L’hypocrisie de la fausse noblesse.

Durant les premières années d’activité de ce blog, l’un de mes thèmes les plus récurrents était les forums.  Je fréquentais ces endroits depuis mes débuts sur le net, c’est-à-dire dès 1997.  Je me suis peu à peu détaché de ce thème, à mesure où moi-même je cessais peu à peu d’en fréquenter.  Mais depuis un an, je suis activement …

En plus d’un quart de siècle, certaines choses ont changé.  La plus grande différence étant qu’à l’époque, des forums, il en pleuvait.  Aujourd’hui, ils sont plus rares.  Les gens ne se donnent plus la peine d’en monter un, puisqu’il est bien plus simple de créer un groupe sur Facebook.  Les forums encore existants sont majoritairement réservés à certains sites spécialisés.  Particulièrement les sites de rencontres. Endroits que je recommence à fréquenter, et grâce auquel j’ai publié mon second livre l’Amour est dans le champ de patates.

Autre chose qui a changé depuis le tournant du siècle, c’est le fait qu’Internet a perdu son statut d’endroit où tous peuvent se laisser aller sans limite ni contrôle.  Il est fini, le temps où les gens pouvaient insulter et menacer les autres, tout en se lavant les mains en se cachant derrière l’excuse que « le net, c’est pas la vraie vie. »  Maintenant que la cyberintimidation est reconnue par la loi, les forums sont maintenant bien plus réglementés.

Ce qui n’a pas changé, par contre, c’est l’attitude des gens que l’on y retrouve. Aujourd’hui, je vais vous présenter l’un d’eux, j’ai nommé le faux noble. J’ai deux exemples. Le premier, appelons-le CochonnetPuissant.

Pour une raison qui m’échappe, le gars a décidé de me prendre en grippe dès mon arrivée sur le forum il y a un an. C’était dans un sujet en rapport au consentement. J’avais donné un résumé de mon vieux billet, Elle a dit OUI par peur des conséquences de dire NON. Dans celui-ci, je démontrais qu’il fallait être attentif aux signes, comme quoi même si un consentement est donné, ça ne signifie pas pour autant que celui-ci est sincère.

CochonnetPuissant a alors répliqué un truc dans le style de : « Ceci est l’exemple parfait du beau parleur qui dirait n’importe quoi pour mettre les femmes en confiance. C’est le plus grand signe d’une personnalité perverse narcissique. Ne tombez pas dans le piège, et méfiez-vous de ceux qui vous baratinent comme dans Le Corbeau et le Renard. »

Quand un gars se montre à ce point-là irrité par un homme qui colporte l’idée que l’on doit respecter le consentement, on est en droit de se poser de sérieuses questions à son sujet. Voilà ce que j’aurais pu répliquer. Mais je m’en suis abstenu. Si moi je suis arrivé à ce raisonnement, c’est certainement le cas des femmes de ce forum. Inutile de leur faire du mansplaining. J’opte donc pour lui faire le traitement du silence, sauf s’il s’adresse à moi directement.

Je suis tout de même allé cliquer sur son profil, pour voir aussitôt qu’il m’en avait bloqué. De toute manière, je n’avais pas besoin de cliquer dessus pour le savoir. Il se trouve que sur ce forum, lorsqu’une personne nous bloque, les boutons J’AIME et RÉPONDRE n’apparaissent pas sous leurs commentaires.

Je suppose que c’est pour éviter de se faire narguer de manière passive, en recevant sans cesse des J’AIME de la part de gens que l’on bloque.

Durant l’année qui suivit, il lui est arrivé à cinq ou six reprises d’attaquer ma réputation. Toujours de la même manière, soit en sous-entendant que chacune de mes paroles positives et bienveillantes n’est motivée que dans le but de tromper les femmes sur mes véritables intentions. Là encore, je le laisse parler. Je n’ai pas besoin de me défendre. Depuis un an, mes interactions sur le forum parlent d’elles-mêmes. Je considère même que ses attaques constituent un excellent filtre. Ceux qui ne sont pas dupes interagissent avec moi. Et ceux qui croient à sa merde se tiennent loin de moi, ce qui est positif, car il n’y a rien de plus toxique que d’avoir dans notre entourage des gens qui sont volontiers prêts à croire le pire de nous, surtout sans preuves pertinentes.

Comme je l’ai annoncé ici, mon père est décédé le 9 janvier dernier. On ne s’est jamais entendus sur rien. Et comme je le souligne dans ma série de billets Un câble d’acier ombilical, je lui dois la majorité des déboires de ma vie, incluant ma colonne vertébrale déviée et ma jambe croche, due à la râclée qu’il m’a donnée lorsque j’avais six ans.. Mais bon, c’est le seul père que j’aurai jamais. Aussi, j’en ai parlé sur le forum.

Quelques jours plus tard je vois ceci :

À moins qu’il y a une autre personne sur ce forum avec qui il ne s’entend pas, qu’il a l’habitude de le comparer au renard beau-parleur de la fable de La Fontaine, et qui a également perdu son père, alors je suppose qu’il parle de moi. Je retourne sur le sujet où j’ai parlé de mon père. Et effectivement, j’y vois un commentaire de CochonnetPuissant. Du moins, je vois qu‘il y a eu un commentaire, avant qu’il l’efface.

J’en arrive à la conclusion logique qu’un membre du forum n’a pas cru en la sincérité de CochonnetPuissant et qu’il l’a insulté. Et que, pour y mettre fin, il a effacé son message. J’exprime donc la chose dans cette réponse. Réponse qui, je le précise, n’a autre choix que d’être publique. Étant bloqué de son profil, je ne peux pas lui répondre par message privé.

Si je dis ON s’est bloqués, plutôt que la vérité qui est que c’est lui qui m’a bloqué, c’est pour éviter les accusations du style de ceci est un réglement de compte.

Là encore, choix de mots pour éviter la confrontation : Celui-ci a été effacé, plutôt que le plus réaliste TU L’AS effacé.

Ce à quoi il répond :

… Euh !? Alors si je résume la situation :

  • Le gars me bloque.
  • Par conséquent, je n’ai pas accès au bouton J’AIME sous ses commentaires.
  • Il m’adresse ses condoléances. (Que je n’ai pas eu le temps de voir.)
  • Il m’est impossible de cliquer sur J’AIME. (Même si j’avais vu ses condoléances.)
  • Il frustre parce que je n’ai pas (pu) cliqué(r) sur J’AIME.
  • Il efface ses condoléances.
  • Il peut maintenant se permettre de se plaindre publiquement que son geste de décence a été reçu avec mépris. Ce qui démontre clairement lequel de nous deux est noble, et lequel se comporte en anus total. Et il en a remis une couche avec sa fable de La Fontaine.

Voilà ce que j’appelle l’hypocrisie de la fausse noblesse.

Il ne s’attendait probablement pas à ce que je m’adresse à lui directement, en public, en le nommant, alors que je croyais naïvement à la sincérité de sa démarche. Il n’a donc eu d’autre choix que de reconnaitre que je ne pouvais voir le bouton J’AIME. Et, par conséquent, démontrer clairement que ses accusations envers moi, comme quoi j’étais un beau parleur incapable de faire la différence entre une divergence d’opinion et des condoléances sincères, n’étaient pas fondées.

Ouais… Des condoléances tellement sincères qu’il a vite fait de les effacer.

Il y aura au moins ceci de bon à cette nouvelle tentative hypocrite de me trainer dans la boue : ça l’a forcé à faire la paix publiquement.

Au prochain billet, je vous parlerai d’un exemple encore plus risible. Celui-là, avec un membre que j’appellerai CanicheGrisonnant.

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Y’A LIENS LÀ

Par nostalgie pour mes anciens abonnés, et par découverte pour les nouveaux, voici quelques anciens billets au sujet des sites de rencontres, des gens que l’on y retrouve, et de l’attitude que ces derniers mettent de l’avant.

54 personnalités clichés que l’on retrouve sur le net. On les voyait en 1997. Et on les voit toujours en 2026.

Les 9 étapes de la naisssance, le vie et la mort d’un forum. L’une des raisons pourquoi 95% de ceux-ci ont disparus.

Si, dans un forum, tu oses écrire « Aujourd’hui y’a du soleil » 59 réponses qui semblent exagérées, mais n’en demeurent pas moins réalistes.

Devenez membre de la CIA en 5 leçons faciles. Ce comportement est en perte de vitesse, maintenant que la censure a la gâchette facile. Mais ouais, c’était le bon(?) vieux temps d’internet.

Lancements simultanés de Steve Requin et Stéphane Lussier Johnson

Il y a treize mois, j’annonçais que je mettais mon identité de Steve Requin derrière moi. Il est vrai que je n’avais plus rien signé sous ce nom depuis mon album de BD La Clique Vidéo en 2018. Et je ne faisais pratiquement plus rien sous ce nom. Mon premier bouquin sorti en 2023, Le sucre rouge de Duplessis, une étude sérieuse sur l’Histoire du Québec, est signé Stéphane Lussier Johnson. Tout comme mon roman constitué d’anecdotes autobiographiques, l’Amour est dans le champ de patates, disponible depuis quelques semaines.

Il y a dix ans, en automne 2015, je sortais le premier numéro de l’Héritage Comique. Un fanzine de 88 pages consacré aux comics de super héros de Marvel et DC traduits au Québec par les Éditions Héritage de 1969 à 1986. Trois ans plus tard, été 2018, je publiais un second numéro.

À la dernière page de ce second numéro, j’annonçais que le 3e sera consacré à Pif Gadget. Mais la vie m’a amené dans plusieurs autres directions qui n’avaient rien d’artistique. Ce 3e numéro n’a donc jamais vu le jour.

En septembre dernier, il me prend l’impulsion soudaine de le faire, ce 3e numéro. Je m’y suis attelé sérieusement. Et six semaines plus tard, c’était fait. L’Héritage Comique No.3, spécial Pif Gadget 1969-1982, 108 pages. format magazine avec reliure allemande (dos carré collé) ce qui lui donne le format d’un vieux PIForama. Ce qui était l’effet recherché, puisque j’en reprends la design de couverture.

