Les prophètes autoréalisateurs -VS- votre réputation (2 de 2)

Autant suis-je orgueilleux, autant je considère que les critiques et commentaires à mon sujet sont de bonnes façons d’en apprendre sur moi-même.   Ça me permet de voir ce qui ne va pas chez moi, de me corriger s’il y a lieu, et ainsi de m’améliorer. 

Mais voilà, il n’est pas toujours facile de faire la juste part des choses.  Car parfois, une personne va te critiquer sans la moindre raison valable, et sans la moindre pertinence. Normal, puisque son but n’est rien d’autre que de te rabaisser.  Dans de telles conditions, comment faire la différence entre une critique qui puisse être constructive , et une calomnie? 

Heureusement, il y a une façon assez simple pour trier le vrai du faux: Si tu es assez honnête pour être capable de te reconnaître dans ce que la personne dit, et si elle n’est pas la seule à le dire, et si en plus ceux qui le disent ne se connaissent pas entre eux, alors c’est un problème réel.  Par contre, si tu ne te reconnais honnêtement pas dans cette description, et que cette personne est la seule à te dépeindre comme tel, alors là, aucun doute, c’est une attaque mensongère.

Pour rester dans les exemples personnels:  Il m’est arrivé à plusieurs reprises d’entendre des rumeurs à mon propre sujet, de sources différentes, comme quoi j’étais un impatient et un enragé qui peut péter un plomb pour la moindre connerie, et ce sans préavis.  Et en effet, pendant une douzaine d’années, de 1999 à 2010, tel fut le cas.  Et bien que, à l’époque, je me sentais justifié de le faire, en réponses aux attaques gratuites que je recevais parfois, j’ai bien vu que cette attitude ne me rapportait rien de bon.  Je me suis donc calmé, et j’ai appris à éviter les situations de conflits inutiles.

Par contre, il m’est arrivé d’entendre quelquefois, de la part d’une seule personne, que j’avais un défaut particulier que cette personne était la seule à voir en moi.  Et, quel hasard, cette personne travaillait très fort afin de faire de moi ce dont elle m’accusait à tort d’être.  

Autrement dit, cette personne était une prophète autoréalisatrice.  Ou du moins, elle essayait bien fort de l’être.  Je me souviens de cinq cas particulier, que je vous donne ici en exemple:

EXEMPLE 1: Le seul et unique pour qui j’étais un conjoint jaloux et possessif.
Sa méthode: Approcher ma conjointe lorsqu’elle n’est pas en ma compagnie, pour lui dire: « Hey, en passant, savais-tu que ton chum y’aime pas ça pantoute quand d’autres gars parlent sa blonde?  Ben oui, y’é tellement jaloux et possessif que ça le frustre ben raide! »

Son but: En disant quelque chose d’aussi grave à mon sujet, il se doute bien qu’elle va me rapporter ses paroles.  Il sait bien que ça va m’insulter, puisque non seulement il tente de gâcher ma réputation aux yeux de ma conjointe, il le fait en racontant des mensonges sur mon compte.  Ainsi, si je me fâche contre lui, alors techniquement, , il pourra dire à qui veut l’entendre que ça m’a frustré qu’il ait parlé à ma conjointe.  (En se gardant bien toutefois de préciser ce qu’il lui a dit.)  Ainsi, grâce à son hypocrisie, sa prophétie deviendrait autoréalisatrice.

Est-ce que ça a fonctionné?  Du tout!  Parce que, aux deux conjointes qui m’ont rapportées ses paroles, j’ai bien ri en leur expliquant la méthode et le but de ce gars-là.  La première l’a trouvé risible.  La seconde l’a trouvé pathétique, surtout d’avoir essayé ça une seconde fois.

EXEMPLE 2: La seule et unique pour qui j’étais une personne susceptible et misogyne.
Sa méthode: Multiplier les remarques condescendantes, jugementales, rabaissantes et insultantes, en ne manquant pas de dire, souvent d’avance, que je vais probablement frustrer contre elle puisque je suis susceptible.  Susceptible, mais aussi… Misogyne!?  Logique: C’est une femme et moi un homme.  Donc, si je frustre contre elle, alors je frustre contre une femme.  Et si je frustre contre une femme, ce n’est pas parce qu’elle m’insulte, mais bien parce que j’ai des préjugés contre les femmes, ce qui fait de moi un misogyne.  C’t’évident!

Son but: Il y a des gens qui ont passé leur vie à se faire diminuer.  Alors dans leur vision, le monde se divise en deux: Les écraseurs et les écrasés.  Et après une jeunesse entière à se faire rabaisser, ils ont besoin de rabaisser les autres plus bas qu’eux-mêmes, parce que ça leur fait du bien de penser qu’il y a au moins une personne plus basse qu’eux.  Son but est donc de me forcer à endurer ses insultes constantes, sinon sa prédiction comme quoi j’allais me frustrer contre elle deviendrait autoréalisatrice. 

Est-ce que ça a fonctionné?  Oui et non.  Oui, parce que ne pas être susceptible devant de telles attaques de la part d’une personne qui se prétend ton amie, c’est être une victime volontaire ou un lèche-cul sans colonne, et je ne suis ni l’un ni l’autre.  Et non, parce que de tous nos amis commun, personne n’a gobé ses supposées preuves de ma misogynie.

EXEMPLE 3: La seule et unique pour qui je suis un conjoint infidèle.
Sa méthode: M’accuser sans cesse de regarder d’autres filles, d’en désirer d’autres, d’essayer de la tromper, de vouloir la quitter.

Son but: Pouvoir se défouler sur moi, à loisir, de la frustration qu’elle ressentait face aux infidélités que lui a fait subir son seul et unique ex.  Elle me faisait donc payer d’avance pour ce qui, insistait-elle, allait forcément arriver: Moi qui allait éventuellement la quitter pour une petite jeune salope briseuse de ménage, comme elle disait.

Est-ce que ça a fonctionné?  Oui et non.  Oui, parce que je l’ai quitté.  Et non, parce qu’elle n’a jamais pu prouver une infidélité qui n’est jamais arrivée.  Normal: Je ne l’ai pas quitté pour une autre.  Je l’ai fait parce que vivre sous des accusations répétées et non fondées, c’est un enfer éternel puisque c’est une chose dont il est impossible de s’innocenter.

C’est que, voyez vous, s’il est possible de prouver que l’on a fait quelque chose, il est en revanche impossible de prouver ce que l’on n’a pas fait cette chose.  C’est le principe de l’alibi.  Tu ne peux pas prouver que tu n’as pas fait ce dont on t’accuse.  Tu peux juste prouver que tu étais trop occupé à faire autre chose à ce moment-là.  Or, face à un(e) conjoint(e) qui te soupçonne non-stop, tu ne peux pas avoir d’alibis 24/7 avec témoins qui sont à ses yeux dignes de foi.

EXEMPLE 4: La seule et unique pour qui je suis un amant potentiellement violent.
Sa méthode: Multiplier les maladresses dans lequel, toujours accidentellement,  elle m’accroche, me bouscule, me frappe.  Et suite à mon opération à l’appendice, elle qui ne m’avais jamais touché le ventre jusque là, n’arrêtait pas de me l’accrocher et le cogner, toujours accidentellement, me causant des douleurs atroces. Et plus
elle causait ces accidents, et plus souvent après-coup elle reculait, horrifiée, en me criant de ne pas la frapper.  

Son but: Tous ses ex étaient contrôlants, manipulateurs et violents.  Aussi, peut-être voulait-elle prouver à quel point elle n’était pas chanceuse, de toujours tomber sur des hommes violents.   Ou peut-être était-ce sa façon maladroite de dénoncer ce qu’elle a subi, en recréant inconsciemment avec moi des situations dans laquelle elle se faisait tabasser sans que ce soit de sa faute.  Peut-être voulait-elle que je la rassure comme quoi elle n’y était pour rien et que c’était lui le problème.  

Malheureusement, en multipliant à l’infini ces accidents, ça cessait d’en être.  C’était devenu des agressions volontaires.  Alors le choix qu’elle m’offrait était ou bien de continuer de subir sa violence, ou bien lui prouver que moi aussi je fais dans la violence conjugale.  Endurer, ou faire de sa prédiction une autoréalisation.   

Est-ce que ça a fonctionné?  Bah non!  Puisque je n’ai jamais été un violent physique de nature, jamais ses coups ne m’ont enragé contre elle, ni donne envie de lui faire subir la réciproque.  En fait, chaque accrochage, chaque accident, chaque coup, chaque douleur, ne faisait que diminuer l’attrait que je ressentais pour elle.  Jusqu’au jour où cet attrait a disparu, remplacé par un ras-le-bol total, et j’ai fini par la quitter.

Ironiquement, pour tenter de me convaincre de revenir, elle m’a écrit qu’elle m’autorisait à la frapper, en punition de tout ce qu’elle m’a fait subir, puisqu’elle le méritait, puisqu’elle n’était qu’une conne.  J’ai juste effacé le message et je l’ai bloquée de partout.

EXEMPLE 5: La seule et unique pour qui je suis un lâche, physiquement et moralement.
Sa méthode: Me faire subir de la violence physique.

Son but: Me manipuler par mon orgueil, ma décence et mon sens des responsabilités, afin de me pousser à rester volontairement sa victime le plus longtemps possible, sous peine de prouver que je suis le lâche qu’elle m’accuse d’être.

Est-ce que ça a fonctionné?  Oui! Il y a des gens qui sont tellement manipulateurs qu’ils s’arrangent pour que tu perdes, quoi que tu fasses.  Dans ce cas-ci: 

  • Je me laisse faire sans répliquer? « Hey, tout le monde! Regardez ce lâche qui se laisse tabasser par une femme. »
  • Je viens pour répliquer? « Hey, tout le monde!  Regardez ce lâche qui s’apprête à tabasser une femme. »
  • Je fuis cette confrontation sans issue?  « Hey, tout le monde!  Regardez ce lâche qui fuit devant une femme. » 
  • Je la quitte pour ne plus avoir à endurer ça?  « Hey, tout le monde!  Regardez ce lâche qui abandonne sa femme. »  

Il est toujours un peu difficile pour l’orgueil de lâcher prise face à ces gens.  C’est normal, aucun de nous n’aime voir sa réputation se faire salir, encore moins de manière injuste et mensongère.  Personne n’aime se sentir comme s’il était un lâche qui a abandonné trop vite.  Personne n’aime être en situation dans lequel il sent qu’il a accepté délibérément de subir un échec.  Les manipulateurs le savent bien.  Voilà pourquoi ils plantent dans ton subconscient le dilemme suivant: Continuer de débattre avec eux, ce qui te laisse miroiter la possibilité de rétablir les faits.  Ou bien quitter le débat, ce qui leur permet d’affirmer que ta fuite est un aveu, confirmant tout ce qu’ils pensent en mal de toi.  

Le problème, c’est que l’on ne peut jamais trouver grâce aux yeux de ce genre de personne.  Si tu t’obstines, c’est « La vérité choque! »  Mais si tu le laisses faire, alors c’est « Qui ne dit mot consent! »  Aussi, face à une personne qui te met dans une situation dans laquelle tu seras mal vu quoi que tu fasses, la question à se poser est: Pourquoi est-ce que je devrais accorder à moindre importance à tenter de bien paraître dans l’opinion d’une personne qui cherche toujours à tordre les faits dans le but de justifier son désir persistant de ne penser que le pire de moi?  

Parce que, entre rester et subir son mépris, et subir son mépris parce que l’on part, la seconde option a au moins l’avantage de mettre fin à la situation.

Les prophètes autoréalisateurs -VS- votre réputation (1 de 2)

Comme dans la majorité de mes billets, les genres et orientations citées ici sont interchangeables.  Je n’utilise ceux-là que pour l’exemple, afin de ne pas surcharger le texte.
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On a tous déjà connu au moins une personne qui a ce comportement en deux étapes: Elle commence par nous accuser en avance, et souvent à tort, de quelque chose que l’on n’aurait jamais fait.  Et ensuite (quand ce n’est pas simultanément à son accusation) elle s’arrange pour provoquer elle-même ce dont elle nous a accusé.  On se retrouve donc dans une situation dans laquelle nous n’avons que deux options: Subir éternellement cette accusation mensongère, ou bien l’accomplir ce qui en fait automatiquement une prophétie.  

Et même si on ne fait que la subir sans jamais la réaliser, en être sans cesse accusé fait que les gens autour de nous finissent par se dire qu’il n’y a pas de fumée sans feu.  Donc, face à une telle personne, quoi que l’on fasse ou non, on perd.

Ce comportement est tellement répandu qu’il a sa propre page sur Wikipédia:  La prophétie autoréalisatrice, de l’anglais Self-Fulfilling Prophecy.

Mais qu’est-ce qu’une prophétie autoréalisatrice?  Laissez-moi vous en donner trois exemples observés et/ou vécus: 

EXEMPLE 1: Le gars qui accuse à tort sa conjointe de vouloir le quitter, et qui lui fait des histoires à cause de ça.
Si la fille tient à lui montrer qu’il a tort, alors elle est manipulée à rester dans cette relation abusive dans laquelle elle subit ces accusations à répétitions. Si elle finit par en avoir assez de ces soupçons non-mérités et qu’elle le quitte, il peut alors crier haut et fort qu’il avait raison à son sujet tout ce temps-là.

