Dans la tête d’un Nice Guy

Les célibataires involontaires, les incels, les Gentlemen, les Nice Guys, les Elliot Rogers, les Alek Minassian… Tout commence avec une mentalité décrite (et approuvée) par un texte tristement célèbre, Ode to the Nice Guys, dont j’ai déjà analysé la version française dans ce vieux billet. (Tous ces liens ouvrent d’autres onglets.)

Il y a quelques temps, une amie facebookienne à posté l’image qui suit, en se plaignant de tous les Nice Guys qui partagent ce genre de message dans lequel ils chialent comme quoi la simple décence sociale de base (être gentil et respectueux d’autrui) n’est pas suffisant pour leur rapporter amour et sexe :

Aujourd’hui, comme je le répète souvent, je sais qu’il faut beaucoup plus que « nous sommes tous les deux célibataires et hétéros » pour qu’il y ait attirance solide et couple stable.  Mais il fut une époque, avant mes 27 ans, où j’étais exactement comme ces gars-là.  Et ma vision de la chose était exactement celle-là.

Alors si vous vous demandez ce qui se passe dans la tête d’un Nice Guy pour leur faire croire de telles choses, réjouissez-vous, je suis très bien placé pour vous l’expliquer. 

Ça va comme suit:

(Dans la tête d’un Nice Guy, DÉBUT)
De mes 14 à 26 ans, une fille n’avait qu’à être hétéro et célibataire pour attiser mon désir de sortir et coucher avec.  Je n’avais aucun concept des affinités, des passions communes. Par conséquent, TOUTES les filles célibataires étaient des conjointes/amantes potentielles.

Et d’après ce que je pouvais voir, du côté des filles, c’était pareil. Au nombre de filles qui se plaignaient de leurs mecs, il me semblait évident qu’elles non-plus n’en avaient rien à chier, d’avoir des trucs en commun avec le gars qui partagera sa vie.  Le couple, dans le fond, c’était juste une garantie de baiser sur une base régulière, point. Le reste, on s’en fout. On s’adapte pour que chacun ne dérange pas trop l’autre dans ses habitudes, voilà tout.

Ah, et les filles avaient le beau jeu. Pas question qu’elles draguent, ça leur donnerait l’air de salopes. Alors fallait juste qu’elles se laissent draguer par un gars. Et, là encore, pour ne pas avoir l’air salope, elles se sentent obligées d’opposer une résistance de principe. NOUS SOMMES DONC OBLIGÉS D’INSISTER!!!!

À cette époque, comme tout le monde, j’entendais que la majorité des filles disaient que « c’est l’intérieur qui compte ». Que « La beauté, l’argent, ça n’a aucune importance. » Donc, à mes yeux, moi qui suis loin d’être un athlète, loin d’être riche, loin d’être beau, je n’avais qu’à agir en bon gars, me montrer doux, gentil, romantique, et j’allais toutes les avoir à mes pieds.

Mais voilà, au lieu de succomber à mes charmes, elles préféraient un beau grand riche. QUELLES SALOPES PROFITEUSES! Un beau grand riche, de qui elles vont se plaindre ensuite comme quoi il la maltraite. Bien fait pour toi, pauvre conne, de ne pas avoir choisi un Nice Guy comme moi.

Et puis là, on frustre, évidemment! Ce n’est pas ces gars-là qui devraient se faire offrir du vagin. C’est MOI! Chuis gentil, chuis romantique, chuis tendre… Bref, je suis tout ce qu’elles disent vouloir. Pourtant, c’est lui, qui n’est rien de tout ça, qui y a droit. Ces filles me privent donc injustement du sexe qui me revient de droit, pour le donner à ceux qui ne le méritent pas.

En plus, ces filles sont toutes des hypocrites. Quand on leur demande de s’expliquer pourquoi elles cèdent aux avances de ces gars qui ne leur conviennent pas, elles répondent « Pas eu le choix, il a insisté! » Par contre, quand MOI j’insiste, non seulement elles résistent, je me fais parfois menacer de me faire mettre la police au cul.

Eh oui! Quand moi, le bon gars, j’insiste, puisque telle est la règle du jeu, elle ne cède pas. Mais quand LUI, le trou d’cul, il insiste, elle cède? Sans le menacer? MAIS QU’EST-CE QU’ELLES SONT INJUSTES, CES SALOPES!

Non mais pensez-y sérieusement, c’est nous, les victimes, ici. On fait tout ce qu’on a à faire pour être en couple. Par conséquent, on DEVRAIT être en couple. Ce sont elles, avec leurs décisions stupides, qui font de nous des célibataires involontaires. Il est de notre droit de refuser d’être victime de cette injustice. Et la seule façon de cesser d’être victime, c’est de s’arranger pour prendre ce qu’elles nous refusent injustement. Ce n’est que Justice!

