Milieu scolaire: Pas de pitié pour les faibles!

On parle beaucoup d’intimidation en niveau scolaire ces temps-ci, surtout depuis le suicide de Marjorie Raymond.  Il y a quelques temps, j’ai écrit un billet dans lequel j’explique comment le manque de cohérence chez les adultes en matière de dénonciation est la raison première de pourquoi l’intimidation en milieu scolaire persiste.  (Voir Cette contradiction qui cause tant d’abus) Et ça ne date pas d’hier.

Ce qui suit est un texte que j’ai écrit en 2003. Je suis peiné de constater qu’en huit ans, les choses n’ont vraiment pas changé:

Au début de l’an 2001, j’ai entendu parler d’un jeune homme que nous nommerons Jason pour les besoin de la cause car étant mineur, son nom était censuré des journaux.  Toute sa vie, Jason a été un jeune homme maigre, timide, renfermé et souvent victime d’intimidation de la part des autres plus grands et plus gros que lui.  Cette violence qu’il a subi de façon quotidienne aussi bien au niveau physique que psychologique, il a eu un jour l’idée de l’exorciser en écrivant un texte.  Cette histoire fictive dans lequel il décrivait en détail la façon dont un personnage le représentant prenait sa revanche de façon violente contre ceux qui l’ont toujours écoeuré a été remis en classe dans le cadre d’un devoir.

Quelle note Jason as t’il obtenu pour ce texte ?  Environs deux mois de prison.  Il n’a pu passer ni Noël ni le jour le l’an avec sa famille, il était derrière les barreaux en détention préventive.  La raison? La violence contenue dans le texte de Jason démontrait qu’il n’était qu’un dangereux psychopathe qu’il ne fallait surtout pas laisser en liberté si on voulait adéquatement protéger la population.

Jason, celui qui a toujours été victime de harcèlement, d’intimidation morale et physique, celui qui n’a jamais fait subir la moindre violence aux autres autrement que sous la forme d’un seul texte, s’est retrouvé en prison.  Les autres, les petites terreurs, ceux qui l’ont toujours harcelé, insulté, bafoué, volé, battu, qu’est-ce qui s’est passé avec eux?  Ils ont gardé leur liberté et n’ont jamais eu de problèmes avec la loi.

Trouvez l’erreur !

Cette histoire ne s’est pas passée en Iran, en Afghanistan, en Chine ou aux États-Unis mais bien ici, au Canada.  Cette terre de liberté, ce territoire que notre Elvis Gratton national appelle fièrement le plus beau pays du monde.  Hélas, cela ne fait que renforcer une vérité universelle que peu de gens ont le courage de regarder en face tellement elle est honteuse :  L’être humain admire et respecte les forts tout en n’éprouvant que du mépris pour les faibles.

Dans un monde idéal, les autorités se seraient penchées sur le cas de Jason et l’auraient interrogé sur les raisons qui l’ont poussées à écrire ce texte.  Comme tout le monde, ils en seraient arrivés à la conclusion que le plus grand danger pour la société n’est pas celui qui écrit un simple texte violent, surtout si c’est en réaction à tout ce qu’il a subi, mais plutôt ceux qui lui en ont fait subir.  Ceux-là qui écrasent sans cesse les autres, qui les battent, qui les bafouent sans autres raisons que pour leur plaisir personnel.

S’il est vrai qu’un texte violent ne peut être écrit que par un homme potentiellement violent, alors William Shakespeare était l’homme le plus sanguinaire de son époque.  Vous avez lu le genre de romans qu’écrit Stephen King?  Qu’est-ce qu’on attend pour mettre ce fou furieux en prison? Vous voyez bien que ce raisonnement ne tient pas.

C’est que, voyez vous, pour les autorités, c’est à dire la police, les professeurs ou les patrons, il y a trois façons de régler un problème lorsque quelqu’un est victime des agissements immoraux ou illégaux d’un autre :

1- Faire leur travail correctement.  C’est à dire prendre la plainte de la victime, faire les démarches pour contacter l’agresseur, organiser des rencontres avec un travailleur social, au besoin l’arrêter, le mettre à l’amende, lui faire subir un procès.  Enfin, c’est selon le cas et sa gravité.

