Les Pompes Funestes, une tragicomédie. 12e partie.

Mercredi le 18 mars.
Tel qu’expliqué dans le chapitre 10, je reçois un appel de l’hôpital Pierre-Boucher pour me dire que ma mère a un rendez-vous pour une résonnance magnétique mardi le 24 mars à 14h30. Je vais me charger de l’y amener.

Jeudi le 19 mars.
Toujours dans le chapitre 10, ma mère a été envoyée à l’hôpital Pierre-Boucher pour cause d’infection urinaire. Infection qui l’affectait cognitivement au point où elle s’imaginait en conversation téléphonique, en utilisant un verre de styrofoam en guise de cellulaire.

Hier, lundi le 23 mars.
Je reçois un appel de l’hôpital Pierre-Boucher pour me dire que ma mère a obtenu son congé, et qu’elle est retournée en résidence. N’empêche que je dois quand même l’y amener demain pour sa résonnance magnétique.

Aujourd’hui, mardi le 24 mars.
11h00 am. Je me rend à la résidence où ma mère habite. Devant sa chambre, je me bute à une porte verrouillée. Un employé me voit.

LUI : Vous cherchez quelqu’un ?
MOI : Ma mère, Mme Louise B.
LUI : Ça fait une semaine qu’elle est à l’hôpital Pierre-Boucher. On ne vous a pas prévenu ?
MOI : QUOI ? L’hôpital m’a appelé hier pour me dire qu’elle avait reçu son congé, et qu’elle avait été ramené ici par transport adapté.
LUI : Ah ? Ben, non ! Je le saurais, c’est moi l’infirmier chef de tout l’étage.
MOI : Mais… Pourquoi est-ce qu’ils m’ont appelé hier pour me dire qu’elle était revenue ?
LUI : Ben, vous savez, il arrive des fois qu’un médecin dise que c’est beau, un patient peut partir. Mais que le médecin chef l’examine ensuite et dise non, la personne reste 24h de plus. Pis la secrétaire qui a été avisée de son départ ne l’a pas été de son prolongement de séjour.

Bon ! Prennons la chose du bon côté. Elle sera déjà sur place pour sa résonnance magnétique. Puisque je sais par expérience que les départements ne se parlent pas entre eux, je vais y aller afin de m’assurer qu’on la transfèrera en temps et lieu de son rendez-vous. Parce que ce serait trop bête qu’elle rate son rendez-vous à l’hôpital Pierre-Boucher à cause qu’elle est déjà à l’hôpital Pierre-Boucher.

Vingt minutes de route vers l’hôpital Pierre-Boucher. Je me stationne. J’entre. Je me dirige au comptoir. Je donne le nom de ma mère.

ELLE : Ça dit ici que Madame a reçu son congé.
MOI : Je sais ! On m’a appelé hier pour me le dire. Je suis allé à sa résidence. Et eux m’ont dit qu’elle était encore ici.
ELLE : Bon ! Ben, je vois ici que sa chambre était au 8e étage, chambre 814.

Je prends l’ascenseur. Je monte au 8e étage, chambre 814. Elle est vide. Une infirmière me demande :

ELLE : Vous cherchez quelqu’un ?
MOI : Ma mère, Mme Louise B.
ELLE : Et vous êtes ?
MOI : Stéphane Lussier Johnson.
ELLE : Non, mais en rapport à elle.

Je viens de te dire que c’était ma mère. Alors je suis quoi, en rapport à elle, d’après toi ? Son arrière-grand-oncle ?

MOI : Son fils !
ELLE : D’accord ! Un instant, je vais vérifier.

Elle vérifie et ne trouve pas. Elle demande à l’infirmière chef. Celle-ci vient me parler.

ELLE : Madame votre mère a reçu son congé.
MOI : Non ! J’arrive de sa résidence. Ils m’ont dit qu’elle était encore ici.
ELLE : Oui, mais ça fait vingt minutes que le transport adapté est venu la chercher, pour la ramener chez elle.

Tu me fucking niaises ? Ma mère était là pendant une semaine, même qu’ils ont prolongé son séjour… Et , pendant les vingt minutes que j’ai mis à venir ici, ce sont exactement ces mêmes vingt minutes qu’ils ont pris pour la ramener à la résidence ? Incroyable !

Pourquoi est-ce que de telles coincidences n’arrivent jamais quand je prends un billet de loterie ?

Vingt minutes de route plus tard, je suis de retour à la résidence. J’y retrouve ma mère devant son plat préféré, un hot-chicken. Je regarde ça, à moitié découragé, en espérant que son test de résonnance magnétique ne demandait pas qu’elle soit à-jeun.

