12 illusions fallacieuses qu’essayent de vous vendre les guides de séduction

Comment plaire aux femmes? 
Cette question, l’homme se la pose depuis que le monde est monde. Bon, en fait, il ne se la pose que depuis que la femme a le droit de choisir son partenaire, et surtout de le rejeter.  N’empêche que c’est une question qui fait le désespoir des gars impopulaires auprès des filles, et la fortune des éditeurs de livres de méthodes de séduction.

Eh bien moi, je vais vous dire toute la vérité sur le sujet, dans ce billet, directement, clairement et gratuitement. Je devrai hélas le faire en commençant par vous servir un fait choquant que vous ne voulez probablement pas savoir: Il n’existe aucune méthode infaillible pour séduire une femme. Ou du moins, pas à long terme.

Voilà!
Je l’ai dit.

Vous savez quoi?  Le simple fait qu’existent de tels bouquins, c’est pour continuer d’entretenir certaines illusions chez l’homme désespéré de plaire.  Comme:

ILLUSION 1: Le problème, c’est la femme.
Car en effet, pas un de ces manuels ne va dire à l’homme de s’améliorer de quelque façon que ce soit afin de devenir une personne désirable.  Si tu ne séduis pas, c’est juste parce que tu ne dis pas à la femme ce qu’elle veut entendre.

ILLUSION 2: Toutes les femmes sont manipulables.
Pensez-y un instant: Publier un livre au sujet des méthodes pour séduire, c’est affirmer que les femmes sont comme des objets.  Le simple fait que l’on publie un manuel d’instructions à leur sujet le prouve.  C’est comme si la femme était une télé, et que ce livre en était une télécommande universelle où tu trouveras quel bouton presser pour l’allumer.  Ce qui nous amène à:

ILLUSION 3: Toutes les femmes sont des amoureuses/amantes potentielles, il s’agit juste de savoir comment les draguer/séduire.
Archi-faux!  Chaque femme a ses propres goûts personnels au sujet du physique, de la personnalité, de l’âge, de la race, de la culture, du sexe et du statut social et financier de son partenaire idéal. Ces critères sont à leurs tours influencés par leur degré personnel de tolérance ou bien d’intransigeance, leur milieu social, familial et professionnel, et mille autre chose encore.  Ce qui fait que même chez deux femmes qui aimeraient exactement le type d’homme que tu es, l’une pourrait très bien vouloir de toi et l’autre non, justement à cause de toutes ces différences que l’on retrouve d’une femme à l’autre. Alors non, les femmes ne sont PAS toutes des amantes potentielles. 

ILLUSION 4: Le tout est de trouver la phrase d’approche infaillible.
Erreur!  La pick-up line, ça ne sert pas à séduire. Ça sert à briser la glace. Ça sert à effectuer un premier contact. Une fois ce premier contact fait, c’est ton look et/ou ta personnalité qui va faire que tu vas lui plaire ou non. Parce que la phrase d’approche parfaite n’existe pas. Il n’y a aucune parole qui, telle une formule magique, va instantanément te transformer en gars intéressant pour elle si tu ne corresponds pas déjà à ses goûts.  Et ça marche encore moins avec une pathétique phrase préfabriquée qui se voudrait humoristique.

ILLUSION 5: La femme n’a rien d’autre à faire de sa vie qu’attendre d’être séduite.
Ces bouquins ne le disent pas explicitement dans ces termes, mais c’est pas mal le message qui en ressort lorsque l’on voit qu’ils donnent des méthodes sur comment aborder une femme à une épicerie, une laverie, sur le trottoir, dans le métro, etc.  Hé, mec, désolé de briser tes illusions mais j’ai une p’tite nouvelle pour toi: La fille qui lit en public, là, elle ne le fait pas pour te passer le message comme quoi elle s’emmerde en attendant que tu la dragues.  Elle lit parce qu’elle veut lire, et non pour se faire emmerder par les dragueurs.  Celle à l’épicerie a à rentrer chez elle, le ranger. Celle à la laverie a à rentrer chez elle pour plier et ranger son linge.  Celle dans le métro y est parce qu’elle a une destination où se rendre.  Elles ont toutes autre chose à faire de leur vie, et ne peuvent donc pas être en mode séduisez-moi 24 heures sept jours.

ILLUSION 6: Pour séduire les femmes, il faut s’en foutre.
Celui qui y croit vraiment est pathétique, surtout parce quìl est bien placé pour savoir que c’est faux.  Cette fille que tu désires, celle pour qui tu cherches des méthodes de séduction dans le but de l’avoir, est-ce qu’elle t’a séduit uniquement parce qu’elle se fout de toi? Non, hein?  Elle a bien d’autre choses en elle qui t’attire, n’est-ce pas?  Ben voilà!  C’est pareil en inversant les sexes.  S’il est vrai que donner trop d’attention non-sollicitée à une femme risque de la repousser, faire le contraire et s’en foutre ne va pas l’attirer pour autant.

ILLUSION 7: Pour séduire les femmes, il faut leur manquer de respect.
Ces temps-ci, il y a une école de pensée qui s’appelle la technique du neg qui consiste à déstabiliser la fille en piquant sa curiosité, en lui donnant un compliment contenant une part de négativité (d’où le nom), dont le message se résume à « Mouais, t’es pas mal, mais je ne suis pas convaincu que tu as tout ce qu’il faut pour me plaire. » Il y a trois raisons pourquoi cette méthode est loin d’être infaillible.

  1. Si ce genre de taquinerie peut être amusante et intéressante entre célibataires qui se connaissent depuis quelques heures, voire quelques jours, en revanche c’est un peu trop familier comme phrase brise-glace.  
  2. Tout comme avec les autres techniques d’approche, ça ne peut marcher que si la fille retrouve déjà en toi le potentiel requis pour lui plaire.
  3. Il est difficile de bien doser l’apport de neg sans tomber dans la remarque blessante ou l’insulte. Bref, cette méthode risque de vous donner encore moins de chance que toutes les autres méthodes d’approche.

ILLUSION 8: C’est l’intérieur qui compte.
ILLUSION 9: L’important, c’est d’être beau, grand, musclé et riche.
Si j’ai collé ensemble ces deux principes illusoires, c’est parce que personne n’a jamais pensé de dire que ni l’un ni l’autre n’est universel, et voici pourquoi:  Ne me dites pas que vous n’avez jamais remarqué que les gens qui ne ressemblent en rien aux mannequins de magazines trouvent généralement leur âme soeur, se marient et fondent une famille alors qu’ils sont encore dans la vingtaine, tandis que les plus superbes canons de beauté vont d’une relation décevante à l’autre pour se retrouver, à 45 ans, célibataires et dépressif?

Normal: Quand tu es moins attrayant physiquement, tu séduis par ta personnalité.  Et si l’autre personne est séduite, c’est parce que vous êtes compatibles.  Par contre, plus on est beau, plus grand est le nombre de gens qui ne sont attirés que par notre beauté, et plus il est difficile d’y trouver la personne avec qui on est naturellement compatible.  Surtout si l’autre use de mille ruses et techniques pour te cacher sa nature véritable au début afin de t’avoir.  Vous savez, comme ce que vous recommandent de faire tous ces bouquins de techniques de séduction. Sauf que l’on ne peut pas faire semblant éternellement.  Tôt ou tard le naturel revient au galop, l’incompatibilité sort au grand jour, et c’est là qu’arrivent conflits, drames et séparations.

ILLUSION 10: On peut aisément séduire les femmes par l’humour.
L’erreur que font beaucoup de gars, c’est de pousser la chose trop loin.  Genre, passer la soirée à se prendre pour un humoriste en prenant la fille pour son public.  Il y a une différence entre toujours le mot pour rire et jamais le mot pour être sérieux.  Une fille qui aurait envie de passer aux choses sérieuses risque d’être plutôt refroidie par cette attitude.  Oui, un gars sans humour, c’est ennuyant.  Mais personne ne veut d’un gars qui exagère dans un sens ou dans l’autre parce qu’il n’a aucun sens de la mesure.

ILLUSION 11: On peut séduire une fille n’importe quand.
HA! Si c’était vrai, alors tous les soi-disant bons gars qui sont entrés dans la vie d’une fille en tant que bon ami proche dans le but de les séduire y parviendraient malgré des mois de relation platonique.  

Enfin, la plus fallacieuse de toutes, c’est celle-ci:

ILLUSION 12: Il est acceptable d’utiliser des trucs dans le but de séduire une fille.
De mes 15 à 25 ans, j’étais un soi-disant bon gars, un nice guy classique.  Lorsque je me faisais rejeter par les filles, l’une des raisons que je me faisais servir était « On se connait trop, tu es comme un frère pour moi. »  

Justement, en 1993, à 25 ans, j’étais de retour aux études, d’abord aux cours aux adultes pour finir mon secondaire, puis au cégep deux ans plus tard.  Puisque le retour en classes équivaut à faire de nouvelles rencontres en masse à chaque nouvelle session, j’ai constaté qu’en général, il y a toujours une période d’ambiguïté lors des trois premières semaines suivant la rencontre entre un gars et une fille. Trois semaines dans lesquelles, consciemment ou non, on tâte le terrain, on apprend à connaître l’autre, on est curieux de savoir si on est attiré et/ou attirant. 

Constater ceci m’a permis de voir que l’excuse comme quoi « On se connait trop! »  n’était pas si bidon que ça.  Car tout dépendant de si tu agis ou non, ce sont ces trois semaines qui vont décider si votre relation sera amicale, amoureuse et/ou sexuelle. À partir de la 4e semaine, si tu n’as pas fait connaître tes intentions, alors il sera trop tard.  La fille te classe dans le dossier « Amis seulement » et tu n’en ressors plus.  

Car oui, bien que le terme Friendzone n’existait pas encore à ce moment-là (Il n’allait apparaître que dans l’épisode The one with the blackout de la série Friends en 1994), le principe était déjà connu.

Donc, si je voulais séduire, je devais profiter du seul charme que je possédais; le charme de la nouveauté.  Faire accroire à la fille qu’elle était peut-être intéressée à moi, et ce avant qu’elle n’ait le temps d’apprendre ce que je suis vraiment.  Parce que si je lui laisse le temps de réfléchir, elle va réaliser que non, jamais en 100 ans elle ne me voudrait comme amoureux, et encore moins en tant qu’amant.  Alors si je veux baiser, j’ai intérêt à me grouiller.  

C’est également à cette époque que, tel que mentionné dans mon billet précédent, j’ai développé ma méthode d’approche qui est « Respecte toujours son NON, mais n’attends jamais après son OUI. »  Aussi, dès 1995, rendu à 27 ans, au cégep, dès la première, seconde ou troisième semaine, je m’essayais sur chaque fille qui avait l’air de voir en moi le charme de la nouveauté.  Et je n’attendais pas d’y être sollicité.  Je faisais les premier pas.  En gestes, et non en paroles.  Parce que c’est plus difficile pour elle de dire non quand on a déjà commencé.   Et dans 90% des cas, en effet, elles répondaient positivement.  J’ai donc pu voir par moi-même que oui, séduire la fille avant qu’elle ait le temps de te connaitre vraiment, ça fonctionne.

Sauf que, et vous constaterez que l’on voit ça souvent chez les couples qui se sont formés trop vite pour avoir eu le temps de se connaitre: Une fois que le charme de la nouveauté est passé, ils constatent qu’ils ne sont pas si compatibles que ça.  Et c’est là que les problèmes surviennent.  Mais voilà, ils sont déjà en couple.  Alors ils continuent de sortir ensemble, de baiser ensemble.  Parce que l’idée d’essayer d’arranger les choses, c’est quand même moins pénible que celle de se mettre en état d’échec amoureux en cassant.  

N’empêche que si la fille avait eu le temps de bien connaître le gars, jamais elle n’aurait accepté d’être en relation amoureuse, et encore moins sexuelle, avec lui.  Ce qui signifie que dans le fond, les trucs de séduction, ça sert juste à manipuler la fille au moment où elle est encore à l’état d’ignorance, afin de l’amener à subir volontairement ce qui équivaut à un viol. Parce que baiser avec un gars avec qui jamais on n’aurait voulu le faire, c’est un viol.  

Et c’est en constatant ce fait que l’on se rend compte de toute l’horreur que représentent les guides de séduction.  Des guides qui ne font que contribuer, à leur façon, à la culture du viol.  

Mais alors, comment faire pour plaire?
Il y a moyen de plaire à une fille sans pour autant la manipuler à croire que vous êtes faits l’un pour l’autre.  Il suffit de… :

  • Être gentil sans être son esclave.
  • Être poli sans se prosterner à ses pieds.
  • Être décisif sans être contrôlant.
  • Être sûr de soi sans être prétentieux.
  • Lui montrer de l’intérêt sans être insistant.
  • S’intéresser à elle sans en être obsédé.
  • Lui parler sans pour autant monopoliser la conversation.
  • L’écouter sans pour autant rester muet.
  • Bref, avoir une personnalité assez forte pour s’affirmer mais pas assez écrasante pour étouffer la sienne.

Et surtout, ne jamais essayer de l’impressionner, parce qu’il n’y a rien de plus risible qu’un gars qui essaye de se vendre. Autrement dit, aussi cliché que ça semble: Rester naturel.  À partir de là, ce sera le degré de votre compatibilité naturelle qui décidera si vous êtes faits pour être ensemble ou non.

Et si ça ne marche pas?
Alors dans ce cas-là, ça veut juste dire qu’elle n’est pas intéressée par un gars dans ton genre, donc que ce n’est pas celle pour toi. C’est une bonne chose à savoir. Parce que sérieusement, pourquoi est-ce que tu voudrais gâcher ta vie en la partageant avec quelqu’un qui n’aime pas ce que tu es?

Ça a été ma fête. Ou: Les 20 désagréments de mes 29 ans.

Dans quelques semaines, je fêterai mon 49ième anniversaire.  Et si je me souviens encore de celui d’il y a vingt ans, ce n’est pas par nostalgie.

