Dans le billet précédent de cette série, j’explique toutes les vaines démarches que j’ai entrepris afin de retrouver ma mère, logée en résidences pour personnes semi-autonomes. N’eut été de Marcel, un ami de la famille qui m’a appelé pour me faire ses condoléances pour le décès de mon père, et qui savait où ma mère avait été placée, je la chercherais encore, car…
Le lendemain de mes plus récentes démarches, je devais recevoir un appel de la dernière travailleuse sociale à s’être occupée de mon père. Ainsi que de Santé Montérégie, section de la santé mentale et dépendance. Aujourd’hui, trois semaines plus tard, alors que j’écris cet article, ni l’un ni l’autre ne m’a contacté.
Le 16 janvier, soit deux jours après m’avoir appelé, Marcel m’amène à la résidence, et je revois ma mère pour la première fois depuis trois ans. Heureux hasard : ce 16 janvier 2026, c’est le jour de son 80e anniversaire. Elle est très heureuse de me revoir. Elle n’arrive pas à croire qu’elle a déjà 80. Elle me posera d’ailleurs la question quatre fois en une heure.
Une autre chose qu’elle a de la difficulté à saisir ; le fait qu’elle est veuve. À trois reprise, elle me redemande.
« T’as-tu dit que Pierre est mort ? »
À chaque fois, avec patience, je lui réexplique les circonstances de son décès, comme si c’était la première fois que je le lui récitais. À tout coup, elle répond :
« Pauvre Pierre ! La dernière fois que je l’ai vu, il m’a regardé pendant un bon cinq minutes. Puis, il a dit « Ma Loulou ! » (Elle s’appelle Louise) … Puis, il n’a plus jamais reparlé. »
L’infirmière-cheffe de la résidence me prend à part et m’explique la situation. En 2023, peu après que mon père ait perdu son permis de conduire à cause de son état cognitif qui en faisait un danger sur la route, son état s’est dégradé, au point où il a fallu le placer en CHSLD. Or, depuis les 2-3 années précédentes, la vie de ma mère se résumait à s’occuper de lui. À partir du moment où mon père est parti, elle n’avait soudainement plus rien à faire de ses journées. Sans devoir le lever, elle ne se levait pas. Sans le diriger à la douche, elle ne se lavait plus. Sans devoir lui dire de s’habiller, elle ne se changeait plus. Sans devoir lui faire à manger, elle ne cuisinait plus. En s’occupant de lui, elle s’occupait d’elle-même par extension, ce qui la gardait active physiquement et mentalement. En perdant son mari, elle perdait du coup son autonomie. Il a fallu la placer en résidence.
À l’époque, alors que j’étais en Gaspésie, effectivement, j’avais reçu l’appel d’une travailleuse sociale pour me demander si je consentais à ce qu’ils envoient ma mère en centre. Et qu’elle allait me rappeler pour me dire où elle sera placée. Je n’ai jamais reçu ce 2e appel. Voilà pourquoi j’ai eu tant de problèmes à la retracer.
J’ai rapidement constaté le changement en elle. Elle est sur le neutre, faute d’une meilleure expression. Si on lui parle, elle a une conversation normale. Mais sinon, elle reste silencieuse. Si on lui dit quoi faire, elle le fait bien volontiers. Sinon, elle reste immobile. Si on lui demande si elle a faim, elle dira que non. Mais si on lui sert une assiette pleine, elle mange de fort bon appétit.
Elle a aussi perdu tout filtre. Avant, par politesse, ma mère pouvait bien s’entendre avec une personne. Puis, dans son dos, en raconter les pires choses. Maintenant, lorsque ses voisines du centre l’approchent pour l’inviter à partager leur table ou bien jouer aux cartes, elle leur répond franchement « Non, ta face d’hypocrite mangeuse-de-marde me revient pas. » Ma mère a toujours eu le jugement facile et gratuit. Mais là, elle ne s’en cache plus.
Une chose qui n’a heureusement pas changé, c’est son classement méthodique. Dans ses dossiers, je retrouve rapidement copies de leurs assurance-vie, et surtout de leurs testaments. Ce dernier point me réjouis, puisque ça signifie que je n’aurai pas à payer $901 inutilement pour que le notaire fasse une recherche à la Chambres des Notaires ainsi qu’au Barreau du Québec pour le retrouver.
Parler d’argent me fait réaliser un truc : Mes deux parents ont des comptes à la Banque Nationale ainsi qu’à Desjardins. Maintenant que mon père est décédé, il faudrait transférer le contenu de ses comptes dans ceux de ma mère. Celle-ci me donne son portefeuille, et je fais une constatation inquiétante : ses cartes de guichet ont disparu. Alors… Perdues ? Volées ? Une chose est sûre, je dois agir vite, bien que je crains qu’il soit déjà trop tard.
Je me rends à la succursale de Desjardins à Beloeil, celle de mes parents. J’explique la situation. On me répond :
« Puisque votre père est décédé, nous devons geler son compte. Ensuite, il faudra ouvrir un compte de succession, dans lequel l’argent sers transféré. Ensuite, il sera réparti entre les compte de ses héritiers. »
« Ah !? euh, ok ! »
Elle me dit ensuite que pour ouvrir le compte de succession, je dois leur apporter les documents suivants:
- La déclaration de décès de mon père.
- Ma déclaration de naissance, pour prouver que je suis bien le fils de mon père.
- Le certificat de mariage de mes parents.
- Le testament.
- Une attestation de notaire, prouvant que fut effectuée une recherche testamentaire auprès de la Chambre des Notaires, ainsi que du Barreau du Québec.
… Phoque !
Ça signifie que je n’y échapperai pas : je devrai payer $901 pour que se fasse cette recherche.
« Et pour ce qui est de la carte de guichet de ma mère ? »
« Si madame le peut, qu’elle vienne ici, et on va lui en refaire une. »
Ce qui devra attendre à la semaine prochaine, car je dois retourner à Québec. De toute façon, je dois attendre de recevoir le certificat de décès, donc rien ne presse. En attendant, je donne mon OK au notaire pour que s’effectue cette recherche inutile qui me coûtera $901.
Trois heures de route plus tard, j’arrive chez moi, à Québec. Je n’ai même pas encore enlevé mon manteau que le téléphone sonne.
« Monsieur Johnson ? Ici le Salon Funéraire Demers. C’est pour vous dire que vous pouvez venir passer prendre les cendres de votre père à notre succursale de Beloeil. »
Beloeil ? Mais j’en reviens !

Encore heureux que je ne sois plus en Gaspésie, ce qui signifiait de 8 à 9 heures de route.
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