Voilà pourquoi on parle de prophétie autoréalisatrice:  Cette prophétie ne se serait pas accomplie si elle n’avait pas d’abord été créée.

Et là où c’est parfois de la manipulation, c’est que pendant que la fille est occupée à tout faire pour ne pas donner à son conjoint l’impression qu’elle veut le quitter, elle n’a pas le temps de remarquer les défauts qu’il a. Des défauts qui pourraient vraiment lui donner de vraies bonnes raisons de le quitter.  Des défauts qu’il sait trop bien qu’il possède. Des défauts qu’il préfère camoufler en accusant sa conjointe de ce qu’elle ferait si elle les remarquait, et ce avant même qu’elle les remarque.

EXEMPLE 2: Celle qui accuse son conjoint d’être un homme violent, et qui fera tout pour l’exaspérer.
En poussant même la provocation jusqu’à aller elle-même l’agresser verbalement et/ou physiquement, de façon totalement gratuite.

Le gars se retrouve donc dans le même dilemme que dans mon exemple précédent : Réagir à la provocation en répondant de la même façon dont il se fait agresser (cri contre cri, coups contre coups) et ainsi devenir ce dont il a été si longtemps accusé à tort d’être.  Ou endurer des accusations mensongères, ainsi que des abus physiques et verbaux qui n’en finiront jamais.

Heureusement, dans ce cas-ci, il a aussi le 3e choix de la quitter pour de bon. Elle peut alors se plaindre, à raison, que seuls les hommes violents s’intéressent à elle, les autres la laissent tomber. Normal: Avec son attitude, il n’y a que trois choses qui peuvent arriver:

  1. Ou bien, en tant que victime auto-affichée,  elle attire les hommes violents, puisque ceux-là sont toujours à la recherche de victimes faciles.
  2. Ou bien, par ses provocations violentes, elle transforme l’homme doux en homme violent.
  3. Ou bien, par son attitude accusatrice et violente, elle repousse les hommes qui ont une personnalité trop douce pour répondre à sa violence par la violence.

Mais attention: Je ne dis pas que toutes les femmes victimes d’hommes violents l’ont bien cherché.  Au contraire! Je dis tout simplement que, dans le cas où la fille est une victime autoproclamée, ET une prophète autoréalisatrice qui se plaint à tort d’abus jusque-là inexistants, ET qu’elle fait tout pour provoquer les dits abus, alors là, oui, dans ce cas particulier, elle est la seule et unique cause de la situation dont elle se plaint.

EXEMPLE 3: L’amie qui m’exaspère en m’accusant d’être exaspéré.  Il n’y a pas que dans les relations de couple que les prophètes autoréalisateurs font des ravages. J’ai quelquefois eu à subir les accusations non-fondées d’une amie qui m’accusait de vouloir qu’elle s’en aille, me laisse tranquille, disparaisse de ma vie. Je vivais la chose comme du harcèlement et de la manipulation. Harcèlement parce que je me faisais sans cesse accuser faussement, et toujours de la même chose. Manipulation parce que, pour la rassurer, elle me forçait à lui dire que j’appréciais sa présence, et ce tout juste après m’avoir frustré contre elle avec ses accusations mensongères, donc juste au moment ou je l’appréciais le moins, celui où j’avais le moins envie de sa présence.

De par son attitude, elle avait transformé nos fréquentations. Ce qui était un plaisir au départ était devenu une obligation. Ce qui était positif était devenu négatif.

Avec les années, je me suis rendu compte que les prophètes autoréalisateurs ont une personnalité qui entrent dans l’une, l’autre ou plusieurs des sept catégories suivantes: 

1) Les gens méprisants envers autrui.
Eux, il veulent juste vous rabaisser.  Alors évidemment, ils n’ont pas la patience d’attendre de voir si vous avez quelque chose qu’ils puissent vous reprocher.  C’est plus simple pour eux de vous inventer un défaut, pour ensuite le provoquer.

Exemple: Une personne qui, du même souffle, t’écrit publiquement quelques commentaires rabaissant tout en te qualifiant de susceptible.  Ou bien tu ne réagis pas et ainsi la laisse continuer de te rabaisser, ce qui est son but.  Ou bien tu réagis et elle criera haut et fort qu’elle avait raison de te dire susceptible, ce qui est également son but.

Les forums et autres lieux d’échanges publics sur le net sont aussi riches en provocateurs qui, après avoir lancés insultes et accusations fantaisistes, vont vite s’empresser d’accuser d’avance les gens de ne pas aimer ce qu’il disent, ou les modérateurs de vouloir le bannir. J’en parlais déjà dans mon billet Devenez Membre de la CIA.

2) Les gens aussi pessimistes qu’orgueilleux.
Pessimiste, ils vont tout de suite s’attendre au pire de ta part.  Orgueilleux, ils ne pourront supporter d’avoir tort à ton sujet.  Ils vont donc créer eux-mêmes le problème et t’en faire porter le blâme.

Exemple: Un patron ou chef d’équipe qui, au premier coup d’oeil, te préjuge comme étant incompétent.  Pour montrer qu’il avait raison à ton sujet, il fera exprès pour ne pas tenir compte de ton bon travail, et il n’hésitera pas à le saboter, juste pour avoir quelque chose à te reprocher.  Il ira même jusqu’à mettre de la pression sur vos collègues pour qu’ils aillent se plaindre de toi, et ce qu’ils aillent des raisons de le faire ou non.

3) Les gens qui ressentent peu d’estime personnelle et/ou peu de confiance envers leurs capacités.
Ceux-là craignent tellement de se faire rejeter qu’ils vivent dans l’angoisse constante que ça arrive.  Aussi, c’est par prévention qu’ils vont t’en accuser d’avance.

Exemple: Tel que mentionné dans l’exemple 1 ci-haut.  Le gars qui va sans cesse accuser sa conjointe de vouloir mettre fin à la relation va effectivement, par cette accusation constante, lui donner envie de mettre fin à la relation. 

Comme on peut le voir dans mon billet Autopsie du Loser, on retrouve beaucoup de prophètes autoréalisateurs chez les gens peu habitués à réussir dans la vie.  À la recherche d’un bouc émissaire à blâmer pour ses propres incapacités, il finit par adopter la personnalité hautaine du gars capable de prévoir qu’il ne réussira pas parce que telle ou telle personne ne voudra pas lui laisser sa chance. Il aura ensuite face à cette personne une attitude qui va lui garantir cet insuccès qu’il avait prédit. Par exemple en draguant une fille ou en faisant application pour un travail, tout en accusant l’autre de façon sous-entendue de ne pas être intéressé par un gars comme lui. 

4) Les gens profiteurs manipulateurs.
Le meilleur exemple que je puisse trouver, c’était chez mes employeurs lors de mon second boulot de concierge résident.  Non seulement je travaillais de 60 à 80 heures semaine (ce qui, si on divisait mon salaire par mes heures, signifie que je gagnais bien en dessous du salaire horaire minimum), non seulement mes seuls congés étaient mardi et mercredi de 8:00 à 15:00, j’étais sans cesse accusé, à tort et en avance, d’être incompétent, paresseux, peu vaillant. Alors quand je m’écroulais de sommeil au travail après n’avoir pu dormir que deux heures sur quarante-huit, ils pouvaient, en effet, affirmer qu’ils avaient raison de m’accuser d’avance d’être le genre à dormir sur la job.  

5) Les victimes qui n’ont jamais apprises à être autre chose que des victimes.
Lorsque ces personnes vivent dans un environnement dans lequel elles ne sont pas victimes, elle vivent une situation qui leur est totalement étrangère.  Puisqu’un paradis inconnu peut être plus intimidant qu’un enfer familier, elles ne savent pas comment agir ou réagir.  Et cela peut être angoissant.  Alors inconsciemment, elles sont portées à recréer les situations qu’elles connaissent, et dans lesquelles elles sont habituées de vivre. Comme dans l’exemple 2 ci-haut, celle qui accuse son conjoint d’être un homme violent et qui fera tout pour l’exaspérer.  C’est que trop souvent, il est difficile d’apprendre à vivre en harmonie quand on a seulement appris à survivre dans la discorde.

6) Les gens souffrant de complexe de persécution.
Ça se voit dans ses accusations non-fondées : On veut les quitter, on veut les frapper, on veut les tromper, etc. Bref, à les entendre, tout le monde ne leur veut que du mal, ou bien en profiter, ou bien les rejeter.  Mais parfois, le complexe de persécution est juste une ruse, dans le but de pouvoir insulter les autres à loisir en leur empêchant tout droit de réplique.

Exemple:  Un voisin que j’ai eu il y a une dizaine d’années. Jeune noir, début vingtaine, arrogant et provocateur avec un petit sourire insolent permanent. Dès qu’il a aménagé au 3e étage d’un bloc voisin ce juillet-là, et ce jusqu’à ce qu’il fasse trop froid pour sortir, son gros fun était de se poster au balcon, seul ou avec ses amis, et d’insulter les gens qu’il voyait dans les cours arrières de la ruelle, en ne manquant pas de les accuser d’être des racistes s’ils osaient lui répondre.

7) Les gens narcissiques qui cherchent à cacher leur propre incompétence et/ou manque de réciprocité.
Que ce soit au travail, en amitié ou en amour, lorsque la personne a une mentalité à la « Je vais toujours penser le pire de toi, c’est à toi de me prouver sans cesse le contraire! », c’est souvent parce qu’elle cherche juste à te distraire.  Car en effet, pendant que tu travailles à trouver les moyens de lui prouver ta compétence, ton amitié, ton amour, tu n’a pas le temps de constater que tu ne reçois aucun signe de compétence, d’amitié ou d’amour de sa part. 

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Dans le prochain billet, je montrerai comment les prophètes autoréalisateurs font ce qu’ils veulent de votre réputation, et pourquoi ça finit toujours (heureusement) par foirer à long terme.

Y’A LIENS LÀ:
Sur Wikipédia, La prophétie autoréalisatrice
Mon billet Devenez Membre de la CIA
Mon billet Autopsie du Loser
Joignez la page Mes Prétentions de Sagesse sur Facebook.

 

12 illusions fallacieuses qu’essayent de vous vendre les guides de séduction

Comment plaire aux femmes? 
Cette question, l’homme se la pose depuis que le monde est monde. Bon, en fait, il ne se la pose que depuis que la femme a le droit de choisir son partenaire, et surtout de le rejeter.  N’empêche que c’est une question qui fait le désespoir des gars impopulaires auprès des filles, et la fortune des éditeurs de livres de méthodes de séduction.

Eh bien moi, je vais vous dire toute la vérité sur le sujet, dans ce billet, directement, clairement et gratuitement. Je devrai hélas le faire en commençant par vous servir un fait choquant que vous ne voulez probablement pas savoir: Il n’existe aucune méthode infaillible pour séduire une femme. Ou du moins, pas à long terme.

Voilà!
Je l’ai dit.

Vous savez quoi?  Le simple fait qu’existent de tels bouquins, c’est pour continuer d’entretenir certaines illusions chez l’homme désespéré de plaire.  Comme:

ILLUSION 1: Le problème, c’est la femme.
Car en effet, pas un de ces manuels ne va dire à l’homme de s’améliorer de quelque façon que ce soit afin de devenir une personne désirable.  Si tu ne séduis pas, c’est juste parce que tu ne dis pas à la femme ce qu’elle veut entendre.

ILLUSION 2: Toutes les femmes sont manipulables.
Pensez-y un instant: Publier un livre au sujet des méthodes pour séduire, c’est affirmer que les femmes sont comme des objets.  Le simple fait que l’on publie un manuel d’instructions à leur sujet le prouve.  C’est comme si la femme était une télé, et que ce livre en était une télécommande universelle où tu trouveras quel bouton presser pour l’allumer.  Ce qui nous amène à:

ILLUSION 3: Toutes les femmes sont des amoureuses/amantes potentielles, il s’agit juste de savoir comment les draguer/séduire.
Archi-faux!  Chaque femme a ses propres goûts personnels au sujet du physique, de la personnalité, de l’âge, de la race, de la culture, du sexe et du statut social et financier de son partenaire idéal. Ces critères sont à leurs tours influencés par leur degré personnel de tolérance ou bien d’intransigeance, leur milieu social, familial et professionnel, et mille autre chose encore.  Ce qui fait que même chez deux femmes qui aimeraient exactement le type d’homme que tu es, l’une pourrait très bien vouloir de toi et l’autre non, justement à cause de toutes ces différences que l’on retrouve d’une femme à l’autre. Alors non, les femmes ne sont PAS toutes des amantes potentielles. 

ILLUSION 4: Le tout est de trouver la phrase d’approche infaillible.
Erreur!  La pick-up line, ça ne sert pas à séduire. Ça sert à briser la glace. Ça sert à effectuer un premier contact. Une fois ce premier contact fait, c’est ton look et/ou ta personnalité qui va faire que tu vas lui plaire ou non. Parce que la phrase d’approche parfaite n’existe pas. Il n’y a aucune parole qui, telle une formule magique, va instantanément te transformer en gars intéressant pour elle si tu ne corresponds pas déjà à ses goûts.  Et ça marche encore moins avec une pathétique phrase préfabriquée qui se voudrait humoristique.

