Camping Chez Roger, jour 4 de 5

RÉSUMÉ:  Été 1995.  J’ai 26 ans et je passe une semaine sur un terrain de camping en compagnie de ma conjointe qui souffre de jalousie maladive, ainsi que sa meilleure amie, Linda, qui n’a que du mépris pour moi.  Plus je passe de temps ici, et moins je me trouve d’affinités avec les campeurs, que je ne vois que comme étant des rednecks attardés.  De plus, je ne cesse d’accumuler les expériences négatives et les blessures. 

En ce matin du 4e jour, je me réveille en pleine forme.  Mon coup de soleil de l’avant-veille ne paraît plus.  Je n’ai plus mal à la mâchoire ni aux poignets.  Mes blessures à la bouche et au mollet sont refermées et sèches. 

Je regarde ma montre.  Il n’est pas tout à fait six heures.  Je regarde Kim qui dort.  J’ai bien l’impression qu’elle ne se lèvera pas avant encore trois ou quatre heures.  Tout comme Linda et Roger, d’ailleurs.  Je me souviens que je me suis fait réveiller quelques fois pendant la nuit, alors que Linda s’amusait à lancer des bouteilles de bière vides, en riant, sur la tente qu’elle partage avec Roger.  Juste à voir le haut niveau intellectuel de cette activité, je devine qu’ils se sont couchés très tard et saouls comme des cochons. Je suis peut-être un BS, je suis fier de ne pas agir comme tel.  Kim a beau me trouver snob à cause de ça, je m’en fous.  Moi, au moins, j’ai un comportement qui ne dérange personne.  

Comme d’habitude, je mets dans mon sac mon kit à verres de contact, des vêtements de rechange, mon savon et une serviette.  Je compte profiter de l’heure matinale afin d’aller me laver, puis de me promener tandis que tout est encore calme et silencieux.  C’est le bon côté de se lever avant tout le monde.  Et cette fois, je porte mon bandeau bien en vue, autour de ma tête.  je ne tiens pas à revivre ma mésaventure de la veille.

À peine sorti de la tente, je me fais apostropher par la mégère qui a loué le terrain voisin.  Non seulement est-elle réveillée, elle est en beau joual vert.  Elle me pointe du doigt plusieurs bouteilles de bière vides sur son terrain.  Ce sont des O’Keefe.  Autrement dit, la bière de Roger.  Je comprends donc qu’il s’agit de celles que Linda a lancées sur sa tente la nuit dernière.     

« J’ai pas payé pour me faire gâcher ma semaine à devoir endurer les vidanges des autres. »

Cette fois, je refuse de prendre le blâme.  Je dis à la dame d’attendre un instant, le temps que je réveille la responsable.  Je viens pour ouvrir la tente de Linda et Roger, mais la fermeture éclair n’ouvre pas.  J’ai beau tirer, rien à faire.  Apparemment, il existe des tentes avec des ouvertures à verrous.  Je ne m’attendais pas à ça. 

Je tape sur la toile du plat de ma main, en appelant Linda.  C’est Roger qui me répond, et il n’a pas l’air content-content de se faire réveiller.

« Que-c’est qu’tu veux? »
« Linda a pitché des bouteilles su’l’terrain d’à côté hier.  Pis là, la madame qui a loué le terrain voudrait qu’elle aille les ramasser. »
« Christ, t’es-tu infirme?  Fa-moé pas accrère que t’es pas capable des ramasser toé-même. »
« Mais c’est pas moi qui les a envoyées là. »

« Kôlisse! On t’amène passer une semaine su not’ terrain pis t’es même pas capab’ de nous rende c’te service-là?  C’est-tu si dur que ça, pour toé, de ramasser 2-3 bouteilles? »

Je soupire!  Décidément, avec ces gens-là, il n’y a jamais moyen d’échapper aux injustices qu’ils me font subir.  Résigné, je me rends sur le terrain voisin.  J’y ramasse les quatre O’Keefe vides.  Ne sachant pas trop où les mettre, je décide de commettre un geste passif-agressif en les déposant directement devant l’entrée de la tente de Linda et Roger.  À peine ais-je déposé la 4e que le ton irrité de Roger monte :

« HEILLE!  C’est pas là que ça va!  La caisse de 24 est dans l’char. »