2- Dire à la victime de se la fermer.  Parce que s’il n’y a pas de plainte, il n’y a pas de problème, n’est-ce pas ?

3- Si la victime fait du bruit (comme Jason avec son texte), faire subir à la victime le sort qui devrait normalement être réservé à ses agresseurs. Parce qu’en faisant du bruit, on trouble la paix. Et ça, c’est mal vu.

Malheureusement, ceux qui sont supposément là pour faire régner l’ordre, la justice et nous protéger optent trop souvent pour les deux dernières solutions.  Elles ont le mérite d’être plus simples, plus rapide et elles ne dérangent pas l’ordre des choses : Les winners restent des winners et les losers restent des losers.

Vous voulez une autre preuve démontrant que le respect va toujours au plus fort? Alors prenons un cas un peu plus médiatisé comme l’affaire Hilton qui a défrayé les manchettes en 2001.  Tout le long de son procès pour avoir agressé sexuellement deux fillettes, (au moment où j’ai écrit ce texte, le fait qu’il s’agissait de ses propres filles n’était pas encore rendu public) procès où il a d’ailleurs été reconnu coupable, le public se bousculait au palais de justice pour venir voir le champion boxeur, le rencontrer, lui serrer la main et lui demander des autographes.  Même certains policiers en poste pour assurer la sécurité se comportaient en fans avec lui.  Par contre, hormis la famille et amis des victimes, aucun public n’est venu supporter et encourager les jeunes filles dans cette terrible épreuve.  Pire, certains journalistes qui rapportaient les commentaires du public démontraient qu’il y en avait quelques uns parmi eux qui trouvaient que c’était écoeurant (de la part des victimes) de détruire ainsi la carrière d’un grand champion.

Cette histoire est-elle aberrante ?  Oui!  Est-elle immorale?  Oui!  Est-elle un reflet de la réalité, celle qui démontre que les forts ont droit à tout le respect du monde juste parce qu’ils sont forts alors que les faibles n’y ont pas droit?  OUI !  C’est triste mais c’est comme ça.

Revenons au cas de Jason :  Pourquoi subissait-il cette violence?  Pour la meilleure et la pire raison au monde : parce que plus petit, il ne peut se défendre.  Parce que tranquille, il ne se plaindra pas.  Ça en faisait une victime parfaite.

Il n’est pas facile de briser l’habitude de la violence pour une victime.  Êtes-vous déjà aller vous plaindre à l’école d’être constamment la victime du harcèlement d’une petite terreur ?  Si oui, vous savez alors que la réponse que nous donnent les éducateurs au sujet de la violence est souvent celle-ci : Lorsqu’un plus grand et plus gros que toi te harcèle, parle avec lui.  Demande-lui pourquoi il fait ça.  Discutes-en avec lui.

À ça, je répond : Bullshit !

Tout éducateurs qu’ils sont, ils sont incapable de comprendre avec leurs beaux diplômes et bien assis à l’abri dans leurs bureaux que la vie des jeunes telle qu’ils se l’imaginent n’a pas du tout rapport avec la réalité.  Soyons sérieux : Lorsqu’on parle d’un agresseur, on ne parle pas de quelqu’un qui agresse un autre parce qu’il croit avoir une raison de le faire.  Il ne le fait pas non plus parce que l’autre l’a provoqué.  Il le fait parce qu’il en a envie, c’est tout!  Dans de telles conditions, à quoi ça sert de dire à la victime d’essayer de raisonner avec son agresseur ?  On peut seulement raisonner avec quelqu’un de raisonnable.  Harceler et agresser bêtement quelqu’un pour le plaisir de la chose n’est certainement pas le comportement de quelqu’un de raisonnable.