Juillet 1997.  Je viens d’avoir 29 ans.  Je sors avec une jolie étudiante du nom de Camélia, âgée de 20 ans.  La semaine, je suis administrateur (et résident) des Résidences Étudiantes du Cégep André-Laurendeau.  Les weekends je travaille au restaurant végétarien Le Commensal, situé près de l’Oratoire St-Joseph.  

À l’époque, je ne suis pas encore un partisan de la bouffe santé.  Aussi, ce samedi-là, je suis bien embêté de voir que j’ai oublié mon lunch chez moi.  Je me vois donc obligé de manger la seule chose qui se rapproche de mon menu habituel, soit la lasagne végétarienne.  Après le boulot, je me rends aux casiers, j’y laisse mon uniforme, et je me remets en shorts et T-shirt, ce qui sied avec la température actuelle de 27°C.

Cette année-là, mon anniversaire tombait un lundi.  Voilà pourquoi Camélia a préféré attendre le samedi suivant pour me fêter.  Je me suis donc rendu directement chez elle, à Kirkland, ce qui, à partir de mon boulot, demande un trajet de deux métros, deux bus et deux heures.   Ses parents étaient partis pour la fin de semaine.  Elle en a donc profité pour me faire la plus surprenante des surprise-party.  Il y avait une vingtaine d’invités, représentant mes amis du cégep, ceux du monde de la BD, et quelques uns de mes vieux amis de St-Hilaire, dont mon bon vieux copain Carl.  Ça avait beau faire deux ans que j’avais changé de vie pour le mieux, jamais avais-je eu droit avant à une si grande marque d’appréciation, d’un aussi grand nombre de personnes.  

À la fin de la soirée, après que les derniers invités soient partis, Camélia m’a fait rester, car elle était maintenant prête à m’offrir la seconde partie de mon cadeau, soit quelques heures de baise.  Un fringuant jeune homme de 29 ans ne dit pas non à ça.  Et lorsque nous avons enfin déclaré forfait, passé une heure du matin, je n’avais autre choix que de passer la nuit là.  Elle a réglé le réveil pour que je me lève à 5:30 am, ce qui me laissera 30 minutes pour me lever, déjeuner et partir, et les deux heures de bus et métro requises pour arriver au boulot à temps.

Dimanche matin, la sonnerie du réveil marque le début d’une longue suite de désagréments.

Premier désagrément: Le réveil. J’ai dû dormir à peu près quatre heures en tout. La fatigue + l’alcool pris la veille me donnent une désagréable gueule de bois.

2e désagrément: Je gèle!  Quelques heures plus tôt, lorsque l’on s’est endormis, la température avait encore le Celsius dans la vingtaine.  Aussi, on a laissé la fenêtre ouverte.  Eh bien ce matin il fait 12°C.   Et comme le veut le cliché, ma tendre moitié s’est emmitouflée dans les couvertures cette nuit, me laissant exposé au froid.

3e désagrément: Étant riches et snobs, les parents de Camélia ne connaissant pas le pain blanc tranché.  Dans une miche de pain de foin entier, je me taille maladroitement des tranches trop grosses pour le grille-pain, que je me vois en plus obligé de manger nature car la seule chose qu’il y a de tartinable ici, c’est de la marmelade d’orange, et j’ai horreur de ça.

4e désagrément: 12°C, quand on n’a rien d’autre qu’un T-shirt et des shorts, c’est inconfortablement froid.  Surtout au grand vent qu’il y a ce matin.  Je marche jusqu’au boulevard et je m’assois à l’arrêt de bus, qui n’est pas un abribus mais un simple banc, dans l’attente du premier bus, un local, qui ne fait que les rues de Kirkland.

5e désagrément: Je suis patient, mais au bout de 20 minutes d’attente dans le froid, je commence à en avoir un peu assez.  Histoire de ne donner une idée du temps qu’il me reste encore à attendre, je me lève et je vais jeter un oeil à l’horaire du bus pour savoir quand est-ce qu’il passe, au juste.

6e désagrément: Je constate que je viens d’attendre pour rien.  Ce bus ne passe pas le dimanche.  Il fallait s’y attendre.  Kirkland est un de ces endroits de riches, avec surtout des maisons privées, où vivent des familles biens établies en suivant les valeurs à l’ancienne. Autrement dit, ici, le monde travaille du lundi au vendredi, parfois le samedi, mais jamais le dimanche. Par conséquent, l’autobus n’a aucune raison de passer ce jour là pass’que tout est fermé et que les gens restent chez eux. Et s’il y en a qui ont à se déplacer, ils ont leur auto pour le faire. Par conséquent:

7e désagrément: Je me vois obligé de marcher un autre 20 minutes le long du boulevard pour me rendre à l’arrêt de l’autre autobus qui, lui, va m’amener jusqu’au métro Lionel Groulx. Si seulement j’avais consulté l’horaire du bus local dès mon arrivée, je serais déjà en train d’attendre le 2e bus en ce moment, ou peut-être serais-je déjà dedans.  Je marche dons à pas rapide, du côté ensoleillé de la rue, dans l’espoir de me réchauffer quelque peu.

8e désagrément.  Une fois rendu à l’intersection, je constate qu’il y a des arrêts de bus aux quatre coins, mais un seul qui n’a ni abribus ni banc: Le mien.  Au moins, l’horaire de bus de celui-là confirme qu’il passe les dimanches, et le prochain sera dans onze minutes.  C’est déjà ça.

Accoté à un arbre à me les geler en attendant le bus, il me prend une banale envie de flatuler.  Je suis seul et au grand air, pour ne pas dire au grand vent, alors comme de raison je me laisse aller sans retenue.

9e désagrément: Ce n’était pas gazeux! C’était liquide!  Je ne peux m’empêcher de lâcher à haute voix mon répertoire de mots d’église par ordre alphabétique.  Pendant un instant, je songe à aller me réfugier dans l’un des trois abribus afin de rapidement enlever mes shorts et jeter mon caleçon.  

10e désagrément: … Mais voilà que j’aperçois le bus qui arrive.  Je ne peux pas me permettre de le rater.  Je me vois donc obligé d’embarquer, de m’y asseoir, et de passer toute l’heure suivante à devoir endurer le visqueux qui m’imprègne désagréablement les poils du cul.

De retour au métro Lionel Groulx, j’emprunte la ligne orange, pour ensuite transférer sur la ligne bleue. Inutile de dire que j’ai hâte d’arriver pour pouvoir me torcher, nettoyer mes bobettes dans l’évier des bécosses du resto, et me changer en linge de job, en espérant que le fait d’étendre mes boxers dans mon casier pendant 8 heures sera suffisant pour les faire sécher. J’ai horreur d’avoir le paquet à l’air dans mon pantalon, mais là je n’aurai pas le choix.

11e désagrément: J’arrive en retard.  Bon, d’une seule minute, donc pas assez pour me faire engueuler, mais c’est chiant quand même. D’ailleurs, parlant de chiant, j’avais très hâte de pouvoir me réfugier aux toilettes du boulot parce que mon accident de tantôt n’était que le précurseur de ce qui s’en vient.  Car en effet, depuis un bon quart d’heure…

12e désagrément: J’ai de la pression intestine qui va en augmentant, avec des crampes qui reviennent par vagues de plus en plus rapprochées. Ça va être un miracle si je n’explose pas avant d’arriver. c’est avec soulagement que j’agrippe la poignée de la porte principale du Commensal et que…

13e désagrément: La porte refuse d’ouvrir.  Eh oui, la place est verrouillée. Je ne comprends pas!  D’habitude à cette heure là, il y a déjà au moins un cuisinier + Étienne et Patrick, mes deux autres collègues bus boy / plongeurs.  Il n’y a aucune explication, rien d’affiché sur la porte.  C’est juste fermé, c’est tout!  Je réfléchis.  J’essaye de me rappeler si aujourd’hui est un jour férié ou de congé spécial.  Mais non, pour autant que je sache, il n’y a rien du tout.  Je vais à la croissanterie située juste au dessous du Commensal. On partage une entrée commune, alors ils doivent bien savoir ce qui se passe. L’employé me dis qu’il n’en sait rien.  Bah, en attendant que le mystère s’éclaircisse, je vais au moins en profiter pour utiliser leur toilettes. Mon statut d’employé d’un commerce de la place me permet de passer outre le règlement comme quoi les toilettes sont réservées pour les clients seulement. Aussi, je me dirige expressément vers les toilettes…

14e désagrément:  … qui sont déjà occupées.  Pour les dix minutes qui suivent, je me vois obligé de prendre mes crampes en patience et pousse la résistance de mes sphincters à leurs limites en attendant que le client finisse par sortir des bécosses!

Après avoir enfin pu les utiliser, j’en ressors fortement soulagé, caleçon en moins sous mes shorts puisque je l’ai abandonné dans la poubelle.  Je passe les heures suivantes à attendre en vain l’ouverture du resto.

15e désagrément: J’ai faim!  Il est presque midi.  Je n’ai aucun argent sur moi pour m’acheter à manger.  Travaillant dans un resto, je m’attendais à manger sur place.  je n’ai donc rien amené comme lunch de chez Camélia.  Je dois me rendre à l’évidence, Le Commensal est fermé aujourd’hui, je rentre donc chez moi, affamé.

16e désagrément: Une heure plus tard, à peine entré chez moi, je dois me précipiter de nouveau à la salle de bain de toute urgence.  Je commence à croire qu’il y avait quelque chose dans la nourriture servie dans mon party d’anniversaire la veille qui n’était pas de première fraîcheur, parce que j’ai les intérieurs qui veulent vraiment pas le garder.  Soulagé de nouveau, je prends une douche bien méritée, et surtout bien nécessaire.

En sortant de la salle de bain, je vois qu’il y a des messages sur le répondeur téléphonique. Je les écoute. L’un d’eux, qui m’a été laissé la veille, est de Lise, l’assistante-gérante du Commensal. Elle me dit que je n’ai pas à me présenter au Commensal dimanche, donc aujourd’hui, car ça va être fermé.

17e désagrément:  Je constate que si je n’avais pas passé la veille chez Camélia, ou si j’avais pris la peine de vérifier mes messages, j’aurais pu m’éviter une bonne partie des désagréments des sept dernières heures.

Et pourquoi est-ce que le Commensal est fermé, au juste?  Eh bien, c’est qu’on leur a signalé des cas de clients qui ont été contaminés la veille par un item du buffet. À cause de ça, le resto va être fermé quelques jours, le temps que tout soit décontaminé, et que les employés contaminés se fassent tester et soigner s’il y a lieu.

Et de quel item et de quels symptômes s’agit-il au juste?

18e désagrément: La lasagne végétarienne, contaminée par un virus qui donne la diarrhée.

19e désagrément: De toutes les journées pour oublier son lunch, pourquoi a-t-il fallu que je laisse le mien chez moi CE JOUR-LÀ EN PARTICULIER?  

20e désagrément: De tous les mets parmi la soixantaine disponible au buffet, pourquoi a-t-il fallu que mon choix se porte sur CELUI-LÀ EN PARTICULIER?

Les gens ont beau dire que la chance, c’est quelque chose que l’on se fait soi même parce que la malchance n’existe pas puisque ce n’est qu’une conséquence de nos mauvaises décisions….  N’empêche que je ne vois vraiment pas comment le fait d’oublier mon lunch aurait pu être une décision de ma part.  D’accord, oui, à cause de ça, j’ai décidé de manger de la lasagne.  Mais comment aurais-je pu savoir qu’elle était contaminée?  

J’aurai appris au moins une chose de ce weekend-là, et c’est que parfois, peu importe ce que tu fais ou ne fais pas, il arrive que le hasard mette tout en oeuvre pour te faire chier.

 

4 questions classiques avec des réponses (qui me semblent) pourtant simples.

Avez vous remarqué que la majorité des soi-disantes questions sans réponses ONT une réponse, lorsque l’on prend le temps d’y réfléchir?  Des questions comme…

1- Pourquoi est-ce que l’on cache toute scène de sexe à la télé afin de ne pas traumatiser nos enfants, mais que c’est ok de leur montrer des scènes de meurtre?

Pour autant que je sache, nous avons tous des organes génitaux, nous avons presque tous l’instinct sexuel, et nous allons presque tous nous livrer aux plaisirs du sexe plusieurs fois dans notre vie.

Par contre, nous n’avons pas tous des armes à feu, très peu d’entre nous possédons l’instinct de tuer, et ça m’étonnerait que la majorité de la population se livrera aux plaisirs (?) du meurtre plusieurs fois dans leurs vies.

Par conséquent, voir des scènes de sexe peut nous donner envie d’en faire autant.  Nous sommes déjà tous équipés pour le faire.  

Par contre, voir des scènes de meurtre ne donnera qu’à très peu de gens l’envie d’en faire autant.  Et même à ceux à qui ça donne envie, ils n’ont pas tous accès aux armes.

 En conclusion : Il est donc beaucoup moins dangereux pour la société de montrer des scènes de meurtre que des scènes de sexe.

En tout cas, ça me semble logique.

2- Pourquoi est-ce que l’eau chaude, dans un moule à glaçons, va geler plus vite que l’eau froide?

Il parait que même la communauté scientifique internationale n’arrive pas à comprendre ce phénomène.  Eh bien moi, suite à une observation banale, j’ai développé une théorie à ce sujet. 

Il y a quelques années, alors que je tournais dans un film amateur, un personnage tout habillé devait subir des brûlures alors qu’il se faisait verser du thé brûlant sur le dos.  Évidemment, l’eau n’était pas vraiment chaude.  Or, j’ai constaté que ça paraissait immédiatement à l’écran.  C’est que si on verse de l’eau bouillante sur une chemise, le liquide sera mat et le tissus va l’absorber au contact.  Et si l’eau est froide, elle sera plus compacte, reluisante, et le tissus va prendre plus de temps pour se mouiller.  J’en suis donc arrivé à la conclusion qu’en chauffant, l’espace entre les molécules d’eau augmente, ce qui rend l’eau moins compacte, et ainsi passe plus facilement entre les tissus de chemise. 

