Mon année 2012, 1ere partie

Étant donné que la vie ne repart pas à zéro le premier de l’an, ce que l’on vit en janvier est bien souvent la suite et la fin de choses qui ont pris naissance le mois précédent.  Voilà pourquoi je vais commencer par :


DÉCEMBRE 2011

Après avoir subi un douloureux traitement pour une verrue plantaire qui résiste à tout depuis quatre ans,  j’ai de la difficulté à marcher sur mon pied droit.  Aussi, pour l’épargner un peu, je décide de me déplacer dans ma cuisine en sautillant sur le pied gauche.  Mal m’en pris, une douleur foudroyante envahit aussitôt mon pied gauche. Me voilà incapable de marcher. Le podiatre me diagnostique une fasciite plantaire aiguë aux deux pieds.

Mieux encore, il parait que j’ai les deux pieds et une jambe croches. Cet incident aura au moins le mérite de m’expliquer enfin pourquoi j’ai passé mon enfance et mon adolescence à être nul en sports. N’empêche que je resterai deux mois sans pouvoir marcher autrement qu’avec des béquilles, incapable de faire mon travail d’employé d’entretien dans un garage de bus.  Travail qui, soit dit en passant, fut l’élément déclencheur de ce mal.

Maigre consolation : La forme de mes pieds est tellement originale que désormais, maintenant que les podiatres en ont un moulage, elle portera officiellement mon nom. Quel pied!

Après 12½ ans ensemble, Karine et moi mettons fin notre couple. Nous décidons de garder la chose secrète pour six mois, histoire de nous donner le temps de s’occuper de la séparation des biens. Nous tenions surtout à éviter que des gens trop bien intentionnés se mêlent de nos affaires, ce qui aurait fait plus de tort que de bien. Elle déménagera en juillet 2012.  Je songe à garder l’appartement. Je pourrais me le permettre, bien que j’arriverais serré dans mon budget.


JANVIER 2012

Les béquilles louées au Jean Coutu n’ont aucun rembourrage par-dessus leurs poignées de plastique rigide dentelé. Je me fais des ampoules et des plaies dans les paumes juste à me déplacer. Par conséquent, je dois encore plus limiter mes déplacements.  Je suis vraiment prisonnier de mon handicap.

Le propriétaire a reçu une subvention de la Ville afin de rénover l’appartement. Les rénovations devraient durer du 1er avril au 1er juillet.  Nous sommes donc forcés de libérer les lieux pour trois mois.  Mais voilà, bien que la loi nous permette de rester encore un an ou deux sans augmentation de loyer, le propriétaire viens nous voir et nous demande gentiment de ne pas revenir en juillet. S’il a acheté ce bloc de trois étages l’année dernière, c’est dans le but d’y habiter avec toute sa famille. Puisque Karine et moi nous nous séparons, et qu’elle ne reviendra pas ici anyway, et que le loyer serait quand même difficile pour mon budget maintenant que je  n’ai aucune idée de l’état de mes finances futures à cause de mon handicap, nous acceptons tous les deux de partir pour de bon dans le courant du mois de mars qui vient.

Je perds ma blonde après 12 ans, mon appartement après 8 ans , ma capacité de travailler après seulement 6 mois, parce que j’ai perdu ma capacité de marcher après toute une vie à mettre mes pieds sous tension à cause d’un handicap que j’ignorais avoir.  Ah, et après 30 ans à porter des verres de contact, mon oeil gauche ne peut plus en endurer davantage sans faire des orgelet format familial. L’année ne commence vraiment pas bien pour moi.


FÉVRIER 2012

Une recherche sur Kijiji pour un appartement se montre fructueuse : Je trouve un 2½ pas trop cher dans un sous-sol, situé à 12 minutes à vélo de mon travail. Et la proprio est très exigeante, ce qui fait que je suis assuré d’avoir des voisins corrects et tranquilles. La locataire actuelle part la première semaine de février, ce qui me permet de déménager sans trop me presser pendant février et mars. Ça me force à trier et me débarrasser d’une tonne de stock. Bien obligé, je passe d’un 6½ à un 2½, et c’était mon stock qui occupait le 2/3 de la place.

$850.00 de traitements et d’orthèses plus tard, je recommence à marcher progressivement. Maintenant, mon poids est réparti sur toute la surface de mes pieds au lieu de sur le côté extérieur. Ça reste une habitude à prendre, parce que c’est comme marcher avec des talons hauts. J’ai légèrement tendance à vouloir planter par en avant à chaque fois que je me lève. Mes ex m’ont toujours dit que j’étais un peu déséquilibré.

