L’approche positive face à l’adversité, 1 de 2 : Comment j’ai appris la tolérance

Il y a un harceleur qui a passé quelques temps à porter atteinte à ma réputation sur le net. Tout le long, sans que je ne le demande, les gens m’ont rapporté ce qu’il disait à mon sujet : Paroles, copier-coller de conversations privées, extraits de textes, captures d’écran de son Facebook…

Je suppose que les gens s’attendaient à une réaction de ma part. Je peux comprendre. Jusqu’au début des années 2000, j’avais la réputation –justifiée– de péter un câble à la moindre contrariété. En fait, j’avais un très bas niveau de tolérance pour trois choses en particulier : Le mépris, la bullshit, et ceux qui chialent d’un problème au lieu d’y appliquer la solution.

Face à l’adversité, mon truc à moi, c’était les long textes dénonciateurs sur le net, accompagnés de captures d’écran pour prouver mon point. Un peu comme ce blog, mais en textes beaucoup plus longs, beaucoup plus hargneux, et sans leçon de vie positive à en tirer. J’étais en guerre, ni plus ni moins.

Mais si mes interminables dithyrambes exposaient clairement les faits, ainsi que mes adversaires en tant que les méprisants hypocrites qu’ils étaient, ça m’exposait en même temps comme étant le pire traineur-dans-la-boue qui soit.

Pour ma défense, et surtout pour montrer aux gens qu’au contraire je vaux bien mieux que mes adversaires, j’ai eu à expliquer de nombreuses fois la différence entre eux et moi. Ça tenait en quatre points :

  1. Je traite toujours tout le monde avec respect. Ce sont eux qui rabaissent et insultent les autres. Je n’invente rien, vous pouvez le voir vous-mêmes.
  2. Je n’attaque jamais le premier. Je ne fais que me défendre des attaques gratuites et impertinentes dont je suis la victime. Là encore, je n’invente rien, vous pouvez le voir vous-mêmes.
  3. Je ne m’en prends jamais aux innocents, seulement aux coupables.  Eux attaquent les autres.  Moi, je ne m’attaque qu’à ceux qui attaquent les autres.  Mes seules victimes sont ceux qui font des victimes.  Une fois de plus, je n’invente rien, tout le monde peut le voir.
  4. Pour avoir quelque chose à dire contre moi, ces gens ont besoin de recourir aux mensonges, déformations, exagérations et interprétation fantaisistes des faits. Tandis que moi, j’utilise toujours la vérité, chose indéniable car j’ai toujours preuves à l’appui. Vous pouvez donc voir, par ces images, que là non plus, je n’invente rien.

Malheureusement, si ce dernier point prouvait indiscutablement que j’avais raison, ça causait plus de problèmes que ça n’en réglait.

Entre gens, disons, « normaux », les accrochages se déroulent de cette façon : Sous le coup de la frustration, chacun dit n’importe quoi contre l’autre. Et puisqu’il s’agit de n’importe quoi, chaque personne atteinte peut balayer la chose comme de simples mensonges ridicules. Éventuellement, ils finissent par se calmer, s’excuser, disent qu’ils ne pensaient pas vraiment ce qu’ils ont dit, que c’était juste sous le coup de la colère, et ils se réconcilient.

Mais avec mon implacable méthode défensive, ça ne peut pas se passer ainsi. En dénonçant les vrais défauts de l’autre, il ne peut pas prétendre qu’il s’agit de fantaisies. Et puisque j’en ai exposé des preuves tangibles, je ne peux pas me réfugier derrière l’excuse hypocrite, mais socialement acceptée, du « Je ne le pensais pas vraiment! » Par conséquent, toute réconciliation est impossible.  Mon adversaire devient donc un ennemi acharné, capable de m’en vouloir encore deux décennies plus tard.

La raison pour laquelle je réagissais ainsi, et toujours de manière publique, c’est à cause de quelque chose que je répète depuis toujours : Le plus grand complice de ton agresseur, c’est ton propre silence. Être victime, ça t’es imposé. Rester victime, c’est ton choix! Je ne me contentais pas de le penser, de le dire ou de l’écrire : Je le mettais en pratique.