Donc, avec plus d’espace entre ses molécules, l’air froid d’un congélateur peut beaucoup plus facilement pénétrer la masse d’eau, et ainsi plus rapidement la congeler.

En tout cas, ça me semble logique.

3- Pourquoi est-ce que l’on donne aux femmes des recommandations et des trucs de sécurité afin qu’elles ne se fassent pas violer, au lieu de dire aux hommes de ne pas violer les femmes?

Le violeur, ce qu’il veut, c’est violer.  Si on lui dit de ne pas violer, pensez-vous qu’il a intérêt à écouter?  Évidemment que non, puisque cette recommandation va à l’encontre de son désir d’agresser sexuellement.

Par contre, la femme ne veut pas se faire violer.  Si on lui donne des des trucs de sécurité pour ne pas l’être, pensez-vous qu’elle a intérêt à écouter?  Évidemment que oui, puisque ces recommandations concordent avec son désir de ne pas être agressée sexuellement.

En tout cas, ça me semble logique.

4- Pourquoi est-ce qu’un artiste se fait souvent demander de travailler gratuitement, alors que jamais on ne demanderait la même chose à un restaurateur?

Voici un bel exemple de comparaison entre des pommes et des pneus de tracteur.  On ne peut pas comparer ces deux métiers car ils n’ont pour ainsi dire rien en commun. 

Le restaurateur ne peut pas créer lui-même sa nourriture.  Il doit l’acheter.  Ensuite, il doit payer des gens pour l’apprêter, des gens pour la servir, des gens pour nettoyer la vaisselle, les ustensiles et autres instruments utilisés à ces fins, il doit acheter ou louer un espace commercial, payer toutes sortes de permis et de licences, etc.

Le dessinateur?  Il créé lui-même son illustration, sans que ça lui coûte un sou.  Bon, d’accord, il y a le coût du papier et des crayons, mais ce n’est pas ça qui va le ruiner.

On sait que le produit est coûteux pour le restaurateur.  On comprend donc qu’il est justifié de charger un coût X, car dès le départ, le produit a une valeur réelle.  Par conséquent, s’il ne vend pas son produit, il perd de l’argent, car il a déjà eu à le payer.  Tandis que le dessin, qui n’a rien coûté à faire, n’a que la valeur que l’artiste a choisi de lui donner.  Et voilà pourquoi un artiste se fait souvent demander de travailler gratuitement, alors que jamais on ne demanderait la même chose à un restaurateur. 

Attention : Je ne dis pas que c’est justifié, de penser que le travail de l’artiste ne vaut rien.  Je dis juste que ça me semble logique, que les gens pensent comme ça, même s’ils sont dans l’erreur de le faire.

 

12 raisons pour ne pas occuper trop longtemps un emploi en bas de l’échelle.

Il y a dix-huit ans, en 1999, je travaillais au centre d’appel du service à la clientèle pour Air Canada.  À une époque où le salaire minimum au Québec était $6.90, j’y gagnais $14.00 de l’heure.  C’était un bon moment pour songer à faire des investissements.

Me voici donc à la banque, au bureau de mon conseiller financier.  Après m’avoir posé quelques questions au sujet de mon travail, mon revenu et mes dépenses, celui-ci me demande combien je veux placer par mois.  Je lui donne le montant, qui était le maximum que je pouvais y mettre à ce moment-là.  Celui-ci me répond alors quelque chose je ne m’attendais vraiment pas: « Je vous le déconseille, parce que vous ne garderez pas votre travail longtemps.« 

J’étais choqué.  J’étais insulté.  Moi qui étais fier de lui avoir raconté que, dix ans plus tôt, je travaillais à laver de la vaisselle au resto Le Commensal, travail que j’ai continué tout en retournant aux études, avant de décrocher cet emploi où j’ai commencé à $10.00 de l’heure, et que j’occupe toujours ce poste deux ans plus tard à $14.00.  Moi qui me suis fait un point à lui montrer que je suis travaillant, sérieux, avec la débrouillardise pour m’élever d’un minable travail manuel au salaire minimum à un travail de bureau qui me rapporte plus du double.  Qu’est-ce que c’est, que ces préjugés totalement gratuits à mon égard, comme quoi je serais incapable de garder ma place? Ses insinuations étaient insultantes et injustifiées.  

Il a alors précisé sa pensée en ces termes: « Vous savez, le marché de l’emploi, ce n’est plus comme dans le temps de nos parents.  Eux autres, pouvaient passer toute leur vie au même travail et c’était normal.  Dans ce temps-là, les employés autant que les patrons recherchaient surtout la stabilité, la loyauté.  Ou bien tu restais toujours à la même position, ou bien tu grimpais l’échelle, mais toujours au même endroit.  Mon père a commencé à l’âge de quinze ans à balayer le plancher à la Banque Royale du Canada.  Après ça, la banque lui a donné la formation pour devenir caissier.  Ensuite il est devenu leur comptable.  Vingt ans plus tard, il était gérant, une position qu’il a occupé jusqu’à sa retraite. »

Son histoire était crédible.  Moi-même, ma mère a décroché un travail de caissière à la Banque Canadienne Nationale à l’âge de dix-neuf ans ans, en finissant l’école, malgré le fait qu’elle avait redoublé deux ou trois années.  Et à elle aussi on lui avait éventuellement offert une promotion avec de plus grandes responsabilités.  Par manque de confiance en elle-même, et parce qu’elle ressentait de la sécurité dans son travail routinier, elle a décliné.  Ils l’ont donc laissée à son poste, qu’elle a gardé jusqu’à ce qu’elle se marie et fonde une famille, comme il était coutume à l’époque.     

« Mais de nos jours, ça ne se passe plus comme ça.  Pour chaque position, quand on n’a pas les études, oublie ça, rien à faire pour grimper les échelons.  Soyons francs, téléphoniste, dans une grosse compagnie comme Air Canada, c’est un poste en bas de l’échelle.  Les gens qui y sont engagés, c’est généralement pour avoir un pied dans la place, en attendant que le poste qu’ils convoitent se libère.  Un poste plus haut placé, pour lequel ils sont diplômés. »

Le reste de son explication, ainsi que ce que j’ai pu moi-même observer depuis, lui a donné raison.  Depuis les années 90, non seulement la stabilité n’est plus une qualité recherchée dans le milieu de travail, c’est même un handicap.  Surtout si c’est pour occuper le genre de poste qui entre dans la catégorie Premier travail d’une personne sans expérience.  c’est à dire téléphoniste, plongeur dans un resto, caissière dans un supermarché, et plusieurs autres petite boulots du genre.  Et non seulement est-ce un handicap de carrière, c’en est un social et moral.  Voici les douze raisons:

RAISON 1: Tu es la seule personne stable dans un environnement créé pour être instable.
C’est fou comment, sans pour autant le penser consciemment, on a toujours l’impression que notre nouvel environnement de travail a toujours été le statu quo de la place. Tu es embauché.  Tu apprends à connaitre tes collègues de travail.  Vous vous entendez bien.  Pour toi, ceci est l’univers stable où tu vas passer le reste de tes jours.  Puis, un collègue part occuper de plus hautes fonctions.  Arrive donc le petit nouveau, que tu perçois comme étant l’ovni de la place.  Et étrangement, tu n’es pas vraiment porté à développer d’affinités avec celui-là.  Mais bien vite, tu constates que, un à un, tes premiers collègues font places à de nouveaux.  Un an plus tard, il ne reste plus personne du temps où tu as été embauché.  Tu te sens encore comme le petit nouveau, mais c’est toi qui est l’ancien.  C’est toi, maintenant, l’ovni de la place, car… 

RAISON 2: Tu as de moins en moins d’affinités avec tes collègues.
Au début, le courant passe toujours avec les nouveaux.  Mais après cinq ans sur le marché du travail, le temps a assez passé pour que tu sois totalement décroché des modes, expressions et tendances actuelles que suivent les jeunes qui sortent de l’école.  Ils ont maintenant plus d’affinités entre eux qu’avec toi.  Ce qui fait que plus le temps passe, et plus c’est toi, le vieux con que l’on met de côté.

RAISON 3: Plus tu prends de l’ancienneté, plus ça engendre le mépris.
Normal: De quoi est-ce que ça a l’air, de passer sa vie au bas de l’échelle, à occuper le genre de poste qu’un étudiant occupe  -et quitte-  avant ses vingt ans?  On se fait donc coller l’étiquette de « Pas capable de trouver mieux que ça. »  On a beau se défendre en répliquant « Moi, au moins, je travaille! », cet argument confirme que ta position est tout juste au-dessus des chômeurs, des BS, des parasites et des sans-abris.  Autrement dit, au plus bas du marché du travail, ce qui porte les gens à te juger.  Et même quand ils sont positifs envers toi, c’est encore pire car…  

RAISON 4: Même les encouragements sont décourageants.
Il y a des gens pleins de bonnes intentions, qui vont justement te dire ça:  « Bah, au moins, tu travailles, hein!?  C’est l’important! »   Ils veulent juste t’encourager.  Malheureusement, en disant ça, ils expriment justement le fait qu’à leurs yeux, occuper un tel emploi, c’est quelque chose considéré comme étant décourageant.  C’est suffisant pour donner des complexes.  Et voilà pourquoi… 

RAISON 5: La clientèle fidèle te déprime.
Une cliente régulière a quinze ans, est à l’école secondaire, est célibataire, habite chez ses parents.  Tu as vingt ans, caissière, célibataire, habite seule dans un 3½.
Dix ans plus tard, cette même cliente régulière a vingt-cinq ans, est à l’université et habite un 3½ avec son chum. Tu as trente ans, caissière, célibataire, habite seule dans un 3½.
Encore dix ans plus tard, cette même cliente régulière a trente-cinq ans, est partenaire senior dans un important bureau d’avocats et habite sa propre maison avec son mari et ses deux enfants. Tu as quarante ans, caissière, célibataire, habite seule dans un 3½.
Par conséquent…

RAISON 6: Tu n’as pas l’impression d’évoluer.
C’est un constat qui peut être très déprimant.  Heureusement, ton salaire évolue, lui.  Car plus longtemps tu travailles au même endroit, plus tu accumules les augmentations.  C’est la loi.  Et c’est justement ça le problème suivant, car…

RAISON 7: Tu finis par coûter trop cher.
Admettons qu’une caissière de supermarché occupe ce poste pendant vingt ans.  En 1997, le salaire était $6.80. Tout dépendant de ton employeur, tu as droit à 50¢ d’augmentation à tous les 6 ou 12 mois.  Faisons donc la moyenne, et disons que notre caissière a eu droit à 75¢ annuellement.  Au bout de vingt ans, ça fait $15.00, qui se rajoute à son salaire initial de $6.80, pour un total de $21.80 de l’heure.  Ça représente plus du double du salaire minimum actuel qui est $10.75.  Ça en fait donc l’employée la mieux payée de la place, tout de suite après le gérant (possiblement même au-dessus du gérant), alors qu’elle occupe pourtant le poste le plus en bas de l’échelle.  Et à cause de ça…

RAISON 8: Ta simple présence dérange tout le monde.
Plus tu travailles longtemps à un endroit, plus il est difficile de garder le secret sur ton salaire.  Surtout s’il est aussi élevé pour un poste si bas.  C’est le genre de chose qui choque le gérant et/ou son comptable, qui en parle à un collègue, qui le répète à d’autres, et c’est ainsi que chaque nouvel employé apprends tôt ou tard que tu gagnes si cher pour faire si peu.  Dans le cas d’une caissière dans un marché d’alimentation, ça t’apportes le ressentiment du boulanger, du boucher, des emballeurs, des étalagistes, des concierges, et bien évidemment des autres caissières qui prennent mal que tu puisses gagner double salaire pour travail égal.  Par conséquent, tout le monde te déteste.  Incluant le gérant qui sait très bien que, pour ce qu’il te paye, il pourrait embaucher deux nouvelles, plus jeunes et plus jolies, qui feront aussi bien que toi après une ou deux semaines d’entrainement.   Ce qui n’aide pas ton cas, c’est que souvent, l’ancienneté te pousse à avoir des comportements qui dérangent.  Par exemple: …

RAISON 9: Tu développes une familiarité qui engendre de mauvaises habitudes.
Parfois, le fait d’occuper un poste depuis très longtemps, ça nous porte à agir comme si la place nous appartenait, et on se permet des gestes et des paroles qui ne sont pas appropriés.  Par exemple, l’été dernier, j’ai eu un contrat temporaire dans une clinique de physiothérapie où je remplaçais les concierges employés permanents pendant leurs semaines de vacances.  Durant mes cinq semaines à cet emploi, 80% du staff et des clients m’ont parlé contre l’un des concierges, qui occupait ce poste depuis dix-neuf ans.  Depuis le temps, non seulement connait-il tout le monde, docteurs autant que patients, il est celui qui a le plus d’ancienneté dans la bâtisse.  Aussi, il se permet de cinq à dix pauses-cigarettes par jour, ce qui représente entre une heure et une heure et demie à être payé sans travailler, il se mêle de toutes les conversations entre réceptionnistes, docteurs et patients, et il va même jusqu’à ouvrir le rideau pour entrer dans les isoloirs pour aller jaser avec les patients pendant leur séance de physio.  Totalement sans-gêne, le gars.  Voilà pourquoi, depuis le début de l’année, il avait reçu deux avertissements de la part de la direction, précisant qu’à la troisième offense, il serait renvoyé.   Bref…

RAISON 10: On cherche la première excuse valable pour te congédier.
Vous vous souvenez de cette caissière de Provigo qui a été congédiée pour avoir dit à un client qu’un fromage était en spécial au Wal Mart? Ça faisait dix-huit ans qu’elle occupait ce poste.  Il y a aussi celle-ci, qui a été congédiée du Mc Donald’s, après avoir payé de sa poche le repas de pompiers qui venaient de combattre un incendie. Mère de deux enfants, qui occupait deux emplois, elle n’avait pas le profil typique d’une caissière de McDo.