J’aurais dû être plus silencieux en les déposants.  Je les reprends donc, je me dirige vers l’auto de Roger.  J’y vois la caisse de bières sur le siège arrière, j’ouvre la portière, j’y mets les bouteilles, et je referme.  Puis, je prends la route, sac à dos à la main, avec un sentiment de frustration qui me mettra de mauvaise humeur pour les heures à venir. Je commence vraiment à m’ennuyer de mon appartement.  À mon retour, Kim est debout.  Je lui raconte ce qui vient de se passer.  Sa réponse:

« Ben là, c’est toé qui est cave!  T’avais jusse à l’envoyer chier, la vieille chialeuse. »

Je ne sais pas comment j’ai pu imaginer que j’aurais pu obtenir la moindre compassion de sa part.

Le reste de la matinée se déroule sans histoire.  L’après-midi également.  Puis, arrive le soir.  Comme prévu, nous allons souper de l’autre côté du lac, alors que les hot-dogs seront à un dollar pièce, à l’occasion du party en l’honneur du Grand Don.  C’est d’ailleurs déjà commencé, si j’en crois la musique de I Saw You Dancing qui se rend jusqu’à nous.

Comme d’habitude, Roger préfère passer la soirée en compagnie de ses amis plutôt qu’avec nous.  C’est donc avec Kim et Linda que je contourne le lac, en direction de la longue bâtisse qui sert à la fois de douches, toilettes publiques, cantine-resto, salle de danse, magasin général et bureaux de l’administration. C’est entre cet endroit et la plage qu’ils ont installé la discothèque mobile encadrée de boites de son géantes d’une puissance que j’estime à vingt millions de watts.  Déjà, quelques campeurs s’amusent à danser les mouvements du Macarena sous la chanson du même nom.  


Heeeey, Macarena! ♫

La musique change pour Trouble du duo Shampoo.  La foule est de plus en plus nombreuses de minute en minute, un détail qui n’échappe pas à Linda qui nous empresse de s’installer à une table de pique-nique pendant qu’il y en a encore de libre.  Nous nous installons tous les trois du même côté, histoire de laisser d’autres gens s’installer face à nous.  Bientôt, la bière et les hot-dogs sont omniprésents.  Je décline le premier, tout en abusant joyeusement du second.  Je me suis fait tellement chier depuis que je suis ici, je ne vais certainement pas me priver des plaisirs de la gourmandise.  Kim et Linda m’envoient leur en chercher d’autres.  Je fais bien attention d’éviter les coups de pieds de ceux qui dansent sur Cotton Eye Joe.  Je souris en me disant que ça prend bien des rednecks pour apprécier la musique d’un groupe nommé Rednex

La nuit tombe. Les lampions s’allument. La musique devient plus forte et les danseurs plus nombreux. Certaines filles s’amusent à faire du lip-synch sur la chanson Short Dicked Man en s’adressant à un gars de leur choix.  À notre table, Kim et Linda sont en grande conversations avec des inconnus dans la vingtaine.  Quant à moi, je me contente d’observer et d’écouter.  Il est vrai que je ne trouve rien à dire dans ces conversations au sujet de moteur V8, de fumage de pot et de filles qui ont hâte que leur chums sortent de prison.

Parmi la gang avec qui on partage la table, il y a une fille nommée Carole.  Carole a une attitude et un look qui la rend remarquable.  Dans la fin de la vingtaine, elle n’a pas changé de look depuis son adolescence dans les années 80. Un peu grassette, long cheveux noirs frisés rendus figés par le spray-net, bustier noir, jupe courte blanche, veston blanc avec manches retroussées aux coude, et chapeau de cowboy blanc. Tout le long de notre présence à cette table, elle n’a cessé de jouer à la très-amicale avec les gars, flirtant les uns, dansant avec les autres, se faisant offrir des consommations toute la soirée.  Le genre de fille qui s’amuse à allumer tous les gars sans jamais finir avec personne.  Bref, la typique agace que l’on retrouve trop souvent dans ce genre de foule.

Kim se lève pour aller aux toilettes. Comme de raison, Linda la suit, car pour une raison que je ne comprendrai jamais, il faut toujours que, en sortie, les filles aillent aux toilettes deux par deux.  Je suppose que c’est pour s’échanger leurs impressions sur les gars qu’elles rencontrent.