À l’école, les éducateurs cherchent à savoir le comment et le pourquoi des agissements des élèves démontrant un comportement agressif.  Ainsi, ils portent leur attention et leur compréhension beaucoup plus vers l’agresseur que vers celui qui en aurait vraiment besoin, c’est à dire la victime.  J’ai été personnellement témoin de ce genre de chose à deux reprises.  La première fois à l’age de 10 ans en 4e année au primaire.  Un de ces jeunes agressifs, un camarade de classe nommé Jean-Marc, recevait un dollar par semaine de la direction de l’école s’il arrivait à se comporter correctement au moins quatre des cinq jours de classe.  Pendant ce temps là, les autres élèves au comportement irréprochable, eux,  n’avaient pas un sou.  Alors que les autres étaient punis pour le moindre écart de conduite, lui était payé pour ne pas en faire.  Je ne sais pas ce qu’est devenu Jean-Marc mais je trouve que le système éducatif lui a appris assez jeune comment prendre la société en otage.

La seconde fois, c’est avec mon propre fils ainé.  Celui-ci souffre d’une forme d’hyperactivité que même le Ritalin ne peut calmer.  Bien qu’il reconnaît ses parents comme figure autoritaire à qui il obéit pour peu que nous soyons présent, personne d’autre ne peut le contrôler.  Il frappe, crie, insulte d’un langage grossier et désobéit à tout adulte qu’il devrait normalement respecter : grands parents, babysitters, profs d’école…  Voyant que la maternelle ne pouvait en venir à bout, ils l’ont transféré dans une école spéciale où, en plus d’être suivis par des psys, ils n’ont droit qu’à une heure de cours par jour, le reste du temps étant consacré à des jeux.  Ils ont une piscine, plusieurs cours de récréations, des parcs tout équipés et un petit zoo.

Le résultat :  Le côté académique de mon fils s’est amélioré.  Difficile de faire autrement avec une seule heure d’études par jours dans une classe où une enseignante et un surveillant ne s’occupent que de six élèves.  Son comportement, par contre, n’a pas changé le moins du monde.  Pire encore :  En se vantant à son petit frère de tout ce que son école comporte, ce dernier est très malheureux de ne pas pouvoir aller à une école aussi cool que celle-là.  Il a même commencé à faire preuve d’indiscipline  à l’école dans l’espoir d’être transféré lui aussi à l’école de son grand frère.

Voilà la société d’aujourd’hui, celle qui encourage les jeunes sans problèmes à devenir délinquants et qui encourage les délinquants à persister dans cette voie.

Si en tant qu’enfants Jean-Marc et mon fils n’avaient pas la force physique pour s’imposer, ils avaient tout de même une forte personnalité.  Ce qui en revient à ce que je disais :  Au plus fort vont les avantages et le respect.  Les autres n’obtiennent rien !

Toutes ces recherches vaines pour trouver le comment et le pourquoi du comportement des agressifs ne font qu’encourager ces agressifs à continuer dans cette voie car ils se rendent bien compte de toutes les attentions et les avantages que cela leur rapporte.  On dit que les gens agressifs sont des gens qui souffrent beaucoup, que ce sont des gens qui ne savent pas exprimer leurs sentiments et qui sont incapable de vivre avec leur insécurité.  Bref, on fait beaucoup d’efforts pour leur trouver des excuses pour un comportement pourtant inexcusable.  Pendant ce temps là, ils laissent des séquelles permanentes sur leurs camarades de classes, séquelles qui brisent bien des vies : Dépression, suicide, divorce. Peu importe comment on regarde la chose, peu importe les raisons cachées du comportement qu’adopte un agresseur envers une victime, le fait reste toujours le même :  Il s’agit d’un plus fort qui en fait subir à un plus faible.

