Les Pompes Funestes, une tragicomédie. 7e partie.

Vendredi le 15 février, cinq semaines après le décès de mon père. Je reçois un appel des assurances. Le testament dit bien qu’il a fait de son épouse, ma mère, sa bénéficiaire. Or, ils n’ont aucune preuve dans le dossier que ma mère est bien son épouse. Je dois donc leur envoyer une copie de leur certificat de mariage. Je le demanderai à ma mère la semaine suivante, lorsque j’irai pour la messe de mon père.

Vendredi le 20 février, six semaines après son décès, je reçois enfin le certificat de décès de mon père. Le fait qu’il s’appelait Pierre, mais a été baptisé Peter, n’a apparemment pas causé de problème à l’état civil. Il est vrai qu’il avait déjà réglé ce problème il y a seize ans, lorsqu’il est tombé en retraite.

Tel que demandé dans son testament, mon père a eu sa messe. Pour ce faire, il a fallu que je réserve l’église, bien que nous n’étions que trois, soit Marcel, ma mère et moi. Ça m’a coûté $650. On aurait été 150 personnes que ça aurait été le même prix. Je me suis renseigné auprès du salon funéraire, puisqu’ils ont des petites chapelles plus intimes. Mais eux, leur tarif était $1000. Aussi bien me payer l’église et épargner $350.

Ayant récupéré le certificat de mariage de mes parents, j’en ai envoyé copie aux assurances. Et j’ai envoyé copie du certificat à Retraite Québec (ex Régie des Rentes du Québec) avec les documents requis pour que A) Ils cessent de verser une pension à mon père. et B) Ils versent une pension de veuve à ma mère.

Parlant de ma mère. Sa condition mentale / cognitive est assez unique, car je n’en ai pas encore vu de semblable durant mes années en tant que préposé aux bénéficiaires. Elle est consciente de ses pertes de mémoires. Elle le dit souvent « C’est donc frustrant ! Le passé, je me rappelle de toutte. Mais le présent, ça me reste pas en tête. J’ai conscience qu’aujourd’hui j’arrête pas de te demander où on va. Mais je ne me rappelle jamais de ta réponse. » Si je dis que c’est unique, c’est que je suis plutôt habitués à des gens qui nient avoir oublié. Tandis qu’elle, elle se souvient d’avoir oublié.

Cependant, elle me raconte deux situations irréelles. La première : « Après que tu sois né, on a essayé de te cacher de moi pendant dix-huit ans. Mais je le savais que j’avais accouché. Ils ont essayé de me faire dire que t’existais pas, mais je le savais que j’avais eu un fils. » ... Et malgré le fait qu’elle y croit, elle se souvient de plein d’anecdotes de mon enfance.

Je l’écoute sans la contrarier. Mais tout de même, ça ébranle.

L’autre truc faux qu’elle affirme : « Dans le placard, c’est plein d’urnes funéraires. J’ai dit à la direction d’enlever ça de ma chambre, ça n’a pas d’affaire là. Mais ils ne font rien. » Plutôt que de la contredire, je lui ai répondu que j’avais moi-même demandé à ce qu’ils les enlèvent. Et j’ai ouvert la porte du placard, pour lui montrer qu’il n’y a là que les produits de ménage. Rassurée, elle a refermé la porte. Puis, elle est allée se coucher, Mais au moment où j’allais partir, elle m’a dit : « Qu’est-ce tu vas faire, pour qu’ils enlèvent les urnes dans le placard ? Ça n’a pas d’affaire là ! » Ça faisait 10 minutes que je lui avais montré qu’il n’y avait pas d’urnes, et elle repart là-dessus.

Quelques jours plus tard, je reçois un appel de Retraite Québec. Ils veulent parler à ma mère. Je leur explique que dans son état cognitif, c’est moi qui doit s’occuper de ses affaires. Ils m’apprennent que pour faire ça, je dois recevoir une procuration. Et pour ce faire, je dois faire tester ma mère afin qu’elle soit déclarée invalide, ou du moins incapable de s’occuper de ses affaires.

Je vais voir la direction de la résidence où elle loge. On me dit que pour ça, je dois contacter le CLSC où travaille l’infirmière qui s’occupe de ma mère.

Je contacte le CLSC et je parle à l’infirmière qui s’occupe de ma mère. Elle me dit que cette demande doit être faite par la travailleuse sociale qui s’occupe de ma mère..