ILLUSION 5: La femme n’a rien d’autre à faire de sa vie qu’attendre d’être séduite.
Ces bouquins ne le disent pas explicitement dans ces termes, mais c’est pas mal le message qui en ressort lorsque l’on voit qu’ils donnent des méthodes sur comment aborder une femme à une épicerie, une laverie, sur le trottoir, dans le métro, etc.  Hé, mec, désolé de briser tes illusions mais j’ai une p’tite nouvelle pour toi: La fille qui lit en public, là, elle ne le fait pas pour te passer le message comme quoi elle s’emmerde en attendant que tu la dragues.  Elle lit parce qu’elle veut lire, et non pour se faire emmerder par les dragueurs.  Celle à l’épicerie a à rentrer chez elle, le ranger. Celle à la laverie a à rentrer chez elle pour plier et ranger son linge.  Celle dans le métro y est parce qu’elle a une destination où se rendre.  Elles ont toutes autre chose à faire de leur vie, et ne peuvent donc pas être en mode séduisez-moi 24 heures sept jours.

ILLUSION 6: Pour séduire les femmes, il faut s’en foutre.
Celui qui y croit vraiment est pathétique, surtout parce quìl est bien placé pour savoir que c’est faux.  Cette fille que tu désires, celle pour qui tu cherches des méthodes de séduction dans le but de l’avoir, est-ce qu’elle t’a séduit uniquement parce qu’elle se fout de toi? Non, hein?  Elle a bien d’autre choses en elle qui t’attire, n’est-ce pas?  Ben voilà!  C’est pareil en inversant les sexes.  S’il est vrai que donner trop d’attention non-sollicitée à une femme risque de la repousser, faire le contraire et s’en foutre ne va pas l’attirer pour autant.

ILLUSION 7: Pour séduire les femmes, il faut leur manquer de respect.
Ces temps-ci, il y a une école de pensée qui s’appelle le negging qui consiste à déstabiliser la fille en piquant sa curiosité, en lui donnant un compliment contenant une part de négativité (d’où le nom), dont le message se résume à « Mouais, t’es pas mal, mais je ne suis pas convaincu que tu as tout ce qu’il faut pour me plaire. » Il y a trois raisons pourquoi cette méthode est loin d’être infaillible.

  1. Si ce genre de taquinerie peut être amusante et intéressante entre célibataires qui se connaissent depuis quelques heures, voire quelques jours, en revanche c’est un peu trop familier comme phrase brise-glace.  
  2. Tout comme avec les autres techniques d’approche, ça ne peut marcher que si la fille retrouve déjà en toi le potentiel requis pour lui plaire.
  3. Il est difficile de bien doser l’apport de negging sans tomber dans la remarque blessante ou l’insulte. Bref, cette méthode risque de vous donner encore moins de chance que toutes les autres méthodes d’approche.

ILLUSION 8: C’est l’intérieur qui compte.
ILLUSION 9: L’important, c’est d’être beau, grand, musclé et riche.
Si j’ai collé ensemble ces deux principes illusoires, c’est parce que personne n’a jamais pensé de dire que ni l’un ni l’autre n’est universel, et voici pourquoi:  Ne me dites pas que vous n’avez jamais remarqué que les gens qui ne ressemblent en rien aux mannequins de magazines trouvent généralement leur âme soeur, se marient et fondent une famille alors qu’ils sont encore dans la vingtaine, tandis que les plus superbes canons de beauté vont d’une relation décevante à l’autre pour se retrouver, à 45 ans, célibataires et dépressif?

Normal: Quand tu es moins attrayant physiquement, tu séduis par ta personnalité.  Et si l’autre personne est séduite, c’est parce que vous êtes compatibles.  Par contre, plus on est beau, plus grand est le nombre de gens qui ne sont attirés que par notre beauté, et plus il est difficile d’y trouver la personne avec qui on est naturellement compatible.  Surtout si l’autre use de mille ruses et techniques pour te cacher sa nature véritable au début afin de t’avoir.  Vous savez, comme ce que vous recommandent de faire tous ces bouquins de techniques de séduction. Sauf que l’on ne peut pas faire semblant éternellement.  Tôt ou tard le naturel revient au galop, l’incompatibilité sort au grand jour, et c’est là qu’arrivent conflits, drames et séparations.

ILLUSION 10: On peut aisément séduire les femmes par l’humour.
L’erreur que font beaucoup de gars, c’est de pousser la chose trop loin.  Genre, passer la soirée à se prendre pour un humoriste en prenant la fille pour son public.  Il y a une différence entre toujours le mot pour rire et jamais le mot pour être sérieux.  Une fille qui aurait envie de passer aux choses sérieuses risque d’être plutôt refroidie par cette attitude.  Oui, un gars sans humour, c’est ennuyant.  Mais personne ne veut d’un gars qui exagère dans un sens ou dans l’autre parce qu’il n’a aucun sens de la mesure.

ILLUSION 11: On peut séduire une fille n’importe quand.
HA! Si c’était vrai, alors tous les soi-disant bons gars qui sont entrés dans la vie d’une fille en tant que bon ami proche dans le but de les séduire y parviendraient malgré des mois de relation platonique.  

Enfin, la plus fallacieuse de toutes, c’est celle-ci:

ILLUSION 12: Il est acceptable d’utiliser des trucs dans le but de séduire une fille.
De mes 15 à 25 ans, j’étais un soi-disant bon gars, un nice guy classique.  Lorsque je me faisais rejeter par les filles, l’une des raisons que je me faisais servir était « On se connait trop, tu es comme un frère pour moi. »  

Justement, en 1993, à 25 ans, j’étais de retour aux études, d’abord aux cours aux adultes pour finir mon secondaire, puis au cégep deux ans plus tard.  Puisque le retour en classes équivaut à faire de nouvelles rencontres en masse à chaque nouvelle session, j’ai constaté qu’en général, il y a toujours une période d’ambiguïté lors des trois premières semaines suivant la rencontre entre un gars et une fille. Trois semaines dans lesquelles, consciemment ou non, on tâte le terrain, on apprend à connaître l’autre, on est curieux de savoir si on est attiré et/ou attirant. 

Constater ceci m’a permis de voir que l’excuse comme quoi « On se connait trop! »  n’était pas si bidon que ça.  Car tout dépendant de si tu agis ou non, ce sont ces trois semaines qui vont décider si votre relation sera amicale, amoureuse et/ou sexuelle. À partir de la 4e semaine, si tu n’as pas fait connaître tes intentions, alors il sera trop tard.  La fille te classe dans le dossier « Amis seulement » et tu n’en ressors plus.  

Car oui, bien que le terme Friendzone n’existait pas encore à ce moment-là (Il n’allait apparaître que dans l’épisode The one with the blackout de la série Friends en 1994), le principe était déjà connu.

Donc, si je voulais séduire, je devais profiter du seul charme que je possédais; le charme de la nouveauté.  Faire accroire à la fille qu’elle était peut-être intéressée à moi, et ce avant qu’elle n’ait le temps d’apprendre ce que je suis vraiment.  Parce que si je lui laisse le temps de réfléchir, elle va réaliser que non, jamais en 100 ans elle ne me voudrait comme amoureux, et encore moins en tant qu’amant.  Alors si je veux baiser, j’ai intérêt à me grouiller.  

C’est également à cette époque que, tel que mentionné dans mon billet précédent, j’ai développé ma méthode d’approche qui est « Respecte toujours son NON, mais n’attends jamais après son OUI. »  Aussi, dès 1995, rendu à 27 ans, au cégep, dès la première, seconde ou troisième semaine, je m’essayais sur chaque fille qui avait l’air de voir en moi le charme de la nouveauté.  Et je n’attendais pas d’y être sollicité.  Je faisais les premier pas.  En gestes, et non en paroles.  Parce que c’est plus difficile pour elle de dire non quand on a déjà commencé.   Et dans 90% des cas, en effet, elles répondaient positivement.  J’ai donc pu voir par moi-même que oui, séduire la fille avant qu’elle ait le temps de te connaitre vraiment, ça fonctionne.

Sauf que, et vous constaterez que l’on voit ça souvent chez les couples qui se sont formés trop vite pour avoir eu le temps de se connaitre: Une fois que le charme de la nouveauté est passé, ils constatent qu’ils ne sont pas si compatibles que ça.  Et c’est là que les problèmes surviennent.  Mais voilà, ils sont déjà en couple.  Alors ils continuent de sortir ensemble, de baiser ensemble.  Parce que l’idée d’essayer d’arranger les choses, c’est quand même moins pénible que celle de se mettre en état d’échec amoureux en cassant.  

N’empêche que si la fille avait eu le temps de bien connaître le gars, jamais elle n’aurait accepté d’être en relation amoureuse, et encore moins sexuelle, avec lui.  Ce qui signifie que dans le fond, les trucs de séduction, ça sert juste à manipuler la fille au moment où elle est encore à l’état d’ignorance, afin de l’amener à subir volontairement ce qui équivaut à un viol. Parce que baiser avec un gars avec qui jamais on n’aurait voulu le faire, c’est un viol.  

Et c’est en constatant ce fait que l’on se rend compte de toute l’horreur que représentent les guides de séduction.  Des guides qui ne font que contribuer, à leur façon, à la culture du viol.  

Mais alors, comment faire pour plaire?
Il y a moyen de plaire à une fille sans pour autant la manipuler à croire que vous êtes faits l’un pour l’autre.  Il suffit de… :

  • Être gentil sans être son esclave.
  • Être poli sans se prosterner à ses pieds.
  • Être décisif sans être contrôlant.
  • Être sûr de soi sans être prétentieux.
  • Lui montrer de l’intérêt sans être insistant.
  • S’intéresser à elle sans en être obsédé.
  • Lui parler sans pour autant monopoliser la conversation.
  • L’écouter sans pour autant rester muet.
  • Bref, avoir une personnalité assez forte pour s’affirmer mais pas assez écrasante pour étouffer la sienne.

Et surtout, ne jamais essayer de l’impressionner, parce qu’il n’y a rien de plus risible qu’un gars qui essaye de se vendre. Autrement dit, aussi cliché que ça semble: Rester naturel.  À partir de là, ce sera le degré de votre compatibilité naturelle qui décidera si vous êtes faits pour être ensemble ou non.

Et si ça ne marche pas?
Alors dans ce cas-là, ça veut juste dire qu’elle n’est pas intéressée par un gars dans ton genre, donc que ce n’est pas celle pour toi. C’est une bonne chose à savoir. Parce que sérieusement, pourquoi est-ce que tu voudrais gâcher ta vie en la partageant avec quelqu’un qui n’aime pas ce que tu es?

Ça a été ma fête. Ou: Les 20 désagréments de mes 29 ans.

Dans quelques semaines, je fêterai mon 49ième anniversaire.  Et si je me souviens encore de celui d’il y a vingt ans, ce n’est pas par nostalgie.

Juillet 1997.  Je viens d’avoir 29 ans.  Je sors avec une jolie étudiante du nom de Camélia, âgée de 20 ans.  La semaine, je suis administrateur (et résident) des Résidences Étudiantes du Cégep André-Laurendeau.  Les weekends je travaille au restaurant végétarien Le Commensal, situé près de l’Oratoire St-Joseph.  

À l’époque, je ne suis pas encore un partisan de la bouffe santé.  Aussi, ce samedi-là, je suis bien embêté de voir que j’ai oublié mon lunch chez moi.  Je me vois donc obligé de manger la seule chose qui se rapproche de mon menu habituel, soit la lasagne végétarienne.  Après le boulot, je me rends aux casiers, j’y laisse mon uniforme, et je me remets en shorts et T-shirt, ce qui sied avec la température actuelle de 27°C.

Cette année-là, mon anniversaire tombait un lundi.  Voilà pourquoi Camélia a préféré attendre le samedi suivant pour me fêter.  Je me suis donc rendu directement chez elle, à Kirkland, ce qui, à partir de mon boulot, demande un trajet de deux métros, deux bus et deux heures.   Ses parents étaient partis pour la fin de semaine.  Elle en a donc profité pour me faire la plus surprenante des surprise-party.  Il y avait une vingtaine d’invités, représentant mes amis du cégep, ceux du monde de la BD, et quelques uns de mes vieux amis de St-Hilaire, dont mon bon vieux copain Carl.  Ça avait beau faire deux ans que j’avais changé de vie pour le mieux, jamais avais-je eu droit avant à une si grande marque d’appréciation, d’un aussi grand nombre de personnes.  

À la fin de la soirée, après que les derniers invités soient partis, Camélia m’a fait rester, car elle était maintenant prête à m’offrir la seconde partie de mon cadeau, soit quelques heures de baise.  Un fringuant jeune homme de 29 ans ne dit pas non à ça.  Et lorsque nous avons enfin déclaré forfait, passé une heure du matin, je n’avais autre choix que de passer la nuit là.  Elle a réglé le réveil pour que je me lève à 5:30 am, ce qui me laissera 30 minutes pour me lever, déjeuner et partir, et les deux heures de bus et métro requises pour arriver au boulot à temps.