Il est vrai que c’est le genre de travail où, si on veut être accepté lorsque l’on n’entre pas dans les critères, il faut s’en démarquer de manière extrême.  Comme madame Go Gwek Eng qui, à 92 ans, est la plus vieille employée de Mc Donald’s au monde.  Juste pour ça, elle est assurée d’occuper cet emploi tout en étant respectée jusqu’à la fin de ses jours.

Ceci dit, quand je parle de première excuse valable pour se débarrasser de toi, j’ai un excellent exemple: Je ne sais pas si ça existe en Europe, mais ici au Québec, il y a des dépliants publicitaires gratuits qui sont accrochés aux boites à lettres, dans un sac en plastique.  Ça s’appelle un Publisac.  En général, ils traînent là, sans que personne ne les ouvre, et se retrouvent aux poubelles ou au recyclage lors du passage suivant du camion de ces derniers.  Bref, c’est plus dérangeant qu’utile.  C’est dire à quel point ça n’a aucune valeur aux yeux des gens.  La raison pourquoi j’en parle?  Parce que j’ai connu une femme dont la familiarité au travail la poussait à faire de plus en plus de commentaires chiants à ses collègues.  La direction a donc sauté à pieds joints sur la première excuse pour s’en débarrasser: Avoir volé un Publisac.  Sûr, c’est une excuse ridicule.  Mais techniquement, le Publisac n’avait pas été livré chez elle, donc techniquement il ne lui appartenait pas, donc techniquement c’était un vol, donc techniquement ça en faisait une excuse valable pour s’en débarrasser.

Et à la lumière de tout ceci, tu constates que… 

RAISON 11:  Plus grand est ton passé, plus angoissant est ton présent, car plus incertain est ton avenir.
Résumons la situation: Tu occupes un travail que n’importe qui pourrait faire, tu gagnes trop cher au goût de tous, tu n’as rien en commun avec tes collègues, tu es méprisé, mis de côté, tu déranges, et tu dois sans cesse marcher sur des oeufs car, pour toutes ces raisons, tu sais trop bien que l’on cherche la moindre excuse pour te congédier.  Tu vis donc dans une angoisse constante, dans un environnement à atmosphère négative.  Et il faut que tu l’endures.  Tu n’as pas le choix, car…

RAISON 12: Il te serait impossible de retrouver un tel emploi, et encore moins à tel salaire.
Trop vieux, payé trop cher, et n’a que ce travail-là à mettre dans son CV.  Quel employeur voudrait de ça?  Et bonne chance pour avoir du chômage si la raison du congédiement donnée par l’employeur tombe dans l’une des catégories qui n’y donnent pas droit.  Et même là, les chèques de chômage ne sont pas éternels.

Et même si, exceptionnellement, on arrive à garder notre poste en évitant tous ces problèmes avec nos collègues et patrons…  Vous en connaissez beaucoup, des commerces qui arrivent à exister pendant plus de vingt ans?  C’est sûr qu’il y en a.  Mais tôt ou tard, parmi ceux qui prennent la place des anciens à la présidence, il y en aura un qui n’aura pas le talent de son prédécesseur pour garder la compagnie prospère.  Ou pire encore: Oui, il l’a…  Mais le marché change, et le produit et service n’a plus sa place, et la compagnie finit par fermer.   

Et c’est ainsi que, pour avoir eu la fierté d’être une personne stable, on se peinture dans un coin, s’écrasant de plus en plus dans le mur du fond du cul-de-sac de notre emploi.  Jusqu’à ce que quelque chose cède: le mur, ou nous.

C’est bien beau d’avoir de vieilles valeurs, telles la stabilité en emploi.  Mais si ces valeurs sont qualifiées de vieilles, c’est généralement parce qu’elles n’ont plus leur place à notre époque moderne où, ce qui était hier décrié comme étant instabilité, est aujourd’hui louangé comme étant évolution

6 raisons pourquoi je ne suis pas nostalgique de mes 18 ans.

Cette année, le 21 juillet, j’aurai quarante-huit ans.  Puisque c’est à dix-huit ans que l’on devient légalement adulte, je fêterai cette année le trentième anniversaire de ma majorité.

En général, lorsque l’on est adolescent, on a très hâte d’arriver à dix-huit ans pour être enfin un homme et avoir droit à tout ce qui nous était interdit jusque-là, soit la liberté, l’argent, le respect, et tout ce qui est relié au sexe, sans que l’on puisse nous réprimander.  L’anecdote que je vous offre aujourd’hui raconte la façon dont j’ai passé cette journée.  C’est une fidèle reproduction d’un texte que j’ai écrit dans un cahier Canada le jour suivant, puisque j’ai toujours eu comme habitude d’écrire ce qui m’arrivait.  Le texte original est rouge vin italique, mes commentaires sont en texte noir normal. C’est parti:

22 JUILLET 1986

Hier comme cadeau de fête, je me suis offert une sortie à l’Expo Agricole de St-Hyacinthe. Pour l’occasion, une grande partie du terrain du centre culturel est transformée en parc d’attraction genre La Ronde, en plus cheap côté manèges et en plus cher côté prix d’entrée. Je suis seul car Carl et le reste de mes amis sont trop snobs pour s’abaisser à une sortie aussi quétaine, comme il dit.

Il fait chaud. Le soleil tape fort. J’ai soif. J’ai envie d’aller me prendre un coke à 2$ (le double du prix hors-expo), mais mon attention est attirée par un stand en forme de citron géant où il est écrit: « Limonade à l’ancienne: $4.00 » ($4.00, c’était également le salaire minimum de l’heure à ce moment-là, ce qui vous donne une idée du prix aujourd’hui.) C’est cher, mais à force d’entendre dire que les choses étaient tellement mieux faites dans l’ancien temps, on finit par y croire. Je me dis donc que cette limonade vaut probablement un tel prix.

Je me rend au stand, et demande une limonade à la madame.  La madame prend un citron, le coupe en 2, dépose une moitié de ce citron dans un gros verre en carton, y met une cuillerée de sucre, remplis le reste du verre à ras bord de glace, puis remplis le peu d’espace vide qui reste avec de l’eau. Elle y sacre une paille et me tend le tout en réclamant mon argent.  J’étais atterré par la cheap-esse de la chose.  Comme je me l’imaginais, ça ne m’a pas pris plus que 4 gorgées pour le finir. Et peu importe la température, plus tu as soif, moins les glaçons fondent vite. J’abandonnais mon verre glace/citron dans la première poubelle, une poubelle remplie à déborder de verres de limonade à l’ancienne achetés par d’autres qui se sont faits avoir avant moi. Je me sens humilié de ne pas avoir remarqué ce détail plus tôt. Si j’avais été plus attentif, j’aurais compris l’arnaque et je n’y aurais pas laissé mon cash. Je me jure que désormais, lorsque j’aurai vraiment soif, je vais m’en tenir aux choses que je connais. (Une leçon que je pratique encore aujourd’hui, incluant avec la nourriture.)

Tout en déambulant entre les allées, mon oeil est attiré par un manège nommé Le Zipper. J’sais pas trop comment le décrire… L’important c’est de savoir que chaque cabine est une sorte de siège-cage dans lequel on se fait enfermer deux par deux.

Je regarde la courte file d’attente. Il y a un groupe de 4 gars, suivi d’un groupe de 3 filles. Je vois bien qu’ils ne se connaissent pas car les gars parlent ensemble, les filles parlent ensemble, et il y a une distance entre les deux groupes. J’ai soudain une idée géniale. Je cours me mettre en file derrière elles, en me disant que puisqu’il faut embarquer deux par deux, il y en a forcément une des trois qui sera avec moi. Je suis arrivé juste à temps d’ailleurs, une dizaine de personnes arrivent derrière moi et attendent leur tour.

Puis arrive le moment tant attendu: Le manège s’arrête et l’employé de l’expo en fait descendre les gens pour les remplacer par ceux de la file d’attente.

À ce moment là, surgi de nulle part, arrive un ti-cul de 10-11 ans qui court vers moi. Il s’arrête et me demande:

– T’es-tu tout seul ?

Fuck ! Qu’est-ce que vous vouliez que je réponde à ça ? Je ne pouvais tout de même pas répondre « Non, je suis avec elles ! », je ne voulais pas prendre le risque que ces filles se retournent vers moi et me démentent ou pire encore: Qu’elles rajoutent: « Toi ? avec nu-z’autres ? Ah ouache! Ça va pas? » C’est que les filles entre 15 et 20 ans peuvent être très cruelles, vous savez. J’ai donc pas le choix de lui dire que oui, chus tout seul. Il me dit:

– Cool! J’monte avec toi!

Tabarnak! Un si bon plan, si génial, si parfait, que j’ai réussi à monter en quelques secondes, démoli par ce jeune crétin qui voulait juste s’éviter de faire la file. Je vois les 2 premières filles monter ensemble, la 3e monter seule, et je me suis retrouvé enfermé dans la cage avec ce p’tit casseux d’party. Pour la première fois de ma vie, j’avais hâte de débarquer d’un manège avant même d’avoir embarqué dedans.

Et on se retrouve à monter, à tournoyer, à tourbillonner durant quelques minutes. Et puis, ça s’arrête tandis que nous sommes tout en haut. On s’imagine qu’en bas l’employé est en train de changer les clients. J’ai très hâte que ce soit mon tour, parce que cette petite merde assise a mes côtés n’arrête pas de me parler. Et malgré le fait que je ne lui répond qu’à peine, il me parle comme si nous étions en grande conversation.

Les minutes s’étirent et on ne bouge toujours pas. Nous sommes mal situé pour voir ce qui se passe en bas, mais j’entend ce que dis l’un des occupants d’une nacelle voisine, qui eux peuvent voir tout:

– Oops… Quelqu’un a été malade, en bas. Va faloir attendre qu’ils nettoyent !

FUCK!!! On a été pogné en haut comme ça pendant vingt minutes. Et tout ce temps là, je n’avais qu’une envie et c’était d’étrangler le sale trouble-fête à mes côtés. S’il n’était pas venu me gâcher mon plan, c’est avec une jolie fille que j’aurais été enfermé ici, 25-30 minutes en tout.

Le pire là dedans, c’est qu’après avoir débarqué, le p’tit sacrament avait décidé de me coller au cul. Il m’a demandé quel manège ON allait faire ensuite. Je n’avais certainement pas envie de passer la journée en compagnie d’un enfant, et encore moins de ce p’tit crisse qui m’a cassé mes plans de drague. J’ai essayé de m’en débarrasser en allant aux toilettes et de m’enfuir lorsqu’il entrerait dans un cabinet, mais rien à faire. Il n’est pas entré, il m’a juste attendu devant la seule porte d’entrée.

Histoire de m’en débarrasser, j’ai voulu lui faire accroire que je m’en allais. Je n’ai pas eu d’autre choix que de le faire pour de vrai, car il m’a raccompagné jusqu’à la sortie.

Ma sortie snobbée par mes chums, mon argent arnaqué, ma soif non-épanchée, mon plan de drague ruiné, ma paix troublée, mon séjour écourté… Joyeux dix-huitiemme anniversaire, kâlisse!

FIN

À l’époque, mon but en écrivant ce texte était de démontrer à quel point j’ai été malchanceux ce jour-là.  Mais en le relisant aujourd’hui, je vois bien que ce n’était pas la malchance, mon problème.  J’avais beau être devenu légalement un homme, dans les faits j’étais loin d’en être un.  C’était ça, mon vrai problème.  Un manque de couilles total!  Et c’est à cause de ça, que…

RAISON 1)  J’étais infidèle par frustration, et fidèle par désespoir.  
Car oui, je me suis bien gardé de l’écrire dans mon texte original, mais ça faisait trois mois que je sortais avec Julie, âgée de quinze ans, habitant chez ses parents à Saint-Hyacinthe, d’où ma présence en cette ville ce jour-là. J’avais planifié que l’on se voit et que l’on passe la journée à l’expo agricole ensemble.  Mais voilà, deux obstacle se dressaient entre mes plans et moi.  Le premier: Julie travaillait à temps plein chez un opticien aux Galeries Saint-Hyacinthe.  Elle ne peut donc pas faire cette sortie avec moi le jour.  Quant au soir, impossible également.  Le temps qu’elle finisse de travailler, se rendre chez elle, soupe en famille et finisse d’aider à la vaisselle, il sera déjà 19:00. Et là se dresse le second obstacle: Ses parents.  Ceux-ci n’ont aucune confiance de laisser leur fille de quinze ans avec un gars de dix-sept ans, maintenant dis-huit, seuls, le soir, à l’extérieur.  Tous mes amis avaient le droit d’avoir une blonde qu’ils peuvent voir quand ils veulent, de faire ce qu’ils veulent.  Mais moi? Non! Interdit! 

Et ce qui ajoutait à ma frustration, c’est qu’avant Julie, j’ai eu une relation d’un an avec une fille de Montréal-Nord dans lequel j’étais sexuellement actif, et ce dès la première semaine.  Julie, par contre, n’avait pas l’air de vouloir amener la relation à l’étape sexuelle.  Et en effet, lorsqu’elle cassera avec moi, ce sera au bout d’un an et demi d’une relation platonique.  Et voilà ce qui me frustrait: Ne pas avoir le droit de faire des activités normales, et même d’avoir une une relation normale. Mettre de la pression sur l’autre pour la forcer à avoir du sexe, ça n’a jamais été dans ma nature.  Alors de telles conditions, on peut comprendre pourquoi je cherchais mieux ailleurs.  On peut désapprouver, mais au moins on peut comprendre. 

Aussi, à l’époque, je n’avais pas ce qu’il faut pour que la majorité des employeurs veulent de moi.  Alors ou bien on ne m’embauchait pas, ou alors on me casait dans des horaires de merde, de soir, de nuit, majoritairement seul, avec des jours de congés qui ne tombaient jamais les fins de semaines.  Comme cet été-là, où je travaille à laver de la vaisselle le soir, cinq jours semaine, avec congé lundi et mardi, soirs où personne avec horaire de travail normal n’a envie de sortir.  Mon horaire ne correspondant pas avec ceux de ma blonde ni de mes amis, ça mettait obstacle à ma vie sociale.  