Je contacte la résidence où ma mère loge pour leur demander les coordonnées de sa travailleuse sociale.

La travailleuse sociale me dit que pour avoir une procuration, il ne faut pas la faire déclarer inapte par son infirmière. Il suffit tout simplement de prendre un rendez-vous avec un notaire, et d’aller le rencontrer avec ma mère, afin que ce soit elle qui demande une procuration, en me mettant responsable de ses affaires.

J’appelle le notaire. Je tombe sur un genre de triage. On me demande la raison de mon appel. Je leur explique. On me dit que, très bien, ma demande est faite. D’ici cinq jours ouvrables, un ou une notaire spécialisée en procuration devrait me rappeler pour discuter de la date de rendez-vous et des tarifs.

C’est donc encore à suivre.

Les Pompes Funestes, une tragicomédie. 6e partie.

Par courriel, je fournis les documents et renseignements demandés au bureau du notaire. Le dossier étant complété, ils peuvent amorcer la recherche testamentaire auprès de l’Ordre des Notaires, ainsi qu’à l’Ordre du Barreau du Québec. Une procédure qui peut prendre de quatre à huit semaines.

Dans le billet précédent, j’explique que la direction de l’État Civil a besoin du certificat de naissance de mon père, avant de pouvoir me produire son acte de décès. Je fouille dans les documents que j’ai empruntés à ma mère et je le trouve. Mais là, coup de théâtre…

Mon père, qui a toujours été connu et enregistré au Québec sous le nom de Pierre Johnson, s’appelle en fait Peter Johnson.

Il y a une explication. Et celle-ci implique le genre d’histoire de famille qui était vue comme étant honteuse dans les années 40 et 50. Elle commence avec mon arrière-grand-père paternel, Georges-Ernest Lussier.

Dans les années 1910, à une époque où il était coutume d’avoir de quatre à douze enfants, Georges-Ernest n’a pu en faire qu’un seul. Ça avait rapport avec un problème de santé, bien que nous n’en savons pas plus. Cet enfant, un fils, fut baptisé René Lussier.

Rendu adulte, René était un intellectuel aussi rusé qu’intelligent, doublé d’un chaud lapin. Entré dans l’armé comme simple soldat, il se hissa rapidement au grade de Capitaine. Lorsque la guerre éclata, il se retrouva à Saint-Jean-de-Terre-Neuve. Officiellement, il faisait partie de la première ligne de défense, si jamais Hitler ou Hirohito traversait l’Atlantique. Mais dans les faits, il se la coulait douce.

Bel homme dont le charme était appuyé par son prestige de Capitaine, il avait trouvé le truc parfait pour avoir du sexe à loisir, sans être obligé de perdre sa liberté en se mariant. Il organisait des soirées dansantes. Il repérait les plus belles femmes qui accompagnaient leurs maris soldats. Quelques jours plus tard, il envoyait la compagnie de ce soldat faire des manoeuvres pendant quelques semaines de l’autre côté de l’ile. Puis, il allait tenir compagnie à ces femmes esseulées. Et c’est comme ça qu’il mis enceinte Mildred Tucker, mariée à un soldat dont nous ne connaissons rien, sinon son nom de famille, Johnson.

À l’époque, on n’avortait pas. La grossesse était menée à terme, et l’enfant illégitime était confiée à l’état, aux orphelinats. D’où le fait qu’il n’y a aucune mention de René en tant que père sur le certificat. Les Johnson étant anglophones, mon père fut baptisé Peter.

Un mois plus tard, l’histoire ne dit pas comment, mais Georges-Ernest appris l’existence de ce petit-fils. Sachant que ce n’est pas avec un fils irresponsable come René qu’il va pouvoir assurer sa descendance. Georges-Ernest se rendit à Terre-Neuve, ou il retraça Peter, qu’il adopta. Il le ramena chez lui, sur la rue Saint-Charles, à Mont-Saint-Hilaire. Pour éviter que ça jase dans le village, il révéla jamais que son nom était Peter Johnson. Surtout à une époque où il était coutume de détester les maudits Anglais. Il le présenta plutôt comme étant Pierre Lussier. Et c’est sous ce nom qu’il l’inscrivit, quelques années plus tard, à l’école.

