Il n’y a pas de vérité universelle

La semaine dernière, j’ai eu 51 ans.  Et à trois reprises, on m’a posé une variante de la question suivante : Comment est-ce que tu sens face à ça?

Eh bien, maintenant que vous me posez cette question, je me sens comme si j’étais supposé me sentir mal de prendre de l’âge. 

Ce n’est pas le cas.  Bien au contraire.  Cependant, je ne devrais pas être surpris que les gens s’y attendent.   D’après ce que je peux voir sur les comptes Facebook des hommes de ma génération, devenir quinquagénaire vient en effet avec une terrible dose de remise en question chez la majorité d’entre eux.  On m’a même rapporté un cas à qui ça a donné des idées suicidaires, et l’a amené en thérapie.  (Ironiquement, il s’agit d’un gars qui a passé plusieurs années à essayer de me faire une réputation de déséquilibré mental.)

En général, à ce point-ci de notre vie, cette remise en question se produit sur trois niveaux : 

  • Au niveau amour, couple et famille.  Certains sont satisfaits car ils ont femme et enfants.  D’autres déplorent de ne jamais avoir eu l’un et/ou l’autre.  Et il y a ceux qui les ont eus, mais perdus dans le divorce.
  • Au niveau carrières et finances.  Certains sont satisfaits car leur carrière et les revenus qui viennent avec sont au sommet.  D’autres déplorent de ne jamais avoir eu l’un et/ou l’autre.  Et il y a ceux qui les ont eus, mais perdus dans le divorce.
  • Au niveau physique. De ce côté-là, par contre, je n’en ai pas vu un seul qui se dit satisfait.  Ou bien ils évitent le sujet, ou bien ils déplorent ce que les années ont fait de leurs corps. 

Pourquoi ne sont-ils pas portés à faire des efforts pour améliorer les niveaux dans lesquels ils ont des lacunes, plutôt que de de perdre leurs temps à en déprimer?  La raison, c’est que consciemment ou non, nous voyons la cinquantaine comme étant le point de non-retour.  Car en effet…

  • Au niveau amour, couple et famille: Si tu n’as pas encore trouvé l’amour ni fondé une famille, bonne chance pour te trouver autre chose qu’une mère monoparentale ou un père séparé qui verse le trois quart de ses revenus à son ex et ses enfants.  Quant à avoir toi-même des enfants, te vois-tu changer des couches dans ta cinquantaine, t’occuper d’un ado dans ta soixantaine, le voir enfin quitter la maison au début de ta soixante-dizaine? 
  • Au niveau carrière et tes finances:  Te vois-tu retourner aux études jusqu’à tes 55-60 ans?  Pour ne travailler que cinq à dix ans, soit tout juste le temps requis pour rembourser ton prêt étudiant, avant d’arriver à l’âge de la retraite?  Encore faudrait-il réussir à trouver un employeur qui sera prêt à embaucher un fraîchement diplômé sans expérience de cet âge-là. 
  • Au niveau physique: Comment espérer te remettre en forme quand le moindre effort t’épuise?  À quoi bon perdre du poids si c’est pour prendre un énorme coup de vieux lorsque la peau étirée qui a perdu son élasticité d’antan te transformera en masse de rides flasques?  Et n’oublions pas les cheveux, maintenant gris et/ou partiellement disparus. 

Et c’est en considérant tout cela que ces hommes regrettent leur jeunesse.  Non seulement parce qu’ils y étaient à leur meilleur, mais surtout parce qu’ils réalisent qu’ils auraient dû en profiter pour prendre les bonnes décisions pendant qu’il était encore temps.  Comme l’a si bien dit Henri II Estienne (1528-1598) : Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait.  

Là-dessus, j’ai eu de la chance.  J’ai eu de très mauvais départs dans la vie.  Et les choses ne se sont pas améliorées par la suite, autant à cause de mon entourage qui me sabotait, que par mes propres mauvaises décisions.  

En quoi est-ce que je considère que ce fut une chance?  Simple: Regardez ceux qui l’ont eu facile dans la vie: Beaux car génétiquement parfaits, aisés car provenant de bonnes familles, respectés socialement à cause des deux raisons précédentes…  Ces gens-là n’ont jamais eu à apprendre à faire des efforts, puisqu’ils n’ont jamais eu à se tirer des bas-fonds.  Alors forcément, ce n’est pas à cinquante ans qu’ils vont être portés à commencer à les faire, ces efforts.  Mais dans mon cas personnel, ayant passé la première moitié de ma vie à être inférieur social, physique et monétaire, j’ai passé la seconde moitié de ma vie à faire ce que j’avais à faire pour m’améliorer.  Et voilà pourquoi, à 51 ans, je suis à mon top à tous ces niveaux.  Si vous me lisez régulièrement, je ne vous apprends rien puisque je n’arrête pas de m’en vanter depuis les quatorze derniers mois.  

