L’une des conséquences du manque de valorisation parentale

Vous savez, cette situation classique dans laquelle un Nice Guy se rend compte que plus il fait tout pour une femme, et moins elle l’apprécie, préférant les Bad Boys ? Ceci en est une variante. À ceci près que pour une fois, on verra la chose sous trois angles : celui de l’homme, celui de la femme, et celui d’un spectateur impartial.

AVERTISSEMENT. Cette illustration les dépeint beaucoup plus beaux (et plus jeunes) que dans la vraie vie.

Cynthia habitait à Québec. Scott habitait à Montréal. Ils étaient tous les deux membres de MeetMeat, un site de rencontres adultes. Après avoir lu quelques messages de Scott sur le forum, Cynthia a lu le profil de Scott et l’a trouvé intéressant. Elle lui a proposé une rencontre dans un motel à mi-chemin, à Drummondville. Il a accepté.

Ça ne devait être qu’une histoire d’un soir. Mais chacun s’est senti naturellement à l’aise avec l’autre. Ce qui ne devait être qu’une rencontre sexuelle contenait beaucoup de tendresse. Au point où, contrairement à son habitude, Cynthia lui a suggéré qu’ils gardent le contact. Scott a accepté.

Cynthia sortait d’une relation cahoteuse qui avait duré deux ans et demi avec Rodrigue, un pervers narcissique qui jouait au yoyo avec ses émotions. Tantôt, il soumettait Cynthia au Love Bombing, et tantôt il la dévalorisait par indifférence et signes d’éloignement. Pour la ramener en la valorisant de nouveau, particulièrement au niveau sexuel. Après toute cette toxicité, elle avait bien besoin d’un changement dans ses relations.

Dès le départ, elle a joué franc-jeu. Même si elle s’intéresse à Scott au point de vouloir en faire son amant régulier, et potentitellement son amoureux, il reste que c’est une femme qui a un très grand appétit sexuel. Elle est libertine, polysexuelle, et elle ne se sent pas capable de changer cet aspect de sa vie. Surtout pour une relation à longue distance. Scott a compris et accepté. Après tout, il est lui-même membre de MeetMeat. Il savait donc dans quoi il s’embarquait, à fréquenter des femmes de ce milieu.

Les premiers mois, ils ne se voyaient que peu. Mais à chaque fois, ils se rapprochaient, se découvrant de plus en plus de points en commun. Et lorsqu’ils ne pouvaient se voir, Cynthia lui demandait parfois si c’était Ok avec lui, qu’elle se trouve un amant pour la soirée, afin de satisfaire son insatiable appétit sexuel. À son agréable surprise, toujours Scott acceptait. Elle craignait qu’il en soit blessé. Mais comme il le lui répétait, ils se sont rencontrés sur MeetMeat, un site de rencontres libertin. Il savait dans quoi il s’embarquait.

Un jour, Scott a eu une opportunité d’emploi dans le coin de Québec. Cynthia lui a spontanément offert la cohabitation. Scott a accepté. Le premier août, ils aménagea chez elle.

D’habitude, lorsque deux personnes cohabitent, chacun doit y mettre un peu d’effort, de compromis, pour que règne l’harmonie. À leur grande surprise, dans leur cas, nul besoin. Le hasard a voulu que les différents aspects de leurs personnalités se divisent en deux catégories : Celles où ils sont semblables, ou bien celles où ils sont différents, mais complémentaires.

Deux mois plus tard, en octobre, Cynthia a eu à s’absenter pour une semaine, en rapport à son travail. À son retour, elle avait une nouvelle embarrassante à annoncer à Scott. Elle a malheureusement constaté que durant cette semaine d’absence, elle ne s’ennuyait pas de Scott tant que ça, finalement. Ce qui signifie qu’elle n’est pas en amour avec lui. Scott en a ressenti une certaine déception. Mais bon ! Ils s’entendent bien. Ils sont toujours amants. La cohabitation est toujours harmonieuse. Il peuvent bien continuer leur relation telle qu’elle est.

Cynthia craignait que Scott l’apprécie moins. Mais lui, sans même savoir qu’elle avait ces craintes, il a eu tôt fait de les calmer. Car toujours, il savait lui montrer son appréciation. Il prenait la peine de lui dire qu’il était reconnaissant de ce qu’elle faisait pour lui. Que ce soit en lui permettant de vivre chez elle, ou lorsqu’elle lui suggérait une activité, ou lorsqu’elle lui préparait un repas. Et il ne manquait pas de lui dire qu’il appréciait sa personnalité. Gentille, franche, altruiste, honnête, compréhensive.

