Je Suis Char…rié par les médias.

Je ne suis pas directement concerné par le conflit entre Charlie Hebdo et les tueurs de l’état islamique. Dans le sens que ma vie n’est pas en danger.  Sûr, comme des milliers de personnes, j’ai arboré un Je suis Charlie sur mon Facebook pendant quelques jours, parce que je trouvais aberrant que l’on tue douze personnes, dont deux de mes idoles de jeunesse, à cause de quelques dessins. Mais à part ça, je n’ai aucun parti pris. Je ne suis pas un militant de la liberté d’expression.  Oui, je suis pour, mais je considère que ça ne devrait pas être une excuse pour dire n’importe quoi.  Et bien que je sois croyant, je n’adhère à aucune religion. Je n’ai donc rien d’un théologicien. La preuve, c’est qu’en soulignant ce mot en rouge lorsque je l’ai écrit, Word m’a démontré qu’il n’existe même pas.
Non, comme la majorité, je suis juste un gars du public. Et nous, du public, plus le temps passe, et moins on s’y retrouve dans toute cette histoire.

Un jour, on apprend que deux-trois musulmans ont tué des gens dont le crime fut de caricaturer leur prophète. Le lendemain, plein de chefs religieux musulmans condamnent l’attentat, assurant la population que ces tristes individus ne représentent en rien l’Islam, et que cette religion en est une de paix. Quelques jours plus tard, d’autres tueries en relation avec Charlie Hebdo sont perpétrées au nom de l’Islam. Un jour, on nous dit que nulle part dans le Coran on ne fait mention de l’interdiction de caricaturer le prophète. Le lendemain, reportage à la télé comme quoi il y a eu huit nouveaux morts, en réaction à de nouvelles caricatures du prophète qui insultent le Coran.

D’un côté on est pour le respect de la liberté d’expression. De l’autre, on déplore que l’on profite de la liberté d’expression pour manquer de respect aux autres. D’un côté, on insulte la religion des autres, ce qui provoque des assassinats, ce qui est inacceptable. De l’autre, si on arrête par peur de se faire tuer, surtout pour de simples dessins d’humour, alors ça signifie que l’on cède au terrorisme, ce qui est inacceptable. D’un côté, on se dit que les véritables fous, ce sont ceux qui sont capables de tuer pour un dessin. Et d’un autre côté, on se dit que les fous, ce sont ceux qui font des dessins dans le but de provoquer ceux que l’on sait capables de tuer pour un dessin.

Et pendant ce temps-là, à tous les jours, le public voit le conflit escalader, et il angoisse comme jamais car il lui est impossible de prendre position. Parce que tout ce qu’on lui dit, on le lui contredit aussitôt. Parce que de la façon dont les deux parties réagissent, il est impossible de distinguer les bons des méchants. Parce que d’un côté, tout le monde a tort de rester sur ses positions. Et de l’autre côté, tout le monde a raison de rester sur ses positions. D’un côté, ce que je viens de dire est illogique et impossible. Et de l’autre côté, on n’a qu’à voir les nouvelles dans les journaux et à la télé pour constater que ça n’en demeure pas moins les faits et la réalité.

Il y a cinq ans, j’ai écrit un billet au sujet d’un principe que j’ai nommé La Lâcheté Davidienne, une technique qui consiste à attaquer sans cesse une cible beaucoup plus forte que nous, de façon à ce que, quoi qu’il fasse, il perde aux yeux de l’opinion publique. Par exemple, une faible femme de 5 pieds 2 pesant 110 lbs qui se mettrait soudain à frapper son conjoint de 6 pieds et 250 lbs:

  • Il ne lui rend pas ses coups? Hey, tout le monde, regardez ce lâche qui se laisse tabasser par une faible femme.
  • Il la frappe ou se contente de l’immobiliser? Hey, tout le monde, regardez ce lâche qui s’en prend physiquement à une faible femme.
  • Il se contente de partir? Hey, tout le monde, regardez ce lâche qui fuit devant une faible femme.

Remplacez la femme par Charlie Hebdo, les coups par leurs caricatures de Mahomet, et le mari par l’Islam. C’est la même situation : Un faible qui s’attaque à plus grand que lui en criant « Même pas peur! » Ou bien il gagne et devient un héros dont le courage mobilise la foule contre sa cible. Ou bien il perd et devient un martyr dont le courage mobilise la foule contre sa cible. D’une certaine façon, on peut se dire que c’est admirable car c’est ce qu’a fait Martin Luther King en se battant pour les droits des noirs aux États Unis. À ceci près qu’il y a une sacrée différence entre réclamer le droit à l’égalité sociale, et réclamer le droit d’insulter la religion des autres.

Vous savez quoi? Je pense que Charlie Hebdo est un conflictuodépendant. 

 Il dépend du conflit pour vivre, alors il l’alimente.

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A propos Steve Requin

Auteur, blogueur, illustrateur, philosophe amateur et concierge de profession.
Cet article, publié dans Actualités, BD blog, Dose de Réalité, Psychologie et comportement social, SÉRIE: La conflictuodépendance, est tagué , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

3 commentaires pour Je Suis Char…rié par les médias.

  1. Jan dit :

    théologicien… Elle est bonne, LOL. By the way, je ne sais pas si c’est exprès ou pas, mais dans le doute essai théologien. 🙂

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  2. Norton dit :

    Offert par son compositeur depuis le Karoo (À. du S.)

    Faites en bon usage! Merci…

    http://www.zimagez.com/zimage/image20f1d1f9b46a1b3eab3991613b28f576.php#disqus_thread

    J'aime

  3. Norton dit :

    Pour des bonnes synthèses sur le sujet :

    http://www.les-crises.fr/pendant-ce-temps-la-en-ukraine/

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