General Menteurs, 6e partie: Se faire détruire!

RÉSUMÉ: À 29 ans, j’ai commencé à sortir avec Camélia, 19 ans, chose qui ne plaisait pas à son père, cadre haut placé chez GM.  Il m’a influencé à acheter une auto, mais je suis victime d’une longue série d’arnaques, ce qui fait que les paiements de celle-ci ont tôt fait de me ruiner.  Ayant perdu l’auto et Camélia, c’est la fin des ennuis.  Du moins, de ceux relatifs à GM.  

J’ai rendu l’auto. C’est la fin de mes ennuis avec GM.  Je peux enfin passer à autre chose.  Justement, il y a du nouveau dans La Boite.  Rolande, ma chef d’équipe, devient chef du département.  Et mon équipe est maintenant prise en charge par un gars dans le début de la quarantaine.  Un que je ne connais pas, mais que certains collègues surnomment Le Nazi.  

… et à partir d’ici, et pour les dix mois qui vont suivre, je serai victime de harcèlement moral et psychologique au travail.

Jusqu’ici, dans mon récit, je décrivais en détail.  Mais cette fois, je vais plutôt faire une courte liste en vrac de ce que j’ai vécu.  D’abord parce que élaborer sur chaque exemple serait trop long.  Ensuite parce que j’en ai beaucoup oublié, tellement ce fut une expérience pénible.  Mais en gros, à partir du moment ou j’ai été pris en charge par le Nazi…

Certains items disparaissent mystérieusement de mon poste de travail: tasse, carnet, photos…

Le Nazi m’enlève ma connexion internet, parce que « T’es là pour prendre des appels, pas pour aller t’amuser su’l’net! »  Or, internet est nécessaire à mon travail, puisque je m’occupe de la page web d’Air Canada.  Ça m’oblige à en parler à Rolande, qui me fait aussitôt reconnecter, et qui réprimande Le Nazi parce que, en tant que chef d’équipe, il est supposé savoir ce que font les membres de son équipe.  Il ne me le pardonnera jamais. 

Ma carte magnétique qui cesse soudainement de me donner accès aux bureaux.

Il me pose souvent des questions qui sont en fait des affirmations insultantes à mon sujet. Ou alors il me lance en public des choses qui, bien que techniquement vraies, ne servent qu’à me donner mauvaise réputation au travail en sous-entendant des choses que je ne fais même pas en réalité. Par exemple: « En passant, les sites pornos, sur ton quart de travail, c’est interdit. Tiens-toi le pour dit! »

Le Nazi me convoque devant quelques patrons et des représentants des ressources humaines, sous accusations de fraude, en m’accusant de falsifier depuis le début ma feuille de paie, puisque je déclare 8.00 heures par jour et non 7.5, signifiant que je me fais payer pour ma pause de dîner.  Je réponds alors que le soir, seul à mon poste, sans personne pour me remplacer, je n’ai pas de pause de 30 minutes pour dîner. Donc, oui, je travaille bien huit heures par soir.  Mais voilà, en leur répliquant ce fait contre lequel ils ne trouvent rien à redire, je leur fais perdre la face.  Surtout Le Nazi qui aurait dû se renseigner sur le sujet avant de tous les convoquer.  Par conséquent, humiliés de s’être tous dérangés pour rien, je ne fais que gagner leur antipathie.

À la fin de mes deux contrats de six mois, je ne reçois ni permanence ni nouveau contrat.  Par conséquent, je suis dans les limbes de La Boite, n’étant ni temporaire ni permanent.

Sans contrat ni permanence, pas d’augmentation, pas d’assurances, pas d’avantages sociaux, pas d’ancienneté, et surtout pas la moindre sécurité, ni le moindre recours si du jour au lendemain on décide de me congédier.

J’apprends un lundi soir que le lendemain je change de quart de travail, me mettant de jour, sans qu’il ne m’en ait parlé avant.  Or, moi, le jour, je garde les enfants tandis que leur mère reprend ses études.  Ça m’oblige à en parler à Rolande, en lui expliquant qu’en me mettant de jour, il me fait perdre mon 30 minutes de non-diner, ainsi que la prime de soir qui est 50¢ de plus l’heure. Rajoutez à ça la garderie maintenant obligatoire, et sa décision de me changer de shift sans m’en parler me coûte 660$ par mois.  Elle me remet aussitôt de soir, et réprimande Le Nazi, qui, par conséquent, a une nouvelle raison de m’en vouloir.

Et je me fais un nouvel ennemi: L’employé à qui Le Nazi avait promis mon horaire.

Tous les deux me collent d’ailleurs une accusation de voler des stylos. (Quoi?)

Malgré mon ancienneté, Le Nazi m’a obligé à travailler pendant le party de bureau de Noël, puisque « le party de bureau, c’est pour les employés permanents. »

Didier m’a rapporté que, lors de ce party, Air Canada, content de nos services, a fait tirer parmi l’équipe une paire de billet ouvert, destination et date de notre choix.  C’est mon nom qui est sorti.  Le Nazi est alors intervenu en disant qu’un employé qui ne daigne pas être présent au party de bureau que La Boite prend la peine d’offrir, ça ne mérite pas de gagner.  Ils ont refait le tirage.  Les billets sont allés à une fille qui ne fait partie de l’équipe que depuis un mois et demi.  Et qui a eu sa permanence en rentrant.

Me faire blâmer car avec ma piètre performance (selon son avis), je suis l’incompétent de l’équipe.

Me faire blâmer car avec mon excellente performance (Selon les chiffres des rapports annuels), je fais passer les autres membres de l’équipe pour des incompétents.