Une chose que je constate cependant, et c’est un sujet que je n’ai pas encore abordé, c’est que ma mentalité aussi a changé de manière radicale au cours de ces vingt-cinq dernières années. Et là où ma mentalité a le plus évolué, c’est au niveau de ma perception de l’amour et du couple.  Comparons:

Aujourd’hui, au sujet de l’amour et du couple, ma mentalité est : Il est vrai de dire qu’il vaut mieux être seul que mal accompagné.  Et être mal accompagné, ça ne se limite pas qu’à être dans une relation toxique.  Je me suis rendu compte avec les années que l’on peut avoir une relation harmonieuse et respectueuse, et être tout de même avec une personne qui ne nous convient pas.  Si l’on n’a rien en commun, tout ce que l’on fait, dans le fond, c’est être dans un arrangement.  On se tient compagnie, on baise ensemble, on habite ensemble, on va même fonder une famille ensemble.  Mais à part ça, chacun vit de son côté.  Chacun a ses goûts, ses passe-temps, ses activités, son univers propre, dans lequel l’autre est exclus.  Et dans la partie commune de leur vie à deux, chacun se sacrifie un peu, faisant des efforts pour accepter et endurer l’autre dans ses différences.  C’est ce que l’on appelle faire des compromis.  Et c’est vu socialement comme faire preuve de maturité.

Le problème avec ce genre de relation, c’est qu’éventuellement, l’un ou l’autre finit par rencontrer la personne qui lui convient vraiment.  Et avec cette personne, non seulement on retrouve la même harmonie et le même respect que dans le couple, on a en plus des goûts en commun, des passions communes, et, par conséquent, énormément de plaisir à passer du temps ensemble.  Chose que l’on n’a pas dans notre couple.  Et si en plus il y a attirance mutuelle, alors voilà, on a trouvé notre âme sœur, la vraie.  Celle que l’on ne croyait jamais pouvoir trouver un jour, puisque l’on ne croyait pas vraiment que ça puisse exister.

Et c’est là que l’on se retrouve avec un choix difficile : Détruire la belle vie sans histoires que l’on a mis toutes ces années à co-construire, en laissant tomber notre conjoint(e) qui n’a rien fait pour mériter ça.  Sans oublier à quel point ça va perturber la stabilité des enfants, s’il y en a.  Ou alors, l’autre choix, c’est de renoncer pour toujours à l’amour véritable, et se résigner à une vie de couple et de famille sans passion.  Chose que l’on appelle, « prendre ses responsabilités. »

Il y a aussi un 3e choix, qui est de ne renoncer à rien en disant oui aux deux, en ayant une relation illicite.  Hélas, non seulement n’y trouve-t-on jamais satisfaction, ça finira par se savoir, et ça fera de nous, aux yeux de tous, la pauvre merde au comportement irresponsable et inacceptable qui aura tout détruit.

Et voilà pourquoi il vaut mieux attendre de trouver l’amour véritable, le vrai.  Parce que sinon, dans le pire des cas, on se retrouve dans une relation toxique.  Ou dans le meilleurs des cas, dans une relation « mieux que rien en attendant. »   

Mais il y a 25 ans, ma mentalité au sujet de l’amour et du couple était :  Facile à dire, ça, « mieux vaut être seul que mal accompagné. »  Quand ton choix se résume entre avoir des relations toxiques ou bien à ne pas avoir de relations du tout, tu fais quoi?  Tu dois accepter de passer ta vie seul?  Il faut se rentrer dans la tête que dans les faits, la relation parfaite, ça n’existe pas.  C’est une utopie.  Nous sommes tous différents, on ne pourra jamais nous entendre à 100% avec quelqu’un.  Ou bien tu fais des sacrifices, ou bien tu passes ta vie à attendre après un amour parfait qui n’existe nulle part sauf à la télé ou au cinéma.  De toute façon, d’après ce que j’ai pu voir à date, la majorité du temps, le couple, c’est un arrangement : La fille te laisse le passage entre ses cuisses, et en retour tu lui laisses le droit d’abuser de toi moralement et/ou financièrement.  Dans le pire des cas, tu as le choix entre être l’abusé ou l’abuseur.  Dans le meilleur des cas, tu en trouves une avec qui former un couple dans lequel personne n’abuse de l’autre.  Il n’y a plus qu’à espérer que côté sexe, au moins, vous allez vous entendre.  Sinon, il y a toujours la porno su’l’net.  Plus vite tu te feras à l’idée, mieux tu vas te porter.