Alors il nous vient des idées, des fantaisies. On longe les allées de la pharmacie, en cherchant pour voir si de puissants somnifères sont en vente libre. On fait des recherches sur ce fameux chloroforme, présent dans les BD et les films. On est fasciné par le concept de drogues de viol et on passe des heures à googler sur le sujet, à voir comment pouvoir en commander en ligne.

Ben quoi? Si elle ne veulent pas nous donner du sexe volontairement, et si on ne veut pas se retrouver en prison si on insiste, on est bien obligés de trouver des façons pour obtenir en douce ce qui nous revient de droit.

Et c’est normal que l’on pense ainsi, on ne nous montre que ça, partout, toute notre vie.  Si le prince a fini avec Blanche Neige et la Belle au Bois Dormant, c’est parce qu’il a commencé à être intime avec elles alors qu’elles étaient inconscientes.  Dans le film Revenge of the Nerds, le nerd en chef séduit la copine de la grosse brute sportive en se faisant passer pour lui dans le noir.  Et après s’être montré meilleur baiseur que lui, il se révèle à la fille qui jette immédiatement la brute en faveur du nerd, en regrettant de ne pas lui avoir laissé sa chance avant. 

Cette scène résume parfaitement notre situation:  On sait qu’on peut les faire nous aimer, il faut juste qu’elle nous laisse une chance. Et si elle ne veut pas nous la laisser, cette chance?  Eh bien, ne nous répète t’on pas sans arrêt que « la chance, c’est quelque chose que l’on se fait soi-même » ?
(Dans la tête d’un Nice Guy, FIN)

Et ouais, voilà la terrifiante mentalité incel, que j’ai eu moi-même de mes 14 à 26 ans.  

Avec de telles convictions, la suite dépend entièrement de la personnalité de chaque gars. Certains vont juste passer leur vie à chialer contre cette injustice. Comme ceux qui font et/ou distribuent des images comme celles au début de cet article.  Certains vont passer à l’action, en violant. Certains vont se défouler dans des tueries.

Et puis il y en a d’autres, comme moi, qui se sont arrêtés, se sont observés, ont observé les autres, et ont fait ce qu’ils avaient à faire pour devenir agréables, mériter le respect, être désirables.

Et en général, c’est là qu’on se rend compte que les filles ne sont pas si pires que ça. C’est  juste nous qui nous obstinions toujours à ne désirer que les filles à problèmes: Celles qui ne préfèrent vraiment que les irrespectueux.

J’ai eu de la chance. Dans mon cas personnel, tout ce que ça m’a pris pour m’en tirer, ce fut faire du sport (pour améliorer mon physique) faire de la BD (pour me faire connaitre) et faire une longue introspection, afin de voir ce qui me rendait loser en amour comme partout ailleurs, afin de changer mes mauvaises habitudes.  J’en ai fait une série de billets il y a quelques années, regroupés dans la série Pas obligé de rester loser.

En ressortant mes notes à la mine au deux tiers effacés par le temps sur papier ligné jauni, qui furent mes journaux intimes de mes 15 à 26 ans, je redécouvre un ancien Moi qui est beaucoup plus incel que je le croyais.

Par exemple, à 20 ans, je considérais que toute fille qui me disait « Allo! » était une amante potentielle. Et quand je la draguais et qu’elle répondait négativement, en me disant toutefois que nous pouvions rester amis, je trouvais ça stupide. Je lui répondais alors que ce n’est pas une amie que je veux, c’est une blonde. Des amies, j’en ai déjà. Je n’ai pas besoin d’en avoir une de plus.


Et la meilleure, c’est que j’étais vraiment sincère en disant ça. Dans ma tête, ma façon de penser était logique et incontestable.

Et en effet, j’en avais, des amies. Trois! Celles-là, il y avait une excellente raison pourquoi je ne les avais jamais vues comme étant des blondes potentielles. La première était la blonde d’un de mes amis. La seconde me semblait d’une classe sociale beaucoup trop élevée pour moi, et n’a de toute façon jamais manifesté intérêt pour moi. Et la troisième, comment dirais-je!? … « Butinait » beaucoup, disons. Et moi je voulais une relation stable, chose que je ne pouvais pas envisager avec une fille incapable de s’engager sérieusement.

Quand je voyais celle en couple stable se plaindre que mon ami lui manquait parfois de respect, comme la fois où il l’avait traitée de grosse épaisse devant nous tous, de ne pas être aussi habile que lui avec un jeu vidéo, j’entrais dans une colère noire. Non pas contre lui, mais bien contre elle. Car je suis là, moi, qui ne lui ferais jamais un tel affront. Mais moi, elle m’ignore. Par contre, lui, qui la rabaisse sur son intelligence et son poids, eh bien LUI, elle l’aime.