Dimanche matin, la sonnerie du réveil marque le début d’une longue suite de désagréments.

Premier désagrément: Le réveil. J’ai dû dormir à peu près quatre heures en tout. La fatigue + l’alcool pris la veille me donnent une désagréable gueule de bois.

2e désagrément: Je gèle!  Quelques heures plus tôt, lorsque l’on s’est endormis, la température avait encore le Celsius dans la vingtaine.  Aussi, on a laissé la fenêtre ouverte.  Eh bien ce matin il fait 12°C.   Et comme le veut le cliché, ma tendre moitié s’est emmitouflée dans les couvertures cette nuit, me laissant exposé au froid.

3e désagrément: Étant riches et snobs, les parents de Camélia ne connaissant pas le pain blanc tranché.  Dans une miche de pain de foin entier, je me taille maladroitement des tranches trop grosses pour le grille-pain, que je me vois en plus obligé de manger nature car la seule chose qu’il y a de tartinable ici, c’est de la marmelade d’orange, et j’ai horreur de ça.

4e désagrément: 12°C, quand on n’a rien d’autre qu’un T-shirt et des shorts, c’est inconfortablement froid.  Surtout au grand vent qu’il y a ce matin.  Je marche jusqu’au boulevard et je m’assois à l’arrêt de bus, qui n’est pas un abribus mais un simple banc, dans l’attente du premier bus, un local, qui ne fait que les rues de Kirkland.

5e désagrément: Je suis patient, mais au bout de 20 minutes d’attente dans le froid, je commence à en avoir un peu assez.  Histoire de ne donner une idée du temps qu’il me reste encore à attendre, je me lève et je vais jeter un oeil à l’horaire du bus pour savoir quand est-ce qu’il passe, au juste.

6e désagrément: Je constate que je viens d’attendre pour rien.  Ce bus ne passe pas le dimanche.  Il fallait s’y attendre.  Kirkland est un de ces endroits de riches, avec surtout des maisons privées, où vivent des familles biens établies en suivant les valeurs à l’ancienne. Autrement dit, ici, le monde travaille du lundi au vendredi, parfois le samedi, mais jamais le dimanche. Par conséquent, l’autobus n’a aucune raison de passer ce jour là pass’que tout est fermé et que les gens restent chez eux. Et s’il y en a qui ont à se déplacer, ils ont leur auto pour le faire. Par conséquent:

7e désagrément: Je me vois obligé de marcher un autre 20 minutes le long du boulevard pour me rendre à l’arrêt de l’autre autobus qui, lui, va m’amener jusqu’au métro Lionel Groulx. Si seulement j’avais consulté l’horaire du bus local dès mon arrivée, je serais déjà en train d’attendre le 2e bus en ce moment, ou peut-être serais-je déjà dedans.  Je marche dons à pas rapide, du côté ensoleillé de la rue, dans l’espoir de me réchauffer quelque peu.

8e désagrément.  Une fois rendu à l’intersection, je constate qu’il y a des arrêts de bus aux quatre coins, mais un seul qui n’a ni abribus ni banc: Le mien.  Au moins, l’horaire de bus de celui-là confirme qu’il passe les dimanches, et le prochain sera dans onze minutes.  C’est déjà ça.

Accoté à un arbre à me les geler en attendant le bus, il me prend une banale envie de flatuler.  Je suis seul et au grand air, pour ne pas dire au grand vent, alors comme de raison je me laisse aller sans retenue.

9e désagrément: Ce n’était pas gazeux! C’était liquide!  Je ne peux m’empêcher de lâcher à haute voix mon répertoire de mots d’église par ordre alphabétique.  Pendant un instant, je songe à aller me réfugier dans l’un des trois abribus afin de rapidement enlever mes shorts et jeter mon caleçon.  

10e désagrément: … Mais voilà que j’aperçois le bus qui arrive.  Je ne peux pas me permettre de le rater.  Je me vois donc obligé d’embarquer, de m’y asseoir, et de passer toute l’heure suivante à devoir endurer le visqueux qui m’imprègne désagréablement les poils du cul.

De retour au métro Lionel Groulx, j’emprunte la ligne orange, pour ensuite transférer sur la ligne bleue. Inutile de dire que j’ai hâte d’arriver pour pouvoir me torcher, nettoyer mes bobettes dans l’évier des bécosses du resto, et me changer en linge de job, en espérant que le fait d’étendre mes boxers dans mon casier pendant 8 heures sera suffisant pour les faire sécher. J’ai horreur d’avoir le paquet à l’air dans mon pantalon, mais là je n’aurai pas le choix.

11e désagrément: J’arrive en retard.  Bon, d’une seule minute, donc pas assez pour me faire engueuler, mais c’est chiant quand même. D’ailleurs, parlant de chiant, j’avais très hâte de pouvoir me réfugier aux toilettes du boulot parce que mon accident de tantôt n’était que le précurseur de ce qui s’en vient.  Car en effet, depuis un bon quart d’heure…

12e désagrément: J’ai de la pression intestine qui va en augmentant, avec des crampes qui reviennent par vagues de plus en plus rapprochées. Ça va être un miracle si je n’explose pas avant d’arriver. c’est avec soulagement que j’agrippe la poignée de la porte principale du Commensal et que…

13e désagrément: La porte refuse d’ouvrir.  Eh oui, la place est verrouillée. Je ne comprends pas!  D’habitude à cette heure là, il y a déjà au moins un cuisinier + Étienne et Patrick, mes deux autres collègues bus boy / plongeurs.  Il n’y a aucune explication, rien d’affiché sur la porte.  C’est juste fermé, c’est tout!  Je réfléchis.  J’essaye de me rappeler si aujourd’hui est un jour férié ou de congé spécial.  Mais non, pour autant que je sache, il n’y a rien du tout.  Je vais à la croissanterie située juste au dessous du Commensal. On partage une entrée commune, alors ils doivent bien savoir ce qui se passe. L’employé me dis qu’il n’en sait rien.  Bah, en attendant que le mystère s’éclaircisse, je vais au moins en profiter pour utiliser leur toilettes. Mon statut d’employé d’un commerce de la place me permet de passer outre le règlement comme quoi les toilettes sont réservées pour les clients seulement. Aussi, je me dirige expressément vers les toilettes…

14e désagrément:  … qui sont déjà occupées.  Pour les dix minutes qui suivent, je me vois obligé de prendre mes crampes en patience et pousse la résistance de mes sphincters à leurs limites en attendant que le client finisse par sortir des bécosses!

Après avoir enfin pu les utiliser, j’en ressors fortement soulagé, caleçon en moins sous mes shorts puisque je l’ai abandonné dans la poubelle.  Je passe les heures suivantes à attendre en vain l’ouverture du resto.

15e désagrément: J’ai faim!  Il est presque midi.  Je n’ai aucun argent sur moi pour m’acheter à manger.  Travaillant dans un resto, je m’attendais à manger sur place.  je n’ai donc rien amené comme lunch de chez Camélia.  Je dois me rendre à l’évidence, Le Commensal est fermé aujourd’hui, je rentre donc chez moi, affamé.

16e désagrément: Une heure plus tard, à peine entré chez moi, je dois me précipiter de nouveau à la salle de bain de toute urgence.  Je commence à croire qu’il y avait quelque chose dans la nourriture servie dans mon party d’anniversaire la veille qui n’était pas de première fraîcheur, parce que j’ai les intérieurs qui veulent vraiment pas le garder.  Soulagé de nouveau, je prends une douche bien méritée, et surtout bien nécessaire.

En sortant de la salle de bain, je vois qu’il y a des messages sur le répondeur téléphonique. Je les écoute. L’un d’eux, qui m’a été laissé la veille, est de Lise, l’assistante-gérante du Commensal. Elle me dit que je n’ai pas à me présenter au Commensal dimanche, donc aujourd’hui, car ça va être fermé.

17e désagrément:  Je constate que si je n’avais pas passé la veille chez Camélia, ou si j’avais pris la peine de vérifier mes messages, j’aurais pu m’éviter une bonne partie des désagréments des sept dernières heures.

Et pourquoi est-ce que le Commensal est fermé, au juste?  Eh bien, c’est qu’on leur a signalé des cas de clients qui ont été contaminés la veille par un item du buffet. À cause de ça, le resto va être fermé quelques jours, le temps que tout soit décontaminé, et que les employés contaminés se fassent tester et soigner s’il y a lieu.

Et de quel item et de quels symptômes s’agit-il au juste?

18e désagrément: La lasagne végétarienne, contaminée par un virus qui donne la diarrhée.

19e désagrément: De toutes les journées pour oublier son lunch, pourquoi a-t-il fallu que je laisse le mien chez moi CE JOUR-LÀ EN PARTICULIER?  

20e désagrément: De tous les mets parmi la soixantaine disponible au buffet, pourquoi a-t-il fallu que mon choix se porte sur CELUI-LÀ EN PARTICULIER?

Les gens ont beau dire que la chance, c’est quelque chose que l’on se fait soi même parce que la malchance n’existe pas puisque ce n’est qu’une conséquence de nos mauvaises décisions….  N’empêche que je ne vois vraiment pas comment le fait d’oublier mon lunch aurait pu être une décision de ma part.  D’accord, oui, à cause de ça, j’ai décidé de manger de la lasagne.  Mais comment aurais-je pu savoir qu’elle était contaminée?  

J’aurai appris au moins une chose de ce weekend-là, et c’est que parfois, peu importe ce que tu fais ou ne fais pas, il arrive que le hasard mette tout en oeuvre pour te faire chier.

 

4 questions classiques avec des réponses (qui me semblent) pourtant simples.

Avez vous remarqué que la majorité des soi-disantes questions sans réponses ONT une réponse, lorsque l’on prend le temps d’y réfléchir?  Des questions comme…

1- Pourquoi est-ce que l’on cache toute scène de sexe à la télé afin de ne pas traumatiser nos enfants, mais que c’est ok de leur montrer des scènes de meurtre?

Pour autant que je sache, nous avons tous des organes génitaux, nous avons presque tous l’instinct sexuel, et nous allons presque tous nous livrer aux plaisirs du sexe plusieurs fois dans notre vie.

Par contre, nous n’avons pas tous des armes à feu, très peu d’entre nous possédons l’instinct de tuer, et ça m’étonnerait que la majorité de la population se livrera aux plaisirs (?) du meurtre plusieurs fois dans leurs vies.

Par conséquent, voir des scènes de sexe peut nous donner envie d’en faire autant.  Nous sommes déjà tous équipés pour le faire.  

Par contre, voir des scènes de meurtre ne donnera qu’à très peu de gens l’envie d’en faire autant.  Et même à ceux à qui ça donne envie, ils n’ont pas tous accès aux armes.

 En conclusion : Il est donc beaucoup moins dangereux pour la société de montrer des scènes de meurtre que des scènes de sexe.

En tout cas, ça me semble logique.

2- Pourquoi est-ce que l’eau chaude, dans un moule à glaçons, va geler plus vite que l’eau froide?

Il parait que même la communauté scientifique internationale n’arrive pas à comprendre ce phénomène.  Eh bien moi, suite à une observation banale, j’ai développé une théorie à ce sujet. 

Il y a quelques années, alors que je tournais dans un film amateur, un personnage tout habillé devait subir des brûlures alors qu’il se faisait verser du thé brûlant sur le dos.  Évidemment, l’eau n’était pas vraiment chaude.  Or, j’ai constaté que ça paraissait immédiatement à l’écran.  C’est que si on verse de l’eau bouillante sur une chemise, le liquide sera mat et le tissus va l’absorber au contact.  Et si l’eau est froide, elle sera plus compacte, reluisante, et le tissus va prendre plus de temps pour se mouiller.  J’en suis donc arrivé à la conclusion qu’en chauffant, l’espace entre les molécules d’eau augmente, ce qui rend l’eau moins compacte, et ainsi passe plus facilement entre les tissus de chemise. 

Donc, avec plus d’espace entre ses molécules, l’air froid d’un congélateur peut beaucoup plus facilement pénétrer la masse d’eau, et ainsi plus rapidement la congeler.

En tout cas, ça me semble logique.

3- Pourquoi est-ce que l’on donne aux femmes des recommandations et des trucs de sécurité afin qu’elles ne se fassent pas violer, au lieu de dire aux hommes de ne pas violer les femmes?

Le violeur, ce qu’il veut, c’est violer.  Si on lui dit de ne pas violer, pensez-vous qu’il a intérêt à écouter?  Évidemment que non, puisque cette recommandation va à l’encontre de son désir d’agresser sexuellement.

Par contre, la femme ne veut pas se faire violer.  Si on lui donne des des trucs de sécurité pour ne pas l’être, pensez-vous qu’elle a intérêt à écouter?  Évidemment que oui, puisque ces recommandations concordent avec son désir de ne pas être agressée sexuellement.

En tout cas, ça me semble logique.

4- Pourquoi est-ce qu’un artiste se fait souvent demander de travailler gratuitement, alors que jamais on ne demanderait la même chose à un restaurateur?