Ma mère est très heureuse de me voir. Elle est lucide. Bon, avec un discours un peu incohérent, mais pas plus que ces dernières semaines. Après son repas, je la ramène dans sa chambre. Je lui met son manteau pour la ramener à l’hôpital Pierre-Boucher. J’ouvre son portefeuille pour y prendre sa carte de l’hôpital Pierre-Boucher et sa carte de la RAMQ (assurance maladie.) … Pour constater qu’aucune de ces deux cartes n’y sont.

Je vais voir l’infirmière, qui essaye ensuite de rejoindre l’infirmier-chef. Ce dernier vient de partir pour diner. On l’attrappe in extremis, alors qu’il s’apprêtait à quitter la résidence. Il avait encore les cartes de ma mère dans ses poches.

Vingt minutes de route vers l’hôpital Pierre-Boucher. Je me stationne. On entre. On se dirige au comptoir. Je donne le nom de ma mère à la réceptionniste.

ELLE : Résonnance magnétique, 1er étage.

On prend l’ascenseur. On arrive. Au comptoir, je donne à la réceptionniste sa carte de l’hôpital Pierre-Boucher et sa carte de la RAMQ.

ELLE : Mais Monsieur… Je ne peux pas prendre sa carte de la RAMQ. Elle est expirée depuis janvier. Il va falloir que vous la fassiez renouveler auprès de la RAMQ et que vous nous rappelez ensuite pour prendre un autre rendez-vous.

Tu me fucking niaises ?

MOI : Mais voyons donc !? Ma mère vient de passer cinq jours ici. Il y a une heure, elle était encore dans sa chambre, au 8e étage. Je veux bien croire que sa carte est expirée. Mais ça ne les a pas empêché de la traiter.
ELLE : Un instant, je vais vérifier quelque chose.

Elle fait un appel. Après quelques minutes, elle me revient.

ELLE : Ok, vous allez vous rendre au rez-de-chaussée, au comptoir des cartes d’hôpital. Vous aller leur expliquez votre situation. Eux, ils vont vous remettre un papier rose. Vous allez me le ramener. Je vais avoir besoin de ça pour inscrire votre mère. Sinon, il faudra payer les frais de l’examen.

Je dis à ma mère de rester dans la salle d’attente. Je descends au rez-de-chaussée. Je le parcours. Je trouve le comptoir des cartes d’hôpital. J’explique la situation au gars au comptoir.

LUI : Alors il va falloir que vous alliez sur https://www.ramq.gouv.qc.ca/fr. De là, vous pourrez faire renouveler sa carte, ce qui dev-…
MOI : NON ! La réceptionniste au 1er étage m’a dit que je dois venir ici, demander un papier rose.
LUI : Ah ? Un instant, je vais vérifier quelque chose.

Il prend la carte de RAMQ de ma mèrel. Il en scanne le code-barres. Il regarde son écran d’ordi. Il imprime un papier, qu’il me donne. Sur la feuille blanche, il est écrit l’équivalent de « Cette carte est valide. »

MOI : Euh… Et le papier rose qu’elle m’a demandé ?
LUI : Vous n’avez pas besoin du papier rose. Cette carte est valide.

Je ne comprend rien à rien de rien. Je me lève,reprends l’ascenseur et je remonte au 1er étage. J’amène le papier blanc à la réceptionniste.

MOI : Il m’a dit que je n’avais pas besoin du papier rose.

Elle le regarde. Elle reprend la carte de ma mère, l’entre à l’ordi.

ELLE : Très bien. Vous pouvez y aller, première porte à gauche.

Euh… Dis moi que tu m’as fait descendre pour rien, sans me dire explicitememt que tu m’as fait descendre pour rien !?

Je regarde l’heure. Il est 14h22. C’est un miracle que tout ce niaisage de va-et-vient inutile ne nous a pas mis en retard.

Ma mére au eu sa résonnance magnétique. Elle a eu son congé. Elle a voulu un café et un biscuit. Nous sommes allés à la cafétéria au rez-de-chaussée. Tout était dans des machines distributrices. J’ai des cartes de guichet, des cartes de crédit et queques billets de $10. Les machines ne prennent que de la monnaie. Et il n’y a pas de machine à changer les billets en monnaie.

Par contre, quand est venu le temps de payer le parking en sortant, alors là, pas de problèmes. Tu peux les payer comptant, par intérac, crédit, chèque, virement bancaire, bitcoin et sesterces.

Vingt minutes de route plus tard, j’avais ramené ma mère à sa résidence. Elle s’est couchée car tout ce voyagement l’a épuisée. Et encore, contrairement à moi, elle n’a pas fait résidence – hopital – residence – hopital – premier étage – rez-de-chaussée -premier étage – résidence. Dans son état de fablesse actuel, elle n’aurait pas survécu

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À SUIVRE.

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