Une fois de temps en temps, René venait visiter sa famille, et par le fait même son fils Pierre. Mais ce ne fut qu’à la majorité de Pierre, à 21 ans à cette époque, que René le reconnut enfin comme son fils.

Le problème, c’est que maintenant majeur, au registre de l’état, son nom était Johnson. Et pour travailler, c’est sous ce nom qu’il devait légalement gagner sa vie. Cependant, nulle mention ne fut faite au sujet du prénom Peter. Il resta donc Pierre. Cependant, après deux décennies à le connaître comme étant un Lussier, les voisins et connaissances avaient de la difficulté à accepter cette transition vers Johnson. On avait beau être en 1965, époque de la libération des moeurs, ça en faisait quand même un bâtard aux yeux de tous.

En 1966, Pierre rencontra Louise. En 1967, ils se sont mariés. En 1968, je suis né. Et en 1969, à son décès, Georges-Ernest légua la maison à Pierre. Ce qui fit de moi la 4e génération de la famille à y avoir habité.

En 2009, à 65 ans, mon père a atteint l’âge de la retraite. Pour avoir droit à une pension, il devait fournir à l’État une copie de son certificat de naissance. Le notaire Handfield l’a fait venir de Terre-Neuve. Et c’est là qu’il a appris que tout ce temps-là, son prénom véritable était Peter. Ayant été connu comme Pierre toute sa vie, et surtout enregistré officiellement comme tel à l’État, il garda ce prénom.

S’il a pu avoir droit à sa pension, malgré les prénoms qui ne correspondent pas, je suppose ça ne devrait pas poser de problème pour obtenir son certificat de décès. Enfin, j’espère ! Comme ça, ma mère aura droit à sa pension de veuve et à l’assurance vie de mon père. Et on pourra ouvrir un compte de succession, où je pourrai y déposer ce mystérieux chèque de $ 840 au nom de Héritiers de Pierre Johnson. Et elle pourra recevoir tout argent contenu dans le compte de banque de mon père, ainsi que de leur compte conjoint.

En rendant à ma mère les documents de famille, j’en profite pour m’occuper de son courrier. Et je constate quelque chose d’aberrant en lisant son plus récent relevé d’opérations de la Caisse Desjardins. Voyez ces lignes que je blanchis.

Son loyer est de $ 2 785. Elle reçoit $1 240 de pension. Ce qui signifie que chaque mois, elle est déficitaire de $1 545. Bon, ici, elle a eu d’autres dépots totalisant $688, ce qui diminue la perte de décembre 2025. Mais il s’agit de dépots trimestriels.

Si c’est comme ça depuis qu’elle est placée dans cette résidence, ça fait un an et demi que ça dure. Depuis le temps, la différence entre ce qu’elle reçoit et ce qu »elle paie se monte à $27 801, qu’elle a payé avec ses économies. Il ne lui reste plus que $14 654. À ce rythme, il ne reste plus que neuf mois avant que le déficit fasse qu’elle se retrouve sans le sou.

Et même lorqu’elle recevra l’argent de l’assurance-vie, et le peu qu’il doit y avoir dans le compte de mon père et le compte conjoint, ça ne fera que retarder l’échéance de quelques mois. Dans deux ans maximum, ce sera fini.

Il ne me reste plus qu’à espérer que les choses ne retardent pas trop à l’État Civil, à cause des prénoms Peter et Pierre. Parce que tant que je n’ai pas tous les documents requis, je ne pourrai pas arranger ça. Déjà que je ne sais pas où aller ni comment faire, je ne sais même pas à qui m’adresser pour l’apprendre. La recherche promet d’être mouvementée.

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À SUIVRE

Les Pompes Funestes, une tragicomédie. 5e partie.

Tandis que je suis à Québec, je reçois ce courriel de JP, mon ex-beau-frère, qui loge dans mon appartement officiel dans la ville de Saint-Jean-Baptiste.

L’enveloppe est adressée à « Les héritiers de Pierre Johnson » ... Il ne peut s’agir que du certificat de décès de mon père.  (L’autre lettre, c’est mon relevé mensuel de la banque RBC.)