Or, je ne pouvais pas le signer Stéphane Lussier Johnson alors que les deux premiers étaient signés Steve Requin. Surtout que, malgré tout ce que j’ai produit sous ce nom, il n’y a que l’Héritage Comique qui a eu du succès auprès des collectionneurs. Alors pour cette communauté, Steve Requin, c’est indissociable avec l’Héritage Comique.

Aussi, un an aprèes l’avoir enterré, j’ai exhumé mon alter ego requinesque. Et c’est sous ce nom que je l’ai signé. Ce qui fait que, samedi le 22 novembre 2015, au Salon du Livre de Montréal, de 15h à 18h, kiosque 2129, je lancerai simultanément l’Héritage Comique no.3 par Steve Requin, et L’Amour est dans le champ de patates par Stéphane Lussier Johnson.

Pour quelqu’un qui avait mis la vie artistique et la création derrière lui, je produis sans bon sens ces jours-ci.

Le bon prof et le mauvais prof

Le bon prof va commencer par donner la bonne méthode à ses élèves. Il leur demandera ensuite s’il y en a parmi eux qui utilisaient une autre méthode. Les élèves, sachant d’avance qu’ils vont avouer utiliser une mauvaise méthode, vont décider eux-mêmes s’ils veulent s’exposer à ça ou non. Ceux qui décident que oui, ce sont ceux qui demandent à savoir. En leur disant où se situaient leurs erreurs et pourquoi elles en sont, le prof répond à leur demande. Il est donc considéré comme étant sympathique et il aura l’attention de ses élèves qui auront du plaisir à suivre ses instructions.

Le mauvais prof va commencer par demander à ses élèves quelle méthode ils utilisent, pour leur dire aussitôt qu’ils sont dans l’erreur. Il va refaire la chose plusieurs fois, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus personne qui réponde à la question. C’est seulement après cela qu’il leur donnera la bonne méthode. Ça met dès le départ une ambiance dans laquelle les élèves le perçoivent comme quelqu’un qui prend plaisir à les humilier pour leur ignorance. Par conséquent, lorsqu’il leur donne la bonne méthode, personne n’a envie de l’écouter. Qui a envie d’obéir à quelqu’un qui nous fait chier?

Si on explique au mauvais prof l’erreur dans sa façon d’apprendre aux élèves et qu’il comprend et change sa façon de faire, alors c’est que c’était un bon prof au fond, il avait juste un problème de communication. Mais s’il répond qu’il n’est pas là pour se faire aimer mais bien pour faire réussir ceux qui vont lui obéir, alors oui, définitivement, c’est un mauvais prof. Parce que son but premier n’est pas d’enseigner aux élèves. C’est de les humilier, les briser, les rabaisser. Enseigner ne vient qu’ensuite.

Lorsque j’allais au cegep, au cour de Littérature Québécoise, nous avions cette prof fraîchement sortie de l’université qui semblait penser qu’on était tous au même niveau intello qu’elle. On avait eu une question d’examen où elle avait utilisé le mot nuancez au lieu du mot décrivez. Donc, plutôt que d’apporter des faits, nous avons tenté, tant bien que mal, d’y apporter des nuances, même si on ne comprennait pas vraiment le but de cet exercice. Puisque personne n’a compris la question, personne n’a bien répondu. Et devinez quoi ? Elle nous a tous fait couler l’examen. Jamais elle n’a remis en question ses compétences de communicatrice. Quand personne dans la classe n’a compris une question, les chances que tu sois tombé sur 35 débiles mentaux sont quand même plus minces que celles que tu ailles mal formulé ta question.

Le bon prof est celui qui est prêt à se remettre en question. Elle n’était définitivement pas un bon prof.

Il en va de même pour les gens qui t’entourent. Il y a ceux dont le but sera de te renseigner clairement. Et il y aura ceux qui chercheront à t’humilier et te rabaisser pour ton ignorance. Reste près du premier, et fuis le second.

Ça a dégringolé rapidement. Ou : une courte CONversation

Tel que j’en ai parlé il y a quelques semaines, je me suis inscrit sur un forum de rencontres. MeetMeat, de son nom fictif. J’y ai concocté un profil dans lequel je présente une parodie de tous les clichés que l’on retrouve dans les profils masculins de ce genre de site. Ceci m’attire au moins deux messages privés par semaine, de femmes qui me félicitent pour mon humour. Parfois ça ne va pas plus loin. Et parfois, la conversation se prolonge et va même déboucher sur une rencontre.

Je venais justement de raconter sur le forum une histoire de rencontre dans laquelle rien ne s’était passé comme prévu. Cette anecdote a attiré la curiosité d’une femme à mon sujet.

L’autocorrecteur a encore frappé. Je voulais dire en mâle typique. Mais qu’importe. Je lui ai envoyé cette image :

En attendant sa réaction, je vais jeter un oeil à son profil. Son texte de présentation est bien écrit. De courts paragraphes, qui parlent d’elle, de ses désirs, ses attentes, ses espoirs, sa philosophie. Je lui fait part de mes impressions dès que le dialogue reprend.

Cette dernière réplique me fait l’effet d’une gifle. Et pour cause : Il y a deux mois, j’ai justement posté ici un billet qui s’intitule « Hostie qu’t’es con ! » ou: Le Red Flag qui ne trompe jamais. J’y démontre qu’à chaque fois que j’ai eu une personne dans mon entourage qui m’a traité de con de façon joyeuse et en riant, dans 100% des cas, cette personne était condescendante, rabaissante, et avait comme opinion de moi que je lui étais inférieur. Chose qu’elle démontrait en ne m’accordant aucune crédibilité et encore moins de respect.

Et c’est quelque chose que cette femme me démontre déjà avec sa tentative de gaslighting, en essayant de me convaincre que ses insultes sont des compliments. Un comportement que l’on retrouve chez ceux qui cherchent à te manipuler à accepter leurs remarques insultantes. Ça signifie que si je laisse passer celle-là, ça n’arrêtera pas. D’ailleurs, j’ai assez d’expérience avec ce genre de personne pour savoir d’avance que je perdrais mon temps à lui demander respect. Les gens ne changent jamais, surtout quand il s’agit de leurs défauts.

Avec un petit soupir résigné, je choisis de régler le problème sans tarder en lui claquant la porte au nez. Non sans d’abord lui faire la leçon au sujet de sa personnalité merdique.

Sur MeetMeat, on ne peut pas partager de lien. Alors je lui ai fait une capture d’écran du début de mon article, avant de la lui ai envoyer.

Il s’agit d’un seul moment de panique pour que « le Français qui est important pour elle » se fasse automatiquement négliger.

Il est tellement naturel chez ces gens-là de descendre les autres, qu’ils deviennent désemparés dès qu’on leur fait remarquer que c’est un comportement inacceptable. Que ce soit de la mauvaise foi ou de la sincère naïveté, sa réponse en est presque attendrissante.

Je dis bien « presque ! »

La langue française contient déjà assez de mots, tels drôle, amusant, cocasse, etc, qui auraient parfaitement convenu à la situation. Mais elle a porté son choix sur un mot qui est reconnu et utilisé comme insulte méprisante dans toute la Francophonie planétaire. Sa tentative de justification, comme quoi on ne peut pas savoir sur quel ton une remarque est dite lorsqu’elle est sous forme de texte, ça n’a aucune pertinence. Car, que ce soit dit en riant ou bien que ce soit dit sérieusement, ça ne change rien au fait qu’elle considère que je suis un con, qu’elle veut que je le sache, et qu’elle tient à ce que je l’accepte avec le sourire.

D’ailleurs, si on pousse l’analyse plus loin, on constate un détail important. Sur le forum, il y a des milliers de messages. Des gens qui parlent de leurs goûts. De leur travail. D’aventures hors de l’ordinaire. De réussites et de victoires. Or, laquelle de ces anecdotes a attiré son attention au point de faire naître en elle le désir de contacter son auteur pour le draguer? C’est celle dans lequel j’ai vécu une situation qui me rendait loser. Lorsque l’on constate ceci, on comprends mieux le plaisir qu’elle démontrait en me traitait de con. Parce qu’elle voulait un loser. Le genre de gars qui va accepter de se faire moquer et rabaisser, en échange d’un peu d’attention féminine. Ou, pour reprendre ses paroles, un très gentil con. Voilà qui en dit long sur sa personnalité. Et ça n’en dit rien de bon.

Et bien moi aussi j’ai quelque chose à lui faire savoir, au sujet d’être con.

Et dire que je venais tout juste de la complimenter sur sa bonne éducation et son intelligence. Comme quoi des fois, il ne faut pas se fier à la première impression que l’on puisse avoir de quelqu’un.

« Hostie qu’t’es con ! »  ou : le Red Flag qui ne trompe jamais.

Bien que ce blog soit Québécois, 80% de mes lecteurs sont Européens.  Alors pour eux, je suppose que l’équivalent serait « Putain qu’t’es con ! » (Exemple d’ailleurs présent une fois dans cet article) Ceci étant dit, je ne sais pas si la situation que je vais décrire ici est aussi répandue socialement dans les vieux continents qu’elle l’est ici en Amérique. Mais bon, allons-y tout de même.
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Il y a trois raisons qui peuvent pousser quelqu’un à te dire « Hostie qu’t’es con! »

  • Par haine. Quoiqu’il est très rare qu’une personne qui te déteste aille te le dire en face. Elle se contentera de te décrire comme tel à qui veulent bien (ou non) l’entendre.
  • Par exaspération. À cause que tu viens de faire une connerie. La personne qui te le dira le fera sous le coup de la colère. En général, elle te présentera plus tard ses excuses, disant que ses paroles ont dépassé sa pensée.
  • Par mépris. Il s’agit de quelqu’un qui fait partie de ton entourage : cercle d’amis, famille, collègues. Cette personne te considère comme étant inférieure à elle, et elle tient à te le faire savoir. Ce qui constitue un Red Flag, c’est qu’elle le fera sous le couvert de votre relation d’apparence amicale. D’ou son attitude amusée, joyeuse, riante. Et surtout, contrairement aux deux raisons précédentes, tu y auras droit pour tout, pour rien, pour n’importe quoi.

C’est de ce dernier cas dont il sera question dans ce billet.