Il faut préciser qu’à 25 ans, j’étais maigre, faible, laid, pauvre, et je n’avais pas mon diplôme d’études secondaires.  Je n’arrivais qu’à décrocher du travail physique sans issue avec salaire minable, c’est à dire laveur de vaisselle ou pâtissier au Dunkin Donuts.  Par conséquent, je ne pouvais habiter que des quartiers défavorisés, près de mon emploi.  Et forcément, je ne pouvais que côtoyer les gens que l’on y retrouvait.  Des gens sans avenir, peu portés à faire les efforts requis pour se tirer de la misère.  Des gens qui ont les problèmes de personnalité et de comportement qui sont la cause directe de leur manque d’éducation et/ou d’emploi, ce qui cause leur pauvreté. 

Lorsque l’on est dans ce milieu, il est difficile de côtoyer des gens bien, logiques, sérieux, prospères ou avec un avenir qui le sera.  Et quand on a la chance d’en rencontrer, il est encore plus difficile de leur plaire, car avec notre situation, on nous voit comme étant des parasites sans avenir.  Dans de telles conditions, à moins d’avoir  la chance d’être exceptionnellement beaux, impossible de la rencontrer, notre âme sœur. Et même si on la rencontre, elle peut trouver bien mieux que nous, et elle le sait. 

Quand tous les aspects de notre vie personnelle et professionnelle sont minables, le célibat est la dernière brique qui cimente notre statut de loser.  Et puisqu’on ne veut surtout pas être loser à tous les niveaux, on n’a pas le choix :  On se met en couple entre minables.  Deux frustrés de la vie, qui prennent mal le fait d’être incapable de se trouver mieux, mais qui doivent s’y résigner car c’est ça ou rien.  Rien d’étonnant alors que l’on ne croit pas au vrai amour, et que l’on ne voit le couple que comme un échange de services dans lequel on essaye tant bien que mal d’éviter les abus.

Tel que déjà cité dans de nombreux billets passés, j’ai su mettre les efforts et la persévérance pour m’améliorer à tous les points de vue.  Je suis retourné aux études, j’ai eu mes diplômes, je me suis éduqué au niveau moral, psychologique et social.  J’ai appris la base de plusieurs métiers, autant physiques que de bureau.  Quant à mon art, à toujours améliorer mes textes et mes dessins, j’ai remporté de nombreux prix.  Et bien que je n’arrive jamais à tout à fait stabiliser mon poids, il reste que la bonne alimentation combinée aux exercices musculaires et cardios ont fait que je me suis amélioré physiquement avec l’âge, au lieu de décrépir. 

En étant maintenant capable de réussir ma vie personnelle et professionnelle à tous les niveaux, ça a changé ma personnalité de deux façons.  La première, c’est que mon humeur générale s’est fortement améliorée.  Je suis beaucoup moins frustré de la vie, donc  beaucoup plus zen, patient et compréhensif qu’avant.  Et puisque je peux trouver ma valeur dans bien d’autres choses que dans ma capacité de séduire, le couple a cessé d’être pour moi un but compensatoire, et a donc perdu à mes yeux l’importance démesurée qu’il n’aurait jamais dû avoir. 

Et où est-ce que je veux en venir, avec cette nouvelle manifestation de ma vantardise?  Au fait que j’ai constaté une chose qui, à première vue, peut sembler paradoxale:  Ma mentalité de 25 ans a beau être totalement opposée à celle de 50 ans, il reste que dans les deux cas, elles sont totalement logiques et valides.  Et ça, c’est parce que chaque mentalité correspond aux différents styles de vie que j’ai eu.  Ma mentalité de l’époque ne convient pas à ma vie actuelle, tout comme ma mentalité actuelle n’aurait pas convenu à ma vie de l’époque.

Et c’est un fait que nous avons tendance à oublier, nous, les gens portés à donner des conseils: Il n’y a pas de conseils ou de vérité qui soit universelle, car tout dépend de la situation de la personne à qui on s’adresse.

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