Le lendemain, un petit trois heures de route plus tard, j’arrive chez moi pour constater qu’il y a une seconde enveloppe gouvernementale qui m’attend.  J’ouvre la première.  C’est effectivement une lettre du Registre de l’État Civil, Service de l’Inscription des Décès.  Mais c’est pour me demander de leur envoyer le certificat de naissance de mon père.  Parce que oui, il semblerait que pour déclarer qu’il est décédé, il faut d’abord prouver qu’il est né.  Je devrai donc aller voir ma mère pour fouiller de nouveau dans ses dossiers.

J’ouvre la seconde enveloppe.  Il s’agit d’un chèque gouvernemental au montant de $840, qui comporte mon adresse, mais pas mon nom.  Car là encore, la mention est Hériters de Pierre Johnson.  Je regarde le document joint.  Ce provient de Retraite Québec, de la Régie des Rentes du Québec. Je ne prendrai pas ma retraite avant juillet 2033.  Alors pourquoi est-ce qu’ils m’envoient ça ? 

Je lis le document qui y est rattaché.  Ça parle de comment avoir accès à Mon Dossier en ligne, et comment m’inscrire au dépôt automatique pour les prochaines prestations.  Et c’est tout ! Mais là…  Est-ce pour moi ? Est-ce pour ma mère ?  Est-ce un paiement unique ou bien il y en aura d’autres ?  Est-ce la pension de veuve de ma mère ?   Qu’est-ce que je fais avec ça ?

Si mon raisonnement est exact, je ne dois pas être la première personne dans l’Histoire du Québec à avoir perdu son père.  Donc, logiquement, les banques ont sûrement déjà vu ce type de chèque.  Ils vont pouvoir me renseigner.  

Parlant de perdu son père, je fais un crochet à Beloeil, aux Salons Funéraires Demers pour récupérer ses cendres. Puis, toujours à Beloeil, je me rend à la RBC, à la succursale où je fais affaire.  Et oui, ce type de chèque, la caissière a déjà vu ça.

« C’est un chèque de succession, Monsieur.  Il doit être déposé dans le compte de succession. »

Compte de succession que je pourrai ouvrir à la Caisse Desjardins, dès que j’aurai le certificat de décès de mon père.  Certificat qui ne sera émis qu’après que j’aurai envoyé au Registre de l’État civil son certificat de naissance.  Certificat de naissance que possède ma mère.  Mère que je dois amener à Desjardins pour qu’ils lui fassent une nouvelle carte de guichet.  La piste commence à tourner en rond, mais au moins elle avance.

Je vais à Longueuil, à la résidence où habite ma mère.  Je fouille dans les dossiers de famille et je trouve les documents requis. J’amène ma mère à Beloeil, à sa succursale de Desjardins. Je déclare sa carte perdue ou volée, et je lui en demande une nouvelle. Je montre les documents d’identification requis, et… On m’apprend que ma mère n’a jamais eu de carte de guichet pour son compte personnel.  Je sursaute.

« Hein !? Ben voyons donc ! Je ne peux plus compter le nombre de fois qu’elle est venue ici, dans cette succursale, aux guichets, retirer, déposer et mettre à jour son livret. Je le sais, j’étais là ! »

La caissière vérifie de façon plus approfondie.  Et elle y fait une découverte.

« Est-ce que Madame a perdu son mari dernièrement ? »
« Oui, il y a trois semaines. »
« D’accord !  Alors je vois ici trois comptes relatifs à Madame.  Son compte personnel, le compte de son mari, et leur compte conjoint. »
« D’accord ! »
« Madame n’a jamais eu de carte de guichet pour son compte personnel, car elle a toujours effectué ses opérations avec le compte conjoint. »

Ma mère aurait donc un compte secret qu’elle ne touchait jamais ?  C’est quoi ce délire ?

« Ah bon !?  En tout cas, n’empêche que sa carte de ce compte-là a disparue. »
« Si ça peut vous rassurer, je vois qu’il n’y a pas eu d’opérations faites avec la carte depuis avril 2024. »

Ce qui correspond à quand elle a été placée en résidence. On ne saura donc jamais où ni quand est-ce qu’elle a perdu la carte. Mais au moins, personne ne l’a utilisée.

« Bon !  Alors je suppose qu’avec la nouvelle carte, elle va pouvoir accéder à ses deux comptes. »
« Malheureusement, nous ne pouvons pas lui faire d’une nouvelle carte pour le moment. »
« Hein ? Comment ça ? »
« À cause du décès, le compte de Monsieur a été verrouillé. »

Effectivement, c’est moi-même qui suis venu pour le demander, il y a quelques jours. Mais je ne vois pas le rapport avec le compte de ma mère. La caissière explique.