EXEMPLE 1 : Martine.
À 22 ans, lorsque j’étais pâtissier de nuit au Dunkin Donuts, j’ai commencé à sortir avec Martine, une jolie collègue.  Un matin après notre quart de nuit, nous rentrons chez moi. Ça fait cinq jours que nous sommes en couple. Ce sera la première fois qu’elle vient y dormir. 

Vers 14h00, je me réveille et je constate que je suis seul dans ma chambre.  Martine s’est réveillée avant moi. Pour me faire une bonne surprise, elle a entrepris de faire le ménage de la salle à dîner et de la cuisine.

Je n’ai jamais apprécié qu’une personne prenne l’initiative de faire le ménage chez moi sans m’en parler, puisqu’elle ne peut pas savoir ce que je planifie de garder ou de jeter. Ce qui est le cas ici, alors que je vois qu’elle a jeté la boite de carton qui contenait les douze canettes de Coke qui sont dans mon frigo. 

Mais bon, soyons conciliant.  L’ignorance n’est pas un crime. Et ça a le mérite de se guérir, pour peu qu’on lui explique. Aussi, je reprends la boîte de la poubelle et je la déplie pour lui redonner sa forme originale.

« Ça, je le garde.  C’est parce que quand je vais rendre les canettes vides au marché, je les remets dans la boîte. Ça se transporte mieux, et c’est plus facile pour la caissière de les compter. »

Pendant quelques secondes, Martine me regarde en ayant l’air de ne pas trop comprendre.  Puis, elle éclate de rire. Elle m’arrache la boîte des mains et la déchire.

« Ha! Ha! Ha!  Hostie qu’t’es con ! »

Tandis qu’elle renvoie les morceaux de la boîte dans la poubelle, je reste là, figé, bouche bée, tellement je n’arrive pas à croire qu’elle vient vraiment de faire ça. 

À 22 ans, c’est la première fois que le comportement d’une amante provoque en moi une intolérance plus grande que mon désir sexuel. Je suis pourtant pleinement conscient que si je cassais avec elle, je ne pourrais pas la remplacer de sitôt. Avec ma tronche et mon physique, ce n’est pas comme si les femmes faisaient la queue pour s’occuper de la mienne.

Printemps 1991, 22 ans.

Alors pour me donner envie d’y renoncer, malgré la libido que je me trimballais, il fallait que son comportement me hérisse quelque chose de grave.

M’avoir enlevé des mains une boite que je voulais garder, c’est un geste à la limite de la violence. L’avoir remise aux poubelles malgré mes explications démontre qu’elle ne m’accorde aucune crédibilité, aucun respect pour mes choix et mes besoins. Et la déchirer afin de m’empêcher de la reprendre, ça devient carrément de la dictature.  Et tout ça en me rabaissant. En me traitant de con.

Et si un jour je dois l’appeler dans une situation d’urgence, va-t-elle encore me rire au nez en me traitant de con, avant de couper la ligne ? Et si elle ne m’accorde aucune crédibilité, comment pourra-t-elle croire la moindre parole qui sort de ma bouche, lorsqu’il lui prendra l’envie de me soupçonner irrationnellement de quoi que ce soit ? Déjà qu’elle ne démontre aucun respect pour moi, impossible de me sentir en sécurité dans de telles conditions.

24h plus tard, je mettais fin à la relation. Puisque j’étais obligé de travailler avec elle, je ne tenais pas à pourrir l’ambiance au boulot en lui disant la vérité. J’ai plutôt évoqué le fait que je ne me sentais pas prêt à me remettre en couple aussi rapidement après ma dernière rupture. 

Malheureusement, avoir cassé avec elle ne me mettait pas à l’abri de son manque de respect. Je m’en rendrai compte rapidement une nuit où on travaillait ensemble. 

À l’époque, la nuit, on n’avait droit qu’à 15 minutes de pause.  Ça me laisse tout juste le temps de préparer un sandwich grillé et de le manger.  Je vais au comptoir à l’avant, je sors le fromage, la salade, la mayonnaise, je fais cuire les oeufs, je monte mon sandwich et je le mets dans le four grille-pain.  Le temps que ça chauffe, je vais aux toilettes.  À mon retour, j’ai la désagréable surprise de voir que le grille-pain est vide.  Martine me dit en riant qu’un client voulait un sandwich œuf, fromage et mayonnaise.  Alors pour l’impressionner avec son service rapide, elle lui a donné le mien.  (Probablement plus pour s’éparger de l’ouvrage, en fait.) Je regarde l’horloge.  Il reste sept minutes à ma pause.  Pas le temps de me faire un nouveau sandwich, et encore moins le manger.

Cette expérience sera l’une de celles qui me feront renoncer à la drague en milieu de travail. Mais surtout, ça m’a démontré que c’est ÇA, la personnalité et le comportement de quelqu’un qui sera porté à te dire joyeusement « Hostie qu’t’es con ! »

EXEMPLE 2: Mon (ex)-bon copain Carl.
J’ai parfois parlé ici de celui que je considérais comme étant mon meilleur ami de l’école secondaire. Je ne saurais compter le nombre de fois où j’ai entendu de sa bouche un joyeux « Hostie qu’t’es con ! » qui m’était adressé. Ça inclut une case dans la petite BD qu’il m’avait gribouillé dans mon album des finissants. Une où il me dessine me prosternant devant lui.

Une autre de ces fois était lors de mon 23e  anniversaire. Sa (future) femme et lui m’avaient offert un walkman radio et cassettes, incluant les piles. J’y mets les piles et je l’essaye. La radio n’allume pas, et le moteur du lecteur de cassettes ne tourne pas. Je dis à Carl que le walkman est défectueux. En riant, il me l’arrache des mains.

« Même pas capable d’allumer un walkman.  Hostie qu’t’es con !« 

Je le vois manipuler tous les boutons. Rien ne fonctionne. Toujours en riant, il m’accuse alors d’avoir mis les piles à l’envers. Il ouvre le boitier, enlève les piles, les remet, joue avec les boutons. Rien à faire. Il re-change la position des piles. Aucun résultat. Avec un petit sourire moqueur, je lui rend calmement ses paroles :

« Même pas capable d’allumer un walkman.  Hostie qu’t’es con !« 

Piquée au max, sa (future) femme m’engueule.

« On s’est donné la peine de faire l’effort pour te trouver un beau cadeau de valeur.  J’pense que ça mérite autre chose que des insultes. C’est quand même pas de notre faute s’il ne marche pas. »
« Ben quoi ?  Je fais juste répéter les paroles qu’il m’a envoyées quand je lui ai dit que le walkman était défectueux. »
« Oui, mais tantôt, on ne le savait pas, qu’il était VRAIMENT défectueux. »

Donc, en résumé:

  • Quand je n’arrive pas à faire fonctionner le walkman, le problème c’est moi.
  • Quand Carl n’arrive pas à faire fonctionner le walkman, le problème c’est le walkman.

Là encore, tout comme Martine, ils n’avaient accordé aucune crédibilité à ma parole. Parce qu’à leurs yeux, même si c’était toujours dit sur le ton de la blague, j’étais vraiment un con.

Je jetterai définitivement Carl hors de ma vie après qu’il m’ait embauché pour faire du design d’animation 3D pour une série télé nommée Klootz. Et que ça ne m’ait rapporté que des insultes, du mépris, et une fraction du salaire normal. Et bien que tous mes designs aient été utilisés dans les épisodes, incluant ceux que je proposais de mon propre chef, je n’ai même pas eu droit à avoir mon nom dans les crédits à la fin. (Voir le billet Ma courte carrière en design animation 3D)

Parce que c’est ÇA, la personnalité et le comportement de quelqu’un qui sera porté à te dire joyeusement « Hostie qu’t’es con ! »

EXEMPLE 3: Stéphane de La Firme
À l’époque où je travaillais pour La Firme à Sherbrooke, j’avais deux chefs d’équipe, Philippe et Stéphane. En décembre, j’ai acheté quelques boites de petits chocolats creux remplis de bourbon Jim Beam. À chacun de mes collègues qui passait, j’en offrais. Arrive Philippe, à qui j’en donne. À la blague, je lui dis :

« C’est le meilleur moyen que j’ai trouvé pour pouvoir boire au travail. »

Philippe enchaine aussitôt en disant joyeusement :

« Tu t’y prends mal.  Moi, à ta place, j’ouvrirais tous les chocolat pour les vider dans un verre.  Et hop ! Cul sec ! »

Sur ce, il repart vers son bureau. Quelques minutes plus tard passe Stéphane, à qui j’en donne aussi. À la blague, je lui dis :

« C’est le meilleur moyen que j’ai trouvé pour pouvoir boire au travail. »

En souriant, il répond joyeusement :

« Hostie qu’t’es con ! »

Quelques mois plus tard arrivèrent au travail quelques complications que je vais essayer de résumer ici au max : Vicky était une nouvelle collègue que l’on m’avait chargé de former. Elle a tombé ensuite dans l’oeil de Sébastien, un programmeur. Celui-ci voyant d’un mauvais oeil notre relation pourtant platonique, a commencé à porter atteinte à ma réputation auprès de Vicky en inventant toutes sortes de merdes à mon sujet. Vicky et Sébastien ont commencé à sortir ensemble. Afin de s’assurer que je ne travaillerais plus avec elle, Sébastien a convaincu Vicky de porter plainte contre moi pour harcèlement, puisque c’est le genre d’accusation que l’on croit toujours sur parole lorsque portées contre un homme. Ils en ont parlé à Stéphane. Au lieu de faire ce qu’il aurait dû, c’est-à-dire en parler aux ressources humaines, interroger les collègues, me rencontrer, etc, il m’a expulsé de l’équipe, en allant ensuite colporter ces mensonges au grand patron.

Comme ça, à tes yeux , je suis un hostie de con, hm ? Très bien! Alors voyons lequel de nous deux l’est le plus. Avec tout ce que je sais sur toi, la question devrait être vite réglée.

