, ou des endroits qui avaient bien changé depuis les trente dernières années.  Histoire d’évoquer notre passé commun en montrant ces images à Nathalie, je lui ai envoyé l’adresse.  Elle a tellement aimé, qu’elle a partagé mon groupe sur son mur de Facebook.  Ayant toujours habité à St-Hilaire et étant prof de musique, Nathalie avait énormément de contacts de la région.  Lors de ses sept premières années d’existence, mon groupe n’avait que six membres.  Après une semaine sur le Facebook de Nathalie, ce nombre a monté à 600.

À l’époque, la compagnie d’informatique pour laquelle je travaillais m’avait mis sur le contrat de la BAnQ, la Bibliothèque et Archives nationales du Québec.  Je numérisais des documents et photos en provenance de bibliothèques et d’archives de différentes municipalités.  Alors à chaque fois que je tombais sur des images de Saint-Hilaire ou de l’une des villes avoisinantes, je les mettais aussitôt sur ma page. J’en ai changé le nom pour Autour du Mont-Saint-Hilaire d’autrefois, et j’ai classé les photos dans différents albums.  Certains aux noms des villes :  St-Hilaire, Beloeil, Otterburn Park, etc.  Et d’autres plus spécifiques : La Montagne et son Lac, le Manoir Campbell, la Raffinerie de Sucre, Le Centre d’achats, etc.

L’album de la raffinerie de sucre a attiré l’attention de Michel Cormier, petit-fils de l’un des premiers gérants de la raffinerie.  De son grand-père, il tenait une impressionnante quantité d’archives qui prouvaient que le gouvernement de Maurice Duplessis avait saboté l’implantation de l’industrie du sucre au Québec, au profit du trust du sucre ontarien qui lui versaient en retour des millions pour ses campagnes électorales.  Un sujet qui n’avait encore jamais été étudié dans toutes les biographies de Maurice Duplessis.  Et ceci m’a permis de rédiger mon premier livre, publié en 2023, Le sucre rouge de Duplessis.

Mon album au sujet du Manoir Campbell a attiré l’attention de Sonia et Laurent Bonet, enfants de Jordi Bonet (1932-1979), un sculpteur de réputation internationale, qui habita au ce manoir de 1969 jusqu’à son décès.  Mes connections avec la BAnQ et mon talent pour trouver des trésors d’archives m’ont permis de retrouver une impressionnante quantité de documents au sujet de leur père, dont la majorité dont ils ignoraient l’existence.  Et puisque dans ces vieux villages, tout le monde connaissait tout le monde, il se trouve que mon père a déjà été à l’emploi de la famille Bonet.  Il m’a donc raconté plusieurs anecdotes, dont certaines qui ont adouci les derniers jours de leur mère, Huguette Bouchard Bonet, avant qu’elle nous quitte à l’été de 2019.  À ce jour, j’occupe toujours la fonction de recherchiste-archiviste pour les Bonet, entre autres pour l’exposition Couples Artistes, qu’ils organisent au Manoir Campbell les 30, 31 août et 1er septembre prochain.

Lorsque mes parents m’ont fait perdre mon emploi à Sherbrooke en janvier 2020, Nathalie m’a hébergé chez elle à St-Hilaire.  Un mois plus tard, la pandémie commençait.  Alors lorsque le Gouvernement Legault a annoncé que l’on recherchait à former 10 000 préposés aux bénéficiaires pour répondre au manque de personnel dans le système hospitalier, c’est au centre de formation le plus près de là que je suis allé, celui de Sainte-Julie.

Depuis quelques mois, la relation que j’avais avec Nathalie avait pris un tournant négatif. Il se trouve qu’elle aussi, se disait qu’avec mon physique, je pourrais certainement me trouver mieux qu’elle. Par conséquent, elle se montrait de plus en plus possessive, et s’arrangeait toujours pour m’isoler, me mettre dépendant d’elle. Une situation toxique que je vivais déjà depuis toujours avec mes parents. Ces derniers ont dû s’en rendre compte, car ils sont venus saboter ma relation avec Nathalie, en plus de traumatiser son fils à mon sujet, en leur racontant toutes sortes de merde à mon sujet. Ce qui a résulté à mon expulsion de chez Nathalie, amorçant ainsi mes 40 jours d’itinérance de l’été de 2020. Car j’ai préféré la rue plutôt que de retourner vivre chez mes parents à Sherbrooke, ce qui m’aurait obligé à abandonner ma formation de préposé aux bénéficiaires.

Formation où j’ai rencontré Mégane, qui tomba en amour avec moi.  C’est elle qui m’a trouvé le logement que je loue toujours aujourd’hui, un 3½ à $512, un prix déjà bas à l’époque, introuvable ailleurs aujourd’hui.