« Le compte conjoint s’est retrouvé automatiquement verrouillé, puisqu’il porte également le nom de Monsieur. Et puisque le nom de Madame est maintenant associé à un compte verrouillé, alors pour des raisons de sécurité, nous ne pouvons pas lui émettre une nouvelle carte. »
« Pas même pour son compte personnel ? »
« Pas même pour son compte personnel. »

Donc, si je comprends bien, si ma mère et moi avons à faire face à ces nouvelles complications, c’est parce que j’ai fait ce que j’avais à faire, en venant déclarer mon père décédé. Génial !

« Ok ! Alors il va se passer quoi, maintenant ? Ma mère ne pourras plus jamais avoir une carte de guichet de sa vie ? »
« Oh, non, rassurez-vous !  Nous attendons simplement que vous nous apportiez les documents nécéssaires pour pouvoir ouvrir un compte de succession.  C’est à dire le certificat de décès de votre père, votre déclaration de naissance, le certificat de mariage de vos parents, le testament, ainsi que l’attestation qui prouve que vous avez fait votre recherche testamentaire auprès de la Chambre des Notaires, ainsi qu’à l’ordre du Barreau du Québec. »

Incroyable ! Ça n’en finit plus !

« Ensuite, une fois les transferts effectués entre les héritiers inscrits au Testament, et une fois que le compte conjoint et le compte de Monsieur seront fermés, Madame pourra obtenir sa carte de guichets. »

Donc, tant et aussi longtemps que je n’ai pas tous les documents requis pour ouvrir un compte de succession, il m’est impossible de déposer le chèque de $ 840, pas même dans le compte personnel de ma mère.

Qu’est-ce qu’on rigole !

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BIENTÔT : Le service funèbre à l’église.

Les Pompes Funestes ; une tragicomédie. 4e partie

Dans le billet précédent de cette série, j’explique toutes les vaines démarches que j’ai entrepris afin de retrouver ma mère, logée en résidences pour personnes semi-autonomes. N’eut été de Marcel, un ami de la famille qui m’a appelé pour me faire ses condoléances pour le décès de mon père, et qui savait où ma mère avait été placée, je la chercherais encore, car…

Le lendemain de mes plus récentes démarches, je devais recevoir un appel de la dernière travailleuse sociale à s’être occupée de mon père. Ainsi que de Santé Montérégie, section de la santé mentale et dépendance. Aujourd’hui, trois semaines plus tard, alors que j’écris cet article, ni l’un ni l’autre ne m’a contacté.

Le 16 janvier, soit deux jours après m’avoir appelé, Marcel m’amène à la résidence, et je revois ma mère pour la première fois depuis trois ans. Heureux hasard : ce 16 janvier 2026, c’est le jour de son 80e anniversaire. Elle est très heureuse de me revoir. Elle n’arrive pas à croire qu’elle a déjà 80. Elle me posera d’ailleurs la question quatre fois en une heure.

Une autre chose qu’elle a de la difficulté à saisir ; le fait qu’elle est veuve. À trois reprise, elle me redemande.

« T’as-tu dit que Pierre est mort ? »

À chaque fois, avec patience, je lui réexplique les circonstances de son décès, comme si c’était la première fois que je le lui récitais. À tout coup, elle répond :

« Pauvre Pierre ! La dernière fois que je l’ai vu, il m’a regardé pendant un bon cinq minutes. Puis, il a dit « Ma Loulou ! » (Elle s’appelle Louise) … Puis, il n’a plus jamais reparlé. »

L’infirmière-cheffe de la résidence me prend à part et m’explique la situation. En 2023, peu après que mon père ait perdu son permis de conduire à cause de son état cognitif qui en faisait un danger sur la route, son état s’est dégradé, au point où il a fallu le placer en CHSLD. Or, depuis les 2-3 années précédentes, la vie de ma mère se résumait à s’occuper de lui. À partir du moment où mon père est parti, elle n’avait soudainement plus rien à faire de ses journées. Sans devoir le lever, elle ne se levait pas. Sans le diriger à la douche, elle ne se lavait plus. Sans devoir lui dire de s’habiller, elle ne se changeait plus. Sans devoir lui faire à manger, elle ne cuisinait plus. En s’occupant de lui, elle s’occupait d’elle-même par extension, ce qui la gardait active physiquement et mentalement. En perdant son mari, elle perdait du coup son autonomie. Il a fallu la placer en résidence.