La fois où elle m’a confié avoir été blessée de cette remarque de sa part, je n’ai pas hésité à lui dire: « Ben là, si t’aimes ça, un gars qui t’insulte, viens pas te plaindre après ça! » Ça l’a insulté. Elle m’a dit que ce commentaire, c’était très bas de ma part, et qu’elle s’attendait à mieux de moi. Ma réplique: « Ben c’est ça! Insulte celui qui te respecte, et respecte celui qui t’insulte. Tu vois comment tu agis? Exactement ce que je disais. » Furieuse, elle a quitté la pièce. Et moi, impassible, je n’ai fait que hausser les épaules, la trouvant pathétique d’être ainsi incapable de faire face à la vérité.

Mon ami était fils de bonne famille, beau, bon étudiant, travailleur salarié, avec un excellent avenir. Moi, j’étais un laid fils de BS qui ne foutait rien à l’école, sans emploi ni ambitions. Il avait un avenir, il faisait de quoi de sa vie. Pas moi! Il était donc un bien meilleur prospect que je pouvais être. Pourtant, à mes yeux, il n’y avait aucune différence entre lui et moi, à part le fait que je respectais les filles, et pas lui. Donc, puisqu’il avait une fiancée et pas moi, la seule conclusion à laquelle je pouvais arriver était que les femmes sont toutes des hosties de folles qui aiment se faire maltraiter.

Ou alors, c’est parce qu’il était beau et riche et moi pas, ce qui signifie que les filles sont toutes des profiteuses superficielles.  ET des menteuses d’affirmer le contraire.

Donc, ma conclusion en trois points pour résumer la mentalité Nice Guys / Incel est:

  • De 1) Nous nous sentons inférieurs à la population en général, pour une ou plusieurs raisons.
  • De 2) On ne veut pas faire l’effort de s’améliorer. On préfère blâmer les autres de ne pas nous donner les mêmes avantages sociaux que ceux qui le méritent.
  • Et de 3) Quand on n’a rien pour nous côté physique, beauté, talents, argent, habiletés, etc, alors il est extrêmement important pour nous d’avoir au moins une copine/conjointe/amante et du sexe pour compenser.

Et pourquoi faire une obsession sur ÇA, en particulier? Simple: De tout ce qu’un gars peut avoir, c’est la seule chose qui, selon rumeurs, ne demande rien de plus que « être gentil, car le reste est sans importance. »  eh bien il se trouve que « Être gentil », ça, on peut le faire. Alors on tient mordicus à avoir l’amour et le sexe d’une fille, en échange de notre gentillesse, tel que socialement promis.

Et voilà pourquoi c’est si frustrant pour nous, que la seule chose que l’on nous miroite comme étant à notre portée, nous est quand même refusée.

Je ne prétend pas que tous les Nice Guys pensent exactement ainsi. Mais telle était la mentalité que j’avais avant 1995, jusqu’à mes 27 ans.

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A propos Steve Requin

Auteur, blogueur, illustrateur, philosophe amateur et concierge de profession.
Cet article a été publié dans Ces filles à éviter, Ces gars à éviter, Dose de Réalité, Fait vécu, Les bons gars, Psychologie et comportement social, sexualité. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Dans la tête d’un Nice Guy

  1. Alexandre Paquette dit :

    Bonjour Steve,

    Je laisse ce commentaire sur ton post le plus récent. Je suis récemment tombé sur tes écrits par hasard et je les trouve assez intéressants. Ta progression et ton évolution, comment tu es parti de rien, c’est assez impressionant comme travail personnel je dois avouer.

    Je me rappelle qu’adolescent, je te lisais dans Safarir.

    Il y a cependant un truc qui me chicote – et c’est probablement matière à un post en entier, peut-être…

    Comment trouvais-tu et maintenais-tu ta motivation pour continuer ton évolution? Par exemple, tu mentionne t’être mis à la course à pied. En ligne droite le plus loin possible, à chaque jour.

    Comment gardais-tu ta motivation pour t’assurer de continuer à faire les efforts nécessaires pour atteindre tes objectifs?

    Tes écrits ne sont pas tombés dans l’oreille d’un sourd. Bien qu’il y ait certain sujets sur lequels j’ai une opinion différente (c’est un peu normal; nous n’avons pas le même background et expériences de vie), je trouve tes écrits en général très enrichissants et vais tenter d’intégrer certaines leçons à ma vie.

    Merci pour tout.

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