Constatant probablement qu’il était difficile de danser langoureusement sur The Scatman, Carole revient s’asseoir.  Elle passe le reste de la toune à jaser avec le gars assis à côté d’elle.  Il finit par lui-même partir aux toilettes, gallons de bière consommées oblige.  Alors que la musique change pour What is Love (Baby don’t hurt me), Carole se retourne vers moi en souriant.  Puis, elle me tend la main.

« Viens-tu danser ? »

Oh shit!  D’abord, elle n’est pas du tout le genre de fille que j’aime fréquenter. Ensuite, Kim me pique des crises de jalousies extrêmes à chaque fois qu’elle s’imagine que je puisse m’intéresser à une autre.  Alors la dernière chose que j’ai envie, c’est d’en provoquer une.   Aussi, avec un sourire poli, je réponds:

« Non, ça va, merci! »

Carole me regarde avec un air à la fois désemparé et incrédule. 

« Hein? »
« C’est beau, ça va aller, merci! »

Elle n’a vraiment pas l’air de comprendre mon refus.  Aussi, elle insiste.

« Voyons! J’ai pas dit Draguer, j’ai dit Danser. »
« Oui-oui, j’avais compris.  Mais non, ça va, merci. »

Elle me regarde avec de grands yeux ronds en disant « Ah! »  Puis, avec un air au visage démontrant qu’elle semble ressentir un malaise, elle tourne doucement la tête et regarde ailleurs.  Moi-même, pour éviter qu’il y ait le moindre malentendu sur mon manque d’intentions envers elle, je fais un 180 degrés sur mon siège et je me place face aux toilettes, tournant le dos à Carole.  Juste à temps d’ailleurs, car en revoilà Kim et Linda.  

Durant les vingt minutes qui suivent, Carole resté plantée là, sans parler, sans broncher.  Elle qui avait été joyeuse et agitée toute la soirée, voilà qu’elle avait l’air de quelqu’un qui vient de perdre sa joie de vivre.  J’avais de la difficulté à croire que mon refus de danser avec elle puisse la désemparer à ce point.  Je me fais cette réflexion:

« Tsss…  Regardez-moi ça!  Tellement habituée d’avoir tous les gars à ses pieds, que quand il y en a un qui lui dit non, elle ne comprends plus rien.  C’est quand même idiot, quand on y pense.  Quand une fille dit non à un gars, il faut l’accepter et trouver ça normal.  Mais quand c’est l’inverse, c’est le gros drame et la remise en question.  Pathétique! »

Et c’est ainsi que, pour la première fois, je constate que lorsqu’une fille n’a que peu d’estime de soi, il arrive qu’elle se définisse par sa capacité d’utiliser le sexe afin de séduire.  Par conséquent, si elle rencontre un gars qui est insensible à ses charmes, alors c’est comme si elle ne valait plus rien à ses propres yeux.  Je dois avouer qu’à ce moment-là, en 1995, à 26 ans, je ne comptais plus les trop nombreuses fois où les filles m’avaient repoussé.  Aussi, de voir qu’une fille si populaire prenne aussi mal le fait que moi je la repousse, je trouve ça étrangement apaisant.  Voire même satisfaisant.

De retour dans notre tente, après avoir laissé Linda au party, je me jette sauvagement sur Kim et lui arrache ses vêtements.  D’abord surprise par ma fougue, elle s’y met elle aussi.  En un rien de temps, me voilà par terre, sur elle et en elle.  Je ne sais pas si c’est mon anecdote avec Carole qui me procure un sentiment de puissance, ou bien du fait que j’ai réussi à éviter toute désagréabilité entre Kim et moi aujourd’hui.  Toujours est-il que je la baise avec une rare virilité pendant l’heure et demie qui suit.  Et elle ne se gène pas pour exprimer, une fois nos ébats finis, combien elle a apprécié.  Tellement, qu’elle ne gâche même pas l’atmosphère en me soupçonnant d’avoir été allumé par une autre.

Enfin, une journée qui finit bien. 

_____
FIN DE LA QUATRIÈME JOURNÉE
Demain: La suite et fin.

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A propos Steve Requin

Auteur, blogueur, illustrateur, philosophe amateur et concierge de profession.
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