Robin Déboires, piètre voleur. Conclusion: Comprendre pour pardonner.

Hier, sur la page facebook du groupe de fans de Mes Prétentions de Sagesse , j’ai reçu un message privé en rapport à la série Robin Déboires.  Ça va comme suit:

« T’as une mémoire DE FOU!!  Wow!  Mais t’as pas l’impression de brasser ta merde du passsé tout le temps? Genre, ça ne devient pas néfaste à un moment donné? Vivre le présent et rêver du futur, c’est bien aussi. Quoique, c’est juste MA prétention de la sagesse. »

D’abord, au sujet de ma mémoire, j’ai commencé à tenir un journal personnel depuis que j’ai douze ans, et mes premiers textes racontent mes [més]aventures passées les plus mémorables.  J’ai encore ces notes.  Ça aide.  Ensuite, tel que je l’expliquais dans le billet Se souvenir afin de pouvoir oublier, lorsqu’une personne ne fait que remâcher les côtés négatifs de ses expériences passées, alors là, comme tu dis, c’est néfaste.  Ça n’apporte que frustration, rancoeur, haine.  Mais quand la personne se donne la peine de repasser à travers l’histoire dans son ensemble, en s’observant autant lui-même que les autres, s’il en parle aux personnes concernées, non pas en lançant accusations et reproches, mais juste discuter, alors il a une meilleure vue d’ensemble de la situation.  C’est ce qui lui permet de mieux la comprendre.  Et de la compréhension viennent les leçons de vie, le pardon et la guérison.  C’est la raison pourquoi je partage mes expériences négatives: Pour me donner en exemple en montrant comment j’ai pu me tirer de situation que beaucoup de gens vivent eux-mêmes..  Car comme tu dis, les mauvaises expériences, c’est de la merde du passé.  Mais quand on prend de la merde et qu’on la travaille, on en fait de l’engrais, ce qui aide à grandir.  Bon, à condition d’être végétal, mais c’était une image.

1993, j’ai vingt-cinq ans.  À ce moment-là, je ne vois mes parents que deux ou trois fois par année.  Et encore, c’est bien parce que je me sens obligé.  C’est que, quand j’ai définitivement quitté la maison à l’âge de vingt-et-un ans en 1990, j’ai tenu à garder mes distances de ces gens.  Ils avaient apportés assez d’obstacles à ma vie comme ça, j’avais besoin de liberté.  Quatre ans plus tard, lors d’une de mes rares visites chez eux, j’ai voulu comprendre une chose qui m’avait toujours intrigée.  J’ai amené le sujet à ma mère de façon à ce qu’elle ne se sente pas attaquée.  J’ai commencé par lui parler de Kim, ma petite amie de l’époque, qui avait volé une bague au magasin Greenberg de Verdun alors qu’elle était en ma compagnie.  Et bien que je n’étais pas complice puisque je ne l’ai appris qu’une fois rendu dehors lorsqu’elle s’en est vantée, je craignais que ça me cause des ennuis avec la Justice.  De là, j’ai parlé à ma mère du fait que j’ai eu ma leçon bien jeune au sujet des vols, comme la fois où j’ai volé $55.00 à ses tantes.  Ça en est venu aux $60.00 que mon père m’avait emprunté sans jamais vouloir me rembourser.  C’est là que je lui ai dit que je n’ai jamais compris pourquoi est-ce que, pendant toute mon enfance et une partie de mon adolescence, mes parents ont toujours démontré être mal à l’aise avec l’idée que je puisse avoir de l’argent.  Et c’est là que j’ai enfin eue ma réponse.

Pendant ma jeunesse, dans les années 70, les adultes croyaient que tous les jeunes consommaient de la drogue.  Du moins, les adultes de notre village y croyaient.  Et en effet, je me souviens très bien que durant toute ma 6e année du primaire, leurs amis leur recommendaient de m’inscrire à une école privée plutôt que de me laisser aller à la polyvalente l’année suivante. À les écouter, l’école publique, lorsque l’on est ado, est un lieu de débauche dans lequel il fallait quasiment s’attendre à y retrouver des kiosques de drogues en vente libre.  Aussi, ils ont essayé de m’inscrire à l’école privée, mais mon test d’entrée a démontré que mes notes n’étaient pas à la hauteur pour leurs critères d’admission. (Il faut dire que j’ai fait exprès, je ne voulais rien savoir de me retrouver dans une école exclusivement pour garçons.)

Ceci dit, mes parents lisaient parfois dans les journaux que les revendeurs de drogues ciblaient aussi les enfants afin de les rendre accro.  De là, pour éviter que ça m’arrive, la solution leur paraissait simple: Plutôt que de me laisser me promener avec de l’argent, il suffisait de m’obliger à tout déposer en banque.  Pas d’argent sur moi, pas de pouvoir d’achat, pas de drogues.  Mais voilà, rendu à l’âge de neuf ans, ces trois ans d’économies imposées m’avaient accumulées $62.00 en banque ($218.03 en argent de 2015).  Et comme je dis dans un billet précédent, à l’époque, les banques n’offraient pas de comptes spéciaux pour mineurs sous la supervision des parents.  Le compte était à mon nom, je pouvais y retirer à volonté.  Pour l’instant, puisque j’étais enfant, mes parents pouvaient m’imposer leur autorité là-dessus.  Mais j’avais déjà neuf ans, l’adolescence approchait.   Ainsi, plus ma fortune personnelle augmentait, plus grande était leur angoisse que je puisse devenir un grand consommateur de drogues le jour où on m’en proposera.  Voilà pourquoi mon père a prétexté avoir besoin de presque tout l’argent que j’avais en banque pour prendre l’avion.  Voilà pourquoi il refusait ensuite de me le rendre.  Et voilà pourquoi ma mère a passsé une semaine complète à remuer ciel et terre dans la maison pour retrouver le billet de $50.00 que j’avais volé.  Parce que, que voulez-vous qu’un enfant fasse avec $50.00 ($152.00 en argent de 2015) à part se payer de la drogue?  