Je suis convoqué au Ressources Humaines qui viennent de se décider à faire une enquête à mon sujet, alors que ça fait 16 mois que je suis à leur emploi. Ils ont découvert que j’ai un mauvais dossier de crédit.  Par conséquent, pour des raisons de sécurité, fini de prendre des numéros de cartes de crédit, on me retire le client Air Canada.

Le Nazi me change de client, ne me donne aucune formation car « la formation se donne de jour, et tu peux pas y aller puisque tu préfères jouer avec tes enfants dans la journée. »

Me traiter d’incompétent de ne pas savoir bien servir le nouveau client.

Constatant que, par courriel, je recevais presque toujours les mêmes huit questions des employés de notre client, j’ai créé un document dans lequel j’ai écrit d’avance chaque réponse pour chaque question.  il n’y avait plus qu’à copier-coller et envoyer.  Il m’a enlevé le document parce que « Ce n’est pas un document officiel de La Boite ni du client. »  Donc, au lieu de copier-coller, fallait que je perde mon temps à toujours réécrire la même chose à chaque courriel, un par un.

Deux mois plus tard, La Boite nous donne un nouvel outil de réponse automatique aux courriels.  Il s’agit de mes réponses, tirées de mon document que Le Nazi m’avait confisqué.  Tout le crédit (et le bonu$) a été donné à la fille qui a programmé l’outil. 

Oui, la même fille qui a gagné mes billets d’avion. Fille qui, quel hasard, est la conjointe du gars à qui le Nazi avait promis mon horaire. Donc une personne de plus au bureau à avoir de bonnes raisons de vouloir ma perte et continuer de voler ce qui me revient de droit. 

Et j’en passe, et j’en oublie.

À l’époque, en 1999, le harcèlement psychologique au travail n’était pas reconnu.  Il n’y avait pas d’atelier de préventions, ni de règlements à ce sujet.  Alors lorsque que je portais plainte plus haut, je ne faisais qu’empirer mon cas et m’attirer encore plus de problèmes, puisque les haut-placés se tiennent entre eux.  

L’option de changer de travail? Impensable!  Premièrement, sur le plan moral, c’est inacceptable.  Pourquoi est-ce que c’est moi qui devrait partir, alors que c’est lui qui cause les problèmes?  Ça allait bien entre ma job et moi avant qu’il arrive.  Et ensuite, je gagne trop cher pour partir.  Puisque j’ai un gros salaire, la pension alimentaire me gobe la moitié de mon revenu clair.  Autrement dit, l’équivalent du salaire minimum.  J’ai eu ce travail grâce à une connexion.  Ce n’est pas avec mon cégep en Arts & Lettres que je vais pouvoir m’en trouver une autre qui paye si bien.  

Je n’ai donc pas le choix: Je suis obligé d’endurer le harcèlement, les vacheries, les attaques, les mauvaises surprises, non-stop, sur une base quotidienne.

Puis, un jour, alors que Rolande nous distribue nos chèques de paie, je ne constate pas tout de suite que mon enveloppe est plus rembourrée que d’habitude.  Alors que j’ai presque terminé mon quart de travail, je fais comme à chaque jour de paie, j’ouvre l’enveloppe et je viens pour signer mon chèque, que je déposerai à la banque, en chemin vers le métro.  Je vois alors un second document.  je l’ouvre. 

C’est une lettre de GM.  Une facture.  En gros, ça dit:

Chevrolet Cavalier 1997.
Valeur du véhicule : $45 000.00
Vous avez donné : $2 426.40.
Vente à l’encan : $15 500.00
Vous nous devez : $27 073.60

 En une fraction de seconde, je comprends simultanément que…:

  • Depuis un an, je me faisais des illusions, à penser que mes problèmes avec GM étaient terminés.
  • On me réclame légalement le même montant que si je l’avais gardé.
  • Ce qui signifie que je me suis fait coller sept ans de mauvais dossier de crédit POUR RIEN!
  • Ce montant qu’ils me réclament causera ma ruine financière totale.
  • Ils m’obligent à louer cette auto pour $27 000.00, mais ils permettent à un autre de l’acheter pour $15 500.00.
  • Ils sont venus me chercher jusqu’à ma job, je ne suis donc à l’abri nulle-part.
  • Job que je ne peux pas quitter de toute façon.
  • Si je quitte la job, je suis ruiné financièrement, et harcelé par mes créditeurs.
  • Si je garde la job, je suis ruiné financièrement, et harcelé par Le Nazi.

Si je ne fais rien, ma vie est détruite. Si je fais quoi que ce soit, ma vie est détruite. L’Étau se resserre. Je n’ai aucune issue.  Je me met à trembler incontrolablement.  Didier s’en rend compte.

« Eh, mec!  Ça va pas? »

Je viens pour répondre.  Aucun son ne sort de ma gorge.  J’essaye encore.  Je constate avec horreur qu’il n’en sort que du vent. Mes cordes vocales sont paralysées.  

JE SUIS MUET!

La dernière chose dont je me souviens, c’est qu’en état de panique total, j’ai fui le bureau.  

J’ai repris conscience dans une ambulance. Cinq jours s’étaient écoulés.  

On m’a retrouvé chez moi, dans mon lit, inconscient, blessé à la tête.  Et muet!  Je me suis retrouvé à l’hôpital psychiatrique Douglas, où on a constaté une dépression sévère, avec choc psychologique ayant causé un traumatisme, qui a résulté à certaines connexions qui ne se faisaient plus entre mon cerveau et mes cordes vocales. 

Tous ces efforts pour faire quelque chose de ma vie pendant ces cinq dernières années.  Tout ce travail pour améliorer mon sort.  Et je n’étais plus qu’une épave.

À SUIVRE

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