Il y a trois formes d’art que j’ai commencé à pratiquer dès l’âge de onze ans, et que je n’ai jamais cessé avec les années: Le dessin, l’écriture, et la chanson. J’ai fait de la bande dessinée. J’ai écrit des livres. Mais puisque je ne suis pas musicien, et que je ne l’ai jamais été, mes chansons n’ont jamais pu sortir de ma tête.
Jusqu’à maintenant.
De nos jours, il existe plusieurs applications pour créer la musique et des chansons. Une amie m’ayant envoyé l’une de ses compositions, j’ai tout de suite vu le potentiel de ce gadget. Et je l’ai exploité comme il se doit.
Mes lecteurs de longue date se souviendront qu’à plusieurs reprises, j’ai publié ici, sous forme de billets, quelques poésies et paroles de chansons de mon cru. Que ce soit ces parodies de chansons du temps des fêtes, ou bien celles-là. Sans oublier Duplessis ze Musical. Ou encore cette chanson au sujet des Baby-Boomers, intitulée Ça on s’en fout, publiée ici le 11 novembre 2009. Eh bien voilà, dix-sept ans plus tard, j’ai pu en faire une réalité.
ÇA ON S’EN FOUT
Par Les Orteils Sauvages
Le processus créatif.
Tout d’abord, l’écriture, c’est de moi à 100 %. Un obsédé textuel comme moi, qui écrit depuis ses onze ans, n’a pas besoin d’intelligence artificielle pour écrire ses textes à sa place, même pas sous forme d’assistance. Surtout que la majorité de mes projets de chansons ont été écrites depuis plusieurs décennies.
Ensuite, oui, je chante. Certes, je chante faux, avec une voix baryton basse. N’empêche que, pour obtenir l’effet désiré, je m’enregistre sur l’appli, chantant les paroles. Ensuite, je demande, comme par exemple ici, de me donner une voix d’un chanteur de 20 ans avec l’accent québécois. Pour les choeurs, même principe, je demande de transformer ma voix par celles de quatre jeunes hommes dans la vingtaine qui chantent simultanément.
Pour ce qui de la musique, c’est encore plus délirant. Puisque j’ai la musique dans ma tête, alors je fais le beat en effets sonores avec ma voix. Ensuite, j’indique s’il s’agit de guitare, de batterie, d’orgue, de violoncelle, etc. Enfin, j’indique le style musical. Dans ce cas-ci, groupe yéyé, français, québécois, des années 60.
Ensuite, ça ne prend que quelques secondes, et l’app me produit deux versions de ma chanson. Je choisis celle qui me plaît le plus, ou bien j’en fais d’autres si celles-là ne me conviennent pas. Sinon, je la retravaille pour les ajustements au besoin. Il ne me reste plus qu’à demander à ChatGPT de me créer une image fixe, pour la version vidéoclip. Et voilà le travail !
À la fin de 2019, je parlais dans ce billet d’une relation amicale au travail avec une collègue nommée Vicky. La relation avait mal tournée car un collègue ayant eu le coup de foudre pour elle, il a férocement jalousé notre relation. Je termine le billet sur un poème qui résume la situation du début à la fin. Aujourd’hui, sept ans plus tard, c’est devenu une chanson québécoise.
LES RELATIONS À’ JOB
Ensuite, pour rester dans le style québéccois, je suis allé déterrer un truc qui était, à l’origine, une parodie de La Danse à Saint-Dilon de Gilles Vigneault. J’avais écrit ça vers 1998-1999. Après l’avoir modifié, raccourci, modernisé (en remplaçant, par exemple, la pagette par le texto), j’ai demandé à l’appli de me faire un rap, chanteur de 20 ans, accent québécois prononcé qui va avec le vocabulaire. Et voilà la chose :
OYO-YOYO-YOYOYE (La p’tite Annie)
Par Jumpin’ da Shark
J’ai écrit la suivante le jour de mes 50 ans, âge où je suis redevenu célibataire après deux longues relations, totalisant 18 ans de vie de couple. Ce qui est d’ailleurs à l’origine de mon livre, l’Amour est dans le champ de patates. Je me voyais, vieux séducteur sur le déclin, à tenter ma chance avec une jeunette, qui se moquerait de moi en terminant mes phrases d’approche. Huit ans plus tard, après avoir entré les paroles dans l’appli, j’ai demandé un beat pop-rock européen, une voix de femme de 25 ans, et la voix d’un homme mature de 50, quelque chose entre Delon et Gainsbourg. Et je ne suis pas mécontent du résultat.