C’est également Mégane qui m’aida à m’acheter une automobile.  Ne voulant pas prendre le risque de me faire arnaquer comme en 1997, j’ai fait appel à son expérience dans le domaine de l’automobile. Ceci lui a permis de m’aider à faire un bon choix économique et satisfaisant.

Enfin, lorsque Mégane m’a laissé tomber pour un gars de Québec, je me suis inscrit sur Facebook Rencontres.  Parmi mes photos, j’en ai mis une de moi en uniforme de préposé.  Ça a attiré l’attention d’une préposée qui m’a aussitôt contacté.  Son intérêt envers moi n’était que monétaire, puisque chaque personne qui recrute un nouveau travailleur pour son agence de placement en santé reçoit une prime de $200.  N’empêche que maintenant, j’ai un travail qui me permet de voyager partout au Québec, avec un salaire plus élevé que si j’étais à l’emploi du système de santé gouvernemental, avec mon essence payée, une prime de déplacement, en prenant autant de jours de congés que bon me semble, ou au contraire acceptant tout le temps supplémentaire qui me convient, ce qui monte régulièrement mes heures de travail à 80 par semaine, payées à temps et demi après 40.

Aujourd’hui, j’occupe un travail qui me plait, dans lequel ma compétence est reconnue et appréciée. Je possède une automobile, ce que jamais je n’ai pu obtenir avant. Je suis prospère, au point où je ne dois plus un sou à personne, avec des dollars qui s’engrangent par milliers dans mon compte de banque. Mon appartement à St-Jean-Baptiste, où je loge mon ex-beau-frère qui m’en paie le loyer, ne me coûte plus rien. Si bon me semble, à la fin de chacun de mes contrats de trois mois, je peux décider d’aller travailler à Trois-Rivières, Gaspé, Percé, la Baie James, Rimouski, et vingt autres villes, vivant ainsi en touriste payé jusqu’à l’âge de la retraite. Car je possède aujourd’hui le bien le plus précieux qui soit: la liberté.

Où est-ce que je veux en venir, avec cette récapitulation de mes cinq dernières années de vie?  Au fait que si je m’étais écouté, j’aurais dit non à Nathalie.  Et par conséquent…

  • Il n’y aurait pas eu de Autour du Mont-Saint-Hilaire d’autrefois, avec ses 9 156 abonnés au moment où j’écris ces lignes.
  • Sans l’existence d’Autour du Mont-Saint-Hilaire d’autrefois, je n’aurais eu aucun contact avec la famille Bonet.  Je n’aurais pas pu apaiser les derniers jours de leur mère.  Et je ne collaborerais pas avec leurs projets encore aujourd’hui
  • Et pas de livre Le sucre rouge de Duplessis non plus.
  • Lorsque mes parents m’ont fait perdre mon emploi, je me suis retrouvé sans revenus.  Sans Nathalie chez qui aller me réfugier, je ne serais jamais parti de Sherbrooke pour St-Hilaire. Et lorsque la pandémie est arrivée un mois plus tard, jamais je n’aurais pu me trouver un emploi.  J’aurais perdu mon logement, me retrouvant dans l’obligation de retourner vivre chez mes parents.
  • Lorsque le gouvernement Legaut a fait son appel de candidature, j’aurais suivi ma formation à Sherbrooke.  Pas de Mégane, donc pas de loyer économique à Saint-Jean-Baptiste et pas d’auto.  Et pas non plus de célibat surprise qui m’amène à m’inscrire sur Facebook Rencontre juste au bon moment pour me faire remarquer par une employée de l’agence de placements en santé. 
  • Et avec mes parents qui me collent au cul 24/7, pour m’empêcher toute vie sociale et amoureuse, et qui s’arrangent toujours pour me faire perdre mes emplois afin de me garder dépendant d’eux, ils m’auraient gardé dans une misère telle que jamais je n’aurais pu les renier sans que je me retrouve itinérant.  Mais cette fois sans avenir, dans une ville où, à part eux, je ne connaîtrais personne.

Là encore, où est-ce que je veux en venir?  Est-ce que je dis qu’il faut accepter d’être en couple avec toutes les personnes qui nous déplaisent physiquement ?  Non!  Tout ce que je dis, c’est que dans cette situation comme tant d’autres, on a souvent à faire un choix.  Dire non, et ainsi rester dans une routine pas toujours confortable, mais que l’on connait bien.  Routine qui, dans la majorité des cas, ne va jamais en s’améliorant, puisqu’il arrive toujours quelque chose pour la déranger. Ou bien dire oui, ce qui va changer le cours de notre existence en nous faisant vivre des choses insoupçonnées.