Voici un bel exemple de comparaison entre des pommes et des pneus de tracteur.  On ne peut pas comparer ces deux métiers car ils n’ont pour ainsi dire rien en commun. 

Le restaurateur ne peut pas créer lui-même sa nourriture.  Il doit l’acheter.  Ensuite, il doit payer des gens pour l’apprêter, des gens pour la servir, des gens pour nettoyer la vaisselle, les ustensiles et autres instruments utilisés à ces fins, il doit acheter ou louer un espace commercial, payer toutes sortes de permis et de licences, etc.

Le dessinateur?  Il créé lui-même son illustration, sans que ça lui coûte un sou.  Bon, d’accord, il y a le coût du papier et des crayons, mais ce n’est pas ça qui va le ruiner.

On sait que le produit est coûteux pour le restaurateur.  On comprend donc qu’il est justifié de charger un coût X, car dès le départ, le produit a une valeur réelle.  Par conséquent, s’il ne vend pas son produit, il perd de l’argent, car il a déjà eu à le payer.  Tandis que le dessin, qui n’a rien coûté à faire, n’a que la valeur que l’artiste a choisi de lui donner.  Et voilà pourquoi un artiste se fait souvent demander de travailler gratuitement, alors que jamais on ne demanderait la même chose à un restaurateur. 

Attention : Je ne dis pas que c’est justifié, de penser que le travail de l’artiste ne vaut rien.  Je dis juste que ça me semble logique, que les gens pensent comme ça, même s’ils sont dans l’erreur de le faire.

 

12 raisons pour ne pas occuper trop longtemps un emploi en bas de l’échelle.

Il y a dix-huit ans, en 1999, je travaillais au centre d’appel du service à la clientèle pour Air Canada.  À une époque où le salaire minimum au Québec était $6.90, j’y gagnais $14.00 de l’heure.  C’était un bon moment pour songer à faire des investissements.

Me voici donc à la banque, au bureau de mon conseiller financier.  Après m’avoir posé quelques questions au sujet de mon travail, mon revenu et mes dépenses, celui-ci me demande combien je veux placer par mois.  Je lui donne le montant, qui était le maximum que je pouvais y mettre à ce moment-là.  Celui-ci me répond alors quelque chose je ne m’attendais vraiment pas: « Je vous le déconseille, parce que vous ne garderez pas votre travail longtemps.« 

J’étais choqué.  J’étais insulté.  Moi qui étais fier de lui avoir raconté que, dix ans plus tôt, je travaillais à laver de la vaisselle au resto Le Commensal, travail que j’ai continué tout en retournant aux études, avant de décrocher cet emploi où j’ai commencé à $10.00 de l’heure, et que j’occupe toujours ce poste deux ans plus tard à $14.00.  Moi qui me suis fait un point à lui montrer que je suis travaillant, sérieux, avec la débrouillardise pour m’élever d’un minable travail manuel au salaire minimum à un travail de bureau qui me rapporte plus du double.  Qu’est-ce que c’est, que ces préjugés totalement gratuits à mon égard, comme quoi je serais incapable de garder ma place? Ses insinuations étaient insultantes et injustifiées.  

Il a alors précisé sa pensée en ces termes: « Vous savez, le marché de l’emploi, ce n’est plus comme dans le temps de nos parents.  Eux autres, pouvaient passer toute leur vie au même travail et c’était normal.  Dans ce temps-là, les employés autant que les patrons recherchaient surtout la stabilité, la loyauté.  Ou bien tu restais toujours à la même position, ou bien tu grimpais l’échelle, mais toujours au même endroit.  Mon père a commencé à l’âge de quinze ans à balayer le plancher à la Banque Royale du Canada.  Après ça, la banque lui a donné la formation pour devenir caissier.  Ensuite il est devenu leur comptable.  Vingt ans plus tard, il était gérant, une position qu’il a occupé jusqu’à sa retraite. »

Son histoire était crédible.  Moi-même, ma mère a décroché un travail de caissière à la Banque Canadienne Nationale à l’âge de dix-neuf ans ans, en finissant l’école, malgré le fait qu’elle avait redoublé deux ou trois années.  Et à elle aussi on lui avait éventuellement offert une promotion avec de plus grandes responsabilités.  Par manque de confiance en elle-même, et parce qu’elle ressentait de la sécurité dans son travail routinier, elle a décliné.  Ils l’ont donc laissée à son poste, qu’elle a gardé jusqu’à ce qu’elle se marie et fonde une famille, comme il était coutume à l’époque.     

« Mais de nos jours, ça ne se passe plus comme ça.  Pour chaque position, quand on n’a pas les études, oublie ça, rien à faire pour grimper les échelons.  Soyons francs, téléphoniste, dans une grosse compagnie comme Air Canada, c’est un poste en bas de l’échelle.  Les gens qui y sont engagés, c’est généralement pour avoir un pied dans la place, en attendant que le poste qu’ils convoitent se libère.  Un poste plus haut placé, pour lequel ils sont diplômés. »

Le reste de son explication, ainsi que ce que j’ai pu moi-même observer depuis, lui a donné raison.  Depuis les années 90, non seulement la stabilité n’est plus une qualité recherchée dans le milieu de travail, c’est même un handicap.  Surtout si c’est pour occuper le genre de poste qui entre dans la catégorie Premier travail d’une personne sans expérience.  c’est à dire téléphoniste, plongeur dans un resto, caissière dans un supermarché, et plusieurs autres petite boulots du genre.  Et non seulement est-ce un handicap de carrière, c’en est un social et moral.  Voici les douze raisons:

RAISON 1: Tu es la seule personne stable dans un environnement créé pour être instable.
C’est fou comment, sans pour autant le penser consciemment, on a toujours l’impression que notre nouvel environnement de travail a toujours été le statu quo de la place. Tu es embauché.  Tu apprends à connaitre tes collègues de travail.  Vous vous entendez bien.  Pour toi, ceci est l’univers stable où tu vas passer le reste de tes jours.  Puis, un collègue part occuper de plus hautes fonctions.  Arrive donc le petit nouveau, que tu perçois comme étant l’ovni de la place.  Et étrangement, tu n’es pas vraiment porté à développer d’affinités avec celui-là.  Mais bien vite, tu constates que, un à un, tes premiers collègues font places à de nouveaux.  Un an plus tard, il ne reste plus personne du temps où tu as été embauché.  Tu te sens encore comme le petit nouveau, mais c’est toi qui est l’ancien.  C’est toi, maintenant, l’ovni de la place, car… 

RAISON 2: Tu as de moins en moins d’affinités avec tes collègues.
Au début, le courant passe toujours avec les nouveaux.  Mais après cinq ans sur le marché du travail, le temps a assez passé pour que tu sois totalement décroché des modes, expressions et tendances actuelles que suivent les jeunes qui sortent de l’école.  Ils ont maintenant plus d’affinités entre eux qu’avec toi.  Ce qui fait que plus le temps passe, et plus c’est toi, le vieux con que l’on met de côté.

RAISON 3: Plus tu prends de l’ancienneté, plus ça engendre le mépris.
Normal: De quoi est-ce que ça a l’air, de passer sa vie au bas de l’échelle, à occuper le genre de poste qu’un étudiant occupe  -et quitte-  avant ses vingt ans?  On se fait donc coller l’étiquette de « Pas capable de trouver mieux que ça. »  On a beau se défendre en répliquant « Moi, au moins, je travaille! », cet argument confirme que ta position est tout juste au-dessus des chômeurs, des BS, des parasites et des sans-abris.  Autrement dit, au plus bas du marché du travail, ce qui porte les gens à te juger.  Et même quand ils sont positifs envers toi, c’est encore pire car…  

RAISON 4: Même les encouragements sont décourageants.
Il y a des gens pleins de bonnes intentions, qui vont justement te dire ça:  « Bah, au moins, tu travailles, hein!?  C’est l’important! »   Ils veulent juste t’encourager.  Malheureusement, en disant ça, ils expriment justement le fait qu’à leurs yeux, occuper un tel emploi, c’est quelque chose considéré comme étant décourageant.  C’est suffisant pour donner des complexes.  Et voilà pourquoi… 

RAISON 5: La clientèle fidèle te déprime.
Une cliente régulière a quinze ans, est à l’école secondaire, est célibataire, habite chez ses parents.  Tu as vingt ans, caissière, célibataire, habite seule dans un 3½.
Dix ans plus tard, cette même cliente régulière a vingt-cinq ans, est à l’université et habite un 3½ avec son chum. Tu as trente ans, caissière, célibataire, habite seule dans un 3½.
Encore dix ans plus tard, cette même cliente régulière a trente-cinq ans, est partenaire senior dans un important bureau d’avocats et habite sa propre maison avec son mari et ses deux enfants. Tu as quarante ans, caissière, célibataire, habite seule dans un 3½.
Par conséquent…

RAISON 6: Tu n’as pas l’impression d’évoluer.
C’est un constat qui peut être très déprimant.  Heureusement, ton salaire évolue, lui.  Car plus longtemps tu travailles au même endroit, plus tu accumules les augmentations.  C’est la loi.  Et c’est justement ça le problème suivant, car…

RAISON 7: Tu finis par coûter trop cher.
Admettons qu’une caissière de supermarché occupe ce poste pendant vingt ans.  En 1997, le salaire était $6.80. Tout dépendant de ton employeur, tu as droit à 50¢ d’augmentation à tous les 6 ou 12 mois.  Faisons donc la moyenne, et disons que notre caissière a eu droit à 75¢ annuellement.  Au bout de vingt ans, ça fait $15.00, qui se rajoute à son salaire initial de $6.80, pour un total de $21.80 de l’heure.  Ça représente plus du double du salaire minimum actuel qui est $10.75.  Ça en fait donc l’employée la mieux payée de la place, tout de suite après le gérant (possiblement même au-dessus du gérant), alors qu’elle occupe pourtant le poste le plus en bas de l’échelle.  Et à cause de ça…

RAISON 8: Ta simple présence dérange tout le monde.
Plus tu travailles longtemps à un endroit, plus il est difficile de garder le secret sur ton salaire.  Surtout s’il est aussi élevé pour un poste si bas.  C’est le genre de chose qui choque le gérant et/ou son comptable, qui en parle à un collègue, qui le répète à d’autres, et c’est ainsi que chaque nouvel employé apprends tôt ou tard que tu gagnes si cher pour faire si peu.  Dans le cas d’une caissière dans un marché d’alimentation, ça t’apportes le ressentiment du boulanger, du boucher, des emballeurs, des étalagistes, des concierges, et bien évidemment des autres caissières qui prennent mal que tu puisses gagner double salaire pour travail égal.  Par conséquent, tout le monde te déteste.  Incluant le gérant qui sait très bien que, pour ce qu’il te paye, il pourrait embaucher deux nouvelles, plus jeunes et plus jolies, qui feront aussi bien que toi après une ou deux semaines d’entrainement.   Ce qui n’aide pas ton cas, c’est que souvent, l’ancienneté te pousse à avoir des comportements qui dérangent.  Par exemple: …

RAISON 9: Tu développes une familiarité qui engendre de mauvaises habitudes.
Parfois, le fait d’occuper un poste depuis très longtemps, ça nous porte à agir comme si la place nous appartenait, et on se permet des gestes et des paroles qui ne sont pas appropriés.  Par exemple, l’été dernier, j’ai eu un contrat temporaire dans une clinique de physiothérapie où je remplaçais les concierges employés permanents pendant leurs semaines de vacances.  Durant mes cinq semaines à cet emploi, 80% du staff et des clients m’ont parlé contre l’un des concierges, qui occupait ce poste depuis dix-neuf ans.  Depuis le temps, non seulement connait-il tout le monde, docteurs autant que patients, il est celui qui a le plus d’ancienneté dans la bâtisse.  Aussi, il se permet de cinq à dix pauses-cigarettes par jour, ce qui représente entre une heure et une heure et demie à être payé sans travailler, il se mêle de toutes les conversations entre réceptionnistes, docteurs et patients, et il va même jusqu’à ouvrir le rideau pour entrer dans les isoloirs pour aller jaser avec les patients pendant leur séance de physio.  Totalement sans-gêne, le gars.  Voilà pourquoi, depuis le début de l’année, il avait reçu deux avertissements de la part de la direction, précisant qu’à la troisième offense, il serait renvoyé.   Bref…

RAISON 10: On cherche la première excuse valable pour te congédier.
Vous vous souvenez de cette caissière de Provigo qui a été congédiée pour avoir dit à un client qu’un fromage était en spécial au Wal Mart? Ça faisait dix-huit ans qu’elle occupait ce poste.  Il y a aussi celle-ci, qui a été congédiée du Mc Donald’s, après avoir payé de sa poche le repas de pompiers qui venaient de combattre un incendie. Mère de deux enfants, qui occupait deux emplois, elle n’avait pas le profil typique d’une caissière de McDo.

Il est vrai que c’est le genre de travail où, si on veut être accepté lorsque l’on n’entre pas dans les critères, il faut s’en démarquer de manière extrême.  Comme madame Go Gwek Eng qui, à 92 ans, est la plus vieille employée de Mc Donald’s au monde.  Juste pour ça, elle est assurée d’occuper cet emploi tout en étant respectée jusqu’à la fin de ses jours.