Sur le courriel des employés, je lui ai envoyé un message qui disait à peu près ceci:

« Il parait que tu racontes des merdes à mon sujet au grand patron, et ce sans passer par les procédures des Ressources humaines?  Ok alors !  Si c’est à ça que tu veux jouer :

Depuis que tu as commencé à draguer Hélène, chose interdite par les réglements de La Firme, elle envoie à Vicky des captures d’écran de vos conversations intimes. Vicky trouve ça drôle et a envoyé ça à plein de gens au travail, dont moi, en la qualifiant de salope.  Et puisque je n’approuve pas qu’elle humilie une collègue et un chef de département auprès des employés de La Firme, j’ai cessé de la fréquenter. D’où le fait qu’elle frustre, d’où le fait qu’elle cherche à me faire perdre mon emploi. Et toi, t’as embarqué là-dedans à pieds joints. Félicitations !

Je ne voulais pas avoir à en parler, ni à toi ni au grand patron.  Mais en même temps, quand un chef de département comme toi dépose plainte contre moi auprès de lui, et ce sans faire la moindre vérification, c’est ma carrière est en jeu.  Tu m’obliges donc à tout lui dévoiler, captures d’écran inclus. Ce n’est pas comme si tu me laissais le choix.»

Je ne sais pas si c’est le cas partout. Mais ici, au Québec, il est formellement interdit à toute personne en position de pouvoir d’avoir des relations autres que professionnelles avec ses subordonnés.  C’est pour éviter plusieurs problèmes sociaux et légaux : Harcèlement sexuel par chantage, favoritisme, partage de renseignements confidentiels, etc.  Voilà pourquoi la relation entre Stéphane le chef d’équipe et Hélène membre de l’équipe devait rester secrète. 

Le lendemain matin, une note de service annonça officiellement que Stéphane « a remis sa démission afin de poursuivre l’étape suivante de son plan de carrière. » Il avait beau tenter de sauver la face en feignant que c’était un départ volontaire, maintenant que j’avais tout révélé, on savait bien que c’était la Direction qui lui avait montré la porte. À cause de son attitude au travail, incluant celle qu’il a eu envers moi suite aux accusations mensongères de Vicky.  (Tous les détails dans le billet Mon année 2019, 1 de 3.)

Parce que c’est ÇA, la personnalité et le comportement de quelqu’un qui sera porté à te dire joyeusement « Hostie qu’t’es con ! »

EXEMPLE 4 : Kevin le préposé.
Au printemps de l’année dernière, la résidence où je travaille a embauché un nouveau préposé. Et le hasard a voulu qu’il soit logé dans l’appartement voisin du mien.

Kevin est le genre de gars qui cherche à avoir l’attention. Et il le fait avec une forme d’humour que je qualifie d’agressante. Un jour, en réponse à une de ses blagues, je lui dis un truc amusant. Je ne me souviens plus de ce que c’était. Mais je ne risque pas d’oublier sa réponse de sitôt.

« Ha! Ha! Ha!  Hostie qu’t’es con ! »

À partir de là, j’ai compris que de l’avoir comme collègue, et surtout comme voisin, ça n’allait pas être drôle. Et effectivement, il pouvait venir me déranger de deux à dix fois par jour. Ça pouvait être pour parler de n’importe quoi, ou bien pour me faire ses blagues idiotes. Par exemple, en faisant disparaître du linge que je faisais sécher. Ou bien en allant cacher mon vélo derrière mon auto.

Un jour, on a une nouvelle voisine, Danyka, qui est infirmière à l’hôpital. Pendant les trois semaines qu’elle habitera ici, j’ai pu avoir un peu la paix, puisque Kevin trouvera son voisinage bien plus intéressant que le mien. Mais dès qu’elle est partie, je suis redevenu sa cible.

Pour une raison que j’ignore mais qui m’a fait particulièrement chier, le CHSLD nous donna des horaires semblables. Donc, quand je suis au travail, je le subis. Et quand je suis chez moi, je le subis. Sur une période de deux semaines, son gros fun était d’arriver par surprise derrière moi et me crier dessus pour me faire sursauter. Et s’il y a une chose qui me rend agressif depuis toujours, c’est bien ça.

Est-ce que je vous ai précisé qu’il avait 46 ans ? Comme quoi la maturité n’a aucun rapport avec l’âge.

Seule la perspective de me retrouver avec un dossier judiciaire me retient de lui casser la gueule.  Aussi, avant de poser un geste que je pourrais regretter (En fait, ce sont les conséquences du geste et non le geste lui-même qui me poserait problème) j’ai demandé à mon proprio s’il avait des logis libres ailleurs, que je puisse y déménager. Je lui ai expliqué pourquoi. Il me répond que non.  Il m’apprend cependant que Kevin est la raison pourquoi Danyka l’infirmière n’est restée que trois semaines. À force de ne jamais pouvoir mettre un orteil dehors sans qu’il aille aussitôt la rejoindre, elle a fini par craquer.

Tel que j’en ai déjà glissé mot dans le premier de deux billets au sujet de mon ex-collègue Ariane, Kevin a fait d’elle la cible de son harcèlement sexuel. Lorsqu’elle porta plainte, j’ai appuyé son témoignage en écrivant à la direction un résumé de ce que vous avez lu ici.  Kevin a aussitôt été renvoyé, ce qui l’obligea à quitter l’appartement le jour même, puisque le logis vient avec le contrat. 

Je crois inutile de préciser que personne n’a regretté son départ.

Je pourrais ajouter encore d’autres exemples.  Mais je crois bien que ces quatre-là suffisent pour démontrer que c’est ÇA, la personnalité et le comportement de quelqu’un qui sera porté à te dire joyeusement « Hostie qu’t’es con ! » À tout coup, cette personne toxique sera pour toi une source de problèmes. Je l’ai vécu assez souvent pour pouvoir affirmer que cette phrase est un Red Flag qui ne trompe jamais.

Il y a au moins une consolation du fait que, lorsque l’on regarde leurs agissements, on constate que le plus con des deux n’est jamais celui qu’ils prétendent. 

EN CONCLUSION.
Depuis l’époque de Martine, je suis contre le flirt avec les collègues de travail. Mais il arrive parfois que je sois tenté de faire exception pour une personne exceptionnelle. Il y en a eu une comme ça, gentille, mignonne, qui me donnait l’impression qu’elle pouvait peut-être s’intéresser à moi.

Un jour, au travail, elle me lance une petite taquinerie. Devant mon air surpris, elle rit en me disant :

« C’est juste des blagues. Tu l’sais bien que j’aime t’agacer. »

Pour mes lecteurs Européens, il faut savoir qu’ici, au Québec, agacer peut vouloir dire taquiner. Mais le mot agace est aussi utilisé pour désigner une allumeuse, une femme qui s’amuse à exciter sexuellement un homme, mais qui ne voudrait jamais passer à l’acte avec lui. Et en ce moment, j’habite et travaille dans une région appelée La Gaspésie. D’où ma réplique calembourgeoise suivante :

« Oh, je l’sais bien que tu m’agaces. Après tout, nous sommes dans la capitale des agaces : l’Agace-pésie. »

Elle éclate de rire.

« Ha! Ha! Ha!  Hostie qu’t’es con ! »

Ces paroles me font l’effet d’une douche froide. L’attirance que je ressentais jusque-là pour elle disparaît aussi sec. Fort de mon expérience avec toutes les personnes qui m’ont adressé cette phrase par le passé, j’ai compris qu’il valait mieux que je garde mes distances avec cette femme. Je ne sais pas ce qu’elle me ferait subir. Mais je préfère ne jamais avoir à l’apprendre.

Depuis, lorsque je m’adresse à elle, c’est toujours en rapport à notre milieu de travail, et avec sérieux. Et lorsqu’elle me lance des taquineries (Ce qui est de plus en plus rare maintenant), je réagis en souriant, mais sans en rajouter. De toute façon, elle n’a jamais manifesté d’intérêt pour moi. Et c’est très bien comme ça.

Lorsque je coupe brusquement de ma vie ceux qui me manquent de respect, on me pose parfois les questions suivantes : Pourquoi est-ce que je ne dis pas à la personne que ses paroles m’offensent ? Que je ne tolèrerai pas ce manque de respect ? Et que je lui serais gré de ne pas recommencer ? La réponse est simple : Parce que les gens agissent toujours en accord avec leur nature profonde. Demander à cette personne de me respecter, ce serait lui demander d’agir contre sa nature. Or, personne ne peut changer sa nature. On ne peut que la dissimuler. Si tu lui demandes de ne plus te manquer de respect, vrai, elle peut le faire. Mais le fait qu’elle n’exprime pas le mépris qu’elle ressent pour toi, ça ne change rien au fait qu’elle ressent du mépris pour toi. Un jour, il y aura entre vous un accrochage, réel ou né de son imagination. C’est inévitable. À ce moment-là, elle te déversera sans la moindre retenue le tsunami des sentiments négatifs qu’elle a si longtemps retenu et accumulé contre toi.

Ce n’est pas pour rien qu’existe le proverbe « Chassez le naturel, il revient au galop. » Tôt ou tard, sa facade va craquer, et tu réaliseras que tu auras perdu ton temps en illusions, à t’imaginer qu’il y avait du respect là où il n’y avait que du mépris.

Parce que c’est ÇA, la personnalité et le comportement de quelqu’un qui sera porté à te dire joyeusement « Hostie qu’t’es con ! »

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Y’A LIENS LÀ.


Voici les liens vers les billets auquel je fais référence dans cet article.

Ma courte carrière en design animation 3D. Si ma carrière fut courte, le billet est long, car j’y résume ma relation avec Carl, amicale comme professionnelle.
Mon année 2019, 1 de 3. Je dois avouer que je ne me suis jamais donné la peine d’écrire les parties 2 et 3. Mais celle-ci est consacrée à ma relation avec Vicky, et tous les problèmes qu’elle a pu causer au bureau. Et pas juste à moi. Par ses agissements, ce sont cinq personnes qui y ont perdu leur emploi.
Le premier de deux billets au sujet de mon ex-collègue Ariane. Elle a beau avoir été victime du harcèlement de Kevin, elle n’en était pas blanche comme neige pour autant. Ce n’est pas pour rien que cette première partie s’intitule Une amitié parsemée de Red Flags.

Blaise Pascal, Coca-Cola et le sexe. Ou: La différence entre l’intellect et l’instinct.