À l’époque, alors que j’étais en Gaspésie, effectivement, j’avais reçu l’appel d’une travailleuse sociale pour me demander si je consentais à ce qu’ils envoient ma mère en centre. Et qu’elle allait me rappeler pour me dire où elle sera placée. Je n’ai jamais reçu ce 2e appel. Voilà pourquoi j’ai eu tant de problèmes à la retracer.

J’ai rapidement constaté le changement en elle. Elle est sur le neutre, faute d’une meilleure expression. Si on lui parle, elle a une conversation normale. Mais sinon, elle reste silencieuse. Si on lui dit quoi faire, elle le fait bien volontiers. Sinon, elle reste immobile. Si on lui demande si elle a faim, elle dira que non. Mais si on lui sert une assiette pleine, elle mange de fort bon appétit.

Elle a aussi perdu tout filtre. Avant, par politesse, ma mère pouvait bien s’entendre avec une personne. Puis, dans son dos, en raconter les pires choses. Maintenant, lorsque ses voisines du centre l’approchent pour l’inviter à partager leur table ou bien jouer aux cartes, elle leur répond franchement « Non, ta face d’hypocrite mangeuse-de-marde me revient pas. » Ma mère a toujours eu le jugement facile et gratuit. Mais là, elle ne s’en cache plus.

Une chose qui n’a heureusement pas changé, c’est son classement méthodique. Dans ses dossiers, je retrouve rapidement copies de leurs assurance-vie, et surtout de leurs testaments. Ce dernier point me réjouis, puisque ça signifie que je n’aurai pas à payer $901 inutilement pour que le notaire fasse une recherche à la Chambres des Notaires ainsi qu’au Barreau du Québec pour le retrouver.

Parler d’argent me fait réaliser un truc : Mes deux parents ont des comptes à la Banque Nationale ainsi qu’à Desjardins. Maintenant que mon père est décédé, il faudrait transférer le contenu de ses comptes dans ceux de ma mère. Celle-ci me donne son portefeuille, et je fais une constatation inquiétante : ses cartes de guichet ont disparu. Alors… Perdues ? Volées ? Une chose est sûre, je dois agir vite, bien que je crains qu’il soit déjà trop tard.

Je me rends à la succursale de Desjardins à Beloeil, celle de mes parents. J’explique la situation. On me répond :

« Puisque votre père est décédé, nous devons geler son compte. Ensuite, il faudra ouvrir un compte de succession, dans lequel l’argent sers transféré. Ensuite, il sera réparti entre les compte de ses héritiers. »
« Ah !? euh, ok ! »

Elle me dit ensuite que pour ouvrir le compte de succession, je dois leur apporter les documents suivants:

  • La déclaration de décès de mon père.
  • Ma déclaration de naissance, pour prouver que je suis bien le fils de mon père.
  • Le certificat de mariage de mes parents.
  • Le testament.
  • Une attestation de notaire, prouvant que fut effectuée une recherche testamentaire auprès de la Chambre des Notaires, ainsi que du Barreau du Québec.

… Phoque !

Ça signifie que je n’y échapperai pas : je devrai payer $901 pour que se fasse cette recherche.

« Et pour ce qui est de la carte de guichet de ma mère ? »
« Si madame le peut, qu’elle vienne ici, et on va lui en refaire une. »

Ce qui devra attendre à la semaine prochaine, car je dois retourner à Québec. De toute façon, je dois attendre de recevoir le certificat de décès, donc rien ne presse. En attendant, je donne mon OK au notaire pour que s’effectue cette recherche inutile qui me coûtera $901.

Trois heures de route plus tard, j’arrive chez moi, à Québec. Je n’ai même pas encore enlevé mon manteau que le téléphone sonne.

« Monsieur Johnson ? Ici le Salon Funéraire Demers. C’est pour vous dire que vous pouvez venir passer prendre les cendres de votre père à notre succursale de Beloeil. »

Beloeil ? Mais j’en reviens !

J’ai comme une impression de déjà vu.

Encore heureux que je ne sois plus en Gaspésie, ce qui signifiait de 8 à 9 heures de route.

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À SUBIR