Ça peut paraitre stupide de nos jours, à l’ère de l’information.  Mais dans les années 70, dans les petits villages, avec des adultes peu éduqués, il n’y avait que la télé, les journaux et les racontards comme source d’informations.  Et dans les trois cas, encore aujourd’hui, plus le sujet était scabreux, plus ça attirait l’attention des gens.  Et dans ce temps-là, comme me l’a dit ma mère en concluant:

« Avoir un enfant, ça ne venait pas avec un manuel d’instruction.  On a fait de notre mieux avec le peu qu’on savait.  le reste, fallait le deviner.  Pour te donner une idée, quand je me suis mariée à vingt-et-un ans en ’66, je ne savais même pas à quoi m’attendre pour la nuit de noces.  La libération sexuelle des années 60, c’était dans les grandes villes comme Montréal.  En région, par contre, c’était encore très conservateur.  Ma mère, mes tantes pis l’curé m’ont tous dit la même affaire: « Quand tu seras dans l’lit avec ton mari, laisse-lé faire! »  C’était ça, mon éducation sexuelle.  Fa que pour élever un enfant, tu penses… »

 Entendre ceci m’a également permis de comprendre pourquoi, dans ma famille, au lieu de parler d’élever un enfant, les adultes parlaient plutôt de corriger un enfant.  Puisque personne ne savait comment l’éduquer à vivre en société, ils se contentaient de le laisser aller, en n’intervenant que pour les punir s’ils déviaient du droit chemin.  Également, ils ne disaient pas que leurs jeunes entraient en adolescence, mais bien en crise d’adolescence.  Je me souviens que, étant encore jeune enfant, j’avais vu une pub à la télé au sujet de Skipper, la petite soeur de Barbie qui grandit.  En effet, quand on lui tourne le bras gauche, son torse s’étire et il lui pousse des seins.  La pub décrivant les accessoire qui venaient avec parlaient de sa jupe d’adolescente.  Alors, je demande à ma mère qu’est-ce que c’est, une adolescente.  Elle me répond qu’être adolescent, c’est quand tu rentres à l’école secondaire et que tu commence à défier l’autorité, protester, boire, fumer, te droguer, être délinquants et envoyer chier tes parents.  Telle était la vision que les adultes avaient des jeunes, et ma pauvre mère n’y échappait pas.  

Comprendre ceci m’a enfin enlevé l’idée que j’étais sans cesse victime de mesquineries délibérées, d’abus et de méchanceté gratuite de leur part.  Mes parents n’étaient pas de mauvais parents.  On ne leur a juste jamais appris comment en être des bons.  On s’est seulement contenté de leur bourrer le crâne de préjugés anti-jeunesse.

« On aurait bien voulu t’expliquer au sujet des drogues.  Mais tout l’monde nous disait qu’au contraire, en te disant que ça existe, on allait juste t’encourager à en prendre. »

Et voilà pourquoi j’ai passé ma jeunesse à me faire dépouiller sans explications.  Voilà pourquoi j’avais toujours ce sentiment d’injustice.  Et voilà pourquoi, ne voyant pas pourquoi je devais aux autres le respect et l’honnêteté que l’on refusait de me donner, je volais.  Non pas parce que c’était dans ma nature, mais bien parce que c’était un réflexe acquis.  Je me reconnaissais dans Robin des Bois qui avait été injustement dépossédé de tous ses biens.  Alors naturellement, il était pour moi un modèle à suivre.  Et voilà pourquoi j’ai voulu devenir voleur lorsque j’étais enfant.  Dans mon inconscient, dans ma perception tordue de la réalité, je ne faisais que reprendre aux adultes ce que des adultes m’avaient volés. 

Comprendre ceci m’a automatiquement fait perdre cette rancune que je tenais contre mes parents.  De plus, les quatre ans suivant mon départ de la maison, dans lesquelles je n’ai presque pas donné de nouvelles, ont permis à mon père de se pencher sur son propre comportement enragé abusif éternel, et de comprendre pourquoi j’ai passé le début de ma vie adulte à vouloir limiter au strict minimum mes contacts avec eux.  Bref, s’en parler a fait que j’ai compris pourquoi ils agissaient comme ceci, et eux ont compris pourquoi je réagissais comme celà.  Ça a permis de régler ces vieux problèmes qui trainaient, et ainsi de pouvoir mettre ça derrière nous.  Aujourd’hui, j’ai de très bonnes relations avec mes parents.  Nous sommes harmonieux et solidaires, et ils font partie intégrante de ma vie sans pour autant être envahissants.

Parce que des fois, il est important de remuer les vieilles merdes.  Ça permet de découvrir le positif qui se cachait dessous.  Un positif dont nous n’aurions jamais soupçonné l’existence si on s’était contentés de ne voir que la merde qui était en surface, ne jamais y toucher et s’en tenir à ça.

Publicités

A propos Steve Requin

Auteur, blogueur, illustrateur, philosophe amateur et concierge de profession.
Cet article a été publié dans Fait vécu, SÉRIE: Robin Déboires. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laissez un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s