Ceci dit, quand je parle de première excuse valable pour se débarrasser de toi, j’ai un excellent exemple: Je ne sais pas si ça existe en Europe, mais ici au Québec, il y a des dépliants publicitaires gratuits qui sont accrochés aux boites à lettres, dans un sac en plastique.  Ça s’appelle un Publisac.  En général, ils traînent là, sans que personne ne les ouvre, et se retrouvent aux poubelles ou au recyclage lors du passage suivant du camion de ces derniers.  Bref, c’est plus dérangeant qu’utile.  C’est dire à quel point ça n’a aucune valeur aux yeux des gens.  La raison pourquoi j’en parle?  Parce que j’ai connu une femme dont la familiarité au travail la poussait à faire de plus en plus de commentaires chiants à ses collègues.  La direction a donc sauté à pieds joints sur la première excuse pour s’en débarrasser: Avoir volé un Publisac.  Sûr, c’est une excuse ridicule.  Mais techniquement, le Publisac n’avait pas été livré chez elle, donc techniquement il ne lui appartenait pas, donc techniquement c’était un vol, donc techniquement ça en faisait une excuse valable pour s’en débarrasser.

Et à la lumière de tout ceci, tu constates que… 

RAISON 11:  Plus grand est ton passé, plus angoissant est ton présent, car plus incertain est ton avenir.
Résumons la situation: Tu occupes un travail que n’importe qui pourrait faire, tu gagnes trop cher au goût de tous, tu n’as rien en commun avec tes collègues, tu es méprisé, mis de côté, tu déranges, et tu dois sans cesse marcher sur des oeufs car, pour toutes ces raisons, tu sais trop bien que l’on cherche la moindre excuse pour te congédier.  Tu vis donc dans une angoisse constante, dans un environnement à atmosphère négative.  Et il faut que tu l’endures.  Tu n’as pas le choix, car…

RAISON 12: Il te serait impossible de retrouver un tel emploi, et encore moins à tel salaire.
Trop vieux, payé trop cher, et n’a que ce travail-là à mettre dans son CV.  Quel employeur voudrait de ça?  Et bonne chance pour avoir du chômage si la raison du congédiement donnée par l’employeur tombe dans l’une des catégories qui n’y donnent pas droit.  Et même là, les chèques de chômage ne sont pas éternels.

Et même si, exceptionnellement, on arrive à garder notre poste en évitant tous ces problèmes avec nos collègues et patrons…  Vous en connaissez beaucoup, des commerces qui arrivent à exister pendant plus de vingt ans?  C’est sûr qu’il y en a.  Mais tôt ou tard, parmi ceux qui prennent la place des anciens à la présidence, il y en aura un qui n’aura pas le talent de son prédécesseur pour garder la compagnie prospère.  Ou pire encore: Oui, il l’a…  Mais le marché change, et le produit et service n’a plus sa place, et la compagnie finit par fermer.   

Et c’est ainsi que, pour avoir eu la fierté d’être une personne stable, on se peinture dans un coin, s’écrasant de plus en plus dans le mur du fond du cul-de-sac de notre emploi.  Jusqu’à ce que quelque chose cède: le mur, ou nous.

C’est bien beau d’avoir de vieilles valeurs, telles la stabilité en emploi.  Mais si ces valeurs sont qualifiées de vieilles, c’est généralement parce qu’elles n’ont plus leur place à notre époque moderne où, ce qui était hier décrié comme étant instabilité, est aujourd’hui louangé comme étant évolution

6 raisons pourquoi je ne suis pas nostalgique de mes 18 ans.

Cette année, le 21 juillet, j’aurai quarante-huit ans.  Puisque c’est à dix-huit ans que l’on devient légalement adulte, je fêterai cette année le trentième anniversaire de ma majorité.

En général, lorsque l’on est adolescent, on a très hâte d’arriver à dix-huit ans pour être enfin un homme et avoir droit à tout ce qui nous était interdit jusque-là, soit la liberté, l’argent, le respect, et tout ce qui est relié au sexe, sans que l’on puisse nous réprimander.  L’anecdote que je vous offre aujourd’hui raconte la façon dont j’ai passé cette journée.  C’est une fidèle reproduction d’un texte que j’ai écrit dans un cahier Canada le jour suivant, puisque j’ai toujours eu comme habitude d’écrire ce qui m’arrivait.  Le texte original est rouge vin italique, mes commentaires sont en texte noir normal. C’est parti:

22 JUILLET 1986

Hier comme cadeau de fête, je me suis offert une sortie à l’Expo Agricole de St-Hyacinthe. Pour l’occasion, une grande partie du terrain du centre culturel est transformée en parc d’attraction genre La Ronde, en plus cheap côté manèges et en plus cher côté prix d’entrée. Je suis seul car Carl et le reste de mes amis sont trop snobs pour s’abaisser à une sortie aussi quétaine, comme il dit.

Il fait chaud. Le soleil tape fort. J’ai soif. J’ai envie d’aller me prendre un coke à 2$ (le double du prix hors-expo), mais mon attention est attirée par un stand en forme de citron géant où il est écrit: « Limonade à l’ancienne: $4.00 » ($4.00, c’était également le salaire minimum de l’heure à ce moment-là, ce qui vous donne une idée du prix aujourd’hui.) C’est cher, mais à force d’entendre dire que les choses étaient tellement mieux faites dans l’ancien temps, on finit par y croire. Je me dis donc que cette limonade vaut probablement un tel prix.

Je me rend au stand, et demande une limonade à la madame.  La madame prend un citron, le coupe en 2, dépose une moitié de ce citron dans un gros verre en carton, y met une cuillerée de sucre, remplis le reste du verre à ras bord de glace, puis remplis le peu d’espace vide qui reste avec de l’eau. Elle y sacre une paille et me tend le tout en réclamant mon argent.  J’étais atterré par la cheap-esse de la chose.  Comme je me l’imaginais, ça ne m’a pas pris plus que 4 gorgées pour le finir. Et peu importe la température, plus tu as soif, moins les glaçons fondent vite. J’abandonnais mon verre glace/citron dans la première poubelle, une poubelle remplie à déborder de verres de limonade à l’ancienne achetés par d’autres qui se sont faits avoir avant moi. Je me sens humilié de ne pas avoir remarqué ce détail plus tôt. Si j’avais été plus attentif, j’aurais compris l’arnaque et je n’y aurais pas laissé mon cash. Je me jure que désormais, lorsque j’aurai vraiment soif, je vais m’en tenir aux choses que je connais. (Une leçon que je pratique encore aujourd’hui, incluant avec la nourriture.)

Tout en déambulant entre les allées, mon oeil est attiré par un manège nommé Le Zipper. J’sais pas trop comment le décrire… L’important c’est de savoir que chaque cabine est une sorte de siège-cage dans lequel on se fait enfermer deux par deux.

Je regarde la courte file d’attente. Il y a un groupe de 4 gars, suivi d’un groupe de 3 filles. Je vois bien qu’ils ne se connaissent pas car les gars parlent ensemble, les filles parlent ensemble, et il y a une distance entre les deux groupes. J’ai soudain une idée géniale. Je cours me mettre en file derrière elles, en me disant que puisqu’il faut embarquer deux par deux, il y en a forcément une des trois qui sera avec moi. Je suis arrivé juste à temps d’ailleurs, une dizaine de personnes arrivent derrière moi et attendent leur tour.

Puis arrive le moment tant attendu: Le manège s’arrête et l’employé de l’expo en fait descendre les gens pour les remplacer par ceux de la file d’attente.

À ce moment là, surgi de nulle part, arrive un ti-cul de 10-11 ans qui court vers moi. Il s’arrête et me demande:

– T’es-tu tout seul ?

Fuck ! Qu’est-ce que vous vouliez que je réponde à ça ? Je ne pouvais tout de même pas répondre « Non, je suis avec elles ! », je ne voulais pas prendre le risque que ces filles se retournent vers moi et me démentent ou pire encore: Qu’elles rajoutent: « Toi ? avec nu-z’autres ? Ah ouache! Ça va pas? » C’est que les filles entre 15 et 20 ans peuvent être très cruelles, vous savez. J’ai donc pas le choix de lui dire que oui, chus tout seul. Il me dit:

– Cool! J’monte avec toi!

Tabarnak! Un si bon plan, si génial, si parfait, que j’ai réussi à monter en quelques secondes, démoli par ce jeune crétin qui voulait juste s’éviter de faire la file. Je vois les 2 premières filles monter ensemble, la 3e monter seule, et je me suis retrouvé enfermé dans la cage avec ce p’tit casseux d’party. Pour la première fois de ma vie, j’avais hâte de débarquer d’un manège avant même d’avoir embarqué dedans.

Et on se retrouve à monter, à tournoyer, à tourbillonner durant quelques minutes. Et puis, ça s’arrête tandis que nous sommes tout en haut. On s’imagine qu’en bas l’employé est en train de changer les clients. J’ai très hâte que ce soit mon tour, parce que cette petite merde assise a mes côtés n’arrête pas de me parler. Et malgré le fait que je ne lui répond qu’à peine, il me parle comme si nous étions en grande conversation.

Les minutes s’étirent et on ne bouge toujours pas. Nous sommes mal situé pour voir ce qui se passe en bas, mais j’entend ce que dis l’un des occupants d’une nacelle voisine, qui eux peuvent voir tout:

– Oops… Quelqu’un a été malade, en bas. Va faloir attendre qu’ils nettoyent !

FUCK!!! On a été pogné en haut comme ça pendant vingt minutes. Et tout ce temps là, je n’avais qu’une envie et c’était d’étrangler le sale trouble-fête à mes côtés. S’il n’était pas venu me gâcher mon plan, c’est avec une jolie fille que j’aurais été enfermé ici, 25-30 minutes en tout.

Le pire là dedans, c’est qu’après avoir débarqué, le p’tit sacrament avait décidé de me coller au cul. Il m’a demandé quel manège ON allait faire ensuite. Je n’avais certainement pas envie de passer la journée en compagnie d’un enfant, et encore moins de ce p’tit crisse qui m’a cassé mes plans de drague. J’ai essayé de m’en débarrasser en allant aux toilettes et de m’enfuir lorsqu’il entrerait dans un cabinet, mais rien à faire. Il n’est pas entré, il m’a juste attendu devant la seule porte d’entrée.

Histoire de m’en débarrasser, j’ai voulu lui faire accroire que je m’en allais. Je n’ai pas eu d’autre choix que de le faire pour de vrai, car il m’a raccompagné jusqu’à la sortie.

Ma sortie snobbée par mes chums, mon argent arnaqué, ma soif non-épanchée, mon plan de drague ruiné, ma paix troublée, mon séjour écourté… Joyeux dix-huitiemme anniversaire, kâlisse!

FIN

À l’époque, mon but en écrivant ce texte était de démontrer à quel point j’ai été malchanceux ce jour-là.  Mais en le relisant aujourd’hui, je vois bien que ce n’était pas la malchance, mon problème.  J’avais beau être devenu légalement un homme, dans les faits j’étais loin d’en être un.  C’était ça, mon vrai problème.  Un manque de couilles total!  Et c’est à cause de ça, que…

RAISON 1)  J’étais infidèle par frustration, et fidèle par désespoir.  
Car oui, je me suis bien gardé de l’écrire dans mon texte original, mais ça faisait trois mois que je sortais avec Julie, âgée de quinze ans, habitant chez ses parents à Saint-Hyacinthe, d’où ma présence en cette ville ce jour-là. J’avais planifié que l’on se voit et que l’on passe la journée à l’expo agricole ensemble.  Mais voilà, deux obstacle se dressaient entre mes plans et moi.  Le premier: Julie travaillait à temps plein chez un opticien aux Galeries Saint-Hyacinthe.  Elle ne peut donc pas faire cette sortie avec moi le jour.  Quant au soir, impossible également.  Le temps qu’elle finisse de travailler, se rendre chez elle, soupe en famille et finisse d’aider à la vaisselle, il sera déjà 19:00. Et là se dresse le second obstacle: Ses parents.  Ceux-ci n’ont aucune confiance de laisser leur fille de quinze ans avec un gars de dix-sept ans, maintenant dis-huit, seuls, le soir, à l’extérieur.  Tous mes amis avaient le droit d’avoir une blonde qu’ils peuvent voir quand ils veulent, de faire ce qu’ils veulent.  Mais moi? Non! Interdit! 

Et ce qui ajoutait à ma frustration, c’est qu’avant Julie, j’ai eu une relation d’un an avec une fille de Montréal-Nord dans lequel j’étais sexuellement actif, et ce dès la première semaine.  Julie, par contre, n’avait pas l’air de vouloir amener la relation à l’étape sexuelle.  Et en effet, lorsqu’elle cassera avec moi, ce sera au bout d’un an et demi d’une relation platonique.  Et voilà ce qui me frustrait: Ne pas avoir le droit de faire des activités normales, et même d’avoir une une relation normale. Mettre de la pression sur l’autre pour la forcer à avoir du sexe, ça n’a jamais été dans ma nature.  Alors de telles conditions, on peut comprendre pourquoi je cherchais mieux ailleurs.  On peut désapprouver, mais au moins on peut comprendre. 