Le tout dépend de notre capacité à faire face aux changements, et à s’y adapter.

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Quelques liens

L’exposition Couples Artistes, de la Fondation Jordi-Bonet, qui se déroulera au Manoir Rouville-Campbell les 30 et 31 août et le 1er septembre.

Mon livre, Le sucre rouge de Duplessis.

La page Autour du Mont-Saint-Hilaire d’autrefois.

Nice Guy, Bad Boy, Fille Conne… Tout dépend du point de vue.

Depuis quelques années, cette image est partagée sur Facebook et autres médias sociaux.

C’est le genre de trucs que partagent les Nice Guys pour exprimer leur désarroi face à la connerie des femmes. Et j’avoue qu’il fut un temps où j’aurais moi-même diffusé une telle image dans ce même but. Mais voilà, à l’aube de mes 56 ans, il se trouve que dans ma vie, j’ai été tour à tour chacun de ces trois personnages.

Comme la fille, j’ai désiré une personne qui ne voulait pas de moi. Lorsqu’on a quelqu’un dans la peau, on l’a. C’est comme ça. On a l’impression que c’est lui/elle qui est la bonne, et personne d’autre. Alors on prend chaque opportunité qui se présente pour essayer et réessayer de faire naître l’intérêt chez l’autre.

Avec le temps, j’ai vu la chose avec logique. Il y a huit milliards d’humains sur terre. Ça signifie quatre milliards de femmes. Même en enlevant les moins de 25 ans et les plus de 50, les lesbiennes, les asexuelles, les aromantiques, celles en couple, celles qui ne parlent ni français ni anglais, et celles avec qui il n’y a aucune compatibilité dans la personnalité ni les goûts, il reste tout de même quelques millions de potentielles chez qui je peux trouver exactement ce qui m’attirait chez l’autre. Dès que j’ai eu cette révélation, j’ai cessé de perdre mon temps sur des causes perdues.

Comme le Nice Guy, j’étais instinctivement porté à me proposer comme le sauveur de ces filles en détresse. Même si mes intentions étaient pures, à mes yeux du moins, j’ai fini par réaliser que ce comportement était une conséquence de la faible estime que j’avais envers moi-même. Aller vers une femme bien portante, c’eut été m’exposer au risque qu’elle ne me trouve pas à la hauteur. Tandis que si une femme vient d’être blessée par un homme, je peux lui démontrer que je vaux mieux que lui, moi. C’est à cause que, inconsciemment, je croyais que la seule façon pour moi de me démarquer en bien des autres gars, c’était uniquement en me comparant à pire que moi.

Bien que ne m’en rendais pas compte moi-même, il y a un côté passif-manipulateur à ceci. Car même si on ne le dis pas dans ces mots, il reste que par nos agissements, on tente de passer à la fille le message suivant: « Ou bien tu m’aimes, moi, celui qui te traite bien. Ou bien tu aimes l’autre, celui qui te traite mal. Est-ce que tu aimes être maltraitée? Ou bien as-tu l’intelligence de faire le bon choix? »

Enfin, comme le Bad Boy, j’ai… En fait, pourquoi le dépeindre comme un Bad Boy? C’est juste un gars qui se fait approcher par une fille qui ne l’intéresse pas, et qui le lui fait savoir. J’ai vécu ça. Et comme lui, je lui ai fait comprendre que non, désolé, je ne ressens pas ça pour elle. Depuis quand est-ce un crime, de ne pas resentir d’attirance pour une personne en particulier? Si on inversait les sexes, tout le monde condamnerait la personne qui insiste en l’accusant de harcèlement.

En partageant cette image, le sentiment que l’on essaie de transmettre ici est :

  • La fille est conne.
  • Les bons gars finissent dernier.
  • Le bel homme est un salaud qui ne mérite pas l’attention que les femmes lui portent.

Alors que la réalité est :

  • La fille est victime d’un désir qui l’aveugle à la réalité.
  • Le soi-disant bon gars est, à sa manière, un prédateur puisqu’il ne se rabat que sur celles qui sont blessées, dans l’espoir de les manipuler.
  • Le bel homme n’a rien demandé. Il est la cible d’un désir non-sollicité et non partagé. Et plutôt que de jouer avec les sentiments de la fille, il lui démontre clairement qu’elle ne doit rien s’attendre de lui. Ce qui fait que de ces trois personnages, il est le seul à être irréprochable.

Lorsque l’on comprend le point de vue de chacun, ceci change totalement la perspective.