Et voilà ce que je veux dire par infidèle par frustration, fidèle par désespoir: Infidèle par frustration, parce que tout le long où j’étais avec elle, je cherchais mieux.  Et fidèle par désespoir, parce que si j’ai continué de sortir avec elle tout ce temps, c’est parce que j’étais incapable de trouver mieux.  Et c’est un comportement que j’avais aussi avec mon employeur.

Ce qui a changé: Avec les années, en devenant plus vaillant et plus athlétique, j’ai commencé à être intéressant, autant pour les employeurs que pour les filles.  Alors depuis que j’ai vingt-sept ans, il arrive que l’un ou l’autre s’offre sans que j’aille à le demander.  Et dans les deux cas, je ne suis plus désespéré au point de rester dans une relation de travail ou de couple si celle-ci ne me convient pas, puisque je suis maintenant capable de trouver mieux.  

RAISON 2)  J’étais un Fedora-Neckbeard.
Bon, je ne portais pas la barbe en collier. N’empêche que j’étais un loser, et que  j’en portais fièrement l’uniforme officiel. Il est vrai que la nature ne m’a pas gâté.  Je suis frêle, peu attrayant, rien pour attirer les regards admiratifs. J’aurais pu faire des efforts; aller au gym, faire du sport, avoir un travail physique afin de me renforcer.  Mais non; j’essayais plutôt de camoufler mon physique non-remarquable sous des vêtements qui l’étaient.  J‘essayais de compenser par mon look, en cherchant à montrer que j’avais de la classe, moi! 

Habillé de la sorte un 21 juillet, j’avais chaud.  J’endurais parce que j’étais convaincu que j’avais une classe folle.  Et soyons franc, en 1986, oui, ce look faisait à la fois artiste et classe.  Mais il l’aurait fait dans une soirée de gala en automne.  Par contre, de jour, à l’extérieur, par un bel après-midi chaud et ensoleillé du milieu de l’été, à l’expo agricole de Saint-Hyacinthe, j’avais l’air d’un clown.  Pas surprenant que la seule personne qui s’est trouvée attirée par mon allure, c’était un enfant. 

Ce qui a changé: C’est à l’automne de l’année suivante, en 1987, à dix-neuf ans, lors de ma rupture avec Julie, toujours ma blonde et toujours platonique, quelle me fera comprendre que mon look était ridicule, en plus de me révéler ce que les gens pensaient de moi dès qu’ils me voyaient. Je considère que j’ai eu de la chance de l’avoir appris à ce moment-là, donc assez tôt pour que ça ne puisse avoir le temps de ruiner ma vie davantage. J’ai alors commencé à m’habiller de façon plus masculine, et surtout plus normale. 

RAISON 3: J’étais désespéré.
À cette époque et jusqu’à mes 25 ans, mon ambition première était d’être en couple. N’importe qui, pourvu que ce soit une fille. Et puisque j’étais timide, je saisissais chaque opportunité dans laquelle il y en ait une qui n’ait pas le choix de me parler, faisant ainsi les premiers pas. Tel que je l’ai déjà mentionné dans mon roman autobio Surveiller Nathalie, voici ce qu’était ma mentalité à ce sujet:   « Oui, j’ai de la misère à me trouver une blonde.  Oui, je m’essaye après toutes les filles célibataires que je peux trouver.  Et à cause de ça, on pense que je suis un fou des filles, un maniaque de la conquête, un obsédé sexuel.  Mais dans les faits, tout ce que je cherche vraiment, c’est avoir une relation amoureuse et sexuelle normale, sérieuse, saine et monogame. Je ne veux pas toutes les filles.  J’en veux une!  Je cherche la bonne, celle avec qui je serai compatible sur tous les points.  Sauf que, si je veux la trouver un jour, je n’ai pas le choix d’être constamment en chasse aux filles célibataires, au cas où l’une d’elle soit celle-là. »   C’est bien plus tard que j’ai réalisé que courir après toutes les filles en étant célibataire, et rechercher mieux lorsque j’étais en couple, c’était exactement l’attitude d’un gars désespéré.

Ce qui a changé: Mon physique. Je suis allé au gym, j’ai fait du sport, j’ai choisi du travail physique afin de me renforcer. Je sais bien que le message que je passe en disant ceci n’est pas politically correct en cette époque où le body shaming est tabou. N’empêche que c’est un fait: En développant mes muscles et en prenant juste assez de gras pour transformer mon visage de laideron squelettique en quelque chose que les filles sont capables de regarder sans avoir de nausées, je suis devenu attrayant. 

Et à partir du moment où je suis devenu attrayant, j’ai commencé à attirer beaucoup plus d’amoureuses potentielles, et ainsi je n’avais plus besoin de désespérément m’accrocher à toute fille célibataire qui passait.

RAISON 4:  J’étais un nice guy, donc un passif.
Comme la majorité des soi-disant bons gars, je considérais que ne rien faire du tout, c’était la meilleure façon de ne rien faire de reprochable. Les filles se plaignent souvent de s’être fait approcher et/ou draguer par des inconnus.  Aussi, histoire d’éviter de mal paraître, le nice guy ne draguera jamais.  Oh, il veut séduire, mais sans prendre le risque de faire les premiers pas. Il a tellement peur du rejet qu’au lieu d’approcher les filles en tant qu’amoureux potentiel, il espère que les circonstances vont les rapprocher. Voilà pourquoi je me suis précipité dans la queue en voyant qu’il y avait un nombre impair de filles qui attendaient leur tour. Quand on est verrouillés dans une cage métallique et isolés à plusieurs mètres d’altitude, quoi de plus normal d’échanger quelques mots avec la personne qui partage notre nacelle?  Je pourrais donc lui parler sans qu’elle pense que c’est pour la draguer.  Ça me laisserait le temps de me montrer intéressant, d’abord via mon look démontrant que j’avais de la classe, et ensuite en lui démontrant mon intelligence par mes paroles.  Il ne me resterait plus qu’à espérer qu’elle m’invite ensuite à les accompagner.

Ce qui a changé: D’abord, tel qu’expliqué au point précédent, j’ai commencé à plaire vers 1995.  Donc, je savais que je pouvais aisément me mettre en couple si je voulais.  Donc, être rejeté n’était plus pour moi un signe que je passerais ma vie célibataire.  Donc, j’ai cessé d’avoir peur du rejet.  Donc, j’ai commencé à choisir celles qui me convenaient le mieux. Et donc, je me suis permis de leur exprimer mon intérêt pour elles.  Ma relation à long terme actuelle, ainsi que la précédente qui a duré 12½ ans, c’est moi qui les ai draguées.  Le simple fait que ce furent mes plus sérieuses relations démontre qu’en effet, choisir activement vaut bien mieux que se laisser choisir passivement.

RAISON 5: J’étais une victime volontaire.
J’ai préféré écourter ma journée et ainsi la laisser se gâcher, plutôt que de dire à ce petit garçon d’arrêter de me suivre. 

Ce qui a changé: J’ai cessé d’être un lâche. Car en effet:

RAISON 6:  J’étais un lâche.
Sérieux, là! Je venais d’avoir 18 ans, et j’ai fui devant un enfant de 10 ou 11 ans, comme une jeune fille qui fuit devant un potentiel agresseur sexuel.

Ce qui a changé:  Ça a pris du temps, mais j’ai fini par apprendre à m’affirmer. Depuis l’âge de 30 ans, je n’ai aucun scrupule à exprimer mon désaccord si une situation me dérange.  Bon, j’avoue que j’ai eu une période dans laquelle j’ai perdu le contrôle de mon franc-parler, et que certaines personnes que j’ai humiliées de cette façon sont devenues de rancuniers ennemis.  Ça m’a pris un autre 10 ans afin d’apprendre à faire la différence entre un désaccord contre lequel il est important de protester, et un que l’on peut très bien laisser passer.

N’empêche que si aujourd’hui je verrais par sa préparation à quel point un verre de limonade est cheap, je n’hésiterais pas à annuler ma commande et épargner $10.75. (Le salaire minimum au moment où j’écrit cet article.) Et si un inconnu venait me demander si je suis seul dans un file d’attente, je lui pointerais la fin de la file en répondant calmement mais fermement: « Tu ne m’utiliseras pas pour passer avant tout l’monde. »

Beaucoup d’hommes prennent de l’âge en regrettant leurs 18 ans.  Je ne serai jamais de ceux-là.  Car comme je le fais depuis plus de vingt-cinq ans, je continue à travailler sur moi-même, aussi bien de corps et d’esprit, pour toujours évoluer positivement en améliorant ce que je suis.

Parce que notre passé ne devrait jamais être meilleur que notre présent, et encore moins notre avenir.

Le premier texte viral québécois fête ses 20 ans

Un joueur de poker ne se demande jamais qui a dessiné le valet, la reine et le roi sur ses cartes.  Personne, en déjeunant, n’a jamais regardé sa bouteille de sirop en se demandant qui a peint Aunt Jemima.  Et la majorité des gens qui s’envoient les mêmes blagues qui circulent sur le net depuis 1997 ne se demandent jamais qui les a écrites.  Ça fait tellement partie de notre décor qu’il ne nous vient pas en tête qu’à l’origine, il y a une personne qui a créée ça.   

Et dans le cas du plus ancien texte viral québécois sur le net, cette personne, eh bien, c’est moi! 

Février 1996, Saint-Hyacinthe.  Dans ma chambre, chez mes parents, je me creuse la tête sur un travail d’école.  Pas une étude ni un devoir.  Non, je parle d’un truc vraiment important pour le jeune wannabe-riche-et-célèbre prétentieux que je suis : Ma chronique humoristique dans le journal étudiant Vox Populi du Cégep André-Laurendeau.  

Mes trois premiers textes n’avaient récoltés qu’indifférence des lecteurs.  Le 4e et dernier, par contre, intitulé 20 éléments sans lesquels Noël ne serait pas ce qu’il est ne cesse de me rapporter des félicitations.  Je comprends alors qu’un texte humoristique sous la forme d’une courte liste est une formule gagnante.  Je rebaptise ma chronique Le Décompte Requin Roll.  Il ne me reste plus qu’à en trouver le prochain sujet. 

Presque un an plus tôt, j’avais commencé une liste de sept noms de famille composés qui forment d’amusants jeux de mots.  Je prends le bottin téléphonique local et note les patronymes francophones qui me semblent avoir du potentiel pour en faire d’autres.  En quelques heures, ma liste passe de sept à vingt.  Je rajoute un petit commentaire amusant après chaque nom composé, et la soumet au Vox le lendemain.  Un mois plus tard, elle est publiée. 

1997: Je fais mes débuts sur le net en construisant ma première page web personnelle sur Geocities.  J’y expose mes meilleurs textes et dessins, incluant les sept Décomptes Requin Roll que j’ai écrits. 

1998: On me signale que trois de mes noms composés ont déjà été faits dans les années 70  par l’humoriste Yvon Deschamps.  Je demande plus de détails à ce sujet à mes lecteurs-z-et-lectrices.  L’une d’elle me répond qu’à l’époque où les enfants ont commencé à porter les noms de famille de leurs deux parents, il s’était amusé à imaginer ce que ça donnerait au bout de quelques générations :  « Moreau Bordeleau Lemoine Allaire Durant Lacasse Dubois Léger Auger Gagné Legros Montant Moran Voyer Leboeuf Haché ».  La coïncidence m’a amusé et j’ai rajouté ce fait en bas de la page de ce décompte.

Geocities et ses couleurs pétantes.

1999: Avant l’existence de Facebook, c’est via courriel que l’on gossait nos contacts avec des pensées du jour, des légendes urbaines, des textes drôles, ainsi que des chaines de lettres promettant que Bill Gates et Walt Disney Jr nous récompenseraient de les rediffuser.  C’est ainsi que j’ai eu la surprise de recevoir un jour mon propre texte de noms de familles.  Un visiteur anonyme de ma page l’avait copié-collé et envoyé à tous ses contacts, dont certains l’ont à leur tour envoyé à tous leurs contacts, et ainsi de suite.  Éventuellement, une de mes amies a fini par le recevoir, et me l’a envoyée. 

À l’an 2000, plusieurs connaissances me disent avoir reçu mon texte.  Sur le populaire engin de recherche AltaVista, je trouve une cinquantaine de pages web et forums qui l’affichent.  En les parcourant, je constate qu’il en existe maintenant différentes versions :

  • La version originale, avec en-tête expliquant sa provenance.
  • Une version avec un en-tête affirmant « Ce sont de vrais noms de québécois. »
  • Une version avec les noms seulement, sans les commentaires.
  • Des versions censurées, sans les combinaisons vulgaires.
  • Des versions retravaillées, sans vulgarités et en bon français.
  • Des versions allongées, qui y ont rajouté les classiques « Marin-Gouin » et « Yoland-Gingras »bien que Yoland soit un prénom.
  • Et des versions dans lesquelles d’autres s’approprient la paternité de mon texte.  

Ces dernières m’amusent moins.  Aussi, puisque de toute façon aucun de ces posts n’inclut mon nom, je commencé à écrire à chaque webmaster pour lui signaler que j’en suis l’auteur, avec lien vers l’original sur ma page.  Certains me créditent, d’autre non, alors que d’autres encore effacent juste le texte.   

En 2005, l’Université du Québec à Trois-Rivières publie sur son site une étude sur les aptonymes (nom de famille d’une personne qui est étroitement lié à son métier ou à ses occupations).  Elle y présente ma liste de nom comme étant le fruit d’une recherche sérieuse.  Je leur écris et rétablis les faits.  Le lendemain, leur texte est modifié.  Ils qualifient maintenant ma liste de canular d’étudiant.  Ou bien ils n’ont rien compris, ou alors mes révélations ont froissé quelqu’un.