En 2007, Mon père fait des travaux pour une propriété centenaire située à Saint-Hyacinthe. En donnant un coup de pelle, il pète une bouteille qui était enterrée là. Intrigué, il se met à genoux et creuse la terre délicatement avec ses mains et un tournevis. Il y avait là trois bouteilles, dont deux encore intactes. Le bouchon porte l’inscription « Paul St-Onge inc, St-Hyacinthe PQ, Embouteilleur. » Une compagnie qui n’existe plus depuis belle lurette.

De par la forme de la bouteille et la couleur du verre, elle aurait été produite entre 1915 et 1956.

Un collègue de mon père vient le rejoindre. Amusé par la découverte, il en saisit une. Et comme ça, bêtement, en disant « Hey, y sont encore pleines! », il se met à la secouer fortement. Aussitôt, PAF! Elle lui éclate dans la main.

Mon père s’est empressé d’aller enfermer dans son auto la dernière bouteille encore intacte. En sachant que j’aime les antiquités, il me l’a offerte. Après l’avoir bien nettoyée, je l’ai exposée fièrement sur une tablette chez moi, avec quelques autres antiquités Coca-Cola de ma collection.

Or, à quelques rares exceptions près, à chaque fois qu’un invité la voyait, c’était plus fort que lui. Il fallait qu’il s’en empare et la secoue. J’accourais alors en panique pour la lui enlever des mains, en lui racontant ce qui était arrivé à la bouteille no.2.

Après quelques temps, à chaque fois qu’une personne venait chez moi pour la première fois, je prenais les devants. Je lui montrais la bouteille. Je lui racontais l’anecdote de la découverte. Et si la personne prenait la bouteille dans ses mains, alors je prennais la peine de lui dire : « Ne la secoue pas s’il te plaît! »

… Jusqu’au jour où une fille contactée sur un site de rencontre, que j’ai ramenée chez moi, la prenne également dans ses mains. Comme pour les fois précédentes, je lui demande de ne pas la secouer. Ma demande pique sa curiosité. Aussitôt, elle se met à la secouer, en me demandant « Pourquoi? »

Après trois ans à vivre cette situation non-stop, j’étais exaspéré de me poser la question « MAIS QUEL ESPECE DE CAVE VA ALLER SECOUER UNE BOUTEILLE DE COKE? » J’ai compris que je perdais mon temps. Il ne fallait pas chercher à comprendre. Il fallait juste mettre la bouteille en sécurité. Ce que je fis. Depuis les 15 dernières années, elle est soigneusement emballée dans un linge à vaisselle, enfermée dans une boite de chips Pringle’s, elle-même dans une boite contenant d’autres antiquités, remisée dans mon locker d’entrepôt.

À chaque personne à qui j’ai demandé pourquoi il avait fait ça, aucun n’a su quoi répondre.

Autre sujet, même réflêxe. Tout le monde connait la situation classique suivante : un homme et une femme s’apprêtent à passer au lit. L’homme rechigne à l’idée de porter un condom. Il sait pourtant qu’en ayant du sexe sans protection, il risque deux choses : Une infection transmise sexuellement, et/ou une grossesse accidentelle. Deux choses qui peuvent littéralement ruiner sa vie. Dans n’importe quelle autre aspect de sa vie, il peut se montrer extrêmement prudent. Or, pour celle-là, c’est sans hésitation qu’il prendra ce risque. Et même s’il n’en subit aucune conséquence, cette possibilité va le hanter pour les semaines, les mois, voire les années à venir.

Bon, il est vrai que dans le cas de la sexualité, il ne faut pas oublier que malgré notre intellect, il reste que nous ne sommes à la base que des animaux. Et l’instict animal primordial, c’est la survie de l’espèce. C’est la raison pour laquelle plus l’envie sexuelle est forte, plus grande est la résistance à l’Idée d’utiliser une barrière physique empêchant la procréation, et ce même si on ne voudrait jamais avoir d’enfants. Voilà pourquoi, lorsqu’il est question de sexe, toute raison fout le camp. Ce qui fait que là encore, si on lui demande pourquoi il a fait ça alors qu’il en connaissait très bien les dangers, il ne saura pas quoi répondre.

Ce n’est pas pour rien qu’en 1670, le philosophe Blaise Pascal a écrit dans son recueil de pensées : « Le coeur a ses raisons que la raison ne connait point. » C’est parce qu’il avait compris que l’instinct et l’intellect sont deux choses qui n’ont aucun rapport entre elles. Par conséquent, face à une situation qui déclanche en eux un réflêxe animal, beaucoup de gens suivront leur instinct, même si leur intellect leur dit que ce geste qu’ils s’apprêtent à poser est complêtement stupide. C’est le cas pour ceux qui vont mettre en danger leur santé, leurs finances et risquer de dérailler le reste de leur vie, en échange d’un orgasme.

Et c’est également le cas pour ceux qui ne peuvent s’empêcher de secouer une bouteille de Coca-Cola centenaire.

Ces Red Flags vivamts : La mystique qui nie la réalité (3)

Ceux qui jugent et conseillent ne sont pas ceux qui payent. Voilà un dicton qui décrit bien Mégane. Car avec sa pensée magique, j’avais droit à des suggestions qui étaient, dans le meilleur des cas, irréalistes. Ou dans le pire des cas, dangereuses ou catastrophiques. Et à chaque fois que je prennais la peine de lui expliquer pourquoi, alors là, c’était son déni de la réalité qui faisait équipe avec son obstination. Avant de terminer le tout par une combinaison de son orgueil et de sa susceptibilité.

Par exemple :

Au sujet du logis.
Après avoir vu sur Facebook quelques vidéos de mini-maisons, elle a aussitôt tenté de me convaincre d’en acheter une.

Elle me dit qu’avec des prix allant de $10 000 à $20 000, même si je suis au chômage, je peux me le permettre, puisque ma marge de crédit est bien assez grande pour couvrir un tel achat. C’est vrai ! Mais admettons que je m’en choisis une à $15 000. Avec les taxes, ça devient $17 246. Sur ma Visa à 21.9%, à moins que je puisse la rembourser au complet avant la fin du mois, ils vont me charger $3 638 en intérêts annuels. Ça représente $314 par mois. Je reçois $2 200 du chômage. Une fois payé le loyer, la nourriture, l’électricité, internet et mon cellulaire, il me reste plus ou moins $600 par mois, que je consacre à mes loisirs avec Mégane. J’enlève ce $314, il me reste $286 que je dois consacrer à payer cette maison. Finies les sorties avec Mégane. Et j’en ai pour 60 mois (cinq ans) à payer. Au bout duquel j’aurai payé ma maison $36 000. Soit plus du double.

Une solution alternative moins chère pour le financement serait la banque. Or, je suis au chômage et je ne possède rien. Les banques ne prêtent pas à quelqu’un comme ça.

Admettons pour l’argument que j’ai cette maison et qu’elle est payée. Ça prend un terrain pour l’installer. C’est ÇA qui coûte cher. Et une fois le terrain acheté, je ne finis pas de le payer. J’aurai d’abord droit à la taxe de bienvenue. Puis, les taxes municipales annuelles, qui dépassent le prix de la mini-maison. Encore faut-il que je commence par trouver une municipalité qui va accepter qu s’y installe une maison de la taille d’un cabanon de jardin, ce qui va dévaluer les autres propriétés du quartier où je vais m’installer.

C’est bien beau, les mini-maisons, mais à part sur le net, on n’a jamais vu ça nulle-part. IL Y A UNE RAISON POUR ÇA ! Alors où est-ce que je suis supposé me la mettre ?

Réalistement, je veux dire !

Dans son obstination, elle me fait remarquer que ces maisons sont mobiles. Je n’ai qu’à acheter un véhicule pour la remorquer. Ben tiens ! Je vais devoir m’offrir un Pick-up Ford, qui va me coûter trois fois le prix de la maison, puisqu’il n’y a que ça d’assez puissant pour tirer un tel poids.

Et je m’arrange comment pour l’électricité ? Et l’eau courante ? Je me chauffe comment en hiver ? Et là encore, OÙ puis-je me stationner ? Ce n’est pas comme si j’avais envie de passer le reste de ma vie dans des parkings de Walmart.

Je lui dis donc que non, désolé, mais finalement je vais rester dans mon p’tit 3½ à $500 par mois où j’ai l’électricité, l’eau courante, le chauffage. Et surtout une adresse officielle. Car sans adresse officielle, je ne peux pas me trouver un emploi, faire de déclaration d’impôts, avoir de permis de conduire, ni de carte d’assurance sociale, et encore moins recevoir mon chômage. En résumé, acheter une mini-maison serait la pire erreur sociale et financière de ma vie.

Elle coupe aussitôt la conversation, après m’avoir remercié de la faire passer pour une imbécile, uniquement dans le but de me remonter pour me sentir supérieur à elle.

Au sujet de devenir riche et célèbre.
vous souvenez-vous de Khaby Lame? Cet italien d’origine sénégalaise qui est devenu le TikTokeur le plus suivi au monde?

Lui, là !

En apprenant que ça l’avait rendu millionnaire, Mégane a aussitôt commencé à me pilonner pour que moi aussi j’ouvre une chaine Tik Tok et YouTube pour devenir riche et célèbre. Je lui ai expliqué que ce n’est pas tout le monde qui a la chance de trouver une formule gagnante. Et que si c’était aussi facile qu’elle le pense, alors ça ferait longtemps que je serais multimillionnaire. Elle me propose alors ce qui est, selon elle, la solution parfaite : faire exactement comme lui. Ah, bah ouais, pourquoi pas ? Qui n’a jamais rêvé de se faire connaître publiquement comme étant celui qui essaye de voler les idées d’autrui ? Il serait extrêmement surprennant que je dépasse 26 abonnés. Alors pour ce qui est d’engranger des millions…

Toujours aussi obstinée, elle n’en démordait pas. Je lui a donc dit clairement que non, je ne perdrai pas mon temps là-dedans. J’ai déjà bien assez de difficulté comme ça à réussir dans les domaines où j’excelle comme l’écriture ou le dessin, je ne vais pas me lancer dans un médium dans lequel je ne serai pas à l’aise. Car non seulement je ne possède pas le matériel requis, je n’y connais rien. Je vais donc m’en tenir à ce que je sais faire, en terminant la rédaction de mon projet de livre, Le Sucre Rouge de Duplessis. Puis, en lui donnant comme exemple l’une de ses cousine qui est autrice, je dis :

MOI : « Elle n’a ni TikTok ni chaine YouTube pour vendre ses livres, elle. »
ELLE : « Elle n’en a pas besoin. Elle a du talent, ELLE ! »

Ok, wow !