Aussi, à l’époque, je n’avais pas ce qu’il faut pour que la majorité des employeurs veulent de moi.  Alors ou bien on ne m’embauchait pas, ou alors on me casait dans des horaires de merde, de soir, de nuit, majoritairement seul, avec des jours de congés qui ne tombaient jamais les fins de semaines.  Comme cet été-là, où je travaille à laver de la vaisselle le soir, cinq jours semaine, avec congé lundi et mardi, soirs où personne avec horaire de travail normal n’a envie de sortir.  Mon horaire ne correspondant pas avec ceux de ma blonde ni de mes amis, ça mettait obstacle à ma vie sociale.  

Et voilà ce que je veux dire par infidèle par frustration, fidèle par désespoir: Infidèle par frustration, parce que tout le long où j’étais avec elle, je cherchais mieux.  Et fidèle par désespoir, parce que si j’ai continué de sortir avec elle tout ce temps, c’est parce que j’étais incapable de trouver mieux.  Et c’est un comportement que j’avais aussi avec mon employeur.

Ce qui a changé: Avec les années, en devenant plus vaillant et plus athlétique, j’ai commencé à être intéressant, autant pour les employeurs que pour les filles.  Alors depuis que j’ai vingt-sept ans, il arrive que l’un ou l’autre s’offre sans que j’aille à le demander.  Et dans les deux cas, je ne suis plus désespéré au point de rester dans une relation de travail ou de couple si celle-ci ne me convient pas, puisque je suis maintenant capable de trouver mieux.  

RAISON 2)  J’étais un Fedora-Neckbeard.
Bon, je ne portais pas la barbe en collier. N’empêche que j’étais un loser, et que  j’en portais fièrement l’uniforme officiel. Il est vrai que la nature ne m’a pas gâté.  Je suis frêle, peu attrayant, rien pour attirer les regards admiratifs. J’aurais pu faire des efforts; aller au gym, faire du sport, avoir un travail physique afin de me renforcer.  Mais non; j’essayais plutôt de camoufler mon physique non-remarquable sous des vêtements qui l’étaient.  J‘essayais de compenser par mon look, en cherchant à montrer que j’avais de la classe, moi! 

Habillé de la sorte un 21 juillet, j’avais chaud.  J’endurais parce que j’étais convaincu que j’avais une classe folle.  Et soyons franc, en 1986, oui, ce look faisait à la fois artiste et classe.  Mais il l’aurait fait dans une soirée de gala en automne.  Par contre, de jour, à l’extérieur, par un bel après-midi chaud et ensoleillé du milieu de l’été, à l’expo agricole de Saint-Hyacinthe, j’avais l’air d’un clown.  Pas surprenant que la seule personne qui s’est trouvée attirée par mon allure, c’était un enfant. 

Ce qui a changé: C’est à l’automne de l’année suivante, en 1987, à dix-neuf ans, lors de ma rupture avec Julie, toujours ma blonde et toujours platonique, quelle me fera comprendre que mon look était ridicule, en plus de me révéler ce que les gens pensaient de moi dès qu’ils me voyaient. Je considère que j’ai eu de la chance de l’avoir appris à ce moment-là, donc assez tôt pour que ça ne puisse avoir le temps de ruiner ma vie davantage. J’ai alors commencé à m’habiller de façon plus masculine, et surtout plus normale. 

RAISON 3: J’étais désespéré.
À cette époque et jusqu’à mes 25 ans, mon ambition première était d’être en couple. N’importe qui, pourvu que ce soit une fille. Et puisque j’étais timide, je saisissais chaque opportunité dans laquelle il y en ait une qui n’ait pas le choix de me parler, faisant ainsi les premiers pas. Tel que je l’ai déjà mentionné dans mon roman autobio Surveiller Nathalie, voici ce qu’était ma mentalité à ce sujet:   « Oui, j’ai de la misère à me trouver une blonde.  Oui, je m’essaye après toutes les filles célibataires que je peux trouver.  Et à cause de ça, on pense que je suis un fou des filles, un maniaque de la conquête, un obsédé sexuel.  Mais dans les faits, tout ce que je cherche vraiment, c’est avoir une relation amoureuse et sexuelle normale, sérieuse, saine et monogame. Je ne veux pas toutes les filles.  J’en veux une!  Je cherche la bonne, celle avec qui je serai compatible sur tous les points.  Sauf que, si je veux la trouver un jour, je n’ai pas le choix d’être constamment en chasse aux filles célibataires, au cas où l’une d’elle soit celle-là. »   C’est bien plus tard que j’ai réalisé que courir après toutes les filles en étant célibataire, et rechercher mieux lorsque j’étais en couple, c’était exactement l’attitude d’un gars désespéré.

Ce qui a changé: Mon physique. Je suis allé au gym, j’ai fait du sport, j’ai choisi du travail physique afin de me renforcer. Je sais bien que le message que je passe en disant ceci n’est pas politically correct en cette époque où le body shaming est tabou. N’empêche que c’est un fait: En développant mes muscles et en prenant juste assez de gras pour transformer mon visage de laideron squelettique en quelque chose que les filles sont capables de regarder sans avoir de nausées, je suis devenu attrayant. 

Et à partir du moment où je suis devenu attrayant, j’ai commencé à attirer beaucoup plus d’amoureuses potentielles, et ainsi je n’avais plus besoin de désespérément m’accrocher à toute fille célibataire qui passait.

RAISON 4:  J’étais un nice guy, donc un passif.
Comme la majorité des soi-disant bons gars, je considérais que ne rien faire du tout, c’était la meilleure façon de ne rien faire de reprochable. Les filles se plaignent souvent de s’être fait approcher et/ou draguer par des inconnus.  Aussi, histoire d’éviter de mal paraître, le nice guy ne draguera jamais.  Oh, il veut séduire, mais sans prendre le risque de faire les premiers pas. Il a tellement peur du rejet qu’au lieu d’approcher les filles en tant qu’amoureux potentiel, il espère que les circonstances vont les rapprocher. Voilà pourquoi je me suis précipité dans la queue en voyant qu’il y avait un nombre impair de filles qui attendaient leur tour. Quand on est verrouillés dans une cage métallique et isolés à plusieurs mètres d’altitude, quoi de plus normal d’échanger quelques mots avec la personne qui partage notre nacelle?  Je pourrais donc lui parler sans qu’elle pense que c’est pour la draguer.  Ça me laisserait le temps de me montrer intéressant, d’abord via mon look démontrant que j’avais de la classe, et ensuite en lui démontrant mon intelligence par mes paroles.  Il ne me resterait plus qu’à espérer qu’elle m’invite ensuite à les accompagner.

Ce qui a changé: D’abord, tel qu’expliqué au point précédent, j’ai commencé à plaire vers 1995.  Donc, je savais que je pouvais aisément me mettre en couple si je voulais.  Donc, être rejeté n’était plus pour moi un signe que je passerais ma vie célibataire.  Donc, j’ai cessé d’avoir peur du rejet.  Donc, j’ai commencé à choisir celles qui me convenaient le mieux. Et donc, je me suis permis de leur exprimer mon intérêt pour elles.  Ma relation à long terme actuelle, ainsi que la précédente qui a duré 12½ ans, c’est moi qui les ai draguées.  Le simple fait que ce furent mes plus sérieuses relations démontre qu’en effet, choisir activement vaut bien mieux que se laisser choisir passivement.

RAISON 5: J’étais une victime volontaire.
J’ai préféré écourter ma journée et ainsi la laisser se gâcher, plutôt que de dire à ce petit garçon d’arrêter de me suivre. 

Ce qui a changé: J’ai cessé d’être un lâche. Car en effet:

RAISON 6:  J’étais un lâche.
Sérieux, là! Je venais d’avoir 18 ans, et j’ai fui devant un enfant de 10 ou 11 ans, comme une jeune fille qui fuit devant un potentiel agresseur sexuel.

Ce qui a changé:  Ça a pris du temps, mais j’ai fini par apprendre à m’affirmer. Depuis l’âge de 30 ans, je n’ai aucun scrupule à exprimer mon désaccord si une situation me dérange.  Bon, j’avoue que j’ai eu une période dans laquelle j’ai perdu le contrôle de mon franc-parler, et que certaines personnes que j’ai humiliées de cette façon sont devenues de rancuniers ennemis.  Ça m’a pris un autre 10 ans afin d’apprendre à faire la différence entre un désaccord contre lequel il est important de protester, et un que l’on peut très bien laisser passer.

N’empêche que si aujourd’hui je verrais par sa préparation à quel point un verre de limonade est cheap, je n’hésiterais pas à annuler ma commande et épargner $10.75. (Le salaire minimum au moment où j’écrit cet article.) Et si un inconnu venait me demander si je suis seul dans un file d’attente, je lui pointerais la fin de la file en répondant calmement mais fermement: « Tu ne m’utiliseras pas pour passer avant tout l’monde. »

Beaucoup d’hommes prennent de l’âge en regrettant leurs 18 ans.  Je ne serai jamais de ceux-là.  Car comme je le fais depuis plus de vingt-cinq ans, je continue à travailler sur moi-même, aussi bien de corps et d’esprit, pour toujours évoluer positivement en améliorant ce que je suis.

Parce que notre passé ne devrait jamais être meilleur que notre présent, et encore moins notre avenir.

Le premier texte viral québécois fête ses 20 ans

Un joueur de cartes ne s’est jamais demandé qui a dessiné le valet, la reine et le roi sur ses cartes.  Personne, en déjeunant, n’a jamais regardé sa bouteille de sirop en se demandant qui a peint Aunt Jemima.  Et la majorité des gens qui s’envoient les mêmes blagues qui circulent sur le net depuis 1997 ne se demandent jamais qui les a écrites.  Ça fait tellement partie de notre décor qu’il ne nous vient pas en tête qu’à l’origine, il y a une personne qui a créée ça.   

Et dans le cas du plus ancien texte viral québécois sur le net, cette personne, eh bien, c’est moi! 

Février 1996, Saint-Hyacinthe.  Dans ma chambre, chez mes parents, je me creuse la tête sur un travail d’école.  Pas une étude ni un devoir.  Non, je parle d’un truc vraiment important pour le jeune wannabe-riche-et-célèbre prétentieux que je suis : Ma chronique humoristique dans le journal étudiant Vox Populi du Cégep André-Laurendeau.  

Mes trois premiers textes n’avaient récolté qu’indifférence des lecteurs.  Le 4e et dernier, par contre, intitulé 20 éléments sans lesquels Noël ne serait pas ce qu’il est ne cesse de me rapporter des félicitations.  Je comprends alors qu’un texte humoristique sous la forme d’une courte liste est une formule gagnante.  Je rebaptise ma chronique Le Décompte Requin Roll.  Il ne me reste plus qu’à en trouver le prochain sujet. 

Presque un an plus tôt, j’avais commencé une liste de sept noms de famille composés qui forment d’amusants jeux de mots.  Je prends le bottin téléphonique local et note les patronymes francophones qui me semblent avoir du potentiel pour en faire d’autres.  En quelques heures, ma liste passe de sept à vingt.  Je rajoute un petit commentaire amusant après chaque nom composé, et je soumet ce texte au Vox le lendemain.  Un mois plus tard, mon décompte est publié. 

1997: Je fais mes débuts sur le net en construisant ma première page web personnelle sur la plateforme Geocities.  J’y expose mes meilleurs textes et dessins, incluant les sept Décomptes Requin Roll que j’ai écrit. 

1998: On me signale que trois de mes noms composés ont déjà été faits dans les années 70  par l’humoriste Yvon Deschamps.  Je demande plus de détails à ce sujet à mes lecteurs et lectrices.  L’une d’elle me répond qu’à l’époque où les enfants ont commencé à porter les noms de famille de leurs deux parents, Yvon s’était amusé à imaginer ce que ça donnerait au bout de quelques générations, si les noms s’accumulaient :  « Moreau Bordeleau Lemoine Allaire Durant Lacasse Dubois Léger Auger Gagné Legros Montant Moran Voyer Leboeuf Haché ».  La coïncidence m’a amusé et j’ai rajouté ce fait en bas de la page de ce décompte.

Geocities et ses couleurs pétantes.

1999: Avant l’existence de Facebook, c’est via courriel que l’on ennuyait nos contacts avec des pensées du jour, des légendes urbaines, des textes drôles, ainsi que des chaines de lettres promettant que Bill Gates et Walt Disney Jr nous récompenseraient de les rediffuser.  C’est ainsi que j’ai eu la surprise de recevoir un jour mon propre texte de noms de familles.  Un visiteur anonyme de ma page l’avait copié-collé et envoyé à tous ses contacts, dont certains l’ont à leur tour envoyé à tous leurs contacts, et ainsi de suite.  Éventuellement, une de mes amies a fini par le recevoir, et me l’a envoyée. 