Scott fit cependant une constatation, qu’il a aussitôt partagé avec Cynthia. Lorsqu’il la complimentait, ou lui témoignait de sa reconnaissance, Cynthia semblait gênée. Embarrassée. Et elle l’était. Elle lui confia ce qui, selon elle, était probablement la source de ce malaise. Durant sa jeunesse, elle était toujours dépréciée par ses parents. À cause de ça, elle n’a jamais eu l’impression qu’elle était adéquate. C’est la raison pour laquelle elle fait beaucoup d’efforts pour plaire. Mais surtout, c’est la raison pourquoi elle a autant de difficulté à composer avec des compliments qu’elle n’a pas l’impression de mériter, si c’est sur des sujets dans lesquels elle n’a mis aucun effort particulier. Et effectivement, être soi-même, ça ne demande aucun effort.

Cynthia rencontrait sexuellement un inconnu ou deux par mois. Scott, lui, n’avait pas cette opportunité. Il est vrai que lorsqu’ils s’offrent sexuellement, une femme est beaucoup plus sollicitée qu’un homme. Mais Scott ne s’en plaignait pas. Lorsqu’il avait envie de baiser, Cynthia ne lui disait jamais non. Et ils allaient parfois ensemble dans des clubs échangistes. Il était même question de baiser à deux couples ou plus un jour, bien que pour le moment ils n’avaient pas encore reçu d’offre de gens qui leur plaisait.

Janvier, décès de la mère de Scott. Celui-ci ayant l’esprit trop préoccupé par le chagrin et le labyrinthe administratif qui n’en finit plus, a passé les quatre mois suivants à avoir la libido à zéro. Cynthia ne lui cachait pas qu’elle continuait de rencontrer sexuellement une ou deux fois par mois. Scott n’en faisait pas de cas. Il était même rassuré du fait que que dans une relation ouverte comme la leur, le manque de sexe n’allait jamais pouvoir se mettre entre eux.

Puis, les choses se sont tassées. Au mois de mai, la libido de Scott a repris vie. Il l’exprima à Cynthia. Et celle-ci lui répondit une chose dont jamais il se serait attendu.

« Tu sais, depuis le temps, notre relation a évoluée au-delà du Fuck-Friends. Voilà un bon moment que ne ressens plus de désirs sexuels entre nous deux.« 

Au début, Scott ne pouvait pas y croire. Il se dit que c’était un simple malentendu. Il lui expliqua alors que son manque de libido des derniers mois était dû à ses problèmes familiaux. Que jamais il n’a cessé de désirer Cynthia. Qu’elle ne devait pas confondre sa panne temporaire de désirs, avec une absence de désir. Cynthia lui dit qu’elle comprend. Mais que ça ne change rien. Elle ne se voit juste plus coucher avec lui. C’est comme ça !

Scott ne comprennait plus rien. Cynthia adore le sexe. Elle est libertine. Elle a plusieurs partenaires, certains qui reviennent, d’autres qui ne sont que pour un seul soir.  La relation entre Scott et Cynthia a toujours été harmonieuse. Il y a du respect entre eux. Ils se connaissent très bien sexuellement.  Leurs baises sont toujours excellentes et satisfaisantes. Il n’y a jamais eu de bisbille entre eux. Alors pourquoi ? Qu’est-ce que Scott a bien pu faire, pour lui faire perdre tout intérêt sexuel ?

Cynthia ne peut pas répondre. Car elle-même ne saurait l’expliquer. Elle n’a aucune idée de pourquoi elle ne veut plus coucher avec Scott. Tout ce qu’elle sait, c’est qu’elle ne veut plus coucher avec Scott. Ce dernier comprend parfaitement le principe du consentement. Aussi, il accepte la situation. Mais entre l’accepter, la comprendre et la considérer comme étant juste, la marge est large.

Si c’était un cas de Cynthia qui avait perdu tout intérêt pour le sexe, alors Scott aurait compris. Il ne l’aurait pas pris personnel. Or, la libido de Cynthia n’a nullement diminué. Elle est toujours aussi nympho, toujours aussi obsédée par le sexe. Ce qui en revient à dire que ce qu’elle exprime à Scott, c’est l’équivalent de : « Je veux coucher avec n’importe qui… Sauf toi ! »

Dans son désir de comprendre, Scott essaye de voir quelles sont les différences entre lui et les nombreux autres amants de Cynthia. Et la seule chose qu’il voit, c’est que lui, il fait tout pour elle. Il fait la moitié des tâches domestiques. Il l’aide à faire les emplettes. Il l’aide à monter les paquets et descendre les poubelles. Il est là pour lui tenir compagnie. Il lui prête de l’argent lorsqu’elle a un budget trop serré. Et surtout, il paie la moitié du loyer, la moitié de l’électricité, la moitié de la connexion internet. Révolté par cette situation, il ne peut s’empêcher de dire :

« Alors pendant que moi je dois payer pour avoir le privilège de ne PAS coucher avec elle, Madame donne son cul à n’importe quel inconnu qui peut la fourrer gratis !? »

Plus il y réfléchit, plus il en arrive à des conclusions aberrantes :

« Alors c’était ça, son petit jeu. Madame me donne du sexe pour m’attirer ici, sous promesse de possibilité de relation amoureuse. Mais dans le fond, tout ce qu’elle voulait, c’était un larbin et un guichet automatique. »

Il en vient même à avoir des pensées incel.