Quand je pense qu’il y en a encore qui s’imaginent qu’il suffit de dire à l’autre que l’on ne se sent pas à l’aise avec ce dont ils nous parlent, pour que la conversation se termine dans le respect mutuel. Comme quoi la pensée magique est encore plus répandue qu’on pourrais le croire.

Au sujet de la santé.
Ce mois de décembre-là, j’ai tenté de me remettre à la course à pied pour améliorer mon cardio et diminuer mon poids. Mégane m’y encourageait. Mais le second jour, j’ai ressenti une douleur au genou. J’ai donc arrêté, planifiant de recommencer dès que la douleur serait partie. Elle me recommande de prendre des antidouleurs. Je refuse. La douleur est un signe qui nous prévient d’arrêter avant de se blesser sérieusement. On peut se remettre de problèmes musculaires, ou même d’un os brisé. Mais les ligaments, ça ne pardonne pas. Une fois que c’est bousillé, c’est pour la vie.

Donc, en résumé, vous la voyez venir : pour l’heure qui suivit, j’ai eu droit à de l’insistance, de l’obstination, et surtout des accusations de créer moi-même mon mal pour excuser ma paresse, car si je me donnais la peine de croire que j’allais réussir à courir sans me blesser, alors je courrais sans me blesser. J’ai conclus en lui disant que je suis bien désolé. J’ai beau être orgueilleux, il n’est pas question que je fasse ce qu’elle me dit, pour finir ma vie en chaise roulante, juste pour lui prouver que j’avais raison.

Écoeurée que je la fasse passer pour une conne qui dit n’importe quoi, elle décide alors de couper tout contact avec moi pour un mois. Elle m’annonce que pendant tout le mois de janvier, elle me bloquera de partout. Parce que là, elle a vraiment besoin de réfléchir sérieusement sur nous deux. Car elle en a marre que je la fasse toujours passer comme étant la méchante du couple.

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Si ça vous intéresse, lors de ce janvier-là, je me suis exprimé sur cette situation dans ces deux billets de blogs :

Quand l’autre fait de toi la Cassandre du couple (1 de 2)
Quand l’autre fait de toi la Cassandre du couple (2 de 2)

Cassandre était un personnage de la mythologie grecque. Elle avait un don, qui était de voir l’avenir, et ainsi prévenir les dangers. Mais elle avait aussi une malédiction : personne ne la croyait. Vous devinez aisément pourquoi Mégane me faisait sentir comme elle.

Ces Red Flags vivants : La mystique qui rejette la réalité (2)

Je sais bien que la morale sociale nous oblige à respecter les croyances d’autrui. Mais ça ne devrait pas nous empêcher d’être réalistes. Vous souvenez-vous de ce livre qui fut un best seller il y a quelques années, Le Secret ? En voici un extrait. 

Ce chapitre affirme que si on reçoit des factures d’électricité, de téléphone, de câble, de loyer et de carte de crédit, ce n’est pas parce qu’on utilise l’électricité, le téléphone, le câble, un loyer et des cartes de crédit. Non ! C’est parce que notre imagination négative fait surgir ces factures de nulle part, sinon elles n’existeraient pas. C’est incroyable d’affirmer des conneries pareilles. Et ça l’est encore plus que ce livre fut, je le rappelle, un best seller.

Je comprends que pour plusieurs personnes, la vie peut être glauque et sans issue, et que leur seul refuge reste la pensée magique. Mais comment peut-on accorder la moindre crédibilité à des affirmations aussi irréalistes que celle au sujet des factures ? Ou leur « Faites-vous une faveur et attendez un chèque » ? Qui d’entre vous n’a jamais attendu en vain quelque chose qu’il espérait très fort voir arriver? Est-ce que cette chose a surgi de l’univers pour arriver parce que vous l’attendiez ? Non, hein !? La réalité ne se plie pas à la volonté de ceux qui se contentent de penser sans agir.

Et ils poussent le bouchon encore plus loin avec « Le désir vous relie aux choses que vous désirez et l’anticipation les attire dans votre vie. » Allez donc dire ça aux femmes et aux enfants victimes de violence et de crimes sexuels. Je suis sûr qu’ils vont être ravis d’entendre qu’ils n’ont fait qu’attirer ce qu’ils désiraient.

On a tous entendu parler de parents qui ont laissé leur enfant mourir d’un appendicite, d’une infection ou du cancer, car ils niaient la réalité de la médecine moderne, en se tournant plutôt vers la prière, les cristaux et des huiles essentielles. Nier la réalité, c’est nier le problème. Et nier le problème, c’est continuer de le subir, parfois jusqu’au point où la catastrophe devient inévitable.

Si ceux qui croient sont des croyants, ceux qui savent sont des savants.
Si je fais quelque chose pour régler un problème, ce n’est pas parce que je me contente de croire que ça va le régler. C’est parce que je le sais. Normal ! Je suis un solutionnaire. S’il y a un problème, je le reconnais comme tel, je l’étudie, j’en trouve la source, je trouve une solution, et je l’applique. Mais comment puis-je résoudre un problème si on me nie son existence ? Ou pire encore, si on tente de me gaslighter comme quoi le véritable problème se situe ailleurs que là où il est vraiment ?

Voilà pourquoi je suis incapable d’endurer ceux qui refusent de regarder la réalité en face, et que je ressens une haine féroce envers ceux qui la remplacent par une vision completement fantaisiste, mensongère, bullshit et irréaliste.

Et malheureusement, Mégane fait partie de ces gens.

Dès le début de notre relation, elle démontra sa tendance à réécrire la réalité. Par exemple, dans les premiers textos qu’elle m’écrivait, elle me comparait à un sorcier qui l’ensorcelait, un prédateur qui l’avait prise comme cible, et qui faisait d’elle la proie de son désir implacable. En réalité, depuis le début, c’est elle qui m’avait choisi et qui s’offrait à moi. Mais bon, je n’en faisais pas de cas. Je suppose que d’inverser nos rôles, ça allégeait quelque peu sa conscience, de trahir ainsi celui qui fut son conjoint des vingt dernières années. Faut dire que ça faisait un bail que ce conjoint ne faisait plus rien pour qu’elle se sente désirée. Je pouvais donc comprendre qu’elle ressentait ce besoin, quitte à le projeter en moi.

Lorsque je me suis installé dans l’appartement qu’elle m’a trouvé, elle est aussitôt arrivée avec son kit de purification. Je l’ai laissé faire sans mot dire. Si c’est ce que ça prend pour qu’elle se sente à l’aise chez moi, alors soit. C’est moi qui récolterai les bénéfices de son sentiment de sécurité et de sa bonne humeur. Elle a fait brûler de la sauge en répandant la fumée dans toutes les pièces pour chasser les esprits maléfiques. Apparemment, il y en avait un dans le détecteur de fumée.

Également, lorsqu’elle m’a donné un bracelet de pierres rouges-brunes-oranges bariolées, en me recommandant de le porter le jour pour chasser le malheur et le mettre à la fenêtre la nuit pour que la lune le recharge d’énergie positive, je n’ai pas crié à la foutaise. Toujours, elle le voyait à mon poignet ou à la fenêtre. Si ça l’empêche de se faire du soucis pour moi, alors why the fuck not, coconut !?

Pendant des années, mon porte-clé était en fait la toute première et massive clé centenaire de la porte principale de la maison familiale que nous avions dans le Vieux Mont-Saint-Hilaire, et dont je représente la 4e génération à y avoir habité. (Mes parents l’ont vendue pour $30 000 en 1990, et elle vaut aujourd’hui $400 000, alors je ne suis pas près de la racheter.) Mégane y a vu un talisman maléfique qui me gardait attaché aux malheurs du passé. Si ça peut apaiser ses craintes, bah, ce n’est pas comme si cette clé était toujours fonctionnelle. Je l’ai enlevé de mon trousseau et elle est allée rejoindre mes autres souvenirs de famille dans une boite à l’entrepôt.

Elle m’a ensuite introduit aux Lettres de Commande à l’Univers. Le principe est simple : Tu écris une lettre destinée à l’Univers dans lequel tu demandes ce que tu veux de la vie. Et l’Univers te l’accordera. J’étais déjà familier avec le principe, c’est juste que dans la version que je connais, il faut adresser la lettre à PÈRE NOËL, PÔLE NORD, H0H 0H0.

Puisque j’ai eu à faire un essai devant elle, j’ai su accorder nos deux écoles de pensées.

  • Au lieu de demander l’argent, j’ai demandé d’avoir la patience de consacrer du temps à faire des recherches, des études, d’apprendre, pour explorer de nouvelles voies. La sagesse de savoir reconnaitre une bonne opportunité au moment où elle passe, et l’intelligence de la saisir au bon moment. Le courage de relever de nouveaux défis. Ce qui me permettra d’avoir un meilleur boulot, donc de meilleurs revenus.
  • Au lieu de demander la santé, j’ai souhaité avoir assez de détermination pour manger bien et m’exercer souvent, ce qui m’apportera la santé.

Après tout, je fais partie de l’univers. Alors si je fais tout ça et que j’obtiens les résultats voulus, techniquement, on pourra dire que l’Univers m’a exaucé.

L’art de savoir choisir ses batailles.
Jusqu’à mes 27 ans, j’avais un Ego fragile qui prennait chaque divergence d’opinion pour une attaque personnelle. Je disais souvent : « Même si tu étais le Premier Ministre, la Reine ou le Pape… Si j’ai raison et t’as tort, ben désolé mais j’ai raison et t’as tort. » C’est à cet àge-là que, suite à un conflit que j’avais initié et qui m’avait fait perdre mon travail, j’ai compris qu’en me donnant une auto-importance démesurée, je cherchais à compenser pour mes complexes causés par mes lacunes de caractère. Si j’avais rencontré Mégane à cette époque, je me serais attaqué à ses croyances sans merci, en lui démontrant avec ma logique inplacable que tout ça n’était que foutaises.

