Témoignage d’un ex-gros, 2 de 2

(AVIS : le texte qui suit contient des marques déposées, des noms de commerces et autres institutions. Ce n’est ni dans le but de leur faire de la publicité ni celui de leur nuire, mais bien par respect de l’authenticité des faits.)
Ce texte est la suite de Témoignage d’un ex-gros, 1 de 2.

14 janvier 2009. Une grande photo couleur de moi trône au centre de la page 45 du Journal de Montréal. C’est Défi Diète qui invite le public à poser leur candidature pour l’édition 2009, en m’ayant choisi en tant qu’exemple de participant de l’année dernière à qui le programme a été profitable.

Le reportage s’intitule Que sont-ils devenus? et a été fait à partir d’entrevues téléphoniques dans lequel ils nous posaient quelques questions sur notre vie post-DD08. En particulier au sujet de où nous en étions rendus avec notre poids. Voici le bilan pour les dix candidats:

  • 1 a repris 0.8 lbs.
  • 1 a repris 3 lbs.
  • 1 a repris 4.5 lbs.
  • 1 a repris 10 lbs.
  • 1 a repris 15 lbs.
  • 1 n’a pas pu être rejoint pour en parler
  • 1 est resté au même poids.
  • 1 a perdu 2 autres lbs.
  • 1 a perdu 10 autres lbs.
  • Et moi, avec mon 196 contre les 208 de la fin de Défi Diète 2008 j’ai perdu 12 autres lbs.

Le fait d’être celui qui en a perdu le plus après ma participation est probablement la raison pourquoi ils m’ont mis en vedette.

Ma décision de perdre du poids.
Tel que raconté dans la première partie de ce billet, cette décision, je l’ai prise en 2001. À l’été de 2005, après avoir repris presque tout le poids perdu, je me suis abonné au gym Énergie Cardio de mon quartier. J’y suis allé régulièrement, et je me suis même payé une fois programme de 12 semaines avec entraineur privé. Malheureusement, il a quitté son emploi à la semaine 9, et on m’a donné un remplaçant pour les 3 dernières semaines. Et quel remplaçant: Il ne savait tellement pas le programme que c’est moi qui lui disait ce que je devais faire. Décevant! Voilà pourquoi je n’ai pas renouvelé l’expérience.

À part pour l’année Défi Diète, les quatre ans à fréquenter régulièrement mon gym n’ont eu qu’une minime influence sur mon poids car je me concentrais surtout sur la musculation. L’alimentation restait problématique et je ne pouvais pas me payer une diététicienne, ni Weight Watcher ou Minçavi.

L’inutilité de mettre de la pression
Beaucoup de gens qui souffrent d’embonpoint me posent les questions suivantes :

  • Qu’est-ce qui t’a poussé à mettre de l’effort dans ta perte de poids?
  • Qui est-ce qui t’a influencé?

Dans les deux cas, il n’y a qu’une seule réponse : Moi ! Et il y a une très bonne raison pour ça : Personne ne peut entreprendre un changement dans ses habitudes de vie s’il le fait par obligation. Il faut que la décision vienne de soi-même, et ce au moment où on est prêt.

Je suis orgueilleux. Quand j’étais gros et qu’on me disait que j’étais gros, ça me faisait chier. Vous allez me dire Ben, c’est la vérité, t’étais gros, tu pouvais pas le cacher. So there! C’est vrai. Mais vous savez où ça me blessait? Pas dans mon miroir. Je veux dire, je le savais que j’étais gros, j’étais conscient que je n’aimais pas mon image physique et que je devais faire des efforts pour changer.

La dernière phrase contient l’élément qui me blessait le plus : Le mot devais. Parce que c’était un devoir. Un devoir que je ne faisais pas.

À chaque fois qu’on me faisais une remarque sur mon poids, ce n’est pas mon physique que l’on insultait. C’était ma volonté. Ma vaillance. Niaise-moi sur le fait que je j’ai une oreille plus décollée que l’autre ou un oeil plus petit que l’autre, ou que j’ai le dos recouvert de 8624 affreux grains de beauté, je vais te répondre : Ben ouain, chus faitte de même. Fuck off! Par contre, recevoir une remarque sur quelque chose que je pourrais changer, c’est l’équivalent de me remettre dans ma face mon manque de volonté et de vaillance. Et ça, c’est dur à encaisser.

Quand quelqu’un me disait de maigrir, il m’insultait et me rabaissait. Pensez-vous que j’avais envie de faire ce que me disais quelqu’un qui venait de m’insulter et me rabaisser? Non! Impossible pour moi d’être influencé par ça.

Quand à ceux qui me parlaient des problèmes de coeur, d’artères, etc, ils perdaient leur temps. Comme tout le monde, je connaissais déjà parfaitement tous les dangers de l’obésité. Pensez-vous que vous m’appreniez quelque chose de nouveau? Donc, si je le savais déjà mais ne faisais rien, je ne pouvais pas là non plus être influencé par ça.