Le début des années 2000 m’a permis de voir mon texte déborder des frontières du net et envahir d’autres médias, alors que le magazine Délire le publie dans son courrier des lecteurs.

En 2003, l’animateur Marc-André Labrosse la cite dans son émission du soir sur CKMF / Radio Énergie / NRJ. En 2005, c’est Patrice Lécuyer dans son émission du midi à CKOILa même année, ma mère m’appelle pour me dire qu’elle l’a entendue à la télé, à l’émission du matin Salut Bonjour.

En octobre 2003, un chroniqueur du journal l’Œil Régional la publie

En septembre 2004, le même Bozo la publie une seconde fois, mais en version extrêmement écourtée. 

Un lecteur anonyme découpera du journal cette version, la scannera et mettra l’image résultante sur le net. 

En 2012, cette image permettra à un autre chroniqueur de se faire lui aussi une poignée de change sur mon talent.

Comment est-ce qu’on se sent d’avoir créé un texte viral partagé des millions de fois dans toute la francophonie de la planète?
Tout d’abord, étonné.  Je l’ai seulement écrit, jamais distribué.  Alors qu’il ait ainsi pris vie par lui-même, ça a de quoi surprendre. 

Ensuite, je dois avouer que me suis toujours senti un peu floué.  C’est quand même chiant de voir qu’après avoir envoyé en vain mes CV à la radio, la télé et autres médias, ce sont ceux qui occupent déjà ces postes qui s’y font de l’argent avec mes écrits.   

Et malgré tout, il reste le sentiment de fierté.  Ma création est quand même active non-stop dans médias sous toutes leurs formes depuis près de vingt ans, ce qui en fait l’un des plus viraux des textes viraux, l’un des premiers à être francophones, et le tout premier d’origine québécoise. 

Et puis, ce n’est pas comme si j’avais à me plaindre.  J’ai quand même écrit régulièrement de 1988 à 2008 dans des publications telles que Wow!Safarir, Le Journal de Montréal et Summum, pour ne nommer que les plus connus.  Alors si j’arrive à vendre ce texte-ci à Urbania, non seulement je pourrai le rajouter dans mon CV, j’aurai quand même bien fini par me faire $125.00 grâce à ma liste de noms composés. 

C’est sûr que si on divise ça par vingt ans, ça ne fait pas cher de l’heure.  Mais bon, ce serait déjà ça.

Ajout de nouveaux liens.


Blog officiel

Mes Prétentions de Sagesse


Mes BD

Requin Roll, toutes mes BD, en ligne.
Toutes les BD que j’ai pu faire, passées et présentes. Publie trois fois par semaine.

Les Colocopines
 Courte série au sujet de trois copines colocataires.

1 Gay 1 Hetero
Deux colocataires, l’un est gay, l’autre est hétéro.

ComicOrama, chroniques sur la BD en général.

Deviant Art, ma galerie en ligne.

Et voilà!  C’est que j’en ai produit, du stock, en 19 ans sur le net.

Les 11 étapes de la création d’un quartier huppé

Au printemps de 1990, à l’âge de 21 ans, je partais de mon petit village de Mont Saint-Hilaire, Qc, Canada, pour aller m’installer à Montréal.  Dès cette première phrase, on imagine généralement que suivra une de ces anecdote qu’on a entendu mille fois, dans laquelle le jeune homme vit le charme d’avoir un premier appartement dans la grande ville.  Un logis quelque peu délabré et pauvre, certes, mais riche en Histoire. Et c’est là qu’il découvre peu à peu les différentes facettes de la vie de l’adulte qu’il est en train de devenir.  

Ça sonne un peu moins glamour quand je précise que dans mon cas, je suis juste allé trouvé refuge chez la mère de ma blonde de l’époque, après qu’une dispute de trop avec mon père se soit soldée par mon expulsion de la maison familiale.  Mais bon, quand on est sans le sou, on vit du bon-vouloir du maître des lieux.  Dans ce temps-là, la vie est rarement ce que l’on en fait, et bien plus souvent ce que nous imposent ceux qui sont plus puissants que nous.

Depuis que je suis montréalais, le hasard a fait que ma vie a presque toujours tourné autour du Canal (de) Lachine, qui est la première ligne bleue sur ce bout de carte où j’ai marqué d’un point (20 points, en fait) les endroits où j’ai habité, étudié et travaillé: Ville-Émard, Verdun, Saint-Henri, LaSalle.

Habiter l’endroit pendant 25 ans, soit de 1990 à 2015, m’a permis de le voir évoluer, ce qui m’a permis de constater qu’il y a onze étapes qui permettent de transformer un coin pauvre en quartier huppé.

ÉTAPE 1) Un quartier est industriel. Beaucoup de travail disponible, beaucoup de travailleurs y vivent.
de 1865 à 1970, le Canal Lachine était en opération.  Ainsi, tout le long de ses deux rives, se sont multipliées les industries et commerces vivant du cargo des innombrables bateaux de transports de marchandises et de matières premières qui passaient par là.  Évidemment, de nombreuses maisons et édifices à logements se sont bâties à proximité afin de loger tous ces travailleurs et leurs familles.

ÉTAPE 2) Le travail déménage à un endroit plus économique / plus moderne / mieux adapté aux récentes tendances du marché.
C’est ainsi qu’en 1970, le Canal Lachine a fermé, en ouvrant ses écluses pour de bon, ce qui a cessé de retenir l’eau, rendant le passage impraticable aux bateaux. Lorsque je suis arrivé dans le quartier Ville-Émard 20 ans plus tard, en 1990, l’eau y ruisselait en cours tellement minces par endroits que l’on pouvait le traverser à pied.


ÉTAPE 3) Sans travail, le quartier est déserté par les travailleurs qui vont vivre ailleurs.
Normal! Il faut aller là où le boulot est.  N’empêche que ça fait bien des logements vides, tout ça.

ÉTAPE 4) Les propriétaires sont obligés de laisser les loyers peu coûteux s’ils veulent avoir des locataires qui vont daigner y vivre.
Et moins les loyers rapportent, moins les propriétaires peuvent se permettre de rénover.  Et plus l’endroit se délabre, et plus les loyers restent généralement au même prix pendant une décennie ou deux, tandis que le reste du coût de la vie augmente.

ÉTAPE 5) Les loyers les moins chers attirent les gens pauvres.
Quand on parle de gens pauvres, on songe tout de suite à ceux qui ne peuvent pas se trouver un bon emploi pour diverses raisons, aucune vraiment édifiantes: Peu éduqués, alcooliques, violents, criminels, consommateurs et/ou revendeurs de drogues, délinquants de toutes sortes, problèmes psychologiques, BS chroniques…  Mais aussi, et c’est là l’ingrédient vital de la transformation de l’endroit: Les artistes amateurs, donc sans le sou, tels peintres, sculpteurs, jongleurs, musiciens, chanteurs, bédéistes, qui commencent à occuper le quartier.

ÉTAPE 6) Le quartier devient une communauté artistique.  Il y nait plusieurs artistes, mouvements artistiques et tendances qui percent au grand public.
Le roman Bonheur d’Occasion et le film qui en fut tiré raconte la vie du quartier ouvrier de Saint-Henri, qui longe le Canal Lachine.


Vous connaissez Yvon Deschamps? Il est lui aussi originaire du quartier Saint-Henri, un endroit qui a influencé ses monologues dans lequel il décrivait la vie moyenne du canadien-français d’un milieu ouvrier.  La comédienne Marina Orsini vient du quartier voisin, Ville Émard, ainsi que, comme son nom l’indique, le légendaire Ville Émard Blues Band.  Au printemps de 2001, Bran Van 3000 tourna une bonne partie du vidéoclip de leur chanson Astounded sur le bord du Canal de Lachine à Saint-Henri.  

Du reste, pour connaître les personnalités artistiques qui en sont originaires ou qui y ont habitées, il n’y a qu’à consulter les pages Wikipédia de Ville Émard, Verdun, Saint-Henri et Lasalle.

ÉTAPE 7) Le quartier est remarqué par les riches qui sont attirés par son côté artistique, donc très branché.
Que ce soit à la télé, les journaux, les magazines ou la radio, la majorité de ce que l’on y voit, lit et entend a rapport aux artistes.  Donc, forcément, le lieu d’origine de l’artiste peut être fascinant pour les fans.

ÉTAPE 8) Les riches envahissent la place, démolissant les logements pauvres pour y construire des condos.

Quand on n’a pas le talent pour être un artiste, on essaye de s’approprier son univers.  Et puisqu’il s’agit de gens riches, ils ne vont certainement pas accepter d’habiter des taudis.  Bref, ils vont vouloir observer la vie du pauvre, mais du point de vue d’un riche.  … Et sans la présence du pauvre, si possible.  C’est normal: Depuis 2002, le Canal Lachine est de nouveau ouvert à la navigation, afin que les riches puissent y installer des quais pour leurs bateaux.  Ils ne veulent certainement pas les voir se faire couvrir de tags et graffitis.  Aussi:

ÉTAPE 9) Le quartier devient trop riche pour que les pauvres puissent encore y vivre.
Les propriétaires pauvres demandent des subventions pour rénover leurs édifices à logements, puisque la présence des condos de riches démontrent que le quartier a un soudain potentiel économique qui promet.  Mais voilà, les banques ne prêtent qu’aux riches.  Les proprios pauvres tentent alors d’augmenter les loyers.  Les locataires pauvres ne peuvent plus y vivre et partent.  Mais personne ne veut payer cher pour un loyer délabré, le voilà donc avec un édifice délabré et déserté.  La présence des riches font que les taxes des propriétés font un bond spectaculaire que le propriétaire pauvre ne peut se permettre.  Les riches lui rachètent son édifice pour une bouchée de pain, et obtiennent aisément les subventions pour le rénover, ou bien pour tout raser et construire d’autres condos.  

Pour les commerces, même scénario: Les grandes chaines s’installent et paient aisément un loyer exorbitant, qui devient soudain le barème  pour les commerçants déjà établis.  Incapables d’assumer une telle hausse, ils doivent fermer boutique.

ÉTAPE 10) Les pauvres quittent le quartier à la recherche d’un autre coin pauvre où ils pourront recommencer à vivre et à créer artistiquement.
En ce moment, c’est surtout Hochelaga-Maisonneuve qui a pris la relève des berges du Canal Lachine.  La preuve, c’est que depuis environs cinq ans, il commence à y pousser des condos.  Et les restos chics commencent peu à peu à y remplacer les patateries pas chères, une gentrification qui ne plaît pas à tout le monde.


ÉTAPE 11) Une fois les pauvres partis, les riches mettent partout dans le quartier des plaques commémoratives historiques racontant fièrement les réalisations des gens qu’ils en ont chassés.
Le pauvre vit l’Histoire.  Le riche se l’approprie.

Bref, pour qu’un quartier devienne huppé, ça prend tout d’abord des gens pauvres.  Des pauvres qui, après avoir créé de l’intérêt ayant enrichi le quartier à plus d’un niveau, s’en voient expulsés.  Ce fut le cas pour le Plateau Mont Royal dans les années 70-80, du Canal Lachine dans les années 90-2000, et c’est ce qui est en train de se passer à Hochelaga-Maisonneuve qui commence à se faire surnommer HoMa.  Tout comme South Houston qui est devenu SoHo Car oui, tout ce que je viens de vous raconter au sujet du Canal Lachine, c’est arrivé à SoHo 30 ans plus tôt.

Mais bon, comme je disais plus haut: Quand on est sans le sou, on vit du bon-vouloir du maître des lieux.  Dans ce temps-là, la vie est rarement ce que l’on en fait, et bien plus souvent ce que nous imposent ceux qui sont plus puissants que nous.

12 leçons que j’ai apprises en m’entraînant pour le marathon.

Il y a cinq ans, au début de l’hiver de 2010-2011, j’ai décidé, comme ça, sur un coup de tête, de m’entraîner pour participer au Marathon de Montréal, une course de 42 km se tenant le (ou autour du) 15 septembre. De toutes les activités physiques qui puissent exister, la course à pied avait toujours été mon point le plus faible. J’ai toujours été celui qui courait le moins vite et le moins longtemps.  J’ai décidé de m’y attaquer, et ce sans attendre le printemps. Bien m’en pris car…

1) L’hiver est la meilleure saison pour commencer à s’entraîner.
En été, un coureur doit être habillé comme un coureur. C’est l’uniforme qui fait la différence entre un coureur et un fuyard, surtout aux yeux de la police qui patrouille le quartier louche où tu habites. Or, autant on remarque un civil qui court, autant on remarque un coureur qui marche. En hiver, par contre, coureurs comme passants doivent être habillés en gros manteau chaud. Ainsi, lorsque je marchais plutôt que de courir, rien ne me distinguait d’un passant et je n’avais pas l’air d’avoir abandonné l’entrainement.

Afin d’obtenir de meilleurs résultats, j’ai eu l’idée de courir dans la neige sur des pistes non-dégagées où on enfonce parfois jusqu’aux genoux. Ça épuise plus vite, ça fait suer, ça réchauffe au point où j’ouvrais souvent mon manteau même s’il faisait -12°C, et je ne ressentais pas le froid puisque j’étais moi-même ma propre source de chaleur. C’était un avantage non négligeable, comme je le démontre dans le point suivant qui est :

2) Les bienfaits sont d’abord petits mais immédiats et omniprésents.
Si vous vivez dans un pays où l’hiver est rude, vous connaissez la désagréable sensation de devoir prendre une douche alors que l’hiver refroidit la salle de bain. Eh bien moi, en revenant de mon entrainement de course, j’allais immédiatement à la douche. Et jamais je n’y ai eu froid de l’hiver, pour la simple et bonne raison que la chaleur provenait de moi. Je me permettais même de prendre des douches à peine plus chaudes que tièdes. Moins d’eau chaude, douches de moins longue durées, moins d’énergie électrique dépensée, donc économie. Une économie qui se prolongeait dans l’appartement, où je n’avais soudainement plus besoin de chauffer autant.