Avec le temps, j’ai travaillé sur moi et j’ai fini par combler mes lacunes. Depuis, je sais faire la part des choses, et je donne le degré d’importance qui sied à chaque chose. Bien que Mégane introduisait peu à peu ses croyances dans mon quotidien, je savais m’en accomoder sans que ça ne dérange ma vie ni mes convictions réalistes. Ces rituels n’ont aucune importance pour moi, mais ils représentent tout pour elle. Alors si ça n’apporte que du positif, pourquoi gâcher tout ça pour une bête question de principes ?

Malheureusement, il semblerait qu’en me montrant assez compréhensif pour être conciliant et faire des compromis, j’ai fait une grave erreur. Je lui ai donné l’impression que je ne mettais pas de limites aux croyances qu’elle pouvait m’imposer. Et ceci allait me revenir sur la gueule avec force.

Tel que mentionné dans le billet précédent, Mégane ne savait pas vraiment tenir un budget. C’était toujours son conjoint qui payait tout. Mais maintenant qu’elle travaillait et gagnait $2 500 aux deux semaines, il ne lui donnait plus un sou. Aussi, à l’automne, lorsque son auto demanda des réparations urgentes qui montèrent à $800, il a fallu qu’elle me l’emprunte. Malgré mon chômage à $1 100 versé le 1er et le 15 du mois, je n’ai eu aucune hésitation à l’accompagner au garage et mettre le tout sur ma Visa. Il m’était évident qu’elle me rembourserait à sa prochaine paie. J’ai déchanté lorsqu’elle m’a appris que maintenant qu’elle est salariée, les dépenses de la famille sont payées 50-50 entre les deux conjoints, ce qui fait qu’elle ne pourra me verser que $100 par mois. L’Idée de devoir attendre huit mois avant d’être remboursé ne me plaisait guère. Mais qu’est-ce que je pouvais y faire ?

Et c’est là où ses croyances ont commencé à me poser problème. Un jour, je l’accompagne alors qu’elle se rend à une boutique New Age de Beloeil. Là, elle y achète des pierres polies représentant force et santé, des cristaux pour la chance et réaligner les auras. Elle y ajoute quelques autres babioles, et termine en incluant ce qui sera son 6e jeu de Tarot. On passe à la caisse. Total : $240, qu’elle paye sans sourciller.

Elle gagne deux fois et demi ce que je reçois du chômage. Et au lieu de me rembourser, elle s’achète des stupides morceaux de roches ? Et un 6e Tarot, qui n’a de différence avec ceux qu’elle possède déjà, que les illustrations ? Incroyable ! Je veux bien croire que ces choses apportent la chance et la fortune. Mais ça ne l’apporte seulement qu’à ceux qui les vendent. Sinon, la seule façon d’influencer le destin de quelqu’un avec une pièce de cristal, c’est en lui balançant sur la gueule avec violence. Mais la seule personne qui en retirera fortune, c’est son dentiste.

Quand on est un adepte de la pensée magique, on est le parfait public cible pour les vendeurs de miracles. Depuis que l’on se fréquente, Mégane a peu à peu pris du poids. Puisque je suis je suis vasectomisé depuis 2019, il ne peut pas s’agir d’une grossesse. Il se trouve que moi aussi, j’aurais quelques kilos à perdre. Je suis habitué aux séances de remises en forme qui durent trois mois, dans lequel on combine la bonne alimentation et les exercices, ce qui garantit à tout coup une perte de 20 lb. Je lui propose un abonnement pour deux au gym. C’est ensemble que l’on ira s’y entrainer. C’est ensemble que l’on fera du vélo. C’est ensemble que l’on ira faire du jogging. Ainsi, chacun d’entre nous soutiendra l’autre moralement. Comme ces couples qui perdent du poids et se remettent en forme ensemble.

Source: https://www.boredpanda.com/couple-weight-loss-success-stories/

Elle refuse. Elle a horreur de la sensation d’être recouverte de sueur. Non, elle va plutôt utiliser une nouvelle procédure qui se nomme Cold Sculpting.

Avez-vous déjà décongelé du jambon? Si oui, vous avez constaté que le gras, après avoir été congelé, devient liquide en dégelant. Ici, c’est le même principe. Il s’agit d’une procédure qui prétend pouvoir congeler la graisse abdominale. Sans affecter la peau, étrangement. Le gras devenant liquide en fondant, celui-ci est rapidement éliminé par l’organisme.

Je fais aussitôt mes recherches sur Google. Et je constate que nulle part ne trouve-t-on de témoignage de gens ayant utilisé ce procédé. Tout ce qu’il y a à ce sujet provient des cliniques qui l’offrent. Puisque cette procédure est nouvelle, elle n’a pas faite ses preuves. Je fais part de mes découvertes à Mégane. Mais celle-ci ne veut rien entendre. Elle CROIT que ça va marcher. Alors ÇA VA marcher.

À chaque mois, elle a subi cette douloureuse intervention. À chaque mois, elle ne constatait aucun résultat. Et à chaque mois, elle se laissait convaincre par les chirurgiens que ce ne sera qu’après plusieurs séances que les résultats seront visibles.

Au final, la seule chose qui a maigri, c’est son compte de banque. De $3 000. Alors qu’elle n’arrive même pas à me rembourser les $800 qu’elle me doit.

Une autre fois, dans son auto, alors qu’elle venait de passer me prendre chez moi, je suis pris d’une crise d’éternuements et d’écoulement nasal. Elle me demande si j’ai le rhume. Je lui répond que non. Mon aspirateur est brisé, alors j’ai passé le balai. Or, je suis allergique à certaines poussières domestiques. Aussi, lui demande d’arrêter à la pharmacie pour que je prenne des pilules anti-allergiques. (De marque Personnelle, fabriquées au Canada, puisque la version américaine en a retiré l’ingrédient actif pour des raisons obscures.) Elle me répond que je ne suis pas allergique du tout. Elle affirme que j’éternue car je me dis que je suis allergique, et c’est ce qui fait réagir mon corps.

Pendant quelques secondes, je ne peux pas croire qu’elle vient de me dire une imbécilité pareille. On croirait lire Le Secret.

Je lui explique donc que j’ai commencé à avoir ces crises d’éternuements au début de la trentaine. Pendant un an, Karine et moi en avions cherché la source. On a changé le savon de la douche, le savon à lessive, la marque et la composition de la litière du chat, les fleurs, etc. Rien n’y fit. Éventuellement, on a constaté que ça n’arrivait qu’après que je fasse le ménage. On pensait qu’il s’agissait des produits nettoyants. Alors là encore, on les a tous essayés, sans résultat. Ce n’est que le jour du déménagement, en déplaçant des meubles qui n’avaient pas bougé depuis six ans, que j’ai recommencé à éternuer. Puisque je n’avais utilisé aucun produit nettoyant ce jour-là, alors la source de mon allergie était claire : La poussière.

ELLE: « Tu cherches tellement à te justifier. Qui est-ce que t’essayes de convaincre, ici? Moi, ou bien toi-même? »

Pardon ?

Je prends la peine de lui expliquer les faits. Et elle juge que mes paroles sont de la bullshit d’un hypocrite !? De la part de la femme qui prétend m’aimer, cette manifestation de mauvaise foi m’insulte profondément. Pour ses croyances, j’ai fait des compromis car je suis compréhensif et conciliant. Mais là, je vois pourquoi ces trois mots commencent par la syllabe CON. Parce qu’au bout du compte, c’est ce que l’on est aux yeux de la personne pour qui on fait ces efforts. Eh bien celle-là, elle ne passe pas. Je le lui fais savoir dans des termes clairs.

MOI: « Les allergies respiratoires sont reconnues par la science et la médecine comme étant des faits réels depuis au moins un siècle. Et toi, tu penses que mes éternuements sont un signe comme quoi j’ai un problème mental ? »
ELLE: « Ben là, « problème mental »... J’irais pas jus… »
MOI: « Et même si t’avais raison, comme quoi les réactions allergiques sont contrôlées par la volonté… Veux-tu bien me dire pourquoi est-ce que j’irais délibérément me causer un problème physique désagréable ? Me penses-tu vraiment imbécile à ce point-là ? »

Devant mon évidente frustration, elle n’insiste pas.

ELLE: « Bon ! Ok ! C’correct ! J’ai rien dit ! »
MOI: « Alors direction la pharmacie, s’il te plaît. »

Bizarrement, l’année suivante, lorsqu’elle a fait entrer un chat dans la maison et que son fils s’y est montré allergique, tiens donc, LÀ, elle y croyait, aux allergies respiratoires. Elle ne l’a pas accusé de se créer lui-même ses allergies, LUI !

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À SUBIR

L’illusion de la neutralité

Il y a au moins une personne parmi vous qui correspond à la description suivante.
C’est une personne aimable, gentille, pleine de bonne volonté, qui fait ce qu’elle a à faire.  Une personne capable de reconnaître la différence entre quand c’est le temps d’être réfléchi et quand c’est le temps d’être impulsif.  Son naturel la porte à être généreuse, donnant du temps pour écouter ou aider autrui.  Mais pas trop, quand même, car il faut bien se protéger de ceux qui pousseraient la chose trop loin.  Elle sait prendre la bonne décision, ou du moins la solution qui lui semblait la plus logique à ce moment-là, selon ce qu’elle savait. Mais puisqu’il est rare que l’on connaisse toutes les facettes d’une situation, et encore moins l’avenir, cette personne regrette parfois sa décision en se disant « Ah, si j’avais su! » Bien sûr, il lui arrive une fois de temps en temps de commettre une vraie erreur de jugement.  Mais bon, qui n’en a jamais fait ?  Cette personne a un entourage composé de gens, somme toute, assez sympathiques. N’empêche que personne n’est parfait. Ainsi, certains sont ennuyeux.  Certains sont maladroits.  Certains sont indélicats, impolis, irrespectueux. Et ils le démontrent en lui servant des paroles offensives, blessantes, en déguisant parfois la chose en tentative de faire de l’humour.  D’autres sont carrément des exploiteurs qui cherchent à obtenir de cette personne le maximum qu’ils puissent en tirer.  Même parmi celles qui aiment le plus cette personne, il y en a qui démontrent par leur comportement qu’ils sont parfois insensibles et qu’ils ne l’apprécient pas à sa juste valeur.  Et le pire, c’est qu’on dirait qu’ils ne s’en rendent pas compte. Sauf dans le cas de certains dont les faits et gestes prouvent hors de tout doute qu’ils ont une personnalité négative, une nature perverse, voire carrément méchante.  Et c’est hélas avec ce genre d’entourage que cette personne doit tant bien que mal composer.