À l’an 2000, plusieurs connaissances me disent avoir reçu mon texte.  Sur AltaVista, le plus populaire engin de recherche pré-Google, je trouve une cinquantaine de pages web et forums qui l’affichent.  En les parcourant, je constate qu’il en existe maintenant différentes versions :

  • La version originale, avec en-tête expliquant sa provenance.
  • Une version avec un en-tête affirmant « Ce sont de vrais noms de québécois. »
  • Une version avec les noms seulement, sans les commentaires.
  • Des versions censurées, sans les combinaisons vulgaires.
  • Des versions retravaillées, sans vulgarités et en bon français.
  • Des versions allongées, qui y ont rajouté les classiques « Marin-Gouin » et « Yoland-Gingras » bien que Yoland soit un prénom.
  • Et des versions dans lesquelles d’autres s’approprient la paternité de mon texte.  

Ces dernières m’amusent moins.  Aussi, puisque de toute façon aucun de ces posts n’inclut mon nom, je commencé à écrire à chaque webmaster pour lui signaler que j’en suis l’auteur, avec lien vers l’original sur ma page.  Certains me créditent, d’autre non, alors que d’autres encore effacent le texte.   

En 2005, l’Université du Québec à Trois-Rivières publie sur son site une étude sur les aptonymes (nom de famille d’une personne qui est étroitement lié à son métier ou à ses occupations).  Elle y présente ma liste de nom comme étant le fruit d’une recherche sérieuse.  Je leur écris et rétablis les faits.  Le lendemain, leur texte est modifié.  Ils qualifient maintenant ma liste de canular d’étudiant.  Ou bien ils n’ont rien compris, ou alors mes révélations ont froissé quelqu’un.

Le début des années 2000 m’a permis de voir mon texte déborder des frontières du net et envahir d’autres médias, alors que le magazine Délire le publie dans son courrier des lecteurs.

En 2003, l’animateur Marc-André Labrosse la cite dans son émission du soir sur CKMF / Radio Énergie / NRJ. En 2005, c’est Patrice Lécuyer dans son émission du midi à CKOILa même année, ma mère m’appelle pour me dire qu’elle l’a entendue à la télé, au matin, à l’émission Salut Bonjour.

En octobre 2003, un chroniqueur du journal l’Œil Régional la publie

En septembre 2004, le même chroniqueur la publie une seconde fois, mais en version extrêmement écourtée. 

Un lecteur anonyme découpera du journal cette version, la prendra en photo et mettra l’image résultante sur le net. Vous l’avez peut-être déjèa vue.

En 2012, cette image permettra à un autre chroniqueur de se faire lui aussi une poignée de change sur mon talent.

Comment est-ce qu’on se sent d’avoir créé un texte viral partagé des millions de fois dans toute la francophonie de la planète?
Tout d’abord, étonné.  Je l’ai seulement écrit, jamais distribué.  Alors qu’il ait ainsi pris vie par lui-même, ça a de quoi surprendre. 

Ensuite, je dois avouer que me suis toujours senti un peu floué.  C’est quand même chiant de voir qu’après avoir envoyé en vain mes CV à la radio, la télé et autres médias, ce sont ceux qui occupent déjà ces postes qui s’y font de l’argent avec mes écrits.   

Et malgré tout, il reste le sentiment de fierté.  Ma création est quand même active non-stop dans médias sous toutes leurs formes depuis deux décennies, ce qui en fait l’un des plus viraux des textes viraux, l’un des premiers à être francophones, et le tout premier d’origine québécoise. 

Et puis, ce n’est pas comme si j’avais à me plaindre.  J’ai quand même écrit régulièrement de 1988 à 2008 dans des publications telles que Wow!Safarir, Le Journal de Montréal et Summum, pour ne nommer que les plus connus.  Et mes talents d’auteur furent reconnus au point de me mériter ma propre page sur Wikipedia, ce qui est toujours bon à glisser dans une conversation quand on essaye d’impressionner l’autre. 

C’est sûr que si on divise ça par les années qui se sont écoulées depuis la création de mon texte, ça ne fait pas cher de l’heure.  Mais bon, c’est déjà ça.

Ajout de nouveaux liens.


Blog officiel

Mes Prétentions de Sagesse


Mes BD

Requin Roll, toutes mes BD, en ligne.
Toutes les BD que j’ai pu faire, passées et présentes. Publie trois fois par semaine.

Les Colocopines
 Courte série au sujet de trois copines colocataires.

1 Gay 1 Hetero
Deux colocataires, l’un est gay, l’autre est hétéro.

ComicOrama, chroniques sur la BD en général.

Deviant Art, ma galerie en ligne.

Et voilà!  C’est que j’en ai produit, du stock, en 19 ans sur le net.

Les 11 étapes de la création d’un quartier huppé

Au printemps de 1990, à l’âge de 21 ans, je partais de mon petit village de Mont Saint-Hilaire, Qc, Canada, pour aller m’installer à Montréal.  Dès cette première phrase, on imagine généralement que suivra une de ces anecdote qu’on a entendu mille fois, dans laquelle le jeune homme vit le charme d’avoir un premier appartement dans la grande ville.  Un logis quelque peu délabré et pauvre, certes, mais riche en Histoire. Et c’est là qu’il découvre peu à peu les différentes facettes de la vie de l’adulte qu’il est en train de devenir.  

Ça sonne un peu moins glamour quand je précise que dans mon cas, je suis juste allé trouvé refuge chez la mère de ma blonde de l’époque, après qu’une dispute de trop avec mon père se soit soldée par mon expulsion de la maison familiale.  Mais bon, quand on est sans le sou, on vit du bon-vouloir du maître des lieux.  Dans ce temps-là, la vie est rarement ce que l’on en fait, et bien plus souvent ce que nous imposent ceux qui sont plus puissants que nous.

Depuis que je suis montréalais, le hasard a fait que ma vie a presque toujours tourné autour du Canal (de) Lachine, qui est la première ligne bleue sur ce bout de carte où j’ai marqué d’un point (20 points, en fait) les endroits où j’ai habité, étudié et travaillé: Ville-Émard, Verdun, Saint-Henri, LaSalle.

Habiter l’endroit pendant 25 ans, soit de 1990 à 2015, m’a permis de le voir évoluer, ce qui m’a permis de constater qu’il y a onze étapes qui permettent de transformer un coin pauvre en quartier huppé.

ÉTAPE 1) Un quartier est industriel. Beaucoup de travail disponible, beaucoup de travailleurs y vivent.
de 1865 à 1970, le Canal Lachine était en opération.  Ainsi, tout le long de ses deux rives, se sont multipliées les industries et commerces vivant du cargo des innombrables bateaux de transports de marchandises et de matières premières qui passaient par là.  Évidemment, de nombreuses maisons et édifices à logements se sont bâties à proximité afin de loger tous ces travailleurs et leurs familles.

ÉTAPE 2) Le travail déménage à un endroit plus économique / plus moderne / mieux adapté aux récentes tendances du marché.
C’est ainsi qu’en 1970, le Canal Lachine a fermé, en ouvrant ses écluses pour de bon, ce qui a cessé de retenir l’eau, rendant le passage impraticable aux bateaux. Lorsque je suis arrivé dans le quartier Ville-Émard 20 ans plus tard, en 1990, l’eau y ruisselait en cours tellement minces par endroits que l’on pouvait le traverser à pied.


ÉTAPE 3) Sans travail, le quartier est déserté par les travailleurs qui vont vivre ailleurs.
Normal! Il faut aller là où le boulot est.  N’empêche que ça fait bien des logements vides, tout ça.

ÉTAPE 4) Les propriétaires sont obligés de laisser les loyers peu coûteux s’ils veulent avoir des locataires qui vont daigner y vivre.
Et moins les loyers rapportent, moins les propriétaires peuvent se permettre de rénover.  Et plus l’endroit se délabre, et plus les loyers restent généralement au même prix pendant une décennie ou deux, tandis que le reste du coût de la vie augmente.

ÉTAPE 5) Les loyers les moins chers attirent les gens pauvres.
Quand on parle de gens pauvres, on songe tout de suite à ceux qui ne peuvent pas se trouver un bon emploi pour diverses raisons, aucune vraiment édifiantes: Peu éduqués, alcooliques, violents, criminels, consommateurs et/ou revendeurs de drogues, délinquants de toutes sortes, problèmes psychologiques, BS chroniques…  Mais aussi, et c’est là l’ingrédient vital de la transformation de l’endroit: Les artistes amateurs, donc sans le sou, tels peintres, sculpteurs, jongleurs, musiciens, chanteurs, bédéistes, qui commencent à occuper le quartier.

ÉTAPE 6) Le quartier devient une communauté artistique.  Il y nait plusieurs artistes, mouvements artistiques et tendances qui percent au grand public.
Le roman Bonheur d’Occasion et le film qui en fut tiré raconte la vie du quartier ouvrier de Saint-Henri, qui longe le Canal Lachine.


Vous connaissez Yvon Deschamps? Il est lui aussi originaire du quartier Saint-Henri, un endroit qui a influencé ses monologues dans lequel il décrivait la vie moyenne du canadien-français d’un milieu ouvrier.  La comédienne Marina Orsini vient du quartier voisin, Ville Émard, ainsi que, comme son nom l’indique, le légendaire Ville Émard Blues Band.  Au printemps de 2001, Bran Van 3000 tourna une bonne partie du vidéoclip de leur chanson Astounded sur le bord du Canal de Lachine à Saint-Henri.  

Du reste, pour connaître les personnalités artistiques qui en sont originaires ou qui y ont habitées, il n’y a qu’à consulter les pages Wikipédia de Ville Émard, Verdun, Saint-Henri et Lasalle.

ÉTAPE 7) Le quartier est remarqué par les riches qui sont attirés par son côté artistique, donc très branché.
Que ce soit à la télé, les journaux, les magazines ou la radio, la majorité de ce que l’on y voit, lit et entend a rapport aux artistes.  Donc, forcément, le lieu d’origine de l’artiste peut être fascinant pour les fans.

ÉTAPE 8) Les riches envahissent la place, démolissant les logements pauvres pour y construire des condos.

Quand on n’a pas le talent pour être un artiste, on essaye de s’approprier son univers.  Et puisqu’il s’agit de gens riches, ils ne vont certainement pas accepter d’habiter des taudis.  Bref, ils vont vouloir observer la vie du pauvre, mais du point de vue d’un riche.  … Et sans la présence du pauvre, si possible.  C’est normal: Depuis 2002, le Canal Lachine est de nouveau ouvert à la navigation, afin que les riches puissent y installer des quais pour leurs bateaux.  Ils ne veulent certainement pas les voir se faire couvrir de tags et graffitis.  Aussi:

ÉTAPE 9) Le quartier devient trop riche pour que les pauvres puissent encore y vivre.
Les propriétaires pauvres demandent des subventions pour rénover leurs édifices à logements, puisque la présence des condos de riches démontrent que le quartier a un soudain potentiel économique qui promet.  Mais voilà, les banques ne prêtent qu’aux riches.  Les proprios pauvres tentent alors d’augmenter les loyers.  Les locataires pauvres ne peuvent plus y vivre et partent.  Mais personne ne veut payer cher pour un loyer délabré, le voilà donc avec un édifice délabré et déserté.  La présence des riches font que les taxes des propriétés font un bond spectaculaire que le propriétaire pauvre ne peut se permettre.  Les riches lui rachètent son édifice pour une bouchée de pain, et obtiennent aisément les subventions pour le rénover, ou bien pour tout raser et construire d’autres condos.  

Pour les commerces, même scénario: Les grandes chaines s’installent et paient aisément un loyer exorbitant, qui devient soudain le barème  pour les commerçants déjà établis.  Incapables d’assumer une telle hausse, ils doivent fermer boutique.

ÉTAPE 10) Les pauvres quittent le quartier à la recherche d’un autre coin pauvre où ils pourront recommencer à vivre et à créer artistiquement.
En ce moment, c’est surtout Hochelaga-Maisonneuve qui a pris la relève des berges du Canal Lachine.  La preuve, c’est que depuis environs cinq ans, il commence à y pousser des condos.  Et les restos chics commencent peu à peu à y remplacer les patateries pas chères, une gentrification qui ne plaît pas à tout le monde.


ÉTAPE 11) Une fois les pauvres partis, les riches mettent partout dans le quartier des plaques commémoratives historiques racontant fièrement les réalisations des gens qu’ils en ont chassés.
Le pauvre vit l’Histoire.  Le riche se l’approprie.

Bref, pour qu’un quartier devienne huppé, ça prend tout d’abord des gens pauvres.  Des pauvres qui, après avoir créé de l’intérêt ayant enrichi le quartier à plus d’un niveau, s’en voient expulsés.  Ce fut le cas pour le Plateau Mont Royal dans les années 70-80, du Canal Lachine dans les années 90-2000, et c’est ce qui est en train de se passer à Hochelaga-Maisonneuve qui commence à se faire surnommer HoMa.  Tout comme South Houston qui est devenu SoHo Car oui, tout ce que je viens de vous raconter au sujet du Canal Lachine, c’est arrivé à SoHo 30 ans plus tôt.

Mais bon, comme je disais plus haut: Quand on est sans le sou, on vit du bon-vouloir du maître des lieux.  Dans ce temps-là, la vie est rarement ce que l’on en fait, et bien plus souvent ce que nous imposent ceux qui sont plus puissants que nous.