Parmi les autres avantages que m’a procuré la course à pied, notons un sommeil plus profond, un réveil plus reposé, une amélioration de la concentration, une meilleure humeur en général. La libido aussi se réveille, et on a soudain une plus grande énergie et une meilleure résistance pendant l’acte. Et l’économie dont je parlais au paragraphe précédent s’étalait jusque dans ma facture d’épicerie, tel qu’expliqué dans le point suivant qui est :

3) La perte de poids est immédiate parce que…
A) L’appétit diminue. On pourrait croire que dépenser autant d’énergie pourrait donner un appétit d’ogre. Mais non, au contraire. Je ne sais pas ce que l’activité physique fait à l’estomac, mais non seulement j’ai perdu envie de manger entre les repas, je mangeais moins durant ceux-ci. Je n’ai même pas eu à changer mon alimentation pour du végé-santé.
B) Les calories brûlent. Faire un effort puissant à court terme brûle les sucres. Par contre, l’effort constant à long terme, comme celui de la course à pieds, consomme le gras.  Voilà pourquoi:

4) La perte de poids est spectaculaire.  … Mais temporaire.
Non pas temporaire dans le sens où on le reprend tout aussi vite, mais bien dans le sens ou on cesse éventuellement d’en perdre. Voici le poids que j’ai perdu durant les quatre mois de mon entrainement :

1er mois : 13 lbs. (5.90 kg)
2e mois : 7 lbs. (3.18 kg)
3e mois : 2 lbs. (0.90 kg)
4e mois : 0 lbs. (0 kg [/mansplaining] ) 

Voilà pourquoi beaucoup de gens se découragent et abandonnent l’entrainement au bout de deux mois.  Il est logique de penser qu’en poursuivant l’entrainement avec la même intensité, la perte va continuer au même rythme qu’au premier mois. Mais voilà, cette logique est fallacieuse. Dans les faits, à mesure que le corps s’habitue à l’effort, il devient de plus en plus performant. Il réclame donc moins de calories pour fonctionner.  Et c’est pour ça que c’est le premier mois où j’en ai le plus perdu, car:

5) Ça prend un mois avant d’être vraiment performant.
Par un bel après-midi ensoleillé entre Noël et le jour de l’An de décembre 2010,   j’étais allé courir le long du Canal Lachine.  

Ça faisait trois semaines que je m’entraînais. Tandis que j’alternais course et repos sous forme de marche lente, un passant promenait son chien.  D’abord derrière moi, il m’a dépassé et a pris de plus en plus de distance.  De voir ainsi un homme parcourir plus vite plus de distance que moi, alors qu’il ne fait que marcher et que je suis en course intermittente, ça m’a donne une fracture de l’orgueil.  Mais pas assez pour me faire abandonner.  D’abord, parce que j’étais déjà bien plus performant qu’à mes débuts, où j’étais tombé épuisé-mort après 200 mètres de course.  Mais aussi parce que: 

6) Le bien-être ressenti est incroyable.
Sérieux là, après la première semaine, on commence à ressentir un état d’euphorie quasi-permanent.  Je ne sais pas si c’est à cause de l’oxygénation ou des bienfaits mentionnés au point 2.  Toujours est-il qu’on se sent comme si on était sur la boisson énergie, mais sans le rush du sucre.  On se sent mieux, plus énergique, plus éveillé, bref, plus jeune.  Et moi qui était du genre à attraper 2-3 rhumes par saison froide, pour la première fois de ma vie, j’en ai eu un gros total de zéro cet hiver-là.

Mieux encore: Pour certaines personnes, dont je faisais partie, l’hiver n’est pas une saison tellement intéressante ni agréable.  Eh bien cette année-là, en décidant que l’hiver serait mon gym, j’ai complètement transformé ma vision de cette saison en quelque chose de positif, vision qui perdure encore aujourd’hui.  Quoi de mieux pour le moral que d’apprécier les températures extérieures à l’année longue.

7) On ne peut s’empêcher de vouloir partager nos progrès.
C’est quelque chose que l’on fait autant pour s’encourager soi-même que pour s’en vanter.  Et c’est normal.  Quoi de mieux pour le moral de revenir sur nos entrées précédentes sur Facebook ou sur notre blog pour revoir tout le progrès que l’on a fait.  Sans compter les encouragements et les félicitations que l’on reçoit de la part d’amis.  Hélas, il n’y a pas qu’eux qui constatent nos progrès.  Et si je dis hélas, c’est parce que, pour une grosse part de notre entourage … :

8) On dérange!
Qu’on le veuille ou non, notre entourage est adapté à notre style de vie. Ainsi, les oisifs attirent les oisifs, et les sportifs sont entourés de sportifs. Aussi, lorsque l’on change radicalement nos habitudes de vie, c’est tout notre entourage qui s’en trouve affecté. les gens se divisent alors dans ces catégories :

  • Le/la conjoint/conjointe qui commence à craindre, consciemment ou non, que tu deviennes trop bien pour elle/lui. Ce ne fut pas mon cas, heureusement.  Mais j’ai déjà vu ça.
  • Ceux qui regardent tes progrès avec malaise car ton courage devient pour eux le symbole de leur propre lâcheté.
  • Ceux qui sabotent ton entrainement en voulant t’aider. Généralement en affirmant que si tu avais plutôt utilisé une méthode X, tes progrès seraient au moins trois fois ce que tu as obtenu par la tienne.  Et même s’ils n’arrivent pas à t’imposer leur méthode, leurs commentaires minent le moral.
  • Ceux qui qui sabotent ton entrainement en voulant que tu les aide. Hélas, puisqu’ils ne sont pas à ton niveau, les aider signifie que tu cesses de te pousser, et ainsi cesse d’obtenir des résultats.
  • Ceux qui te découragent de continuer, et qui le font pour ton bien.  En effet, convaincus que tu vas échouer, ils ne veulent pas que tu subisse cet échec. Ils sont de la mentalité du Qui rien n’essaie rien n’échoue, et cherchent à te l’imposer.

Et voilà pourquoi:

9) Tu te sens bien seul tout à coup….
… en réalisant qu’il n’y a personne dans ton entourage avec qui tu peux parler de ta nouvelle passion. Puisqu’ils ne la partagent pas, ils ne peuvent pas comprendre, ni te soutenir, ni t’aider.  La majorité du temps, en leur en parlant, tu les ennuies.  Et essayer de trouver de nouveaux amis sur le net qui, eux, peuvent te comprendre, c’est moins facile qu’on pourrait le croire, parce que :

10) Internet regorge de faux experts et de gens haineux.
Je me suis inscrit sur un forum montréalais de course à pied. Je n’y suis pas resté plus que vingt minutes, et ce pour deux raisons.

  • La première : Un membre se décrivant comme étant entraîneur professionnel travaillant dans un gym, a parti un sujet dans lequel il affirme que courir ne fait pas perdre de poids. Et il avais les liens d’expertises pour le prouver.  Je suppose donc que mon pèse-personne, mon miroir, mes vêtements, mon corps, mes yeux et tout mon entourage me mentent depuis quatre mois.
  • La seconde : J’ai découvert par hasard qu’un de leurs membres y avait mis un lien vers l’un de mes billets de blogs dans lequel j’avais posté des images de moi avant-après, qui montraient ma perte de poids et ma prise de muscles. Le lien venait avec le commentaire suivant : « Ça ne donne pas envie de se mettre à courir! » Une remarque aussi méprisante et gratuite que totalement injustifiée.  

Face à pareille atmosphère empreinte de mauvaise foi, faut pas se demander pourquoi j’ai renoncé à fréquenter l’endroit.

11) Le choix de bons souliers est primordial.
Pendant longtemps, j’ai cru que les boutiques sportives bullshittaient lorsqu’ils affirmaient que pour courir sans problèmes, il faut absolument débourser une fortune pour se procurer chez eux un soulier en mélange de polyester et soie de cocons de papillons de l’Arctique avec semelle en fibre d’élastine coussiné à la mousse de nombril de panda, sinon nos pieds vont pourrir et tomber. Et je suppose que j’ai raison jusqu’à un certain point car je ne vois pas en quoi un soulier à 600$ la paire pourrait donner de meilleurs résultats qu’une paire à 150$. Par contre, cette petite BD que j’ai faite à l’époque montre comment j’ai appris à la dure les réalités d’être bien chaussé.

Je suppose que j’ai dû me faire des micro-fractures au tibias car j’en ai eu pour un mois à ne plus être capable de courir. Ensuite, j’ai commencé à travailler à plus-que-temps-plein, alors je n’avais plus le temps de m’entrainer. Hélas, il était trop tard pour moi, le dommage était fait. Car en effet :

12) Si vous n’avez jamais été bon à la course, il y a peut-être une raison.
Comme je le dis tout en haut de cet article, la course avait toujours été mon point le plus faible.  J’ai appris pourquoi quand, en décembre 2011, un an après avoir commencé à faire de la course, mes pieds sont soudainement devenus trop douloureux pour que je puisse me tenir debout.  Le podiatre a constaté que j’ai une jambe et les deux pieds croches.  

Voilà pourquoi je n’ai jamais été bon coureur.  Voilà pourquoi je n’ai jamais tenu sur des skis, des patins, des raquettes et des rollerblades.  À cause de ce handicap de naissance jamais détecté avant parce que jamais recherché spécifiquement, j’ai toujours marché sur le rebord de mes pieds plutôt qu’à plat.  Jusque là, je pouvais l’endurer.  Mais en m’entraînant, je les ai forcés en leur imposant un effort qu’ils n’étaient pas conçus pour soutenir.  S’en suivit une fasciite plantaire sévère aux deux pieds qui m’a laissé un mois en béquilles et deux mois sans pouvoir travailler.  Comme quoi il faut toujours consulter un médecin et se faire examiner les parties qui vont travailler, avant de se mettre à l’exercice.

Aujourd’hui, je me suis fait une raison.  Je ne courrai jamais le marathon.  J’ai changé mon entrainement pour un plus musculaire parce que bon, il y a plus d’une façon de devenir athlétique.  Je m’entraîne toujours au cardio à mon gym, non pas sur le tapis roulant mais plutôt sur la machine elliptique sans impact.  Au moins une fois par hiver, je ne peux résister à l’envie de courir dans la neige, ce qui me permet de constater que je suis encore capable de parcourir une distance de 2 km non-stop.  C’est moins que les 5 km que je pouvais faire au dernier jour de mon entrainement, mais ça demeure bien mieux que les 200 mètres du premier jour.

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Y’A LIENS LÀ:

Le billet Dans l’espoir d’un marathon, décrivant mon premier mois d’entrainement.
Le billet Quatre mois d’entrainement: Le résultat. 
Le billet Rouler avec les coups, expliquant pourquoi j’ai gardé le moral malgré ce handicap.
Enfin, dans Anecdote de course, je montre comment la police peut nous trouver louche lorsque l’on est un coureur sans en avoir l’air.

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100 leçons de vie que j’aurais aimé apprendre plus tôt

Des résolutions pour la nouvelle année?  Non; des leçons pour toute une vie.

AU SUJET DES ÉTUDES

  • 1) N’étudie pas en Arts ou en Philosophie à moins que ton but soit de devenir prof d’Arts ou de Philosophie.
  • 2) N’étudie pas en graphisme à moins de vouloir passer ta vie à te plaindre que tu ne trouves jamais de travail dans ta branche.
  • 3) Aucun étudiant n’a besoin d’une carte de crédit. Tu vis déjà sur de l’argent emprunté que tu auras à rembourser avec intérêts. Inutile d’en rajouter.
  • 4) Le but d’un travail d’équipe n’est pas le travail mais bien l’équipe. C’est pour ça que l’on vous oblige souvent à travailler en groupe: C’est important puisque c’est quelque chose que vous aurez à faire plus tard sur le marché du travail.
  • 5) Le conseil étudiant, le journal étudiant et tous les autres comités n’existent que dans un seul but: te distraire de tes études afin d’augmenter tes possibilités d’échec, ce qui t’oblige à prolonger tes études, et ainsi apporter plus d’argent aux établissements scolaires et augmenter ta dette (et les intérêts) aux banques et au gouvernement. La preuve, c’est que faire partie de ces comités ne t’apportera rien sur le marché du travail.
  • 6) Il n’y a que deux règles à suivre pour réussir ses études:  Se rappeler du contenu des livres, et être d’accord avec le prof.
  • 7) Tu auras tout le temps de faire valoir tes droits et tes idées lorsque tes études seront terminées.  Mais en attendant, tes opinions risquent juste de te nuire, alors ta gueule!


AU SUJET (du début ) DE LA VIE ADULTE

  • 8) Avant d’avoir ce que tu veux, tu auras à faire ce que tu ne veux pas. C’est la réalité pour tout le monde. Tu n’es pas une exception.
  • 9) Trouves-toi un travail à temps plein.  On s’en fout que ce soit au salaire minimum, ce n’est pas comme si tu avais à payer quoi que ce soit si tu habites chez tes parents.
  • 10) Personne n’est trop bien pour une McJob.  Tes futurs employeurs n’en auront rien à cirer de là où tu as travaillé. Ce qui les intéressera, c’est le fait que tu as travaillé.
  • 11) Profite du fait que tu vis encore gratuitement chez tes parents pour acheter les meubles et tout ce dont tu auras besoin en appartement.  Parce que si tu pars en appartement avant de te meubler, ce n’est pas en payant loyer, bouffe, électricité et téléphone que tu y arriveras.
  • 12) Rembourse ton prêt étudiant.
  • 13) Obtiens ton permis de conduire.
  • 14) Apprend à cuisiner.
  • 15) Ce que l’on te fait miroiter est en réalité moins bien que décrit et te coûtera plus qu’annoncé. C’est vrai pour les objets, ça l’est tout autant pour les produits, les services et surtout les gens.
  • 16) À tort ou à raison, tu auras toujours l’impression que les autres l’ont plus facile que toi, et ce sans le mériter. Si la vie était Les Simpsons, tu serais Frank Grimes.