Avouez-le, vous vous êtes reconnus dans le paragraphe précédent. Normal !  C’est que nous vivons tous, comme le dit le titre de ce billet, dans notre illusion de la neutralité.  Être réfléchi et majoritairement irréprochable, tout en subissant les autres, leurs paroles, leurs gestes et les conséquences de leurs stupidité, c’est comme ça que nous nous percevons tous, sans exception. 

Et moi le premier.  La preuve : la majorité des 563 articles de ce blog tombent dans la catégorie « Voyez tout ce que l’on a à subir injustement de la part des autres. »  L’exemple le plus flagrant est ce vieux billet de 2012, 30 comportements qu’il faudrait cesser d’avoir sur Facebook. On y reconnait plein de gens… SAUF soi-même.  (Ou alors si peu).  Pas étonnant que ce billet fut le plus populaire de ce blog, m’ayant rapporté plus d’un demi-million de visites cette année-là.

Et pourtant, je suis probablement moi-même coupable de plusieurs comportements qui dérangent autrui, aussi bien sur le net que dans la vraie vie.  Mais voilà, comme le démontre mon utilisation du mot « probablement », mes défauts personnels, je ne les vois pas.  Je ne vois que ceux des autres.  Sans le savoir, je pourrais être l’exemple parfait décrit dans le proverbe On voit la paille dans l’oeil de son voisin, mais pas la poutre dans le sien. Je ne sais plus qui a dit la phrase suivante mais elle décrit bien la situation: Nos défauts sont comme nos odeurs corporelles : On ne les sent pas soi-même, elles ne dérangent que les autres.

« Je ne fais rien subir aux autres, je ne fais que subir les autres. » Ou: Le principe de la Mary Sue.
Dans les créations de beaucoup d’auteurs, aussi bien amateurs que professionnels, on retrouve ce que l’on appelle une Mary Sue Il s’agit d’un personnage qui, volontairement ou inconsciemment, est la représentation de son auteur. Bien qu’il existe plusieurs genres de Mary Sue (ou  Marty Stu / Gary Stu  s’il s’agit d’un homme), la majorité possèdent les mêmes particularités. En voici une courte liste:

  • Peu ou pas de personnalité qui se démarque.
  • Irréprochable dans son comportement.
  • Aucun défaut physique particulier. 
  • Tout tourne autour de ce personnage.
  • Les bonnes choses, tout comme les mauvaises, lui arrivent par elles-mêmes, sans que ce personnage ne les aient provoquées.

Dans les années 90, le personnage titre de l’émission Seinfeld était le parfait Marty Stu.  La preuve: Demandez à ceux qui s’en souviennent encore (ou bien qui en regardent les reprises) de vous décrire les différents protagonistes de la série, et ils vous diront ceci: George est un loser complexé incapable de trouver une femme ou bien de la garder. Kramer est un excentrique sans-gène irréfléchi.  Elaine est une égocentrique.  Newman est un méchant et un lâche. Les parents de Jerry sont des moralisateurs à tort.  Les parents de George sont contrôlants et envahissants. Oncle Léo est un arnaqueur et un profiteur. 

Et Seinfeld lui-même? Eh bien…   

  • Peu ou pas de personnalité qui se démarque.
  • Irréprochable dans son comportement.
  • Aucun défaut physique particulier.
  • Tout tourne autour de ce personnage.
  • Les bonnes choses, tout comme les mauvaises, lui arrivent par elles-mêmes, sans que ce personnage ne les aient provoquées.

À quoi s’attendre d’autre d’une comédie nommée Seinfeld écrite par le comédien Jerry Seinfeld dans lequel le comédien Jerry Seinfeld tient le rôle du comédien Jerry Seinfeld?

En littérature, un exemple flagrant de la Mary Sue classique est le personnage de Bella dans Twilight.  En ne faisant aucun autre effort que d’exister, elle provoque chez un vampire centenaire, jusque-là aromantique et asexué, l’envie de connaître l’amour sous toutes ses formes.  Juste en étant passive, elle amène deux peuples surnaturels à lui graviter autour, faisant d’elle tour à tour source de désirs et de conflits.  En ne faisant rien du tout, à part être aussi bella que son prénom, elle est l’influence qui marquera à jamais l’histoire de ces deux grandes puissances occultes.

Seinfeld ou Twilight, pourquoi croyez-vous que ces séries sont si populaires? C’est justement à cause de la nature Mary-Sue-esque des personnages principaux: Parce qu’il est très facile pour le spectateur de se reconnaitre dans un personnage principal neutre.  Parce que dans nos têtes, nous sommes exactement comme eux: Nous ne faisons rien de mal. Nous sommes irréprochables.  Le monde tourne autour de nous. Nous ne faisons que subir les faits, gestes et paroles des autres. Exactement la perception que Jerry Seinfeld a de lui-même, chose qu’il projette dans son avatar télévisuel.  Exactement la perception que Stephenie Meyer a d’elle-même, chose qu’elle projette dans son avatar littéraire. 

Et c’est exactement la perception que chacun de nous avons de nous-même. Parce que nous vivons tous dans notre illusion de neutralité.

Sans filtre et sans emploi

Vous savez, ces gens qui se vantent de ne pas avoir de filtres ? Ceux qui ne manquent jamais une occasion d’envoyer des paroles agressives et insultantes, et qui justifient leur impolitesse sous l’excuse de « ne dire rien d’autre que la vérité » afin d’exercer leur « droit à la liberté d’expression » ? C’est une personne de ce genre là dont il sera questions aujourd’hui.

Hier, 7 heure du mat’, nous avions une nouvelle à entrainer au travail. Eva, trentaine avancée, grande mince rouquine. Eva est sur mon équipe. Linda, ma partenaire de travail, me demande si je veux lui montrer le travail, ou si je préfère la lui laisser. Je décline, avouant que je suis un bien piètre professeur. Pas de problème, Linda se fera un plaisir de s’en charger.

Vers 10 heures, alors que je termine de m’occuper d’une résidente alitée, Eva entre dans la chambre et me demande.

« Tu travaille pour une agence? »
« Oui! »
« Laquelle? »
« Placement Québec Santé »
« Ah! C’est celle qui paye le moins. C’est quoi ton salaire? »

« Euh… !? »

Déjà que c’est un tabou social de discuter de nos revenus, c’est encore plus effronté de demander ça à la 3e phrase de la toute première conversation que l’on a avec un inconnu.

« Désolé, on ne discute jamais de nos salaire entre collègues. »
« En tout cas, mon agence paie bien mieux. Je sais que je fais beaucoup plus d’argent que toi. »

Ayant fini de ramasser mes affaires, je sors de la chambre en lui disant que c’est tant mieux pour elle. Alors que je dévale le corridor d’un pas ferme, mon air irrité n’échappe pas à mon collègue Lucien.

« Hey, Stef ? Ça va pas ? »
« Ah ! C’est l’autre, là, la nouvelle. Imagine-toi donc qu’elle vient de me demander de lui dire mon salaire. »
« Hein ? Toé aussi ? »

Lucien m’entraine dans la cuisine où Linda discute avec deux préposées et une aide de service. Il leur dit:

« Hey ! Devinez quoi? Stef vient de se faire demander c’est quoi son salaire, par Eva. »

Les filles réagissent aussitôt, choquées et scandalisées.

« Hein ? »
« Pas sérieux ? »
« Non mais c’est quoi son problème, à c’te Guerda-là ? »

Linda me dit que lorsqu’elle a présenté Eva à Cybèle, l’aide de service, Eva a tout de go répondu :

« Les aides de service, ça ne sert à rien. Ça fait toujours semblant de travailler. »

Pendant l’entrainement, Eva a dit à Linda qu’elle voit bien que cette dernière n’est pas faite pour être préposée aux bénéficiaires. Elle devrait plutôt faire du Tik Tok ou du OnlyFans. Lucien a droit aux mêmes questions que moi. Et Monica s’est fait rabaisser de choisir délibérément, et je cite, « D’habiter un coin aussi minable que la Gaspésie. Ce n’est pas comme si c’était seulement une obligation pour l’emploi. »

Et là, je me suis rendu compte de ce que nous étions en train de faire. On se plaignait. Et comme je l’ai dit dans un billet récent: Ne te plaint jamais, mais n’hésite jamais à porter plainte.

Je me suis donc dirigé vers le bureau de la patronne. Mais elle n’y était pas. j’y suis retourné plus tard, en vain. La quatrième fois, j’ai opté pour lui écrire une note. Je lui raconté l’essentiel de ce que vous venez de lire ici. Et je conclus sur le fait qu’Eva met une mauvaise ambiance au travail, et que nous ne l’apprécions pas.

À 15h, alors que je m’apprête à partir, la patronne vient me rejoindre.

« Oui, Stéphane, j’ai lu ta note. »
« Bien! Vous pouvez vérifier auprès de Lucien, Cybè… »
« Pas besoin, je te crois sur parole. Je voulais juste te dire que tu as bien fait de m’en parler. parce que moi, une attitude comme la sienne, je n’accepte pas ça. Je vais appeler son agence et vous ne la reverrez plus jamais ici. »

Elle se vantait d’être sans filtres. Eh bien maintenant elle pourra aussi se vanter d’être sans emploi.

Elle nous traitait comme si nous étions des trous du cul. Elle avait juste oublié que la fonction première d’un trou du cul, c’est de se débarrasser de la merde.