Je recommence à travailler progressivement aussi, soit 3 jours par semaine.  Un heureux hasard fait que février est pour moi un mois à trois payes, ce qui fait que j’arrive dans mon budget même si je fais du temps partiel.  Il y a du nouveau à ma job, sous forme d’une nouvelle collègue de travail : Rhonda, une black de 50 ans, 5 pieds de haut, obèse quasi morbide, unilingue anglaise, mère de 5 enfants, avec une voix forte et nasillarde qui porte loin et qui étire les syllabes, et dont le passe-temps quotidien est de chialer pour démontrer à quel point ses collègues de travail font mal la job.  Quand une fille comme ça commence à te dessiner des coeurs sur les fenêtres du bus avec son nettoyant en mousse, y’é temps de t’inventer une nouvelle blonde fictive pour la tenir à distance.  Ce que je fis.

Mais j’y pense, pourquoi devrait-elle être fictive? Je tente le coup et m’inscris sur MonClasseur. Je m’y fais aussitôt approcher par une fille qui était déjà dans mes amis Facebook (parce que amie de certains de mes amis) qui s’intéresse à moi depuis deux ans, mais qui n’a pas osé en parler parce que j’étais en couple. Puisque ce n’est plus le cas, elle tente sa chance. Le moins qu’on puisse dire, c’est que cette situation flatte mon ego, comme le démontre cette image que je fis à ce moment-là pour commémorer la chose:

S’en suit une courte relation dans laquelle on se rend compte assez rapidement que nous sommes totalement incompatibles. Malgré tout, je ne regrette rien, et ce pour trois raisons :

  • Avoir une nouvelle relation m’a permis d’amortir ma chute de ma relation précédente.
  • Cette incompatibilité m’a démontré que finalement, être en couple, c’était surtout une habitude pour moi, et pas vraiment un besoin réel.
  • On a eu quelques bons moments, quand même. Bref,  j’en avais besoin!

MARS 2012

Le premier mois dans mon nouvel appartement, je me sens misérable. Normal : J’ai passé d’un 6½ qui occupait tout le 3e et dernier étage bien éclairé parce que fenêtres partout, à un 2½ sombre dans un sous-sol mal éclairé par ses deux fenêtres, dont une qui donne directement sur le mur de la maison d’à côté. Et non seulement on n’a encore que peu de lumière en cette saison, le temps est toujours gris, sombre, pluvieux.

Mon chat s’adapte mal d’avoir perdu l’un de ses maitres et son grand appartement. Il passe son temps à tourner en rond et miauler. Et il hurle encore plus aux chats qui, à l’extérieur, viennent le narguer, maintenant qu’il vit au  ras du sol, ce qui me met à bout de nerfs. Je roule des yeux lorsque j’entends la « solution » que me proposent certaines personnes, soit de condamner les fenêtres avec du carton et du duct tape. C’est ça, en plein ce que j’ai besoin : Encore moins de lumière.  Brillant!

En plus, à chaque fois que je finis de vider et ranger des boites, il m’en arrive toujours d’autres de l’ancien appartement. J’ai l’impression que le fouillis n’en finira jamais.

Dès le premier mars,  je recommence à travailler à temps plein.  Or, ma job a ceci de particulier : Il ne faut avoir aucune vie sociale pour y travailler.  Car en effet, mon horaire est ou bien de soir (3pm à 11h30pm) ou bien de nuit (10h30 pm à 7am), et mes jours de congés sont mardi et mercredi, ou bien mercredi et jeudi. Et même encore, il m’arrive souvent de devoir faire du temps supplémentaire à cause de collègues absents, malades ou bien qui démissionnent du jour au lendemain. Je n’ai jamais enfilé autant de 24 heures éveillé de suite dans la même semaine. Ça va sauver mon budget, n’empêche que mentalement je ne me sens plus tout là.

Cependant, je termine moi-même le mois avec une bonne raison d’être absent : Trois jours à subir l’effet purgatif d’un empoisonnement alimentaire. C’est là que j’ai appris la leçon qui suit : Il ne faut jamais manger des framboises et bleuets recouverts de chocolat blanc enrobés d’une coquille de sucre rouge ou bleu, le tout emballés des petits sachets fancy en provenance d’une boutique de souvenirs d’un coin touristique. On ne sait jamais depuis combien de temps ça traine sur le comptoir avant de trouver preneur.  Par conséquent, une fois achetés, les fruits ne sont plus de première fraîcheur.

NEXT: Ça commence à aller mieux.

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A propos Steve Requin

Auteur, blogueur, illustrateur, philosophe amateur et concierge de profession.
Cet article a été publié dans Fait vécu, Revue de l'année. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

4 commentaires pour Mon année 2012, 1ere partie

  1. Tout un début d’année riche en rebondissements! Et la quarantaine qui arrivera bientot…meme chose pour moi… 🙂

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  2. Dis donc, la vie ne t’a vraiment pas gâté ces derniers temps…
    Très touchée par ton récit, j’attends la suite, meilleure…

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