Les Pompes Funestes, une tragicomédie. 10e partie.

Lorsque j’ai commencé cette série, je m’attendais à une histoire en trois parties. Je croyais également qu’il ne s’agirait que de la succession de mon père. Il se trouve que l’état physique et cognitif de ma mère joue un rôle de plus en plus grand dans cette histoire.

Hier, jeudi 18 mars, j’ai reçu un appel de l’Hôpitel Pierre-Boucher de Longueuil. Ma mère doit passer un scan. Une résonnance magnétique, au niveau du cerveau, afin de pouvoir diagnostiquer de son état cognitif. Je leur donne le numéro de la résidence où elle habite, pour qu’ils puissent s’arranger avec ça.

Dix minutes plus tard, l’Hôpital me rappelle. Puisque ma mère habite dans une résidence privée, ils ne prennent pas en charge l’accompagnement de leurs résidents en mileu hospitalier. Incroyable ! On les paye de deux à trois fois ce que ça coûterait si elle était dans le système public, et on a droit à moins de services.

J’ai donc pris rendez-vous pour elle. Et je passerai la prendre et l’amener à l’hôpital mardi le 24 mars. Et puisque ma mère est clautrophobe, et qu’elle a horreur des cat scans, je devrai rester avec elle pour la calmer. Même si je ne peux pas rester dans la pièce, je la connais assez pour savoir que ma présence derrière la porte sera suffisante pour la rassurer.

Ce matin, je reçois deux appels : la résidence, et Marcel. En combinant ce qu’ils m’ont dit, voici une reconstitution des dernières 24h.

Tout d’abord, tel que relaté dans un chapitre précédent, à sa résidence, elle a été transférée du rez-de-chaussée au 3e étage, là où la surveillance et les porte verrouillées allaient l’empêcher de s’enfuir dehors de nouveau.

Hier, Marcel est allé la visiter. Elle l’a reconnu. Elle lui a dit de ne pas faire de bruit parce que son frère Jean-René et moi, on était venu ici veiller sur elle. Et que nous dormions dans l’autre pièce.

Marcel a bien vu que je n’étais pas là. D’abord, elle habite dans une chambre. Il n’a pas de seconde pièce. Quant à Jean-René, eh bien, voilà quatre ans et demi qu’il n’est plus parmi nous.

Marcel a essayé d’avoir une conversation avec elle. Mais elle répondait vraiment n’importe quoi, un discours incohérent. Marcel est allé en parler à l’infirmière. Et voici ce qu’il a eu comme réponse :

« Ah, Madame Louise n’est pas en état de se déplacer pour souper, donc !? Très bien, nous allons la servir à sa chambre. »

… Euh… Ok !?

Devant son repas, ma mère ne se souvenait plus comment utiliser ses ustensiles. C’est Marcel qui l’a nourri, Mais après la soupe, elle a insisté comme quoi elle avait bien assez mangé. Il n’a pas poussé plus loin.

Elle tenait dans ses mains, un verre de styrofoam. Elle s’est excusée auprès de Marcel en disant qu’elle devrait prendre cet appel. Elle s’est couchée sur le lit et a utilisé le verre de styrofoam comme un téléphone. Et elle avait une conversation. Elle disait à son interlocutrice imaginaire à quel point elle était contente de lui reparler après toutes ces années, et comment elles avaient du fun toutes les deux lorsqu’elles allaient à l’école ensemble.

Jusque-là, elle souffrait de pertes de mémoires au sujet d’événements récents. Mais de un, elle en était consciente. Et de deux, elle pouvait avoir une conversation qui se tenait. Et à part pour son impression qu’il y avait des urnes funéraires dans son placard, elle n’avait encore jamais été dans un tel état de déconnexion avec la réalité.

Dans une tentative de la tirer doucement de son rêve éveillé, Marcel l’a appelé. Le téléphone mural de ma mère a sonné. Mais ça n’a eu aucun effet. Ma mère ne l’entendait pas. Elle était dans son monde, complètement isolé du nôtre.

Voyant qu’il n’y avait plus rien à faire, Marcel est parti. Il a expliqué la chose à l’infirmière, et il est rentré chez lui.

Pendant la nuit, ma mère est sortie de sa chambre sans sa marchette. Avec ses jambes afaiblies, elle est tombée dans le corridor.

Ce matin, l’infirmière des résidences m’a appelé. Elle m’a dit que ma mère avait été envoyée à l’Hôpital Pierre-Boucher car, en plus de sa chute, on lui soupçonne une infection urinaire. Et qu’elle était dans un état d’incohérence total. Elle ne comprennait rien de ce qu’on lui disait. Encore heureux que ma mère est d’un naturel docile, malgré sa tendance à protester sur tout.

Malgré tout, mardi le 24, je devrai quand même me déplacer car ce sera de deux choses l’une : Ou bien elle sera toujours à l’hôpital, et je devrai leur dire qu’elle y est déjà, car je doûte que les départements se parlent entre eux. Ou alors elle sera revenue en résidence, et je devrai l’amener à l’hôpital. Dans un cas comme dans l’autre, je dois y aller.

Dire que son état cognitif est resté stable pendant trois ans. Et depuis que mon père est mort, elle dégénère à vitesse folle. Et pendant ce temps-là, j’ai toutes les misères du monde à tenter d’obtenir un rapport sur son état de santé me permettant d’obtenir une procuration.

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À SUIVRE

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