AU SUJET DU TRAVAIL ET DU SUCCÈS

  • 17) Personne ne te doit rien.
  • 18) Un travail est ou bien ardu, ou bien stressant, ou bien ennuyant. Plus vite tu te feras à l’idée et mieux tu te porteras.
  • 19) Les gens ne veulent pas d’un perfectionniste.  Ils veulent juste que le travail soit fait.
  • 20) Peu importe le nombre de diplômes que tu auras obtenu, tu vas commencer au bas de l’échelle.
  • 21) Avoir raison est beaucoup moins une garantie de succès que être d’accord.
  • 22) Si on ne t’a rien demandé, ferme-la!
  • 23) Personne n’aime les vantards, les plaintifs, les dramaturges, les paniers percés et les je-sais-tout. C’est aussi vrai au travail que partout ailleurs.
  • 24) Si tu fais le travail parfaitement, c’est l’équipe qui sera félicitée. Si tu fais foirer le travail, c’est toi seul qui sera blâmé. C’est inévitable.
  • 25) La réussite se compose de ces 7 ingrédients : De la volonté, du travail, du talent, être au bon endroit, être au bon moment, avoir la chance de rencontrer les personnes clés, et ne pas les faire chier.
  • 26) Les gens haut-placés n’ont que faire de ton succès. C’est le leur qui les intéresse. Ce n’est qu’en démontrant que tu peux augmenter le leur qu’ils vont daigner s’occuper du tiens.
  • 27) « Réussir par soi-même sans l’aide de personne » est un mythe qui te fera obstacle et sabotera tes chances de succès si tu persistes à t’y tenir. Ou bien tu saisis les opportunités, ou bien tu restes en bas.
  • 28) L’idéalisme et l’intégrité ne paient pas le loyer.
  • 29) Si c’est légal, fais-le!
  • 30) Le loser est celui qui se trouve des excuses pour son travail. Le saboteur est celui qui ne fait que chercher les problèmes dans le travail des autres. Le winner est celui qui cherche, trouve et applique des solutions pour tous les travaux.
  • 31) Ais de bonnes relations avec tes collègues, mais n’oublie jamais que tu ne dois ta loyauté qu’à ceux qui te paient.
  • 32) Chercher à réussir sans autre motivation que faire chier les autres, ça n’a jamais réussi à personne à long terme.
  • 33) Tu n’est pas irremplaçable!


AU SUJET DE L’ARGENT

  • 34) Quand tu vis chez tes parents, “de l’argent”, c’est tout l’argent que tu reçois. Quand tu vis à ton propre compte, “de l’argent”, c’est le peu qui te reste une fois que tu as payé le nécessaire.
  • 35) Tout le monde veut te faire dépenser ton argent.
  • 36) Quand tu reçois un chèque de paie, tu payes des retenues.  Quand tu le déposes, tu payes des frais de tenue de compte. Quand tu achètes, tu payes des taxes. Quand tu règles avec Interac, tu paies des frais d’administrations.  Ton véritable salaire, c’est ce qui reste une fois que tout le monde a pris sa part.  Alors ne calcule pas ton budget sur ton revenu brut.
  • 37) Et ce n’est pas tout: Quand tu déclares tes revenus, tu payes de l’impôt. Alors met un p’tit 20$ de côté à chaque paie et tu ne seras jamais pris au dépourvu à la fin de l’année.
  • 38) Ouvre au moins deux comptes de banque/caisse: Un compte d’épargne, et un compte chèque avec opérations.
  • 39) La banque/caisse va te charger des frais de tenue de compte et d’opérations à chaque mois, que tu l’utilises ou pas. Alors déposes-y régulièrement sinon les frais vont finir par le vider et tu paiera l’amende lorsque ça tombera en dessous de $0.00.
  • 40) Oui, quand quelqu’un n’a pas l’argent pour faire ses paiements, on le punit en lui chargeant encore plus d’argent.  C’est illogique mais c’est ça quand même. Vis avec, ou arrange-toi pour que ça ne t’arrive pas.
  • 41) Payer cash est une valeur dépassée car elle ne laisse aucune trace, et ainsi ne rapporte rien de bon sur ton dossier de crédit.


AU SUJET DES CARTES DE CRÉDIT

  • 42) Tout le monde a besoin d’une carte de crédit.
  • 43) Personne n’en a besoin de plus qu’une.
  • 44) Va à ta banque/caisse et demande à voir un conseiller pour en obtenir une. Ils font affaire avec Visa et Mastercard, alors ça va te faciliter la tâche, autant pour l’obtention que pour les paiements.
  • 45) Ne l’utilise que si tu as un revenu régulier.
  • 46) Ne met jamais sur ta carte plus que ce que tu pourrais te permettre si tu n’en avais pas.
  • 47) Utilise-la pour tous tes achats habituels au lieu de ta carte débit, tu t’épargneras les frais Interac.
  • 48) Visite régulièrement ton dossier de carte de crédit en ligne afin de ne jamais perdre de vue tes transactions.
  • 49) Rembourse-la à toutes les semaines.
  • 50) Assures-toi de la remettre à $0.00 au moins trois jours ouvrables avant la date d’échéance.  Ainsi, tu payeras $0.00 d’intérêts.
  • 51) Tu recevras souvent des offres d’augmenter ta limite de crédit. Accepte-les toutes, mais ne les utilise jamais.
  • 52) Agir ainsi t’épargnera des frais, te rapportera un bon dossier de crédit, et une haute marge de crédit.
  • 53) Un jour ou l’autre, tu seras obligé de payer quelque chose qui coûte plus d’argent que tu n’en as. (Ordinateur, électroménager, etc) C’est là que tu vas apprécier ce bon dossier et cette haute marge.


AU SUJET DES RESTAURANTS

  • 54) Le resto devrait être une occasion spéciale et non une habitude.
  • 55) On va te servir ta boisson gazeuse au moins un quart d’heure avant ton repas pour t’inciter à la boire immédiatement, donc à en commander une autre pendant le repas. Demande un verre d’eau pour l’instant, et précise que tu veux ta boisson avec le repas.
  • 56) Ou mieux encore: Reste à l’eau. Pourquoi payer l’équivalent de quatre bouteilles de deux litres pour une boisson gazeuse coupée à 60% d’eau et de glaçons?
  • 57) L’entrée, le dessert et l’alcool vont doubler, voire tripler ta facture.
  • 58) Les taxes et le pourboire obligatoire vont y ajouter un autre 30%. Alors ne soit pas surpris si ton burger affiché à $9.99, pris en repas complet, finit par te coûter $40.00.
  • 59) Obligé de manger ailleurs car loin de chez toi? Oublie les restos. Achète au marché d’alimentation et mange dehors. Tu sauveras beaucoup d’argent et de temps.


AU SUJET DES GENS ET DE LA VIE SOCIALE

  • 60) Trois personnes voudront faire partie de ta vie: Celle qui va avancer à tes côtés, celle qui va rester immobile en te regardant avancer, et celle qui va s’immobiliser devant toi pour t’empêcher d’avancer.  Accueille la première, abandonne la seconde, et fuit la troisième.
  • 61) Donne ton respect et ta loyauté à tous dès le départ.  Retire-les ensuite à ceux qui s’en montreront indigne.
  • 62) Au début, les gens se montrent sous leur meilleur jour.  Ce n’est qu’avec le temps que la véritable personnalité de tout un chacun ressort.
  • 63) Tout le monde est plus ou moins endommagé ou traumatisé par son passé, et t’en feront subir les séquelles.
  • 64) Pour toutes les raisons précédentes, attend de bien connaitre une personne avant de voir si c’est une bonne chose de la mêler à ton univers déjà établi et harmonieux.  
  • 65) Une vie sociale harmonieuse ne peut s’accomplir qu’entre gens qui se considèrent égaux.  
  • 66) N’accepte ni le rôle de leader qui doit porter sur lui le groupe, ni celui de mascotte juste bon pour servir de sujet de moqueries. 
  • 67) Les gens pénibles dans ta vie sont comme les Band-Aids.  Tu peux les enlever rapidement, ça fait mal sur le coup, mais c’est vite terminé.  Ou tu peux perdre ton temps en allongeant inutilement une situation pénible qui ne cessera pas d’être douloureuse qui ne s’améliorera jamais. 
  • 68) On ne peut pas repousser tous les gens qui ne font pas notre affaire.  Il y en aura toujours de qu’il vaudra mieux garder dans son entourage tout en gardant une certaine distance.
  • 69) Sans pour autant être parano, il y a des gens de qui il vaut mieux se méfier En voici une liste. (Le lien ouvre une 2e fenêtre).


AU SUJET DU COUPLE

  • 70) Le couple n’est pas une solution. Si le célibat est pour toi un problème, c’est que le problème est en toi. Trouve-le et règle-le!
  • 71) Tes premières relations ne dureront pas. Elles ne sont que des brouillons pour tes futures relations sérieuses.
  • 72) Pour se mettre en couple, il faut beaucoup plus de points communs que juste « nous sommes tous les deux célibataires ».
  • 73) Les relations de couple sont comme une carrière: Si tu refuses de prendre de l’expérience avant de trouver ton idéal, alors tu n’auras pas ce qu’il faut pour l’obtenir, en encore moins pour le garder.
  • 74) Arrête d’espérer trouver un jour le prince charmant / la fille parfaite.  Même si il/elle existait, tu n’as probablement pas ce qu’il faut pour lui plaire.
  • 75) La technique d’approche « Je vais te chérir, te combler, répondre à tous tes besoins et faire tes quatre volontés » est pathétique, et ce pour trois raisons. La première, c’est que loin de te donner une image de chevalier romantique servant une princesse, ça démontre que tu es un loser désespéré.  La seconde: les gens  normaux recherchent une relation normale avec une personne qui sera leur égal, et n’ont donc rien à faire d’un esclave avec qui ils ne pourront pas échanger. Et la troisième, c’est que les seules personnes qui peuvent s’intéresser à avoir un esclave, ce sont les manipulateurs contrôleurs profiteurs qui feront de ta vie un enfer et te rejetteront après t’avoir tout enlevé: Argent, biens, santé et réputation.
  • 76) Ne t’attache pas à une personne qui a plus de dettes que de moyens de les payer.
  • 77) La façon dont les films et les séries télé décrivent les couple n’est pas plus conforme à la réalité que ne l’est la porno au sujet de la sexualité.
  • 78) Celui qui cherche à séduire avec son argent et ses biens finit toujours avec une personne qui ne s’intéresse qu’à son argent et ses biens.
  • 79) Parce que chaque personne est différente, très peu de ce que tu as appris au sujet du sexe opposé dans ton couple précédent ne s’appliquera dans ton prochain couple.
  • 80) Le match parfait n’existe pas. Même chez les couples les mieux assortis, il a fallu que l’un et l’autre fassent quelques ajustements et compromis afin que la compatibilité puisse exister.
  • 81) Si tu es la seule personne des deux qui fait les ajustements, des compromis et des sacrifices, vous êtes incompatibles.
  • 82) Les couples qui vivent le plus longtemps sont composés de gens qui n’ont pas besoin d’être en couple pour vivre.
  • 83) Les condoms existent.  Utilise-les!
  • 84) Tu n’est pas irremplaçable!


AU SUJET DE LA PARENTÉ

  • 85) Avoir un enfant n’est la solution à aucun problème. Ça ne l’a jamais été. Ça ne le sera jamais.
  • 86) Élever un enfant seule, c’est ton choix.  Être élevé par un seul parent, ce n’est pas le choix de ton enfant, c’est quelque chose que tu lui imposes.  Il se peut que ton choix de vie lui convienne, mais ce n’est pas garanti.
  • 87) Dès que tu as un enfant, oublie-toi, tu n’existes plus.
  • 88) Oublie aussi ton argent, tes loisirs et tes projets personnels.
  • 89) Oui, ton enfant est spécial et remarquable, tout comme le sont aux yeux de leurs parents chacun des centaines de milliers d’enfants qui naissent chaque jour à travers le monde.
  • 90) En tant que parent, tout ce que tu feras ou ne feras pas sera potentiellement mal vu aux yeux des autres. Fais-toi à l’idée.
  • 91) Quoi que tu lui achète, il va le salir, le casser, le ruiner, ne pas l’utiliser correctement, ou au contraire s’en foutre totalement. C’est comme ça!
  • 92) Noël/anniversaires: Que tu lui donnes trois ou vingt jouets d’un coup, il n’y en aura que deux dans le lot qu’il va préférer et régulièrement jouer avec. Limite-toi à ça, tu sauveras de la place dans sa chambre et de l’argent pour toi.
  • 93) Aucun enfant ne nait avec la notion du respect. Inculque-lui ou vous en subirez les conséquences, lui, toi et votre entourage.
  • 94) La discipline n’est pas un abus de pouvoir. C’est une nécessité.
  • 95) L’abus de pouvoir, ce n’est pas de la discipline.  C’est de l’abus.
  • 96) Les enfants sont malléables jusqu’à un certain point. Ensuite, c’est leur personnalité qui entre en ligne de compte.
  • 97) Certains de leurs gestes seront de votre faute, d’autres pas.
  • 98) Lorsqu’il n’est pas à un endroit spécifiquement conçu pour les enfants, il s’emmerde. Amène-lui toujours jeux, livres, cahiers, crayons, au resto, en visite, lors de longs trajets, etc.
  • 99) Deux enfants, c’est suffisant.


AU SUJET DE LA VIE EN GÉNÉRAL

  • 100) Il existe des exceptions à tout ce que vous venez de lire. Mais si vous basez vos choix de vie là-dessus pour toujours faire le contraire de ce que dicte le bon sens, attendez-vous à accumuler beaucoup plus d’échecs que de réussites.  Ce n’est pas pour rien que ça s’appelle des exceptions.

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Le texte Je me méfie de ceux qui me disent… aide à reconnaître les gens toxiques dès le début.