« Elles sont vraiment toutes pareilles. Plus un gars est gentil avec une femme, plus elle le méprise. Moins un gars en fait pour elle, plus elle le désire. Décidément ! Toutes des putes. »

En réalisant que tout ce que Cynthia voulait de lui, c’était tous les avantages d’une relation de couple, mais sans qu’il n’y ait amour ni sexe, Scott se trouve vraiment naïf d’être tombé dans un piège aussi grossier. Considérant qu’elle a assez abusé de lui comme ça, il lui annonce aussitôt la fin de leur cohabitation. Mais surtout, la fin de leur amitié.

Cynthia est sous le choc. Elle ne peut pas croire que Scott est prêt à foutre en l’air leur si belle relation harmonieuse d’amitié profonde. Elle qui croyait qu’il l’appréciait. Elle qui a cru à toutes ses belles paroles, comme quoi il était reconnaissant de ce qu’elle faisait pour lui. Et lorsqu’il disait qu’il aimait sa personnalité, qu’il la trouvait gentille, franche, altruiste, honnête. Et là, juste parce qu’elle ne couche pas avec lui, automatiquement, plus rien de ça ne compte encore.

« Décidément, les hommes sont tous pareils. Lorsqu’ils veulent coucher avec toi, alors là, tu as toutes les qualités du monde. Mais dès qu’il n’y a plus de sexe entre vous, alors tu n’es plus rien pour lui. Toutes ces belles paroles n’étaient que du baratin. »

Et c’est ainsi qu’encore une fois, un homme se retrouve convaincu que les femmes prétendent vouloir des bons gars, mais ne veulent de lui que son temps, ses énergies et ses ressources. Tandis qu’une femme est convaincue que pour les hommes, les femmes n’ont rien de plus qu’une valeur sexuelle. Ce qu’ils viennent de vivre ensemble en est la preuve flagrante.

En réalité, le problème vient d’une source beaucoup plus profonde que ça.
Dans sa jeunesse, Cynthia n’a pas reçu de valorisation de la part de son entourage. En devenant adolescente et jeune femme, elle a constaté au niveau du subconscient que lorsqu’ils la désiraient sexuellement, alors , les gars lui montraient de l’intérêt.

Se sentir désirée, c’est valorisant. C’est ainsi qu’elle s’est mise à aimer le sexe. À devenir de plus en plus nympho. À faire l’effort de devenir l’amante parfaite qui fait tout et qui aime tout. Et puisque ça lui rapportait la valorisation dont elle avait tant besoin, elle en devenait véritablement excitée, allumée, affamée sexuellement.

Et c’est là que Scott est arrivé dans sa vie. Scott, qui la complimentait. Scott qui était reconnaissant de ce qu’elle faisait. Scott qui lui montrait qu’elle avait de la valeur, simplement en étant elle-même. Pour la première fois de sa vie, Cynthia était appréciée par un homme. Non pas pour le sexe. Mais pour ses faits, ses gestes, ses paroles, sa personnalité. Au niveau du subconscient, Cynthia a compris qu’elle n’avait plus besoin de coucher avec Scott pour se sentir valorisée par lui. Alors elle a automatiquement cessé de ressentir du désir sexuel pour lui. Et puisque ça se passait au niveau de son inconscient, Cynthia elle-même n’a jamais su expliquer pourquoi.

Et voilà pourquoi la décision de Scott de mettre fin à leur amitié la blesse si profondément. Il n’y a que lui qui lui procurait de la valorisation en tant qu’être humain. Sans lui, Cynthia n’a plus dans son entourage que des hommes qui ne valorisent que son entrecuisse.

Ce qui en revient à dire qu’au fond, Cynthia n’aime pas le sexe. Elle a juste besoin du sentiment de valorisation que le sexe lui procure. Voilà pourquoi elle s’excite à l’idée de séduire un inconnu et de coucher avec lui. Mais qu’elle n’est plus du tout à l’aise avec l’idée de coucher de nouveau avec Scott, avec qui elle avait pourtant plus de compatibilité que n’importe quel autre homme, pour former un couple uni et harmonieux.

Malheureusement, à cause de son besoin de se sentir valorisée, les seuls hommes qui peuvent avoir une relation à long terme avec elle, ce sont les manipulateurs pervers narcissiques comme Rodrigue, qui vont tour à tour la dévaluer, provoquant ainsi un état de manque en elle. Avant de la revaloriser, généralement avec le sexe, comblant ainsi ce besoin. Avant de la dévaloriser de nouveau, la remettant ainsi en état de manque.

À cause de parents qui n’ont pas su valoriser leur enfant, encore une fois, un homme et une femme rejouent la situation classique dans laquelle un Nice Guy se plaint que plus il fait tout pour une femme, et moins elle l’apprécie, préférant les Bad Boys. Et encore une fois, une femme se plaint que les hommes ne veulent rien d’autre que du sexe de la part des femme.

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