POURQUOI FINISSEZ-VOUS MES PHRASES ?
Puis, je repêche de mes tiroirs un truc de 1997. Un scénario de BD qui devait être une parodie de Le bon Roi Dagobert. J’ai eu à faire une réécriture massive, en élaguant 60% du texte. Parce que de 1, c’était trop long. Et de 2, ça décrivait comment Dagobert était mort du sida car il s’était fait sodomiser sans protection par un travesti. Le genre de truc qui ne passe plus aujourd’hui lorsque l’on veut faire de l’humour. La nouvelle version est bien plus sympathique. Et cette fois, en guise de vidéo, un gif animé de 10 secondes en rotation continue. Voici donc :
DAGOBERT VA PRENDRE UN VERRE
Ça me donne l’idée de continuer sur le thème des versions adultes des comptines de notre enfance. Je récidive donc avec Au Clair de la Lune. Et à partir de là, je ne recycle plus de vieux textes. J’en écris de nouveaux. Et cette fois, avec la version gratuite de Chat GPT, je me permet de faire une vidéo avec images fixes et courtes animations. Or, si l’appli respectait mes croquis et mes instructions pour les images de style BD, elle n’en faisait qu’à sa tête pour les segments animés. Mais peu importe, le résultat reste amusant.
AU CLAIR DE LA LUNE
par Colombine et Arlequine
Troisième chanson sur le même thème avec Ah ! Vous disais-je Maman. Ici, il s’agit d’une jeune femme qui raconte les rencontres qu’elle a subie, après avoir installé des applis de dating sur son téléphone.
AH ! VOUS DIRAIS-JE MAMAN ?
Je reviens avec la création originale, cette fois avec un thème qui est très d’actualité en matière de relation naissantes entre les hommes et les femmes:
LES RED FLAGS
La leçon à tirer de tout ceci, c’est qu’il ne faut pas s’empêcher de faire des projets, même si l’on n’a pas les ressources capable d’en faire une réalité immédiate. Car on ne sait ce que l’avenir nous réserve.
Cela étant dit, je comprends le tabou social et artistique derrière l’utilisation de l’intelligence artificielle pour la création. Tout d’abord, en utilisant cette machine, je n’utilise pas de vrais musiciens, qui se trouvent ainsi privés d’un revenu potentiel. Et ce serait idem pour les auteurs, si je n’écrivais pas déjà mes paroles moi-même.
Il y a aussi le fait que, si je ne vous l’avais pas dit, personne n’aurait idée de l’effort que je mets là dedans, et à quels niveaux. Parce que l’appli qui me permet de créer les chansons que j’ai en tête depuis les quatre dernières décennies, c’est la même appli que peut utiliser n’importe qui, en lui demandant tout simplement, par exemple, « Fais-moi une chanson humoristique au sujet de la Saint-Valentin » … et le programme va le faire, paroles et musique. Par conséquent, lorsque l’on entend le résultat, il est presque impossible pour l’auditeur de savoir qui s’est impliqué dans le processus créatif, et qui s’est juste contenté de passer une commande en quelques mots.
Dans l’éventualité extrêmement fantaisiste, dans laquelle un producteur serait intéressé à diffuser mes chansons, alors il est clair pour moi que celles-ci, dans leur forme actuelle, ne seront que des brouillons, des guides à l’intention des véritables musiciens, afin qu’ils les refassent comme il se doit.