Mercredi le 14 janvier.
La travailleuse sociale de mon père ne sera disponible que demain. En attendant, je ne reste pas les bras croisés. Je parcours Google, à la recherche de quelque chose qui puisse m’aider à retracer ma mère. À tout hasard, je me dis qu’il existe peut-être une centrale des résidences pour personnes âgées au Québec. Je tombe sur exactement ça : Résidences Québec. Je leur écrit.
« Bonjour.
Ma mère a été placée dans un centre, suite à une perte d’autonomie, alors que je travaillais en région éloignée. Mais je ne sais pas où ils l’ont mis. Mon père est décédé vendredi le 9 janvier. Je dois retrouver ma mère pour la suite des procédures légales. Voici son nom et sa date de naissance.«
Quelques minutes plus tard, je reçois confirmation.

Et dix minutes après, on m’appelle. La recherche n’a rien donné, étant donné qu’il s’agit d’un répertoire de résidences privées. Ce qui signifie que ma mère est au public, donc dans un CHSLD. On me conseille de consulter le CLSC de sa région. J’explique que je l’ai fait hier, mais qu’à cause de la Loi 25, ils ne peuvent pas me donner cette information, aussi illogique que ça puisse être. Elle me suggère donc la Curatèle Publique. Ou mieux encore, Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Montérégie Est. Je la remercie et je raccroche.
Je commence par la curatèle publique. Je trouve la page de demande de renseignement. Je remplis la fiche et la demande.
« Bonjour.
Ma mère a été placée dans un centre, suite à une perte d’autonomie, alors que je travaillais en région éloignée. Mais je ne sais pas où ils l’ont mis. Mon père est décédé vendredi le 9 janvier. Je dois retrouver ma mère pour la suite des procédures légales. Voici son nom et sa date de naissance.«
Une heure et demie plus tard, j’ai un appel.
« Allo ? »
« Bonjour monsieur Johnson. Mon nom est Yasmine et je vous appelle de la curatèle publique. »
Elle me demande si le nom et la date de ma mère, tels qu’inscrit dans mon courriel, sont exact. Je le confirme.
« Malheureusement, votre mère n’est pas inscrite dans notre base de données. Je vous souhaite bonne chance dans vos recherches. »
Ok alors, va pour le CISSS de la Montérégie Est. Je trouve les coordonnées sur Google. Ce qui me permet de constater que …
« Tu me fucking niaises ? Leurs bureaux sont situés à l’hôpital de St-Hyacinthe ? Là où mon père est mort ? »
Incroyable !
Puisque je suis à Québec, je ne vais pas faire encore 2h30 de route vers St-Hyacinthe. Je cherche un numéro pour les appeler. Je cherche comment les contacter. Mais d’un lien à l’autre, je finis par me faire suggérer le 811, option 2, info social. J’appelle. Après un quart d’heure d’attente, on me répond.
« 811 info social, mon nom est Fatima, comment puis-je vous aider ? »
« Bonjour. Ma mère a été placée dans un centre, suite à une perte d’autonomie, alors que je travaillais en région éloignée. Mais je ne sais pas où ils l’ont mis. Mon père est décédé vendredi le 9 janvier. Je dois retrouver ma mère pour la suite des procédures légales.«
« Est-ce que vous habitez à Québec ? »
« J’y suis présentement, mais mon adresse officielle est à St-Jean-Baptiste. »
« Et votre mère, résidait-elle à Québec ? »
« Non, à Beloeil. »
Étant donné que j’appelle de Québec, il semblerait que je me suis automatiquement retrouvé aux services de la ville de Québec. On me transfère donc à l’équivalent, mais situé dans la ville de Beloeil. Mais avant, elle me demande :
« Sinon, de votre côté, est-ce que vous avez besoin de soins ? Ressentez-vous de la déprime ou bien des idées suicidaires ? »
« Hein ? Moi ? Non ! Je suis bien correct ! Je suis préposé aux bénéficiaires, alors j’en ai vu d’autres. »
« D’accord ! Alors je vous transfère. »
Et c’est reparti pour l’attente, qui dure cette fois 1h34.
« Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Montérégie Est. Mon nom est Membayé. Comment puis-je vous aider ? »
« Bonjour. Ma mère a été placée dans un centre, suite à une perte d’autonomie, alors que je travaillais en région éloignée. Mais je ne sais pas où ils l’ont mis. Mon père est décédé vendredi le 9 janvier. Je dois retrouver ma mère pour la suite des procédures légales.«
Il me pose quelques questions. La première étant de savoir s’il y a en ce moment contre moi une raison légale de ne pas avoir de contacts avec elle. Je le rassure que non.après quelques autres échanges, il me dit qu’il n’a pas accès à ces renseignements. Mais que je dois appeler à Santé Montérégie, section de la santé mentale et dépendance.
« Vous ne parlerez pas à un être humain. Ce sera un répondeur. Vous devrez donner la raison de votre appel. Le nom de votre mère et sa date de naissance. Le nom de votre père, sa date de décès, et le nom de sa travailleuse sociale. Enfin, votre nom et numéro de téléphone. Dans les 24 heures, vous aurez droit à un retour d’appel. Avez-vous un papier et un crayon ? »
« Oui ! »
« Parfait. je vous donne leur numéro de téléphone. »
J’ai noté. J’ai appelé. J’ai dit tout ça. Il ne me reste plus qu’à attendre demain les rappels de la travailleuse sociale de mon père, ainsi que du préposé de Santé Montérégie. Ce fut beaucoup de travail. Mais au moins, là, j’ai doublé les chances de retracer ma mère.
Et là, DÉNOUEMENT INATTENDU !
Une heure après avoir terminé le dernier appel, j’en reçois un autre.
« Allo ! »
« Stéphane ? J’m’appelle Marcel, chus un ami de ton père. J’ai appris pour Pierre. Mes condoléances. »
« Merci ! »
« J’va aller voir ta mère tantôt, faut que j’y annonce ça délicatement. »
« Que… VOUS SAVEZ OÙ EST MA MÈRE ? »
Non seulement il le sait, c’est lui qui possède tous leurs documents, et qui a récupéré leurs possessions. Il me donne par téléphone son adresse, leurs deux numéros d’assurance sociale. Pour la date de mariage, il va le lui demander tantôt. Mais sinon, voilà, enfin, j’ai tout ce qu’il faut pour que commencent les processus légaux.
Ce qui signifie que j’aurai passé les derniers 48h à me démener comme un malade, et ce absolument pour rien, puisque je n’avais qu’à rester évaché sur mon cul à attendre l’appel de ce Marcel dont j’ignorais l’existence.
Ce qui me démontre encore une autre fois que, lorsqu’il s’agit de mes parents, peu importent mes décisions, peu importe ce que je dis, ce que je fais, et les efforts que j’y mets, au bout du compte, j’aurai toujours fait tout ça pour rien. C’était le cas de leur vivant. Et c’est toujours le cas maintenant.
Mais bon, peu importe comment le problème a pu se régler, l’important, c’est que le problème a pu se régler.
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À CONCLURE