Dose de réalité: Ça ne sert à rien d’essayer de convaincre un gros de maigrir. Le seul moment où il va se prendre en main, c’est quand il est prêt à le faire. Et ça, personne ne peut lui imposer ce moment. Dans mon cas à moi…:

Ça n’a pas été quand on m’a dit de maigrir.
Ça n’a pas été quand on m’a dit que j’étais laid.
Ça n’a pas été quand on m’a dit que j’allais avoir des problèmes de santé.
Non!
Ça a été en me regardant dans le miroir, la poitrine rasée, la bedaine ressortie, le visage enflé.
Ça a été quand JE me suis dit de maigrir.
Ça a été quand JE me suis dit que j’étais laid.
Ça a été quand JE me suis dit que j’allais avoir des problèmes de santé.

Mes seules influences
Si je peux dire que je n’ai été influencé par personne avant de décider de perdre du poids, c’est pour une raison bien simple: Il est facile de tasser du revers de la main les commentaires des autres. T’as juste à te dire que ce sont des assholes qui mentent ou qui exagèrent. Mais les photos et les miroirs ne peuvent pas mentir ni exagérer. Elle étaient là, mes influences.

En plus, la première fois que j’ai perdu du poids, mon environnement ne m’a donné aucune motivation pour le faire. Comme je disais plus tôt, j’ai eu zéro support. Tout le monde me décourageait. Ce n’est donc pas là non plus que j’ai eu de l’influence. Et je ne suis pas du genre à dire  Ah ouain? Ben m’as vous prouver le contraire. Quand j’ai quelque chose à prouver, c’est à moi-même.

La seconde fois, par contre, après avoir repris le poids perdu, alors là j’en avais, des encouragements. C’est probablement parce que je leurs avais bien montré à tous que OUI, j’étais capable d’en perdre parce que OUI j’en avais la volonté. Une fois ça de prouvé, tout l’monde s’est branché sur l’idée que j’avais juste besoin de me faire guider adéquatement pour le faire de la bonne façon.

Quand ma blonde m’a dit, en janvier 2008, que Le Journal de Montréal, Canoë.com et Énergie Cardio cherchaient des candidats pour Défi Diète 2008, elle ne m’a pas influencé. Elle m’a renseigné.

C’est que quand tu te laisses influencer par les autres, tu es automatiquement dépendant des autres pour te motiver. Dès que les autres cessent de te motiver, tu t’arrêtes. Prenons par exemple un gros qui décide de tirer sa motivation du fait que les autres rient de son embonpoint.

D’abord, c’est :
Tu es gros -> On te niaise -> Tu en fais ta motivation -> Tu suis un régime -> Tu n’es plus gros.
Ce qui se passe ensuite, c’est :
Tu n’es plus gros -> On ne te niaise plus -> Tu perds ta motivation -> Tu lâches le régime -> Tu redeviens gros.

Ou, dans le cas de la première moitié des participants de Défi Diète 2008 D’abord, c’est :
T’as un entraineur privé, une nutritionniste et un motivateur -> tu perds du poids.
Ce qui se passe ensuite, c’est :
Au bout de 3 mois, tu perds ton entraineur privé, ta nutritionniste et ton motivateur -> tu reprends du poids.

Avant de m’inscrire à Défi Diète 2008, j’ai regardé les vidéos de plusieurs candidats. Ils disaient tous la même chose :

  • Ils le faisaient pour leur santé.
  • Ils le faisaient pour leur conjoints.
  • Ils le faisaient pour leurs enfants afin de ne pas les rendre orphelin trop jeunes.
  • Ils le faisaient pour leurs petits-enfants, afin que ceux-ci puissent avoir des grands-parents .

Aucun d’entre eux ne disaient qu’ils le faisaient pour eux-mêmes. C’était ou bien par obligation ou bien par pression sociale ou familiale. De tous les candidats, j’ai été le seul à avoir dit que je le faisais pour moi. Ou du moins, qui a osé dire. Parce que nous vivons dans une société dans laquelle l’amour-propre est tabou et étiqueté d’égoïsme, de narcissisme et de vanité. N’empêche que c’est mon égoïsme, mon narcissisme et ma vanité qui ont fait que jamais ma réussite n’a dépendu des autres. Alors à moins d’être assez riche pour te payer des gens qui vont te motiver pour le reste de tes jour, te laisser influencer ne sert à rien à long terme. Si tu veux que ça dure, il faut que ça vienne de toi.

Onze mois plus tard, le 11 décembre 2009. Mon poids se situe aux alentours de 200 lbs. Je n’en fait pas trop de cas car je réalise un vieux rêve qui date de 1976 et que jamais je n’aurais cru avoir l’occasion de vivre : J’ai couru sur 300 mètres à St-Lin Laurentides en portant la flamme olympique des jeux d’hiver de Vancouver.

Bon, le costume officiel mis par dessus le gros coat d’hiver était peu flatteur. N’empêche que le fait d’avoir passé deux fois de obèse à souffle court à gars en forme qui a tout pour le rester après avoir réussi changer ses habitudes de vie et d’alimentation, il n’y a pas de meilleure récompense.

La conclusion de la saga de la perte de poids, avec une 3e et dernière perte, juste ici.

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A propos Steve Requin

Auteur, blogueur, illustrateur, philosophe amateur et concierge de profession.
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