Mais attention: Je ne dis pas qu’il faut adopter un comportement violent et agressif si on veut avoir du respect.  Je dis juste que les gens en général respectent ceux sur qui ils savent qu’ils sont incapables d’avoir le dessus.  Dans certains cas, comme celui de Hilton, il s’agit d’une domination physique.  Son corps d’athlète, son titre de champion, tout cela fait qu’il est respecté malgré ses écarts de conduite.  Dans l’autre cas, celui d’enfants turbulents de sept et dix ans, il s’agit d’une domination psychologique puisque rien, ni les menaces ni les promesses ni les coups ni les punitions ne peuvent en venir à bout.  Le simple fait qu’ils se trouvent récompensés en obtenant plus que les autres pour leur conduite plutôt que d’être punis et disciplinés comme il se doit est d’abord et avant tout un signe de respect, sinon de soumission, de la part de la société envers eux !

Maintenant, revenons encore à Jason et imaginez ce qui se serait passé s’il avait eu le physique de Hilton.  Vous pensez peut-être qu’il aurait pu casser la gueule à ceux qui l’agressaient?  Eh bien non, il n’aurait pas pu.  Vous savez pourquoi?  Parce qu’avec un tel physique, jamais ses agresseurs ne l’auraient vu comme étant une victime potentielle.  Ils l’auraient donc laissé en paix.  Ainsi, Jason n’aurait jamais été agressé, il n’aurait pas nourri de telles rancoeurs en lui, il n’aurait pas écrit ce texte et n’aurait pas eu à subir cette double humiliation.  Double car non seulement il a été victime d’agressions, on l’a mis en prison parce qu’il a osé imaginer prendre sa revanche.

S’il avait été respecté, s’il n’avait pas été sans cesse rabaissé, il aurait eu une plus grande confiance en lui, il aurait été moins timide et nul doute que la vie aurait été beaucoup plus belle pour lui.

Je le répète :  L’être humain admire et respecte les forts et n’éprouve que du mépris pour les faibles.  Regardez autour de vous et voyez vous-mêmes : Les forts ont droit à tout !  Meilleur boulot, meilleur salaire, meilleures amours, bref meilleures conditions de vie.

Cependant, je crains que la raison pour laquelle Jason a été victime à la fois des petites terreurs de l’école ainsi que des autorités prend racine dans quelque chose de beaucoup plus profond. 

Observez bien ceux qui nous dirigent, ceux qui ont le pouvoir sur nous :  Professeurs, patrons, chefs d’entreprise, policiers, politiciens… S’ils sont là où ils sont, c’est parce qu’ils ont une forte personnalité, un caractère dominant, ce sont des gens qui sont habitués à avoir le pouvoir et le contrôle sur les autres… Exactement comme les petites terreurs des cours d’école.  Or, à moins d’être adversaires, et encore, les dominants partagent le même sentiment de mépris pour les faibles.  De ce fait, jamais un dominant ne va prendre le parti d’un faible contre un autre dominant.

En quelque part, en s’attaquant sous forme de texte au dominants de son école, c’est aux dirigeants de la société que Jason s’attaquait. Pas étonnant, dans de telles conditions, que le premier réflexe de la société face à une victime, c’est de le pénaliser pour son statut de victime. Surtout lorsqu’il cherche à ne plus en être une.

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A propos Steve Requin

Auteur, blogueur, illustrateur, philosophe amateur et concierge de profession.
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2 commentaires pour Milieu scolaire: Pas de pitié pour les faibles!

  1. loguebook dit :

    Quelle analyse !! t’a pas songé à envoyer ce texte à Jasmin Roy ! ouff ! je dois le relire c’est trop juste, pour ne pas dire injuste ?

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  2. Catherine dit :

    J’allais écrire un grand texte à propos de ma propre expérience avec l’intimidation. Mais tout d’un coup j’ai trouvé cela inutile. Sa ne sert a rien de toujours rapporté tout a soi. Anyway, tout sa pour dire que je suis d’accord avec la totalité de cette analyse. Et que je trouve sa énormément triste. Et tout sa me ramène a cette éternel question que je me pose depuis que j’ai 12 ans. Pourquoi suis-je née si timide et sensible? Finalement, je fini toujours par rapporté tout à moi… Bref, j’aime beaucoup ton blogue Steve. J’ai passé une partie de la nuit a le parcourir et je trouve tes réflexions fort intéressante et instructive en même temps. Continue d’écrire s’il-vous-plaît.

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