Pourquoi une telle intolérance envers le manque de respect? En personne, quand on est maigre et faible, on ne peut rien faire face à un intimidateur puisque celui-ci sera forcément costaud. Je le sais, j’en ai été victime les 24 premières années de ma vie. Sur le net, par contre, la force physique, ça n’a aucun pouvoir. Ce qui compte, c’est la capacité de débattre, le don de trouver les arguments parfaits, et l’intelligence stratégique. Et ça, après toute une vie de frustrations née de mon impuissance face aux intimidateurs physiques, j’en avais. Alors quand j’avais la chance d’en trouver un, et qu’il me donnait une excuse en venant me chercher, alors là, pas de pitié. Tu veux jouer à ça? Ok, allons-y! Sauf que moi, je ne joue pas! Avec moi, c’est le canon pour tuer la mouche. La solution finale! Je lui faisais vivre l’enfer qu’il faisait vivre à ses victimes, au centuple, histoire de lui enlever pour de bon l’envie de recommencer.

Soyons francs : Quoi de plus jouissif que de voir un agresseur mordre la poussière. Logiquement, je m’attendais à ce que les gens me donnent raison, m’admirent, m’applaudissent. Or, bien que je n’étais qu’une victime qui se défendait contre son agresseur, je l’humiliais publiquement de manière impitoyable, avec une cruauté sans bornes. Par conséquent, j’inversais les rôles agresseur-victime / méprisant-méprisé. Je ne pouvais donc susciter aucune sympathie. En fait, les gens en venaient à prendre pitié de lui. Et, chose aberrante, prendre le parti du criminel contre le justicier.

Oui, je me prenais vraiment au sérieux à ce point-là à l’époque.

De mes débuts sur le net en 1997 jusqu’en 2003, j’ai été membre de plusieurs forums. Les 2-3-4-5 premiers mois, j’étais un intervenant apprécié pour mon humour et pour l’intelligence de mes textes. Puis, une personne me faisait un commentaire déplaisant, tout recommençait, et je finissais par devenir la personne la plus détestée du forum. C’est que, en plus de contre-attaquer les trolls, je contre-attaquais également leurs supporters, ainsi que les modérateurs qui les laissaient faire, en leur demandant pourquoi ils se rendent complices des agresseurs en appuyant, encourageant ou acceptant leur comportement, chose qui va à l’encontre du principe de la modération. Ainsi, je me mettais tout le monde à dos : Les agresseurs, leurs victimes, les membres non-impliqués mais pour qui je pourrissais l’atmosphère du forum, et les modérateurs. Trois forums m’ont banni, deux ont cessé d’exister à cause de ma présence, et j’ai quitté les autres, dégoûté de cette société de victimes volontaires qui préfèrent chialer contre un problème plutôt que de le régler.

Après sept ans, douze forums, et à chaque fois le même scénario, j’ai dû me rendre à l’évidence : Personne n’apprécie l’intransigeance. Je dois donc changer ma manière d’affronter le problème. Je ne savais pas comment. Mais une chose était sure, et c’est que je devais faire preuve de tolérance. C’est quand même avec amertume que je me suis dit à ce moment-là :

« Alors c’est comme ça que ça fonctionne? Pour être apprécié, je suis supposé tolérer la merde qu’on me lance dessus? Pfff… Si au moins j’étais fermier, je pourrais en faire du fumier. Mais là… »

Ce n’était qu’une remarque absurde née de mon esprit entrainé à faire des calembours. Sauf que, ça a allumé une lumière en moi. Je me suis alors dit :

« Et pourquoi est-ce que je n’en ferais pas, du fumier? Après tout, le fumier, ça nourrit, ça donne des forces, ça fait grandir. Bon, à condition d’être végétal, mais ce n’est pas non plus comme si on parlait de merde au sens propre. Je peux certainement trouver moyen d’en tirer avantage. »

J’ai donc décidé que désormais, face à aux insultes et au salissage, j’allais avoir l’attitude inverse de celle que j’avais eue jusque-là. J’allais me montrer raisonnable, tolérant, patient. Mais surtout réfléchi. Car tirer avantage de la médisance à mon sujet, je sentais que ça allait être tout un défi. Malgré tout, je sentais que j’allais prendre grand plaisir à le relever.

Et ça tombera bien car bientôt arrivera le harceleur dont il est question au début de ce billet.

À SUIVRE

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